À propos des pactes électoraux – Pousser plus loin la réflexion

Par Mis en ligne le 26 janvier 2012

Les évé­ne­ments des der­niers jours ont pro­pulsé la ques­tion des pactes élec­to­raux entre Québec soli­daire et le Parti qué­bé­cois à l’avant-scène. Comme le disait Marie-Josée Dufour de QS-Taschereau « compte tenu des dis­tor­sions cau­sées par notre sys­tème élec­to­ral et du nou­veau contexte poli­tique, notam­ment la fusion de l’ADQ et de la CAQ, il me semble qu’une réflexion sérieuse et de bonne foi, suivie d’échanges res­pec­tueux entre les membres de Québec soli­daire, est inévi­table. » Poussons donc un peu plus loin la réflexion.

Mais tout d’abord une mise au point s’impose dans mon cas : je n’ai jamais sou­haité que QS cède des cir­cons­crip­tions en régions au PQ en échange d’une dou­zaine de cir­cons­crip­tions mont­réa­laises, comme le lais­sait entendre Antoine Robitaille dans le Devoir en me citant. Depuis quelques temps déjà, je main­tiens que QS obtient de bons résul­tats à Montréal comme dans cer­tains pôles régio­naux et que c’est là que réside son poten­tiel de faire élire une équipe de Solidaires la pro­chaine fois.

Plusieurs autres fac­teurs entrent cepen­dant en consi­dé­ra­tion lorsque vient le temps de réflé­chir aux bases de futurs pactes élec­to­raux. Marie-Josée Dufour en décrit un lorsqu’elle affirme : « … il ne peut pas y avoir de pactes pour les cir­cons­crip­tions où les deux prin­ci­paux rivaux sont du PQ et de QS, et encore moins pour les cir­cons­crip­tions où des dépu­tés péquistes sor­tants sont can­di­dats. » Intéressant, ça mérite qu’on y réflé­chisse sérieu­se­ment même si a priori je n’en ferais pas une règle abso­lue. Ça confirme cepen­dant qu’un pacte n’est pas une fusion ou une alliance qui ferait en sorte que QS cau­tion­ne­rait l’ensemble des posi­tions du PQ, et vice-et-versa. En ce sens, j’ai ten­dance à être d’accord avec elle lorsqu’elle affirme qu’il ne sau­rait être ques­tion de lais­ser par exemple le champ libre à la dépu­tée Agnès Maltais, mar­raine du projet de loi 204 (tout comme le PQ n’est pas dis­posé à date à lais­ser Gouin à Françoise David).

D’autres consi­dé­ra­tions, comme la can­di­da­ture du chef ou de la cheffe d’un autre parti, celle d’un ministre sor­tant ou d’une « vedette », ou encore le fait qu’une cir­cons­crip­tion soit un « châ­teau fort » ou consi­dé­rée comme « baro­mètre », pour­raient aussi être prises en compte (posi­ti­ve­ment ou néga­ti­ve­ment). Et à cela, il ne faut pas oublier d’ajouter nos propres consi­dé­ra­tions « internes » : la parité des can­di­da­tures, des cir­cons­crip­tions à Montréal certes mais aussi à part égale en région, tout comme l’état et l’avis des troupes soli­daires sur le ter­rain.

Mais avant d’en arri­ver là, d’autres ont émis le sou­hait que si de tels pactes venaient qu’à être conclus, ils devraient repo­ser sur un mini­mum d’idées com­munes, par­ta­gés par les deux partis. En par­lant d’une néces­saire réforme des ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques, de la réaf­fir­ma­tion de la notion de bien commun, d’un déve­lop­pe­ment éco­no­mique plus res­pec­tueux de l’environnement et de l’assemblée consti­tuante comme étant au cœur d’un plus grand consen­sus sur la ques­tion natio­nale, Atim Léon, ex-pré­sident du Montréal-centre au PQ, quant à lui écri­vait : « … voilà quatre grands objec­tifs dont je sou­haite la réa­li­sa­tion à tous mes conci­toyens. Or, s’il faut choi­sir lors d’une élec­tion sur quel parti parier pour leur réa­li­sa­tion, je serai tout à fait prêt à parier sur une coa­li­tion de partis, celle du PQ, de QS et d’ON… ».

Voilà des élé­ments nou­veaux dans le débat à consi­dé­rer. Si des ententes entre QS et le PQ devaient être conclus pour que l’un et l’autre cèdent sa place dans un cer­tain nombre de cir­cons­crip­tions, ils ser­vi­ront certes leurs propres inté­rêts par­ti­sans (faire élire le plus grand nombre de député-e-s), mais ces ententes devraient aussi faire avan­cer le Québec sur le chemin du pro­grès et de la liberté. Conséquemment, ils ser­vi­raient à barrer la route à ceux pour qui pro­grès et liberté riment avec désen­ga­ge­ment de l’État et res­pon­sa­bi­li­tés indi­vi­duelles, au mépris des droits col­lec­tifs et des acquis sociaux.

Mais pour cela, encore faut-il accep­ter d’y réflé­chir et d’en débattre. Les obs­tacles sont nom­breux et, bien sou­vent, légi­times. Le Parti qué­bé­cois est loin d’être par­fait et l’existence même de Québec soli­daire est en partie le résul­tat du désa­bu­se­ment de sou­ve­rai­nistes pro­gres­sistes qui ont perdu confiance dans un pre­mier temps pour ensuite placer leurs espoirs dans un nou­veau parti de gauche. Mais s’il fal­lait que le parti fondé par René Lévesque accepte de reve­nir à ses prin­cipes et de s’entendre avec QS pour défendre des pro­po­si­tions auda­cieuses com­munes, et le cas échéant s’il était élu au gou­ver­ne­ment de les mettre en place rapi­de­ment, il me semble que ce sont les Québécoises et les Québécois qui en res­sor­ti­raient gagnant-e-s.

En conclu­sion, le débat entou­rant les pactes élec­to­raux n’est pas simple et demande à ce que l’on s’élève au-dessus de la mêlée par­ti­sane. C’est ce que sou­haite la majo­rité de la popu­la­tion selon moi. Beaucoup d’inconnues demeurent, j’en conviens, et au fil de ma réflexion je sou­haite pou­voir en débattre ouver­te­ment et serei­ne­ment. Mais pour l’heure, avant de m’engager dans l’élaboration de pro­po­si­tions concrètes, il me semble sou­hai­table qu’un plus grand nombre se montre favo­rable à cette idée mais sur­tout qu’elle ne soit pas reje­tée d’emblée sans avoir consi­dé­rée l’évolution de la conjonc­ture poli­tique au Québec depuis près d’un an ainsi que les récents évé­ne­ments.

Stéphane Lessard
Ex-membre du Comité de coor­di­na­tion natio­nal de Québec soli­daire (2006-2010)

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