L’apport de Frantz Fanon dans le processus de libération des peuples

Par Mis en ligne le 22 juillet 2011

Fanon, qu’il s’agisse de la folie, du racisme ou de l’« uni­ver­sa­lisme » confis­qué par les puis­sants, ne cesse, au fond, de tenter de poser « un faire monde », à la manière d’une trans­for­ma­tion en actes des situa­tions où domi­nés et domi­nants ont, chacun, tout à perdre de la péren­ni­sa­tion des ordres et désordres exis­tants. Fanon, cet insou­mis, ce rebelle qui lutte tena­ce­ment et sans faille contre la domi­na­tion exer­cée par les puis­sants sur les faibles, nous éclaire aujourd’hui à propos de l’articulation fon­da­men­tale entre le droit à la rébel­lion devant un sys­tème social, poli­tique et éco­no­mique qui plonge le monde dans le désordre et une colo­ni­sa­tion d’un nou­veau type.

Ainsi, à la vio­lence colo­niale a suc­cédé une vio­lence indi­recte, l’ordre colo­nial a conta­miné le ter­ri­toire des colo­ni­sa­teurs. Par un para­doxe dont l’histoire a le secret, l’ « indi­gène » est omni­pré­sent non seule­ment dans son aire d’origine mais éga­le­ment dans ce que Fanon appe­lait les « villes inter­dites » où s’exercent les formes renou­ve­lées de dis­cri­mi­na­tion, il remarque dans Les damnés de la terre que « le monde colo­nisé est un monde coupé en deux(…) La zone habi­tée par les colo­ni­sés n’est pas com­plé­men­taire de la zone habi­tée par les colons. Ces deux zones s’opposent mais non au ser­vice d’une unité supé­rieure(…) Ce monde com­par­ti­menté en deux est habité par des espèces dif­fé­rentes. L’originalité du contexte colo­nial c’est que les réa­li­tés éco­no­miques, les inéga­li­tés, l’énorme dif­fé­rence des modes de vie, ne par­viennent jamais à mas­quer les réa­li­tés humaines ».

A la veille du cin­quan­tième anni­ver­saire de sa mort, le 6 décembre 1961, il nous faut faire le constat que, malgré l’évolution du monde, il est d’une éton­nante actua­lité, même si le colo­nia­lisme, sous ses formes anciennes, a dis­paru et que de nom­breux Etats, libé­rés de l’oppression colo­niale, ont vu le jour.

Pour autant la dépos­ses­sion, l’aliénation et l’injustice ont elles quitté ce monde ?

A biens des égards, un obser­va­teur impar­tial pour­rait dire, à la lumière san­glante des guerres impé­riales en Irak, en Afghanistan et en Libye mais aussi colo­niale en Palestine, que la poli­tique de la canon­nière, sur laquelle se sont fondés les empires colo­niaux, a repris du ser­vice actif.

L’action et l’oeuvre de FANON se situent dans le contexte d’après-guerre marqué par la lutte idéo­lo­gique entre le bloc occi­den­tal et le bloc socia­liste avec une divi­sion claire ; c’est dans ce cadre qu’un troi­sième monde -qui a affirmé son exis­tence poli­tique lors de la Conférence de Bandung en 1955- émerge au cours des années 1950-1960 et reven­dique sa place dans les rela­tions inter­na­tio­nales ainsi que sa part dans le par­tage des richesses de la pla­nète, en pro­cla­mant son refus de la bipo­la­ri­sa­tion du monde.

C’est dans ce contexte que Fanon a forgé sa réflexion sur le rôle de la vio­lence dans le pro­ces­sus de libé­ra­tion et sur les risques encou­rus par les anciens colo­ni­sés, une fois l’indépendance acquise.

La pro­duc­tion intel­lec­tuelle de Fanon a for­te­ment influencé les révo­lu­tion­naires à tra­vers le monde, en Afrique mais aussi en Asie et aux Amériques. Ses textes ne peuvent être dis­so­ciés des cir­cons­tances his­to­riques dans les­quelles ils ont vu le jour, mais leur per­ti­nence est intacte et ils conti­nuent d’inspirer de nou­velles géné­ra­tions de mili­tants et d’intellectuels tant au sud qu’au nord. Les grilles de lec­ture for­gées par Fanon demeurent des outils effi­caces pour ana­ly­ser l’actualité d’un monde où la domi­na­tion et l’exploitation ont changé d’apparence mais res­tent régies par des méca­nismes, eux, fon­da­men­ta­le­ment inchan­gés.

Rendre compte de l’apport de Frantz Fanon dans le pro­ces­sus de libé­ra­tion des peuples revient à pré­sen­ter les dif­fé­rentes étapes de son exis­tence, de ses prises de posi­tion, du déve­lop­pe­ment et de la for­mu­la­tion de sa pensée. Son œuvre se confond avec sa trop courte exis­tence mar­quée par la révolte devant l’injustice, le prin­cipe de réa­lité et l’éthique de l’engagement.

La Seconde Guerre mon­diale fut l’élément déclen­cheur de l’éveil poli­tique du jeune Fanon. Spontanément anti­fas­ciste et tra­dui­sant déjà par un enga­ge­ment concret son refus du nazisme, Fanon quitta le foyer fami­lial et partit clan­des­ti­ne­ment rejoindre, en tant que volon­taire, les Forces Françaises Libres qui se bat­taient contre l’Allemagne nazie.

Décoré de l’armée colo­niale fran­çaise, il n’a jamais vrai­ment res­senti le sen­ti­ment de faire partie des libé­ra­teurs. Dans une lettre écrite à ses parents en 1944, il exprime l’ampleur de ses dés­illu­sions, « J’ai fait une erreur. Rien, abso­lu­ment rien ne jus­ti­fie la brusque déci­sion que j’ai prise de défendre les inté­rêts du pro­prié­taire ter­rien : que je le défende ou non, il s’en fout ».

Fanon devait consta­ter que les forces mobi­li­sées contre le nazisme nour­ris­saient en leur sein l’idéologie raciste et pra­ti­quaient quasi-offi­ciel­le­ment la dis­cri­mi­na­tion raciste et eth­nique. L’uniforme, censé tra­duire l’égalité entre sol­dats, mas­quait dif­fi­ci­le­ment d’insupportables inéga­li­tés de trai­te­ment entre noirs et blancs.

Après sa démo­bi­li­sa­tion, il revient en Martinique puis retourne en France où il s’inscrivit à la faculté de méde­cine de Lyon où, outre ses cours, il assiste à ceux du phi­lo­sophe Maurice Merleau-Ponty, lit la revue de Sartre, Les Temps Modernes, et s’intéresse tout par­ti­cu­liè­re­ment à Freud et Hegel.

Dans son pre­mier livre, Peau noire, masques blancs -qui aurait dû être sa thèse de doc­to­rat- publié en 1952, Fanon évoque cette col­li­sion inau­gu­rale avec le racisme euro­péen qu’il décou­vrit pré­ci­sé­ment dans l’armée anti­fas­ciste de De Gaulle. L’appréhension intel­lec­tuelle du racisme qui englobe à la fois le corps et le dis­cours reste remar­qua­ble­ment actuelle, sur­tout au regard de la résur­gence « décom­plexée » du dis­cours raciste en Europe. Phénomène, aujourd’hui en France, qui atteint les écoles de foot pour jeunes enfants d’un même pays qui, dans un racisme « pure souche», ont fait l’objet d’un débat indigne à propos des quotas sur la base de la cou­leur de la peau, des ori­gines et de pré­ten­dues apti­tudes phy­siques « spé­ci­fiques ».

Peau noire, masques blancs est un jalon fon­da­men­tal dans la lutte anti­ra­ciste, du décryp­tage des méca­nismes de la ségré­ga­tion et de ses enjeux poli­tiques. Analysant les res­sorts du colo­nia­lisme et ses impacts sur les domi­nés, Fanon conteste le concept de négri­tude forgé par Senghor et Césaire en arti­cu­lant la lutte contre le racisme dans un mou­ve­ment uni­ver­sel de désa­lié­na­tion des vic­times du racisme et des racistes eux-mêmes.

Psychiatre, il revi­sita les formes thé­ra­peu­tiques basées sur la contrainte et la vio­lence inhé­rentes à la psy­chia­trie hos­pi­ta­lière tra­di­tion­nelle.

En 1953, âgé de vingt-neuf ans, il arrive à l’Hôpital psy­chia­trique de Blida et fut scan­da­lisé de consta­ter que l’école psy­chia­trique de l’Algérie colo­niale clas­sait les Arabes algé­riens comme « pri­mi­tifs», affir­mant que leur déve­lop­pe­ment céré­bral était « arriéré ». Ainsi, pour les psy­chiatres colo­niaux, les com­por­te­ments patho­lo­giques des indi­gènes déri­vaient de causes géné­tiques et étaient donc incu­rables. Fanon, proche de ses patients et de leurs familles, décou­vrit alors l’expression crue de la hié­rar­chie des races et d’une ségré­ga­tion vio­lente, com­pa­rable à l’apartheid.

Le déclen­che­ment de la guerre de libé­ra­tion natio­nale, le 1er novembre 1954, eut natu­rel­le­ment un impact sur l’hôpital qui accueillait des patients trau­ma­ti­sés par l’expérience de la vio­lence, aussi bien des tor­tu­rés que des tor­tion­naires (quelques cas sont évo­qués dans Les Damnés de la terre).

Par l’intermédiaire de mili­tants de la cause natio­nale algé­rienne, des méde­cins et des acti­vistes, qui pre­naient en charge les moud­ja­hi­dines bles­sés, il entra en contact direct avec le FLN. En 1956, lorsque le gou­ver­ne­ment opta pour une poli­tique de répres­sion mili­taire bru­tale et géné­ra­li­sée, il démis­sionna, pro­cla­mant que comme psy­chiatre, il ne pou­vait ren­voyer ses patients dans une société qui, fon­da­men­ta­le­ment, les aliène et les déshu­ma­nise. Expulsé par les auto­ri­tés colo­niales en jan­vier 1957, il rejoint Tunis, siège exté­rieur de la Révolution Algérienne.

Il reprend à Tunis ses acti­vi­tés pro­fes­sion­nelles tout en s’engageant dans l’action poli­tique du FLN. Il fut jour­na­liste à El Moudjahid et fut nommé, par le gou­ver­ne­ment algé­rien en exil, ambas­sa­deur iti­né­rant en Afrique. Il se rendit tour à tour au Ghana où il ren­con­tra Kwame Nkrumah et étudia de près les pro­blèmes posés par la consti­tu­tion d’un État afri­cain indé­pen­dant ; au Congo où il ren­con­tra Patrice Lumumba, en Ethiopie, au Libéria, en Guinée et au Mali. Son objec­tif était de popu­la­ri­ser la lutte du peuple algé­rien par la conso­li­da­tion d’alliances avec les peuples d’Afrique et la mise en pra­tique de l’internationalisme qui carac­té­ri­sait sa vision des luttes éman­ci­pa­trices.

Ainsi son action auprès des diri­geants maliens a permis l’ouverture en 1960, d’un nou­veau front dans le sud algé­rien à qui la Guinée a fourni des armes.

Il a même joué un rôle non négli­geable dans l’envoi d’armes sovié­tiques, des­ti­nées au front Ouest, grâce à la soli­da­rité du Président Sékou Touré. Fanon fait état de ces séjours en Afrique sub-saha­rienne dans Les Damnés de la terre.

En 1959, l’éditeur fran­çais, François Maspero, publie le deuxième livre de Fanon, L’an V de la révo­lu­tion algé­rienne, ce n’est pas seule­ment une mise en accu­sa­tion de la France pour les crimes de masse contre la popu­la­tion algé­rienne, -près de cin­quante ans après l’indépendance de l’Algérie, la France peine à recon­naitre ses crimes, comme elle peine à recon­naître sa lourde res­pon­sa­bi­lité dans le pillage sys­té­ma­tique de l’Afrique et son impos­si­bi­lité, malgré une loi pour recon­naître la traite négrière et l’esclavage comme crime contre l’humanité, à ouvrir com­plé­te­ment le cha­pitre de cette part sombre de l’histoire fran­çaise–, il s’agit d’un exer­cice ana­ly­tique sur les res­sorts de la révo­lu­tion algé­rienne et les trans­for­ma­tions qu’elle indui­sait dans une société domi­née, humi­liée et gra­ve­ment pau­pé­ri­sée. Cet ouvrage fut inter­dit en France, para­doxa­le­ment cela fit parler de Fanon, en Afrique et dans le Tiers-monde. Il fut invité à des congrès inter­na­tio­naux, où il était atten­ti­ve­ment écouté au point qu’il devint une cible pour les auto­ri­tés fran­çaises.

Au prin­temps 1961, il s’engagea à four­nir un manus­crit à son édi­teur, ce sera Les damnés de la terre qui ne porte pas seule­ment sur l’Algérie, mais sur l’ensemble du tiers-monde en voie de déco­lo­ni­sa­tion. Le 3 décembre, il reçoit le manus­crit à l’hôpital Betesdha de Washington. 3 jours après, il meurt d’une leu­cé­mie.

En 1962, Maspero fait paraître dans Présence Africaine un hom­mage à Fanon ; il s’efforce éga­le­ment de publier ses œuvres com­plètes en recher­chant ses textes publiés, sou­vent de manière ano­nyme, dans le jour­nal clan­des­tin du FLN, El MoudjahidPour la Révolution afri­cainedevien­dra ce livre, publié en 1964 ; il a été tra­duit par Ernesto Che Guevara.

En 1961, date de la rédac­tion des Damnés de la terre, Fanon consi­dé­rait que l’ère colo­niale était irré­vo­ca­ble­ment dépas­sée ; ce qui est désor­mais en ques­tion est l’évolution des Etats libé­rés. Pour Fanon, la construc­tion d’une société juste et pros­père devait passer par la libé­ra­tion inté­grale des hommes et des femmes du legs du colo­nia­lisme, ainsi il était fon­da­men­tal d’identifier les carences et d’éliminer les séquelles d’une pré­sence dévas­ta­trice.

Un des cha­pitres des Damnés de la terre, « Les mal­heurs de la conscience natio­nale » est un appel aux peuples libé­rés de l’emprise colo­niale pour la pro­mo­tion d’élites pro­duc­tives, dotées d’une conscience poli­tique et ani­mées par le sens de l’intérêt géné­ral. Si les pays indé­pen­dants n’arrivent pas à former leurs élites, triom­phe­rait alors une culture d’affairistes qui ne seraient que la cari­ca­ture de leurs men­tors occi­den­taux, dans leur com­por­te­ment et leurs modes de consom­ma­tion. Les mou­ve­ments de libé­ra­tion se trans­for­me­raient en parti unique, « la forme moderne de la dic­ta­ture bour­geoise, sans masque, sans fard, sans scru­pule et cynique ». En l’absence de pers­pec­tives réel­le­ment natio­nales, la voie des « dic­ta­tures tri­bales » serait ouverte : en jouant sur les divi­sions eth­niques et sur les fron­tières « héri­tées » du colo­nia­lisme, ces nou­veaux pou­voirs, portés par les maitres d’hier, fini­raient par pro­vo­quer le déli­te­ment des nou­veaux États. Ces mises en garde étaient pro­non­cées à l’aube des indé­pen­dances, fêtées dans l’enthousiasme et la fer­veur. L’analyse lucide de Frantz Fanon aler­tait de manière éton­nam­ment pré­mo­ni­toire sur les dérives sus­cep­tibles d’affecter les États post­co­lo­niaux. Il décrit, avec des années d’avance, la patho­lo­gie néo­co­lo­niale, cette per­pé­tua­tion de la domi­na­tion par la sou­mis­sion de gou­ver­ne­ments natio­naux cor­rom­pus et anti­po­pu­laires aux inté­rêts des anciennes métro­poles colo­niales. Si les struc­tures colo­niales n’expliquent pas à elles seules l’échec des indé­pen­dances afri­caines, ce demi-siècle a été la démons­tra­tion impi­toyable de l’efficacité des bombes à retar­de­ment léguées par les puis­sances colo­niales. L’indépendance des pays colo­ni­sés était pour Fanon une étape préa­lable et néces­saire mais ne consti­tuait en aucune façon la fin du pro­ces­sus de libé­ra­tion.

Fanon a été l’un des pen­seurs de la révo­lu­tion algé­rienne qui se situait hors de toute réduc­tion dog­ma­tique ou d’interprétation doc­tri­nale. Progressiste et anti-impé­ria­liste sans réfé­rence « théo­lo­gique » au mar­xisme proche mais sans obé­dience aucune au camp socia­liste. Comme le disait le socio­logue Immanuel Wallerstein, dans une for­mule lapi­daire mais très exacte,: « Fanon lisait Marx avec les yeux de Freud et lisait Freud avec le regard de Marx ».

La libé­ra­tion de l’homme et sa désa­lié­na­tion était pour Fanon le but ultime de la lutte poli­tique sans pathos, sans rigi­dité mais sans conces­sion.

Il était un homme indi­vi­sible qui ne sau­rait être réduit à une dimen­sion par­ti­cu­lière des luttes ; il a été anti­ra­ciste au nom de l’universalité et anti­co­lo­nia­liste au nom de la jus­tice et des liber­tés. Il n’y a nulle part chez lui la moindre volonté de revanche ni de stig­ma­ti­sa­tion des blancs comme vou­draient le pré­sen­ter aujourd’hui les théo­ri­ciens fumeux de l’essentialisme et du soi-disant choc des civi­li­sa­tions. Ses détrac­teurs, qui se recrutent parmi les « intel­lec­tuels » néo­con­ser­va­teurs, lui ont intenté un procès en sor­cel­le­rie au titre d’une soi-disant apo­lo­gie de la vio­lence tra­dui­sant ainsi leur mécon­nais­sance de l’œuvre de Fanon et leur mau­vaise foi raciste. La vio­lence défen­due par Fanon -en tant que moyen ultime de recon­quête de soi par ceux qui sont niés, exploi­tés et réduits à l’esclavage- est celle de la légi­time défense des oppri­més qui subissent la vio­lence, encore plus grande, de la domi­na­tion, de la dépos­ses­sion et du mépris.

Ce souffle lui a sur­vécu au-delà des géné­ra­tions. Son ana­lyse des patho­lo­gies sociales et poli­tiques du racisme est d’une éton­nante actua­lité, son ana­lyse poli­tique, psy­cho­lo­gique et sociale dépasse le contexte dans lequel elle a été éla­bo­rée, conser­vant une fraî­cheur et une per­ti­nence éton­nantes.

Sa luci­dité et son indé­pen­dance loin de l’isoler, malgré la défiance des mar­xistes « ortho­doxes » pri­son­niers du dogme, lui ont permis de gagner l’estime et le res­pect des com­bat­tants de la liberté et des indé­pen­dances. Fanon a été une réfé­rence majeure pour des mili­tants illustres, comme le Commandant Guevara, Amilcar Cabral, Agostino Neto, Nelson Mandela, Mehdi Ben Barka et de bien d’autres…

En Afrique, en Europe, Fanon appa­raît aujourd’hui comme plus actuel que jamais. Il fait sens pour les mili­tants afri­cains de la liberté et des droits humains, il fait sens aussi pour tous les Africains et les Arabes contre les­quels s’expriment, aussi bien dans les media que dans les propos d’élites de cer­tains Etats, un racisme décom­plexé, libé­rant ainsi vio­lem­ment un impensé raciste.

Il fait sens car l’émancipation est tou­jours l’objectif pre­mier des géné­ra­tions qui arrivent à l’âge de la matu­rité poli­tique. Beaucoup d’Africains ont appris que ce combat pour la liberté, la démo­cra­tie et les droits humains est mené contre les poten­tats locaux mais aussi contre les tenants de l’ordre néo­co­lo­nial qui les pro­tège, les uti­lise pour piller les res­sources et les éjecte quand ils ont fait leur temps.

La pensée de Fanon conti­nue d’inspirer aujourd’hui ceux qui com­battent pour le pro­grès de l’homme par­tout sur la pla­nète. Dans un monde où le sys­tème de l’oppression, de l’écrasement de l’humain ne cesse de se renou­ve­ler et de s’adapter, sa pensée est un anti­dote contre le renon­ce­ment. Elle est l’arme d’une pas­sion lucide pour le combat inces­sant pour la liberté, la jus­tice et la dignité des femmes et des hommes. La libé­ra­tion des peuples et des indi­vi­dus de l’asservissement et de l’aliénation reste un objec­tif, l’émancipation est encore à venir.

Si Frantz Fanon était vivant, il n’aurait cer­tai­ne­ment pas voulu être consi­déré comme une auto­rité cano­nique hors du contexte de sa lutte et de son témoi­gnage écrit.

La résis­tance conti­nue, 50 ans après sa mort, Fanon nous exhorte tou­jours à ne pas aban­don­ner la lutte dans cet espace social où les hommes et les femmes ordi­naires peuvent encore remettre les choses en ques­tion et déployer la puis­sance et la sagesse d’un vrai projet poli­tique.

Juin 2011

Par Mireille Fanon-Mendès France
Fondation Frantz Fanon

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