Le capitalisme peut-il être vert ?

Par Mis en ligne le 15 août 2015

À quel­ques mois de la pro­chaine confé­rence de l’ONU sur les chan­ge­ments cli­ma­ti­ques, on note un cer­tain vent de pes­si­misme. Les « gros joueurs » comme les États-Unis et la Chine ne sem­blent pas dis­po­sés à céder une partie de leurs « droits » à pol­luer la pla­nète et nous pré­ci­pi­ter vers les chan­ge­ments cli­ma­ti­ques qui déjà se mani­fes­tent. Ils pen­sent que ce sont les pays pau­vres qui vont payer la note (et qui la paient déjà). Reste à voir ce que feront les vastes coa­li­tions popu­lai­res et éco­lo­gis­tes qui ont montré ces der­niè­res années leurs capa­ci­tés de résis­tance, au point où de nom­breux méga­pro­jets ont été mis de côté devant l’opposition des gens.

Devant ce fait, les domi­nants créent l’impression que la gas­pilleuse éco­no­mie basée sur le car­bone est la seule qui peut assu­rer le « déve­lop­pe­ment » et le pro­grès social. C’est le lan­gage domi­nant dans les encein­tes du pou­voir et les médias. L’alternative éco­lo­giste, dit-on, va créer le chô­mage et la pau­vreté. Mais cet argu­ment passe de moins en moins.

Surgit alors une autre idée : le capi­ta­lisme, et son impi­toya­ble volonté d’accumulation peut être « civi­li­sés » et domp­tés pour deve­nir éco­lo­gi­ques. Autrement dit, si c’est payant de pro­duire vert, les entre­pri­ses vont deve­nir vertes. La nature devient alors une « mar­chan­dise » non seule­ment à pro­té­ger, mais sur laquelle on peut faire du « déve­lop­pe­ment ». On pense alors à une « bourse du car­bone » où on achè­tera et on vendra le « droit de publier ». On est d’accord avec une acti­vité moins pol­luante pourvu que cela soit ren­ta­ble, ce qui veut dire pourvu que vous et moi soyons prêts à ache­ter nos frai­ses deux fois plus chères. Et ainsi de suite. Certains éco­lo­gis­tes pen­sent que le pro­blème de l’environnement n’est pas « poli­ti­que », ne décou­lent pas d’un mode d’organisation de la société (en l’occurrence, le capi­ta­lisme).

C’est une impasse métho­do­lo­gi­que. On ne peut pas penser que tout ce qui existe dans le monde est tout sim­ple­ment une « mar­chan­dise » qu’on peut ache­ter ou vendre au « meilleur prix ». Il ne peut y avoir de « valeur mar­chande » à l’eau par exem­ple. Son uti­li­sa­tion, sa pro­duc­tion, sa redis­tri­bu­tion doi­vent décou­ler d’autres prin­ci­pes, qu’on peut résu­mer en un seul : le droit à la vie. Le capi­ta­lisme, c’est autre chose. C’est l’accumulation pour l’accumulation. Si l’eau doit échap­per au capi­ta­lisme, il y en aurait d’autres choses : la terre, la forêt, l’alimentation, le loge­ment, la santé, l’éducation, la com­mu­ni­ca­tion, la culture.

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