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Numéro 7, Hiver 2012

Du prolétariat au précariat

Couverture du numéro

À propos de ce numéro

In­tro­duc­tion au dossier

Quel sens donner au tra­vail aujourd’hui à l’ombre du ca­pi­ta­lisme glo­ba­lisé ? Notre rap­port au tra­vail a-t-il changé ? Le tra­vail est-il plus alié­nant, plus ato­misé qu’avant lorsqu’il était soumis au ré­gime for­diste et key­né­sien ? Ou s’est-il « li­béré » comme le pré­tendent Hardt et Negri dans le sillon du ca­pi­ta­lisme « cog­nitif » ? Qu’en est-il de la dite or­ga­ni­sa­tion scien­ti­fique du tra­vail (le tay­lo­risme) qui semble connaître une bonne for­tune dans les ate­liers dé­lo­ca­lisés de la grande pro­duc­tion ma­nu­fac­tu­rière avec ses co­rol­laires bien connus que sont la dé­qua­li­fi­ca­tion, la dé­pro­fes­sion­na­li­sa­tion et la dés­in­té­gra­tion du lien so­cial ? Et quelles sont les ré­sis­tances, « an­ciennes » et «nou­velles» qui sont pen­sées et construites par de nou­veaux col­lec­tifs pro­lé­taires aux iden­tités mo­biles et chan­geantes ? Quels sont jus­te­ment ces iden­tités, pro­jets, uto­pies qui se pro­posent comme des al­ter­na­tives au tra­vail ca­pi­ta­liste ? Voilà quelques-unes des grandes in­ter­ro­ga­tions que le pré­sent nu­méro des Nou­veaux Ca­hiers du so­cia­lisme veut ex­plorer. Pour cela, nous par­tons des hy­po­thèses de Marx af­fir­mant, en sub­stance, que le ca­pi­ta­lisme im­pose un rap­port coer­citif pour ex­tor­quer du sur­tra­vail. Au cœur de cette ex­tor­sion se situe la durée du temps de tra­vail, qui permet de dé­gager une plus-value ab­solue et de sou­mettre for­mel­le­ment le tra­vail au capital.

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Table des matières

Les NCS : bref état des lieux

Dos­sier : Du pro­lé­ta­riat au précariat

In­tro­duc­tion au dos­sier, Sid Ahmed Soussi et Pierre Beaudet

Chan­tiers théoriques

  • Le tra­vail en mu­ta­tion, Maxime Ouellet
  • Le droit à l’emploi, Mi­chel Husson
  • La ré­duc­tion du temps de tra­vail chez André Gorz, Simon Tremblay-Pepin
  • Ca­pi­ta­lisme et alié­na­tion, Louis Marion
  • La nou­velle di­vi­sion in­ter­na­tio­nale du tra­vail face aux li­mites du syn­di­ca­lisme in­ter­na­tional, Sid Ahmed Soussi

Le tra­vail aujourd’hui

  • Dé­lo­ca­li­sa­tion d’emplois : risques et pers­pec­tives, Phi­lippe Hurteau
  • La fin de la classe ou­vrière ?, Pierre Beaudet
  • La nou­velle gram­maire de l’exclusion. Les tra­vailleurs im­mi­grants en Al­le­magne, Fré­dé­rick Guillaume Du­four, Mé­lanie Beau­re­gard et Ma­thieu Forcier
  • L’industrie du jeu vidéo, té­moin de la trans­for­ma­tion contem­po­raine du tra­vail, Marie-Josée Legault
  • Pa­ra­doxes et défis du tra­vail in­dé­pen­dant, Mar­tine D’Amours
  • Ré­duc­tion de l’État à géo­mé­trie va­riable, Jean-noël Gre­nier et Pa­trice Jalette
  • Tra­vailleuses do­mes­tiques, mi­gra­tions et care, Judy Fudge
  • Ate­liers de mi­sère en Chine, Ting Sheng Lin

Bilan de luttes

  • Re­trouver la mis­sion po­li­tique du syn­di­ca­lisme, En­trevue avec Aldo Mi­guel Pao­li­nelli, Gilles McMillan
  • Syn­di­ca­lisme et or­ga­ni­sa­tion des tra­vailleurs aty­piques, Ya­nick Noiseux
  • Les char­géEs de cours sont-ils so­lubles dans le corps pro­fes­soral ?, Francis Lagacé
  • La re­traite qu’on veut, Jacques Fournier
  • Ré­in­venter le mou­ve­ment syn­dical, En­trevue avec Sam Gindin, Thomas Chiasson-Le Bel
  • Syn­di­ca­lisme et in­ter­na­tio­na­lisme aux États-Unis, Thomas Collombat
  • Ré­sis­tances pro­lé­ta­riennes dans et au-delà de la crise, David McNally
  • Le mou­ve­ment syn­dical in­ter­na­tional face aux en­jeux Nord-Sud, Sid Ahmed Soussi

Pers­pec­tives

  • Phi­lo­so­phie et po­li­tique : les « Thèses sur Feuer­bach » de Marx, Gilles Labelle
  • Les droites : un pa­no­rama his­to­rique et po­li­tique, Jean-Marc Piotte

Notes de lectures

Liste des contri­bu­teurs et contributrices

Articles en lien avec ce numéro

Consultez en ligne le nu­méro 7
Avec Marx, contre le travail
Réflexion sur les écrits de Moishe Postone et d’Isaac I. Roubine
26 février 2012
Philo / Socio / Politique

De Postpone à Roubine

En pre­nant pour mot d’ordre l’affranchissement du tra­vail, la sortie de l’exploitation, les mar­xis­tes tra­di­tion­nels ont négligé le fait que Marx mène une cri­ti­que non seule­ment de l’exploitation capi­ta­liste, mais du tra­vail lui-même, tel qu’il existe dans la société capi­ta­liste. Dès lors, il s’agit non pas de remet­tre au centre le tra­vail, mais au contraire de cri­ti­quer la place cen­trale prise par le tra­vail dans ce sys­tème, où il régit tous les rap­ports sociaux. C’est là l’objet de la relec­ture de Marx opérée dans Temps, tra­vail et domi­na­tion sociale par Moishe Postone (publié en fran­çais en 2009 par la col­lec­tion Mille et une nuits des édi­tions Fayard). Cette dis­cus­sion avait été éga­le­ment entre­prise par Isaac I. Roubine, un cher­cheur sovié­ti­que qui avait publié en 1924 des Essais sur la théo­rie de la valeur de Marx, que les Éditions Syllepse ont éga­le­ment réédité (2009).

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Droit à l’emploi ou revenu universel

Etre exploité, contraint à un tra­vail aliéné, ne serait-ce que deux heures par jour, c’est être asservi le reste du temps. Tout projet d’abandonner à ses maî­tres actuels la sphère du tra­vail sala­rié pour se libé­rer en dehors du tra­vail, est par consé­quent un mirage. Le temps libéré ne peut deve­nir un temps libre que si sa logi­que réus­sit à conta­mi­ner l’organisation du tra­vail dans tous ses aspects. Ni les chô­meurs, ni les pré­cai­res ne sont plus libres parce qu’ils sont moins long­temps sala­riés que les autres tra­vailleurs. Marx fai­sait de la réduc­tion de la jour­née de tra­vail la « condi­tion essen­tielle » de l’épanouissement. Mais celle-ci ne sau­rait acqué­rir un contenu éman­ci­pa­teur que si le temps de tra­vail est lui-même libéré du joug capi­ta­liste.

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L’industrie du vidéo, témoin de la transformation contemporaine du travail hautement qualifié

Les trois der­niè­res décen­nies ont été le théâ­tre de pro­fon­des trans­for­ma­tions libé­ra­li­san­tes du capi­ta­lisme, autour de la mon­dia­li­sa­tion des échan­ges éco­no­mi­ques, et ont vu émer­ger dans les entre­pri­ses pri­vées des modè­les d’affaires qui pré­sen­tent de gran­des dif­fé­ren­ces avec ceux de la période key­né­sienne qui a pré­cédé. La faci­li­ta­tion des échan­ges inter­na­tio­naux, tant au plan juri­di­que, éco­no­mi­que que tech­no­lo­gi­que, aug­mente les oppor­tu­ni­tés de décom­po­ser les cycles de pro­duc­tion des biens et des ser­vi­ces à l’intérieur d’un ter­ri­toire inter­na­tio­nal de plus en plus vaste. La déci­sion stra­té­gi­que tient doré­na­vant compte, oppor­tu­nité oblige, de l’avantage com­pé­ti­tif qu’on peut gagner à chaque étape à recom­bi­ner les fac­teurs de pro­duc­tion, dans un contexte où tant les capi­taux que la main-d’œuvre sont plus aisé­ment mobi­les.

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Travail précaire et syndicalisme

Dans la « nou­velle com­bi­na­toire pro­duc­tive » propre à l’après-fordisme et mar­quée par un virage vers une poli­ti­que éco­no­mi­que néo­li­bé­rale, on assiste à une pré­ca­ri­sa­tion du tra­vail qui résulte d’une dyna­mi­que de cen­tri­fu­ga­tion de l’emploi vers les mar­chés péri­phé­ri­ques du tra­vail et qui concoure à la pro­li­fé­ra­tion de formes dif­fé­ren­ciées d’intégration à l’emploi (Durand, 2004). Cette trans­for­ma­tion est struc­tu­relle, les pério­des de reprise éco­no­mi­que ne créant pas suf­fi­sam­ment d’emplois per­ma­nents à temps plein pour empê­cher la pro­gres­sion — sur le long terme — des formes d’emplois aty­pi­ques. La part de l’emploi aty­pi­que dans l’emploi total est ainsi passée de 16,7 % à 37.2 % entre 1976 et 2008.

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Réduire et partager le temps de travail

La réduc­tion du temps de tra­vail est l’une des plus vieilles reven­di­ca­tions du mou­ve­ment ouvrier. Le temps passé au ser­vice d’un patron étant asso­cié à du temps d’exploitation, sa réduc­tion a tou­jours été com­prise comme l’un des moyens à pri­vi­lé­gier pour déve­lop­per une plus large auto­no­mie indi­vi­duelle et col­lec­tive des sala­rié-e-s vis-à-vis de leurs patrons.

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Le néolibéralisme et la fin de la réduction du temps de travail

Tandis qu’au cours des crises pré­cé­den­tes la réduc­tion du temps de tra­vail était dis­cu­tée comme une mesure propre à com­bat­tre la crois­sance du chô­mage, une carac­té­ris­ti­que frap­pante de la crise éco­no­mi­que – qui a débuté en 2007 ­ – réside dans le fait que la réduc­tion des horai­res de tra­vail ne se trouve dans aucun « agenda poli­ti­que». Pas même en France et en Allemagne, deux pays qui furent cham­pions de la réduc­tion du temps de tra­vail intro­dui­sant – par­tiel­le­ment et avec des mesu­res de flexi­bi­li­sa­tion – la semaine de 35 heures au cours des années 1980 et 1990 pour faire face à un taux de chô­mage élevé.

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