Stephane-chalifour

Perspectives
Réalité et dérives de l’extrême droite au Québec Entrevue avec David Morin
mercredi 10 avril 2019
No. 20 – Automne 2018

S.C. – Commençons par défi­nir ce qu’est l’extrême droite. Dans son ouvrage Pourquoi les pauvres votent-ils à droite ?[2], Thomas Franck fai­sait la radio­gra­phie de cette frange de l’électorat séduite par le popu­lisme de droite. En quoi la montée des popu­lismes atteste-t-elle tou­jours de ce phé­no­mène ?

D. M. – Il faut ici éviter un double piège : celui de mettre tout le monde dans le même sac, les caté­go­ries fourre-tout étant rare­ment pro­pices à des ana­lyses éclai­rées et celui de repro­duire sans les ques­tion­ner les nou­velles caté­go­ries (droite alter­na­tive, ultra-droite, droite radi­cale, etc.) le plus sou­vent créées par les groupes eux-mêmes, passés maîtres dans l’art des euphé­mismes et du double dis­cours pour éviter l’anathème, sous cou­vert de propos poli­ti­que­ment plus cor­rects. Il fau­drait plutôt parler des extrêmes droites au plu­riel, car ce terme recouvre des réa­li­tés his­to­riques et des mou­ve­ments assez variés et dis­pa­rates. Ainsi, l’extrême droite « clas­sique », ouver­te­ment raciste, hai­neuse et par­fois vio­lente, semble de manière géné­rale moins attrac­tive – encore que ce ne soit pas vrai par­tout si l’on regarde les États-Unis, la Grèce ou la Hongrie – par rap­port à la montée de mou­ve­ments natio­naux popu­listes ou néo­po­pu­listes, aux dis­cours xéno­phobes plus poli­cés, qui tentent de s’insérer dans le jeu démo­cra­tique, comme en Europe ou à Washington. Ces extrêmes droites prennent les visages de leur époque et s’adaptent aux contextes inter­na­tio­naux et natio­naux dans les­quels elles puisent leurs argu­ments. La plu­part de ces groupes par­tagent néan­moins des valeurs et des cri­tères idéo­lo­giques com­muns, tels que la réi­fi­ca­tion d’une com­mu­nauté (natio­nale, eth­nique, etc.) et d’une iden­tité à pro­té­ger, une cer­taine xéno­pho­bie, la pro­mo­tion d’un ordre moral, etc. Au bout du compte, l’utilisation de la caté­go­rie d’analyse « extrêmes droites » me semble per­ti­nente, mais avec des nuances qui s’imposent eu égard notam­ment à la place qu’elles accordent ou non à la vio­lence dans leur dis­cours et dans leurs actes.

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#MeToo et la poursuite du « processus de civilisation »
jeudi 8 mars 2018
Conjonctures et actualités

De quoi le mou­ve­ment de dénon­cia­tion des agres­sions sexuelles est-il por­teur ? Que tra­duit-il du point de vue du rap­port au corps, de la sexua­lité humaine et de la manière dont est codi­fié l’univers com­plexe du désir ?

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Notes de lecture
À bas les tueurs d’oiseaux ! Michel Chartrand.
mardi 20 février 2018
No. 18 - Automne 2017

Suzanne-G. Chartrand,

À bas les tueurs d’oiseaux ! Michel Chartrand.

Témoignages et réflexions sur son par­cours mili­tant,

Montréal, Didactica, c.é.f./Trois-Pistoles, Éditions Trois-Pistoles, 2016

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ATTENTAT DE QUÉBEC
Le terreau fertile d’une extrême droite bien de chez nous
mercredi 1 février 2017
Conjonctures et actualités

Sous le choc de l’émotion quant au carac­tère indi­cible de la tra­gé­die, il nous faudra sans doute du temps pour rendre celle-ci intel­li­gible et sur­mon­ter la ten­ta­tion de la réduire trop faci­le­ment à une dérive patho­lo­gique décon­tex­tua­li­sée. Comment un enfant de bonne famille ayant grandi dans un pays dont l’identité fon­da­men­tale repose sur la « diver­sité » et la tolé­rance en vient-il à tirer sur d’innocentes vic­times dont le seul crime est de prier leur Dieu dans un temple censé les pro­té­ger contre l’horreur et la bêtise du monde ?

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Tunisie : La déchirure
samedi 2 novembre 2013
Gauche / Mouvements sociaux

Deux ans après la chute du dic­ta­teur Ben Ali, la Tunisie, ber­ceau du prin­temps arabe, peine à sortir d’une crise poli­tique qui a pris, au cours des der­niers mois, l’allure d’un véri­table drame dont les déra­pages tendent à refroi­dir les ardeurs de ceux qui voyaient dans cette révo­lu­tion le labo­ra­toire d’une forme spé­ci­fi­que­ment arabe de tran­si­tion à la démo­cra­tie. Galvanisés par la pro­messe d’une rup­ture salu­taire et portés par la fièvre du chan­ge­ment, les Tunisiens s’étaient pour­tant prêtés au jeu des pre­mières élec­tions légis­la­tives, le 23 octobre 2011, avec l’enthousiasme juvé­nile qui avait embrasé ses prin­ci­paux arti­sans. Issue des urnes, l’Assemblée consti­tuante se vit confier l’ambitieux mandat d’accoucher d’une nou­velle consti­tu­tion à la fois garante du res­pect des liber­tés indi­vi­duelles et du fonc­tion­ne­ment des grandes ins­ti­tu­tions qui sous-tendent l’État de droit.

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Tunisie : la part de l’ombre.
Scénarios pour une jeune démocratie

Le 17 décembre 2010, dans un petit vil­lage du centre de la Tunisie, un chô­meur de 26 ans, acculé au déses­poir, à la fois humi­lié et per­sé­cuté par la police, s’immole devant une foule incré­dule. Martyr malgré lui, Mohammed Bouazizi de Sidi-Bouzid allait deve­nir ainsi le sym­bole de la « révo­lu­tion du jasmin » puis du prin­temps arabe. Quelques jours plus tard, armés de leur seul cou­rage des mil­liers de jeunes pre­naient la rue d’assaut à Tunis et ailleurs dési­reux de rompre un silence de plus de 50 ans.

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Rouge comme un printemps

Réflexion sur le mouvement étudiant

Ce qui n’était à l’origine qu’un conflit de faible inten­sité des­tiné à se résoudre de lui-même par l’effet com­biné de l’usure du temps et la peur de l’échec, s’est len­te­ment trans­formé en une véri­table crise dont l’ampleur pose avec une acuité nou­velle la récur­rente ques­tion du contrat social. Manifestement dépassé par les évé­ne­ments, mais conforté par les son­dages, le gou­ver­ne­ment libé­ral a sous-estimé cette frange de la jeu­nesse étu­diante dont la déter­mi­na­tion s’est déployée dans la durée, la créa­ti­vité et l’intelligence. L’esquive et le refus de dis­cu­ter d’un mora­toire (dont l’annonce aurait suffi à court-cir­cui­ter la radi­ca­li­sa­tion des étu­diants), ont fini par consti­tuer – pour l’essentiel – la stra­té­gie impro­vi­sée d’un gou­ver­ne­ment dont l’apparente fer­meté atteste, au final, de sa fai­blesse et de la déli­ques­cence de la chose publique. Bien que cette crise ne soit ni ter­mi­née, ni por­teuse d’une issue radi­cale sur le plan poli­tique, il convient de la réflé­chir à la lumière des contra­dic­tions qu’elle semble avoir exa­cer­bées. Loin de toute pré­ten­tion à l’exhaustivité, nous sou­hai­tons ici reve­nir sur quelques élé­ments.

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