Ignacio-ramonet

Cinq causes de l’insurrection arabe

Quelles sont les causes de l’ouragan de liberté qui, du Maroc à Bahreïn, en pas­sant par la Tunisie, la Libye et l’Egypte, souffle sur le monde arabe ? Pourquoi ces désirs simul­ta­nés de démo­cra­tie s’expriment-ils pré­ci­sé­ment main­te­nant ?

À ces deux ques­tions, les réponses sont de diverse nature : his­to­rique, poli­tique, éco­no­mique, cli­ma­tique et sociale.

1. Historique. Depuis la fin de la Première guerre mon­diale et l’implosion de l’Empire otto­man, l’intérêt des grandes puis­sances occi­den­tales pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord a reposé sur deux constantes : contrô­ler les gise­ments d’hydrocarbures et garan­tir un foyer natio­nal juif. Après la Seconde guerre mon­diale et le trau­ma­tisme uni­ver­sel de l’Holocauste, la créa­tion de l’Etat d’Israël en 1948 eut comme contre­par­tie, dans plu­sieurs États arabes libé­rés du colo­nia­lisme, l’arrivée au pou­voir de forces anti­sio­nistes (oppo­sées à l’existence d’Israël) se récla­mant de deux idéo­lo­gies dif­fé­rentes : « mili­taro-natio­na­liste » en Egypte, Soudan et Yémen ; « socia­liste arabe » en Irak, Syrie, Libye et Algérie.

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Ces « dictatures amies »

Une dic­ta­ture, la Tunisie ? L’Egypte, une dic­ta­ture ? En voyant les médias se gar­ga­ri­ser main­te­nant du mot « dic­ta­ture » appli­qué à la Tunisie de Ben Ali et à l’Egypte de Moubarak, les Français ont dû se deman­der s’ils avaient bien entendu ou bien lu. Ces mêmes médias et ces mêmes jour­na­listes n’avaient-ils pas, durant des décen­nies, mar­telé que ces deux « pays amis » étaient des « Etats modé­rés » ? Le vilain mot de « dic­ta­ture », dans le monde arabo-musul­man, n’était-il pas exclu­si­ve­ment réservé (après la des­truc­tion de l’ « effroyable tyran­nie » de Saddam Hussein en Irak) au seul régime ira­nien ? Comment ? Il y avait donc d’autres dic­ta­tures dans cette région ? Et nos médias, dans notre exem­plaire démo­cra­tie, nous l’auraient-ils caché ?

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Entretien avec Rafael Correa, président de l’Équateur

Le 30 sep­tembre 2010, le prin­ci­pal régi­ment de police de Quito s’est sou­levé contre le pré­sident Rafael Correa, qui mène d’audacieuses réformes pro­gres­sistes en Equateur. La ten­ta­tive de coup d’État a fait 8 morts et 275 bles­sés, mais a échoué. Quelles leçons poli­tiques a tiré le pré­sident de cette ten­ta­tive de ren­ver­se­ment ? Pour en parler et nous donner éga­le­ment son point de vue sur la révo­lu­tion citoyenne, l’évolution de l’Amérique latine et divers fronts de poli­tique inter­na­tio­nale, Rafael Correa nous reçoit dans le salon pro­to­co­laire du Palais Carondelet à Quito.

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Le Mexique en guerre

Formidables conquêtes, lar­ge­ment rognées ensuite et dila­pi­dées par les pré­si­dents suc­ces­sifs. Au point que, à cent ans de dis­tance, la situa­tion serait ana­logue, en bien de domaines, à ce qu’elle était en 1910 : scan­da­leuse concen­tra­tion de la richesse et abys­saux reculs sociaux ; détour­ne­ment de la volonté popu­laire ; atteintes au droit du tra­vail et aux liber­tés syn­di­cales ; pié­ti­ne­ment des garan­ties indi­vi­duelles par l’autorité ; perte de sou­ve­rai­neté devant les capi­taux inter­na­tio­naux, et exer­cice dis­tant, oli­gar­chique, patri­mo­nial et tech­no­cra­tique du pou­voir. A ce dépri­mant cata­logue s’ajoutent trois guerres : celle que se livrent entre eux les dif­fé­rents car­tels des nar­co­tra­fi­quants pour le contrôle de ter­ri­toires ; celle des groupes Zetas (orga­ni­sa­tions mafieuses consti­tuées par d’anciens mili­taires et d’anciens poli­ciers) spé­cia­li­sés sur­tout dans les enlè­ve­ments et les exac­tions contre la popu­la­tion ; et celle des mili­taires et des forces spé­ciales contre les civils.

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