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Recension / Notes de lecture

Commentaires sur « La faim du monde » de Hugues Stoeckel
L'humanité au bord d'une famine globale

La lec­ture indis­pen­sable du pre­mier ouvrage de Hugues Stoeckel (1), d’une excep­tion­nelle den­sité infor­ma­tive (479 ren­vois de bas de page invi­tant à enri­chir notre savoir), néces­site une concen­tra­tion maxi­male et la mobi­li­sa­tion de l’ensemble des den­drites qui gar­nissent nos neu­rones. On en sort d’autant moins indemne que le pro­fes­seur de mathé­ma­tiques retraité réfute réso­lu­ment le « devoir d’optimisme », cette « forme d’aveuglement » que beau­coup « d’écologistes » ( ?!?) ins­til­lent, par com­mo­dité, incons­cience ou néga­tion des réa­li­tés, dans leurs écrits.

Son propos se rap­proche indé­nia­ble­ment davan­tage des thèses de Bertrand Méheust (2), de Jean-Christophe Mathias (3) ou de Jean Gadrey (4) que des « Apartés » de Cécile Duflot (5). Le Cassandre éclairé jette à bas « la cer­ti­tude qu’une conduite col­lec­tive ver­tueuse suf­fi­rait à nous assu­rer un bel avenir ». Pour lui, les fari­boles de la « crois­sance verte » et du « déve­lop­pe­ment durable » (6), des « solu­tions déri­soires » uni­que­ment des­ti­nées à « pro­ro­ger la survie du sys­tème », « ne ralen­tissent même pas d’un iota la course vers l’abîme ».

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Indignés de tous les pays, unissez-vous !
Indignés / d'Athène à Wall Street, échos d'une insurrection des consciences
INDIGNÉS ! D’ATHÈNES À WALL STREET, ÉCHOS D’UNE INSURRECTION DES CONSCIENCES
Collectif
Éditeur : ZONES/LA DÉCOUVERTE
192 pages
Résumé : Un recueil d’articles et de témoi­gnages sur un phé­no­mène mon­dial.
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L’Émancipation des travailleurs. Une histoire de la première internationale

Mathieu Léonard,
L’Émancipation des tra­vailleurs. Une his­toire de la pre­mière inter­na­tio­nale,
Paris, La Fabrique, 2011.

Pourquoi reve­nir sur la Première Internationale ? Parce qu’elle est mécon­nue, sou­vent cari­ca­tu­rée ? Est-ce uni­que­ment parce que se crée alors une diver­gence qui struc­ture le mou­ve­ment ouvrier entre par­ti­san d’une « syn­di­ca­li­sa­tion géné­ra­li­sée » de la société et socia­listes dit éta­tistes, insis­tant au contraire sur la néces­sité de conqué­rir l’Etat ? Comment com­prendre sa dis­lo­ca­tion finale ? Est-elle avant tout l’histoire d’un échec ou d’une fon­da­tion ? L’histoire de la Première inter­na­tio­nale est-elle riche d’autres ensei­gne­ments ?

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UN LIVRE DE CHRISTOPHE RAMAUX
L’Etat social – Pour sortir du chaos néolibéral

La grande crise que nous connais­sons marque la faillite du néo­li­bé­ra­lisme. Mais par quoi le rem­pla­cer ? C’est ici que le bât blesse. Il ne semble pas y avoir d’alternative cohé­rente à lui oppo­ser. Ce livre sou­tient que cette alter­na­tive existe pour­tant, qu’elle est déjà là, sous nos yeux : c’est l’État social, dont le fon­de­ment poli­tique est la démo­cra­tie.

Depuis plu­sieurs décen­nies, on fait accroire que l’État social est une figure du passé. Au contraire, il est plus que jamais d’actualité. Il a certes été désta­bi­lisé par le néo­li­bé­ra­lisme, plus ou moins for­te­ment selon les pays, mais il n’a pas été mis à bas. À y bien réflé­chir, nous ne vivons pas dans des « éco­no­mies de marché ».

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« Partir des rapports sociaux de production capitalistes pour penser la pluralité apparente des rapports sociaux »

L’ouvrage d’Alain Bihr, Les rap­ports sociaux de classes,confor­mé­ment aux objec­tifs de la col­lec­tion Empreinte des édi­tions Page 2, entend consti­tuer une intro­duc­tion syn­thé­tique à l’analyse des rap­ports sociaux de classes. L’auteur adopte une approche mar­xiste actua­li­sée.

L’introduction de l’ouvrage part d’un constat : l’existence de socié­tés contem­po­raines qui se pré­sentent comme « seg­men­tées, hié­rar­chi­sées et conflic­tuelles » (p.5). Ce qui conduit l’auteur à s’interroger sur la nature d’un tel état de fait. Il dis­tingue alors trois pistes de solu­tion pos­sibles à cette ques­tion. Ces trois orien­ta­tions pos­sèdent des enjeux à la fois socio­lo­giques et poli­tiques : l’analyse maté­ria­liste mar­xiste, l’approche plu­ra­liste – classes éco­no­miques, groupes de statut et partis poli­tiques – webe­rienne et enfin l’analyse indi­vi­dua­liste qui tend en défi­ni­tive à dis­soudre les classes sociales. L’auteur jus­ti­fie ensuite le posi­tion­ne­ment mar­xiste qui est le sien dans la suite de l’ouvrage. Trois élé­ments consti­tuent pour lui l’apport incon­tour­nable de Marx : a) le fait de consi­dé­rer les classes sociales comme consti­tuées à partir des rap­ports sociaux b) la base métho­do­lo­gique maté­ria­liste c) l’appréhension des classes sociales selon une triple dimen­sion d’exploitation, de domi­na­tion et d’aliénation.

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Ordre et nécessité : la pensée de droite

PENSER À DROITE
Emmanuel Terray
Éditeur : GALILÉE
161 pages /23,75 €

Résumé : Un ouvrage pas­sion­nant pro­po­sant de défi­nir un corpus cohé­rent d’axiomes de la pensée de droite. 

Dans un ouvrage lim­pide, Emmanuel Terray se pro­pose de déga­ger les inva­riants de la pensée de droite, ce qui ne l’empêche pas d’en sou­li­gner les ten­sions internes, ces der­nières étant notam­ment le pro­duit des rela­tions avec l’extrême droite et l’Eglise catho­lique.

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Note de lecture
Pour sauver la planète, sortez du capitalisme

Pour sauver la pla­nète, sortez du capi­ta­lisme
Hervé Kampf
Seuil

Ce livre est à lire. Déjà par la masse des infor­ma­tions qu’il contient, ensuite par la dénon­cia­tion (à partir d’éléments par­ti­cu­liè­re­ment pro­bants et démons­tra­tifs) de la logique mor­ti­fère du capi­ta­lisme. Enfin par les pistes d’actions- de haute teneur civi­li­sa­tion­nelle – qu’il sug­gère. Même si l’on peut en contes­ter cer­taines. Une cri­tique pre­nant cer­tai­ne­ment sa source dans une appré­cia­tion dif­fé­rente non pas des dégâts pro­vo­qués à la nature et aux hommes mais de la logique propre du capi­ta­lisme.

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Marx, mode d’emploi

Les édi­tions Zones vous pro­posent de lire en ligne le livre de Daniel Bensaid et Charb, une intro­duc­tion à Marx, à consul­ter ici.

Présentation de l’éditeur :

Dans les années 80, en pleine offen­sive néo­li­bréale, le maga­zine Newsweekpou­vait titrer, triom­pha­le­ment : « Marx est mort. »

Mais les spectres ont la peau dure. Aujourd’hui, Marx est de retour. En ces temps de crise fra­cas­sante du capi­ta­lisme et de grande déban­dade idéo­lo­gique, on le redé­couvre. Même le très libé­ral conseiller de l’Élysée, Alain Minc, s’est récem­ment déclaré « mar­xiste » – sans rire – en matière d’analyse éco­no­mique.
Mais qui fut Marx ? Qu’a-t-il vrai­ment dit ? Ce petit ouvrage offre une intro­duc­tion ludique à sa pensée, sa vie, son œuvre. Un pano­rama clair et sou­vent drôle qui asso­cie bande des­si­née et phi­lo­so­phie, humour et esprit de syn­thèse pour pré­sen­ter dans toute son actua­lité la pensée du prin­ci­pal théo­ri­cien de l’anticapitalisme.

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L’élite au pouvoir, de Charles Wright Mills
De la théorie de l’équilibre des pouvoirs comme illusion

Extrait de C. W. Mills, L’élite au pouvoir, éditions Agone, 2012

Les amé­ri­cains, qui ne veulent pas s’inquiéter des pro­blèmes moraux posés par l’économie poli­tique, s’accrochent à l’idée que le gou­ver­ne­ment est une sorte de machine auto­ma­tique, dans laquelle l’équilibre entre les inté­rêts rivaux joue le rôle de régu­la­teur. Cette image de la poli­tique ne fait que reprendre l’image offi­cielle de l’économie : dans les deux domaines, l’équilibre pro­vien­drait de la pres­sion exer­cée par de nom­breux inté­rêts, dont chacun n’est freiné que par des inter­pré­ta­tions léga­listes et amo­rales de ce que le public peut sup­por­ter.

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Les nouveaux prolétaires, de Sarah Abdelnour

Sarah Abdelnour, Les nou­veaux pro­lé­taires, « Petite Encyclopédie cri­tique », Textuel, 2011.

Chapitre 3 : Les nouveaux prolétaires, une nouvelle classe sociale ?

Comme l’indique Louis Chauvel, « dans les démo­cra­ties déve­lop­pées, la dis­pa­ri­tion de classes sociales sem­ble­rait un acquis et une évi­dence sur laquelle il est incon­gru de reve­nir » (2001, p. 79). Se sont en effet mul­ti­pliés, à partir des années 1980, les dis­cours poli­tiques, média­tiques mais aussi socio­lo­giques qui pré­di­saient, voire rela­taient, la dis­pa­ri­tion des classes sociales et l’avènement d’une « société des indi­vi­dus ». Chauvel et un cer­tain nombre de cher­cheurs s’accordent tou­te­fois pour nuan­cer ce pos­tu­lat, en raison de « la per­sis­tance d’inégalités struc­tu­rées, liées à des posi­tions hié­rar­chi­que­ment consti­tuées et por­teuses de conflits d’intérêts dans le sys­tème pro­duc­tif » (ibid., p. 316). Il semble en effet que des classes se main­tiennent sur le papier, mais forment-elles pour autant des col­lec­tifs capables de se mobi­li­ser pour défendre leur cause ? Les classes en soi, repé­rables objec­ti­ve­ment, forment-elles des classes pour soi ?

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