Alain-bihr

Sur les rapports sociaux et leur articulation

«(…) l’essence humaine n’est pas une abs­trac­tion inhé­rente à l’individu isolé. Dans sa réa­lité, elle est l’ensemble des rap­ports sociaux.»
(Marx, Thèses sur Feuerbach, 1845)

Bien qu’il soit loin de consti­tuer une réfé­rence domi­nante dans le champ des sciences sociales, le concept de rap­ports sociaux a fini par y avoir droit de cité. Il n’en est que plus éton­nant de consta­ter que très peu des auteurs qui l’emploient se sont donné la peine de le défi­nir, se conten­tant au mieux de défi­ni­tions concer­nant ses dif­fé­rentes décli­nai­sons (rap­ports sociaux de classes, rap­ports sociaux de sexes, rap­ports sociaux de géné­ra­tions, etc.). A for­tiori, de nom­breuses ques­tions sou­le­vées par l’usage de ce concept demeurent pen­dantes, dont celles rela­tives à l’articulation des dif­fé­rents rap­ports sociaux, ou sont au mieux trai­tées dans le cadre de recherches empi­riques dont la portée est néces­sai­re­ment limi­tée. L’objectif de cet article est d’aborder quelques-unes de ces ques­tions. Les dimen­sions nous impo­se­ront cepen­dant de nous en tenir à l’énoncé de quelques pro­po­si­tions limi­naires, sans pou­voir déployer toute l’argumentation qu’elles néces­si­te­raient en droit.

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France
Les leçons d’une défaite

Le mou­ve­ment de l’automne 2010 contre le projet Fillon de réforme des régimes de retraite se sera fina­le­ment soldé par une défaite. Pour com­prendre les rai­sons de ce nouvel échec, venant après celui de 2003, et sur­tout pour en tirer les leçons, il faut partir de l’analyse cri­tique de la stra­té­gie suivie par le cartel des confé­dé­ra­tions syn­di­cales que ces der­nières sont par­ve­nues à impo­ser au mou­ve­ment en le condui­sant dans une impasse qu’il n’a su et pu éviter, sol­dant ainsi sa défaite finale.

Une stra­té­gie per­dante a priori

La prin­ci­pale carac­té­ris­tique du mou­ve­ment de cet automne a en effet été l’hégémonie qu’y ont exer­cée les orga­ni­sa­tions syn­di­cales, réunies pour la cir­cons­tance en un cartel allant des plus droi­tières (CFTC, CFE-CGC, UNSA) aux plus « gau­chistes » (FSU, SUD) en pas­sant par les orga­ni­sa­tions soi-disant réfor­mistes (CGT, CFDT), FO jouant les élec­trons libres pour tenter de cacher qu’elle se ral­liait quant au fond et quant à la forme aux pré­cé­dentes. Elles auront fina­le­ment contrôlé le mou­ve­ment de son début à sa fin, en en fixant les échéances et le rythme, en lui impo­sant sa stra­té­gie, sans que les élé­ments de radi­ca­li­sa­tion qu’il a pu connaître et sur les­quels je revien­drai, ne par­viennent à les débor­der et encore moins à les sub­ver­tir.

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Les formes concrètes du travail abstrait
samedi 11 septembre 2010
Philo / Socio / Politique

Résumé

Le concept de tra­vail abs­trait occupe une place cen­trale dans la cri­tique mar­xienne de l’économie poli­tique, non seule­ment parce qu’il se trouve à l’arrière-plan immé­diat de l’analyse de la valeur mais encore et sur­tout parce qu’il ouvre des pers­pec­tives tout à fait ori­gi­nales à l’analyse des formes que prend le tra­vail tel qu’il est soumis au capi­tal. En effet, le concept de tra­vail abs­trait ne ren­voie pas seule­ment à une caté­go­rie théo­rique, il n’est pas seule­ment une abs­trac­tion men­tale ; il est aussi une abs­trac­tion sociale, pra­tique, une abs­trac­tion en acte : il permet de com­prendre les formes tout à fait concrètes sous les­quelles le capi­tal se subor­donne le tra­vail en se l’appropriant, c’est-à-dire en lui impri­mant les carac­té­ris­tiques néces­saires et suf­fi­santes pour en faire la matière et le moteur même de sa valo­ri­sa­tion. Et sur cette base, il est pos­sible d’expliquer non seule­ment les formes pas­sées de cette appro­pria­tion, depuis la manu­fac­ture jusqu’à l’industrie auto­ma­tique for­dienne, mais encore de renou­ve­ler la com­pré­hen­sion des contra­dic­tions internes du procès de repro­duc­tion du capital.

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La dimension mortifère du capitalisme

Au fur et à mesure où, semaine après semaine, quasi quo­ti­dien­ne­ment, la crise géné­rale du capi­ta­lisme contem­po­rain nous apporte son lot de nou­velles plus cala­mi­teuses les unes que les autres, c’est la véri­table nature de cette crise qui se révèle. Loin d’être seule­ment une crise éco­no­mique, fût-elle struc­tu­relle, c’est à une véri­table crise de civi­li­sa­tion que nous sommes confron­tés.

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La pauvreté en France aujourd’hui

En 2006 (der­niers chiffres connus), la France métro­po­li­taine comp­tait 7 862 000 per­sonnes situées en des­sous du seuil de pau­vreté moné­taire : elles dis­po­saient alors d’un niveau de vie infé­rieur à 880 € par mois (cf. enca­dré pour la défi­ni­tion de ce seuil) ; elles repré­sen­taient 13,2 % de la popu­la­tion métro­po­li­taine [1]. Le nombre de per­sonnes pauvres était cepen­dant supé­rieur, dans la mesure où l’enquête au terme de laquelle cette éva­lua­tion a été faite n’a porté que sur ce qu’on appelle la popu­la­tion vivant en ménages ordi­naires, à l’exclusion de celle vivant dans des ménages col­lec­tifs (hôpi­taux, mai­sons de retraite, casernes, monas­tères, pri­sons) et celle vivant en dehors de tout ménage, dans des loge­ments de for­tune (cara­vanes, cabanes, caves, etc.) ou tout sim­ple­ment dans la rue. Or ce sont des là des popu­la­tions qui com­prennent, pour la plu­part, un fort voire très fort taux de per­sonnes pauvres et, qui plus est, parmi les plus pauvres. Ce sont ainsi très cer­tai­ne­ment plus de 8 mil­lions de per­sonnes pauvres que comp­tait alors la France métro­po­li­taine. Notons aussi que cette même enquête excluait les popu­la­tions des DOM-TOM : visi­ble­ment les pauvres mar­ti­ni­quais, gua­de­lou­péens, guya­nais, néo-calé­do­niens et réunion­nais ne valent pas qu’on s’en occupe…

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