Forum populaire sur la grève sociale

Allocution de jean poirier président du syndicat des employés d’aveos (aimta-ftq)

Par Mis en ligne le 01 juin 2012
Samedi le 26 mai der­nier avait lieu un inté­res­sant débat au caba­ret du Mile-End orga­nisé par le SETUE sous le format d’un Forum popu­laire sur la Grève sociale. Le comité orga­ni­sa­teur appe­lait à un moment de réflexion sur notre apport à la grève sociale. Parmi les prin­ci­paux invité-e-s notons Alain Duguay du Syndicat des tra­vailleurs et tra­vailleuses des postes (STTP) Montréal, Jean Poirier, pré­sident géné­ral du syn­di­cat des machi­nistes repré­sen­tant les employés d’Aveos,d’ Air Canada et d’ Air Transat, , Serge Gélinas secré­taire-tré­so­rier des employés d’Air Canada, et Adrienne Gibson per­ma­nente syn­di­cale de l’AFPC et res­pon­sable de la négo­cia­tion des employé-e-s de l’Université McGill membres du syn­di­cat MUNACA.

Les pré­sen­ta­tions ainsi que les dis­cus­sions qui ont suivi ont permis de mettre en lien dif­fé­rentes négo­cia­tions qui ont joué un rôle clé et de tenter de tirer des leçons pour l’unification des luttes. Le col­lec­tif d’organisation avait pro­duit un cahier de dis­cus­sion qui repre­nait dif­fé­rents textes publiés par divers per­sonnes et orga­nismes. Le der­nier édi­to­rial de Presse-toi à gauche en fai­sait partie.

Nous publions un compte-rendu de l’allocution de Jean Poirier Poirier pré­sident géné­ral du syn­di­cat des machi­nistes (AIMTA-FTQ)

En 2003 Air Canada s’est placé sous la pro­tec­tion de la faillite. Robert Milton le pré­sident d’Air Canada a alors demandé des conces­sions aux employés, soit un gel des salaires pen­dant plus de dix ans et le nivel­le­ment des avan­tages sociaux au niveau du code cana­dien du tra­vail c’est-à-dire au mini­mum. Ce qu’il n’avait pas vendu aux employés c’était son plan de déman­tè­le­ment. Ce qu’il y avait dans son plan c’était la vente des unités d’entreprise, pas sauver Air Canada. C’était de prendre les centres de révi­sion et d’entretien d’Air Canada qui valaient au-dessus de $800 mil­lions, qui ont été vendus, de prendre une com­pa­gnie comme Jazz Aviation vendue plus de 1 mil­liard et le sys­tème Aéroplan vendu plu­sieurs mil­liards de dol­lars. En 8 ans les action­naires de Ace avia­tion, maison mère créée par Robert Milton, se sont mis plus de 5,8 mil­liards de dol­lars dans les poches. Est-ce que cet argent a été retourné afin de sauver la com­pa­gnie Air Canada ? Est – ce que c’ était pour sauver les emplois ? Ou aux employés pour amé­lio­rer les condi­tions de tra­vail ? Non. Le plan était de déman­te­ler la com­pa­gnie et d’ enri­chir les action­naires.

Le syn­di­cat n’avait rien vu venir en 2003 parce que les ser­vices tech­niques d’AC appar­te­naient à AC. C’est lorsque la vente été effec­tuée en 2007 que le syn­di­cat s’est réveillé et a vrai­ment réa­lisé que la direc­tion d’Air Canada vou­lait délo­ca­li­ser notre tra­vail. Puis on a eu Charam Bourouri de Nortel , le nou­veau pré­sident d’AC ser­vices tech­niques. Il ne pou­vait même pas voya­ger aux EU parce qu’accusé de fraude chez Nortel. Il a dit : « pré­pa­rez-vous parce qu’on achète les ins­tal­la­tions au El Salvador et votre révi­sion géné­rale au niveau des avions va s’en aller là-bas ». On a donc décidé de nous battre à partir de ce moment. Pendant des années jusqu’en 2010 on s’est battu devant les tri­bu­naux. Au niveau du Conseil cana­dien des rela­tions industrielles(CCRI) et au niveau de la cour supé­rieur pour ainsi empê­cher le trans­fert des employés. Il ne faut pas oublier que malgré le fait que la main­te­nance avait été vendue en 2007 ces employés sont restés employés d’Air Canada jusqu’en 2011.

Jusqu’à temps que Élizabeth McPherson (pré­si­dente du CCRI) aie rendu un juge­ment qui a dit OK on trans­ferre les employés dans une nou­velle unité d’entreprises et ne seront plus des employés d’ Air Canada mais bien d’ AVEOS . Donc, la com­pa­gnie a été vendue en 2007 mais les employés ne sont pas deve­nus des employés d’Avéos avant 2011. On a tra­vaillé au niveau fédé­ral avec les partis d’opposition, le BLOC le NPD et les Libéraux afin de faire appli­quer une loi dont le gou­ver­ne­ment fédé­ral est res­pon­sable. Il faut se battre au niveau poli­tique, il faut aller cher­cher des alliés il faut que ça crie. Les étu­diant crie pré­sen­te­ment et c’est excellent, c,’est la façon de ce faire entendre.

En juillet 2011 donc, lorsque les employés ont été trans­fé­rés à AVEOS, on savait que les dés étaient pipés. Huit mois plus tard on met­tait la clé dans la porte, le but de ça c’était de délo­ca­li­ser les emplois qui étaient censés être l’avenir du Québec. On a mis plus de 2600 employés dehors. Par deux occa­sions nous sommes allé devant le comité des trans­port pour faire res­pec­ter une loi fédé­rale, une loi sous le sceau de la reine, qui dit clai­re­ment que les centres d’entretien et de révi­sion qui appar­te­naient à Air Canada se devaient d’être main­te­nus dans 3 villes, Montréal, Winnipeg et Toronto. Aujourd’hui cette loi-là est bafouée.

On est allés devant le comité des trans­ports, on a fait la preuve et le gou­ver­ne­ment conser­va­teur qui est la police de cette loi-là se fout de nous. Autant la police doit arrê­ter des voleurs de banque, autant le gou­ver­ne­ment conser­va­teur devrait dire qu’Air Canada est hors-la-loi. Mail il ne le fait pas. Aujourd’hui on voit que les conser­va­teurs couchent avec une grande cor­po­ra­tion, Air Canada et ils ont laissé partir des mil­liards de dol­lars au niveau des action­naires, mil­liards qui se sont peut-être retrou­vés en dehors du pays.

L’ancien pre­mier ministre du Québec Pierre-marc Johnson était sup­posé faire avan­cer le Québec et se graisse pré­sen­te­ment les poches avec un gars comme Robert Milton. Quand les employés ont été mis dehors on a changé notre stra­té­gie. On s’est dit au lieu d’aller voir tout de suite le gou­ver­ne­ment fédé­ral qui est res­pon­sable de cette loi-là, on va faire bouger du monde. La jour­née où les emplois ont été perdus, on a débar­qué à la mairie de Montréal. On est allés chal­len­ger mon­sieur Tremblay là-dessus. Il s’était allié avec les maires des 2 autres villes et a envoyé une lettre à Harper pour l’inciter à res­pec­ter sa loi. Ça fai­sait déjà plus d’un an qu’on tra­vaillait au niveau pro­vin­cial, le PQ et Nicolas Girard en par­ti­cu­lier. On est allés cher­cher une motion una­nime du gou­ver­ne­ment afin que le gou­ver­ne­ment intente des pour­suites juri­diques contre Air Canada et le gou­ver­ne­ment conser­va­teur. Le gou­ver­ne­ment pro­vin­cial est pré­sen­te­ment en cour sur cette ques­tion contre Air Canada. Après ça on s’est adressé au gou­ver­ne­ment fédé­ral et il se fout roya­le­ment de nous et sur­tout du Québec. Par contre quand on voit des sou­lè­ve­ments des employés de Winnipeg et du reste du pays, on sait qu’ on doit conti­nuer et que ceci pourra faire mal à ce gou­ver­ne­ment.

Il y a plus de 100 inves­tis­seurs prêts à ache­ter la main­te­nance, mais ils ont besoin de garan­ties de contrat avec Air Canada. Et AC n’est pas prêt à garan­tir les contrats tra­vail. La com­pa­gnie pré­fère envoyer l’entretien à Air France, où les condi­tions de tra­vail sont plus éle­vées. Elle est prête à payer plus cher pour la main­te­nance au lieu de faire ren­trer les tra­vailleurs ici. Air Canada ne semble pas prêt à suivre son plan avec le El Salvador peut-être à cause de la pres­sion au Canada. Ceci par contre est juste une ques­tion de temps.

Alors il faut se mobi­li­ser, peu importe qu’on soit FTQ ou CSN il faut être ensemble et aller se battre ensemble. Si on reste sépa­rés, après Air Canada ce seront les employé-e-s de Postes Canada qui vont payer, ensuite ceux de la fonc­tion publique, puis les étu­diant-e-s. Il faut qu’on se batte ensemble.C’ est une ques­tion de survie entre la classe ouvrière et les riches action­naires qui ne pense qu’ au profit à court terme au détri­ment du peuple.

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