Andre-tosel

L'Humanité des débats Gramsci, Luxemburg, Lénine : toujours actuels
« Il faut une hégémonie des masses subalternes »
lundi 16 mai 2011
Philo / Socio / Politique

Le concept gram­scien d’ « hégé­mo­nie des pro­duc­teurs » est-il tou­jours opé­rant, aujourd’hui, pour penser une stra­té­gie révo­lu­tion­naire ?

André Tosel : Actuellement, cette hégé­mo­nie des pro­duc­teurs paraît une pers­pec­tive loin­taine. On voit bien que les mou­ve­ments sociaux sont plutôt sur un mode défen­sif. Cela s’explique par le contexte de des­truc­tion métho­dique de l’Etat social, par la contre-révo­lu­tion capi­ta­liste. En même temps, ce contexte ren­force peut-être l’actualité de la pensée de Gramsci. En effet, le socia­lisme gram­scien n’est pas un socia­lisme de simple répar­ti­tion des richesses. Il vise, plus fon­da­men­ta­le­ment, la par­ti­ci­pa­tion active des pro­duc­teurs à la pro­duc­tion elle-même et à l’ensemble des acti­vi­tés sociales. Devrait-on, aujourd’hui, se conten­ter d’un adou­cis­se­ment de l’exploitation, d’un nouvel Etat social ? L’enjeu n’est-il pas plutôt de repen­ser une hégé­mo­nie des pro­duc­teurs, en élar­gis­sant le concept de pro­duc­teur, en s’affrontant au pro­blème de la frag­men­ta­tion de la force de tra­vail, en recher­chant une unité de tous ceux qui, dans le procès de tra­vail, sont exploi­tés ou subissent une mar­gi­na­li­sa­tion de leur acti­vité ? Au fond, l’enjeu, c’est la relance d’une hégé­mo­nie des masses subal­ternes dans leur ensemble. Le concept de subal­terne a une très grande impor­tance aujourd’hui parce qu’il permet de saisir à la fois l’exploitation ouvrière et la domi­na­tion cultu­relle. Et les subal­tern stu­dies en ont fait un très grand usage dans un sens post­co­lo­nial. Ce concept permet aussi de repen­ser les rap­ports du natio­nal, de l’international et du trans­na­tio­nal. L’Etat natio­nal-popu­laire n’a pas dis­paru°, il demeure le cadre de toute acti­vité de trans­for­ma­tion, comme le montre l’émergence des popu­lismes. A l’horizon s’esquisse un nouvel inter­na­tio­na­lisme. ¶

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Devenirs du marxisme 1968-2005
De la fin du marxisme-léninisme aux mille marxismes

La fin sans gloire du com­mu­nisme sovié­tique, la dis­so­lu­tion de l’urss, la vic­toire de la démo­cra­tie libé­rale, et plus encore celle de l’économie-monde capi­ta­liste semblent avoir marqué la fin du mar­xisme et mis un terme à toute pos­si­bi­lité de renou­veau. La pensée hégé­mo­nique en matière poli­tique, éco­no­mique, et sociale est le libé­ra­lisme (plus ou moins social, plus ou moins libé­riste). Derrière la défense anti-tota­li­taire des droits de l’homme le marché s’est imposé comme l’institution déci­sive de la post-moder­nité. Le mar­xisme appar­tien­drait à un passé d’erreur et d’horreur. Tel est le credo de la « pensée unique », de cette concep­tion du monde qui en inver­sant les espoirs de Gramsci est devenu le sens commun de l’intelligentsia, des milieux éco­no­miques et poli­tiques, et qui est imposé comme la reli­gion de l’individu par toute la puis­sance des moyens de com­mu­ni­ca­tion. Il n’y aurait donc qu’à rédi­ger une rubrique nécro­lo­gique sur la mort enfin défi­ni­tive de Marx et des mar­xismes et libé­rer la pensée pour affron­ter le « temps de la fin du grand récit de l’émancipation ».

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Le marxisme du 20e siècle

Les études ici ras­sem­blées ont été rédi­gées dans les années 1996-2007. Elles appar­tiennent à un genre lit­té­raire modeste et géné­ra­le­ment consi­déré comme mineur, l’histoire de la pensée ou des idées. Elles sont consa­crées à l’examen de quelques moments impor­tants de l’histoire dite des mar­xismes et de cer­taines inter­pré­ta­tions de Marx. Aussi para­doxal que cela puisse paraître, cette his­toire n’a pas connu en France de déve­lop­pe­ment alors que le mar­xisme a sur le plan idéo­lo­gique et poli­tique joué un rôle impor­tant au 20e siècle, notam­ment depuis les années 1930 et jusqu’au début des années 1980. C’est la moda­lité de cette pré­sence qui explique l’état et nature de ce faible déve­lop­pe­ment. L’œuvre de Marx a été liée à la poli­tique du Parti com­mu­niste fran­çais et aux vicis­si­tudes des groupes com­mu­nistes dis­si­dents comme sur­tout tous ceux qui se sont reven­di­qués de Léon Trotsky et à un moindre degré à celles des groupes anar­chistes ou liber­taires.

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