Adieu Howard Zinn

Mis en ligne le 02 février 2010

Il répon­dait tou­jours à la même heure… mes deux der­niers mails res­tent sans réponse.

Howard (membre du CIS) rayon­nait. Il avait gran­dit dans les taudis de Brooklyn. Puis, par enga­ge­ment contre le fas­cisme, avait pris place dans les cock­pits de bom­bar­diers amé­ri­cains au-dessus de l’Europe durant la Deuxième Guerre mon­diale. Là se forgea son âme de paci­fiste. L’ancien bom­bar­dier obtint un Doctorat de Philosophie et d’Histoire à l’université Columbia. Puis il ensei­gna à celle de Spelman (d’où il fut ren­voyé), de Boston, de Paris et de Bologne.

Il fut de tous les com­bats, celui des droits civiques, contre la ségré­ga­tion raciale et la peine de mort, contre la guerre du Viêt Nam où il se rendit en 1968 pen­dant la Bataille du Têt, contre celles d’Irak et d’Afghanistan, et plus géné­ra­le­ment contre la ruse et la bêtise poli­tique… Lorsque Daniel Ellsberg sortit les Papiers du Pentagone, c’est à Howard et Roslyn Zinn qu’il les remit.

Avec Noam Chomsky (membre du CIS), Zinn édi­tera cet énorme rap­port com­man­dité par McNamara sous le nom de « Pentagone Papers, du séna­teur Mike Gravel ». Pendant plu­sieurs heures, Zinn ira à la barre pour défendre Ellsberg lors du procès ins­ti­gué par Nixon, l’accusant de conspi­ra­tion et d’espionnage. Avec Une Histoire popu­laire des États-Unis, pavé que la cri­tique s’accorda à consi­dé­rer comme le livre man­quant à l’Amérique, Zinn devint ce légen­daire his­to­rien amé­ri­cain par­cou­rant de confé­rence en confé­rence son vaste pays. Il affi­chait un véri­table bon­heur à s’adresser aux jeunes et à leur expli­quer l’Histoire.

En 2009, reve­nant de Grèce où était jouée sa pièce de théâtre Marx à Soho, nous nous étions ren­con­trés. Il avait cette élé­gance rare des hommes de grande taille dans sa che­mise ample et débou­ton­née, des grands yeux marron en amande remon­tant sur les côtés comme ceux d’un tigre rieur. Un rire com­mu­ni­ca­tif qui appuyait sa vitesse d’esprit.

Je le remer­ciais cha­leu­reu­se­ment de la pré­face qu’il venait d’écrire pour mon livre sur l’Agent Orange à paraître sous peu aux édi­tions Demi-Lune.

Howard déga­geait de la joie, sa pré­sence enthou­siaste fai­sait oublier la légende vivante qu’il était, et sa main allait vers son inlas­sable sou­rire, pro­fi­tant du voyage pour repous­ser en arrière la mèche blanche tom­bant sur ses yeux… adieu Howard Zinn.

André Bouny

père adop­tif d’enfants viet­na­miens, pré­sident du Comité International de Soutien aux vic­times viet­na­miennes de l’Agent Orange (CIS).

EN COMPLEMENT

Une his­toire popu­laire des Etats Unis de Howard Zinn en Bande des­si­née http://​nan​terre​.over​-blog​.com/​a​r​t​i​c​l​e​-​u​n​e​-​h​i​s​t​o​i​r​e​-​p​o​p​u​l​a​i​r​e​-​d​e​s​-​e​t​a​t​s​-​u​n​i​s​-​d​e​-​h​o​w​a​r​d​-​z​i​n​n​-​e​n​-​b​a​n​d​e​-​d​e​s​s​i​n​e​e​-​4​1​3​8​7​7​9​5​.html (avec vidéo)

Howard Zinn, qui a ensei­gné l’histoire et les sciences poli­tiques à la Boston University, où il est aujourd’hui pro­fes­seur émé­rite a essen­tiel­le­ment consa­cré son oeuvre l’étude des mou­ve­ments popu­laires dans la société américaine.Son livre le plus connu Une his­toire popu­laire des États-Unis. De 1492 à nos jours a été publié il y a 7 ans, dans sa tra­duc­tion fran­çaise, aux édi­tions Agone. En tant qu’intellectuel, Howard Zinn part de ce pos­tu­lat : le point de vue tra­di­tion­nel­le­ment adopté par les ouvrages d’histoire est assez limité, il réfute « l’histoire évé­ne­ment », « l’histoire écrite par les vain­queurs ». Ainsi, il décide de rédi­ger un ouvrage sur l’Histoire des Etats-Unis afin d’en offrir une pers­pec­tive dif­fé­rente : c’est la nais­sance d’une his­toire popu­laire des Etats-Unis. Ce livre dépeint les luttes qui oppo­sèrent les Indiens d’Amérique aux Européens, l’expansion des Etats-Unis, les révoltes des esclaves contre le sys­tème qui les oppres­sait, les oppo­si­tions entre syn­di­ca­listes – ou simples tra­vailleurs – et capi­ta­listes, les com­bats des femmes contre le patriar­cat, le mou­ve­ment mené par les Noirs contre le racisme et pour les droits civiques, et d’autres par­ties de l’Histoire amé­ri­caine qui n’apparaissent pas dans les livres.

Cette his­toire des États-Unis pré­sente le point de vue de ceux dont les manuels d’histoire parlent habi­tuel­le­ment peu. L’auteur confronte avec minu­tie la ver­sion offi­cielle et héroïque (de Christophe Colomb à George Walker Bush) aux témoi­gnages des acteurs les plus modestes. Les Indiens, les esclaves en fuite, les sol­dats déser­teurs, les jeunes ouvrières du tex­tile, les syn­di­ca­listes, les GI du Vietnam, les acti­vistes des années 1980-1990, tous, jusqu’aux vic­times contem­po­raines de la poli­tique inté­rieure et étran­gère amé­ri­caine, viennent ainsi battre en brèche la concep­tion una­ni­miste de l’histoire offi­cielle.

Dès sa paru­tion aux Etats-Unis, en 1980, l’Histoire popu­laire des Etats-Unis fut consi­dé­rée comme un bré­viaire par ceux qui refu­saient d’adhérer aux accents héroïques du grand “roman natio­nal” des admi­nis­tra­tions Reagan à Bush. Le livre devint un best-seller. Il fut réédité six fois, tra­duit dans plu­sieurs pays , et, enfin, adapté en bande des­si­née. La ver­sion Française vient d’être publiée.

Remarquablement scé­na­risé – une confé­rence d’Howard Zinn sert de fil conduc­teur à un judi­cieux mon­tage de des­sins, de photos et de cou­pures de presse -, l’album n’est pas un récit linéaire mais une suc­ces­sion d’arrêts sur image. Du mas­sacre de Wounded Knee, qui coûta la vie à 200 Indiens dans le Dakota du Sud, en 1890, à la “guerre contre le ter­ro­risme” lancée par George W. Bush après le 11 sep­tembre 2001, ce sont ainsi quelques-unes des pages les plus dou­lou­reuses de l’histoire amé­ri­caine contem­po­raine qui sont dis­sé­quées. Le réqui­si­toire est sans appel. Mais les com­bats d’Eugene V. Debs, de Martin Luther King et de tous ceux qui ont lutté pour la paix, le pro­grès social et les droits civiques rap­pellent que l’“espoir est pos­sible”.

Howard Zinn, Mike Konopacki, Paul Buhle, Une his­toire popu­laire de l’empire amé­ri­cain, Vertige Graphic, 22€

ET AUSSI

27 jan­vier 2010 In Memory of Howard Zinn

Howard Zinn’s « Three Holy Wars » :

Howard Zinn : « On the Reality of War, »

[1/2]. http://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=TWH2… [2/2]. http://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=5ewe…

HOWARD ZINN 7-28-07

A People’s History of American Empire by Howard Zinn

The People Speak : Howard Zinn on Moyers Journal

(1/3) http://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=zIER…

(2/3) http://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=QNLH…

(3/3) http://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=4tfk…

History of the United States in two minutes

Howard Zinn and Woody Harrelson In Conversation

Part 1/6 http://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=1Byd…

Part 2/6 http://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=oHJC…

Part 3/6 http://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=nY_y…

9/11 truth confront Howard Zinn in Montreal

Howard Zinn : « On Human Nature and Aggression. »

Howard Zinn : On The Stupidity Of War

We Don’t Have Democracy When It Comes To Foreign Policy

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