Un certain projet socialiste

Avoir ou non confiance dans les institutions démocratiques

Par Mis en ligne le 17 novembre 2012

Le manque de confiance dans les ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques du Québec ne me semble pas très inquié­tant à pre­mière vue. Il pour­rait bien être la condi­tion préa­lable à leur évo­lu­tion. Quand les piliers de la démo­cra­tie se fis­surent, l’occasion est belle d’en res­tau­rer la soli­dité par du neuf sans craindre les inno­va­tions qui percent sou­vent dans l’opinion publique.

Ce qui pour­rait effrayer les réac­tion­naires de tout acabit, ce sont jus­te­ment ces oppor­tu­ni­tés de pro­grès poli­tique qui peuvent être pré­sen­tés à ceux qui ont accédé au pou­voir avec la pro­messe de voir à l’évolution du Québec en atten­dant que le projet indé­pen­dan­tiste soit plus popu­laire. Il ne manque pas d’idées nou­velles pour­tant.

Le para­doxe, c’est que toutes ces nou­veau­tés pour­raient rame­ner au cœur du débat public une réforme pro­fonde du code du tra­vail que bien des gens fini­raient par sou­hai­ter et qui leur don­ne­rait du pou­voir pour consti­tuer eux-mêmes un lieu de débat autour de thèmes aussi larges que l’opportunité de pro­cé­der à l’élection d’une Constituante, par exemple.

Ces conquêtes démo­cra­tiques rap­pro­che­raient le Québec de son éman­ci­pa­tion en élar­gis­sant les pos­si­bi­li­tés, pour bien du monde et de toute condi­tion, mais sur­tout pour les sala­riés, de s’y expri­mer sur le Québec qu’ils veulent. Ce serait posé comme un ques­tion­ne­ment sur le type de société à laquelle nous vou­drions que notre tra­vail contri­bue.

Sur les lieux de tra­vail, en régime sala­rial, une saine et cer­taine dis­tance s’installe entre citoyens (les tra­vailleurs sont aussi des citoyens) et les plus pal­pables des pou­voirs qui s’exercent sur eux. En effet, le sala­rié subit une auto­rité qu’il n’a pas choi­sie. Chercher un autre lieu de tra­vail ne fait que rem­pla­cer un pro­blème par un autre. Créer sa petite entre­prise met­trait le sala­rié à la merci des banques. Et il res­tera tout de même tou­jours une masse de gens insa­tis­faits à s’inscrire dans un mode de pro­duc­tion domi­nant, le sala­riat, et à lais­ser, si je puis dire, leurs droits démo­cra­tiques à la porte de l’usine ou du milieu de tra­vail.

Une démo­cra­tie exer­cée sur le lieu de tra­vail per­met­trait, par exemple, de remettre au sala­rié le pou­voir de dis­cu­ter le plan de l’État pour son milieu. Il devien­drait ainsi un sujet poli­tique, seule­ment rede­vable devant une assem­blée géné­rale sou­ve­raine, qui pren­drait des déci­sions sur la masse sala­riale, sur la sécu­rité-santé, sur la recherche tech­no­lo­gique, sur la néces­sité d’inscrire dans les pro­jets à plus long terme la construc­tion d’une nou­velle usine en rem­pla­ce­ment de l’ancienne vieillis­sante, sur les droits spé­ci­fiques pour les femmes, sur les avan­tages liés à la retraire, … Ces assem­blées déli­bé­rantes pour­raient se tenir tous les ans sur une période de quelques semaines de manière à ce que tous les sujets à l’ordre du jour aient le temps d’être trai­tés. Ce serait sûre­ment la forme de démo­cra­tie la plus proche de ce à quoi on s’occupe dans la majo­rité de nos socié­tés modernes : le tra­vail.

Et cela don­ne­rait un socia­lisme bien de chez nous asso­ciant éman­ci­pa­tion sociale et libé­ra­tion natio­nale. La conjonc­ture poli­tique au Québec mettra sans doute ce projet de société à l’ordre du jour de tous les débats sur la pro­gres­sion d’une démo­cra­tie élar­gie octroyée, et aux citoyens, et aux tra­vailleurs sala­riés.

Cette nou­velle forme d’hégémonie poli­tique des tra­vailleurs pour­rait très bien cir­cons­crire le projet indé­pen­dan­tiste dans un cadre libé­ra­teur qui élar­gi­rait les ins­ti­tu­tions d’un autre pou­voir à d’autres couches popu­laires. Ce que nous osons appe­ler un socia­lisme pour le Québec.

En effet, com­ment res­tau­rer la confiance sans penser à donner à plus de citoyens-tra­vailleurs les moyens et les ins­tru­ments poli­tiques pour y expri­mer et tran­cher sur ce à quoi devrait tendre leur milieu de tra­vail et leur société en géné­ral ?

Sans cette forme de « démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive », com­ment rendre légi­time un pou­voir trop res­treint qui voit se cor­rompre, à inter­valles régu­liers, une partie des repré­sen­tants dont le mandat était pour­tant de voir au bien commun ? Pourquoi ne serait pas offert aux citoyens-tra­vailleurs le moyen de gérer eux-mêmes leurs affaires, par­tiel­le­ment au début pour l’expérimenter, et puis mas­si­ve­ment par la suite si l’expérience est concluante ?

Des ins­ti­tu­tions à carac­tère muni­ci­pal ou régio­nal devraient aussi per­mettre aux citoyens d’un quar­tier ou d’un vil­lage cette démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive où une partie du budget serait mis à la dis­po­si­tion d’assemblées citoyennes pour débattre et tran­cher sur les meilleurs moyens de faire vivre leur entou­rage urbain ou leur vil­lage.

Guy Roy

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