Au Brésil, la déforestation fait long feu

Par Mis en ligne le 13 décembre 2009

Les Brésiliens arrivent à la COP-15 avec une bonne sur­prise dans leur sac à malices : le recul de la défo­res­ta­tion. De nom­breuses rai­sons expliquent ce recul. Déjà hors la loi, la défo­res­ta­tion aurait-elle fait long feu ?

Par Kakie Roubaud

Photos : Agência Brasil

Rio de Janeiro – 11/12/ 09

Voilà une bonne nou­velle qui ne devrait pas gâcher la fête des Brésiliens à Copenhague. La défo­res­ta­tion de l’Amazonie est en recul. L’Inpe (Institut National de Recherches Spatiales) a pré­senté les résul­tats de son moni­to­ring annuel. Les chiffres sont en chute libre. En 2007/2008, les émis­sions sont tom­bées à 500 mil­lions de tonnes de CO2 par an .

Ces dix der­nières années, 7 à 800 mil­lions de tonnes étaient reje­tés chaque année dans l’atmosphère . Un recul his­to­rique ! Désormais, le déboi­se­ment de l’Amazonie n’est plus res­pon­sable que de 2% des émis­sions mon­diales de CO 2 . On a presque envie de dire « seule­ment » !

« Avec des indices de crois­sance éco­no­mique à la hausse et un déboi­se­ment à la baisse, le Brésil montre sa déter­mi­na­tion à faire sa part » s’enthousiasmait il y a quinze jours l’ancien gou­ver­neur de l’Acre, Jorge Viana, dans les pages « Opinio » de O Globo. Le choix d’une éco­no­mie pri­vi­lé­giant l’insertion sociale tout en étant peu émet­trice en car­bone, de même que les enga­ge­ments volon­taires pré­sen­tés à Copenhague, placent le Brésil à l’avant-garde mon­diale de la dura­bi­lité » pou­vait-on encore lire sous la plume de cet ancien ingé­nieur des Eaux et Forêts. Son Etat, à la fron­tière de la Bolivie et du Pérou, est pion­nier dans la lutte contre la défo­res­ta­tion.

C’est le plus net recul natio­nal du déboi­se­ment enre­gis­tré en 21 ans, depuis que l’Inpe contrôle l’activité fores­tière de la région par satel­lite : 7 000 km2 soit malgré tout, la sur­face du District Fédéral plus la ville de São Paulo ! Le pic de la défo­res­ta­tion avait été enre­gis­tré en 2004 avec plus de 27 000 km2 « net­toyés » et partis en fumée.

La culture locale tra­di­tion­nelle ensei­gnait jusqu’ici qu’un bon arbre est un arbre mort et qu’un bon ter­rain est un ter­rain « propre ». Culture désor­mais battue en brèche par des concepts nou­veaux comme la flo­res­ta­nia de l’Acre, qui placent l’homme mais aussi les grands arbres, au centre de l’action poli­tique de cer­tains gou­ver­ne­ments.

Des sept Etats qui com­posent l’Amazonie Légale , le plus touché par la défo­res­ta­tion est le Para, état côtier sur l’Atlantique dont la capi­tale est Belém. En 2009, il tota­lise, 3 687 km2 de forêt abat­tue, soit à lui tout seul, la moitié du déboi­se­ment sur­venu cette année en Amazonie !

Dans un dis­cours enflammé Carlos Minc (dit-on, ter­mine tous ses cour­riers par la phrase « salu­ta­tions vertes et liber­taires ») , le ministre bré­si­lien de l’Environnement a assuré que 90% du recul de la défo­res­ta­tion était dû à la répres­sion. Mais note O Globo, le direc­teur de l’Inpe raconte lui-même que la crise éco­no­mique a eu un rôle cen­tral dans l’affaire.

Dans cette région grande comme l’Europe , vivent 25 mil­lions de bré­si­liens, une popu­la­tion presque équi­va­lente à la moitié de la France. Aussi les réa­li­tés et les rai­sons pour expli­quer ce recul sont nom­breuses. Crise éco­no­mique bien sûr, inten­si­fi­ca­tion de la répres­sion cer­tai­ne­ment, pro­po­si­tions alter­na­tives à l’élevage aussi : outre l’intensification des pâtu­rages exis­tants, on trouve en Amazonie des cueilleurs de Noix du Para qui résistent à l’élevage et des petits agri­cul­teurs qui plantent les arbres frui­tiers en bio-dyna­mie .

De « ceux qui troquent 4 heures de TV contre deux tor­tues » à « l’industrie qui pros­père sans couper un seul arbre » en pas­sant par « les 260 usines ther­mo­élec­triques qui rejettent des gaz de diesel là où seule devrait exis­ter une éner­gie propre », l’hebdomadaire Veja montre dans un numéro spé­cial inti­tulé « Amazonie : le fac­teur humain » que le futur de la région dépend moins des pro­jets montés à Brasília ou de la bonne volonté des ONGs que du désir des 25 mil­lions d’Amazoniens qui vivent en immense majo­rité dans les villes.

Une étude réa­li­sée par le quo­ti­dien Folha de São Paulo démontre de son côté, chiffres à l’appui, que défo­res­ta­tion rime avec déve­lop­pe­ment seule­ment à très court terme ! Dans les 50 muni­ci­pa­li­tés qui ont le plus déboisé entre 2000 et 2006, l’emploi et le revenu a aug­menté de 35% au delà de la moyenne régio­nale mais l’indice de santé est en deçà de 63%. Même chose avec l’éducation qui régresse. « L’Amazonie est coin­cée confirme à la Folha, Adalberto Verissimo, cher­cheur de l’ong Imazon mais il n’existe pas encore d’économie pour sub­sti­tuer le vieux modèle pré­da­toire »

C’est pour­quoi à Copenhague, le gou­ver­ne­ment bré­si­lien est aussi venu faire « son marché ». D’ici l’an pro­chain, il espère dou­bler le mon­tant du Fundo Amazônia. Hier, Carlos Minc a annoncé les cinq pre­miers pro­jets de ce fonds inter­na­tio­nal pour l’Amazonie : récu­pé­ra­tion des sur­faces dégra­dées, pro­tec­tion de la forêt, paye­ments pour ser­vies rendus à la pla­nète. Une seule dona­tion l’alimente pour l’instant : 1 mil­liard de dol­lars. Son dona­teur et prin­ci­pal ins­ti­ga­teur ? L’Etat nor­vé­gien.

Kakie Roubaud

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