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Réponse de Québec solidaire à l'Appel citoyen au Front Uni

Par Mis en ligne le 31 juillet 2012

À ce jour, tout près de 10 000 per­sonnes ont signé un appel invi­tant le Parti qué­bé­cois, Québec soli­daire, Option natio­nale et les dépu­tés indé­pen­dants à négo­cier afin de former un front uni pour délo­ger le Parti libé­ral lors de la pro­chaine élec­tion.

Nous enten­dons cet appel car nous aussi, nous vou­lons délo­ger le Parti libé­ral du pou­voir. Ce parti a oeuvré trop long­temps à déstruc­tu­rer l’État qué­bé­cois et les ser­vices publics, tout en posant des gestes nui­sibles à la société et à l’environnement. Il n’y a qu’à penser au Suroît, au projet Rabaska, aux gaz de schiste, aux bud­gets qui ne cessent de creu­ser le fossé entre les plus­riches et les moins nantis. Nous ne vou­lons plus de ce gou­ver­ne­ment intran­si­geant et cor­rompu qui ne répond qu’au 1 % le plus riche de la popu­la­tion. Il faut faire tout ce qui est pos­sible pour éviter qu’il soit réélu.

Nous enten­dons cet appel qui nous invite à « des gestes poli­tiques auda­cieux et d’envergure ». Depuis les pre­miers bal­bu­tie­ments, il y a plus de 10 ans, de la construc­tion d’une alter­na­tive poli­tique aux partis tra­di­tion­nels, ce sont pré­ci­sé­ment « des gestes poli­tiques auda­cieux et d’envergure » qui ont conduit à la fon­da­tion de Québec soli­daire en 2006 : un parti dont les membres sont issus en majo­rité de mou­ve­ments sociaux pro­gres­sistes ; un parti dont les orien­ta­tions sont axées d’abord sur le bien commun avec pour but (selon les mots de l’Appel) :

  • « de réta­blir l’intérêt public natio­nal au-dessus des inté­rêts par­ti­cu­liers avec un gou­ver­ne­ment à l’écoute des pré­oc­cu­pa­tions des citoyens et de leurs aspi­ra­tions » ;
  • « de per­mettre aux citoyens de se réap­pro­prier le poli­tique ainsi que leurs ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques » ;
  • De doter notre peuple d’un « outil de chan­ge­ment au ser­vice des citoyens qué­bé­cois et de notre indé­pen­dance ».

Le printemps érable

Votre Appel reprend for­te­ment l’esprit du « prin­temps érable ». Ce prin­temps qué­bé­cois porte une colère et un espoir de chan­ge­ment pro­fond auquel nous avons col­lec­ti­ve­ment le devoir de répondre. Il reflète l’indignation de beau­coup de gens, parmi les 99 % qui n’en peuvent plus de voir l’élite domi­nante − le 1 % et les poli­ti­ciens à son ser­vice − se sauver avec la caisse et dila­pi­der les richesses des peuples. Le prin­temps érable voit en l’éducation un outil d’émancipation acces­sible à toutes et à tous, ce qui exclut la hausse annon­cée des droits de sco­la­rité. Le Jour de la Terre, il pro­po­sait la vision éco­lo­giste d’une éco­no­mie qui res­pec­te­rait les capa­ci­tés de la nature, alors que celle-ci n’en peut plus d’être assaillie par des acti­vi­tés humaines trop sou­vent moti­vées par un profit à courte vue. Le prin­temps érable annonce des chan­ge­ments pro­fonds à la démo­cra­tie.

À Québec soli­daire, nous sommes convain­cus de vivre un moment char­nière de notre his­toire. Ce moment qui ins­pire votre Appel, nous le devons à notre jeu­nesse − qui y a sacri­fié beau­coup − et à l’éveil col­lec­tif qui s’en est suivi. Personne d’autre ne peut en récla­mer la mater­nité. Nous croyons cepen­dant sans fausse modes­tie que Québec soli­daire est la pro­po­si­tion poli­tique qui cor­res­pond le mieux aux aspi­ra­tions du prin­temps qué­bé­cois, et les véhi­cule le plus com­plè­te­ment.

Nous com­pre­nons tou­te­fois votre appel à « des gestes poli­tiques auda­cieux et d’envergure ». De l’audace, c’est pré­ci­sé­ment ce qui est néces­saire pour rompre avec l’ordre éco­no­mique et poli­tique domi­nant en Amérique du Nord. Remplacer un poli­ti­cien tra­di­tion­nel par une autre à la tête du gou­ver­ne­ment, sans aucune pers­pec­tive de chan­ge­ments sub­stan­tiels, est irre­ce­vable pour les femmes et les hommes, tel­le­ment nom­breux et mobi­li­sés depuis quatre mois, qui ont une ambi­tion plus grande pour l’avenir du Québec.

La pos­sible réélec­tion d’un gou­ver­ne­ment dont 70 % de la popu­la­tion est insa­tis­faite est une conjonc­ture excep­tion­nelle, et nous sommes conscients de ce qu’exige une telle situa­tion. Mais nous refu­sons de nous conten­ter de peu. Comment pour­rions-nous réduire l’élan du prin­temps érable à la simple alter­nance ? Le mou­ve­ment mérite plus. Notre audace doit être à sa mesure.

Notre proposition

C’est avec cette idée en tête que nous accep­tons de ren­con­trer M. Réjean Parent comme média­teur, pour trou­ver le moyen de délo­ger le gou­ver­ne­ment Charest selon des moda­li­tés qui puissent débou­cher sur des chan­ge­ments ambi­tieux et signi­fi­ca­tifs en faveur du bien commun.Est-il pos­sible de consti­tuer un front uni pour gou­ver­ner avec le Parti qué­bé­cois ? Cela nous semble extrê­me­ment dif­fi­cile, pour les rai­sons énu­mé­rées dans la lettre que publiaient Françoise David et Amir Khadir dans Le Devoir du 14 juin der­nier. Malgré l’adoption de cer­taines poli­tiques sociales pro­gres­sistes, les gou­ver­ne­ments du Parti qué­bé­cois nous ont pro­fon­dé­ment déçus à bien des égards : lois spé­ciales anti-tra­vailleurs-euses, baisses d’impôt favo­ri­sant les plus riches, appau­vris­se­ment des per­sonnes à l’aide sociale, coupes mas­sives dans la santé et l’éducation, déro­ga­tion à sa propre poli­tique éner­gé­tique, refus de mettre en œuvre un nou­veau mode de scru­tin pour mieux reflé­ter la pro­por­tion du vote obtenu par chaque parti… autant de motifs de décep­tion pour un grand nombre de sou­ve­rai­nistes qui exigent dès main­te­nant la construc­tion d’un Québec vert et soli­daire. Dernièrement encore, le Parti qué­bé­cois n’a cessé de ter­gi­ver­ser face aux reven­di­ca­tions étu­diantes. Ce parti aurait trempé dans des manœuvres illé­gales visant à rem­plir sa caisse élec­to­rale. De quoi inquié­ter celles et ceux qui, comme nous, exigent une inté­grité sans faille et des prises de posi­tions claires et pro­gres­sistes.

Pour délo­ger le gou­ver­ne­ment Charest, un front uni de gou­ver­ne­ment n’est pas néces­saire, mais il y a d’autres pos­si­bi­li­tés. Nous sommes ouverts à des pro­po­si­tions, de la part du média­teur, pour des arran­ge­ments ponc­tuels et limi­tés avec ON, le PQ et les indé­pen­dants sou­ve­rai­nistes en vue de la pro­chaine cam­pagne élec­to­rale, pourvu que ces pro­po­si­tions res­pectent deux condi­tions essen­tielles :

  1. Chacun des partis signa­taires d’une entente s’engage à réa­li­ser dès le début de son mandat, s’il est élu, une réforme du mode de scru­tin lais­sant une place impor­tante à la pro­por­tion­nelle et appli­cable dès l’élection géné­rale sui­vante. Ce nou­veau mode de scru­tin doit per­mettre de reflé­ter la volonté démo­cra­tique de la popu­la­tion, doit favo­ri­ser une repré­sen­ta­tion pari­taire des femmes et des hommes et cesser d’avantager les seuls partis tra­di­tion­nels au détri­ment des partis en émer­gence. De plus, chacun des partis doit s’engager à res­pec­ter scru­pu­leu­se­ment les lois en vigueur sur le finan­ce­ment des partis poli­tiques et pro­po­ser des solu­tions pour limi­ter les dépenses élec­to­rales au Québec.
  2. Chacun des partis signa­taires s’engage à réa­li­ser dans les 6 pre­miers mois de son mandat, les enga­ge­ments sui­vants : abro­ger la loi 78 et amnis­tier les per­sonnes et orga­nismes sanc­tion­nés en vertu de cette loi ; abolir la hausse des droits de sco­la­rité ; abolir la contri­bu­tion santé et ajou­ter un ou plu­sieurs seuils d’imposition sur les reve­nus des contri­buables riches ; pro­cé­der à la refonte en pro­fon­deur de la Loi sur les mines pour mettre fin au « free mining » et faire du peuple qué­bé­cois le prin­ci­pal béné­fi­ciaire de l’exploitation viable de nos res­sources minières. La quasi-tota­lité de ces points ont déjà fait l’objet d’engagements de la part des partis concer­nés par votre Appel.

Le Comité de coor­di­na­tion de Québec soli­daire est dis­posé à par­ti­ci­per à un dia­logue avec le média­teur et les repré­sen­tants-es des signa­taires de l’Appel. Mais pour qu’un tel dia­logue abou­tisse à un examen rigou­reux des meilleures façons de délo­ger le Parti libé­ral du pou­voir, nous esti­mons que les partis qui prennent part à la dis­cus­sion doivent clai­re­ment s’engager à réa­li­ser ce mini­mum, néces­saire pour satis­faire aux exi­gences du prin­temps qué­bé­cois. Les membres de Québec soli­daire seront, bien évi­dem­ment, saisis du résul­tat de ce dia­logue.

Salutations cor­diales,

Le Comité de coor­di­na­tion natio­nal de Québec soli­daire

Décision de l’association Québec soli­daire dans Nicolet-Bécancour
« Étant infor­mée de l’éventualité qu’Option natio­nale ne pré­sente aucun can­di­dat dans Gouin où se pré­sente Françoise David, l’association locale de Québec soli­daire dans Nicolet-Bécancour a choisi de ne pas pré­sen­ter de can­di­dat dans cette cir­cons­crip­tion si cette éven­tua­lité est confir­mée par Option natio­nale. Le Comité de coor­di­na­tion natio­nal de Québec soli­daire enté­rine la déci­sion de l’association locale QS Nicolet-Bécancour », conclut Amir Khadir.

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