BILAN DES ÉLECTIONS 2018

Bilan de campagne dans Chicoutimi

Par Mis en ligne le 04 janvier 2020

La Coalition Avenir Québec (CAQ) l’a emporté dans Chicoutimi avec 12 123 voix, soit 4 416 de majo­rité et 6 432 de plus qu’en 2014. Une vague, à l’instar de celle du Québec, que les son­dages lui pré­di­saient. Le Parti qué­bé­cois (PQ), qui avait gagné en 2014 avec 1 605 voix de majo­rité, est arrivé second avec 3 538 voix de moins qu’en 2014. Le Parti libé­ral (PLQ) a lui aussi perdu 3 546 voix. Quant à Québec soli­daire (QS), il est passé de 2 105 voix en 2014 à 3 977 en 2018, un gain de 1 872. Au total, 7 084 voix sont pas­sées du PLQ et du PQ vers la CAQ prin­ci­pa­le­ment, et, dans une moindre mesure, vers QS. Si cer­tains avaient sou­haité addi­tion­ner les votes de QS et du PQ, en admet­tant qu’ils puissent être trans­fé­rables, cela n’aurait pas suffi à battre la CAQ qui aurait main­tenu une majo­rité de 439 voix. Fait non négli­geable, 937 élec­trices et élec­teurs de moins ont exercé cette année leur droit de vote, le taux de par­ti­ci­pa­tion s’étant abaissé de 70,57 à 68,53 %. En fait, une partie des élec­teurs péquistes et libé­raux n’ont pas vu l’utilité de se dépla­cer, tandis que les sup­por­teurs de QS ont com­pris l’importance de le faire pour mar­quer leur dif­fé­rence.

La performance de QS

Le vote pour QS est passé de 6,46 % en 2014 à 12,88 % en 2018. Une pro­gres­sion qui a presque doublé, mais qui demeure infé­rieure à la moyenne natio­nale. QS est arrivé pre­mier dans le sec­teur « hors cir­cons­crip­tion » avec 32 % (Cégep de Chicoutimi et Université du Québec à Chicoutimi), ainsi que dans le sec­teur popu­laire du bassin (31,4 %). Le meilleur score de QS dans la région de Saguenay-Lac-Saint-Jean a été obtenu dans la cir­cons­crip­tion de Lac-Saint-Jean, soit 14,8 % devant le PLQ. Ailleurs dans la région, il varie entre 7 et 12 %, et se situe au qua­trième rang.

Évolution des votes aux élec­tions pro­vin­ciales de 2014 à 2018

Comté de Chicoutimi

Parti 2014 2016 2018 2018 vs 2014
CAQ 5 691 2 205 12 123 + 6 432
PQ 11 245 8 810 7 707 – 3 538
PLQ 9 640 5 700 6 094 – 3 546
QS 2 105 1 508 3 977 + 1 872
Taux de par­ti­ci­pa­tion 70,57 % 41,10 % 68,53 % – 937

Une organisation déficiente

On ne le dira jamais assez : une bonne cou­ver­ture média­tique ne donne pas des votes. Ce qui fait sortir le vote, c’est le tra­vail ter­rain (poin­tage, assem­blées de cui­sine, bains de foule, ren­contres avec le public, etc.). Cela demande une armée de béné­voles et une orga­ni­sa­tion bien rodée. Selon les modèles de cam­pagne pro­po­sés par QS, celle de Chicoutimi était consi­dé­rée comme une cam­pagne en déve­lop­pe­ment, soit au second palier, après les cam­pagnes de visi­bi­lité, et avant celles consi­dé­rées comme pro­chai­ne­ment gagnables et gagnables. Avec 150 membres et un budget de 10 000 dol­lars, l’association a pu se payer un petit local et une atta­chée de presse à temps par­tiel pen­dant trois semaines. Comme semi-retraité, j’en étais à ma qua­trième cam­pagne et j’ai pu me libé­rer presque à temps plein, tout en comp­tant sur l’implication d’autres retraité-e-s. De nom­breux jeunes sont venus contri­buer à des pro­jets ponc­tuels. En tout, une qua­ran­taine de béné­voles se sont joints à notre équipe.

Les points forts

La pré­pa­ra­tion sur le plan du contenu, que ce soit par l’appropriation des dos­siers ou par les com­mu­ni­ca­tions, a été sans contre­dit le prin­ci­pal point fort. Notre plan de com­mu­ni­ca­tion se fon­dait sur une ana­lyse appro­fon­die de la conjonc­ture natio­nale et locale ainsi que des enjeux locaux, et ciblait les groupes sui­vants : les 18-35 ans, les femmes, les per­sonnes les plus tou­chées par les mesures d’austérité, les indé­pen­dan­tistes déçus du PQ, les pro­gres­sistes dégoû­tés de la poli­tique qui ne voyaient pas l’utilité d’aller voter. Nous vou­lions aug­men­ter consi­dé­ra­ble­ment le nombre d’appuis par le biais du poin­tage et péren­ni­ser la petite machine mise en place avec l’aide du natio­nal à l’occasion des élec­tions par­tielles de 2016.

Les thèmes de la cam­pagne dans Chicoutimi

L’urgence cli­ma­tique et la tran­si­tion éco­no­mique comme stra­té­gie de déve­lop­pe­ment éco­no­mique et social, dans une région dépen­dante des inves­tis­seurs étran­gers, où les élites locales rêvent d’un projet de port métha­nier de gaz natu­rel (sur­tout de frac­tu­ra­tion), d’une mine et d’un port de trans­bor­de­ment de phos­phate ;

La lutte à la pau­vreté, par le salaire mini­mum à 15 $ de l’heure et le loge­ment social, dans une cir­cons­crip­tion où 40 % des sala­rié-e-s gagnent moins de 20 000 dol­lars par année dans les com­merces et les ser­vices, et où les femmes sont non seule­ment plus pauvres que les hommes comme au Québec, mais encore plus pauvres que la moyenne des femmes du Québec ;

L’indépendance, comme un moyen incon­tour­nable de réa­li­ser notre projet de société, dans une région indé­pen­dan­tiste où plu­sieurs se sentent floués par le report de la ques­tion par le PQ ;

Les ser­vices publics comme une richesse col­lec­tive à déve­lop­per, dans une cir­cons­crip­tion où de nom­breux bons emplois ont été abolis depuis les mesures d’austérité, que ce soit au CIUSSS, à l’UQAC, ou en édu­ca­tion en géné­ral ;

Le déve­lop­pe­ment urbain à échelle humaine dans l’arrondissement de Chicoutimi et dans la ville de Saguenay, mar­qués par la dévi­ta­li­sa­tion du centre-ville et l’étalement urbain.

L’axe prin­ci­pal du mes­sage était celui du chan­ge­ment. Nous per­ce­vions que ce thème était dans l’air, que la popu­la­tion vou­lait un chan­ge­ment de gou­ver­ne­ment, mais pas néces­sai­re­ment un chan­ge­ment de poli­tique. Notre mes­sage cher­chait aussi à contrer le vote dit utile en invi­tant les élec­trices et les élec­teurs à « faire avan­cer et mieux posi­tion­ner pour l’avenir l’option de chan­ge­ment en pro­fon­deur que repré­sente QS ».

Si l’on en croit les com­men­taires et rétro­ac­tions, nous avons bien livré notre mes­sage par le biais de nom­breuses acti­vi­tés :

une quin­zaine de sor­ties média­tiques, cer­taines en com­pa­gnie d’autres can­di­dates et can­di­dats de la région ;

plu­sieurs entre­vues, sur­tout à la radio publique ;

la par­ti­ci­pa­tion à une tren­taine d’événements, mani­fes­ta­tions, ren­contres d’organismes ;

quelques assem­blées de cui­sine avec des indé­cis et des indé­cises ;

la par­ti­ci­pa­tion à sept débats, dont deux dif­fu­sés à la télé­vi­sion et sur le Web ;

l’utilisation inten­sive des réseaux sociaux ;

des acti­vi­tés par­ti­sanes (un 5 à 7 de lan­ce­ment et un ras­sem­ble­ment à l’occasion du pas­sage du porte-parole natio­nal).

Les points faibles

Le Comité de coor­di­na­tion de la cam­pagne a sou­li­gné quelques fai­blesses :

cer­tains postes n’ont pas été pour­vus ou ont été occu­pés par des res­pon­sables insuf­fi­sam­ment formés ou moti­vés. Le recru­te­ment et la for­ma­tion des res­pon­sables ont fait défaut ;

comme le natio­nal nous a inci­tés à ne pas poin­ter à partir de la liste élec­to­rale, mais sur­tout à partir de notre liste de contacts, puis de celle des sym­pa­thi­santes et sym­pa­thi­sants poin­tés en 2016, cette der­nière liste n’a été pro­duite qu’en fin de cam­pagne et n’a presque pas été uti­li­sée ;

l’équipe en place a eu ten­dance à rester à la remorque des offres de béné­vo­lat sans aller vers les membres et sym­pa­thi­sants pour leur deman­der de s’impliquer.

Conclusion

Si nous vou­lons conser­ver notre per­ti­nence et conti­nuer d’accroître nos appuis, nous devons rele­ver le défi et conso­li­der notre asso­cia­tion locale, assu­rer une plus grande pré­sence et un enga­ge­ment actif aux côtés des mou­ve­ments sociaux, et mieux maî­tri­ser les règles de la lutte élec­to­rale.

Pierre Dostie, can­di­dat de QS dans Chicoutimi en 2018


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