« Quelles mesures doivent-être prises pour rompre avec le colonialisme »

Par Mis en ligne le 27 février 2011

Aujourd’hui que signi­fie « rompre avec le colo­nia­lisme » alors que sont légi­ti­més la domi­na­tion et le déchaî­ne­ment de la vio­lence des plus puissants ?

Ces mêmes puis­sants partent, au nom de la pré­ser­va­tion de leurs inté­rêts, dans des croi­sades « civi­li­sa­tion­nelles » qui cachent mal leurs objec­tifs de sou­mis­sion des peuples et d’appropriation des res­sources de la pla­nète. Pour mieux y par­ve­nir, la pre­mière vic­time de la guerre sans fin des nantis contre les damnés de la terre est le droit à l’autodétermination, fon­de­ment du droit inter­na­tio­nal, reconnu et consa­cré par la Charte des Nations Unies et pro­clamé par l’ONU comme étant le droit de tout peuple à se sous­traire à la domi­na­tion coloniale.

Ce droit, qui devrait être la garan­tie d’une société plu­ra­liste et démo­cra­tique, selon la for­mu­la­tion conte­nue dans la reven­di­ca­tion en faveur d’un nouvel ordre éco­no­mique inter­na­tio­nal de 1974, est neu­tra­lisé par les socié­tés trans­na­tio­nales avec l’aval de l’ONU.

Ainsi, le Conseil de sécu­rité n’a plus pour objec­tif de main­te­nir la paix et la sécu­rité inter­na­tio­nales, mais appa­rait clai­re­ment comme l’instrument des Etats-Unis et de leurs alliés. Ce Conseil est l’instance suprême d’interprétation arbi­traire au ser­vice des grandes puis­sances. Le pou­voir dis­cré­tion­naire qui lui a été attri­bué par la Charte des Nations Unies est mis au ser­vice des seuls inté­rêts des plus forts. L’illustration la plus tra­gique en est le sort fait au peuple palestinien.

La recon­fi­gu­ra­tion démo­cra­tique des rela­tions inter­na­tio­nales est donc un préa­lable à l’instauration d’un ordre démo­cra­tique débar­rassé du colonialisme.

L’asservissement de l’ONU s’accompagne d’une mise au pas éco­no­mique glo­bale au nom des mar­chés et du dogme libé­ral érigé en doxa indé­pas­sable de la ges­tion effi­cace des éco­no­mies et des sociétés.

Dans le dis­po­si­tif global de domi­na­tion, les ins­ti­tu­tions mul­ti­la­té­rales jouent un rôle fon­da­men­tal. Le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale et l’OMC sont des ins­tru­ments d’asservissement des éco­no­mies de la pla­nète et de leur amar­rage aux mar­chés inter­na­tio­naux contrô­lés par les multinationales.

Leur action est accom­pa­gnée, au pré­texte de soli­da­rité inter­na­tio­nale et d’action cari­ta­tive, par cer­taines grandes ONG qui se sub­sti­tuent aux Etats, intro­dui­sant une forme de dépen­dance perverse.

Au plan poli­tique, le sou­tien à des dic­ta­tures liber­ti­cides et cor­rom­pues est l’axe « réa­liste » des diplo­ma­ties occi­den­tales. Ce sou­tien mul­ti­forme est à l’origine des blo­cages socio­po­li­tiques, des guerres civiles et des conflits de toutes natures qui déchirent l’Afrique. Les élites mili­taro-civiles por­tées à bout de bras par des ins­tances offi­cielles et des réseaux infor­mels (la Françafrique) sont de fait les fondés de pou­voir de l’ordre colo­nial relooké. Sortir du colo­nia­lisme sup­pose de mettre un terme à ces rela­tions de domi­na­tion por­teuses de négation.

Aujourd’hui, les pra­tiques colo­niales sont mises en œuvre dans les ter­ri­toires mêmes des colo­ni­sa­teurs. L’exclusion de larges caté­go­ries des popu­la­tions dans les « démo­cra­ties avan­cées », la pré­ca­rité et les stig­ma­ti­sa­tions eth­nico-cultu­relles sont les indi­ca­teurs clairs que la glo­ba­li­sa­tion libé­rale fondée sur des stra­té­gies colo­niales n’épargne per­sonne. Les Etats occi­den­taux, paran­gons de moder­nité, affirment tout à la fois être les seuls à déte­nir le modèle démo­cra­tique achevé et le modèle éco­no­mique par excel­lence et mettent œuvre des poli­tiques de domi­na­tion et d’aliénation carac­té­ris­tiques du sys­tème colo­nial le plus rassis. Ironie de l’Histoire et démons­tra­tion impla­cable de la conti­nuité des méthodes du libéralisme !

Dès lors, sortir du colo­nia­lisme devrait consis­ter à rompre avec les logiques patho­gènes du libé­ra­lisme et avec les ins­tru­ments de domi­na­tion que l’Occident uti­lise mas­si­ve­ment pour main­te­nir les pays du Sud dans une logique de dépen­dance et qu’il retourne, dans un logique mor­ti­fère, contre ses propres sociétés .

Rompre avec le colo­nia­lisme impose, comme le pré­cise Achille Mbembe, de « sortir de la grande nuit » en aban­don­nant le modèle euro­péen qui n’a apporté pour les peuples du monde que mort, pillage et néga­tion des peuples. Aujourd’hui, et c’est là une belle leçon de l’histoire, la grande nuit est par­tout mais l’aube des damnés com­mence à se lever…

Mireille Fanon Mendes France

Fondation Frantz Fanon, membre du Conseil International des Forums sociaux mondiaux

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