« Crédit à Mort »

Par Mis en ligne le 08 juillet 2011

Ci-des­sous, le texte d’Anselm Jappe paru dans le numéro de la revue fran­çaise Lignes dans son numéro 30, octobre-novembre 2009. Merci à JF pour le texte.

« Le site du Guardian poin­tait ven­dredi que l‟immeuble de Time Square, au coeur de Manhattan, affi­chant sur son fron­ton le mon­tant de la dette publique amé­ri­caine, n‟a plus assez de place pour loger la quan­tité astro­no­mique de mil­liards de dol­lars, pré­ci­sé­ment 10 299 020 383, une énor­mité due notam­ment au finan­ce­ment du plan Paulson et à la mise sous per­fu­sion des agences Freddie Mac et Fannie Mae. Il a même fallu éli­mi­ner le sym­bole „$‟, qui occu­pait la der­nière case de l‟affichage, pour que le pas­sant puisse boire ce chiffre jusqu‟à la lie 1. » Qui veut s’en sou­ve­nir main­te­nant ? La grande peur d’octobre der­nier semble déjà plus loin que la « grande peur » du début de la Révolution fran­çaise. Il y a un an pour­tant, on avait l’impression que des voies d’eau s’étaient grandes ouvertes et que le navire cou­lait à pic. On avait même l’impression que tout le monde, sans le dire, s’y atten­dait depuis long­temps. Les experts s’interrogeaient ouver­te­ment sur la sol­va­bi­lité des Etats même les plus puis­sants, et les jour­naux évo­quaient en pre­mière page la pos­si­bi­lité d’une faillite en chaîne des caisses d’épargne en France.

Les conseils de famille dis­cu­taient pour savoir s’il était néces­saire de reti­rer tout l’argent de la banque et de le garder chez soi ; des usa­gers des trains se deman­daient, en ache­tant un billet à l’avance, si ceux-ci cir­cu­le­raient encore deux semaines plus tard. Le pré­sident amé­ri­cain George Bush s’adressait à la nation, pour parler de la crise finan­cière, en des termes sem­blables à ceux employés après le 11 sep­tembre 2001, et Le Monde inti­tu­lait son maga­zine d’octobre 2008 : « La fin d’un monde ». Tous les com­men­ta­teurs étaient d’accords pour esti­mer que ce qui était en train de se passer n’était pas une simple tur­bu­lence pas­sa­gère des mar­chés finan­ciers, mais la pire crise depuis la Deuxième Guerre Mondiale, ou depuis 1929.
Il était bien éton­nant de consta­ter que les mêmes, du top mana­ger au RMiste, qui, jusqu’à la crise, sem­blaient convain­cus que la vie capi­ta­liste ordi­naire conti­nue­rait à fonc­tion­ner durant un temps indé­fini, pour­raient se faire si vite à l’idée d’une crise majeure. L’impression géné­rale de se sentir au bord d’un pré­ci­pice était d’autant plus sur­pre­nante qu’il ne s’agissait alors, en prin­cipe, que d’une crise finan­cière dont le citoyen moyen n’avait connais­sance que par les médias. Pas de licen­cie­ments de masse, pas d’interruptions dans la dis­tri­bu­tion des pro­duits de pre­mière néces­sité, pas de caisses auto­ma­tiques qui ne dis­tri­buent plus de billets de banque, pas de com­mer­çants qui refusent les cartes de crédit. Pas encore de crise « visible », donc. Et pour­tant, une atmo­sphère de fin de règne. Ce qui ne s’explique qu’en sup­po­sant que, déjà, avant la crise, tout un chacun sen­tait vague­ment, mais sans vou­loir s’en rendre entiè­re­ment compte, qu’il avan­çait sur une mince couche de glace, ou sur une corde tendue. Quand la crise a éclaté, aucun indi­vidu contem­po­rain n’a été, au fond, davan­tage sur­pris qu’un gros fumeur à qui l’on apprend qu’il a le cancer. Sans que cela appa­rût clai­re­ment, la sen­sa­tion était déjà lar­ge­ment répan­due que cela ne pou­vait plus conti­nuer « comme ça ». Mais peut-être faut-il s’étonner davan­tage encore de la célé­brité avec laquelle les médias ont mis l’apocalypse au ran­cart, pour recom­men­cer à s’occuper des pêcheurs d’huîtres ou des frasques de Berlusconi.

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