Numéro 5, Hiver 2011

Migrations : stratégies, acteurs, résistances

Couverture du numéro

À propos de ce numéro

Les mouvements de population déterminent la construction des sociétés et redéfinissent les notions de territoire et de citoyenneté. Sous le capitalisme, les migrations s’accélèrent et acquièrent une grande importance économique. Les migrantEs, en effet, constituent très souvent une main-d’oeuvre prête à tout type d’emploi, à la surexploitation. L’État capitaliste « gère » des flux par un ensemble de dispositifs politiques et juridiques. Avec la mondialisation et depuis les attentats du 11 septembre 2001, ces politiques mettent l’accent sur le contrôle et la répression au détriment des droits.

Dans ce numéro des Nouveaux Cahiers du socialisme, une brochette d’auteurEs examinent le phénomène des migrations. Les différentes contributions mettent en lumière le changement de paradigme en cours – lié au projet néolibéral –, notamment par l’augmentation de la flexibilité et du contrôle. D’autres textes cartographient l’évolution des droits des migrantEs, qui sont souvent instrumentalisées en fonction de ce qui régit le système capitaliste, soit l’accumulation et l’exploitation.

Enfin, ce numéro explore les divers niveaux de résistance, les formes qu’elles acquièrent et leurs interpellations aux mouvements sociaux.

Table des matières

  • CAP/NCS, premier bilan

DOSSIER

  • Introduction, A.-C. Gayet, F. Thomas, N. M ondain et P. Beaudet

Migrations, capitalisme, État

  • Les migrations : luttes sociales et politiques, Pierre Beaudet
  • Migrants et citoyens, François Crépeau et Anne-Claire Gayet
  • L’« après » Bouchard-Taylor, Florence Thomas
  • Crime organisé, trafic des migrantEs et traite des humains, Richard Poulin
  • L’immigration au Canada : un modèle à démystifier, Hélène Pellerin
  • Justifier l’injustifiable au nom de la sécurité nationale, Delphine Nakache
  • L’érosion des droits des réfugiés, Idil Atak

La condition immigrante

  • Les travailleurs « à contrat », Anne-Claire Gayet
  • Les travailleuses domestiques, Jill Hanley et Nalini Vaddapalli
  • L’islamophobie au Canada, Denise Helly
  • Les diasporas, Philippe Couton
  • La mobilité clandestine africaine, Nathalie Mondain
  • Partir la famille… et revenir pour la famille, Alioune Diagne et Nathalie Mondain
  • Répression et résistance des migrants au Maroc, S. Boutiyeb, N. Hadj Mohamed, Y. Alisma et J.-A. Muhizi

Bilan de luttes

  • Femme, immigration et la FFQ, Alexandra Pierre
  • Montréal-Nord Républik Guillaume Hébert
  • Résistance sociale à Montréal-Nord, Alain Philoctère
  • La lutte des travailleurs agricoles au Canada, Andrea Galvez
  • Résistances ouvrières et immigrantes aux États-Unis, Kim Moody
  • Les Palestiniens de Bil’in et la justice québécoise, Karine MacAllister
  • Le Québec et les défis de l’immigration, Québec solidaire

PERSPECTIVES

  • Quand la crise est structurelle, Immanuel Wallerstein
  • Relire la révolution nicaraguayenne, Pierre Beaucage
  • L’altermondialisme f ace à l’« arc des crises », Michel Warschawski
  • Mexique : crises et résistances, James D. Cockcroft

DÉBAT

  • Le mouvement syndical comme mouvement social, Ronald Cameron
  • Le syndicalisme québécois : un mouvement social en panne sèche ? André Vincent et François Cyr

NOTES DE LECTURE

 

Articles en lien avec ce numéro

Le trafic des migrantEs

La pau­pé­ri­sa­tion de ré­gions en­tières du globe ainsi que la crois­sance des in­éga­lités so­ciales dans les pays et entre les pays ont créé les condi­tions pro­pices à toutes les formes de trafic et de traite des êtres hu­mains. Les plus tou­chéEs pro­viennent prin­ci­pa­le­ment des pays du Sud et de l’Est. À l’échelle de ces ré­gions, le bou­le­ver­se­ment des struc­tures so­ciales dû au triomphe de l’économie ca­pi­ta­liste néo­li­bé­rale fa­vo­rise l’économie in­for­melle et les dé­struc­tu­ra­tions so­ciales. De même, l’extension de l’économie de marché et la crois­sance des in­éga­lités so­ciales, ren­for­cées par les plans d’ajustement struc­turel, les en­det­te­ments des États ainsi que la fi­nan­cia­ri­sa­tion de l’économie sont loin d’exclure ou de mar­gi­na­liser ses victimes.

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Les Palestiniens de Bil’in (Cisjordanie occupée) devant la justice québécoise

Le vil­lage pa­les­ti­nien de Bil’in est en partie oc­cupé par la co­lonie de Modi’in Illit et di­visé par le Mur. En 2004, ce Mur a d’ailleurs été dé­claré illégal par la Cour in­ter­na­tional de jus­tice. En 2007, la Cour su­prême d’Israël a dé­ter­miné que la route du Mur à Bil’in a été conçue pour per­mettre l’expansion de la co­lonie et non pour des rai­sons de sé­cu­rité; elle a or­donné que le Mur soit dé­placé, mais pas dé­man­telé comme le de­mande la Cour in­ter­na­tio­nale de jus­tice. De­puis, le Mur de­meure où il a été construit et la co­lonie ne cesse de s’étendre. La Cour is­raé­lienne a ap­prouvé ces nou­velles construc­tions ainsi que l’octroi a pos­te­riori de permis de construc­tion pour le nou­veau « quar­tier ré­si­den­tiel » de la co­lonie, Mat­tiyahu. Ce nou­veau « quar­tier » est construit par deux en­tre­prises ca­na­diennes en­re­gis­trées au Québec : Green Park In­ter­na­tional et Green Mount International.

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Migrants et citoyens

Les mi­grants font partie in­té­grante de la cité : aussi devraient-ils en être re­connus ci­toyens. Ils se­raient des ci­toyens avec un petit « c » puisqu’ils n’ont pas la na­tio­na­lité; mais, lo­ca­le­ment, ils se­raient consi­dérés sur un pied d’égalité avec tous ceux et celles qui vivent et tra­vaillent dans la cité. Les mi­grants ir­ré­gu­liers tra­vaillent tous (ils ne peuvent pas se per­mettre de ne pas le faire) et leur ex­ploi­ta­tion contribue sou­vent à la com­pé­ti­ti­vité de sec­teurs éco­no­miques spé­ci­fiques. Ils paient des taxes sur tout ce qu’ils achètent ou louent, et uti­lisent peu les ser­vices pu­blics. L’absence de statut ad­mi­nis­tratif leur re­con­nais­sant des droits les vul­né­ra­bi­lisent. Donner à ces per­sonnes un statut si­gni­fi­catif, même lo­ca­le­ment, contri­bue­rait gran­de­ment à com­battre l’exploitation et la dis­cri­mi­na­tion. Pour ré­pondre aux si­tua­tions d’abus aux­quels font face les mi­grants en si­tua­tion ir­ré­gu­lière, quelques com­mu­nautés lo­cales ont adopté une at­ti­tude dif­fé­rente: leurs dé­ci­sions mé­ritent d’être men­tion­nées afin d’inspirer d’autres collectivités.

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Répression et résistance des migrants au Maroc

Classé au 130e rang sur 182 pays du clas­se­ment de dé­ve­lop­pe­ment hu­main de 2009 selon le PNUD, le Maroc reste un pays de grandes vul­né­ra­bi­lités, et ce en dépit des avan­cées réa­li­sées de­puis quelques an­nées. En effet, même si le taux de crois­sance an­nuel est de 6 %, le chô­mage reste très élevé (près de 20 %). On com­prend, dès lors, que l’émigration vers le monde oc­ci­dental re­pré­sente pour de nom­breux ma­ro­cains un ob­jectif à at­teindre. Avec plus de 10 % de sa po­pu­la­tion vi­vant à l’extérieur du pays, le « grand dé­part » est sou­vent la seule voie pour s’en sortir, non seule­ment pour les mi­grants eux-mêmes, mais aussi pour leurs fa­milles, qui vivent ainsi des trans­ferts fi­nan­ciers et non-financiers, qui contri­buent non seule­ment à as­surer les be­soins élé­men­taires, mais éga­le­ment à fi­nancer de pe­tits pro­jets gé­né­ra­teurs de revenus.

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Les travailleurs à contrat : précarité et dépendance

En contraste avec la tra­di­tion d’immigration per­ma­nente qui le ca­rac­té­ri­sait, l’immigration tem­po­raire au Ca­nada est en aug­men­ta­tion constante de­puis le début des an­nées 1990, au point que le nombre des tra­vailleurs tem­po­raires a dé­passé celui des im­mi­grants sélectionnés.

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L’érosion des droits des réfugiés

On es­time aujourd’hui que 50 mil­lions de per­sonnes vivent et tra­vaillent en si­tua­tion ir­ré­gu­lière à l’étranger. Elles se­raient entre 1.8 à 3,3 mil­lions dans 15 États membres de l’Union eu­ro­péenne (UE) et plus de 10 mil­lions aux États-Unis (contre 3,5 mil­lions en 1990). Au Ca­nada, le phé­no­mène concer­ne­rait entre 80 000 et 500 000 per­sonnes, dont 20 000 à 50 000 à Mont­réal. Ce­pen­dant, ces chiffres de­meurent ap­proxi­ma­tifs : la mi­gra­tion ir­ré­gu­lière est, par dé­fi­ni­tion, im­pos­sible à me­surer avec pré­ci­sion. La fron­tière entre la mi­gra­tion de tra­vail et la mi­gra­tion forcée s’estompe : les causes de dé­part sont de plus en plus in­ter­con­nec­tées, puisque la guerre et l’instabilité en­gendrent le dé­ficit dé­mo­cra­tique et la pauvreté.

Par
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Les dangereuses transformations du système de l’immigration au Canada

De­puis un cer­tain nombre d’années, un écart im­por­tant existe entre l’expérience des mi­grants ins­tallés dé­fi­ni­ti­ve­ment ou tem­po­rai­re­ment dans le pays et l’accueil qui leur était promis. On a d’abord vu une hausse ful­gu­rante des tra­vailleurs étran­gers tem­po­raires (de 47 % entre 2004 et 2007 selon les don­nées du Mi­nis­tère de la Ci­toyen­neté et de l’Immigration). Et de­puis 2006, l’entrée de tra­vailleurs tem­po­raires dé­passe celle des im­mi­grants économiques.

Cette mi­gra­tion tem­po­raire liée au tra­vail se re­trouve dans de nom­breux pro­grammes dis­tincts selon les cri­tères d’admission, la ré­gle­men­ta­tion sec­to­rielle de l’emploi ou selon le cadre ins­ti­tu­tionnel de l’entente. Dans le cas de la mi­gra­tion de tra­vailleurs non spé­cia­lisés, trois pro­grammes existent: le pro­gramme des aides fa­mi­liaux ré­si­dants, les pro­grammes de tra­vailleurs agri­coles sai­son­niers (PTAS) et un pro­gramme de tra­vailleurs tem­po­raires peu spé­cia­lisés. Il convient de sou­li­gner l’ascension ful­gu­rante des PTAA, issu d’ententes entre le Ca­nada, quelques pays des Ca­raïbes, le Mexique et le Guatemala.

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La lutte des travailleurs agricoles

Dans des vil­lages comme Lea­mington, Saint-Rémi, Ke­lowna, Ab­bots­ford ou Saint-Eustache, près de 50 % de la main d’œuvre est mi­grante. Le flux de tra­vailleurs n’est plus sai­son­nier. Le dé­ve­lop­pe­ment de serres, la di­ver­si­fi­ca­tion des cultures, et l’apparition de nou­velles tech­niques de pro­duc­tion qui al­longent le nombre de ré­coltes ont contribué à ce phé­no­mène. Il faut donc d’une part mettre en lu­mière la per­ma­nence des pro­grammes dits temporaires.

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Justifier l’injustifiable au nom de la sécurité nationale

Les évé­ne­ments du 11 sep­tembre 2001 et la lutte au ter­ro­risme qui en a dé­coulé ont mis en évi­dence des pra­tiques de fer­me­ture crois­sante des fron­tières que les États avaient déjà com­mencé à exercer au cours des der­nières dé­cen­nies. Au Ca­nada, ces choix po­li­tiques et ces pra­tiques se sont cris­tal­lisés à tra­vers une série de me­sures vi­sant à sé­cu­riser l’accès au ter­ri­toire ca­na­dien et à la fron­tière entre les États-Unis et le Canada.

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Les multiples visages de l’islamophobie au Canada

Il y a une di­zaine d’années, 2 % des Ca­na­diens (579 000 per­sonnes, selon le re­cen­se­ment de 2001) se dé­cla­raient mu­sul­mans com­pa­ra­ti­ve­ment à 43 % ca­tho­liques, 29 % pro­tes­tants et 16 % sans af­fi­lia­tion re­li­gieuse. L’islam est néan­moins la re­li­gion qui croît le plus ra­pi­de­ment; en 2017 il pour­rait compter environ1.5 mil­lion de fidèles.

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