À la défense de Bochra Manaï

Dina Husseini, Ricochet, 26 janvier 2021

 

Au cours des dernières années, la place de l’antiracisme dans le débat public s’est institutionnalisée, mais n’a pas été nécessairement accompagnée par des véritables réformes structurelles. Certes, il y a eu des campagnes de sensibilisation et une augmentation budgétaire permettant à des organismes d’obtenir du financement pour des projets. Bien que les décideurs politiques aient fait de la récupération du langage antiraciste, celle-ci ne signifie aucunement une remise en question des instances de pouvoir soit les institutions pouvant limiter l’accès aux minorités racisées et aux peuples des Premières nations.

Jusqu’à ce jour, nous n’avons pas eu de refonte du plan d’accès à l’égalité pour réduire les écarts significatifs entre les groupes minoritaires et l’ensemble de la population. Le système d’embaûche de la Ville de Montréal ne semble pas être favorable à la candidature des minorités racisées qui ont toutes les compétences pour obtenir un poste à la fonction publique.

Les décideurs orientent souvent l’action antiraciste vers la sensibilisation et des programmes de valorisation de la diversité, mais le racisme et les discriminations n’arrivent pas à se résorber. Ces quelques éléments de réflexion ne signifient pas qu’il n’y a pas d’amélioration puisqu’elles peuvent être des actions influençant les processus de changement structurel. Pour le moment, l’ensemble des décisions politiques présentent plutôt des actions de valorisation au détriment de changement remettant en cause le statu quo.

Encore en 2021, le débat public se concentre sur la place de la diversité et de son acceptation au sein de notre société. Nous écartons la compréhension des différents parcours des personnes racisées pouvant témoigner de l’émergence de la contingence des rapports sociaux. Nous écartons notre compréhension de cette logique d’altérité identitaire venant consciemment ou inconsciemment limité l’accès des minorités racisées dans de nombreuses instances.

Nous ne cherchons pas réellement à comprendre comment les structures façonnent les processus d’exclusion.

Peut-être que ces discussions sont trop complexes pour un débat public, mais il existe des rapports, des documentaires, des expositions, des chansons, des expositions artistiques qui témoignent de ces réalités, de ces expériences, de ces analyses théoriques. Il existe aussi des personnes compétentes qui par leurs études et leurs engagements professionnels nous permettent de comprendre les réalités des minorités racisées et de produire des solutions pour contrer les obstacles existants dans notre système.

Pour cette raison, nous pouvons jugé que Bochra Manaï est un excellent choix de commissaire. Par cette nomination, nous y voyons une réaffirmation de l’engagement collectif dans la lutte contre le racisme et les discriminations, une exigence de tous les jours pour ceux et celles qui croient en la démocratie.

Reconnu pour son expertise de chercheur dans les dynamiques d’exclusion et d’inclusion dans les quartiers urbains, Mme. Manai est la personne qui semble être dans les capacités de créer un plan d’action digne d’une ville inclusive. Rappelons-nous que l’objectif de la commissaire est d’affirmer l’engagement institutionnel pour le changement social. Celle-ci offrira l’opportunité d’établir un plan d’action interne visant à créer des modifications structurelles permettant une opportunité égale à toutes les personnes dont les minorités racisées qui ont les compétences d’obtenir un accès aux instances municipales.

Autrement dit, il y aura un travail à l’interne pour débloquer la ville de Montréal de cette sous-représentativité des minorités racisées dans la fonction publique montréalaise. Aussi, ce sera l’occasion de définir un cadre de réflexion pouvant orienter les pratiques du SPVM en matière de respect des valeurs démocratiques, dont la lutte contre le profilage racial.

Parce que notre ville, notre société reposent sur l’écho d’assurer l’équité et l’égalité sans limiter l’accès à des individus par rapport à leurs origines, leurs couleurs de peau ou à leurs convictions politiques.

Pour 2021, il s’agit de voir comment le rôle de commissaire permettra de rentrer dans une nouvelle ère de l’antiracisme, notamment par la mise en œuvre de changement structurel. Une véritable posture inclusive exige un réel changement structurel prenant en compte tant la majorité que les minorités. Pour cela, la Ville de Montréal se doit de réunir est d’inscrire dans le corpus législatif une obligation de maintenir un plan stratégique antiraciste visant à promouvoir et faire progresser l’équité raciale et à la fois de lutter contre les discriminations et le racisme. Osons. Nous croyons qu’avec l’expertise de Mme. Manai et de son équipe, celle-ci guidera les intervention de la ville en matière de lutte contre le racisme et les discrimination avec brio.

Note : La proposition d’une commissaire à la lutte du racisme et des discriminations date de 2012, mais c’est seulement en 2021 qu’on y voit le jour. Rappelons que la création de ce poste est le fruit d’une mobilisation citoyenne à Montréal issue des recommandations de la consultation sur le racisme et les discriminations systémiques.