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Valleyfield, mémoires et résistances
L’indépendance, toujours à l’ordre du jour, Entrevue avec Pierre LaGrenade
Les enjeux pour le mouvement populaire

Ce n’est pas d’hier que la ques­tion dite natio­nale domine la société à Valleyfield et dans la région du Suroît. Après la Conquête, le nou­veau sei­gneur de Beauharnois nommé par l’administration colo­niale, Edward Ellice, s’empare des terres et devient « une sorte de tyran régio­nal, très impo­pu­laire, fré­quem­ment dénoncé[2] ». Lors de l’insurrection répu­bli­caine de 1837-1838, les Patriotes sont très actifs dans la région. Dans les années sub­sé­quentes, les capi­ta­listes anglo-cana­diens prennent le contrôle de l’économie locale qui culmine avec l’installation de la Montreal Cotton. Les pro­fits sont énormes, les salaires misé­rables. L’intervention de l’armée colo­niale est fré­quente pour répri­mer les mou­ve­ments de grève. Des « admi­nis­tra­teurs » délé­gués par la Cotton, tous anglo­phones, sont pré­sents aux séances du conseil muni­ci­pal pour sur­veiller ce qui se passe, car, jusque dans les années 1950, Valleyfield est une véri­table « com­pany town ». Dans la ville ségré­gée, il y a les quar­tiers pour les patrons anglo­phones, ceux pour le per­son­nel tech­nique et d’encadrement (majo­ri­tai­re­ment bri­tan­niques et écos­sais) et ceux pour la masse ouvrière cana­dienne-fran­çaise à 95 %.

Durant les années 1970, une nou­velle géné­ra­tion de mou­ve­ments sociaux prend forme avec au pre­mier plan les syn­di­cats. Valleyfield devient une ville mili­tante où les syn­di­ca­listes en mènent large. En 1976, un jeune ensei­gnant, Laurent Lavigne, est élu dans le comté sous la ban­nière du Parti qué­bé­cois (PQ). La défaite du OUI au pre­mier réfé­ren­dum de 1980 fait mal. Pour plu­sieurs mili­tantes et mili­tants, la stra­té­gie « éta­piste » pensée par le ministre Claude Morin consti­tue une erreur, qui fait glis­ser le PQ dans le piège de la « gou­ver­nance pro­vin­ciale ».

En 1995, Jacques Parizeau relance le projet. Le deuxième réfé­ren­dum fait appel à une coa­li­tion large au sein de laquelle les syn­di­cats et les mou­ve­ments popu­laires trouvent leur place. Un orga­nisme visant à coa­li­ser les indé­pen­dan­tistes, les Partenaires pour la sou­ve­rai­neté, est créé pour mobi­li­ser la popu­la­tion qui vient très près de l’emporter contre l’État fédé­ral ; celui-ci s’efforce de contrer la vague sou­ve­rai­niste par tous les moyens, y com­pris par la vio­la­tion des lois élec­to­rales. Plus tard, le gou­ver­ne­ment péquiste crée le Conseil de la sou­ve­rai­neté du Québec. Quand le PQ perd les élec­tions en 2003, ce conseil devient un peu plus auto­nome, et intègre les indé­pen­dan­tistes de l’Union des forces pro­gres­sistes (UFP). En 2013, le Conseil adopte un nou­veau nom, les Organisations unies pour l’indépendance du Québec, les OUI Québec. Des col­lec­tifs (des tables régio­nales) se mettent en place un peu par­tout au Québec, y com­pris à Valleyfield, où Pierre LaGrenade, tou­jours très impli­qué dans la vie poli­tique et sociale de sa ville, devient son porte-parole.

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Démocratie, entre dérives et recomposition
Au-delà de la Commune imaginaire
Histoire et théorie

Pendant plu­sieurs années, une partie de la gauche contem­po­raine, au Québec comme ailleurs, a pensé que le moment était venu d’entreprendre la longue marche vers ce qu’on appe­lait la révo­lu­tion, qui consis­tait à dépas­ser la démo­cra­tie bour­geoise et à éta­blir un réel pou­voir popu­laire. Quelles leçons avons-nous apprises des expé­riences pré­cé­dentes ? Dans quelle mesure l’utopie de la grande trans­for­ma­tion s’est-elle méta­mor­pho­sée ?

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Relire Lénine ?
lundi 24 février 2014
Gauche / Mouvements sociaux

Lénine, qui a ins­piré des géné­ra­tions mili­tantes pen­dant si long­temps, n’intéresse plus grand monde aujourd’hui, à part quelques his­to­riens de droite et des nos­tal­giques d’un cer­tain âge, pour ne pas dire d’un âge cer­tain.

Goodbye Lénine ?

On peut com­prendre pour­quoi. Sa dis­pa­ri­tion sur­vient dans le contexte tur­bu­lent et contra­dic­toire de la révo­lu­tion sovié­tique, mais aussi au début d’une immense contre-révo­lu­tion. Ses der­niers com­bats contre la bureau­cra­tie et contre Staline sont un peu pathé­tiques, alors que le sys­tème dont il a été lui-même le géni­teur se rigi­di­fie au point de tout empor­ter.

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