Emanuel-guay

Démocratie, entre dérives et recomposition
Notes de lecture
mercredi 5 février 2020
No. 17 - Hiver 2017

Francis Dupuis-Déri, La peur du peuple. Agoraphobie et ago­ra­phi­lie poli­tiques,

Montréal, Lux, 2016

Emanuel Guay

Dans son plus récent ouvrage, Dupuis-Déri nous offre une pers­pec­tive par­ti­cu­liè­re­ment riche sur les liens qui unissent des concepts tels que la démo­cra­tie, le peuple et le pou­voir, à partir d’une dis­tinc­tion qu’il pro­pose entre l’ago­ra­pho­bie et l’ago­ra­phi­lie poli­tique. Ces deux termes dési­gnent des atti­tudes oppo­sées face à la capa­cité qu’ont les per­sonnes ordi­naires de se réunir afin de déli­bé­rer et de prendre des déci­sions en commun : si les ago­ra­phobes se méfient du peuple assem­blé, en lui repro­chant entre autres d’être irra­tion­nel, faci­le­ment influen­çable, prompt à la vio­lence, etc., les ago­ra­philes estiment pour leur part que les pra­tiques de démo­cra­tie directe sont la meilleure manière de se pré­mu­nir contre les abus de pou­voir et la concen­tra­tion de ce der­nier dans quelques mains. Dans l’opposition entre ces deux pers­pec­tives se dis­cernent des enjeux lourds de sens – les pra­tiques ago­ra­philes consti­tuent en effet un scan­dale pour l’élite parce qu’elles inva­lident la néces­sité d’une cou­pure entre les per­sonnes qui obéissent et celles qui com­mandent, en démon­trant que les dominé-e-s peuvent se gou­ver­ner par et pour eux et elles-mêmes.

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NOTES DE LECTURE
Hegemony How-To. A Roadmap for Radicals
Jonathan Matthew Smucker, Oakland, AK Press, 2017
dimanche 19 janvier 2020
No. 21 - Hiver 2019

Parmi les ques­tions qui reviennent cou­ram­ment dans les dis­cus­sions stra­té­giques à gauche, celle de la conver­gence des luttes et celle de la conti­nuité entre les grandes vagues de mobi­li­sa­tion occupent une place de choix : com­ment nous unir autour d’objectifs com­muns tout en recon­nais­sant et en valo­ri­sant notre diver­sité interne ? Comment assu­rer à nos prin­cipes et à nos orga­ni­sa­tions une pré­sence durable dans l’espace public, sur la base de laquelle nous pou­vons espé­rer de nou­velles avan­cées ? Ces deux inter­ro­ga­tions ren­voient à une pro­blé­ma­tique com­mune, soit l’identification des moyens qui per­mettent à la gauche de gagner en puis­sance et de rem­por­ter des vic­toires, même dans un contexte poli­tique hos­tile. C’est à cette pro­blé­ma­tique que s’attaque l’ouvrage de Jonathan Matthew Smucker, doc­to­rant en socio­lo­gie à l’Université Berkeley et mili­tant de longue date dans les mou­ve­ments anti­guerre et, plus récem­ment, actif au sein d’Occupy Wall Street. En mobi­li­sant des auteurs tels que Gramsci et Habermas, Smucker pro­pose des clés d’analyse per­met­tant de lier les dyna­miques internes aux groupes mili­tants à des consi­dé­ra­tions stra­té­giques plus larges, avec comme objec­tif de par­ve­nir à une conci­lia­tion entre les prin­cipes anti­au­to­ri­taires de la gauche et ses visées hégé­mo­niques.

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Notes de lecture
Didier Fassin, Punir. Une passion contemporaine, Paris, Seuil, 2017
mercredi 9 octobre 2019
No. 19 - Hiver 2018

Le recours à l’emprisonnement est à la hausse à tra­vers le monde depuis trois décen­nies, avec une tra­jec­toire et une inten­sité qui varient selon le contexte natio­nal. Bien que le cham­pion incon­testé de la prison aujourd’hui soit les États-Unis (le quart de la popu­la­tion car­cé­rale mon­diale s’y trou­vait en 2015[1]), le virage puni­tif sévit dans bien d’autres socié­tés, et ce, indé­pen­dam­ment de l’évolution réelle de la délin­quance et de la cri­mi­na­lité. Le der­nier ouvrage de Didier Fassin, pro­fes­seur de socio­lo­gie à l’Université Princeton, aborde ce virage puni­tif à partir de trois ques­tions : qu’est-ce que punir, pour­quoi punit-on et qui punit-on ?

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Penser la Grande Transition, utopies et stratégies
mardi 17 septembre 2019
No. 21 - Hiver 2019

Dans le sillon de la confé­rence La Grande Transition, une masse cri­tique de mili­tantes et de mili­tants intel­lec­tuels s’est mise à la tâche de com­prendre le monde qui s’esquisse à tra­vers les résis­tances et les ten­ta­tives de construire des contre-pou­voirs. Les débats ont été vifs, s’appuyant sur des enquêtes, des explo­ra­tions théo­riques et des bilans d’expériences extrê­me­ment riches.

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