Serge-denis

Alan Sennett, Revolutionary Marxism in Spain, 1930-1937,
Sur l’histoire de la révolution et de sa défaite dans l’Espagne des années 1930-1940
Un livre d'une grande portée éducative
mardi 21 février 2017
Chantiers théoriques

L’étude que pré­sente Alan Sennett sur le mar­xisme révo­lu­tion­naire en Espagne est impor­tante, tant par son objet que par les thèmes spé­ci­fiques qu’il ana­lyse. La période cou­verte voit en effet les conflits de classe se tendre pro­gres­si­ve­ment jusqu’à un point de rup­ture, situa­tion qui amène la for­ma­tion puis l’élection en février 1936 du Front popu­laire espa­gnol ; les chan­ge­ments voulus par le peuple des cam­pagnes et des villes sont mul­tiples, démo­cra­tiques et sociaux : les pay­sans « occupent de grandes pro­prié­tés ter­riennes », les grèves ouvrières pro­li­fèrent, on exige « la des­truc­tion des orga­ni­sa­tions fas­cistes » (p.316), si bien qu’un groupe de géné­raux, à la tête des­quels se trouve notam­ment le Général Franco, s’engage dans un Coup d’État qu’il veut pré­ven­tif le 17 juillet sui­vant. L’effet direct du Coup, cepen­dant, s’avère dia­mé­tra­le­ment contraire à ce qu’en atten­daient les géné­raux : plutôt que de pré­ve­nir le déclen­che­ment d’un pro­ces­sus de révo­lu­tion ouverte, leur ten­ta­tive le sus­cite direc­te­ment et le jus­ti­fie. Des milices ouvrières et anti­fas­cistes sont for­mées alors que s’engage par la base syn­di­cale la col­lec­ti­vi­sa­tion d’entreprises et que s’élargit l’appropriation de grands domaines agri­coles. Débutent trois longues années d’une guerre civile féroce et sans merci, et d’un gou­ver­ne­ment de Front popu­laire qui, écrit Sennett, en vien­dra éga­le­ment à mener « une guerre civile dans la guerre civile », c’est-à-dire un gou­ver­ne­ment qui visera à conte­nir puis à faire régres­ser sur le ter­ri­toire qu’il contrôle le pro­ces­sus de la révo­lu­tion et les acquis des pre­miers mois de son dérou­le­ment. La défaite défi­ni­tive aux mains du fas­cisme fran­quiste -appuyé par l’Église « et les tra­di­tio­na­listes catho­liques, les monar­chistes, les ban­quiers, les indus­triels, les grands pro­prié­taires ter­riens » (p.316) – sur­vient quand les troupes insur­gées réus­sissent fina­le­ment à sub­ju­guer l’héroïque Catalogne en mars 1939. Plus la guerre civile se pour­sui­vait, plus il devint clair, par ailleurs, que « cer­tai­ne­ment la Grande Bretagne et peut-être même la France et les États-Unis sup­por­taient taci­te­ment Franco » (p.319), comme option la mieux en mesure de réins­tau­rer le règne sans par­tage de la pro­priété privée et d’une hié­rar­chie des pou­voirs l’assurant. Le pays entra alors en 1939 dans une période de dic­ta­ture fas­ciste qui allait durer trente-six années.

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UNIVERSITÉ POPULAIRE D'ÉTÉ DES NCS - 2013
Harper et le monde du travail
« réforme » ou « révolution » ?

Les réformes du gou­ver­ne­ment Harper dans le domaine des rap­ports d’emploi s’inscrivent-elle en conti­nuité ou en rup­ture avec l’évolution des poli­tiques publiques menées par les gou­ver­ne­ments qui l’ont pré­cédé ? Il semble évident qu’il y a des dif­fé­rences, par exemple que les[i] inter­ven­tions sont aujourd’hui plus sévères envers les orga­ni­sa­tions du mou­ve­ment ouvrier et moins atten­tives aux reven­di­ca­tions des groupes qu’elles repré­sentent et veulent repré­sen­ter. Mais de telles dif­fé­rences peuvent se pré­sen­ter sous l’angle de réformes à cer­taines façons de faire habi­tuelles et à leurs cadres ins­ti­tués, ou elles peuvent se pré­sen­ter comme des actions de redé­fi­ni­tion de ces façons de faire et de ces cadres, de trans­for­ma­tion de nature, une ‘révo­lu­tion’. Mon hypo­thèse veut que le gou­ver­ne­ment Harper soit prêt à cette rup­ture des équi­libres et qu’il la favo­rise, mais que le champ de cette rup­ture s’ouvre aussi comme un abou­tis­se­ment, un des abou­tis­se­ments pos­sibles d’une séquence déjà enga­gée.

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Sur le succès électoral du NPD au Québec
Deux hypothèses et une question

Le succès élec­to­ral que vient de connaître le NPD au Québec, abso­lu­ment sans pré­cé­dent, va sûre­ment sus­ci­ter beau­coup d’analyses dans les mois et, nous annonce-t-on par­fois, les années à venir. Il peut être inté­res­sant pour­tant d’avancer d’ores et déjà cer­taines hypo­thèses per­met­tant d’éclairer ce succès, qui ébranle mani­fes­te­ment l’ensemble de la « classe poli­tique » qué­bé­coise, chro­ni­queurs des grands médias, com­men­ta­teurs et ana­lystes che­vron­nés, per­son­nel poli­tique élu et non élu. En ce len­de­main d’élections, il est pénible, soit dit en pas­sant, d’entendre par ailleurs cer­tains carac­té­ri­ser le vote majo­ri­taire qu’a exprimé la popu­la­tion du Québec de vote quasi fri­vole, peu sérieux. Comme si le « sérieux » en poli­tique était réservé à ce que cette classe juge tel ou aux milieux qu’elle fré­quente…

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Université des NCS
Contre-pouvoirs, contre-hégémonies
Mouvement ouvrier et mouvement socialiste dans l’histoire

Première session : le socialisme, d’hier à aujourd’hui (9h00 – 12h30)

Première partie : Mouvement ouvrier et mouvement socialiste dans l’histoire

Le mou­ve­ment ouvrier a existé et existe à la fois comme mou­ve­ment social et comme orga­ni­sa­tions struc­tu­rées, rela­ti­ve­ment stables et per­ma­nentes. Il s’est déve­loppé depuis le 19ème siècle sous plu­sieurs formes : socié­tés d’entraide, coopé­ra­tives, asso­cia­tions syn­di­cales, mutuelles, partis poli­tiques, etc. Selon les cir­cons­tances et les périodes, le centre de gra­vité de l’action et de l’organisation a évolué entre ces formes, mais au fil des décen­nies et pour tout le 20ème siècle, les partis ouvriers et les unions syn­di­cales ont repré­senté les deux élé­ments prin­ci­paux. Sa com­bi­nai­son avec le socia­lisme, et d’abord avec de grandes thèses du mar­xisme, lui a donné un pro­gramme d’envergure his­to­rique qui a nourri ses aspi­ra­tions, cepen­dant qu’elle a aussi servi à consti­tuer en mou­ve­ment de masse le socia­lisme.

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Ils voulaient changer le monde.
Le militantisme marxiste-léniniste au Québec
de Jean-Philippe Warren, Montréal, VLB éditeur, 2007, 255 p.

Jean-Philippe Warren est socio­logue et sa for­ma­tion pre­mière a sûre­ment été utile pour la recherche et l’analyse rela­tives au phé­no­mène de l’extrême-gauche maoïste au Québec, dont il pré­sente les résul­tats dans son der­nier livre. Mais le mérite pre­mier (au sens de pre­mier niveau) de ce livre, je crois, est de l’ordre de la recherche his­to­rique. Il s’agit en effet d’une contri­bu­tion majeure à l’étude du déve­lop­pe­ment idéo­lo­gique de la gauche au Québec, par la recons­ti­tu­tion de la trame des che­mi­ne­ments qui conduisent de scis­sions au RIN (Rassemblement pour l’indépendance natio­nale) durant les années 1960 à la for­ma­tion de groupes rela­ti­ve­ment conjonc­tu­rels (Comité indépendance-socialisme–CIS, Front de libé­ra­tion populaire–FLP, etc.), à l’impact d’initiatives poli­tiques du syn­di­ca­lisme et de mou­ve­ments popu­laires (Front d’action politique–FRAP, notam­ment) et à la ren­contre avec des cou­rants maoïstes de l’Amérique du Nord anglo­phone, jusqu’à la consti­tu­tion de grou­pe­ments fran­co­phones réso­lu­ment mar­xistes-léni­nistes dans la pre­mière moitié de la décen­nie 1970, et par l’analyse de ceux-ci.

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