À propos de ce numéro
Introduction au dossier
Quel sens donner au travail aujourd’hui à l’ombre du capitalisme globalisé ? Notre rapport au travail a-t-il changé ? Le travail est-il plus aliénant, plus atomisé qu’avant lorsqu’il était soumis au régime fordiste et keynésien ? Ou s’est-il « libéré » comme le prétendent Hardt et Negri dans le sillon du capitalisme « cognitif » ? Qu’en est-il de la dite organisation scientifique du travail (le taylorisme) qui semble connaître une bonne fortune dans les ateliers délocalisés de la grande production manufacturière avec ses corollaires bien connus que sont la déqualification, la déprofessionnalisation et la désintégration du lien social ? Et quelles sont les résistances, « anciennes » et «nouvelles» qui sont pensées et construites par de nouveaux collectifs prolétaires aux identités mobiles et changeantes ? Quels sont justement ces identités, projets, utopies qui se proposent comme des alternatives au travail capitaliste ? Voilà quelques-unes des grandes interrogations que le présent numéro des Nouveaux Cahiers du socialisme veut explorer. Pour cela, nous partons des hypothèses de Marx affirmant, en substance, que le capitalisme impose un rapport coercitif pour extorquer du surtravail. Au cœur de cette extorsion se situe la durée du temps de travail, qui permet de dégager une plus-value absolue et de soumettre formellement le travail au capital.
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Table des matières
Les NCS : bref état des lieux
Dossier : Du prolétariat au précariat
Introduction au dossier, Sid Ahmed Soussi et Pierre Beaudet
Chantiers théoriques
- Le travail en mutation, Maxime Ouellet
- Le droit à l’emploi, Michel Husson
- La réduction du temps de travail chez André Gorz, Simon Tremblay-Pepin
- Capitalisme et aliénation, Louis Marion
- La nouvelle division internationale du travail face aux limites du syndicalisme international, Sid Ahmed Soussi
Le travail aujourd’hui
- Délocalisation d’emplois : risques et perspectives, Philippe Hurteau
- La fin de la classe ouvrière ?, Pierre Beaudet
- La nouvelle grammaire de l’exclusion. Les travailleurs immigrants en Allemagne, Frédérick Guillaume Dufour, Mélanie Beauregard et Mathieu Forcier
- L’industrie du jeu vidéo, témoin de la transformation contemporaine du travail, Marie-Josée Legault
- Paradoxes et défis du travail indépendant, Martine D’Amours
- Réduction de l’État à géométrie variable, Jean-noël Grenier et Patrice Jalette
- Travailleuses domestiques, migrations et care, Judy Fudge
- Ateliers de misère en Chine, Ting Sheng Lin
Bilan de luttes
- Retrouver la mission politique du syndicalisme, Entrevue avec Aldo Miguel Paolinelli, Gilles McMillan
- Syndicalisme et organisation des travailleurs atypiques, Yanick Noiseux
- Les chargéEs de cours sont-ils solubles dans le corps professoral ?, Francis Lagacé
- La retraite qu’on veut, Jacques Fournier
- Réinventer le mouvement syndical, Entrevue avec Sam Gindin, Thomas Chiasson-Le Bel
- Syndicalisme et internationalisme aux États-Unis, Thomas Collombat
- Résistances prolétariennes dans et au-delà de la crise, David McNally
- Le mouvement syndical international face aux enjeux Nord-Sud, Sid Ahmed Soussi
Perspectives
- Philosophie et politique : les « Thèses sur Feuerbach » de Marx, Gilles Labelle
- Les droites : un panorama historique et politique, Jean-Marc Piotte
Notes de lectures
Liste des contributeurs et contributrices
Articles en lien avec ce numéro
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Avec Marx, contre le travail
Réflexion sur les écrits de Moishe Postone et d’Isaac I. Roubine
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De Postpone à Roubine
En prenant pour mot d’ordre l’affranchissement du travail, la sortie de l’exploitation, les marxistes traditionnels ont négligé le fait que Marx mène une critique non seulement de l’exploitation capitaliste, mais du travail lui-même, tel qu’il existe dans la société capitaliste. Dès lors, il s’agit non pas de remettre au centre le travail, mais au contraire de critiquer la place centrale prise par le travail dans ce système, où il régit tous les rapports sociaux. C’est là l’objet de la relecture de Marx opérée dans Temps, travail et domination sociale par Moishe Postone (publié en français en 2009 par la collection Mille et une nuits des éditions Fayard). Cette discussion avait été également entreprise par Isaac I. Roubine, un chercheur soviétique qui avait publié en 1924 des Essais sur la théorie de la valeur de Marx, que les Éditions Syllepse ont également réédité (2009).
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23 février 2012
Cahiers du socialisme, Gauche / Mouvements sociaux, Inégalités / Classes sociales, Socialisme / AnticapitalismeEtre exploité, contraint à un travail aliéné, ne serait-ce que deux heures par jour, c’est être asservi le reste du temps. Tout projet d’abandonner à ses maîtres actuels la sphère du travail salarié pour se libérer en dehors du travail, est par conséquent un mirage. Le temps libéré ne peut devenir un temps libre que si sa logique réussit à contaminer l’organisation du travail dans tous ses aspects. Ni les chômeurs, ni les précaires ne sont plus libres parce qu’ils sont moins longtemps salariés que les autres travailleurs. Marx faisait de la réduction de la journée de travail la « condition essentielle » de l’épanouissement. Mais celle-ci ne saurait acquérir un contenu émancipateur que si le temps de travail est lui-même libéré du joug capitaliste.
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Les trois dernières décennies ont été le théâtre de profondes transformations libéralisantes du capitalisme, autour de la mondialisation des échanges économiques, et ont vu émerger dans les entreprises privées des modèles d’affaires qui présentent de grandes différences avec ceux de la période keynésienne qui a précédé. La facilitation des échanges internationaux, tant au plan juridique, économique que technologique, augmente les opportunités de décomposer les cycles de production des biens et des services à l’intérieur d’un territoire international de plus en plus vaste. La décision stratégique tient dorénavant compte, opportunité oblige, de l’avantage compétitif qu’on peut gagner à chaque étape à recombiner les facteurs de production, dans un contexte où tant les capitaux que la main-d’œuvre sont plus aisément mobiles.
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Dans la « nouvelle combinatoire productive » propre à l’après-fordisme et marquée par un virage vers une politique économique néolibérale, on assiste à une précarisation du travail qui résulte d’une dynamique de centrifugation de l’emploi vers les marchés périphériques du travail et qui concoure à la prolifération de formes différenciées d’intégration à l’emploi (Durand, 2004). Cette transformation est structurelle, les périodes de reprise économique ne créant pas suffisamment d’emplois permanents à temps plein pour empêcher la progression — sur le long terme — des formes d’emplois atypiques. La part de l’emploi atypique dans l’emploi total est ainsi passée de 16,7 % à 37.2 % entre 1976 et 2008.
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La réduction du temps de travail est l’une des plus vieilles revendications du mouvement ouvrier. Le temps passé au service d’un patron étant associé à du temps d’exploitation, sa réduction a toujours été comprise comme l’un des moyens à privilégier pour développer une plus large autonomie individuelle et collective des salarié-e-s vis-à-vis de leurs patrons.
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Tandis qu’au cours des crises précédentes la réduction du temps de travail était discutée comme une mesure propre à combattre la croissance du chômage, une caractéristique frappante de la crise économique – qui a débuté en 2007 – réside dans le fait que la réduction des horaires de travail ne se trouve dans aucun «agenda politique». Pas même en France et en Allemagne, deux pays qui furent champions de la réduction du temps de travail introduisant – partiellement et avec des mesures de flexibilisation – la semaine de 35 heures au cours des années 1980 et 1990 pour faire face à un taux de chômage élevé.


