Allemagne : percée de la gauche radicale

Le résultat des élections législatives du 27 septembre est contrasté. D’un part, la droite obtient une majorité claire et va pouvoir former un gouvernement appuyé sur une coalition entre chrétiens-démocrates (CDU) et libéraux (FDP). Mais d’autre part, la gauche radicale, représentée par Die Linke, est en nette progression avec 12,5% des voix (8,8% aux élections de 2005), passant devant les Verts.
Par Mis en ligne le 30 septembre 2009

Avec une perte de 11,2%, la social-démo­cra­tie essuie sa plus grave défaite à une élec­tion légis­la­tive depuis la fin de la guerre, son score de 23% étant le plus faible depuis 1949. Elle a perdu 4,5 mil­lions de voix sur 45 mil­lions de votants, dont 1,6 mil­lion ont été du côté de l’abstention, 780 000 à Die Linke, 710 000 aux Verts et 620 000 au CDU. Elle est la pre­mière res­pon­sa­ble du nou­veau record d’abstention (70,8% de votants). Avec ce score, la social-démo­cra­tie alle­mande est retom­bée dans le « ghetto des 30% », dont Willy Brandt l’avait sortie en 1972. Dès le soir des élec­tions, la jeu­nesse social-démo­crate a réclamé un chan­ge­ment de cap.

Il paraît assez évi­dent que le SPD va cher­cher une ouver­ture vers des coa­li­tions avec Die Linke à tous les niveaux. Son plus grand obs­ta­cle à une pers­pec­tive d’alliance SPD–Die Linke–Verts au niveau fédé­ral sera l’orientation en poli­ti­que exté­rieure de Die Linke : dans une situa­tion de nor­ma­lité poli­ti­que, c’est-à-dire de domi­na­tion poli­ti­que bour­geoise, il est pra­ti­que­ment exclu qu’un parti contre l’Otan par­ti­cipe à un gou­ver­ne­ment. Pour inté­grer une telle alliance et accé­der au gou­ver­ne­ment fédé­ral, Die Linke devra, comme les Verts l’ont déjà fait, chan­ger sa posi­tion en la matière. Il faut donc s’attendre à des conflits sur cette ques­tion au sein de Die Linke.

Les libé­raux enre­gis­trent, avec 14,6%, leur meilleur résul­tat depuis 1949. Leurs fiefs se situent sur­tout dans le sud de l’Allemagne (Baden-Württemberg, Bavière), c’est à dire dans les régions les moins tou­chées par le chô­mage. Ils ont pro­fité d’un trans­fert tac­ti­que de voix des chré­tiens-démo­cra­tes vers eux, sur­tout en Bavière. Ainsi le CSU, parti-État chré­tien-démo­crate de Bavière, en déclin continu, n’a rap­porté que 41% des voix.

Le pro­chain par­le­ment fédé­ral sera donc divisé en deux camps : le camp bour­geois et le camp oppo­si­tion­nel com­posé du SPD, de Die Linke et des Verts. Cette constel­la­tion pour­rait être l’occasion de for­mu­ler une alter­na­tive poli­ti­que et sociale avec une oppo­si­tion qui mérite ce nom et se mani­feste dans les luttes syn­di­ca­les et les mou­ve­ments sociaux à la hau­teur des atta­ques.

Die Linke pour­rait pren­dre la tête d’une telle orien­ta­tion si elle n’était pas elle-même divi­sée entre une aile (sur­tout à l’est) qui conçoit la poli­ti­que au sens ins­ti­tu­tion­nel tra­di­tion­nel et ne ferait qu’administrer la crise du capi­ta­lisme et une mino­rité mal orga­ni­sée et écar­te­lée qui veut sortir du capi­ta­lisme. Tout dépen­dra de la reprise du ter­rain de la lutte par les orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les.

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