Une leçon vieille de 400 ans

À la suite de l’émission Tout le monde en parle, à Radio-Canada, du dimanche 13 avril, je me suis rappelé un texte sur la délinquance mondiale qui m’était inspiré de la présence surprenante de nombreux Africains devant les tribunaux internationaux pour crime de guerre. 

À la suite du passage du général Dallaire à cette émission, je renouvelle mon questionnement. Dans quel état la traite des Noirs et le colonialisme, par la suite, ont-ils laissé l’Afrique? À l’évidence, le néocolonialisme ne fait guère mieux. 

Est-ce que le Général Dallaire y comprend seulement quelque chose d’autre que les raisons de son désespoir devant son impuissance à corriger le tir? Pourquoi sa carrière a-t-elle subi une si vive défaite, à l’image de ces soldats qui se suicident au retour des nouvelles guerres mondiales? Ne sont-elles pas inspirées, elles, par la stratégie géopolitique dans la lutte pour les marchés planétaires ou par la volonté de maintenir un statu quo que perpétue cette volonté aveugle de se partager les zones d’influence? 

On s’adonne facilement dans nos pays au jeu du salut de ces barbares. N’en a-t-on pas déjà suffisamment fait dans le sens du « lourd fardeau de l’homme blanc » cher à Kipling? La question n’est pas si bête qu’il faille la poser au plus tôt avant que les dégâts ne s’accélèrent. Comme Thomas More s’interrogeait en son temps, ne sommes-nous pas en train de créer littéralement un chaos planétaire, dont on ne sait où il va s’arrêter, et qui engendre violence et tuerie?

Nous nous apitoyons sur les séquelles suicidaires laissées chez nos soldats. C’est fort légitime. Mais combien de camps de réfugiés laissés derrière dans des pays bien plus pauvres que nous? Quelle raison ont les États-Unis de maintenir 800 bases militaires à travers le monde comme autant de menaces à la tranquillité des peuples? Pourquoi le Canada se cherche-t-il des bases militaires à louer de par le monde? Combien de pressions sur les velléités des peuples de manifester leur indépendance? Combien de campagnes de peur sous le couvert des interventions militaristes?

Voilà donc ce que m’a inspiré cette observation du monde un peu plus lucide, je crois, que celle du général Dallaire, dont on sent la détresse devant ce cafouillis des interventions militaristes occidentales, mais dont il appelle toujours à la répétition. Après que le gouvernement Harper ait étouffé les Casques bleus.

Que ce soit pour les pirates de Somalie ou pour les criminels de guerre du Tiers-Monde, il faudra bien un jour s’interroger aussi nous-mêmes plus à fond sur l’origine de la délinquance mondiale dont bien peu de leaders de nos pays opulents sont accusés alors que le poids de leurs décisions politiques pèse lourd dans son origine et son déploiement à l’échelle de la planète.

Il existe pourtant bien une relation évidente et incontestable entre la misère et la violence. Et quand la misère augmente, la violence aussi se perpétue. Comme le démontrait déjà le Raphaël de L’Utopie de Thomas More à propos de la pendaison des voleurs au 16e siècle, la délinquance internationale est le résultat de la politique du pouvoir en place (et je parle bien de ceux qui dominent la planète et choisissent sciemment dans les sommets mondiaux le statu quo), qui préfère satisfaire leur profit plutôt que celui de l’humanité, appauvrie et délaissée par ceux qui en ont la charge comme l’ONU : 

« En effet, vous laissez donner le plus mauvais pli et gâter peu à peu les caractères depuis la petite enfance et vous punissez des adultes pour des crimes dont ils portent dès leurs premières années la promesse assurée. Que faites-vous d’autre, je vous le demande, que de fabriquer vous-mêmes les voleurs que vous pendez ensuite? » (Extrait de l’Utopie de Thomas More, 17e siècle.)

Est-ce que le monde, militarisé et hiérarchisé en nations riches et nations pauvres, tel que nous le connaissons, inéquitable et avec ses injustices criantes, n’est pas une fabrique de terroristes ou de criminels de guerre que l’on traîne devant les tribunaux internationaux? Comment les blâmer alors qu’ils font partie, entre autres choses, des conséquences de l’impérialisme lui-même à l’exemple de ce que Thomas More exposait à la face de la monarchie de son temps?

 

Parti communiste du Québec, 15 avril 2014

 

Guy Roy est coporte-parole du Parti communiste du Québec

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