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Numéro 17, Hiver 2017

Démocratie : entre dérives et recomposition

Couverture du numéro

À propos de ce numéro

Démocratie : demos et kratos

La démocratie est une vieille idée qui s’est développée à travers les luttes et les résistances des peuples. L’étymologie du mot (demos : peuple et kratos : pouvoir) réfère à la cité grecque, à l’agora des citoyens (sans les femmes et sans les esclaves, qui sont la majorité des habitants), où les décisions sont prises sur les priorités et l’allocation des rôles et des responsabilités par tout un chacun. Mais l’expérience démocratique dépasse de loin le périmètre athénien. Elle découle également de peuples et de communautés qui s’inventent des processus et des structures participatives, parfois même sans État ni structure imposée sur et au-dessus de la société.

Plus tard dans la modernité occidentale, la démocratie fait un retour spectaculaire contre les structures féodales et monarchiques qui sont combattues dans certaines parties de l’Europe. De la Magna Carta jusqu’à la Révolution française où se formule avec plus d’acuité le projet républicain, la démocratie est exigée avec son cortège de dispositifs juridiques et politiques : gouvernement responsable, élection des députés au suffrage qui devient universel, habeas corpus, délimitation des pouvoirs, etc. Selon des dispositions variées, le pouvoir politique existe dans la mesure où le pouvoir économique reste préservé, puisque le premier droit, celui au-dessus de tous les autres, est le droit à la propriété. C’est ce que, dans la tradition socialiste, on a appelé la démocratie libérale bourgeoise. 

Au tournant du vingtième siècle, les revendications démocratiques s’étendent au monde non européen dans la gigantesque lutte anticoloniale et anti-impérialiste qui traverse ce qui devient le tiers-monde. En 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme proclame que : « La volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics » (article 21, alinéa 3), tout en affirmant le droit des peuples à l’autodétermination.

Une démocratie à géométrie variable

Sous la poussée des mouvements socialistes et de libération nationale, la démocratie devient un enjeu social. Aux droits politiques s’ajoute une panoplie de droits établis dans une perspective de justice sociale et de paix. Presque tous les États et les peuples finissent par endosser ces principes, certains après de longues périodes de convulsion politique. Cependant, des interprétations fort différentes des principes se sont imposées, selon les rapports de force.

Ainsi, la démocratie américaine est restée raciale jusque dans les années 1960, bien au-delà de l’abolition officielle de l’esclavage (1865). La moitié du monde (les femmes) a été exclue de la démocratie bourgeoisie pendant une bonne partie du vingtième siècle. Les démocraties « populaires » mises en place à l’ombre de l’URSS sont restées aux mains d’une petite élite politique jusqu’à la fin des années 1980. Dans le tiers-monde, plusieurs nouveaux États sont devenus, selon l’expression imagée du Marocain Abraham Serfaty (1926-2010), des « démocratures » avec de minces façades dissimulant mal le pouvoir occulte de petites minorités.

Toutes ces situations et bien d’autres ont été la scène d’âpres combats. À travers la résistance sociale et politique, la démocratie a été conquise ici et là.

Table des matières

DOSSIER - démocratie : entre dérives et recomposition

Introduction au dossier

Enjeux contemporains

  • Premières Nations. Histoires et attentes à l’endroit de la démocratie au Canada
  • Justin Trudeau dans la matrice « people »
  • Comment dépasser la crise de la forme « parti » et démocratiser la politique
  • La longue bataille de la lutte pour la réforme du mode de scrutin
  • La Russie de Poutine : le miroir grossissant d’une dérive
  • La démocratie en péril : le cas des États-Unis

Histoire et théorie

  • Au-delà de la Commune imaginaire
  • Peuple et représentation.

Autour de quelques enjeux actuels des démocraties contemporaines.

  • Entrevue avec Razmig Keucheyan
  • Démocratiser la sphère publique par l’exercice de la liberté politique
  • De l’institution au conflit : démocratie et pensée émancipatrice
  • Le municipalisme contre l’État
  • De la perversion de la démocratie
  • Le marketing politique et la dénaturation du politique
  • Penser ensemble la vie et la politique : exception, violence, démocratie

Résistances

  • Après le communisme : le commun et la commune
  • Mouvements sociaux et approfondissement de la démocratie : expériences québécoises
  • Comment le mouvement étudiant démocratise les structures du militantisme
  • Retrouver la force démocratisante du syndicalisme
  • Démocratie et éducation : à retenir du FSM de 2016
  • L’effet hacker sur la démocratie

PERSPECTIVES

Introduction à la section dédiée à l’Université populaire des NCS, dans le cadre de l’espace « émancipation » du Forum social mondial 2016

  • Les dessous de la crise en Syrie. Entretien avec Gilbert Achcar
  • Démocratiser la démocratie
  • Haïti actuelle. Les nouvelles formes d’un blocage historique
  • Construire une politique du peuple
  • Le laboratoire bolivien

Université populaire des NCS 2016

  • Rapports d’atelier

NOTES DE LECTURE

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Démocratie : entre dérives et recomposition
Présentation du dossier thématique

Démocratie : demos et kratos

La démo­cra­tie est une vieille idée qui s’est déve­lop­pée à tra­vers les luttes et les résis­tan­ces des peu­ples. L’étymologie du mot (demos : peuple et kratos : pou­voir) réfère à la cité grec­que, à l’agora des citoyens (sans les femmes et sans les escla­ves, qui sont la majo­rité des habi­tants), où les déci­sions sont prises sur les prio­ri­tés et l’allocation des rôles et des res­pon­sa­bi­li­tés par tout un chacun. Mais l’expérience démo­cra­ti­que dépasse de loin le péri­mè­tre athé­nien. Elle découle éga­le­ment de peu­ples et de com­mu­nau­tés qui s’inventent des pro­ces­sus et des struc­tu­res par­ti­ci­pa­ti­ves, par­fois même sans État ni struc­ture impo­sée sur et au-dessus de la société[1].

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