Aux « marges » : Marx sur le nationalisme, l’ethnicité et les sociétés non occidentales

Une théorie dialectique plurilinéaire du devenir social

Par Mis en ligne le 21 juillet 2012

Nous publions ici la conclu­sion d’un ouvrage impor­tant, édité en 2010 par l’University of Chicago Press (336 pages) et ayant pour titre : Marx at the Margins : On Nationalism, Ethnicity, and Non-Western Societies. L’auteur, Kevin B. Anderson, est pro­fes­seur de socio­lo­gie et de sciences poli­tiques à l’université de Californie Santa Barbara. L’ouvrage est consa­cré aux écrits de Marx dédiés au natio­na­lisme, à l’ethnicité et aux socié­tés non occi­den­tales. Cet ouvrage est, en quelque sorte, le pen­dant thé­ma­tique à la pas­sion­nante intro­duc­tion que Robin Blackburn a consa­crée à une partie des écrits de Marx sur la Guerre civile amé­ri­caine : Karl Marx/​Abraham Lincoln. Une révo­lu­tion inache­vée. Sécession, guerre civile, escla­vage et éman­ci­pa­tion aux Etats-Unis, (Éditions Syllepse, 2012, pour la tra­duc­tion fran­çaise). En se cen­trant sur ces ques­tions, l’auteur – qui par­ti­cipe au tra­vail de nou­velle publi­ca­tion des œuvres com­plètes de Marx et d’Engels (la MEGA II) – met à mal l’affirmation de ceux et celles qui font de Marx une espèce d’apologue du déve­lop­pe­ment capi­ta­liste comme pré­cur­seur d’une société socia­liste. Il met à mal éga­le­ment l’idée, assez répan­due dans cer­tains cou­rants dits mar­xistes-léni­nistes, selon laquelle sa pré­oc­cu­pa­tion exclu­sive por­tait sur les classes sociales et les rela­tions Capital-Travail. Kevin B. Anderson indique les évo­lu­tions dans la pensée de Marx, laquelle n’a cessé de s’élargir et de s’approfondir en – pour reprendre ses termes – une théo­rie dia­lec­tique plu­ri­li­néaire du deve­nir social. Il nous invite ainsi à (re)lire Marx pour penser notre propre temps. (Rédaction A l’Encontre)

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Ce voyage dans les écrits de Marx au sujet du natio­na­lisme, de la ques­tion des races, de l’ethnicité et des socié­tés non occi­den­tales a révélé, je l’espère, le carac­tère mul­ti­di­men­sion­nel de son projet intel­lec­tuel d’ensemble. Il a été démon­tré que la cri­tique du capi­tal par Marx est bien plus large qu’on ne le sup­pose géné­ra­le­ment. Il s’est, certes, concen­tré sur les rela­tions Capital-Travail en Europe et en Amérique du Nord, mais, dans le même temps, il a consa­cré un temps consi­dé­rable et dépensé beau­coup d’énergie à l’analyse des socié­tés non occi­den­tales aussi bien qu’aux thèmes de la race, de l’ethnicité et du natio­na­lisme. Alors que cer­tains de ses écrits témoignent d’une pers­pec­tive uni­li­néaire dis­cu­table et com­portent, à l’occasion, des traces d’ethnocentrisme, la tra­jec­toire d’ensemble [prise dans sa dyna­mique] des écrits de Marx sur ces ques­tions a pris un autre tour. Ce livre a montré que Marx a créé une théo­rie de l’histoire plu­ri­li­néaire et non réduc­tion­niste, qu’il a ana­lysé les com­plexi­tés et les dif­fé­rences des socié­tés non occi­den­tales et qu’il a refusé de s’emprisonner dans un modèle unique du déve­lop­pe­ment ou de la révo­lu­tion.

Marx et Engels ont exposé, en 1848, un modèle théo­rique de la société capi­ta­liste et de ses contra­dic­tions fon­da­men­tales si anti­ci­pa­teur que, même aujourd’hui, la puis­sance des­crip­tive du Manifeste du parti com­mu­niste n’a pas d’égal. Dans le Manifeste, ils adhèrent éga­le­ment, de façon impli­cite et équi­voque, à une concep­tion uni­li­néaire du pro­grès social. Les socié­tés pré­ca­pi­ta­listes, la Chine en par­ti­cu­lier, qu’ils carac­té­risent de façon eth­no­cen­trique comme fai­sant partie des nations « les plus bar­bares », étaient des­ti­nées à être péné­trées et moder­ni­sées de force par ce nou­veau et dyna­mique sys­tème social qu’est le capi­ta­lisme. Marx a étendu ces pers­pec­tives à l’Inde dans ses articles de 1853 pour la New York Tribune. Il y chan­tait les louanges de ce qu’il voyait comme étant les carac­té­ris­tiques pro­gres­sistes du colo­nia­lisme bri­tan­nique en oppo­si­tion à l’Inde des castes et à un ordre social tra­di­tion­nel « inamo­vible ». Il affir­mait que l’Inde était, si on en excep­tait l’histoire de ses conqué­rants étran­gers – des Arabes aux Britanniques –, une société sans his­toire. Il sou­te­nait, en outre, que la société indienne échoua à résis­ter à ces conquêtes en raison autant de ses divi­sions en castes que de la pas­si­vité géné­rale de la société. Les rela­tions sociales com­munes et la pro­priété com­mune du vil­lage indien four­nis­saient une fon­da­tion solide au « des­po­tisme orien­tal ». Tout cela lais­sait l’Inde per­méable au colo­nia­lisme bri­tan­nique, lequel appor­tait de toute façon le pro­grès dans son sillage. Les pen­seurs post­co­lo­niaux et post­mo­dernes, dont le plus célèbre est Edward Said, ont cri­ti­qué le Manifeste du parti com­mu­niste et les écrits de 1853 sur l’Inde comme une forme de savoir orien­ta­liste qui res­sor­tait, sur le fond, de la men­ta­lité colo­nia­liste.

La plu­part de ces cri­tiques ne sont pas par­ve­nus à com­prendre qu’à partir de 1853 le point de vue de Marx au sujet de l’Asie, deve­nant plus sub­tile et plus dia­lec­tique, com­mença à chan­ger par rap­port à la posi­tion adop­tée dans le Manifeste. Il a éga­le­ment écrit dans ses articles de 1853 pour la New York Tribune qu’une Inde moder­ni­sée trou­ve­rait sa voie en dehors du colo­nia­lisme, qu’il décri­vait alors lui-même comme étant une forme de « bar­ba­rie ». Il affirma que, tôt ou tard, le colo­nia­lisme en Inde trou­ve­rait son terme par le biais de l’aide appor­tée par la classe labo­rieuse bri­tan­nique ou par la for­ma­tion d’un mou­ve­ment indé­pen­dan­tiste indien. Cet aspect des écrits de 1853 de Marx à propos de l’Inde, comme des intel­lec­tuels indiens tels que Irfan Habib [un des his­to­riens mar­xistes indiens répu­tés, qui a contri­bué entre autres à divers volumes de laPeople’s History of India] l’ont noté, consti­tue le pre­mier exemple d’une prise de posi­tion en faveur de l’indépendance de l’Inde de la part d’un pen­seur euro­péen impor­tant.

L’aspect anti­co­lo­nia­liste de la pensée de Marx est devenu plus marqué à partir de 1856-57 lorsqu’il apporta son sou­tien, éga­le­ment dans la Tribune, à la résis­tance chi­noise contre les Britanniques lors de la seconde guerre de l’opium ainsi qu’en faveur de l’insurrection des Cipayes en Inde. Il com­mença à inté­grer, au cours de la même période, une partie de sa nou­velle com­pré­hen­sion de l’Inde dans les Grundrisse (1857-58), l’un de ses plus impor­tants tra­vaux théo­riques. Il a entamé, dans ce traité nais­sant de cri­tique de l’économie poli­tique, une véri­table théo­rie plu­ri­li­néaire de l’histoire selon laquelle les socié­tés asia­tiques se sont déve­lop­pées le long d’un chemin dif­fé­rent de celui des modes de pro­duc­tion suc­ces­sifs qu’il a décliné pour l’Europe occi­den­tale (anti­quité gréco-romaine [escla­va­giste], féodal et capi­ta­liste). Il a, en outre, com­paré et opposé les rap­ports à la pro­priété « com­mune » ainsi que la vaste pro­duc­tion sociale com­mu­nau­taire de l’ancienne société romaine avec ceux de l’Inde contem­po­raine. Alors qu’il conce­vait, en 1853, les formes sociales com­munes du vil­lage indien comme un sup­port du des­po­tisme, il insista désor­mais sur le fait que ces formes pou­vaient être aussi bien des­po­tiques que démo­cra­tiques.

Au cours des années 1860, Marx s’est concen­tré sur l’Europe et l’Amérique du Nord, écri­vant peu sur l’Asie. C’est à cette époque qu’il a achevé la pre­mière ver­sion du pre­mier volume du Capital ainsi que la plu­part des brouillons de ce que sont deve­nus les volumes II et III de cette œuvre. Il serait tou­te­fois erroné de consi­dé­rer que Marx se soit occupé, au cours de cette période, exclu­si­ve­ment des rap­ports entre le Capital et la lutte des classes en lais­sant de côté le natio­na­lisme, les ques­tions de race et d’ethnicité. Alors qu’il ache­vait le Capital, Marx, au cours des longues années de la Guerre civile amé­ri­caine (1861-1865) s’est occupé de la dia­lec­tique entre race et classe. Marx s’est lui-même engagé dans la cause anti-escla­va­giste, sou­te­nant de façon cri­tique le gou­ver­ne­ment Lincoln contre la Confédération [sudiste]. Il mêle de nom­breuses manières race et classe dans ses écrits à propos de la Guerre civile. Il y sou­tient, tout d’abord, que le racisme blanc a réprimé les tra­vailleurs noirs dans leur ensemble. Il a, ensuite, écrit que la « sub­jec­ti­vité » de la classe labo­rieuse des Noirs soumis à l’esclavage consti­tuait une force déci­sive dans l’issue favo­rable de la guerre pour le Nord. Il a, en outre, noté – à titre d’exemple du plus bel inter­na­tio­na­lisme – le sou­tien sans faille des tra­vailleurs anglais à la cause nor­diste malgré les dures souf­frances éco­no­miques que repré­sen­tait, pour les villes tex­tiles comme Manchester, le blocus nor­diste sur l’exportation du coton sudiste. Enfin, l’avertissement pré­mo­ni­toire contenu dans l’une des Adresses de la Première Internationale, qu’il a rédi­gée, selon lequel l’échec des Etats-Unis à accor­der les pleins droits poli­tiques et sociaux aux esclaves éman­ci­pés condui­rait le pays à nou­veau sur le chemin de conflits san­glants.

Marx a éga­le­ment sou­tenu le sou­lè­ve­ment polo­nais de 1863 qui visait à res­tau­rer l’indépendance natio­nale de ce pays souf­frant depuis long­temps du joug russe. Marx et Engels avaient déjà insisté dans le Manifeste, comme prin­cipe cen­tral des mou­ve­ments socia­listes et ouvriers, sur leur sou­tien à l’indépendance polo­naise. Les écrits de Marx au sujet de la Russie et de la Pologne sont inti­me­ment liés. A l’instar de sa géné­ra­tion, il per­ce­vait la Russie comme une puis­sance mal­veillante, réac­tion­naire et consti­tuant la menace la plus impor­tante contre les mou­ve­ments socia­listes et démo­cra­tiques d’Europe. Pour lui, l’autocratie russe, qu’il consi­dé­rait comme une forme de « des­po­tisme orien­tal » héri­tée de la conquête mon­gole, plon­geait ses racines dans le carac­tère agraire du pays, en par­ti­cu­lier dans les formes com­mu­nales et les rap­ports à la pro­priété com­mune qui pré­do­mi­naient dans le vil­lage russe. A partir de 1858, de même qu’en ce qui concerne la Chine et l’Inde, Marx a com­mencé à modi­fier sa per­cep­tion de la Russie. Il prit en consi­dé­ra­tion, comme nous l’avons vu dans de nom­breux articles pour la Tribune, l’imminente éman­ci­pa­tion des serfs ainsi que la pos­si­bi­lité d’une révo­lu­tion agraire. Le fait que la Pologne occu­pée par la Russie était placée entre la Russie elle-même et l’Europe occi­den­tale a eu pour consé­quence que le mou­ve­ment révo­lu­tion­naire polo­nais a repré­senté une contra­dic­tion pro­fonde au sein de l’Empire russe. Cette situa­tion a permis de contra­rier la volonté d’intervention de la Russie contre les révo­lu­tions euro­péennes de 1830 et, dans une cer­taine mesure, de 1848. Marx a cri­ti­qué de nom­breuses fois les démo­crates fran­çais ainsi que ceux d’autres pays pour ne pas leur avoir rendu la pareille en sou­te­nant de façon effi­cace leurs alliés polo­nais. Ces tra­hi­sons de la Pologne ont, en outre, affai­bli les mou­ve­ments démo­cra­tiques et socia­listes de l’ouest, en ouvrant la voie à l’intervention russe, qui se fit à large échelle en 1849, et donc à leur propre défaite. Marx com­mença, à la fin de sa vie, à sou­li­gner les élé­ments anti­ca­pi­ta­listes pré­sents au sein du mou­ve­ment révo­lu­tion­naire polo­nais.

Un réseau inter­na­tio­nal de mili­tants du mou­ve­ment de la classe labo­rieuse est né à la suite du sou­tien de la classe tra­vailleuse à la cause nor­diste lors de la Guerre civile amé­ri­caine ainsi que du sou­lè­ve­ment polo­nais de 1863. Ce réseau – com­posé prin­ci­pa­le­ment de Français, d’Allemands et de Britanniques – s’est réuni en 1864 à l’occasion de la for­ma­tion de l’International Working Men’s Association (connue plus tard comme la Première Internationale). Marx en fut l’un des prin­ci­paux théo­ri­ciens et orga­ni­sa­teurs. Il s’ensuit que son enga­ge­ment le plus marqué à la cause de l’émancipation des tra­vailleurs – qui fut celle de toute sa vie – se fit dans le climat des luttes contre l’esclavage, le racisme et l’oppression natio­nale. Peu de temps après la for­ma­tion de l’Internationale, il a été, en outre, attiré par le mou­ve­ment indé­pen­dan­tiste irlan­dais. L’implication de l’Internationale dans la cause natio­nale irlan­daise a débuté en 1867, l’année même où la pre­mière édi­tion alle­mande du Capital sor­tait de presse. Les diri­geants syn­di­ca­listes bri­tan­niques de l’Internationale, à leur immense crédit, et non sans la par­ti­ci­pa­tion théo­rique et poli­tique de Marx dans les dis­cus­sions, prirent ini­tia­le­ment une posi­tion remar­qua­ble­ment forte contre la domi­na­tion bri­tan­nique en Irlande. Lorsque, au cours des années 1867-70, le conflit irlan­dais attei­gnit son sommet, les expo­sés de Marx au sujet du rap­port entre l’émancipation natio­nale et la lutte de classes n’étaient pas de la pure théo­rie puisqu’ils furent éla­bo­rés au sein de la plus large orga­ni­sa­tion de tra­vailleurs de cette époque et lui ser­vaient d’arguments.

Marx a éla­boré au cours du temps une nou­velle posi­tion au sujet de la Grande-Bretagne et de l’Irlande qui eut des impli­ca­tions allant bien au-delà de ce moment his­to­rique par­ti­cu­lier. Sa théo­ri­sa­tion por­tant sur l’Irlande au cours de cette période marqua le faîte de ces écrits sur l’ethnicité, la race et le natio­na­lisme. Dans un style « moder­niste », il avait aupa­ra­vant prédit que le mou­ve­ment bri­tan­nique de la classe ouvrière, une éma­na­tion de la société capi­ta­liste la plus avan­cée de l’époque, sai­si­rait tout d’abord le pou­voir et alors per­met­trait à l’Irlande de rega­gner son indé­pen­dance, offrant éga­le­ment un sou­tien poli­tique et maté­riel au pays nou­vel­le­ment indé­pen­dant.

A partir de 1869-70, Marx écri­vit tou­te­fois qu’il avait changé de posi­tion, affir­mant désor­mais que l’indépendance irlan­daise devrait sur­ve­nir en pre­mier. Il sou­te­nait que les tra­vailleurs bri­tan­niques étaient tel­le­ment péné­trés de fierté natio­na­liste et d’arrogance de grande puis­sance à propos de l’Irlande qu’ils avaient déve­loppé une « fausse conscience » qui les liait à la classe domi­nante de Grande-Bretagne, atté­nuant ainsi les conflits de classes au sein de la société bri­tan­nique. Cette impasse ne pou­vait être sur­mon­tée que par un sou­tien direct du mou­ve­ment des tra­vailleurs bri­tan­niques à l’indépendance natio­nale irlan­daise. Celui-ci per­met­trait éga­le­ment de réunir les tra­vailleurs de Grande-Bretagne au sein de laquelle les tra­vailleurs irlan­dais for­maient un sous-pro­lé­ta­riat. Les tra­vailleurs anglais tenaient sou­vent les pauvres Irlandais déses­pé­rés pour res­pon­sables d’une concur­rence abou­tis­sant à la dimi­nu­tion de leurs salaires. Tandis que ces der­niers se méfiaient du mou­ve­ment ouvrier anglais, le tenant pour une simple expres­sion de plus de la société bri­tan­nique les domi­nant en Irlande et en Angleterre. Marx a lié à plu­sieurs occa­sions ses concep­tua­li­sa­tions des classes, de l’ethnicité et du natio­na­lisme entre les Anglais et les Irlandais aux rap­ports de race aux Etats-Unis. Il com­para la situa­tion des Irlandais en Angleterre à celle des Afro-Américains. Il mesura aussi les com­por­te­ments des tra­vailleurs anglais à ceux des pauvres Blancs du Sud des Etats-Unis, les­quels se sont trop sou­vent asso­ciés aux plan­teurs blancs contre leurs frères tra­vailleurs noirs. Marx a, en ce sens, éla­boré une concep­tion dia­lec­tique plus large des rela­tions de race, d’ethnicité et de classe. Il cri­ti­qua, en même temps, les formes étroites de natio­na­lisme, en par­ti­cu­lier dans leurs ver­sions irlan­daises, retom­bant en iden­ti­tés reli­gieuses ou se tenant tel­le­ment à l’écart du peuple anglais qu’ils échouèrent à prendre en consi­dé­ra­tion le tra­vail de l’Internationale.

Presque toutes ces consi­dé­ra­tions trou­vèrent leur place dans le plus grand tra­vail théo­rique de Marx : Le Capital, bien qu’encore seule­ment comme thèmes secon­daires. Toutefois, dans l’édition fran­çaise de 1872-1875 [parue en livrai­sons], la der­nière qu’il ait pré­pa­rée avant publi­ca­tion, Marx n’a pas seule­ment cor­rigé la tra­duc­tion de Joseph Roy, il a éga­le­ment entiè­re­ment révisé le livre. Un grand nombre de ces révi­sions por­tèrent sur la ques­tion d’un che­mi­ne­ment de déve­lop­pe­ment plu­ri­li­néaire. Certains pas­sages clés que Marx a modi­fiés pour l’édition fran­çaise concer­naient la dia­lec­tique du déve­lop­pe­ment capi­ta­liste hors du féo­da­lisme occi­den­tal, laquelle était au cœur de la hui­tième partie du livre, L’accumulation pri­mi­tive du capi­tal. Marx y déclare désor­mais, d’une façon claire et directe, que le type de tran­si­tion qui est exposé dans la partie consa­crée à l’accumulation pri­mi­tive ne s’applique qu’à l’Europe occi­den­tale. En ce sens, l’avenir des socié­tés non occi­den­tales était ouvert, il n’était pas déter­miné par celui de l’Europe occi­den­tale.

L’Inde occupe une place impor­tante en de nom­breuses par­ties du Capital. Le vil­lage indien est uti­lisé comme exemple de rela­tions sociales pré­ca­pi­ta­listes alors que le déclin brutal des manu­fac­tures tra­di­tion­nelles indiennes et la famine des arti­sans qui en fut le résul­tat ser­virent d’illustration aux effets ter­ri­ble­ment des­truc­teurs de la mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste sur les êtres humains. Marx a consa­cré, en outre, une impor­tante sec­tion du pre­mier volume du Capital aux pro­cé­dés par les­quels la péné­tra­tion capi­ta­liste bri­tan­nique s’est soldée par la des­truc­tion des terres et du peuple d’Irlande. Il concluait en indi­quant que l’émigration forcée de mil­lions d’Irlandais vers l’Amérique révé­lait la « revanche de l’histoire » en ce sens que les tra­vailleurs irlan­dais aidaient à jeter les fon­da­tions d’une nou­velle puis­sance capi­ta­liste qui défie­rait bien­tôt la domi­na­tion mon­diale bri­tan­nique. Il abor­dait, enfin, dans Le Capital la ques­tion du racisme et de l’esclavage, mon­trant dans quelle mesure l’extermination des peuples indi­gènes d’Amérique et la mise en escla­vage des Africains ont consti­tué un fac­teur majeur dans les pre­miers temps du déve­lop­pe­ment capi­ta­liste. Il a éga­le­ment sou­li­gné les effets délé­tères de l’esclavage et du racisme sur le mou­ve­ment ouvrier nais­sant aux Etats-Unis, écri­vant dans le Capital : « Le tra­vail sous peau blanche ne peut s’émanciper là où le tra­vail sous peau noire est stig­ma­tisé et flétri » [Le Capital, cha­pitre X, 7e partie]. Il conclut, en outre, que la fin de l’esclavage ouvrait d’importantes nou­velles oppor­tu­ni­tés pour les tra­vailleurs amé­ri­cains.

Marx retourna à ses pre­miers inté­rêts ayant trait à l’Asie à partir des années 1870, en appro­fon­dis­sant éga­le­ment ses études sur la Russie. Tandis qu’il s’était alors plutôt concen­tré sur la poli­tique étran­gère russe, il com­mença à apprendre le russe afin d’étudier les rela­tions éco­no­miques et sociales internes [à cette for­ma­tion sociale]. L’intérêt de Marx pour la Russie s’est accru après la publi­ca­tion du Capital en russe en 1872, en par­ti­cu­lier après que l’ouvrage y eut pro­vo­qué plus de dis­cus­sions qu’en Allemagne.

Marx s’est lancé, entre 1879 et 1882, dans la rédac­tion d’une série de cahiers de notes et d’extraits d’ouvrages éru­dits du moment por­tant sur un ensemble divers de socié­tés non occi­den­tales et non euro­péennes, parmi les­quelles l’Inde contem­po­raine, l’Indonésie (Java), la Russie, l’Algérie et l’Amérique latine. Il prit éga­le­ment des notes sur des études por­tant sur des « peuples indi­gènes » tels que les Amérindiens et les Aborigènes aus­tra­liens. L’un des thèmes cen­traux de ces car­nets de notes porte sur les rap­ports sociaux com­mu­nau­taires et sur les formes com­munes de pro­priété ren­con­trées dans nombre de ces socié­tés. Bien que ces notes de recherche sur d’autres auteurs ne contiennent que des for­mu­la­tions dis­con­ti­nues ou indi­rectes de ses propres opi­nions, cer­tains thèmes géné­raux peuvent tou­te­fois être dis­cer­nés.

Deux ques­tions émergent, par exemple, de ses études sur l’Inde. Ses notes indiquent, en pre­mier lieu, une nou­velle appré­cia­tion du déve­lop­pe­ment his­to­rique de l’Inde, opposé à ses vues ini­tiales selon les­quelles il s’agissait d’un pays avec une société sans his­toire. Bien qu’il vît encore les formes com­mu­nales du vil­lage indien comme étant rela­ti­ve­ment conti­nues à tra­vers les siècles, il nota désor­mais une série de chan­ge­ments impor­tants au sein de ces formes com­mu­nales, du fait qu’elles aient évolué d’une com­mune basée sur les clans à une com­mune fondée sur le ter­ri­toire. Ces notes montrent que son inté­rêt, en second lieu, ne por­tait plus, comme en 1853, sur la « pas­si­vité indienne », mais plutôt sur les affron­te­ments et les résis­tances face à la conquête étran­gère, que cela soit contre les incur­sions musul­manes au cours du Moyen Age ou contre les colo­nia­listes bri­tan­niques de son époque. Il indi­qua, en outre, que cer­taines de ces résis­tances s’appuyaient sur les clans et les struc­tures com­mu­nau­taires.

Marx a dis­cerné, dans ses études sur l’Inde, l’Algérie et l’Amérique latine, le main­tien de formes com­mu­nales face aux ten­ta­tives du colo­nia­lisme occi­den­tal de les détruire et de les rem­pla­cer par des formes de pro­priété privée. Dans cer­taines situa­tions, comme l’Algérie, ces formes com­mu­nales étaient direc­te­ment liées à la résis­tance anti­co­lo­niale. A partir de ce moment, les idées ini­tiales de Marx au sujet du carac­tère « pro­gres­siste » du colo­nia­lisme ont éga­le­ment dimi­nué, rem­pla­cées par une condam­na­tion dure et abso­lue de celui-ci.

La ques­tion du « genre », comme cela avait été le cas dans les pre­miers écrits de Marx, en par­ti­cu­lier ceux des années 1840, occupe une place impor­tante dans les notes de 1879-82 sur les peuples indi­gènes comme les Iroquois ainsi que dans la société romaine antique. On peut ici direc­te­ment com­pa­rer Marx et Engels sur cette ques­tion. En effet, les notes de Marx por­tant sur l’ouvrage de l’anthropologue Lewis Henry MorganAncient Society ont été rédi­gées en 1880 ou 1881. Engels les a décou­vertes après la mort de Marx et les a uti­li­sées comme maté­riel dans sa propre étude inti­tu­lée L’origine de la famille, de la pro­priété privée et de l’Etat(1884). Bien que l’ouvrage d’Engels contienne de nom­breux défauts, il se détache cepen­dant de manière posi­tive en raison de sa reten­tis­sante défense pour l’égalité des femmes. Il s’agit, en fait, du seul ouvrage consa­cré entiè­re­ment à ce sujet par un théo­ri­cien majeur du mou­ve­ment socia­liste nais­sant. Marx, tou­te­fois, à la dif­fé­rence d’Engels, tend à éviter toute idéa­li­sa­tion des rela­tions de genre exis­tant dans les socié­tés « sans écri­ture » [pre­li­te­rate socie­ties] telles que les Iroquois. Toujours dia­lec­ti­cien, Marx suit Hegel en dis­cer­nant des oppo­si­tions et des contra­dic­tions au sein de chaque sphère sociale, y com­pris dans les socié­tés éga­li­taires et com­mu­nau­taires. Il ne semble pas non plus par­ta­ger la vision sim­pliste d’Engels selon laquelle une « défaite his­to­rique des femmes » se soit pro­duite en Europe et au Moyen-Orient lors de la tran­si­tion des socié­tés cla­niques « sans écri­ture » vers les socié­tés de classes. Il est pro­bable, à l’opposé d’Engels, que Marx voyait ces formes dif­fé­rentes de rela­tions de genre de sa propre époque non seule­ment comme une consi­dé­ra­tion sur les ori­gines des socié­tés de classes mais aussi comme une source poten­tielle de résis­tance au capi­tal.

Si les théo­ri­sa­tions de Marx au sujet du natio­na­lisme, de l’ethnicité et des classes culmi­nèrent dans ses écrits de 1869-70 sur l’Irlande, ceux por­tant sur les socié­tés non occi­den­tales attei­gnirent leur sommet dans ses réflexions de 1877-82 sur la Russie. Dans une série de lettres, et dans les brouillons pré­pa­ra­toires à celles-ci, aussi bien que dans la pré­face de 1882, qu’il a rédi­gée avec Engels, à l’édition russe du Manifeste du parti com­mu­niste, Marx com­mença à esquis­ser, pour la Russie, une théo­rie plu­ri­li­néaire du déve­lop­pe­ment et de la révo­lu­tion. Ces écrits s’appuient sur les thèmes plu­ri­li­néaires tirés de l’édition fran­çaise du Capital. Dans ses écrits russes, Marx conteste, de manière répé­tée et claire, que le propos du Capital puisse four­nir une pré­dic­tion pré­cise de l’avenir de la Russie. Il indi­qua que les struc­tures sociales du vil­lage com­mu­nal russe dif­fé­raient de façon claire de celles du vil­lage pré­ca­pi­ta­liste du féo­da­lisme occi­den­tal. Ces dif­fé­rences entre les struc­tures sociales pré­ca­pi­ta­listes occi­den­tales et russes per­met­taient d’envisager des formes alter­na­tives pos­sibles au déve­lop­pe­ment social et à la moder­ni­sa­tion de la Russie si elle pou­vait éviter d’être absor­bée par le capi­ta­lisme. Dans la mesure où les com­munes rurales de Russie étaient contem­po­raines du capi­ta­lisme indus­triel en Occident, une révo­lu­tion sociale en Russie, basée sur les struc­tures col­lec­tives des vil­lages, per­met­tait de tirer parti des res­sources de la moder­nité occi­den­tale tout en évi­tant les souf­frances du déve­lop­pe­ment capi­ta­liste. Ce fai­sant, Marx ne pro­po­sait cepen­dant en aucune mesure une autar­cie ou un socia­lisme dans un seul pays pour la Russie. Cela aurait signi­fié un socia­lisme basé sur un déve­lop­pe­ment éco­no­mique et cultu­rel faible, idée qu’il a cri­ti­quée, en 1844 déjà, comme rele­vant d’un « com­mu­nisme gros­sier ».

Marx et Engels affir­maient, au contraire, dans leur pré­face de 1882 au Manifeste du parti com­mu­niste, qu’une trans­for­ma­tion radi­cale sur la base des com­munes rurales de Russie ne serait pos­sible que si elle était accom­pa­gnée de trans­for­ma­tions révo­lu­tion­naires ana­logues de la part des mou­ve­ments de la classe labo­rieuse en Europe occi­den­tale. Ils décla­raient éga­le­ment, dans leur pré­face, qu’une telle révo­lu­tion russe pou­vait avoir une base com­mu­niste. Marx consi­déra, plu­sieurs années aupa­ra­vant, les mou­ve­ments anti­co­lo­niaux en Chine et en Inde comme des alliés des classes labo­rieuses occi­den­tales. Il appré­henda de la même manière les mou­ve­ments natio­naux irlan­dais et polo­nais. Il alla plus loin dans ces der­niers écrits sur la Russie, affir­mant qu’un déve­lop­pe­ment com­mu­niste était une pos­si­bi­lité réelle dans la Russie non capi­ta­liste si une révo­lu­tion russe pou­vait se joindre à une révo­lu­tion en Occident appuyée sur le mou­ve­ment ouvrier.

Dans cette étude, j’ai, en résumé, affirmé que Marx a déve­loppé une théo­rie dia­lec­tique du chan­ge­ment social qui n’était ni uni­li­néaire ni exclu­si­ve­ment fondée sur les classes sociales. Comme sa théo­rie du déve­lop­pe­ment social évolua dans une direc­tion plus plu­ri­li­néaire, sa théo­rie de la révo­lu­tion s’est concen­trée de façon crois­sante, au fil du temps, sur l’articulation de la ques­tion des classes avec celles l’ethnicité, des races et du natio­na­lisme. Marx n’était pas, certes, un phi­lo­sophe de la dif­fé­rence dans un sens post­mo­derne puisque sa cri­tique d’une entité cen­trale, le capi­tal, figu­rait au centre de toute son entre­prise intel­lec­tuelle. Centralité ne signi­fie cepen­dant pas quelque chose d’univoque ou d’exclusif. La théo­rie sociale du Marx de la matu­rité tour­nait autour d’une idée de la tota­lité qui non seule­ment offrait une place consi­dé­rable à la par­ti­cu­la­rité et à la dif­fé­rence, mais fai­sait éga­le­ment, à l’occasion, de ces par­ti­cu­la­ri­tés que sont la race, l’ethnicité ou la natio­na­lité des déter­mi­nants de la tota­lité. C’était le cas lorsqu’il sou­tint qu’une révo­lu­tion natio­nale irlan­daise pou­vait être le « levier » qui aide­rait au ren­ver­se­ment du capi­ta­lisme en Grande-Bretagne ou lorsqu’il écri­vit qu’une révo­lu­tion enra­ci­née dans les com­munes rurales russes pou­vait servir de point de départ d’un déve­lop­pe­ment com­mu­niste à l’échelle de l’ensemble de l’Europe.

Marx ana­lysa, d’un côté, com­ment le pou­voir du capi­tal domi­nait le monde. Comment ce pou­voir attei­gnait chaque société et créait, pour la pre­mière fois dans l’histoire, un sys­tème indus­triel et com­mer­cial à l’échelle du monde, accom­pa­gné par la for­ma­tion d’une nou­velle classe des opprimé·e·s, la classe labo­rieuse indus­trielle. En déve­lop­pant cette théo­rie uni­ver­selle de l’histoire et de la société, Marx, de l’autre côté, s’efforçait – ainsi que nous avons insisté dans cet ouvrage – d’éviter des uni­ver­sels abs­traits et for­mels. Il tenta, encore et tou­jours, de saisir les voies propres par les­quelles les pou­voirs s’universalisant du capi­tal et des classes sociales s’inscrivaient eux-mêmes dans des socié­tés et des groupes par­ti­cu­liers. Que cela soit au sein de socié­tés non occi­den­tales qui n’étaient pas encore com­plè­te­ment péné­trées par le capi­tal comme la Russie et l’Inde ou par les inter­ac­tions par­ti­cu­lières nouées entre la conscience de la classe labo­rieuse et l’ethnicité, la race et le natio­na­lisme dans des pays indus­triels plus déve­lop­pés.

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Toutefois, une autre ques­tion surgit. Que nous apprend la dia­lec­tique sociale plu­ri­li­néaire et trans­cul­tu­relle de Marx sur l’actuel capi­ta­lisme mon­dia­lisé ? Ses pers­pec­tives plu­ri­li­néaires sur le déve­lop­pe­ment social au sujet de la Russie et d’autres pays non capi­ta­listes de son époque ont-elles une quel­conque per­ti­nence directe aujourd’hui ?

Je vou­drais avan­cer ici que c’est le cas seule­ment d’une manière limi­tée. Il existe bien sûr encore cer­taines zones du monde – telles que les Chiapas au Mexique ou les régions mon­ta­gneuses de Bolivie ou du Guatemala ainsi que d’autres com­mu­nau­tés sem­blables à tra­vers l’Amérique latine, l’Afrique, l’Asie et le Moyen-Orient – où sur­vivent des formes com­mu­nau­taires indi­gènes. Aucune d’entre elles, tou­te­fois, n’est d’une échelle simi­laire à celles de l’Inde ou de la Russie de l’époque de Marx. Des ves­tiges de ces formes com­mu­nales accom­pagnent, néan­moins, les pay­sans dans leurs migra­tions vers les villes et, quoi qu’il en soit, des mou­ve­ments anti­ca­pi­ta­listes impor­tants, basés sur ces formes com­mu­nau­taires indi­gènes, se sont déve­lop­pés récem­ment en des endroits comme le Mexique et la Bolivie.

Dans l’ensemble, cepen­dant, même ces régions ont été péné­trées par le capi­tal à un degré de loin plus impor­tant que cela était le cas pour les vil­lages russes ou indiens des années 1880. L’approche plu­ri­li­néaire de Marx au sujet de la Russie, de l’Inde et d’autres pays non capi­ta­listes est tou­te­fois per­ti­nente aujourd’hui à un niveau théo­rique ou métho­do­lo­gique plus géné­ral. Elle sert un objec­tif heu­ris­tique impor­tant, comme exemple impor­tant de sa théo­rie dia­lec­tique de la société. Il tra­vaillait, à cet égard, sur la base d’un prin­cipe géné­ral selon lequel l’ensemble du monde allait tomber sous la domi­na­tion du capi­tal et de ses formes valeur. Dans le même temps, il ana­ly­sait très concrè­te­ment et his­to­ri­que­ment dif­fé­rentes socié­tés impor­tantes du monde qui n’étaient pas encore com­plè­te­ment sous cette domi­na­tion.

De nom­breuses conclu­sions théo­riques de Marx qui touchent à l’articulation de la classe avec la ques­tion raciale, l’ethnicité et le natio­na­lisme, sont, elles, plus direc­te­ment per­ti­nentes pour nous, aujourd’hui.

Dans tous les prin­ci­paux pays indus­triels, les divi­sions eth­niques – sou­vent déclen­chée par l’immigration – ont trans­formé les classes labo­rieuses. A ce sujet, les prin­cipes qui sous-tendent les écrits que Marx a consa­crés aux rela­tions entre classe et race au cours de la Guerre civile amé­ri­caine ; entre la lutte pour l’indépendance de la Pologne à une révo­lu­tion euro­péenne d’ensemble ainsi qu’entre le mou­ve­ment indé­pen­dan­tiste irlan­dais avec les tra­vailleurs anglais ont une per­ti­nence actuelle plus mani­feste. Les écrits de Marx sur ces ques­tions nous aident à cri­ti­quer la com­bi­nai­son toxique entre racisme et empri­son­ne­ment [des Afro-Américains] aux Etats-Unis, à ana­ly­ser le sou­lè­ve­ment de Los Angeles de 1992 ou encore à com­prendre la rébel­lion des jeunes des cités pari­siennes en 2005. Une fois encore, la force de la pers­pec­tive théo­rique de Marx tient dans son refus de sépa­rer ces ques­tions de la cri­tique du Capital, ce qui donne à celles-ci un contexte plus large sans fondre l’ethnicité, la race ou la natio­na­lité dans la classe.

Je suis convaincu que les écrits de Marx sur les­quels c’est concen­tré mon ouvrage four­nissent des orien­ta­tions impor­tantes pour notre com­pré­hen­sion actuelle en ce qui concerne soit : 1° une dia­lec­tique plu­ri­li­néaire du déve­lop­pe­ment social ou 2° un exemple heu­ris­tique four­nis­sant des indi­ca­tions au sujet d’une théo­ri­sa­tion des mou­ve­ments indi­gènes actuels affron­tant le capi­ta­lisme mon­dia­lisé ou encore 3° une théo­ri­sa­tion des rela­tions entre classe, race, eth­ni­cité et natio­na­lisme.

(Traduction : A l’Encontre)

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