Dominic-desroches

La spirale libérale

Le cercle sans fin comme figure poli­tique de l’enfermement

« Dans les démo­cra­ties, chaque géné­ra­tion est un peuple nou­veau » — Alexis de Toqueville

Les étu­diants conti­nuent de faire des vagues. Ils pour­suivent une grève depuis 100 jours, mais le gou­ver­ne­ment ne les écoute pas. Le gou­ver­ne­ment libé­ral, autiste, mène seul sa danse macabre : obsédé par son calen­drier élec­to­ral, il conti­nue de faire porter sa res­pon­sa­bi­lité poli­tique aux autres acteurs de la scène publique : les juges, les poli­ciers, les direc­teurs d’établissement et les pro­fes­seurs. Sans sur­prise, la manie de jouer les son­dages contre les inté­rêts géné­raux de la popu­la­tion se dédouble d’un mépris menant à la vio­lence. Bien que le carré rouge reçoive des appuis par­tout – de Vancouver à Ottawa en pas­sant par New York – et que les « mar­rées humaines » cycliques reviennent à Montréal le 22 de chaque mois depuis mars, sur le fonds, rien ne change.

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Le brasier
Petite théorie critique des éteignoirs politiques et médiatiques

« Le feu le plus cou­vert est le plus ardent » — Ovide

« Le vent, qui éteint une lumière, allume un bra­sier » — Beaumarchais

Le prin­temps qué­bé­cois réchauffe le social depuis trois mois seule­ment que déjà cer­taines voix, la plu­part souf­flant de la droite, se prennent à sou­hai­ter publi­que­ment sa fin, au moins sa bana­li­sa­tion. À tous les jours, dans nos médias, nous enten­dons les étei­gnoirs s’exprimer, les­quels insistent, à force d’euphémismes, sur les avan­tages de la loi, de la police et du statu quo. Ils jouent avec les mots afin de faire entrer le social dans la case « sta­bi­lité ». Au fond d’eux-mêmes ils ont peur, jouissent de la vie « nor­male » et sont fati­gués de la crise. Leur parole vise à atté­nuer le mou­ve­ment de grève et à rela­ti­vi­ser la remise en ques­tion qui le sous-tend. Sinon com­ment com­prendre que des poli­ti­ciens et des chro­ni­queurs, au sortir du Victorin, annon­çaient déjà la fin de la crise ? Dans ce texte, nous mon­tre­rons que c’est bien mal connaître la mobi­li­sa­tion sociale que d’annoncer le retour à la nor­male quand les forces sont vives. Nous pré­sen­te­rons les rai­sons pour les­quelles la grève est loin d’être ter­mi­née et pour­quoi ceux qui refusent le prin­temps qué­bé­cois prennent leur désir pour la réa­lité.

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Lettre à Alexis
Petite politique de la résistance à l’usage de mon fils
« La déso­béis­sance civile est le droit impres­crip­tible de tout citoyen. Il ne sau­rait y renon­cer sans cesser d’être un homme. »
— Gandhi

Tu as été conçu en hiver et tu es arrivé juste avant le « prin­temps qué­bé­cois ». Tu es mon fils et tes parents sont déjà fiers de toi. Nous avons mani­festé trois fois ensemble, en mars et en avril, toi dans ta pous­sette et nous, forts d’une pan­carte sur laquelle on pou­vait lire le slogan Printemps érable. Les étu­diants mani­fes­taient, ils mani­festent aujourd’hui, nous mani­fes­tons à leur côté, mais le gou­ver­ne­ment libé­ral ne veut pas entendre la rue, là où, sou­vent, la poli­tique se joue. Le climat pour­tant forme des hommes et des poli­tiques. Tu as vu le jour dans un Québec vic­time de mépris – nous sommes dans une pro­vince – et tu connaî­tras un monde en crise. Tu seras un jour un étu­diant, un homme et tu vou­dras en savoir plus sur l’histoire, l’invention de la démo­cra­tie et les biens com­muns. Tu vou­dras peut-être com­prendre le contexte de nos photos de la « tem­pête d’Avril 2012 » et savoir pour­quoi tant de gens mar­chaient. Puisque l’histoire est là, sous nos yeux, je t’adresserai rapi­de­ment ces quelques mots.

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La « tempête d’Avril 2012 »
Petit survol historique de la violence comme réponse au mépris

« Qui sème le vent récolte la tem­pête »
— Osée

Ce qui devait arri­ver arriva. À force de négli­gence et d’arrogance, à force de mépris et de dénis de démo­cra­tie, vient un temps noir, une dépres­sion, un climat ora­geux qui incitent cer­tains « indi­gnés » à agir avec force. Ceux-ci, non sans raison, en viennent à penser que la seule solu­tion pour être enten­dus des auto­ri­tés en déroute se trouve dans la vio­lence. Ils réagissent à l’indifférence.

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À l’abordage !
De l’utilité des lois en tempête politique

« On dit qu’un pirate pro­nonça ces paroles devant Alexandre le Grand : com­ment j’ose mal­me­ner le monde entier ? Je ne le fais qu’avec un petit bateau, voilà pour­quoi on me traite de voleur : vous qui le faites à l’aide d’une immense flotte, on vous appelle empe­reur. »
— Augustin, La Cité de Dieu

Le mou­ve­ment social des étu­diants se trouve désor­mais en eaux pro­fondes. La vague, imper­cep­tible, puise dans un cycle de plus en plus fati­guant et exi­geant. Tous sentent que la « marée » du 22 mars est loin du bord. Le mou­ve­ment doit res­ser­rer les rangs car le gou­ver­ne­ment est prêt à tout pour main­te­nir le cap sur sa hausse, y com­pris de noyer de jeunes mate­lots en recou­rant aux lois. Les tri­bu­naux écoutent les requêtes sin­gu­lières et tous devront s’y plier.

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Apprendre à naviguer jusqu’au bout
Les défis derrière la mobilisation sociale des étudiants

« Il faut être rameur avant de tenir le gou­ver­nail, avoir gardé la proue et observé les vents avant de gou­ver­ner soi-même le navire. »
— Aristophane

Les étu­diants uti­lisent le climat poli­tique. Ils ont montré qu’il était pos­sible de faire défer­ler une « marée humaine » sur le centre-ville de Montréal (Devoir, 23 mars). D’un côté, ils pro­fitent du vent de l’indignation mon­diale, alors que de l’autre, ils doivent conti­nuer d’inscrire leur mou­ve­ment dans le temps qué­bé­cois actuel. Le succès de leur prin­temps intem­pes­tif repo­sera sur leur capa­cité à orga­ni­ser d’autres vagues de mani­fes­ta­tions afin de ne pas voir la pres­sion qui s’exerce sur le gou­ver­ne­ment dis­pa­raître. Leur vic­toire est loin d’être « assu­rée », contrai­re­ment au point de vue exprimé par Philippe Dumesnil (La presse, 25 mars), car l’aventure poli­tique change sou­vent, au gré de la saison mais aussi de ce qui naît avec l’actualité, à savoir des faits divers impré­vi­sibles issus de plu­sieurs cycles qui ne se pon­dèrent pas et qui ne se maî­trisent pas faci­le­ment. La réa­lité poli­tique est fort dif­fi­cile à pré­dire, car ce sys­tème est trop com­plexe, voilà ce qui la rap­proche tel­le­ment de la météo­ro­lo­gie. Dans ces deux domaines, les hommes doivent apprendre avec le temps qu’il fait. Cela dit, reve­nons au prin­temps des étu­diants qué­bé­cois et effets de la grande marée du 22 mars der­niers.

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Le printemps politique des étudiants québécois
Un mouvement social en phase avec son temps

carre-rouge« Ils peuvent tuer toutes les hiron­delles, ils n’empêcheront pas la venue du prin­temps. »
Proverbe afghan

Après un hiver plus chaud que d’habitude, voilà la société qué­bé­coise qui se met en mou­ve­ment. Ce mou­ve­ment en effet est l’œuvre des asso­cia­tions étu­diantes qui orga­nisent, depuis plu­sieurs semaines déjà, des acti­vi­tés ori­gi­nales et créa­tives contre le gou­ver­ne­ment libé­ral du Québec qui veut pour­suivre le « dégel » des frais de sco­la­rité com­mencé en 2006. Si le gel per­met­tait à la majo­rité d’accéder à une édu­ca­tion supé­rieure de qua­lité, le dégel des libé­raux favo­ri­sera les mieux nantis, ce qui aura pour effet de faire recu­ler le Québec en le rame­nant à l’époque où seule une élite accé­dait à l’université, s’appropriait les emplois pres­ti­gieux et le pou­voir poli­tique. Dans ce texte, nous ten­te­rons d’expliquer les rai­sons der­rière le succès reten­tis­sant du « prin­temps » poli­tique des étu­diants qué­bé­cois.

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Le temps de la rénovation politique

France, Bouches-du-Rhône (13), Marseille, 8ème arr. : © par Vincent Desjardins

« L’architecture actuelle s’occupe de la maison, de la maison ordi­naire et cou­rante pour hommes nor­maux et cou­rants. Elle laisse tomber les palais. Voilà un signe des temps. » Le Corbusier

Le temps poli­tique actuel se recon­naît à son insta­bi­lité. On sent que le climat géné­ral se réchauffe, que les phé­no­mènes extrêmes se mul­ti­plient et que les gou­ver­nances (locale, natio­nale ou mon­diale) éprouvent une période d’incertitude. La mon­dia­li­sa­tion numé­rique veut que les popu­la­tions du globe res­sentent toutes en même temps les dif­fé­rences de pres­sions entre les régimes, ce qui fait en sorte que les crises des uns affectent le temps des autres. Et si l’on doit géné­ra­li­ser une vérité, on dira que nous vivons tous sous le même ciel, sous le même toit, soumis aux mêmes varia­tions du temps, c’est-à-dire que nous ne sommes plus à l’abri nulle part, qu’aucune crise ne nous épar­gnera, parce que nous par­ti­ci­pons tous, à dif­fé­rents degrés, à la fabri­ca­tion du temps à par­ta­ger dans la même maison poli­tique.

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