Climat

A la veille de Durban : pas d’accord climatique avant 2020 !

Par Mis en ligne le 23 novembre 2011

Au risque de lasser le lec­teur, rap­pe­lons les condi­tions à rem­plir pour que la hausse de la tem­pé­ra­ture de la Terre ne dépasse pas trop 2°C (entre 2 et 2,4°C) :

1°) Réduction abso­lue de 50 à 85% des émis­sions glo­bales d’ici 2050, à enta­mer dès 2015 au plus tard ;

2°) Réduction abso­lue de 80 à 95% des émis­sions des pays déve­lop­pés d’ici 2050, et de 25 à 40% d’ici 2020, par rap­port à 1990 ;

3°) Réduction des émis­sions des pays en déve­lop­pe­ment de 15 à 30% par rap­port aux pro­jec­tions.

Si ces objec­tifs étaient adop­tés, la dila­ta­tion ther­mique des masses d’eau océa­niques pro­vo­que­rait néan­moins, à elle seule, une élé­va­tion moyenne du niveau des mers com­prise entre 40 cm et 1,4 m. « A elle seule » parce que cette pro­jec­tion n’inclut pas la dis­lo­ca­tion des calottes gla­ciaires.

Durban

Or, ces objec­tifs ne seront pas adop­tés. A la veille du sommet de Durban, les pays déve­lop­pés admettent tous que le Protocole de Kyoto, qui ne va pas au-delà de 2012, n’aura pas de suc­ces­seur avant 2016, au plus tôt. Compte tenu du temps néces­saire à la rati­fi­ca­tion, cela signi­fie qu’un éven­tuel accord inter­na­tio­nal ne sera pas d’application avant 2020. Trop tard pour rester entre 2 et 2,4°C de hausse, pour ne pas parler de rester sous les 2°C.

Sans un accord mon­dial contrai­gnant pour orga­ni­ser le trans­fert de tech­no­lo­gies propres et dis­tri­buer les efforts de réduc­tion en fonc­tion de la res­pon­sa­bi­lité his­to­rique de chaque pays, la concur­rence capi­ta­liste conduira inévi­ta­ble­ment à une pour­suite de la crois­sance des émis­sions, donc du réchauf­fe­ment. Selon l’Agence Internationale de l’Energie, les émis­sions de CO2 pro­ve­nant de la com­bus­tion des com­bus­tibles fos­siles ont aug­menté de 5% en 2010, en dépit de la réces­sion la plus grave depuis les années trente.

Les gou­ver­ne­ments cachent l’extrême gra­vité de la situa­tion. Ils conti­nuent à faire comme si leur objec­tif était de main­te­nir le réchauf­fe­ment au-des­sous de 2°C, fei­gnant d’ignorer que, par leur faute, cette limite ne peut déjà plus être res­pec­tée.

L’Union euro­péenne méri­te­rait le pre­mier prix de la poudre aux yeux. Avec son « paquet éner­gie-climat », elle se pré­sente comme le cham­pion de la lutte pour la pla­nète. Or, non seule­ment les 20% de réduc­tion des émis­sions en 2020 sont tota­le­ment insuf­fi­sants, non seule­ment ils seront réa­li­sés sans effort (en 2009 les émis­sions de l’UE étaient infé­rieures de 17,6% au niveau de 1990), non seule­ment les chiffres ne tiennent pas compte des émis­sions « grises » (décou­lant de la pro­duc­tion dans les pays émer­gents des mar­chan­dises consom­mées en Europe), mais en plus l’UE n’a plus aucune réti­cence face aux achats de « droits de pol­luer » dans les pays du Sud.

En route pour +4°C

Vers quoi tout cela nous entraîne-t-il ? Vers une hausse de la tem­pé­ra­ture de 4°C envi­ron d’ici la fin du siècle, qui ferait pro­ba­ble­ment monter le niveau des mers de plu­sieurs mètres d’ici la fin du siècle, par suite notam­ment de la dis­lo­ca­tion des calottes gla­ciaires. C’est ce que répète depuis 20 ans J. Hansen, le cli­ma­to­logue en chef de la NASA.

Le GIEC vient de consa­crer un rap­port aux évé­ne­ments météo extrêmes. Peu sus­pect de com­mu­nisme, un direc­teur de la London School of Economics, Bob Ward, l’a résumé en disant que, faute d’une réduc­tion immé­diate des émis­sions, les cani­cules, séche­resse et inon­da­tions « dépas­se­ront pro­ba­ble­ment toute ten­ta­tive que les popu­la­tions humaines pour­raient prendre pour s’adapter à leurs impacts ».

Toutes ces don­nées sont connues des déci­deurs poli­tiques. Ils les ignorent allè­gre­ment parce que, sinon, ils devraient envi­sa­ger d’arracher le sec­teur de l’énergie des mains du patro­nat et de prendre l’argent là où il est pour finan­cer une tran­si­tion pla­ni­fiée vers une éco­no­mie éco­nome et non pro­duc­ti­viste, sans fos­siles ni nucléaire.

Mobilisation écosocialiste

Au début de son his­toire, le capi­ta­lisme a par­fois pris des déci­sions défa­vo­rables à l’intérêt immé­diat des capi­ta­listes indi­vi­duels, parce qu’elles étaient néces­saires à la sta­bi­lité à long terme du Capital dans son ensemble. Aujourd’hui, il n’en est plus capable. Même face à la menace de catas­trophes ter­ribles, irré­pa­rables, les déci­deurs res­tent les bras bal­lants.
Pire : les plus cyniques misent sur les catas­trophes comme des armes géos­tra­té­giques. La montée en puis­sance des capi­ta­lismes chi­nois ou indiens devient gênante ? Rira bien qui rira le der­nier : on verra com­ment ils gère­ront la montée des océans, la fonte des gla­ciers de l’Himalaya et leurs mil­lions de réfu­giés cli­ma­tiques…

On ne peut mieux illus­trer la pro­fon­deur de la crise de ce sys­tème pourri. Face à cette bar­ba­rie cli­ma­tique qui menace, il est tota­le­ment illu­soire de miser sur le lob­bying auprès des gou­ver­ne­ments. Seule la mobi­li­sa­tion la plus large pour des objec­tifs à la fois sociaux et éco­lo­giques –éco­so­cia­listes – offre une alter­na­tive.

Daniel Tanuro

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