Nos amis du Canada

Par Mis en ligne le 16 août 2015

Depuis la Révolution tran­quille, un puis­sant mou­ve­ment d’émancipation sociale et natio­nale est venu au monde au Québec. Les mou­ve­ments popu­lai­res, en gros, ont appuyé ce projet parce qu’ils voyaient bien le lien entre la cause sociale et la cause natio­nale. On s’est chi­ca­nés sur le com­ment, mais sur le but, il y a eu un assez gros consen­sus.

Du côté cana­dien, l’évolution n’est pas allée dans le même sens. Mouvements, syn­di­cats, intel­lec­tuels et partis de gauche n’ont jamais vrai­ment com­pris l’importance de la lutte natio­nale qué­bé­coise. On recon­nais­sait par­fois, du bout des lèvres, un droit vague et abs­trait à l’autodétermination, mais un droit qui ne devait pas être concré­tisé. Autrement dit, on pou­vait dire, « oui les Québécois ont des droits », mais à condi­tion « qu’ils res­tent dans le Canada ». Derrière cette ligne de pensée sub­sis­tait selon moi une idéo­lo­gie essen­tiel­le­ment colo­niale. Le Canada ayant été conquis par les Anglais, il ne pou­vait plus être remis en ques­tion. À gauche, cet argu­ment était repris, mais occulté, der­rière la « soli­da­rité » entre les peu­ples et le besoin de faire échec au « vrai ennemi » tant du Québec que du Canada, en l’occurrence les États-Unis. Une poi­gnée d’intellectualités de gauche s’est oppo­sée à cette pers­pec­tive qui empê­chait tout dia­lo­gue construc­tif entre les deux peu­ples. Je pense notam­ment à l’infatigable Judy Rebick.

Aujourd’hui, est-ce que cette situa­tion a changé ? De plus en plus de pro­gres­sis­tes cana­diens sem­blent prêts à faire le bond. Plusieurs d’entre eux, notam­ment des syn­di­cats comme le SCFP et le STTP, ont fina­le­ment com­pris que la force et la déter­mi­na­tion du mou­ve­ment popu­laire qué­bé­cois (par exem­ple lors de l’épisode de la grève étu­diante et du mou­ve­ment des carrés rouges en 2012) étaient basées en fait sur le croi­se­ment des ques­tions natio­na­les et socia­les. Ils ont fina­le­ment accepté ce que des pré­cur­seurs leur disaient depuis long­temps : « l’indépendance du Québec est une des condi­tions pour que le mou­ve­ment pro­gres­siste pren­nent son essor au Canada ».

Une fois dit cela, que peut-on faire ?

Si on est déter­mi­nés, patients et réa­lis­tes, on n’a pas à bais­ser les bras. D’abord, il y a plu­sieurs « causes com­mu­nes » qui peu­vent faire conver­ger, en pra­ti­que, les pro­gres­sis­tes cana­diens et qué­bé­cois, si ce n’est la résis­tance contre Harper. Ensuite, et cela peut avoir l’air banal de le dire, il faut se décou­vrir. En réa­lité, les pro­gres­sis­tes qué­bé­cois connais­sent davan­tage les cama­ra­des du Chili que ceux de Colombie bri­tan­ni­que. L’inverse est éga­le­ment vrai. Le res­pect, cela passe par cela, aussi.

Finalement, il y a un cer­tain nombre de prin­ci­pes qu’il faut dis­cu­ter et éven­tuel­le­ment accep­ter. Le droit à l’autodétermination, qui veut dire le droit à l’indépendance, en est un. Les doi­vent dire, « c’est votre choix ». Sur ces quel­ques idées, des cama­ra­des du Québec et du Canada tra­vaillent depuis quel­ques mois à éla­bo­rer ce rap­pro­che­ment. Ils repren­nent cette dis­cus­sion dans quel­ques jours à l’université popu­laire des NCS.

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