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INFOLETTRE des NCS

juin 2018
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La Grande Transition :
un évènement sans précédent

Du 17 au 20 mai à Montréal, la Grande Transition (LGT) a réuni, sous l’égide d’un vaste collectif (incluant les NCS), plus de 1 650 personnes dans un débat rigoureux et pluraliste sur un monde postcapitaliste dont les fondements sont actuellement construits par des luttes populaires d’un bout à l’autre de la planète.

La rencontre des luttes et des hypothèses

Emanuel Guay et Pierre Beaudet

Le projet de LGT a pris son envol au début de l’automne 2017. Au départ, un collectif d’une vingtaine de personnes, secondées par un deuxième cercle de quelques dizaines d’autres, s’est organisé autour d’un « noyau dur » composé de militantes et militants qui avaient été au cœur de la grève étudiante de 2012. D’emblée, les NCS ont accepté de s’associer à ce processus, par ailleurs appuyé par le réseau Historical Materialism, qui réunit quelques centaines de chercheurs-e-s d’universités anglo-américaines, notamment à Londres, New York et Toronto.

Après quelques discussions, l’idée de la « grande transition » est apparue représentative de ce que nous voulions dire sur la lutte prolongée, complexe et multidimensionnelle qui s’impose contre le capitalisme, d’où les intersections multiples entre les hypothèses qui se construisent dans le dédale de luttes de classes toujours genrées et racisées. Les féministes et les artisans des luttes anticoloniales ont dépoussiéré les théories critiques, y compris le matérialisme historique, qui ouvrent la voie aux grands mouvements d’émancipation contemporains.

Tout cela a été mis sur la table à LGT avec l’énergie et la créativité de centaines de chercheurs-militants et de militants-chercheurs, hommes et femmes, surtout jeunes, qui construisent et déconstruisent les concepts et les explorations théoriques dans et par les luttes.

Dans la dialectique des résistances

Aujourd’hui, le dispositif du pouvoir apparaît fort et faible. Le subtil mélange de coercition et d’hégémonie réussit, la plupart du temps, à détourner les résistances. De nouvelles élites de « cadres et compétents » en profitent pour s’insérer dans la lutte pour le pouvoir, comme on l’a vu durant la dernière décennie en Amérique du Sud. Les soulèvements populaires ont destitué les pouvoirs, mais dans la construction d’une nouvelle société, on leur a confisqué le bien le plus précieux, soit leur autonomie politique et organisationnelle.

Reconstruire un rapport de forces n’est pas une mince tâche; c’est un exercice qui nécessite de la patience, de l’imagination et de la détermination. Plusieurs des sessions de LGT ont été des moments forts où on se permettait d’aller loin dans la critique de « nous-mêmes », sans arrogance et sans cynisme.

La production de nouveaux savoirs

L’université est de plus en plus devenue une fabrique de « cadres et compétents » chargés de boucher les trous du système et d’inculquer aux masses l’idée que la résistance est futile. Le même message est 1 000 fois répété par les médias, et pas seulement les médias-poubelles. Cependant, même dans les méandres de ces usines de la pensée unique, subsistent des îlots de résistance.

Au-delà de ces institutions toxiques, il y a une effervescence créative dans les luttes et les mouvements populaires d’où émergent des intellectuels-les d’un « genre nouveau ». LGT a été un point de rencontre entre ces intellectualités critiques et rebelles, construites par un réseau dense de groupes de recherche, de publications et d’initiatives d’éducation populaire.

Il est fort probable que LGT-2018 fasse des petits, tant la demande est forte pour développer ces espaces de la pensée critique avec un travail rigoureux, des enquêtes et des dialogues transversaux, à l’échelle locale, internationale et de plus en plus, « globale ».

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« Qu’ils partent tous ! » (Que sa vayan todos !) : le slogan des grands mouvements destituants de l’Argentine

Amérique latine : horizons émancipateurs

Maristella Svampa*

À partir du milieu des années 1990, les résistances sociales en Amérique latine ont conflué en une série de puissants mouvements anti-néolibéraux, avec ou sans organisations de type syndical ou de parti, avec ou sans directions charismatiques, capables d’acculer à la défensive les gouvernements néolibéraux quand ce n’était pas de les renverser. Les mouvements populaires ont ouvert de nouveaux horizons à partir desquels penser la politique et les relations sociales, et qui ont imposé dans le programme politique d’autres thématiques : depuis la reconquête de droits les plus élémentaires face au dépouillement, et la mise en question des formes représentatives en vigueur, jusqu’à la proposition de construction de l’autonomie comme projet politique, l’exigence de décentralisation et de socialisation du pouvoir (politique et économique) et la revalorisation des biens naturels.

Dans ses versions extrêmes, ces perspectives ont défié la pensée de gauche la plus ancrée dans les visions classiques du pouvoir. De même, le récit autonomiste a nourri considérablement un nouvel éthos militant, plaçant comme impératifs la débureaucratisation, l’horizontalisme et la démocratisation des organisations, et nourrissant une perte de confiance radicale à l’égard des structures de partis et syndicats, ainsi que de toute instance d’articulation supérieure. Enfin, tant dans les mouvements urbains que dans les mouvements ruraux, la construction d’une autre territorialité, opposée à celle dominante, a émergé comme un point de départ incontournable dans le processus de résistances collectives et, progressivement, comme un pari délibéré pour la nouvelle identité et la création de nouvelles relations sociales.

Les progressismes « réellement existants »

Le progressisme latino qui a émergé avec les gouvernements de centre gauche avait un programme de remise en question du néolibéralisme, l’intervention étatique comme régulation économique et sociale, la lutte contre la pauvreté et une vocation latino-américaniste. Dans ce cadre, on observe cependant trois sortes de limitations.
  • Les progressismes latino-américains ont accepté le processus de mondialisation asymétrique. La construction d’hégémonie a sans aucun doute été associée à la croissance de l’économie et à la réduction de la pauvreté. La réduction de la pauvreté ne s’est pas traduite par une diminution des inégalités ; au contraire, la région a connu une concentration plus grande de la richesse. Les progressismes n’ont réalisé que des réformes fiscales timides en profitant du consensus des matières premières (commodities), dans un contexte extraordinaire de captation de la rente, sans toucher aux intérêts des secteurs les plus puissants.
  • Les progressismes ont accentué la matrice productiviste propre à la modernité hégémonique. Au-delà du récit écocommunautaire qu’ils postulaient à leurs débuts, ils ont favorisé l’expansion de l’extractivisme illustrant les « modèles » de (mal)développement, de pillage environnemental et de régression démocratique.
  • Le pouvoir est devenu plus concentré avec l’utilisation clientéliste de l’appareil d’État et l’intolérance à l’égard des dissidences. Les mouvements sociaux et les gauches ont été les victimes de la fermeture des espaces politiques et des violations des droits.

Luttes sociales et horizons émancipateurs

En même temps, la reconfiguration du pouvoir de manière hégémonique a engendré d’autres résistances et réactions qui, malgré leurs limites, sont porteuses de traits anti-systémiques par elles-mêmes et constituent des réserves stratégiques du mouvement social latino-américain. C’est ainsi que depuis des organisations paysannes et indigènes, des mouvements urbains territoriaux, de nouveaux mouvements socio-environnementaux, enfin des collectifs culturels et d’assemblées de tous types, s’est inventée une nouvelle grammaire politique contestataire. Elle vise la construction d’un récit émancipateur selon de nouveaux concepts d’horizons : biens communs, bien vivre, communalité, post-extractivisme, éthique de la précaution, démocratisation radicale entre autres. L’accumulation de forces et la capacité d’articulation politique de ces expériences contiennent des pratiques collectives et un fondement moral et idéologique qui ouvrent des horizons émancipateurs externes au périmètre délimité par l’opposition progressisme contre le néolibéralisme.
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* Extraits d’« Amérique latine. Post-progressisme et horizons émancipateurs ». Article publié sur le site Rebelión, en date du 13 août 2016. Maristella Svampa est sociologue et chercheuse du CONICET, Argentine.
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À quoi servent les intellectuels ?

Antonio Gramsci*

L’élément populaire « sent », mais ne comprend pas ou ne sait pas toujours ; l’élément intellectuel « sait », mais ne comprend pas ou surtout ne « sent » pas toujours. Aux deux extrêmes, on trouve donc le pédant et le philistin d’une part, la passion aveugle et le sectarisme d’autre part. Non pas que le pédant ne puisse être passionné, bien au contraire ; le pédantisme passionné est aussi ridicule et dangereux que le sectarisme et la démagogie les plus effrénés. L’erreur de l’intellectuel consiste à croire qu’on peut savoir sans comprendre et surtout sans sentir et sans être passionné (non seulement du savoir en soi, mais de l’objet du savoir) c’est-à-dire à croire que l’intellectuel peut être un véritable intellectuel (et pas simplement un pédant) s’il est distinct et détaché du peuple-nation, s’il ne sent pas les passions élémentaires du peuple, les comprenant, les expliquant et les justifiant dans la situation historique déterminée ; on ne fait pas de politique-histoire sans cette passion, c’est-à-dire sans cette connexion sentimentale entre intellectuels et peuple-nation. En l’absence d’un tel lien, les rapports de l’intellectuel avec le peuple-nation se réduisent à des rapports d’ordre purement bureaucratique, formel ; les intellectuels deviennent une caste ou un sacerdoce (qu’on baptise centralisme organique). Si le rapport entre intellectuels et peuple-nation, entre dirigeants et dirigés – entre gouvernants et gouvernés – est défini par une adhésion organique dans laquelle le sentiment-passion devient compréhension et par conséquent savoir (non pas mécaniquement, mais d’une manière vivante), on a alors, et seulement à cette condition, un rapport qui est de représentation et c’est alors qu’a lieu l’échange entre gouvernés et gouvernants, entre dirigés et dirigeants, c’est-à-dire que se réalise la vie d’ensemble qui seule est la force sociale. C’est alors que se crée le « bloc historique ».
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* Extraits des Textes (1917-1934) de Gramsci, présentés par André Tosel. édition électronique établie par Les classiques des sciences sociales.
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De la nécessité de la transition

Anne-Céline Guyon*

Où en est le mouvement environnemental au Québec et au Canada sur cette question de tradition post-capitaliste ? Je vais commencer par rappeler très rapidement que nous sommes clairement dans une période d’urgence climatique. 15 000 scientifiques nous l’ont rappelé il y a quelques mois. Et face à cette urgence-là, il n’y a pas 36 000 solutions, il faut absolument faire la transition énergétique, la transition écologique en particulier.

Qu’est-ce que cela veut dire exactement que d’être en période d’urgence climatique et de devoir faire une transition énergétique ? La première des choses, cela veut dire garder les énergies fossiles dans le sol. La science nous dit qu’à l’heure actuelle par rapport aux réserves connues d’énergies fossiles sur la planète, 80 % doivent absolument rester dans le sol. Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ? Cela veut dire qu’il n’y a plus de place nulle part pour toute nouvelle infrastructure en lien avec l’exploration, l’exploitation et le transport d’énergies fossiles.

Ici, au Québec et au Canada, qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire notamment de garder les sables bitumineux dans le sol. Cela veut dire l’arrêt de l’exploration et de l’exploitation du pétrole et du gaz de schiste. Cela veut dire l’arrêt de la construction des oléoducs, du transport par train et du transport par bateau des énergies fossiles.

Qu’est-ce qui se passe à l’heure actuelle ? Au fédéral, le gouvernement Trudeau était à la COP 21 à Paris pour signifier à toute la communauté internationale que le « Canada is back ». Qu’est-ce que cela a donné ? À l’heure actuelle nous avons le « Cadre canadien sur la croissance propre et la lutte aux changements climatiques ». Je pense qu’en soi le titre dit tout. Le plan climat du fédéral repose sur une série de mesures de style efficacité énergétique, développement de la mobilité durable, notamment en finançant les projets provinciaux... On se retrouve devant une situation dans laquelle le gouvernement fédéral nous dit : « Pour faire la transition énergétique au Canada, nous avons besoin d’oléoducs ». Et donc qu’il faut financer une compagnie texane, Kinder Morgan, pour construire absolument TransMoutain.

Nos leaders politiques parlent de transition énergétique, c’est pour dire que la technologie va nous sauver. On va pouvoir réussir à exploiter nos ressources naturelles, donc lisez naturellement les sables bitumineux, parce qu’en même temps, nous allons innover dans la recherche technologique pour créer les solutions qui vont nous permettre d’exploiter ces ressources-là de manière beaucoup plus propre en protégeant l’environnement et de manière beaucoup moins productrice de CO2. À aucun moment, ces gens-là ne remettent en question le mode de vie dans lequel on est et qui nous amène droit dans le mur.
La transition n’est pas juste une question de « switch » énergétique. Il faut inscrire la transition énergétique dans le contexte d’une transition plus large, écologique et sociale. Il faut interrelier les différentes problématiques.

À l’heure actuelle au Québec, il y a une réflexion profonde de la part de ces gens-là qui se réunissent dans une coalition qui s’appelle le Front commun pour la transition énergétique, qui décide de monter au front pour lutter contre les projets d’extraction. On est vraiment dans un momentum et donc le mouvement environnemental doit faire le pas. Face aux défis que l’humanité a à relever, on ne peut plus rester chacun dans nos coins et se regarder en chiens de faïence. Il faut qu’on travaille avec le milieu environnemental, avec les syndicats et les mouvements sociaux et reconnaître l’intersectionnalité des luttes, faire des ponts, être en relation, être dans le dialogue. Nous n’avons plus le temps pour éluder les vrais débats. Il ne faut pas en avoir peur et grandir collectivement ensemble.
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* Quelques extraits de l’intervention d’Anne-Céline Guyon, coordonnatrice du Front commun pour la transition énergétique, présentée dans le cadre de LGT. La transcription de l’intervention au complet est sur le site de Presse-toi-à-gauche.
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La bataille de l’Écosse

Neil Davidson

Le 2 septembre 2014, 97 % de la population écossaise a pris part au référendum sur l’indépendance de l’Écosse. Sur 3 619 915 électeurs inscrits, 2 001 926 ont voté « Non » (55 %) et 1 617 989 (45 %) « Oui ». Cet évènement extraordinaire en Écosse et en Angleterre que les dominants appellent le « Royaume-Uni » a chamboulé le paysage social et politique. Si la victoire du « Non » reporte la possibilité de l’indépendance, l’Écosse ne sera plus jamais la même.
Neil Davidson, un socialiste écossais et professeur de sociologie à l’Université Strathclyde de Glasgow, présent à La Grande Transition, a écrit un bilan de cette aventure dans la revue New Left Review septembre 2014, et réalisé une entrevue en 2016 dans Salvage, dont nous avons pris des extraits.

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Pour la majorité des militants du « Oui », le mouvement n’était pas principalement inspiré par le Scottish National Party (SNP)*, ni même par le nationalisme écossais dans un sens plus large. L’élan principal de la campagne du « Oui » venait d’un désir de changement social exprimé par l’exigence d’autodétermination, reprise par un large éventail de socialistes, d’écologistes et de féministes. Les militants considéraient l’établissement d’un État écossais non pas comme un objectif éternel, mais comme un objectif susceptible d’offrir de meilleures opportunités d’égalité et de justice sociale dans les conditions actuelles de l’austérité néolibérale.

Les deux campagnes

Pour les nationalistes du SNP, l’indépendance écossaise devait protéger le statu quo : la préservation de la monarchie, l’adhésion à l’OTAN, l’union monétaire avec le Royaume-Uni, etc. Cependant, comme cela est devenu clair pendant la campagne, la plupart des Écossais pour le « Oui » voulaient que leur pays soit différent du Royaume-Uni. Il y a donc eu deux campagnes, l’une orientée vers les débats médiatiques traditionnels, et l’autre, dans un combat « terre-à-terre », contournant intentionnellement les médias. Cette autre campagne a attiré des communautés ouvrières jusque-là marginalisées, d’où, au cours de l’été 2014, un extraordinaire processus d’auto-organisation. Plus de 300 groupes communautaires locaux pour le « Oui » se sont mis en place, à côté de douzaines d’initiatives spontanées : des « Oui cafés », des centres d’accueil pour le « Oui », le « Collectif pour le Oui des musiciens, artistes et écrivains », « Les femmes pour l’indépendance », « La génération Oui », etc. Ils intervenaient via une floraison de médias sociaux, en dehors des feux de la rampe, en animant une intense activité citoyenne. Le quartier central de Glasgow est devenu le site des rassemblements de masse quotidiens des partisans du « Oui », où on se réunissait pour discuter, chanter ou simplement rendre visible la diversité du mouvement. Devant la montée du « Oui », la panique est apparue à Londres. Les dirigeants des trois partis (travailliste, conservateur et libéral) ont promis, à la dernière minute, qu’en cas de victoire du « Non », il y aurait des négociations pour décentraliser et remettre plus de pouvoir au Parlement écossais et que, dès lors, l’indépendance n’était pas nécessaire.

Faire peur

Pour les élites politiques et économiques, le projet d’indépendance de l’Écosse devait être vaincu à tout prix. Le Royaume-Uni, tête de file du libre-échange et du maintien de l’ordre international, devait rester en place, d’où le discours de la peur : les capitaux allaient fuir, les banques et les compagnies d’assurance allaient foutre le camp, même les factures d’électricité allaient grimper au plafond ! Le pétrole écossais allait cesser de couler et la Russie pourrait envahir l’Angleterre par l’Écosse ! Les leaders indépendantistes étaient présentés comme de sombres personnages assoiffés de pouvoir, parfois même comme des nazis. Jusqu’à un certain point, cette campagne a fonctionné. Une nette majorité des plus de 55 ans ont voté « Non », dont les trois quarts des plus de 65 ans, qui avaient peur de perdre leurs pensions. Parmi les moins de 40 ans, il y a eu une majorité claire pour le « Oui », la plus forte étant observée chez les 25-34 ans. Dans les quartiers les plus pauvres, le vote du « Oui » était de 65 % et largement majoritaire dans les villes ouvrières comme Glasgow et Dundee. Dans les régions riches comme à Édimbourg (la capitale historique de l’Écosse) et Aberdeen (la ville où sont concentrées les installations pétrolières), le « Non » l’a emporté. Fait à noter, dans les quartiers populaires des grandes villes, les Écossais d’origine asiatique, majoritairement dans les couches populaires et moyennes, ont voté majoritairement pour le « Oui ».

Bilan pour la gauche

Le référendum sur l’indépendance écossaise a été l’un des déclencheurs d’un mouvement social progressiste de masse. Les sections de la gauche radicale écossaise qui ont activement soutenu un vote du « Oui » – l’écrasante majorité, en excluant certains sectaires fossilisés – avaient raison de se lancer dans la campagne et, ce faisant, la gauche a non seulement participé, mais a contribué à créer l’une des plus grandes explosions de l’autoactivité ouvrière et de la créativité politique dans l’histoire écossaise. Cette énergie populaire a été beaucoup plus profonde et large que les mobilisations antérieures. Il aurait été fou de s’abstenir ou pire, de plaider pour la défense de l’État impérialiste britannique.
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* Le SNP a végété jusqu’en 1974, au moment où il a fait élire plusieurs députés au Parlement britannique. En 2011, lors des premières élections de l’assemblée écossaise, le SNP a remporté le plus grand nombre de sièges sur un programme de centre gauche, puis a organisé le référendum de 2014. En 2015, lors d’élections subséquentes, le SNP a emporté 50 des 56 circonscriptions écossaises. Il a subi un déclin aux élections britanniques de 2017. La crise actuelle du gouvernement britannique à la suite du Brexit a quelque peu ravivé l’idée d’une Écosse indépendante qui, selon le SNP, désire rester membre de l’Union européenne.



Pour aller plus loin

Pierre Mouterde*

Avec ses 1 650 inscriptions et ses 120 sessions, on ne peut que se féliciter du succès de La Grande Transition, ainsi que de l’extraordinaire énergie militante dont elle fut l’expression. Il n’en est pas moins resté quelques angles morts sur lesquels il vaudrait la peine de s’arrêter. Ainsi, si l’on a fustigé sans ambages le capitalisme néolibéral, abondamment parlé de transition (et en particulier de transition écologique), évoqué sur le mode de l’intersectionnalité les luttes féministes contemporaines, réfléchi du même coup aux succès et échecs des grands combats internationaux des dernières années, on a eu généralement tendance à le faire en en minimisant la portée proprement politique, et surtout en ne s’arrêtant guère à ce niveau au cas particulier du Québec d’aujourd’hui.

C’est pourtant là la grande affaire : si l’on parle aux temps présents de « transition » plutôt que de « révolution », c’est parce que l’on sait que les changements structurels à effectuer ne pourront l’être que sur le long terme, mais aussi parce que l’on a intuitivement compris que pour enclencher ces transformations majeures, il faudrait préalablement pouvoir modifier les défavorables rapports de force politique qui, pour l’instant au Québec, maintiennent à la marge les forces sociales qui aspirent à des changements d’importance. Comment le faire, sinon en se dotant d’une stratégie politique adaptée aux défis de la période actuelle, qui puisse non seulement rassembler ce qui en termes de résistances, parait aujourd’hui fragmenté, mais qui puisse aussi très concrètement prendre en compte la question de l’État, et par conséquent de ces pouvoirs contre-hégémoniques à construire en pleine période d’expansion néolibérale.

Et c’est là le côté étonnant : alors que le Québec avait tout pour faire avancer la réflexion à ce niveau – une question nationale toujours présente, un État canadien extractiviste et dominateur très intervenant, un parti de gauche en ascension (QS), de nouveaux mouvements sociaux très actifs (écologistes, féministes, autochtones, etc.), c’est comme si on avait préféré laisser en suspens ces questions très concrètes, ou tout au moins si on s’en était tenu en termes politiques à de très grandes généralités, par exemple loin derrière les propositions pratiques ou théoriques avancées par les invité-e-s internationaux, notamment certaines des camarades brésiliennes ou argentines.
N’est-ce pas ce vers quoi à l’avenir, il faudrait aussi pouvoir faire avancer notre propre réflexion ?
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* Sociologue et essayiste (Dernière publication : Les stratèges romantiques, Montréal, Écosociété, 2017)

La Grande Transition en photos

(Merci à André Querry)
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Plénière finale avec Maude Prud’homme, Pierre Dardot et Julia Posca :
Et le monde après le capitalisme ?
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Un aperçu des quelques 1 650 participantes et participants.
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Hommage à Kari Polanyi-Levitt avec entre autre Alain Denault.
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Rencontre avec Serge Halimi, rédacteur en chef du Monde Diplomatique et les Amis-es du Monde diplomatique, les NCS et ATTAC-Québec,
animée par Ronald Cameroun sous le thème :
Où va notre planète chaotique ?

Quelques nouvelles dans l’air du temps

Le prochain numéro des NCS :

Les groupes populaires face à l’État

Le numéro 20 des NCS, qui marquera le dixième anniversaire de la revue, sortira en août et portera sur les groupes populaires face à l’État. Depuis quelques années, les pouvoirs s’acharnent à discipliner, contrôler et réduire l’action des groupes sur le terrain. Un collectif d’une dizaine de personnes, coordonné par Sébastien Rivard, Céline Métivier et Pierre Beaudet, a piloté le dossier qui comprend une vingtaine de contributions qui décortiquent les assauts en cours tout en analysant les résistances qui maintiennent la flamme à travers des luttes épiques dans la santé, le logement, les CPE, les groupes de femmes, l’immigration, l’environnement, les enjeux municipaux, les batailles antiracistes. Le numéro se permettra également de faire des incursions du côté de Pointe-Saint-Charles, des Africains-Américains aux États-Unis, avec les chômeurs d’Argentine, et même, en compagnie de l’infatigable Manon Massé. Quelque part au début de septembre, nous ferons plusieurs lancements pour ce numéro.

Le plus récent numéro des NCS

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De tous les mouvements sociaux modernes, le syndicalisme est celui qui a favorisé l’organisation du plus grand nombre de personnes; c’est là une des raisons pour privilégier, dans ce dossier du numéro d’hiver des Nouveaux Cahiers du socialisme, une perspective davantage « mouvementiste » du syndicalisme. Celui-ci a pour tâche de voir au-delà de la défense des salariés-e-s qu’il représente traditionnellement, s’il espère recréer une identité rassembleuse, en s’appuyant sur les collectivités agissantes et les luttes contemporaines. Ces dernières s’inscrivent dans la résistance à l’exploitation capitaliste et aux mesures austéritaires. Le dossier comporte quatre sections : analyse des défis contemporains, étude comparative du syndicalisme des Amériques, rappel de luttes inspirantes et avenues pour sortir le syndicalisme de son marasme et reprendre la voie de l’offensive.
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Les NCS en format numérique

Il est possible de s’abonner à la revue les Nouveaux Cahiers du socialisme (NCS) sous format numérique (25 $/an) ou d'acheter au numéro au format numérique (13,99 $) sur le site de la SODEP :

À compter du numéro 15, chaque numéro est également disponible à l'unité en format numérique (13,99 $/numéro) auprès d'une douzaine de diffuseurs de livres numériques. Pour plus de détails, consulter la fiche des Nouveaux Cahiers du socialisme sur la plateforme de l'Entrepôt du livre numérique.

Les NCS sur Érudit

Depuis le n° 14, les NCS sont disponibles dans les bibliothèques des cégeps et des universités abonnés à la plate-forme ÉRUDIT. Celle-ci est devenue l’un des véhicules importants pour la diffusion électronique des revues savantes et culturelles dans les milieux collégial et universitaire. La revue deviendra donc encore plus qu’avant une référence pour les professeur-es, les étudiants-es et les chercheurs-es.

Pour nous suivre

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