ADQ. Ça bouge encore !

Par Mis en ligne le 02 décembre 2009

Ne pre­nons pas pour argent comp­tant les ana­lyses des com­men­ta­teurs poli­tiques, sou­vent libé­raux, qui nous convient déjà aux funé­railles immi­nentes de l’ADQ. L’histoire récente des partis poli­tiques au Québec nous invite à plus de pru­dence.

Dès la mort de Maurice Duplessis, d’aucun annon­çait l’imminence de celle de son parti. Même phé­no­mène après celle de Sauvé et Johnson puis l’échec de Jean Jacques Bertrand. On oublie que même en 1976 ce parti fit élire 11 dépu­tés pour dis­pa­raître corps et bien, avec Rodrigue Biron dans le sillage du raz de marée péquiste. Évidemment, on ne peut com­pa­rer sans risque la longue agonie de l’Union Nationale, parti de gou­ver­ne­ment, à la situa­tion actuelle de l’ADQ. Contentons nous de rap­pe­ler que malgré les pro­phé­ties des com­men­ta­teurs, ce parti a tra­versé une quin­zaine d’années suite à la mort du « cheuf », de triste mémoire. La pro­fon­deur de l’enracinement régio­nal et son influence dans cer­taines caté­go­ries d’âge reste sans doute l’explication la plus per­ti­nente.

Le phé­no­mène cré­di­tiste est à la fois sem­blable et dif­fé­rent. Si comme l’U.N. son par­cours a été étroi­te­ment lié a celui de ses chefs Caouette (au fédé­ral) Samson et Roy, son carac­tère de parti essen­tiel­le­ment pro­tes­ta­taire lui assigne un destin dif­fé­rent dans un sys­tème de scru­tin sou­vent impi­toyable avec les tiers partis. Mais un fait demeure : son agonie s’est pro­lon­gée bien au-delà de la courte échéance que lui assi­gnait beau­coup d’observateurs. Notons encore l’importance de ce pro­fond enra­ci­ne­ment cette fois en Abitibi et en Beauce. L’éphémère aven­ture d’Yvon Dupuis qui, sous un autre nom cher­chera à pro­lon­ger cet épi­sode cré­di­tiste, nous rap­pelle qu’on ne peut éter­nel­le­ment débous­so­ler les mili­tants.

Le cas de l’ADQ est plus spec­ta­cu­laire. En quelques cinq années, ce parti est passé du statut d’opposition offi­cielle à celui de parti en crise géné­ra­li­sée. Suite à un impor­tant recul élec­to­ral, Mario Dumont aurait pu soi­gner, conso­li­der et attendre son heure. Mais ce n’est pas un diri­geant de cette trempe, ceux et celles dont la vie poli­tique est che­villée à des idées forces. C’est un homme de car­rière. En éloi­gnant son parti de son axe de départ fon­da­teur (le rap­port Allaire) pour le conduire tam­bour bat­tant dans les eaux froides du néo­li­bé­ra­lisme pur jus, ce diri­geant poli­tique a révélé sa vraie nature au talent cir­cons­tan­ciel pour les clips de 30 secondes. M. Dumont, comme ex-diri­geant des jeunes libé­raux, cet incu­ba­teur d’idées et de cadres, était par­ti­cu­liè­re­ment pré­paré à cette dérive dans l’air du temps qui n’avait plus rien à voir avec le parti de Jean Lesage et même de Claude Ryan.

Un poli­ti­cien qui hume l’air dont on peut prendre la pleine mesure comme ani­ma­teur de télé : une seule écoute vous convain­cra qu’il est dif­fi­cile d’être aussi brillam­ment super­fi­ciel. Le sens du punch, de la for­mule. À la télé l’autre jour il s’indignait du fait qu’un assisté social avait requis les ser­vices d’une ambu­lance sans droit semble-t-il. Junk télé pour junk poli­tic. Après l’ADQ, le canal V ou com­ment pour­suivre la même poli­tique par d’autres moyens. Mais dans ce cré­neau, la concur­rence reste féroce. À Montréal comme à Québec, longue est la liste des déma­gogues de cirque à qui on confie un micro ou une chro­nique.

Suite au départ du chef co-fon­da­teur, on observe une étrange course au lea­der­ship et l’élection de l’ancien pré­sident du conseil du patro­nat puis d’un député dont le grand mérite est de ne pas avoir trop trempé dans les dures luttes internes qui ont secoué ce parti. Pour se sta­bi­li­ser cette for­ma­tion pour­rait s’accrocher à son cré­neau de parti de droite aux accents popu­listes durs en flir­tant à l’occasion avec les thèmes de pré­di­lec­tion du néo­con­ser­va­tisme, incluant l’immigration. Il y a une socio­lo­gie adé­quiste et sans doute un espace poli­tique cor­res­pon­dant mais à court terme la ques­tion de son avenir repose sur la qua­lité de son per­son­nel poli­tique. Sauront-ils résis­ter aux appels du pied lancés tant par le PQ que le PLQ ? C’est à voir. Ce qui fra­gi­lise ce parti et pour­rait accé­lé­rer sa perte à très court terme, c’est davan­tage la per­cep­tion que ses diri­geants ont de leur propre profil de car­rière.

On nous explique, en boucle, que l’ADQ serait un parti de centre-droit. Ah, bon. S’il est vrai que ces der­nières années l’ADQ a gommé quelques aspects par­ti­cu­liè­re­ment outran­ciers sur le plan élec­to­ral (bons de l’éducation, fis­ca­lité, etc), l’ensemble de l’oeuvre évoque encore un parti soli­de­ment campé à droite sur le plan socio-éco­no­mique. Bien sûr, la rhé­to­rique de l’ADQ n’a que peu à voir avec celle de la droite d’inspiration reli­gieuse qui, de Reagan à Bush, a fait entendre sa petite musique en Amérique du nord : valeurs fami­liales, abs­ti­nence sexuelle des mineurs, arme à feu, avor­te­ment, édu­ca­tion tra­di­tio­na­liste, ensei­gne­ment reli­gieux, homo­pho­bie, mili­ta­risme, dur­cis­se­ment de la répres­sion contre la petite cri­mi­na­lité, drogue douce : tolé­rance zéro etc. Mais le fond de com­merce idéo­lo­gique de l’ADQ n’est pas que stric­te­ment néo-libé­ral et il peut très bien surfer à l’occasion sur quelques thèmes conser­va­teurs ou néo­con­ser­va­teurs. L’ADQ, au gré des cir­cons­tances et des diri­geants, pour­rait assez faci­le­ment enfour­cher les vieux 45 tours de la droite clas­sique : sécu­rité, famille tra­di­tion­nelle, immi­gra­tion, anti-syn­di­ca­lisme.

Bref, comme disent les éco­no­mistes, hélas, il y a un marché pour de telles idées et même si d’autres partis peuvent ponc­tuel­le­ment s’en trou­ver pre­neurs, une ADQ revam­pée pour­rait en faire sa prin­ci­pale marque de com­merce.

Au-delà des spé­cu­la­tions, une cer­ti­tude. C’est sou­vent dans la période de tran­si­tion suite au départ de son chef fon­da­teur qu’un parti joue son avenir. Qui se sou­vient des cir­cons­tances de la dis­pa­ri­tion du parti civique de Montréal suite au départ de Jean Drapeau ? Mais le PQ a su, non sans dif­fi­cul­tés, pour­suivre sa route après René Lévesque. Pour l’ADQ les pro­chains mois seront déter­mi­nants.

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