Bilan de la campagne COURAGEPOLITIQUE​.ORG

Mis en ligne le 05 avril 2010

par Marie Josèphe Pigeon

Lancée le 2 février, la cam­pagne a été réa­li­sée en deux volets : d’abord le site inter­net, qui com­por­tait une contre-consul­ta­tion pré-bud­gé­taire soit un ques­tion­naire en ligne sur les prio­ri­tés des QuébécoisES (« Je m’exprime »), de l’information per­ti­nente sous forme de mémoires et vidéo­clips expli­quant la crise, la dis­tri­bu­tion équi­table de la richesse et l’importance des ser­vices publics (« Je m’informe »), ainsi que des appels à la mobi­li­sa­tion (« J’agis »).

Le 23 mars der­nier, Québec soli­daire dres­sait le bilan de sa cam­pagne pré-bud­gé­taire « www​.cou​ra​ge​po​li​tique​.org ».

Rappel :

Le deuxième volet comp­tait sur la mobi­li­sa­tion des membres à tra­vers la tour­née qué­bé­coise de la pré­si­dente Françoise David, accom­pa­gnée de la dis­tri­bu­tion de tracts sous forme de cartes pos­tales qui infor­maient la popu­la­tion des mesures pro­po­sées par le parti de gauche qué­bé­cois. Sous les thèmes « C’est à leur tour de se serrer la cein­ture ! » et « par ici les alter­na­tives ! », les tracts repré­sen­taient sur une face le témoi­gnage des citoyenNEs ordi­naires qui en arrachent depuis que le gou­ver­ne­ment coupe les ser­vices et hausse les tarifs : Nicole et sa mère en CHSLD, Raymond infir­mier, Maria, cais­sière. Toutes ter­minent avec cette excla­ma­tion : « Quel manque de cou­rage poli­tique ! ». Au verso de ces tracts, sont pré­sen­tées les mesures que sug­gère Québec soli­daire au gou­ver­ne­ment pour finan­cer des ser­vices publics et résor­ber la crise : aller cher­cher l’argent là où il se trouve, dans la poche des très riches par­ti­cu­liers, des banques – poin­tées du doigt comme res­pon­sables de cette crise finan­cière – et des grandes entre­prises, notam­ment les mul­ti­na­tio­nales qui épuisent nos res­sources natu­relles et pro­fitent injus­te­ment de sub­ven­tions alors qu’elles font jus­te­ment des pro­fits. Le per­son­nage qui les repré­sen­tait était vu de dos. Une autre « carte pos­tale », celle de Suzanne, com­por­tait une invi­ta­tion à adhé­rer au seul parti qui pré­sente des alter­na­tives : Québec soli­daire.

Faits saillants de la mobi­li­sa­tion :

Dès le 2 février, jour du lan­ce­ment de la cam­pagne à Montréal, des équipes furent mobi­li­sées dans toutes les régions du Québec. Sans pou­voir rendre jus­tice à toutes les actions, voici quelques faits saillants :

Le 26 février, l’Association régio­nale de Montréal orga­ni­sait une « jour­née cou­rage poli­tique ». Cette action com­por­tait deux volets : d’abord un évé­ne­ment média­tique en face de l’UQÀM, aux len­de­mains de la sortie du fameux pacte pour le finan­ce­ment des uni­ver­si­tés, avec Françoise David, François Saillant et Manon Massé, entou­réEs de 12 mili­tantEs qui ont dis­tri­bué près de 1200 tracts en une heure trente minutes (voir photo). De 7 heures du matin à 7 heures du soir, dix asso­cia­tions locales petites et grandes (Viau, Saint-Henri-Saint-Anne, Hochelaga-Maisonneuve, Laurier-Dorion, Outremont, Rosemont, Sainte-Marie-Saint-Jacques, Verdun, Gouin, Mercier) en plus du Comité exé­cu­tif de Montréal et du per­son­nel de la per­ma­nence, ont dis­tri­bué envi­ron 5 000 tracts aux sor­ties de 23 métros (Snowdon, Outremont, Fabre, Saint-Michel, Sauvé, Crémazie, Jarry, Beaubien, Rosemont, Laurier, Mont-Royal, Sherbrooke, Berri-UQÀM, LaSalle, Verdun, Lionel-Groulx, Beaudry, Papineau, Frontenac, Préfontaine, Joliette, Pie-IX et Viau). Après quelques cen­taines de tracts, les équipes en sont venues à les sur­nom­mer affec­tueu­se­ment : des Maria (très popu­laire), des Nicole, des Suzanne, des Raymond (qui trou­vait moins de pre­neurs).

Le 20 mars à Montréal, Québec soli­daire fer­mait la marche du Front commun (75 000 per­sonnes) avec la ban­nière de www​.cou​ra​ge​po​li​tique​.org. Pour l’occasion, le parti avait pré­paré un tract spé­ci­fique repre­nant le concept de la « carte pos­tale » pour le verso (les mesures pro­po­sées par Québec soli­daire), met­tant en vedette cette fois Cécilia (Maria) infir­mière et sou­li­gnant l’appui du parti au Front commun en spé­ci­fiant quelques-unes des reven­di­ca­tions syn­di­cales. Plus de 50 membres ont par­ti­cipé à l’événement et dis­tri­bué près de 10 000 tracts.

Trois-Rivières a pro­duit une publi­cité télé­vi­suelle : http://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=uRK-…

À Québec avait lieu une série de confé­rences à l’Université Laval sur des sujets reliés à la cam­pagne. C’est aussi à Québec qu’a été sou­li­gnée la clô­ture de la cam­pagne.

La tour­née du Québec de Françoise David se pour­suit jusqu’au 10 avril.

Résultats du ques­tion­naire : Le 23 mars, Québec soli­daire dévoi­lait les grandes lignes des réponses à la contre-consul­ta­tion pré-bud­gé­taire. Des 786 per­sonnes y ayant répondu en date du 22 mars, le com­mu­ni­qué retient que :

97% sont d’accord avec la per­cep­tion des rede­vances des minières qu’elles doivent au gou­ver­ne­ment depuis 2003 ;

95% consi­dèrent que les ser­vices publics doivent demeu­rer uni­ver­sels ;

94% trouvent légi­time une taxe sur le capi­tal des entre­prises finan­cières ;

92% pré­fèrent un sys­tème fiscal pro­gres­sif, pré­le­vant des impôts en fonc­tion des reve­nus, à une hausse des taxes qui consti­tue une mesure régres­sive ;

91% sont d’accord avec la dimi­nu­tion des sub­ven­tions aux grandes entre­prises ;

89% adhèrent à un nou­veau palier d’imposition (qui ne tou­che­rait pour­tant que 3% des contri­buables).

En ce qui concerne des mesures sur le long terme, on constate que les répon­dants sont plus verts que soli­daires :

92% appuie­raient la natio­na­li­sa­tion de l’énergie éolienne ;

88% seraient favo­rables à un meilleur sou­tien des orga­nismes com­mu­nau­taires et l’économie sociale ;

84% seraient d’accord pour l’augmentation du salaire mini­mum et des pres­ta­tions de l’aide sociale – un enga­ge­ment de Québec soli­daire lors des 2 der­nières élec­tions géné­rales ;

Il faut dire que la dis­tinc­tion entre ce que sont les orga­nismes com­mu­nau­taires, régis par les prin­cipes de l’action com­mu­nau­taire auto­nome, et ce que le gou­ver­ne­ment en fait depuis plu­sieurs années, est mal com­prise et rare­ment expli­quée. L’économie sociale (et soli­daire on l’a oublié celle-là) est aussi une forme d’alternatives qui souffre désor­mais d’une orien­ta­tion réfor­miste de l’économie. Déclarer que Québec soli­daire appuie ces mou­ve­ments est insuf­fi­sant. Il faut clai­re­ment faire valoir que cet appui leur per­met­trait de retrou­ver leurs fonc­tions sociales (prise en charge col­lec­tive par la base du bien col­lec­tif) à l’origine de leur exis­tence. De même, l’augmentation du salaire mini­mum doit être asso­ciée de mesures d’aide aux PME, comme le pré­voit l’engagement élec­to­ral, et les caté­go­ries de per­sonnes assis­tées sociales sont encore confon­dues dans bien des esprits à la « méri­to­cra­tie » : il ne faut tout de même pas encou­ra­ger la paresse de ceux et celles qui sont jugéEs aptes au tra­vail ! Le pre­mier geste réclamé par les orga­nismes de défense des droits est d’ailleurs l’abolition de ces caté­go­ries.

Le 29 mars, Québec soli­daire publiait les résul­tats détaillés du ques­tion­naire.

Sur l’origine de la crise, 76% des répon­dantEs iden­ti­fient la spé­cu­la­tion (phé­no­mène global et sys­té­mique) alors qu’un autre 76% y voient l’avidité des action­naires et des cour­tiers (pra­tiques indi­vi­duelles de groupes agents du sys­tème) ; 19% des répon­dantEs sous­crivent quand même au dis­cours de Pierre Karl Péladeau et com­pa­gnie : la crise résulte de conven­tions col­lec­tives trop rigides.

Sur les prio­ri­tés, la cause est enten­due : l’éducation (92%), la santé et les ser­vices sociaux (91%), la CCST (88%), la Régie des rentes (87%), le trans­port (y com­pris les infra­struc­tures – 87%), l’environnement (85%) sont jugés prio­ri­taires – alors que les com­mu­ni­ca­tions (ins­ti­tu­tions garantes de notre sou­ve­rai­neté – 68%), les loi­sirs et les sports (c’est-à-dire l’accès à – 64%), l’économie (dont les ins­ti­tu­tions res­pon­sables de la redis­tri­bu­tion de la richesse – 63%) et la sécu­rité publique (61%) sont au bas de l’échelle.

Les opi­nions sont plus par­ta­gées quant à l’objectif du défi­cit 0 (50% le repous­se­rait alors que 25% le main­tien­drait pour 2013-2014 comme le gou­ver­ne­ment Libéral le pré­voit pro­ba­ble­ment), ainsi que pour les solu­tions à court et à long terme pour sortir de la crise : 45% sont d’accord pour repor­ter le ver­se­ment au Fonds des géné­ra­tions (22% sont en désac­cord) et 30% sont d’accord que le gou­ver­ne­ment doit inves­tir dans les infra­struc­tures comme le béton (47% sont en désac­cord).

Sur les ser­vices publics et le sou­tien des tra­vailleurs et tra­vailleuses, là aussi des nuances impor­tantes : 90% sont d’accord pour inves­tir dans les ser­vices publics et 88% ne sont pas d’accord pour dimi­nuer le salaire des employéEs de la fonc­tion publique ; cepen­dant, 25% des répon­dantEs sont d’accord pour dimi­nuer la taille de la fonc­tion publique et 29% sont défa­vo­rables à une aug­men­ta­tion de leur salaire – alors que Québec soli­daire appuie les reven­di­ca­tions du Front commun syn­di­cal.

Beaucoup plus d’hommes (64%) que de femmes ont répondu au ques­tion­naire. Les 45-54 ans forment la majo­rité des répon­dantEs (24%) suivie de près par la caté­go­rie des 25-34 ans (23%). Les régions de pro­ve­nance des réponses nous sont incon­nues mais il semble y avoir une majo­rité urbaine car seule­ment 73% consi­dèrent les assu­rances col­lec­tives dans le domaine agri­cole comme prio­ri­taires.

Cette partie de la cam­pagne a donc atteint ses objec­tifs : si la plu­part des répon­dantEs sont des membres ou des sym­pa­thi­santEs de Québec soli­daire, une por­tion signi­fi­ca­tive connaît moins les posi­tions du parti, voire sous­crit au dis­cours néo-libé­ral. Les réponses de près de 800 QuébécoisES aident aussi la prise de posi­tion des porte-paroles quant au budget dévoilé le 30 mars, aujourd’hui.

Le ques­tion­naire est en ligne encore quelques jours.

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