Actuel Marx

« Marx sans guillemets »

Foucault, la gouvernementalité et la critique du néolibéralisme

Par Mis en ligne le 24 août 2010

« Il est cer­tain que Marx, même si on admet que Marx va dis­pa­raître main­te­nant, réap­pa­raî­tra un jour. Ce que je sou­haite […] ce n’est pas tel­le­ment la défal­si­fi­ca­tion, la res­ti­tu­tion d’un vrai Marx, mais, à coup sûr, l’allègement, la libé­ra­tion de Marx par rap­port à la dog­ma­tique de parti qui l’a à la fois enfermé, véhi­culé et brandi pen­dant si long­temps » (1994a, p. 457).

Titre de la revue : Actuel Marx
Numéro : 2004/2 (n° 36), 224 pages
Titre de l’article : « Marx sans guille­mets » : Foucault, la gou­ver­ne­men­ta­lité et la cri­tique du néo­li­bé­ra­lisme
Auteur : Thomas Lemke
Traduit de l’anglais par Marc Chemali
Éditeur : P.U.F.

La rela­tion que Foucault entre­tient avec Marx est une rela­tion com­pli­quée [1]. Il faut déjà dire que les ouvrages dans les­quels Foucault consacre un nombre sub­stan­tiel de pages à Marx ne sont guère nom­breux ; et même dans ces ouvrages, les com­men­taires demeurent mar­gi­naux. En fait, les des­crip­tions les plus éla­bo­rées qu’il fait de sa rela­tion à Marx se trouvent dans ses réac­tions à des ques­tions qui lui ont été posées au cours d’interviews et de forums. De plus, cer­taines décla­ra­tions de Foucault indiquent clai­re­ment qu’il pre­nait ses dis­tances par rap­port à une cer­taine posi­tion mar­xiste. On pour­rait donc penser que Marx n’a aucune per­ti­nence en ce qui concerne l’orientation théo­rique de Foucault.

Cependant, il est pos­sible de par­ve­nir à une tout autre conclu­sion. Étienne Balibar a écrit que l’œuvre de Foucault se carac­té­rise par une sorte de « véri­table combat » (1989, p. 55) avec Marx, cette lutte appa­rais­sant comme une des sources prin­ci­pales de sa pro­duc­ti­vité [2]. Selon Balibar, au cours de son déve­lop­pe­ment théo­rique, la posi­tion de Foucault a évolué, pas­sant d’une rup­ture avec le mar­xisme en tant que théo­rie à une « alliance tac­tique » mar­quée par l’utilisation de cer­tains concepts mar­xistes ou, du moins, com­pa­tibles avec le mar­xisme. Je sui­vrai Balibar dans son rai­son­ne­ment ; en fait, j’aimerais me pen­cher de plus près sur un de ces concepts, en l’occurrence celui de gou­ver­ne­men­ta­lité. Parallèlement, je ne pense pas que Balibar ait raison d’affirmer que la dif­fé­rence entre Marx et Foucault pro­vienne de ce que ce der­nier adhère à un « maté­ria­lisme du corps ». En fait, Balibar ne tient pas compte des chan­ge­ments théo­riques impor­tants dans l’œuvre de Foucault, notam­ment après la publi­ca­tion de La Volonté de Savoir (1976), chan­ge­ments qui ont mené à l’émergence d’une pro­blé­ma­tique du gou­ver­ne­ment bien plus proche d’une pers­pec­tive mar­xiste que ne le pen­sait Balibar.

La tête du Roi

L’œuvre de Foucault au cours de la pre­mière moitié des années soixante-dix avait un point cen­tral de réfé­rence : la cri­tique de la repré­sen­ta­tion « juri­dico-dis­cur­sive » du pou­voir (Foucault 1976, p. 109). Sa thèse était que ce modèle de pou­voir jus­ti­fie à la fois les théo­ries libé­rales de la sou­ve­rai­neté et les concep­tions dog­ma­tiques mar­xistes de la domi­na­tion de classe. Tandis que les pre­mières affirment que l’autorité légi­time est codi­fiée dans le cadre de la loi et a ses racines dans une théo­rie des droits, les der­nières situent le pou­voir dans l’économie et consi­dèrent l’État comme un ins­tru­ment de la bour­geoi­sie. Le pré­sup­posé commun à ces concep­tions émi­nem­ment hété­ro­gènes est l’idée que le pou­voir est quelque chose qui pour­rait être pos­sédé (par une classe, ou par l’État, par une élite ou par le peuple), qu’il est avant tout répres­sif dans son exer­cice et qu’il pour­rait émaner d’une source unique et cen­tra­li­sée comme l’État ou l’économie (Foucault 1997, pp. 3-36 ; Hindess 1996).

En cri­ti­quant le rôle cen­tral que les méca­nismes de la loi et la légi­ti­ma­tion par consen­sus se sont vus accor­der par la concep­tion juri­dique du pou­voir, Foucault, dans les écrits qu’il a pro­duits jusqu’à la moitié des années soixante-dix, a perçu le mode cen­tral du pou­voir essen­tiel­le­ment dans le cadre de la guerre et la lutte : « l’hypothèse de Nietzsche », disait-il (voir, par ex., Foucault 1997, pp. 15-19). Mais, même dans sa néga­tion du concept juri­dico-dis­cur­sif du pou­voir, il ne sort pas du cadre de cette pro­blé­ma­tique de légi­ti­ma­tion et de loi. En pré­ten­dant que la concep­tion stra­té­gique pro­dui­rait « exac­te­ment le contraire » (1997, p. 26) du modèle juri­dique, Foucault accepte ledit modèle juri­dique sim­ple­ment en le niant : au lieu de consen­sus et de loi, il insiste sur la contrainte et la guerre, au lieu de se placer du point de vue d’une macro pers­pec­tive de l’État et de se concen­trer sur les déten­teurs de pou­voir, il pré­fère explo­rer la micro­phy­sique du pou­voir et les stra­té­gies ano­nymes. En résumé, le but était de « coupé(r) la tête du roi » (1976, p. 117) dans le cadre de l’analyse poli­tique, en dépla­çant l’accent mis sur la loi et la légi­ti­ma­tion, la volonté et le consen­sus. Mais en reje­tant la thèse du modèle juri­dique et en adop­tant la posi­tion oppo­sée, Foucault l’a inver­sée. Au lieu de déca­pi­ter le roi, il n’a fait que ren­ver­ser la concep­tion qu’il cri­ti­quait en rem­pla­çant la loi et le contrat par la guerre et la conquête. En d’autres termes, la « déca­pi­ta­tion » ne pou­vait être que le pre­mier pas. Ayant dit cela, il nous faut à pré­sent répondre à la ques­tion sui­vante : « Comment est-il pos­sible que ce corps sans tête se com­porte si sou­vent comme s’il en avait bel et bien une ? » (Dean 1994, p. 156 ; sou­li­gné dans le texte ori­gi­nal) [3].

L’analytique fou­cal­dienne du pou­voir au début des années soixante-dix pré­sente notam­ment deux pro­blèmes. L’un a trait au concept de sujet, l’autre à la com­pré­hen­sion de l’État. Dans le pre­mier cas, d’une part, Foucault cri­tique l’impact répres­sif du pou­voir sur les indi­vi­dus et, d’autre part il consi­dère les sujets eux-mêmes comme les effets des méca­nismes du pou­voir. De même, dans son œuvre, l’accent est mis prin­ci­pa­le­ment sur les corps ainsi que sur leur pro­duc­tion et leur for­ma­tion au sein d’institutions dis­ci­pli­naires. Ce pro­ces­sus théo­rique sou­lève des ques­tions quant au contenu de caté­go­ries telles que celles de « domi­na­tion », d’« assu­jet­tis­se­ment », etc. Foucault insiste sur la per­ti­nence, la néces­sité, en fait, l’inévitabilité de la résis­tance et, dans le même temps, il pré­tend que les sujets ne sont que des instruments/​effets des réseaux de pou­voir. Il avait raison d’indiquer les limites des concep­tions libé­rales qui opposent la liberté du sujet et le pou­voir de l’État, mais les lec­teurs pou­vaient bien en reti­rer l’impression qu’il ne fai­sait que rem­pla­cer l’autonomie du sujet par son assu­jet­tis­se­ment hété­ro­nome aux stra­té­gies du pou­voir.

Le second pro­blème concerne le concept d’État. Foucault oppose aux ana­lyses de macro phé­no­mènes de société une « micro­phy­sique du pou­voir », qui s’attache à des pra­tiques locales et des ins­ti­tu­tions par­ti­cu­lières. Mais l’approche fondée sur la micro poli­tique, dans laquelle l’État est perçu comme la résul­tante de rap­ports sociaux de pou­voir, ne suffit pas à mettre en place la cri­tique d’analyses cen­trées sur l’État. La ques­tion demeure de savoir com­ment les rap­ports de pou­voir sont codi­fiés et cen­tra­li­sés dans la forme de l’État et com­ment l’État prend éga­le­ment part à la struc­tu­ra­tion et à la repro­duc­tion des rap­ports de pou­voir. La « micro­phy­sique du pou­voir » laisse entier le pro­blème de savoir com­ment les rap­ports de pou­voir mul­tiples et dis­per­sés prennent une forme « cohé­rente » ou « uni­fiée », com­ment ils se tra­duisent en stra­té­gies glo­bales ou en hégé­mo­nies sociales qui, à leur tour, peuvent agir sur les micro pou­voirs socié­taux.

Ce double pro­blème de la sub­jec­ti­vité et de la nature de l’Etat pro­vient de la même source. En se pla­çant sur le ter­rain théo­rique de l’hypothèse de Nietzsche, il est impos­sible d’expliquer la capa­cité qu’ont les rap­ports de pou­voir à se sys­té­ma­ti­ser et à se repro­duire. La ques­tion demeure de savoir s’il est pos­sible de rendre compte des rap­ports de pou­voir uni­que­ment en termes de guerre, de lutte et de conquête ou si leur sta­bi­lité ne repose pas, d’une manière ou d’une autre, sur « l’acceptation » ou le « consen­sus » des sujets – un consen­sus qui ne serait pas néces­sai­re­ment « auto­ma­ti­que­ment » pro­duit par la domi­na­tion ou la dis­ci­pline.

De la discipline à la gouvernementalité

Il est évident qu’après Surveiller et punir (1975), Foucault remet de plus en plus en ques­tion le para­digme de la guerre pour ce qui est de l’analyse des rap­ports sociaux [4]. Dans le même temps, il prend ses dis tances à l’égard de sa foca­li­sa­tion sur les pro­ces­sus dis­ci­pli­naires – qui dis­ci­plinent l’analytique du pou­voir puisqu’elle ne peut pas prendre en compte les rap­ports de pou­voir qui ne sont ni juri­diques ni dis­ci­pli­naires. On ne peut plus appré­hen­der le pou­voir uni­que­ment en termes de pou­voir dis­ci­pli­naire, qui se concentre sur le corps indi­vi­duel et qui est l’objet et le telos du dres­sage et de la nor­ma­li­sa­tion. Il devient alors clair qu’à l’intérieur de l’analytique du pou­voir, il ren­contre un obs­tacle qui l’oblige à affi­ner ses ins­tru­ments ana­ly­tiques pour étu­dier le rap­port entre les pro­ces­sus de sub­jec­ti­va­tion et les formes de domi­na­tion.

Dans cette crise théo­rique, Foucault se tourne à nou­veau vers l’œuvre de Marx. Dans le livre II du Capital, il trouve « quelques élé­ments dont [il se ser­vira] pour l’analyse du pou­voir dans ses méca­nismes posi­tifs » (1994b, p. 186, pp. 186-189). Foucault se montre par­ti­cu­liè­re­ment lau­da­tif à l’égard de la pro­po­si­tion de Marx d’analyser le pou­voir en termes rela­tion­nels et tech­niques, mino­rant de ce fait la concep­tion juri­dique ainsi que le modèle guer­rier du pou­voir (p. 201) [5]. Cette décla­ra­tion faite lors d’une confé­rence en 1976 marque le début d’une réorien­ta­tion qui finira par mener Foucault au pro­blème du « gou­ver­ne­ment ». Ce der­nier apporte une dimen­sion nou­velle à son ana­lyse généa­lo­gique en l’amenant à explo­rer les rap­ports de pou­voir en termes de conduite, de lea­der­ship et de « Führung », dis­tin­guant cette nou­velle pers­pec­tive, à la fois, du dis­cours juri­dique et de « l’hypothèse de Nietzsche ».

L’intégration de la pro­blé­ma­tique du gou­ver­ne­ment à l’œuvre de Foucault ne se réduit pas à une réac­tion aux pro­blèmes théo­riques que nous venons de décrire et à une ten­ta­tive de les résoudre. Cette notion de gou­ver­ne­ment reflète éga­le­ment un chan­ge­ment dans le contexte poli­tique et la conjonc­ture his­to­rique. En 1978, dans une inter­view publiée sous le titre La Société dis­ci­pli­naire en crise, Foucault explique qu’il semble « évident que nous devons nous sépa­rer dans l’avenir de la société de dis­ci­pline d’aujourd’hui » (1994c, p. 533). Foucault en est venu à recon­naître l’aspect inadé­quat ou, tout au moins, limité de ses ana­lyses qui, dans la pre­mière moitié des années soixante-dix, s’orientaient vers la dis­ci­pline comme tech­nique domi­nante de pou­voir. Dès le milieu des années soixante-dix – c’est-à-dire pré­ci­sé­ment dès le moment où les pre­mières failles évi­dentes appa­rurent dans le modèle for­diste de régu­la­tion – nous pou­vons obser­ver une dis­tan­cia­tion crois­sante par rap­port au modèle dis­ci­pli­naire, qui appa­raît à pré­sent à Foucault comme une forme de pou­voir sin­gu­liè­re­ment « peu éco­no­mique » et « archaïque » (1992, S. 32). Cette « auto­cri­tique » théo­rique (1994e, p. 170 ; 1993, p. 203) se com­plète par une nou­velle pro­blé­ma­tique cen­trée, elle, sur le concept de gou­ver­ne­ment :

« Il me semble en effet qu’à tra­vers la crise éco­no­mique actuelle et les grandes oppo­si­tions et conflits qui se des­sinent entre nations riches et pauvres (entre pays indus­tria­li­sés et non indus­tria­li­sés), on peut voir la nais­sance d’une crise de gou­ver­ne­ment. Par gou­vern­ment, j’entends l’ensemble des ins­ti­tu­tions et pra­tiques à tra­vers les­quelles on guide les hommes depuis l’administration jusqu’à l’éducation. C’est cet ensemble de pro­cé­dures, de tech­niques, de méthodes qui garan­tissent le gui­dage des hommes les uns par les autres qui me semble aujourd’hui en crise […] Nous sommes peut-être au début d’une grande crise de rééva­lua­tion du pro­blème du gou­ver­ne­ment » (1994f, pp. 93-94).

Foucault uti­lise le concept de gou­ver­ne­ment dans un sens très large, net­te­ment tourné vers sa signi­fi­ca­tion plus ancienne. Le terme ren­voie à un art du gui­dage des gens et recouvre l’interaction de formes de savoir, de stra­té­gies de pou­voir et de moda­li­tés de sub­jec­ti­va­tion. Grâce au néo­lo­gisme « gou­ver­ne­men­ta­lité », Foucault désigne les ratio­na­li­tés, les formes de com­por­te­ment et les champs de pra­tique dis­tincts qui visent, de diverses manières, à contrô­ler les indi­vi­dus et les col­lec­ti­vi­tés et incluent eux-mêmes des formes de com­por­te­ment indi­vi­duel comme les tech­niques de gui­dage des autres. En consé­quence, Foucault étend sa micro­phy­sique du pou­voir aux macro­struc­tures sociales et au phé­no­mène de l’État. Il s’intéresse éga­le­ment aux formes de la sub­jec­ti­va­tion au-delà de l’assujettissement dis­ci­pli­naire, formes qu’il appelle « tech­niques de soi » et qui ne sau­raient être réduites à des com­plexes de pou­voir-savoir (1994g ; 2001).

L’État qui, jusque là, repré­sente une réfé­rence néga­tive dans sa théo­rie, est à pré­sent au centre de ses ana­lyses. Déjà, dans La Volonté de savoir, Foucault se penche sur deux registres du bio­pou­voir : la dis­ci­pline impo­sée à l’individu est mise en regard avec la régu­la­tion du corps col­lec­tif, celui de la popu­la­tion. Dans ses cours au Collège de France de 1978 et 1979, à propos de la « gou­ver­ne­men­ta­li­sa­tion de l’Etat », il va plus loin encore (Foucault 1994h, p. 656). Dans ces cours, Foucault explore les trans­for­ma­tions des tech­niques de pou­voir ainsi que leur concen­tra­tion et leur cen­tra­li­sa­tion dans la forme de l’État moderne [6] . En conclu­sion de cette série de cours, il déve­loppe une ana­lyse des dis­cours et des pro­grammes néo­li­bé­raux dont il avait sou­li­gné la réa­lité poli­tique et la per­ti­nence sociale avant l’élection de Thatcher et Reagan. Il voit, tout par­ti­cu­liè­re­ment dans le tra­vail de l’École de Chicago, la ten­ta­tive de déve­lop­per un « nouvel art de gou­ver­ner » qui, au-delà de la cri­tique de l’État-Providence, vise à étendre la forme éco­no­mique au social, opé­rant, non pas tant au moyen de la dis­ci­pline qu’en fonc­tion de l’impératif de liberté (Foucault, 2003) [7].

L’hypothèse de Foucault

On a, à juste titre, consi­déré le concept de gou­ver­ne­ment comme une « notion clé » (Allen 1991, p. 431) ou comme un « terme déran­geant » (Keenan 1982, p. 36) dans l’œuvre de Foucault dans la mesure où il joue, de diverses manières, un rôle déci­sif dans son ana­ly­tique du pou­voir. En effet, ce concept de gou­ver­ne­ment permet une appré­hen­sion du pou­voir au-delà d’une pers­pec­tive cen­trée soit sur le consen­sus, soit sur la vio­lence et il met en rap­port tech­niques de soi et tech­niques de domi­na­tion, la consti­tu­tion du sujet et la for­ma­tion de l’État. Je vais à pré­sent me pen­cher sur chacun de ces aspects.

En intro­dui­sant la pro­blé­ma­tique du gou­ver­ne­ment, Foucault sou­ligne le fait qu’avant tout, le pou­voir se pré­oc­cupe de « conduite » et de « Führung », à savoir le fait de gou­ver­ner les formes du gou­ver­ne­ment de soi, de struc­tu­rer et de donner forme au champ d’une action pos­sible des sujets. Ce concept de pou­voir défini comme « gui­dage » n’exclut pas les formes consen­suelles ou le recours à la vio­lence, il signi­fie que coer­ci­tion ou consen­sus sont refor­mu­lés comme moyens parmi d’autres de gou­ver­ne­ment ; ce sont plutôt des « effets » ou des « ins­tru­ments » que le « prin­cipe » ou la « nature » des rap­ports de pou­voir (Foucault 1994i, pp. 232-238). « L’hypothèse de Foucault » – comme je me pro­pose de la nommer en contraste avec l’hypothèse de Nietzsche – se carac­té­rise par un ques­tion­ne­ment des condi­tions d’un consen­sus ou celles d’une accep­ta­tion. En consé­quence, le concept de gou­ver­ne­men­ta­lité repré­sente une avan­cée théo­rique qui dépasse la pro­blé­ma­tique du consen­sus et de la volonté, d’une part, et de la conquête et de la guerre, d’autre part : « Le mode de rela­tions propre au pou­voir ne serait donc pas à cher­cher du coté de la vio­lence et de la lutte, ni du côté du contrat et du lien volon­taire (qui ne peuvent en être tout au plus que des ins­tru­ments) : mais du côté de ce mode d’action sin­gu­lier – ni guer­rier ni juri­dique – qui est le gou­ver­ne­ment » (Foucault 1994i, p. 237 ; c’est moi qui sou­ligne) [8].

Ceci nous amène au second aspect de la gou­ver­ne­men­ta­lité. La gou­ver­ne­men­ta­lité est intro­duite par Foucault afin d’étudier la capa­cité de l’individu « auto­nome » à se contrô­ler et le lien entre cette capa­cité et les formes du pou­voir poli­tique et de l’exploitation éco­no­mique. À cet égard, l’intérêt que porte Foucault au pro­ces­sus de sub­jec­ti­va­tion ne signi­fie pas qu’il aban­donne la pro­blé­ma­tique du pou­voir mais révèle, au contraire, une conti­nua­tion et une cor­rec­tion de son tra­vail pré­cé­dent qui le rendent plus précis et concret. On peut effec­ti­ve­ment parler de « rup­ture », mais cette rup­ture ne se situe pas entre la généa­lo­gie du pou­voir et une théo­rie du sujet, mais à l’intérieur même de la pro­blé­ma­tique du pou­voir. Le concept de pou­voir n’est pas aban­donné mais devient l’objet d’un « dépla­ce­ment théo­rique » radi­cal (Foucault 1984a, p. 12). Foucault cor­rige les résul­tats d’études pré­cé­dentes dans les­quelles il explo­rait la sub­jec­ti­vité essen­tiel­le­ment dans la pers­pec­tive des « corps dociles » et avait trop insisté sur les pro­ces­sus dis­ci­pli­naires. À pré­sent, la notion de gou­ver­ne­ment est uti­li­sée pour explo­rer les rap­ports entre les tech­niques de soi et les tech­niques de domi­na­tion (voir Foucault 1994g, p. 785) :

« Je pense que si l’on veut ana­ly­ser la généa­lo­gie du sujet dans la civi­li­sa­tion occi­den­tale, il faut prendre en consi­dé­ra­tion, non seule­ment les tech­niques de domi­na­tion, mais aussi les tech­niques de soi. Disons qu’il faut prendre en consi­dé­ra­tion l’interaction entre ces deux types de tech­niques – les tech­niques de domi­na­tion et les tech­niques de soi. Il faut prendre en consi­dé­ra­tion les points où les tech­niques de domi­na­tion des indi­vi­dus les uns par les autres ont recours à des pro­cé­dures par les­quelles l’individu agit sur lui-même. Et, à l’inverse, il faut prendre en consi­dé­ra­tion les points où les tech­niques de soi sont inté­grées dans des struc­tures de coer­ci­tion et de domi­na­tion. Le point de contact, là où le gui­dage des indi­vi­dus par d’autres se relie à la manière dont ils se conduisent, est ce que l’on peut, à mon sens, appe­ler le gou­ver­ne­ment. Gouverner les gens, au sens large du terme, gou­ver­ner les gens n’est pas une manière de forcer les gens à faire ce que le gou­ver­nant désire ; c’est tou­jours un équi­libre chan­geant qui com­prend une cer­taine com­plé­men­ta­rité et des conflits entre des tech­niques qui assurent la coer­ci­tion et des pro­cé­dures par les­quelles le soi se construit et se modi­fie lui même » (Foucault 1993, pp. 203-4).

Le néolibéralisme comme rationalité politique

Bien sûr, l’analytique de la gou­ver­ne­men­ta­lité de Foucault était plus une esquisse frag­men­taire qu’une théo­rie accom­plie. Son abou­tis­se­ment manque de sys­té­ma­ti­cité, et il faudra en retrou­ver la plus grande partie dans des confé­rences non encore publiées. Cependant, une pers­pec­tive cri­tique est ébau­chée et pour­rait pré­sen­ter un grand inté­rêt pour la théo­rie maté­ria­liste dans son ana­lyse des formes contem­po­raines, néo­li­bé­rales de gou­ver­ne­ment. Permettez-moi en conclu­sion d’expliquer en quelques mots pour­quoi je trouve le concept de gou­ver­ne­men­ta­lité utile pour saisir les trans­for­ma­tions sociales qui s’opèrent aujourd’hui.

Tout d’abord, pour Foucault, l’État lui-même est une « tech­nique de gou­ver­ne­ment », dans la mesure où ce sont « les tac­tiques de gou­ver­ne­ment qui per­mettent à chaque ins­tant de défi­nir ce qui doit rele­ver de l’État et ce qui ne doit pas en rele­ver, ce qui est public et ce qui est privé, ce qui est éta­tique et ce qui est non éta­tique. Donc, […] l’État dans sa survie et l’État dans ses limites ne doivent se com­prendre qu’à partir des tac­tiques géné­rales de la gou­ver­ne­men­ta­lité » (Foucault 1994h, p. 656 ; 1984b). La pers­pec­tive de la gou­ver­ne­men­ta­lité permet le déve­lop­pe­ment d’une forme dyna­mique d’analyse qui ne se limite pas à dis­cou­rir sur le « retrait du poli­tique » ou la « domi­na­tion du marché » mais lit la soi-disant « fin de la poli­tique » elle-même comme un pro­gramme poli­tique. La crise du key­ne­sia­nisme et la mise au rebut des formes d’intervention de l’État-providence mènent, non pas tant à une perte de sa capa­cité à gou­ver­ner de la part de l’État, qu’à une réor­ga­ni­sa­tion ou une restruc­tu­ra­tion des tech­niques de gou­ver­ne­ment. Cette posi­tion théo­rique rend pos­sible une ana­lyse plus com­plexe des formes néo­li­bé­rales de gou­ver­ne­ment qui incluent, non seule­ment une inter­ven­tion directe par le biais d’appareils d’État spé­cia­li­sés et inves­tis d’autorité, mais éga­le­ment le déve­lop­pe­ment de tech­niques indi­rectes spé­ci­fiques per­met­tant de mener et de contrô­ler les indi­vi­dus. La stra­té­gie qui consiste à rendre les sujets indi­vi­duels « res­pon­sables » (mais aussi les sujets col­lec­tifs tels que les familles, les asso­cia­tions, etc.) mène, en ce qui concerne les risques sociaux comme la mala­die, le chô­mage, la pau­vreté, etc., ainsi que la vie en société, à un trans­fert de res­pon­sa­bi­lité dans le domaine de la res­pon­sa­bi­lité du sujet et trans­forme ladite res­pon­sa­bi­lité en un pro­blème de « souci de soi ». Cette forme d’individualisation n’apparaît donc pas comme quelque chose qui se trouve hors de l’État. De même, les dif­fé­rences entre l’État et la société civile, la régu­la­tion natio­nale et les ins­tances trans­na­tio­nales ne repré­sentent pas le fon­de­ment et les limites des pra­tiques de gou­ver­ne­ment, mais fonc­tionnent plutôt comme leurs élé­ments et leurs effets.

Ceci m’amène à mon second point. Foucault com­prend les tech­niques néo­li­bé­rales de gou­ver­ne­ment comme une trans­for­ma­tion du social plutôt que comme sa des­ti­na­tion finale. Le concept de gou­ver­ne­men­ta­lité permet d’attirer l’attention sur la consti­tu­tion de formes et de niveaux de l’État jusqu’alors incon­nus tels que la mise en place de sys­tèmes de négo­cia­tion, de méca­nismes d’auto-organisation et des stra­té­gies d’investiture de pou­voir. Dans le même temps, cette pers­pec­tive théo­rique permet de saisir la réar­ti­cu­la­tion des iden­ti­tés et des sub­jec­ti­vi­tés. Elle met l’accent, non seule­ment sur le lien inté­gral entre micro et macro niveaux poli­tiques (par exemple la néces­sité d’institutions et de corps col­lec­tifs « dégrais­sés » et les impé­ra­tifs per­son­nels concer­nant la beauté ou les régimes amai­gris­sants stricts), mais éga­le­ment sur la rela­tion étroite entre les ins­tances « idéo­lo­giques » et « poli­tico-éco­no­miques » (par exemple la séman­tique de la sou­plesse et l’introduction de nou­velles struc­tures de pro­duc­tion). Cela nous permet de mieux mettre en lumière les effets de la gou­ver­ne­men­ta­lité néo­li­bé­rale en termes d’(auto) régu­la­tion et de domi­na­tion. D’une part, ces effets entraînent la simple repro­duc­tion d’asymétries sociales exis­tantes ou leur confu­sion idéo­lo­gique, mais appa­raissent d’autre part comme le pro­duit d’un réen­co­dage de méca­nismes sociaux d’exploitation et de domi­na­tion sur la base d’une nou­velle topo­gra­phie du domaine social.

Troisième point : à partir du concept de gou­ver­ne­men­ta­lité, on peut aussi démon­trer que pri­va­ti­sa­tion et déré­gu­la­tion n’obéissent pas tant à des impé­ra­tifs éco­no­miques qu’à des stra­té­gies poli­tiques. Paradoxalement, la cri­tique du néo­li­bé­ra­lisme lui-même retombe sou­vent sur les modèles éco­no­miques de l’argumentation. Le concept de gou­ver­ne­men­ta­lité s’avère utile quand il s’agit de cor­ri­ger le diag­nos­tic du néo-libé­ra­lisme comme une expan­sion de l’économie dans la poli­tique, diag­nos­tic qui consi­dère comme acquise la sépa­ra­tion entre le marché et l’État. L’argument est qu’il existe une éco­no­mie « pure » ou « anar­chique » qu’il faut « régu­ler » ou « civi­li­ser » par le biais d’une réac­tion poli­tique de la société. Dans sa cri­tique de l’économie poli­tique, Marx a déjà démon­tré qu’une telle posi­tion est inte­nable. La réflexion de Foucault sur la gou­ver­ne­men­ta­lité s’inscrit dans cette tra­di­tion. La trans­for­ma­tion des rap­ports entre l’économie et la poli­tique ne doit donc pas être pensée comme résul­tant de lois éco­no­miques objec­tives, mais ana­ly­sée dans le cadre de la pers­pec­tive d’une trans­for­ma­tion des rap­ports de pou­voir sociaux. Foucault montre que « l’art du gou­ver­ne­ment » ne se limite pas au domaine du poli­tique en tant que dis­tinct de l’économie ; selon lui, la consti­tu­tion d’un espace repéré de manière concep­tuelle et pra­tique, et régi par des lois auto­nomes et une ratio­na­lité propre est, en elle-même, un élé­ment éco­no­mique du gou­ver­ne­ment [9]. En un mot, au lieu de se concen­trer sur le pou­voir de l’économie, l’analyse de la gou­ver­ne­men­ta­lité remet l’accent sur « l’économie du pou­voir ».

Conclusion

La réflexion de Foucault sur la gou­ver­ne­men­ta­lité néo­li­bé­rale montre que le soi-disant « dés­in­ves­tis­se­ment de l’État » est en fait un pro­lon­ge­ment du gou­ver­ne­ment ; le néo­li­bé­ra­lisme n’est pas la fin mais une trans­for­ma­tion de la poli­tique, qui restruc­ture les rap­ports de pou­voir à l’intérieur de la société. Ce à quoi nous assis­tons aujourd’hui n’est pas une dimi­nu­tion ou une réduc­tion de la sou­ve­rai­neté de l’État et de ses capa­ci­tés ges­tion­naires, mais un dépla­ce­ment des tech­niques de gou­ver­ne­ment de l’officiel vers le non offi­ciel et l’apparition de nou­veaux acteurs dans la sphère du gou­ver­ne­ment (les ONG, par exemple), dépla­ce­ment qui révèle des trans­for­ma­tions fon­da­men­tales dans la nature même de l’Etat et un rap­port nou­veau entre les acteurs de l’État et de la société civile. Cela com­prend, d’une part, le dépla­ce­ment de formes de pra­tiques pré­cé­dem­ment défi­nies en termes d’État-nation vers des niveaux supra­na­tio­naux, et, d’autre part, le déve­lop­pe­ment de formes de sub-poli­tique « en des­sous » de la poli­tique au sens tra­di­tion­nel. En d’autres termes, la dif­fé­rence entre État et société, poli­tique et éco­no­mie ne fonc­tionne pas comme un fon­de­ment ou une limite, mais comme un élé­ment et un effet de tech­niques néo­li­bé­rales de gou­ver­ne­ment bien spé­ci­fiques.

L’analytique du gou­ver­ne­ment éla­bo­rée par Foucault offre une pers­pec­tive théo­rique et cri­tique qui fait écho à des recherches très simi­laires et des déve­lop­pe­ments récents dans le cadre de la théo­rie mar­xiste. J’en cite­rai quelques-uns : tout d’abord, le concept de gou­ver­ne­men­ta­lité pour­rait être rat­ta­ché à ces théo­ries de l’État qui s’inscrivent dans la tra­di­tion gram­scienne et en appellent à la notion d’hégémonie pour rem­pla­cer la dis­tinc­tion poli­tique entre l’État et la société civile (Jessop 1990 ; Demirovic 1997). En second lieu, il existe des paral­lèles frap­pants entre le tra­vail de Foucault sur la dis­ci­pline et les tech­niques de soi et les remarques d’Althusser sur le pro­ces­sus de l’interpellation, le concept d’idéologie et la for­ma­tion de la sub­jec­ti­vité (Montag 1995 ; Butler 1997). Enfin, le dis­cours de Foucault sur l’économie comme pra­tique gou­ver­ne­men­tale est très proche de ce que disent ceux dont les recherches vont dans la direc­tion d’un « décen­trage de l’économie » et d’un « maté­ria­lisme post­mo­derne » (Milberg 1991 ; Gibson-Graham 1996 ; Callari/​Ruccio 1996).

Foucault a déclaré un jour qu’il existe une « fidé­lité » qui est « la plus tou­chante des tra­hi­sons » (1994l, p. 687) dans la mesure où elle se contente de pré­ser­ver une théo­rie sans insis­ter sur la ques­tion qu’elle for­mule et le pro­blème qu’elle tente de résoudre. À cet égard, Foucault demeure « fidèle » aux intui­tions ori­gi­nales de Marx en com­plé­tant et en élar­gis­sant la cri­tique de l’économie poli­tique par « une cri­tique de la raison poli­tique » (Foucault 1994j) :

« Il m’arrive sou­vent de citer des concepts, des phrases, des textes de Marx, mais sans me sentir obligé d’y joindre la petite pièce authen­ti­fi­ca­trice, qui consiste à faire une cita­tion de Marx, à mettre soi­gneu­se­ment la réfé­rence en bas de page et à accom­pa­gner la cita­tion d’une réflexion élo­gieuse. Moyennant quoi, on est consi­déré comme quelqu’un qui connaît Marx, qui révère Marx et qui se verra honoré par les revues dites mar­xistes. Je cite Marx sans le dire, sans mettre de guille­mets, et comme ils ne sont pas capables de recon­naître les textes de Marx, je passe pour être celui qui ne cite pas Marx. Est-ce qu’un phy­si­cien, quand il fait de la phy­sique, éprouve le besoin de citer Newton ou Einstein ? » (1994k, p. 752).

Notes

[ 1] Certains pas­sages contiennent des ver­sions retra­vaillées de textes pré­cé­dem­ment publiés (voir Lemke 2002). [ 2] Dans une veine simi­laire, Alessandro Fontana et Mauro Bertani per­çoivent un « dia­logue inin­ter­rompu » (1999, p. 250) et Roberto Nigro décrit un « Auseinandersetzung » per­ma­nent avec Marx (le terme alle­mand recouvre le double sens de confron­ta­tion et de combat) qui se trouve au cœur de l’œuvre de Foucault (2001, p. 433). [ 3] Deux pen­seurs mar­xistes, Michel Pêcheux et Nicolas Poulantzas, furent parmi les pre­miers à signa­ler ces pro­blèmes théo­riques et à tenter de for­mu­ler une cri­tique pro­duc­tive de la concep­tion du pou­voir par Foucault (Poulantzas 1977 ; Pêcheux 1984). [ 4] Voir, par ex., 1994d, p. 206 : « Le rap­port de forces dans l’ordre de la poli­tique est-il une rela­tion de guerre ? Personnellement, je ne me sens pas prêt pour l’instant à répondre d’une façon défi­ni­tive par oui ou par non. Il me semble seule­ment que la pure et simple affir­ma­tion d’une “lutte” ne peut servir d’explication pre­mière et der­nière pour l’analyse des rap­ports de pou­voir ». [ 5] Voir à ce sujet l’interprétation de Roberto Nigro : « Le Marx de Foucault décrit le sur­gis­se­ment d’un champ social à tra­vers des règles de pure imma­nence. Tous les élé­ments qui pro­duisent un champ social s’y pro­duisent eux-mêmes en le pro­dui­sant » (2001, p. 444). [ 6] Un résumé de ces cours dépas­se­rait lar­ge­ment le cadre de cette étude (voir Lemke 1997 ; 2001 ; Gordon 1991). [ 7] Pour une expo­si­tion des cours de Foucault sur la gou­ver­ne­men­ta­lité néo-libé­rale, voir Lemke 2001 ; cf. Bonnafous-Boucher 2001. [ 8] Michel Senellart démontre de manière convain­cante que la notion de gou­ver­ne­ment dans l’œuvre de Foucault se carac­té­rise par cette double néga­tion (Senellart 1993, pp. 287-288 ; voir éga­le­ment Keenan 1982).
[ 9] Voir Foucault 1994h, p. 642 : « Quesnay parle d’un bon gou­ver­ne­ment comme d’un “gou­ver­ne­ment éco­no­mique” ; on trouve chez Quesnay le moment où appa­raît cette notion de gou­ver­ne­ment éco­no­mique, qui est au fond une tau­to­lo­gie, puisque l’art de gou­ver­ner, c’est pré­ci­sé­ment l’art d’exercer le pou­voir dans la forme et selon le modèle de l’économie. Mais si Quesnay dit “gou­ver­ne­ment éco­no­mique” c’est que déjà le mot “éco­no­mie” […] est en train de prendre son sens moderne, et il appa­raît à ce moment-là que l’essence même de ce gou­ver­ne­ment, c’est-à-dire de l’art d’exercer le pou­voir dans la forme de l’économie, va avoir pour l’objet prin­ci­pal ce que nous appe­lons main­te­nant l’économie ».Cf. Meuret sur ce point.

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