Alain Badiou : capitalisme et démocratie représentative vont de pair

Par Mis en ligne le 20 janvier 2011

Enquête sur les intel­lec­tuels contes­ta­taires : Dans la caverne d’Alain Badiou

Alors que l’idéal com­mu­niste sem­blait périmé, un phi­lo­sophe qui s’en réclame trouve un écho remar­quable, y com­pris à l’étranger. Or Alain Badiou, qui inter­roge les condi­tions de l’égalité véri­table, affirme la néces­sité d’une rup­ture radi­cale avec le consen­sus démo­cra­tique.

De Philosophie Magazine en « cafés philo », il y a déjà quelque temps que la phi­lo­so­phie sort de sa tour d’ivoire pour redon­ner sens à l’entreprise de vivre. D’abord requise dans le domaine rare­ment com­pro­met­tant de la morale, elle l’est aujourd’hui aussi dans le champ poli­tique. Signe des temps, des brèches cherchent à s’ouvrir dans l’impuissance mélan­co­lique sus­ci­tée par le fameux duo loi du marché — fin des idéo­lo­gies.

Rien d’étonnant donc au retour de la ques­tion de l’engagement, que cor­ro­bore le regain de curio­sité pour Jean-Paul Sartre ou Albert Camus. En revanche, au-delà de la séduc­tion exer­cée par la vigueur pam­phlé­taire du bref De quoi Sarkozy est-il le nom ?. le reten­tis­se­ment des œuvres récentes d’Alain Badiou était peu pré­vi­sible : non parce que s’y exprime une cri­tique du capi­ta­lisme — ce n’est plus une ano­ma­lie en nos temps per­tur­bés —, mais parce que celle-ci est reliée à un éloge du com­mu­nisme, « ce vieux mot magni­fique », selon ses termes, que l’histoire sem­blait avoir rendu syno­nyme d’échec et de des­po­tisme. Le rayon­ne­ment actuel de Badiou indi­que­rait donc que les invo­ca­tions à la mora­li­sa­tion du sys­tème ne suf­fisent plus, mais que le combat contre la rési­gna­tion se cherche des rêves et des armes. Reste à exa­mi­ner ce qui fonde cette alter­na­tive radi­cale dont il est aujourd’hui, de pair avec son grand inter­lo­cu­teur Slavoj Žižek, l’énonciateur reconnu.

Badiou n’entend pas défi­nir un pro­gramme, mais user de la phi­lo­so­phie comme d’une « puis­sance de désta­bi­li­sa­tion des opi­nions domi­nantes », et en impo­ser la « per­ti­nence révo­lu­tion­naire » en démon­trant tout d’abord le « lien interne entre le capi­ta­lisme déployé et la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive ». Parce que cette der­nière admet « des adver­saires, mais pas d’ennemi », per­sonne ne peut « y être por­teur d’une autre vision des choses, d’une autre règle du jeu que celle qui domine » — c’est-à-dire le res­pect des liber­tés indi­vi­duelles, dont celle d’entreprendre, d’être pro­prié­taire, etc…

Retrouvez la ver­sion inté­grale de cet article dans Le Monde diplo­ma­tique de jan­vier 2011 actuel­le­ment en kiosques.

Evelyne Pieiller.

Le Monde Diplomatique

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