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INFOLETTRE des NCS

14 avril 2021
Merci de partager largement

Des nouvelles des NCS


Les prochains numéros de la revue


Lors de sa dernière rencontre, le 25 mars 2021, le comité de rédaction permanent de la revue a convenu des principaux thèmes qui seront abordés dans les numéros à venir :
  • No 26 (automne 2021) : l’éducation
  • No 27 (février 2022) : l’immigration
  • No 28 (septembre 2022) : l’écosocialisme
  • No 29 (février 2023) : l’Outaouais
  • D’autres idées : révolution numérique, climat, eau, santé mentale, le Canada dans le monde…
Le comité de rédaction permanent est constitué de : Flavie Achard, Milan Bernard, Brieg Capitaine, Donald Cuccioletta, Louis Desmeules, Emanuel Guay, Salvador David Hernandez, Chantal Ismé, Alain Saint-Victor, Guillaume Tremblay-Boily, André Vincent, Carole Yerochewski.

Pour le numéro 27 sur l’immigration, février 2022


Il y a 10 ans, dans son no 5, les NCS publiaient Migrations : stratégies, acteurs, résistances. Depuis, la situation s’inscrit à la fois en continuité et en rupture avec cette période. La continuité, c’est la « gestion des flux » dans le système capitaliste, avide de main-d’œuvre corvéable, gestionnaire des discriminations. C’est la discrimination, le mépris. La rupture, c’est le blocage des frontières, conséquent à la crise économique, à l’implosion du Moyen-Orient et de l’Afrique subsaharienne. Au Québec, c’est la multiplication de pratiques discriminatoires et leurs multiples impacts sociaux, politiques, culturels face à des élites qui refusent même les mots (le racisme systémique). Mais c’est également l’essor des résistances, du réveil des mouvements populaires et de la gauche. C’est la défense des vulnérables et la résistance contre la discrimination. C’est l’essor de « laboratoires » de résistance comme à Montréal-Nord. D’où la possibilité d’une convergence, qui passe par la construction d’un nouvel imaginaire, solidaire et populaire, par un nouvel internationalisme. Notre réponse consiste également à déconstruire le mythe de la suprématie blanche, du patriarcat, de l’homophobie, ces idéologies qui rendent possible la reproduction du capitalisme sous ses formes la plus barbares : discrimination, exploitation, marginalisation et exclusion. Au but de la ligne, pouvons-nous penser à un gigantesque « nous », ouvert à tous et toutes, ceux et celles qui habitent la Grande Tortue et la Pachamama tout entière ?

Le comité du numéro 27 : Pierre Beaudet, Renel Exentus, Salvador Hernandez, Chantal Ismé, Walner Osna, Alain Saint-Victor Sébastian Vielmas.

Le renouvellement du site Web des NCS


À la suite de l’assemblée des NCS du 25 janvier dernier, un comité a été constitué pour piloter le site Internet des NCS qui connaît un regain d’affluence depuis l’automne dernier. L’idée assez simple est de faire de ce site un outil de débats et d’interventions dans la conjoncture actuelle au Québec, marquée par un virage à droite et où les secteurs progressistes essaient de reprendre l’offensive. Sur l’idée de base, nous pensons que le moment actuel est assez particulier compte tenu de la pandémie, des gouvernements qui allient austérité et autoritarisme, de la « bataille des idées » effectuée par les médias pour promouvoir la bonne tactique du tout-le-monde-contre-tout-le-monde. Ce qui n’empêche pas les efforts actuels pour redynamiser les mouvements et les luttes. Nous n’allons pas prétendre « régler » ces questions, mais nous voulons intervenir dans le débat, dans la tradition de gauche anticapitaliste, antiraciste et anti-impérialiste qui est la nôtre.

Le comité éditorial du site : Pierre Beaudet, Marie-Josée Béliveau, René Charest, Donald Cuccioletta, Jad Kabbanji, Charmain Levy, Walner Osna, Roger Rashi.

Pour définir une stratégie numérique

Un autre comité a été mis sur pied pour étudier les conditions qui permettraient aux NCS d’être plus présents et actifs dans le monde numérique. Pour amorcer la discussion, le comité a entrepris un diagnostic des outils dont nous disposons présentement (le site Web, la page et le groupe Facebook, l’infolettre) pour voir ce qui fonctionne le mieux et ce qui peut être amélioré, notamment avec davantage d’interactions entre les outils en question. La deuxième étape sera de déterminer des objectifs et d’identifier des moyens pour y arriver.

Le comité sur la stratégie numérique : Magalie Civil, Édouard Lavallière, Adam Novak, André Vincent.

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La prochaine édition du colloque international de La Grande Transition, dont les NCS sont partenaires, arrive à grands pas ! Alors que le site Web de LGT fait peau neuve, le programme sera bientôt prêt pour publication : quatre grandes conférences et plus d’une vingtaine de panels portant sur des thèmes variés, dont l’internationalisme radical, les alternatives au capitalisme numérique, l’économie politique du handicap et la démocratisation des syndicats. Cette année, tout le contenu sera diffusé gratuitement sur Zoom, et ce, avec interprétation (traduction) durant plusieurs activités. On tentera également d’enregistrer autant de présentations que possible pour visionnement ultérieur.
Restez à l’affût de nos nouvelles, et prenez un moment pour suivre l’événement sur Facebook ! Nous partagerons bientôt plus de détails.

Le comité organisateur de La Grande Transition 2021

La Commune de Paris - 150 ans

Articles choisis

La Commune de Paris, on s’en souvient

Pierre Beaudet

Il y a 150 ans, en mars 1871, le bon peuple de Paris a dit non aux profiteurs, voyous et racoleurs du pouvoir en place, tout en renvoyant chez eux les soldats et en tenant tête à l’armée allemande qui était aux portes de la capitale. Geste héroïque, presque désespéré, moment ultime de la grande révolution de 1789, précurseur et annonciateur des insurrections à venir au 20e siècle. C’était tout cela, dans une atmosphère de fête, d’espoir, de créativité, jusqu’à la « semaine sanglante » quand le pouvoir de l’État rétabli a organisé le carnage[1]. Quelques jours après la catastrophe, Marx écrivait un de ses essais les plus connus et les plus aimés, « La guerre civile en France[2] ».Un bilan écrit à froid, d’une extrême lucidité, destiné au réseau dense de l’Association internationale des travailleurs (AIT), et plein d’enseignements. « La principale qualité de la Commune, écrivait-il, c’était d’avoir existé ». Il fallait essayer, disait-il également, de « monter à l’assaut du ciel[3] ».
Malgré l’impitoyable défaite, la Commune a laissé des traces qui continuent d’alimenter les mouvements populaires. Parmi ces « semences », notons :
  • L’idée d’un pouvoir ouvrier et populaire construit sur ses propres bases, et non en tant que « soutien » à d’autres forces de changement qui sont en jeu. C’est de là évidemment que vient l’idée d’un « parti ouvrier », avec son identité, son utopie, ses méthodes, quitte à faire des alliances, mais sans subordination. Plus tard, dans le sillon de la Troisième Internationale, cette même idée a donné l’élan pour des mouvements de libération nationale mettant de l’avant l’émancipation sociale, et pas seulement l’indépendance, avec au centre des réformes radicales, notamment dans le monde rural.
  • L’idée que le projet de transformation doit avoir la force et le courage de sortir du cadre existant, de sortir des institutions qui régissent cet ordre bourgeois. On peut, et on doit se battre dans ce cadre pour obtenir des concessions, des réformes partielles, mais on sait en même temps que l’État bourgeois ne peut être réellement réformé, et qu’il faut, en parallèle aux luttes dans l’État, penser la transition au-delà, dans le cadre de nouvelles institutions, d’un État « qui n’est plus totalement un État », comme le disait Lénine[4].
  • La méthode pour mener un tel projet doit venir des couches populaires, élaboré et animé par elles. Les « cadres et compétents » dont les mouvements ont besoin pour dénouer les nombreux nœuds qui bloquent l’émancipation doivent être au service du peuple, d’où l’importance de ne pas créer de fossé entre cette « élite » et la masse, comme le proposait la Commune (des mandats révocables, des salaires modestes en phase avec les revenus des gens ordinaires, etc.).
Les communards et leurs héritiers ont bien compris que le projet est à long terme, même si immédiatement, il fallait se battre et résister[5]. C’est le « temps long » de l’histoire, l’accumulation des forces, des stratégies pour affaiblir les adversaires et renforcer le camp populaire, ce que Gramsci appelait la « guerre de position », opiniâtre, laborieuse, difficile. Dans sa magistrale synthèse de la Commune, Marx l’expliquait bien :
« La classe ouvrière n’espérait pas des miracles de la Commune. Elle n’a pas d’utopies toutes faites à introduire par décret du peuple. Elle sait que pour réaliser sa propre émancipation, et avec elle cette forme de vie plus haute à laquelle tend irrésistiblement la société actuelle en vertu de son propre développement économique, elle aura à passer par de longues luttes, par toute une série de processus historiques, qui transformeront complètement les circonstances[6] ».



Pour accompagner les 150 ans de la Commune de Paris[7]


C’est un livre singulier et particulièrement attachant qui vient d’arriver sur les tables des libraires. Pour accompagner les 150 ans de la Commune de Paris, les Éditions La Découverte ont suivi et soutenu le projet de Ludivine Bantigny d’évoquer cet événement émancipateur de façon directe et hétérodoxe pour une historienne de métier. Avec la couverture de son nouveau livre, l’auteure donne immédiatement le ton. En reprenant une photo de tournage issue du film de Peter Watkins, La Commune. Paris, 1871, elle affirme d’emblée sa volonté de relier les combats d’hier à ceux d’aujourd’hui, en accord avec le titre de l’ouvrage: La Commune au présent.

Ce livre n’a pas pour objet de se substituer à une énième histoire de la Commune. La forme épistolaire employée montre, dès les premières lignes, l’intention de l’auteure : s’adresser aux communeuses et communeux « par-delà le temps », dans une soixantaine de lettres sans détour. Rédigées dans un esprit de grande complicité, ces missives permettent à leur auteure de remonter le temps, de retracer les parcours, les engagements, de se souvenir… mais aussi de donner à leurs destinataires des nouvelles actuelles des combats pour l’émancipation : luttes féministes, Nuit debout, révolte des Gilets jaunes, défense des communs avec les ZAD (zones à défendre)…

Ces ponts que l’auteure jette avec constance, de lettre en lettre, entre les luttes d’hier et celles d’aujourd’hui sont tout autant au cœur du livre que les expériences et les trajectoires des combattantes et combattants de 1871.

Ludivine Bantigny a choisi le tutoiement pour s’adresser aux destinataires de ses lettres. Presque autant de femmes (dont une inconnue) que d’hommes. Elle affirme en cela une proximité à la fois politique et solidaire, comme il est d’usage entre participantes et participants à une lutte commune. Cette forme d’interpellation ne diminue à aucun moment l’admiration et le respect qu’elle leur porte. On a envie de dire, « bien au contraire », car l’émotion est au rendez-vous de chacune de ces lettres.

Si ce livre ne constitue pas une énième histoire de la Commune jour par jour, il offre tout de même l’opportunité pour l’auteure d’embrasser l’événement en évoquant, avec chacun et chacune des destinataires, des épisodes, des prises de position, des réussites et des échecs, des moments de joie intense ou d’abattement, du début joyeux et plein d’espérance jusqu’à l’issue tragique. Ce qui permet à un lecteur ou à une lectrice non spécialiste de s’emparer de ce moment insurrectionnel, d’en saisir les subtilités et de pénétrer dans les têtes et les cœurs de celles et ceux qui nous ont précédés, il y a maintenant 150 ans, dans les luttes pour l’émancipation et la défense des communs.

Citer des passages de ces lettres serait les déflorer. Elles ont chacune été écrites pour être lues dans un seul et même souffle. Par la lecture solitaire ou par le biais de lectures publiques par des comédien·nes, elles conserveront toute leur puissance d’évocation. Une centaine de documents du temps et de photos actuelles viennent renforcer le télescopage du passé et du présent, voulu par l’auteure. Avec ce livre, Ludivine Bantigny fait la démonstration que l’historien ou l’historienne ne peut être indifférent·e au sujet qu’il aborde. Que des savoir-faire issus de la recherche et d’une capacité d’analyse, renforcés par des qualités littéraires, peuvent être mis à la disposition de convictions et qu’on peut laisser de côté une neutralité de mauvais aloi.
Il y a 150 ans, la Commune de Paris…



La passion du commun

Toni Negri[8]

Demandons-nous donc : comment se constitue un contre-pouvoir, ou mieux, une pratique de rupture qui traverse et détruit la complexité du pouvoir capitaliste ? Il n’y a plus seulement la prise de l’État, il y a la souveraineté à détruire, la souveraineté capitaliste. C’est malheureusement une autre paire de manches. Et ce passage est quelque chose de sacrément difficile, ne serait-ce que du point de vue de l’imagination, mais c’est le terrain sur lequel nous devons pleinement tester notre capacité d’analyse et nos expériences. Avec la certitude alors que chaque fois que l’on casse cette articulation, c’est une chaîne qui se brise ; chaque fois que l’on casse ce passage, il est presque automatique que tout le reste s’effondre, comme cela arrive toujours quand on casse quelque chose de tendu. Cela dit, il est clair que tous les problèmes singuliers conglomérés dans le pouvoir (le problème écologique est sans doute central aujourd’hui) sont tous liés dans la destruction et la transformation au sein d’une chaîne prospective, au sein d’un même dispositif. C’est ce que nous enseigne la Commune.

Je dis toujours ceci à mes très chers camarades : nous devons imaginer une espèce de Pinocchio aujourd’hui, et le construire de telle sorte qu’il acquiert progressivement son propre sens de la complexité. Un peu comme dans les contes de fées des XVIIe et XVIIIe siècles, on plaçait une fleur devant Pinocchio pour imaginer comment l’odorat pouvait donner vie aux autres sens. Aujourd’hui, il ne s’agit pas d’éprouver des sens, mais des passions, les passions du commun. Nous devons inventer le cyborg du commun. Il s’agit de combiner le post-moderne (c’est-à-dire l’économie, la technologie, les rapports sociaux et culturels et tout ce qui va avec) avec la passion humaniste de la Commune, de l’être ensemble, du construire ensemble, dans la liberté et l’égalité.



Les combats inachevés des communardes[9]

Monique Vézinet[10], ReSPUBLICA, 16 mars 2021

Le 11 avril 1871 est créée l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, dont les principales dirigeantes sont Nathalie Lemel et Élisabeth Dmitrieff – cette dernière arrivant de Londres avec les yeux de Marx. L’Union proclame :
« Nos ennemis, ce sont les privilèges de l’ordre social actuel, tous ceux qui ont vécu de nos sueurs, qui toujours se sont engraissés de nos misères, nous voulons le travail pour en garder le produit, plus d’exploiteurs, plus de maîtres… toute inégalité et tout antagonisme entre les sexes constituent une des bases du pouvoir des classes gouvernantes ».

Ambulancières, infirmières ou cantinières, présentes sur les barricades, les femmes ne furent donc ni éligibles ni électrices, mais elles participent aux sections de l’Internationale, sont actives dans les clubs où elles obtiennent la mixité et, dans certains quartiers, sont associées, à la gestion municipale.



Sont mis en discussion le besoin de crèches pour les mères qui travaillaient et de mesures sociales leur permettant de ne pas abandonner l’enfant qu’elles allaitaient. D’où leur intérêt pour l’union libre qui fut de fait admise par une décision de la Commune du 10 avril, prévoyant au bénéfice des veuves des gardes nationaux un droit à pension, qu’elles soient mariées ou non. Une clause supplémentaire concernait les enfants « reconnus ou non », désormais protégés.

Mais surtout leur importaient leurs droits en tant que travailleuses. La concurrence féminine ne fut pas toujours bien vue par les ouvriers masculins et ce n’est que le 21 mai que la Commune proclama le principe du salaire égal : « Considérant… que le travail de la femme est égal à celui de l’homme », la Commune déclarait qu’il convenait de payer les maîtresses d’école autant que leurs collègues hommes. Ce jour-là aussi les déléguées ouvrières des diverses corporations devaient se réunir pour constituer leurs chambres syndicales… au moment où les troupes versaillaises pénétraient dans Paris.

Un décret pris par Léo Fränkel le 16 avril prévoit la réquisition des ateliers abandonnés. Il charge officiellement les femmes de les organiser sous forme coopérative, prémices de l’autogestion, pour fabriquer des produits de première nécessité, rappelle Françoise Bazire :
« L’Union des femmes est le laboratoire social de la Commune. La répression de la Commune a raison de cet élan qui va animer, pourtant, nombre des mouvements féministes du siècle suivant.
Les femmes sont chargées de l’organisation du travail des ouvrières de tout corps d’État. Les comités d’arrondissement de l’Union des femmes ont la charge de recevoir les demandes d’offre de travail dans toutes les mairies. »

Réinventer la démocratie

Xavier Lafrance[11]

Après la défaite de l’insurrection parisienne de 1848, beaucoup parmi les militants les plus politisés ont compris comme Marx que la prochaine révolution en France « devra consister non plus à faire passer la machine bureaucratique et militaire en d’autres mains, comme ce fut le cas jusqu’ici, mais à la détruire ». Il faudrait alors inventer une nouvelle forme de démocratie, au-delà du simple suffrage universel en lequel beaucoup de républicaines et socialistes français avaient placé trop d’espoirs. Le monde du travail parisien a proposé sa solution au problème en 1871 : la République communaliste, pour laquelle la Commune de Paris, qui a duré de mars à mai, devait servir de modèle. Après la débâcle des armées françaises devant les Prussiens en 1870, ce qui a entraîné la chute de l’Empire, le gouvernement provisoire mis sur pied le 4 septembre a refusé de régler la question constitutionnelle, la nature du régime. Les habitants de la capitale, réclamant une République, se sont organisés spontanément dans une Fédération républicaine de la Garde nationale, qui représentait l’essentiel des bataillons et de la population parisienne. Le Comité central de la Fédération a organisé une opposition républicaine aux prétentions monarchistes d’un gouvernement provisoire retranché à Versailles. Les sections de l’Association internationale des travailleurs ont participé à cette opposition républicaine, aux côtés de néojacobins et de blanquistes, dont plusieurs rejoignaient ses rangs à cette époque[12].

Après la tentative avortée des troupes versaillaises de récupérer les canons dans des quartiers de Paris, le 18 mars 1871, le Comité central de la Fédération a été porté au pouvoir par les foules parisiennes. Il s’agissait ainsi d’éviter que le processus constituant issu de la révolution ne tombe une fois de plus aux mains de monarchistes. De fait, afin d’assurer le triomphe de la république (qu’on souhaitait sociale) et d’éviter que ses membres ne puissent usurper le pouvoir à leur profit, le Comité central a lui-même refusé d’accaparer ce processus constituant. Il s’est assuré de la présence continue du peuple dans la constitution et le fonctionnement des institutions politiques de la Commune. Le Comité a émis des recommandations, reprises par le Conseil de la Commune issu des élections municipales du 26 mars. Ces recommandations visaient d’abord à assurer la responsabilité et la révocabilité des déléguées élues au Conseil, munies de mandats impératifs. Ensuite, elles prônaient une circulation de l’information des déléguées au Conseil et des membres des commissions ministérielles, de façon à faciliter et encourager la participation des citoyennes au processus politique.

Les communards ne voulaient pas simplement s’engager dans un soulèvement municipal localisé. Cependant, contre la domination centralisatrice de Paris, on souhaitait fonder la nouvelle République sur une unité se réalisant à travers la fédération d’initiatives communales locales. Dans cette perspective républicaine communaliste, Paris n’imposait plus un régime politique au reste de la France, mais prêchait plutôt par l’exemple, espérant que les provinces emboîtent le pas. Autant par son aspect radicalement démocratique que par son esprit décentralisateur, issus d’une longue réflexion républicaine et socialiste qu’on peut faire remonter à la Constitution jacobine de 1793, la Commune représente une tentative de briser l’État parasitaire qui a accablé et exploité les classes laborieuses de France tout au long du 19e siècle.



Louise Michel, comme une rouge[13]

Laurent Joffrin, Libération, 9 août 2019 (extrait)

Vestale de l’égalité, Louise Michel n’admet pas qu’on mette les femmes à part dans la répression. Si elles prennent leur part dans la révolte, elles doivent la prendre dans le sacrifice. Alors elle proteste : non, elle n'était pas seulement ambulancière ; elle s’est aussi battue avec un fusil sous l.uniforme de la garde nationale, soldate du 61e régiment de marche de Montmartre, présente sur tous les points attaqués.

Jugeant que de nouvelles exécutions feraient scandale, surtout celle d'une femme, le conseil de guerre se contente d'une déportation, avec incarcération dans une enceinte fortifiée. Ce sera la Nouvelle-Calédonie, de l'autre côté du monde, assez loin pour écarter le spectre de la révolution sociale, aux antipodes de la liberté.

Par cette scène, par sa déclaration romaine, héroïque et désespérée, Louise Michel, la « Vierge rouge », la « Pétroleuse », l’égérie de la Commune, anarchiste et féministe, Jeanne d’Arc au drapeau noir, restera dans la mémoire du mouvement ouvrier. Pour elle, l’égalité ne se divise pas. Toute sa vie, elle s’est battue pour la cause des humbles, pour celle des femmes comme pour celle des ouvriers ou des Canaques colonisés, républicaine, universaliste, socialiste et libertaire, à Montmartre comme dans sa Haute-Marne natale, et jusqu’à Nouméa. Elle est la femme symbole pour toutes les femmes, l’héroïne de la révolte pour tous les révoltés.

La poésie de la Commune


Depuis longtemps, on chante la Commune, ses espoirs, son côté tragique, les messages que les communards et les communardes nous ont été léguées.
Un jour, lorsqu’on rechantera l’Internationale (une tradition qui mériterait peut-être d’être remise à l’ordre du jour), nous pourrons reprendre en cœur :

Debout, les damnés de la terre
Debout, les forçats de la faim
La raison tonne en son cratère,
C’est l'éruption de la faim.
Du passé faisons table rase,
Foule esclave, debout, debout
Le monde va changer de base,
Nous ne sommes rien, soyons tout.


C'est la lutte finale ;
Groupons-nous et demain
L'Internationale
Sera le genre humain.


Il n'est pas de sauveurs suprêmes
Ni Dieu, ni César, ni Tribun,
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes
Décrétons le salut commun.
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot,
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer tant qu'il est chaud.

______________
NOTES
[1] Le nombre des victimes n’a jamais été établi de manière fiable. Le gouvernement a parlé de 20 000 morts (dont 4 000 femmes). Les témoignages et récits historiens favorables à la Commune parlent de 50 000 victimes. Chose certaine après le rétablissement de l’« ordre » en mai 1871, les rues de Paris et la Seine étaient remplies de morts.
[2] Marx, La guerre civile en France, 1871, .
[3] Le cinéaste Peter Watkins a réalisé un « docu-fiction » formidable où on voit les acteurs et les actrices de la Commune débattre, concrétiser les objectifs populaires et ouvriers de leur projet et faire face aux nombreuses contradictions « au sein du peuple » qui apparaissent dans la lutte. Le film est accessible sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=yUXe0w2AbuI
[4] Lénine, L’État et la révolution, 1917, < https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er00t.htm>.
[5] La Commune a duré 73 jours avant le « nettoyage » et le massacre de l’armée. À Moscou, en 1917, les partisans du pouvoir soviétique ont célébré en décembre la mémoire de la Commune en fêtant le fait que le nouveau pouvoir populaire avait duré plus longtemps que la Commune.
[6] Marx, La guerre civile en France, op.cit.
[7] Ludivine Bantigny, La Commune au présent. Une correspondance par-delà le temps, Paris, La Découverte, 2021.
[8] Extrait d’un entretien avec Negri qu’on retrouve sur le site des NCS, https://www.cahiersdusocialisme.org/la-commune-aujourdhui/.
[9] Le texte de Monique Vézinet se trouve sur le site des NCS, .
[11] Le texte complet de Xavier Lafrance, « La commune comme nouvelle forme de république démocratique et sociale », est publié sur le site des NCS, <https://www.cahiersdusocialisme.org/la-commune-comme-nouvelle-forme-de-republique-democratique-et-sociale/>.
[12] Jacques Rougerie, Paris libre, 1871, Paris, Seuil, 2004.
[13] Voir le documentaire sur Louise Michel, Figures de la Commune. Les grands personnages, https://www.youtube.com/watch?v=mHKkfdyebx8.

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