Nouveaux Cahiers du socialisme Faire de la politique autrement, ici et maintenant... 2016-08-22T19:52:20Z http://www.cahiersdusocialisme.org/feed/atom/ http://www.cahiersdusocialisme.org/wp-content/uploads/cropped-logo-NCS-512-32x32.jpg CAP-NCS <![CDATA[Stratégies des mouvements d’émancipation]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16064 2016-08-22T19:52:20Z 2016-08-22T19:48:35Z Stratégies_ÉmancipationNous sommes dans une période de grands bouleversements et de très fortes incertitudes. Nous vivons probablement un changement de période dans lequel se crispent les anciennes tendances et s’amorcent de nouvelles. La citation de Gramsci est d’une grande actualité « le vieux monde se meurt ; le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». Il faut à la fois lutter contre les monstres et construire le nouveau monde. Il n’y a pas de fatalité, ni dans le succès, ni dans l’échec.

La situation mondiale semble désespérante

De 2008 à 2015 s’ouvre une nouvelle séquence dans l’histoire longue de la situation mondiale. Depuis 2011, des mouvements massifs, quasi insurrectionnels, témoignent de l’exaspération des peuples. Les révoltes des peuples répondent à la crise structurelle officiellement admise depuis 2008. Elles confirment l’épuisement de cette phase de la mondialisation capitaliste. Les inégalités sociales, le chômage, la précarisation ont fait baisser la consommation populaire et ouvert une crise de « surproduction ». Le recours au surendettement a trouvé ses limites ; par l’extension des marchés financiers dérivés, il a contaminé tous les marchés de valeurs. L’explosion des « subprimes » a marqué le passage de la dette des ménages à la dette des entreprises bancaires. Le sauvetage des banques par les Etats a ouvert la crise des dettes publiques. La réduction des déficits par les plans d’austérité est supposée permettre une sortie de crise qui sauvegarderait les profits et maintiendrait la prééminence du marché mondial des capitaux et les privilèges des actionnaires.

A partir de 2013, la situation semble s’être retournée. Les politiques dominantes, d’austérité et d’ajustement structurel, sont réaffirmées. L’arrogance néolibérale reprend le dessus. La déstabilisation, les guerres, les répressions violentes et l’instrumentalisation du terrorisme s’imposent dans toutes les régions. Des courants idéologiques réactionnaires et des populismes d’extrême-droite sont de plus en plus actifs. Ils prennent des formes spécifiques comme le néo-conservatisme libertarien aux Etats-Unis, les extrêmes-droites et les diverses formes de national-socialisme en Europe, l’extrémisme jihadiste armé, les dictatures et les monarchies pétrolières, l’hindouisme extrême, etc. Mais, dans le moyen terme, rien n’est joué.

Les contradictions majeures restent déterminantes

La situation ne se réduit pas à la montée des positions de droite ; elle est marquée par la permanence des contradictions. Ce que l’on a convenu d’appeler la crise s’approfondit. La dimension financière, la plus visible, est une conséquence qui se traduit dans les crises ouvertes alimentaires, énergétiques, climatiques, monétaires, etc. La crise structurelle articule cinq contradictions majeures(1) : économiques et sociales, avec les inégalités sociales et les discriminations ; écologiques avec la mise en danger de l’écosystème planétaire ; géopolitiques avec la fin de l’hégémonie des Etats-Unis, la crise du Japon et de l’Europe et la montée de nouvelles puissances ; idéologiques avec l’interpellation de la démocratie, les poussées xénophobes et racistes ; politiques avec la fusion du politique et du financier qui nourrit la méfiance par rapport au politique et abolit son autonomie.

Dans la construction de l’avenir, trois conceptions s’affrontent : le renforcement du néolibéralisme par la financiarisation de la Nature ; un réaménagement du capitalisme, le Green New Deal, fondé sur une régulation publique et une modernisation sociale ; une rupture ouvrant sur une transition écologique, sociale et démocratique.

La première conception est celle de la financiarisation de la Nature. Dans cette vision, la sortie de la crise passe par la recherche du « marché illimité » nécessaire à la croissance. Elle fonde l’élargissement du marché mondial, qualifié de marché vert, sur la financiarisation de la Nature, la marchandisation du vivant et la généralisation des privatisations., Elle propose de marchandiser et de privatiser les services produits par la Nature et de les confier aux grandes entreprises multinationales. Il s’agit alors de restreindre les références aux droits fondamentaux qui pourraient affaiblir la prééminence des marchés et de subordonner le droit international au droit des affaires.

La deuxième conception est celle du Green New Deal, défendue par d’éminents économistes de l’establishment comme Joseph Stiglitz, Paul Krugman, Thomas Piketti et Amartya Sen souvent qualifiés de néo-keynésiens. Elle part de l’« économie verte » qu’il s’agit de maîtriser. La proposition est celle d’un réaménagement en profondeur du capitalisme à partir d’une régulation publique et d’une redistribution des revenus. Elle est encore peu audible aujourd’hui car elle implique un affrontement avec la logique dominante, celle du marché mondial des capitaux, qui refuse les références keynésiennes et qui n’est pas prêt à accepter qu’une quelconque inflation vienne diminuer la revalorisation des profits. Il faut rappeler que le New Deal adopté en 1933 n’a été appliqué avec succès qu’en 1945, après la deuxième guerre mondiale.

La troisième conception est celle des mouvements sociaux et citoyens qui a été explicitée dans le processus des forums sociaux mondiaux. Ils préconisent une rupture, celle de la transition sociale, écologique et démocratique. Ils mettent en avant de nouvelles conceptions, de nouvelles manières de produire et de consommer. Citons : les biens communs et les nouvelles formes de propriété, la lutte contre le patriarcat, le contrôle de la finance, la sortie du système de la dette, le buen-vivir et la prospérité sans croissance, les relocalisations, la justice climatique, le refus de l’extractivisme, la réinvention de la démocratie, les responsabilités communes et différenciées, les services publics fondés sur les droits et la gratuité. Il s’agit de fonder l’organisation des sociétés et du monde sur l’accès aux droits pour tous et l’égalité des droits.

La stratégie des mouvements définit les alliances par rapport à ces avenirs possibles. L’urgence est de réunir tous ceux qui refusent la première conception celle de la financiarisation de la Nature. D’autant que l’imposition du système dominant malgré l’épuisement du néolibéralisme porte les risques d’un néo-conservatisme de guerre. Dans la durée, et si le danger du néo-conservatisme de guerre peut être évité, la confrontation positive opposera les tenants du green new deal et ceux du dépassement du capitalisme. Les alliances concrètes dépendront des situations des pays et des grandes régions.

L’hégémonie culturelle néolibérale a été imposée

Dans de nombreuses sociétés et dans le monde, mais pas partout dans le monde, les idées de droite, conservatrices, réactionnaires progressent. Dans chaque société, se retrouvent les idées dominantes mondiales, la réalité de l’économie et de la politique mondiale et le récit du monde, relayé par une action écrasante de tous les moyens de communication comme le récit du seul monde possible.

Cette poussée de la droite et de l’extrême droite est le résultat d’une offensive systématiquement menée dans plusieurs directions. Elle a commencé par une offensive idéologique menée avec constance depuis quarante ans, qui a préparé le tournant néolibéral. Cette bataille pour l’hégémonie culturelle a porté d’abord sur trois questions : contre les droits et particulièrement contre l’égalité, les inégalités sont justifiées parce que naturelles ; contre la solidarité, le racisme et la xénophobie s’imposent ; contre l’insécurité, l’idéologie sécuritaire serait la seule réponse possible. La deuxième offensive est militaire et policière ; elle a pris la forme de la déstabilisation des territoires rétifs, de la multiplication des guerres, de l’instrumentalisation du terrorisme. La troisième offensive a porté sur le travail, avec la remise en cause de la sécurité de l’emploi et la précarisation généralisée, par la subordination de la science et de la technologie, notamment du numérique à la logique de la financiarisation. La quatrième offensive a été menée contre l’Etat social par la financiarisation, la marchandisation et la privatisation ; elle a pris la forme de la corruption généralisée des classes politiques. La cinquième offensive, dans le prolongement de la chute du mur de Berlin en 1989, a porté sur la tentative de disqualification des projets progressistes, socialistes ou communistes.

Les contre tendances sont toujours vivaces

L’offensive de l’oligarchie dominante a marqué des points mais elle ne s’est pas imposée. Les points de vue qui prônent l’émancipation restent forts et il y a même de nouvelles contre-tendances. Les mouvements qui ont commencé en 2011 à Tunis restent vivaces et se renouvellent. Les mots d’ordre sont clairs ; il s’agit du refus de la misère sociale et des inégalités, du respect des libertés, de la dignité, du rejet des formes de domination, de la liaison entre urgence écologique et urgence sociale. D’un mouvement à l’autre, il y a eu des affinements sur la dénonciation de la corruption ; sur la revendication d’une « démocratie réelle » ; sur les contraintes écologiques, l’accaparement des terres et le contrôle des matières premières.
Dans plusieurs de ces mouvements, la gauche classique est battue en brèche et des courants de droite parviennent, quelquefois, à capter la contestation de l’ordre dominant.

La violence de l’offensive néolibérale et réactionnaire montre l’ampleur des résistances. On entend parfois parler d’une droitisation des sociétés. Mais, il ne faut pas confondre la montée des idées d’extrême droite avec la droitisation des sociétés. Les sociétés résistent et restent profondément contradictoires. Les idées progressistes restent vivantes et sont portées par les luttes des mouvements. On peut même estimer que la violence des courants réactionnaires et conservateurs vient de ce qu’ils sentent que les sociétés leur échappent. Prenons un exemple. La révolution la plus ample, la plus profonde que nous vivons est celle des droits des femmes qui bouscule des rapports millénaires. De sentir cette partie essentielle des sociétés leur échapper les rend fous et se traduit par une violence inimaginable des états et des secteurs retardataires. Toutes les idées nouvelles sont vécues comme des coups de boutoir contre l’ancien monde ; avec les droits des femmes, l’approfondissement de l’égalité, la liberté de circulation, les identités multiples, l’écologie et la Nature, …

Nous le voyons aussi avec l’émergence de pensées radicales qui rompent avec les compromis de la gauche sociale libérale et qui retrouvent droit de cité. Pensons à l’exemple récent de la campagne de Bernie Sanders qui talonne Hillary Clinton dans les primaires du parti démocrate aux Etats-Unis. Il se présente ouvertement comme socialiste, cible les multinationales et refuse leur financement. La même évolution a été remarquée avec Jeremy Corbyn au Labour en Grande Bretagne. De même, il faut noter la montée en puissance d’organisations politiques qui se réfèrent aux nouveaux mouvements et qui en sont, en partie, issues. Par exemple,
Podemos en Espagne ou le Parti des gens ordinaires, l’Aam Admi, à New Delhi. Ce ne sont pas encore complètement des nouvelles formes d’organisation politique, mais elles assument que les partis doivent prendre leur part dans la réinvention du politique.

Les nouvelles formes d’engagement dessinent des avenirs

L’élément le plus déterminant est l’émergence des nouvelles formes d’engagement des nouvelles générations(2) . Le changement du rapport entre individuel et collectif est au cœur de cet engagement. Une nouvelle génération s’impose dans l’espace public à travers les mouvements qui ont constitué les forums sociaux mondiaux et se renouvelle à travers les mouvements depuis 2011 ; le renversement des dictatures, les indignés, les occupy, les carrés rouges, les taksims, etc.

Il ne s’agit pas tant de la jeunesse définie comme une tranche d’âge que d’une génération culturelle qui s’inscrit dans une situation et qui la transforme. Cette génération est plus directement inscrite dans l’espace du monde. Elle met en évidence les transformations sociales profondes liée à la scolarisation des sociétés qui se traduit d’un côté par l’exode des cerveaux, de l’autre par les chômeurs diplômés. Les migrations relient cette génération au monde et à ses contradictions en termes de consommations, de cultures, de valeurs. Elles réduisent l’isolement et l’enfermement des jeunesses.

Cette nouvelle génération construit par ses exigences et son inventivité, une nouvelle culture politique. Elle enrichit la manière de relier les déterminants des structurations sociales : les classes et les couches sociales, les religions, les références nationales et culturelles, les appartenances de genre et d’âge, les migrations et les diasporas, les territoires. Elle expérimente de nouvelles formes d’organisation à travers la maîtrise des réseaux numériques et sociaux, l’affirmation de l’auto-organisation et de l’horizontalité. Elle tente de redéfinir, dans les différentes situations, des formes d’autonomie entre les mouvements et les instances politiques. Elle recherche des manières de lier l’individuel et le collectif. C’est peut-être à ce niveau que les réseaux sociaux divers portent de nouvelles cultures, à l’instar des collectifs de logiciels libres capables de mener collectivement des luttes offensives tout en sauvegardant jalousement l’indépendance des individualités. La réappropriation de l’espace public est une revendication de souveraineté populaire. Les places renouvellent les agoras. On occupe et on échange, non pas pour le vote, toujours important mais rarement suffisant. Ce n’est pas un changement du rapport au politique mais un processus de redéfinition du politique.

Le choix qui a été mis en avant est celui des mouvements sociaux et citoyens. C’est la manière de concrétiser les différentes notions en discussion : les associations, les sociétés civiles, l’affirmation du non-lucratif et du non-gouvernemental, l’économie sociale, solidaire et participative. Les mouvements introduisent l’idée d’une évolution dynamique, d’une action politique et d’une continuité historique. Chaque mouvement combine une affirmation programmatique, des bases sociales et des actions de terrain, une mobilisation et des luttes, une élaboration et des propositions.
L’engagement dans un mouvement relie les pratiques et les théories et redéfini le collectif. Les rapports entre les mouvements sont fondés sur l’égalité et le respect de la diversité.

Dans tout engagement, il y a une recherche de dépassement. De dépassement de soi et du monde. L’engagement conduit naturellement à une réflexion sur la radicalité. Certains mouvements sont porteurs des nouvelles formes de radicalité, au niveau des thèmes qu’ils mettent en avant, des mots d’ordre, des formes de luttes, de leur communication. Par exemple, dans la nouvelle période, on peut citer les indignés, les occupy, les mouvements pour l’urgence climatique, les mouvements contre les gaz de schistes, les faucheurs d’OGM, les faucheurs de chaises des banques, les ZAD ou zones à défendre, l’accaparement des terres, l’extractivisme, etc. Certains mouvements font le lien entre les nouvelles formes de radicalité et les mouvements qui composent les forums sociaux. Par exemple, La Via Campesina, No Vox, Migreurop, les Forums contre les grands travaux inutiles imposés, les mouvements contre l’urbanisme des grands événements, etc.

Tous ces mouvements ont en commun, dans leur conception de la radicalité, le recours à des formes de désobéissance individuelle et collective, ainsi que des méthodes qui relèvent de la non-violence active. Une des figures de l’engagement radical, qui relie les nouveaux rapports entre individuel et collectif, c’est celui des lanceurs d’alerte. Par exemple Snowden qui, dans sa situation, s’engage radicalement dans une perspective collective. Le collectif se nourrit de l’engagement individuel.

Une démarche stratégique ancrée sur un projet d’émancipation

Une question s’impose : Que Faire ? La réponse implique de s’inscrire dans une démarche stratégique. Dans cette démarche il convient d’articuler le court terme et le long terme ; de répondre aux urgences et d’inscrire la réponse à l’urgence dans une perspective de long terme.

L’urgence est de résister. De résister aux valeurs mortifères, à la xénophobie, aux discriminations et aux racismes ; de résister à la casse sociale et aux inégalités ; de résister à la guerre, aux terrorismes et à l’instrumentalisation des terrorismes ; de résister au désastre écologique. Mais résister ne suffit pas. Des perspectives de long terme sont nécessaires et elles impliquent des ruptures, et d’abord une rupture avec un monde inacceptable. Une prise de conscience s’impose ; un projet est indispensable : un projet de société, un projet d’émancipation. Même pour résister, un projet alternatif et crédible est nécessaire.

Un projet d’émancipation ne se prépare pas en chambre. Il est préparé par des mouvements qui le portent. Il résulte d’une maturation des idées et d’une élaboration longue qui dégage de nouvelles valeurs. Un projet social alternatif résulte de plusieurs impératifs dialectiquement liés. Proposons d’en retenir quatre : un programme de mesures qui définissent des politiques alternatives ; une dynamique sociale portée par des mouvements sociaux et citoyens qui en constituent la base sociale et en déterminent les alliances ; l’engagement d’une bataille idéologique, de long terme et à engager tout de suite, sur les valeurs fondatrices d’une nouvelle hégémonie culturelle ; une réflexion sur les leçons historiques des projets alternatifs.

De manière paradoxale, le programme alternatif est assez bien défini. Ce programme comporte une série de mesures reconnues comme indispensables et mûries dans les forums sociaux mondiaux. Le contrôle de la finance et la socialisation des banques, la taxation des transactions financières, la remise en cause des dérives du libre-échange et du dumping social, fiscal, environnemental et monétaire, la suppression des paradis fiscaux et juridiques, etc. Ces mesures sont largement reconnues mais se heurtent au veto des dirigeants du capital financier et de ses affidés politiques. Ce programme propose ensuite une démarche de long terme, celle de la transition écologique, sociale, démocratique et géopolitique. Elle s’appuie sur des nouveaux concepts (le bien commun, le buen vivir, la prospérité sans croissance, la justice climatique, la relocalisation, la démocratisation radicale de la démocratie, …). Affirmer ce programme, le préciser, le partager n’est pas suffisant mais reste nécessaire.

Et pourtant, ce programme n’apparaît pas crédible à la société dans son ensemble et même à ceux qui devraient le porter. La question essentielle est celle de la dynamique sociale capable de le préciser et de le porter. La base sociale de ce projet est composée des mouvements qui s’engagent dans une orientation stratégique, celle des droits pour tous et de l’égalité des droits. La base sociale du projet se construit aussi à partir du projet. Elle regroupe les mouvements, ou dans chaque mouvement, ceux qui partagent les orientations stratégiques. La base la plus large est aujourd’hui formée par la convergence de tous les mouvements qui forment le processus des forums sociaux mondiaux, élargis à tous les nouveaux mouvements(3). Ces mouvements partagent une nouvelle culture politique, de nouvelles formes d’engagement, l’exigence d’un nouveau rapport au politique. Les questions des alliances se posent dans les différentes situations et dans les périodes. Il s’agit des alliances sociales avec les précarisés et les prolétarisés, des alliances idéologiques sur les libertés, des alliances politiques avec par exemple les néokeynésiens.

Comment se forment les évidences qui rendent possibles et nécessaires les changements. L’émergence de nouvelles valeurs s’inscrit dans le temps long. Mais, il y a des périodes de ruptures pendant lesquels des voiles se déchirent. Cette bataille pour l’hégémonie culturelle se mène dans la culture, dans l’art, dans les médias. Elle mobilise les pratiques alternatives et le travail intellectuel. Dans le même temps, les nouvelles idées, les nouvelles valeurs sont portées par les luttes et les résistances. Dans cette bataille, la question de l’égalité et du refus des discriminations, combinée à la conquête des libertés est centrale.

Un projet alternatif ne tombe pas du ciel. Il ne suffit pas de le vouloir, même si l’urgence justifie l’impatience. Un projet s’inscrit dans le temps historique qui combine le temps long et les ruptures ; entre la longue maturation des idées et l’accélération des périodes révolutionnaires. La révolution de 1789 est précédée par les Lumières, les révolutions des nationalités européennes de 1848 sont précédées par les mouvements pour l’autodétermination des peuples, le manifeste communiste par l’émergence du prolétariat et les luttes contre l’exploitation, les indépendances par les luttes pour la décolonisation, l’égalité des genres par l’égalité des droits.

Il n’est pas toujours aisé de prendre du recul par rapport à la prégnance du néolibéralisme secoué mais toujours dominant. Le temps long des mouvements donne le recul nécessaire. Le mouvement ouvrier s’est construit depuis le milieu du 19ème siècle. Il a connu une période d’avancées de 1905 à 1970. Malgré les guerres et les fascismes, il a réussi des révolutions en Russie, en Chine et dans plusieurs pays du monde ; à travers son alliance avec les mouvements de libération nationale, il a quasiment encerclé les puissances coloniales et impérialistes ; il a imposé des compromis sociaux et un « Welfare State » dans les pays du centre capitaliste. Depuis 1970, s’est ouverte une période de quarante ans de défaites et de régressions du mouvement social dans les pays décolonisés, dans les pays qui avaient connus des révolutions et dans les pays industrialisés. Les bouleversements et la crise pourraient caractériser la fin de cette longue période de régressions, sans que l’on puisse définir précisément ce qui va suivre. L’avenir est ouvert. Il y aura d’autres batailles . Il y aura possiblement et probablement d’autres défaites. Mais, à partir des leçons tirées des défaites, il y aura aussi des résistances, des avancées et des victoires.

 

(1) Gustave Massiah, in collaboration with Elise Massiah, Strategy for the alternative globalisation, Preface by Immanuel Wallerstein, Black Rose Books, Montreal, New York, London, 2011
(2) Gustave Massiah, Six pistes pour les nouvelles formes d’engagement à la solidarité internationale, IPAM, juillet 2015. http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article36949
(3) Gustave Massiah, Le Forum Social Mondial de Tunis en 2015, éléments de bilan, WSF, avril 2015
(4) Gustave Massiah, La bataille de Grèce, un épisode d’une guerre mondiale prolongée, Attac, août 2015

 

Crédit photo: http://www.lelotenaction.org/pages/content/archives/les-douze-hypotheses-d-une-strategie-altermondialiste.html
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CAP-NCS <![CDATA[Réponse à Denis Collin, président de l’Université populaire d’Evreux]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16058 2016-08-21T16:58:09Z 2016-08-21T16:58:09Z Muhamed AliIl est souvent affirmé que la dénonciation de l’islamophobie et la lutte contre son développement, en particulier au cours des quinze dernières années en France (comme l’a rappelé, en ce mois d’août, ce qui est devenu « l’affaire du burkini »), mènerait nécessairement à une complicité avec les courants salafistes. Pour nombre d’hommes politiques et d’idéologues, de droite comme de gauche, cette thèse est devenue un lieu commun et constitue l’un des axes centraux du consensus islamophobe. Jean Batou montre dans cet article qu’elle ne repose sur rien et que « la lutte contre l’islam sectaire et l’islam politique réactionnaire ne passe pas par la multiplication des interdits » mais par une politique antiraciste conséquente et l’émergence d’une alternative anticapitaliste.

 

L’islamophobie est une forme de racisme qui considère les musulmans, voire les femmes et les hommes de culture musulmane, indépendamment de leurs croyances et de leur investissement religieux, comme porteurs de tares particulières: goût pour la violence, machisme, intolérance, irrationalité, soumission aveugle, etc. Elle revendique ainsi l’interdiction de leurs pratiques culturelles (alimentaires, vestimentaires, etc.) dans l’espace public, voire l’arrêt de l’immigration de leurs pays d’origine. De nombreux groupes d’extrême droite s’en revendiquent explicitement, à tel point qu’Enzo Traverso a pu écrire tout récemment que «compte tenu de cette culture xénophobe et de discrimination extrême, l’idée que les citoyens musulmans puissent être astreints à porter un croissant jaune sur leurs habits, comme les juifs une étoile jaune pendant la Seconde Guerre mondiale, ne paraît plus invraisemblable»1.

Cette islamophobie s’inscrit certes dans la continuité du racisme de la période coloniale, qui discriminait l’indigène par rapport au citoyen en raison de l’incompatibilité présumée des coutumes et des institutions du premier (musulmanes, notamment) avec l’ordre social et les valeurs morales du second. Mais elle présente aussi des analogies avec l’antisémitisme de la première moitié du 20e siècle, en particulier dans l’aire germanique, qui entendait reformuler ‘l’identité nationale’ par opposition aux juifs. De la même façon, l’islam est utilisé aujourd’hui pour redéfinir une identité menacée par la mondialisation.

Tout cela n’empêche pas Denis Collin, professeur de philosophie dans un lycée d’Évreux et président de l’Université populaire de cette ville, de faire de la lutte contre l’islamophobie un cache-sexe du fondamentalisme musulman : «Partie des États islamistes les plus réactionnaires (Iran, Arabie Saoudite, Qatar) la ‘lutte contre l’islamophobie’, affirme-t-il dans un article publié en ligne le 12 juillet 2016, fait partie intégrante de la stratégie politique de conquête du pouvoir des diverses tendances de l’islam politique (…) »2.

Salafistes et islamophobes

Tout d’abord, pourquoi D. Collin pense-t-il que la lutte contre l’islamophobie puisse amener la gauche internationaliste à renoncer à combattre l’islam salafiste et ses mentors sur les plans idéologique et politique ? Rappelons que l’islam sunnite n’a ni église ni clergé, ce qui a permis à la dynastie des Saoud, depuis la suppression du califat ottoman en 1924, grâce notamment au contrôle du pèlerinage, de se poser abusivement en gardienne de l’orthodoxie musulmane. Elle a ainsi exporté les conceptions étriquées de la secte wahhabite, pour qui les musulmans doivent revenir à l’islam des origines, dont elle présente d’ailleurs une image caricaturale (cf. Fred Donner www.youtube.com/watch?v=5RFK5u5lkhA). De plus, après la Seconde Guerre mondiale, le monopole de la rente pétrolière lui a permis de financer de nombreuses mosquées, centres islamiques, écoles coraniques, médias, etc. à l’échelle mondiale, avec le soutien des puissances occidentales qui voyaient en elle un rempart contre le « socialisme arabe ».

Pourtant, contrairement à ce qu’affirme Denis Collin, l’islamophobie n’est pas combattue par « les États islamistes les plus réactionnaires », puisqu’elle ne fait que confirmer l’impossibilité pour les musulmans de vivre « parmi les infidèles » et facilite le « gouvernement des corps et des esprits » par les salafistes. Pour cette raison, il est tout à fait légitime que la lutte contre l’islamophobie soit soutenue par la gauche laïque, anticolonialiste, antiraciste et féministe – du moins, celle qui n’a pas rompu avec le B.A-BA de la dialectique (lire à ce propos l’article de Daniel Bensaïd, « Etat de la pensée dialectique en France et dans le monde », septembre 2005, http://danielbensaid.org/Etat-de-la-pensee-dialectique-en). En effet, cette lutte est la condition d’un combat efficace contre le contrôle des populations issues de l’immigration postcoloniale par l’islam religieux sectaire et/ou par l’islam politique réactionnaire.

Question de classe et oppression postcoloniale

Denis Collin a raison de souligner que les musulmans ne sont pas assimilables aux organisations islamiques. Encore faut-il qu’une hostilité montante à leur égard ne les pousse pas dans les bras de celles-ci. Sur ce point, il est surprenant de lire sous sa plume, qu’en France, catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, musulmans, agnostiques ou athées sont égaux devant la loi. Comme s’il n’existait pas d’autres sources de discriminations à l’égard de secteurs particulièrement défavorisés des classes populaires, stigmatisés de surcroît par leur statut postcolonial.

Or, aujourd’hui en France, un musulman ne peut pas être défini essentiellement comme quelqu’un «qui croit en totalité ou en partie ce que dit le Coran et en tire éventuellement quelques préceptes concernant sa propre vie». En réalité, sur le plan sociologique, c’est avant tout un travailleur ou une travailleuse mal payé, précaire, souvent chômeur, vivant dans des quartiers dégradés, victime au quotidien du racisme… C’est pourquoi, devant la faiblesse d’une gauche internationaliste, capable d’organiser la résistance de ceux et celles d’en bas, cet « islam populaire, bon enfant et qui ne pose aucun problème à quiconque » cède de plus en plus la place à la colère.

Denis Collin distingue « l’islam bon enfant » de la « la religion islamique », qu’il assimile à ses composantes religieuses ou politiques organisées. Si sa terminologie est un peu naïve, il comprend bien que l’islam sectaire (wahhabite, salafiste) et ses expressions politiques (Frères musulmans, etc.) ont effectivement mis la main sur « l’islam organisé ». Sur ce point, nous sommes en gros d’accord. Pourtant, ces courants ne se sont pas développés « en réaction aux tendances démocratiques et modernisatrices [de] l’empire ottoman au cours du 19e siècle », mais en réponse à la barbarie moderne de la Première Guerre mondiale. Comme son homologue européenne, la petite bourgeoisie musulmane a rejeté le discours révolutionnaire de l’Octobre russe, qui touchait de plein fouet l’islam, pour se tourner vers de nouvelles « utopies réactionnaires » que soutiendront effectivement les impérialistes britanniques et français (!!!) avant ceux des États-Unis.

Islams politiques réactionnaires et impérialismes

D. Collin ne fait pas dans la dentelle quand il évoque « l’accord historique entre Roosevelt et la dynastie Saoud signé sur le croiseur Quincy en 1945, [qui] va sceller l’alliance historique de l’impérialisme US et de l’islam fondamentaliste ». Les historiens auront raison de tousser… Mais il ne se trompe pas sur l’essentiel : depuis les années 1950, les États-Unis ont encouragé le wahhabisme, les Frères Musulmans et les ayatollahs conservateurs pour lutter contre les régimes progressistes de Mossadegh en Iran, de Nasser en Egypte, du Baath en Syrie et en Irak, etc. À ceci près que ces régimes n’avaient rien de laïc, contrairement à ce qu’il affirme… Il a raison aussi lorsqu’il évoque le soutien bien connu de la CIA aux Talibans, par le biais des services secrets pakistanais. Sans aucun doute, l’islam sectaire et l’islam politique réactionnaire sont partie intégrante du jeu des impérialismes à l’échelle mondiale. On pourrait ajouter que l’islam politique chiite table aujourd’hui habilement sur les rivalités inter-impérialistes en jouant la carte russe en Syrie et la carte US en Irak.

D’accord aussi avec D. Collin pour dire que l’islam politique est différencié, même si ses multiples courants partagent « une lecture plus ou moins littérale du Coran et qu’ils font de la soumission des femmes une question centrale de leur propagande ». D’accord aussi sur le fait qu’il représente « des forces politiques bourgeoises ». Pourtant, contrairement à ce qu’il affirme, leur hostilité « à la démocratie et à ses conséquences en matière de libertés individuelles » n’est pas une spécificité du monde musulman, mais une tendance générale du capitalisme dans le Sud Global. Présentent-elles « certains des caractères des organisations totalitaires » ? Oui, sans aucun doute, en encadrant les populations « par une propagande qui dispose de moyens importants » et en développant « un véritable gouvernement des corps et des esprits ». On en a vu cependant les limites en Egypte ou en Tunisie, où les deux expériences de pouvoir des Frères Musulmans et d’Ennahdha n’ont pas débouché sur l’installation de régimes totalitaires, mais sur d’imposantes mobilisations populaires d’opposition qui ont précipité leur discrédit.

En comparant le « capitalisme démocratique » occidental au « totalitarisme islamique », D. Collin ne voit pas que l’un domine les pays impérialistes, avec une tendance accrue à l’autoritarisme, tandis que l’autre contrôle quelques États du Sud, avec des difficultés croissantes, même en Arabie Saoudite… D’ailleurs, les Saoud ont préféré l’armée égyptienne « laïque » au gouvernement des Frères Musulmans pour faire face au peuple égyptien en colère.

Un ennemi en cache un autre

En Europe, D. Collin se trompe de cible lorsqu’il parle d’un « islamisme conquérant », alors que partout la droite et l’extrême droite raciste et islamophobe progressent de façon autrement inquiétante, lorsque la gauche ne présente pas une alternative antilibérale – pour ne pas dire anticapitaliste – forte. En même temps, il a raison de pointer le risque d’une conquête de la jeunesse précarisée d’origine musulmane par les réseaux salafistes, financés par l’argent du pétrole. Mais il se trompe sur la façon de la contrer.

La lutte contre l’islam sectaire et l’islam politique réactionnaire ne passe pas par la multiplication des interdits au nom d’une conception caricaturale de la laïcité, qui ne peut que leur donner une aura de victime. Il suppose avant tout l’intégration des précaires, en particulier des jeunes, aux luttes sociales, et le refus de toute forme de racisme. Pour autant, cela ne signifie pas qu’il faille mettre en sourdine nos combats politiques et idéologiques pour les droits démocratiques, les droits des femmes, les droits des minorités sexuelles, etc. Au contraire, nous aurons d’autant plus de chances d’être écoutés que nous nous opposons sans réserve aux mesures discriminatoires à l’égard des musulmans.

Pour D. Collin, «on doit, comme on le fait déjà aujourd’hui, continuer de garantir la liberté religieuse des musulmans comme celle de toutes les croyances. La foi est affaire de conscience et la liberté de conscience est un principe fondamental». Très bien. «Mais, ajoute-t-il, cette liberté de conscience n’autorise pas les croyants à régenter l’espace public en fonction de leurs croyances – dans les piscines comme dans les autres lieux publics, la mixité est la règle. De même, les enfants, quelles que soient leur religion, doivent être instruits des mêmes programmes fixés par les autorités politiques». Pas d’objection.

Cependant, quand il aborde la question du « voile », D. Collin commence à tout mélanger : d’abord il affirme que « les lieux institutionnels exigent souvent certaines règles de tenue » et que « dans de nombreux métiers, il existe une tenue réglementaire de travail ». Des arguments assez faibles, lorsqu’on comprend où il veut en venir. Il en déduit en effet, « qu’à l’école on se découvre devant le professeur », que « les fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions ne doivent pas afficher leurs croyances religieuses (ou politiques d’ailleurs) », et que donc, « on ne voit pas pourquoi les islamistes seraient fondés à exiger que les femmes musulmanes puissent être soustraites à ces lois communes ». Mais il ne nous dit pas en quoi le fait de porter un foulard sur les cheveux empêcherait une enseignante de donner un cours sur l’évolution, ou à une élève de suivre le programme de l’école publique. Surtout, il ne se pose pas la question de la liberté de choix des femmes concernées, qui devrait pourtant être notre préoccupation essentielle.

Le venin est dans la queue

« Il est grand temps de donner un coup d’arrêt à l’islamisme », nous assène-t-il en conclusion. On aurait pu croire que c’était parce que l’islam sectaire et l’islam politique réactionnaire sont des forces rétrogrades. Mais non. C’est parce que ces organisations « heurtent de plein fouet les traditions nationales populaires (sic), agissant comme de puissants dissolvants des solidarités traditionnelles, et fournissent les instruments de division dont le patronat a besoin ». Pour ceux qui pouvaient croire naïvement, dans la tradition de Marx, que c’était le capitalisme lui-même qui agissait comme puissant dissolvant des solidarités traditionnelles et fournissait les instruments de division dont le patronat a besoin, voilà un autre ennemi, sans doute beaucoup moins impressionnant !

Mais ce serait oublier, explique D. Collin, que le problème numéro 1, du moins à en croire Laurent Bouvet, un politologue proche du PS français pour qui la vocation identitaire de la gauche est gage de sa réussite, c’est l’« insécurité culturelle ». Après avoir cité cette « autorité », il part littéralement en vrille, dénonçant « les fractions de la gauche radicale qui soutiennent l’islamisme » (sic) et qui « font ainsi, consciemment ou non, le jeu du Front National » (resic). Après un effort louable de discussion, que viennent donc faire de telles imprécations à la fin de son texte ? Le venin est dans la queue, disaient les Romains. Dont acte. Mais cette polémique n’est pas à l’honneur de son auteur et ne mérite évidemment aucune réponse.

1. The Pluto Press Blog, 10 août 2016.
2. Voir : http://la-sociale.viabloga.com/news/la-pretendue-islamophobie-et-la-fonction-politique-des-organisations-islamiques

Photographie: @Thomas Hoepker /Magnum
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CAP-NCS <![CDATA[Convergences]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16013 2016-08-14T19:09:08Z 2016-08-09T17:00:15Z Le mouvement est populaire, la lutte est politique

Vendredi 12 août 2016 à 16 h, à l’UQAM, R-M120

 

Le pouvoir populaire n’aspire pas à la domination. Il se donne pour objectif de développer, à travers de nouvelles institutions, autant l’exercice démocratique de l’autorité que la construction de sujets autonomes. Ses actions principales visent la construction d’espaces où le pouvoir des institutions de la société capitaliste ne puisse s’exercer et capable de contrer l’action des appareils idéologiques destinés à produire les sujets du système. Pour cela, il se propose de construire une contre-culture différente et opposée à celle dominante

Hector Mendez[1]

 

ConvergenceAu Québec comme dans plusieurs pays, les mouvements populaires et les partis progressistes cherchent à faire converger leurs efforts. Pour faire échec à la droite et au néolibéralisme, il faut en effet élargir l’impact des luttes politiques et sociales et sortir du « périmètre », un peu comme ce qu’on a vu en Espagne avec l’expérience de Podemos. Mouvements et partis par ailleurs doivent trouver des manières de travailler ensemble tout en respectant leur autonomie et leurs capacités respectives. Nous voulons donc lancer une réflexion, avec des militants et des militantes de mouvements et partis et explorer ces questions :

  • Quelles sont les plateformes électorales susceptibles de rassembler la gauche ?
  • Comment faire échec aux contraintes juridiques et politiques qui nous contraignent sur la scène politique ?
  • Comment surmonter les obstacles entravant la convergence ?

Les intervenants et les intervenantes

  •  Aurélie Lanctôt (Ricochet)
  • Christophe Aguiton (militant syndical en France)
  • Manon Massé (députée de QS)
  • Marie-Ève Rancourt (militante syndicale)
  • Ludvic Moquin-Beaudry (militant étudiant)
  • Sébastien Bouchard (militant syndical)
  • Ronald Cameron (Alternatives)
[1] MENDEZ, Hector, Le pouvoir populaire. La pensée de la transformation sociale en Amérique latine, Paris, L’Harmattan, 2015.

 

 

 

Pouvoir et hégémonies

L’outil qu’est l’organisation politique doit être conçu comme un moyen, un organe unificateur subordonné aux mouvements de masse, une totalité non fermée dans laquelle chacun apporte ses particularités, un espace de globalisation et de synthèse des pratiques anticapitalistes contre-hégémoniques et solidaires, projetées vers le socialisme et l’émancipation. Les classes subalternes deviennent autonomes de classes dominantes dans la mesure où elles construisent des espaces contre-hégémoniques. L’activité autonome est objectivement contre-hégémonique, mais elle ne pourra dépasser sa position dans la société capitaliste si elle ne construit pas des identités massives, des outils d’articulation et des stratégies de pouvoir. L’organisation politique doit abandonner définitivement les approches coercitives et l’instinct policier, qui n’agit pas par-dessus l’existence quotidienne du peuple et de ses organisations; qui soit capable de soutenir la confiance sociale, la participation et la coordination organisationnelle, qui transforme les objectifs émancipateurs en réalité, qui est un apport pour la cause, mais qui ne prétend pas l’incarner, qui casse le rapport moyen/fin, qui anticipe dans ses formes l’avenir qui se considère comme un moment et non une externalisation fixe et spécialisée d’exercice du pouvoir, qui unifie sans dominer le discours et les pratiques émancipatrices qui ne réduit pas au « logos » de l’organisation et qui occasionnellement et subsidiairement, peut servir pour la conquête du pouvoir.

Miguel Mazzeo [2]

 

Le pouvoir populaire est un pouvoir qui n’aspire pas à la domination, mais à la construction du peuple et des individus qui le composent comme sujets. Un pouvoir qui se propose comme objectif de développer à travers de nouvelles institutions l’exercice démocratique de l’autorité et la construction de sujets autonomes. Pour cela, en même temps qu’il travaille à construire sa base matérielle, des espaces ou où le pouvoir des institutions de la société capitaliste ne peut s’exercer et s’emploie à mettre en échec le fonctionnement des appareils idéologiques destinés à produire les sujets du système des appareils qui émargent à la domination beaucoup d’efforts et à construire une contreculture opposée à celle de la société dominante.

Michel Foucault [3]

[2] MAZZEO, Miguel, El eje estatal, el poder y el sujeto postlininista. Algunas reflexiones, 2014.
[3] FOUCAULT, Michel, « Pouvoirs et stratégies » (entretien avec Jacques Rancière), dans Dits et écrits 11, Paris, Seuil, 1976.

Références

  • POIRIER-ST-PIERRE, Renaud, et Philip ÉTHIER, De l’école à la rue : dans les coulisses de la grève étudiante, Montréal, Éditions Écosociété, 2013.
  • NADEAU-DUBOIS, Gabriel, Tenir tête, Montréal, Lux, 2013.



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CAP-NCS <![CDATA[L’État, les droits et la démocratie sont-ils réconciliables ?]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16007 2016-08-14T19:09:47Z 2016-08-09T14:00:48Z Vendredi 12 août 2016 à 13 h, à l’UQAM, DS-4375

JusticeDans les pays occidentaux qui prétendent être des États de droit, nous sommes témoins de deux tendances contraires entre lesquelles il existe un déséquilibre croissant et inquiétant : d’une part, un désengagement, voire une démission de l’État là où il devrait agir pour garantir à toutes et à tous l’accès à la justice et, d’autre part, l’engagement de l’État et de son appareil répressif dans une politique pénale menaçant les droits et les libertés de l’humain.
Le diagnostic est important à établir, de même que le vaste territoire des alternatives : comment redéfinir les termes de droit et de démocratie et leur redonner un sens réel, inclusif, rassembleur ?

 

Les intervenants et l’intervenante

• Peter Leuprecht (professeur de droit international public à l’UQAM)
• Boaventura de Sousa Santos (sociologue à l’Université de Coimbra au Portugal et à Madison, É.-U.)
• Lucie Lamarche (professeure au Département des sciences juridiques de l’UQAM

Kafka et l’accès à la justice 

Peter LEUPRECHT

NCS, n° 16, 2016

Dans l’œuvre de Franz Kafka, juriste tourmenté et malheureux, les métaphores de la justice abondent – de la justice comme idéal et de la justice comme institution. Dans un bref récit (Devant la Loi[1]), il décrit de manière saisissante le drame de l’inaccessibilité à la justice. Un pauvre « homme de la campagne » se présente devant la Loi, mais un garde l’empêche d’y entrer. Le pauvre homme « ne s’est pas attendu à de telles difficultés; car enfin, se dit-il, la Loi doit rester accessible à tout un chacun et à tout moment ». Il campe pendant « des journées et des années » devant la porte de la Loi dans l’espoir de pouvoir y accéder. Il prend de l’âge et faiblit. N’apercevant que la lueur de plus en plus lointaine de la justice, il meurt finalement sur le seuil de la porte de la Loi.   

Le drame décrit par Kafka, il y une centaine d’années, est vécu par d’innombrables êtres humains et groupes dans notre société. Or, l’accès à la justice est un des éléments essentiels de tout État de droit. Le droit à l’accès à la justice est un des droits fondamentaux de l’être humain; en même temps, son respect est une condition de la réalisation des autres droits de la personne. L’État est responsable de la garantie effective de ces droits devant les personnes relevant de sa juridiction et devant la communauté internationale. Pour le droit d’accès à la justice, comme d’ailleurs pour les autres droits fondamentaux, cette responsabilité de l’État a des incidences sur le plan de l’organisation et du financement du pouvoir judiciaire. L’État doit assurer les moyens budgétaires nécessaires pour garantir le bon fonctionnement du pouvoir judiciaire et l’accès effectif des justiciables à la justice.

Or, au Canada une part famélique (en moyenne 1 %) des budgets gouvernementaux est consacrée au système de justice. Pour ce qui est des mécanismes de défense des droits de l’homme, le système en place au Québec laisse beaucoup à désirer. Il est confus, incohérent, brouillon et nettement inférieur à ce qui existe dans d’autres provinces canadiennes, par exemple en Ontario et en Colombie-Britannique, et dans des pays européens. La nécessité d’une refonte du système québécois est patente. Le Tribunal québécois des droits de la personne devrait être renforcé et rendu directement accessible. Un des obstacles principaux à l’accès à la justice est d’ordre économique et financier. Le système dont nous disposons au Québec et au Canada est malheureusement un système de justice pour les riches.

[1] Franz Kafka, À la colonie disciplinaire et autres récits, Paris, Actes Sud, 1998,

 

Démocratiser la démocratie

Une démocratisation de la démocratie n’est donc pas seulement le nom d’une transformation des institutions, des structures ou des relations de pouvoir, c’est aussi le nom qu’on peut donner à un travail des citoyens sur eux-mêmes, dans une situation historique donnée. Elle vise à surmonter des obstacles externes, « objectifs », mais aussi internes, « subjectifs », à l’action et à la participation politiques. Dans la terminologie de Foucault (1982), il correspond au passage de l’assujettissement à la subjectivation, en tant que modalité du « gouvernement de soi-même », dont rien ne dit qu’elle doive rester purement individualiste. La servitude volontaire peut être causée par la peur, sans aucun doute un de ses instruments les plus puissants : on pense à la description par Hobbes de la terreur et de la crainte religieuse (awe) inspirées par le pouvoir disproportionné du souverain. Mais alors elle risque toujours aussi de se retourner en révolte. Elle peut avoir pour cause l’idéologie, depuis l’influence de l’éducation jusqu’à celle des appareils de propagande et des médias qui conditionnent l’opinion publique. Enfin elle peut résulter de la liberté elle-même, ou plutôt de certains usages de la liberté qui séparent l’individu des conditions de sa propre action, sur le modèle de la description par Marx de la « liberté » du travailleur salarié, qu’on peut envisager d’étendre à tous les effets de l’individualisme dans la politique contemporaine, multipliés par le fait que ceux-ci sont indissociables d’un conformisme de masse, entretenu par le règne de la consommation et des médias commercialisés (comme l’avaient soutenu dès l’origine les théoriciens de l’École de Francfort). C’est ce rapport intrinsèquement conflictuel entre démocratie et servitude volontaire qui explique pourquoi tant de théoriciens de la citoyenneté démocratique ont fait de la désobéissance civique un des critères fondamentaux de la « vertu » du citoyen – sous réserve naturellement de discernement et d’appréciation des circonstances : car la désobéissance civique comporte à la fois la capacité de régénérer la liberté politique et celle de l’anéantir, de façon antinomique, en particulier lorsqu’elle passe (comme l’indique Hannah Arendt) de l’exercice d’un « droit » individuel à celui d’une « stratégie » collective de résistance à la tyrannie.

Étienne Balibar*

* Étienne Balibar, Démocratiser la démocratie, sur le Site Demain le monde, 1er juin 2016, < http://www.demainlemonde.net/contribution/democratiser-la-democratie/ >

 

Références

Nouveaux Cahiers du socialisme, L’accès à la justice, quelle Justice ?, n°, 16, automne 2016.
• Boaventura Sousa Santos, Vers un nouveau sens commun juridique. Droit, science et politique dans la transition paradigmatique, Paris, Librairie générale de droit et jurisprudence, 2004.

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CAP-NCS <![CDATA[Décoloniser le savoir]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16000 2016-08-14T19:10:13Z 2016-08-09T11:30:18Z Vendredi 12 août 2016 à 9 h, à l’UQAM, DS-2520

 

C’est pourquoi l’on pourrait dire que tous les hommes sont des intellectuels ; mais tous les hommes n’exercent pas dans la société la fonction d’intellectuel.

Gramsci *

Dans une époque pas si lointaine, la science et la technique « modernes » étaient des religions : croissance économique, individualisme possessif, instrumentalisation des humains et de la nature. Des experts proclamaient alors la « fin de l’histoire » et le « triomphe définitif du capitalisme ». Mais il ne suffit pas, explique Boaventura de Sousa Santos, de critiquer les impacts dévastateurs du capitalisme globalisé. Il faut aussi remettre en question les idées à la base de ce système. Il faut déconstruire le « monosavoir » qui domine et qui ne reconnaît qu’une sorte d’appropriation du réel, en niant la science des dominés, des premiers peuples, des femmes. Dans les forêts d’Amazonie, les populations ont des connaissances ancestrales sur la flore et la faune, que les entreprises comme Monsanto cherchent à leur arracher. À la base, il y a une autre conception du temps, qui n’est pas linéaire comme dans la pensée issue du capitalisme. Le rapport à la nature n’est pas compris par ces premiers peuples comme un lien de « propriété » imposant une domination humaine totale. Au contraire, tout ce qui se trouve sur la terre, humains et non-humains, éléments naturels y compris, forment une totalité, comme un ensemble de composantes qui est indispensable pour la survie de tout un chacun. L’écologie commence à nous rapprocher de cette vision du monde qui résiste dans les marges du système.

 

Boaventura de Sousa Santos

Boaventura de Sousa Santos

Mireille Fanon-Mendès-France

Mireille FanonMendès-France

* Gramsci, « Problèmes de civilisation et de culture », Cahiers de prison (1930-35), < https://www.marxists.org/francais/gramsci/intell/intell1.htm#sdfootnote7sym >

Décoloniser les savoirs et construire la sociologie des émergences

Boaventura de Sousa Santos

 

Le mode de pensée dominant dans les pays occidentaux est établi sur une approche monoculturelle.

  • Monoculture du savoir et de la rigueur : le seul savoir rigoureux est le savoir scientifique, et d’autres formes de connaissance n’ont par conséquent pas la validité ni la rigueur de la connaissance scientifique.
  • Monoculture du temps linéaire : l’histoire a un sens, une direction que les pays développés avancent.
  • Monoculture de la naturalisation des différences, celles qui occultent les hiérarchies dont la classification raciale, ethnique, sexuelle, et de castes.
  • Monoculture de l’échelle dominante : il existe une échelle dominante des choses qui a historiquement deux noms : universalisme et mondialisation.
  • Monoculture du productivisme capitaliste : la croissance économique et la productivité, mesurée dans un cycle de production, déterminent la productivité du travail humain ou de la nature, tandis que tout le reste ne compte pas.

Comment renverser cette impasse théorique ? Comment rebâtir une autre écologie du savoir  ? Il faut explorer d’autres pistes.

  • Écologie des savoirs : promouvoir un usage contre-hégémonique de la science hégémonique, ce qui ouvre à celle-ci la possibilité de fonctionner non comme une monoculture mais comme une partie d’une écologie plus large des savoirs, où le savoir scientifique peut dialoguer avec le savoir ordinaire, le savoir populaire, le savoir des indigènes, le savoir des populations urbaines marginales et le savoir des paysans.
  • Écologie des temporalités : l’important est de comprendre que si le temps linéaire est une forme du temps, il en existe aussi d’autres.
  • Écologie de la reconnaissance : décoloniser nos esprits pour pouvoir produire quelque chose qui distingue ce qui est produit de la hiérarchie de ce qui ne l’est pas ; car nous devons accepter seulement les différences qui restent une fois que les hiérarchies sont rejetées.
  • Écologie de la transéchelle : la possibilité d’articuler dans nos projets les échelles locales, nationales et globales.
  • Écologie des productivités qui consiste en la récupération et la valorisation des systèmes alternatifs de production, des organisations économiques populaires, des coopératives ouvrières, des entreprises autogérées, de l’économie solidaire, etc., que l’orthodoxie capitaliste productiviste a occultés ou discrédités.

 

Tout cela construit une sociologie insurgée, une sociologie des émergences, qui contracte l’avenir pour pouvoir rendre visible le « pas encore », l’inattendu et les possibilités « autres » qui émergent du présent. La raison, par rapport à la sociologie des absences,  matérialise des expériences disponibles, mais qui sont produites comme absentes et qu’il faut rendre présentes. La sociologie des émergences produit des expériences possibles qui ne sont pas données parce qu’il n’existe pas pour cela d’alternative, mais qui existent déjà en tant qu’émergences.

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CAP-NCS <![CDATA[Les défis de la gauche en Amérique latine]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15994 2016-08-14T19:10:31Z 2016-08-09T00:00:13Z Vendredi 12 août 2016 à 9 h et à 13 h (2 parties), à l’UQAM, R-M120

 

Manifestants PaysansDepuis 1999, un nouveau cycle politique apparaît en Amérique du Sud. Catalysés par les luttes populaires contre les politiques néolibérales des « décennies perdues » (1980-1990), des partis progressistes sont élus et promeuvent d’importantes initiatives en faveur du peuple à travers des politiques de redistribution et d’avancées en matière de politique sociale, de même que par la promotion des droits et de la légitimité de la lutte contre l’oppression. Pour autant, ces expériences ne permettent pas de confronter l’héritage des politiques de mal-développement héritées du néolibéralisme. Les gouvernements progressistes ont bénéficié d’une conjoncture internationale qui a gonflé les prix des ressources naturelles; ce faisant, ils se sont davantage enfoncés dans l’économie globalisée et ils peinent à contrecarrer le retournement qui se manifeste par la réduction de la croissance, notamment en Chine. Aussi, les mouvements populaires et la gauche sont devant un double défi : confronter le retour de la droite d’une part, et rénover la pensée et la pratique politiques dans le sens d’une réelle émancipation d’autre part. Cet atelier (qui se tiendra en deux sessions) permettra de cartographier le moment critique qui traverse la région, en portant attention aux traits communs et spécifiques de divers pays de la région pour explorer les nouvelles stratégies émergeant des luttes.

 

Intervenant-e-s

  • Sueli Carneiro (Brésil)
  • Sergio Haddad (Brésil)
  • Émilio Taddei (Argentine)
  • Lilian Celibeti (Uruguay)
  • Giovanna Rosa (Chili)
  • Pablo Solon (Bolivie)
  • Eduardo Ballon (Pérou)
  • Pierre Mouterde (Québec)
  • Bernardo Toro (Colombie)

 

Les nouveaux chemins du socialisme en Amérique latine

Alvaro García Linera[1]

En Équateur, en Bolivie et au Venezuela, le néolibéralisme a longtemps prévalu. Mais peu à peu à travers d’innombrables batailles des idées, ce paradigme s’est disloqué. Il y a eu une secousse spirituelle, mentale et culturelle dans les sociétés latino-américaines, une brisure culturelle, symbolique. Inspirés par Gramsci, nous avons compris qu’il ne peut y avoir de conquête du pouvoir, ni de transformation du rapport de forces dans l’État, s’il n’y a pas d’abord un changement des perceptions logiques et morales concernant l’organisation du monde et de la société. En d’autres mots, il ne peut pas y avoir un assaut contre le pouvoir (par voie électorale ou révolutionnaire), s’il n’y a pas d’abord une transformation des paramètres culturels. En réalité, l’hégémonie, en se référant à Gramsci et à Lénine, est une lutte culturelle, de symboles, d’identité, de visions, d’idées forces dans la société. Pour vaincre l’adversaire, il faut lui infliger une défaite culturelle, éthique, politique et, éventuellement, militaire. Inévitablement, la révolution doit se traduire en intervention imposant le renversement de l’adversaire.

Pour éviter le piège de remplacer des élites par d’autres, certains courants de gauche se refusent à prendre le pouvoir en se retirant dans de petits groupes, communes ou activités semi-autonomes. Mais lorsqu’on s’éloigne du pouvoir sous prétexte de ne pas se salir les mains, ça ne le fait pas disparaître. Au contraire, le pouvoir de l’État persiste sous la coupe de politiciens très proches des oligarchies traditionnelles. En s’isolant, nous laissons l’État désorganiser la société. Pour prendre le pouvoir cependant, il faut arrêter de concevoir l’État comme une chose à conquérir. L’État, c’est un ensemble de rapports sociaux. Mais l’État, c’est aussi la gestion du commun, de l’universel et du collectif. C’est une relation paradoxale, matérielle et idéale, collective et monopolisée, universelle et individualisée. Il faut s’emparer de cet État et transformer le pouvoir en le démocratisant.

Les processus révolutionnaires doivent apprendre à gérer le pouvoir, y compris au sein du gouvernement, du parlement, des ministères. En même temps, la démocratie latino-américaine, réelle, profonde et radicale, doit compter sur la mobilisation et la participation de la société dans la rue, pour défendre et approfondir le processus révolutionnaire. Si telle est la norme, il faut savoir que les grands moments de participation et mobilisation ne sont permanents ni éternels. Ils arrivent par vagues, avec des moments ascendants, puis des périodes plus calmes plus ou moins prolongées, jusqu’à tant que s’articule un nouveau processus de mobilisation sociale.

[1] Extraits de l’allocution du vice-président de la Bolivie lors de la deuxième rencontre latino-américaine progressiste, Quito, 29 septembre 2015. Le texte sera publié dans le prochain numéro des NCS, « Quelle démocratie », hiver 2017.
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CAP-NCS <![CDATA[D’un printemps chaud à l’autre (1972-2012)]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15988 2016-08-06T12:26:40Z 2016-08-08T21:00:09Z Vendredi 12 août 2016 à 9 h, à l’UQAM, DS-2585

Pratiquer la colère, c’est
décider, en toute conscience,
d’être à la même hauteur que
ses rêves et ses convictions,
pour les regarder bien en face

Hélène Pedneault

Front commun 72printemps étudiant2Au printemps 1972, une grève générale éclate à la suite de la mobilisation des employé-es du secteur public et de l’arrestation des chefs syndicaux. Les multitudes occupent les lieux publics, tiennent tête et finissent par imposer les revendications du « monde ordinaire ». Au printemps 2012, les étudiants et les étudiantes déclenchent un puissant mouvement de masse qui devient, avec les Carrés rouges, un mouvement citoyen inégalé dans l’histoire, car si « la lutte est étudiante, le mouvement est populaire ». Le gouvernement est défait, le mouvement citoyen en sort renforcé. Quelles sont les leçons ? Quel est l’héritage ? Comment relire ce passé pour agir aujourd’hui ?

Les intervenantes et les intervenants

  • Fanny Theurillat-Cloutier (professeure et syndicaliste)
  • Ghislaine Raymond (membre du collectif des Nouveaux Cahiers pour le socialisme)
  • Philippe Lapointe (syndicaliste)
  • Roger Rashi (Alternatives)

 

Quatre ans plus tard

 

Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants.
Marx*

Le mouvement étudiant qui a débouché sur la grande mobilisation des Carrés rouges a résulté d’un « mouvement de mouvements », d’un vaste ensemble non seulement d’organisations, mais aussi d’initiatives citoyennes, dépassant de loin les frontières des mouvements organisés. On pourrait dire qu’il s’est produit une nouvelle convergence, entre les « anciens » mouvements (syndicats, réseaux féministes), les « nouveaux » mouvements (jeunes, altermondialistes, écologistes) et, fait nouveau, les « non-mouvements », c’est-à-dire les milieux militants qui n’ont pas ou à peu près pas de réalité institutionnelle, permanente et structurée, mais qui ont tout de même la capacité de se concerter, de s’organiser et de se définir par l’entremise de moyens non traditionnels (les médias sociaux entre autres). La mobilisation a permis de rapprocher des revendications légitimes, « simples » et largement consensuelles (« Non à la hausse ! ») avec le temps long, porteur d’une autre vision du monde (« Non à la marchandisation du monde et à la liquidation du bien public! »). La mobilisation a bien manœuvré à travers un vaste répertoire d’actions de masse, très largement pacifiques, inclusives et décentralisées. Elle s’est construite sur la base d’alliances larges, adaptées à diverses problématiques thématiques et régionales. Le mouvement a repris le flambeau de la participation démocratique, a engagé des dizaines de milliers de personnes (aux études ou non) dans la délibération, le dialogue, le processus d’élaboration de stratégies et l’organisation populaire. La mobilisation de 2012 a créé auprès d’une frange importante de la population une identité politisée qui a été un des facteurs importants de la défaite du gouvernement de droite. Contrairement à une certaine vision théologique de l’histoire qui a eu beaucoup d’influence sur la pensée critique, le monde n’est pas programmé en fonction d’une « marche inéluctable de l’Histoire » (l’héritage hégélien). À l’inverse, une perspective uniquement basée sur l’intervention immédiate et volontariste, sans égard aux profondeurs historiques et structurelles, mène à des impasses politiques et théoriques.

Pierre Beaudet (rédacteur aux NCS

Références

 

• NADEAU-DUBOIS, Gabriel. « Enseignements printaniers : quelques éléments à retenir de la grève étudiante de 2012 », Nouveaux Cahiers du socialisme, no 9, printemps 2013, p. 188-197
• FRAPPIER, André et Bernard RIOUX. Le printemps des carrés rouges : lutte étudiante, crise sociale, loi liberticide, démocratie de la rue, Ville Mont-Royal, M Éditeur, 2012

*Karl Marx, Le 18 Brumaire de L. Napoléon Bonaparte, 1851. Édition en ligne publiée par les Classiques des sciences sociales : http://classiques.uqac.ca/classiques/Marx_karl/18_brumaine_louis_bonaparte/18_brumaine_louis_bonaparte.pdf

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CAP-NCS <![CDATA[Crise écologique : le futur e(s)t maintenant]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15984 2016-08-06T12:24:46Z 2016-08-08T14:00:49Z Vendredi 12 août 2016 à 9 h, à l’UQAM, DS-4375

 

Crise écologiqueLes choix sont clairs: soit un monde réchauffé de 4 °C avec la destruction massive de la biosphère et le risque de l’effondrement de la civilisation humaine ou le début d’une restructuration profonde de l’économie et de la société capitaliste et colonialiste. Le capitalisme, par sa logique inhérente à l’accumulation et au profit, nécessite la croissance de la production et la consommation sans limites peu importe les impacts désastreux pour la Terre-Mère et ses écosystèmes complexes.

Les objectifs de cet atelier:

• Décortiquer les liens entre le capitalisme et la crise écologique;
• Explorer comment les forces progressistes (écosocialistes, mouvement syndical, écologistes, citoyennes et citoyens engagés) peuvent-elles mobiliser et agir au-delà des efforts déployés jusqu’à maintenant;
• Comprendre le rôle clef du mouvement autochtone concernant la mobilisation, la résistance et les convergences possibles;
• Explorer en quoi le projet de décroissance est-il porteur;
• Définir comment jumeler les demandes concrètes et les actions à court terme avec la transformation profonde du système dans son ensemble à plus long terme ?

 

Les intervenantes et les intervenants

• Fred Magdoff, (scientifique et commentateur socio-politique)
• Mélissa Mollen Dupuis, (militante autochtone, Idle no more)
• Andrea Levy, (chercheuse indépendante et chroniqueuse)
• Geneviève Azam (Attac-France)
• Daniel Tanuro (écologiste)

Les peuples face au défi climatique[1]

 

Le système capitaliste nous a imposé une logique de concurrence, de progrès et de croissance illimitée. Ce régime de production et de consommation est la recherche du bénéfice sans limites, tout en séparant l’être humain de l’environnement, établissant une logique de domination sur la nature, convertissant tout en marchandise : l’eau, la terre, le génome humain, les cultures ancestrales, la biodiversité, la justice, l’éthique, les droits des peuples, la mort et la vie elle-même. Sous le capitalisme, la Mère-Terre ne constitue qu’une source de matières premières et en ce qui concerne les êtres humains, en moyens de production et en consommateurs, en personnes qui importent pour ce qu’elles ont et non pour ce qu’elles sont. L’humanité fait face à une grande alternative : continuer dans le chemin du capitalisme, du pillage et de la mort, ou entreprendre le chemin de l’harmonie avec la nature et le respect de la vie. Pour faire face au changement climatique, nous devons reconnaître la Mère-Terre comme la source de vie et former un nouveau système basé sur les principes suivants :

  • Harmonie et équilibre entre tous et avec tout
  • Complémentarité, solidarité et équité
  • Bien-être collectif et satisfaction de besoins fondamentaux de tous en harmonie avec la Mère-Terre
  • Le respect des droits de la Mère-Terre et des droits humains
  • La reconnaissance de l’être humain pour ce qu’il est et pas pour ce qu’il possède
  • L’élimination de toute forme de colonialisme, d’impérialisme et d’ingérence
  • La paix entre les peuples et la Mère-Terre.

L’énorme défi auquel l’humanité fait face pour arrêter le réchauffement global et refroidir la planète sera atteint seulement en effectuant une transformation profonde dans le domaine de l’agriculture vers un modèle durable de production agricole paysanne indigène, et d’autres modèles et pratiques ancestrales écologiques qui contribueraient à solutionner le problème du changement climatique et qui assurent la souveraineté alimentaire, comprise comme le droit des peuples à avoir le contrôle de leurs propres semences, terres, eau et la production d’aliments. Nous considérons comme inadmissible que les négociations en cours nécessitent la création de nouveaux systèmes qui amplifient et font la promotion du marché du carbone à tel point que les systèmes existants n’ont jamais résolu le problème du changement climatique et qu’ils ne se soient pas, non plus, transformés en actions concrètes et directes pour la réduction des gaz à effet de serre.

[1] Extraits du texte produit par la Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Mère-Terre, 22 avril 2010, Cochabamba (Bolivie). Pour le texte au complet : http://reporterre.net/Cochabamba-le-texte-de-l-Accord

 

 

Références

• Fred Magdoff, « An Ecologically Sound and Socially Just Economy », Monthly Review, vol. 66, n° 4, septembre 2014
• Daniel Tanuro, « Les fondements d’une stratégie écosocialiste », Nouveaux Cahiers du socialisme, n° 6, Écosocialisme ou barbarie, 2011
• Maxime Combes Blockadia et Alternatiba, les deux piliers de la justice climatique :
https://france.attac.org/se-mobiliser/changeons-systeme-pas-climat/article/blockadia-et-alternatiba-les-deux

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CAP-NCS <![CDATA[La guerre sans fin]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15980 2016-08-14T19:10:47Z 2016-08-08T11:30:57Z Vendredi 12 août 2016 à 9 h à l’Université McGill,

Pavillon Bronfman, local 151, 1001 rue Sherbrooke Ouest

 

Ceux qui aiment la paix doivent apprendre à s’organiser aussi efficacement que ceux qui aiment la guerre.
Martin Luther King

Dans notre monde « post-bipolaire », nous assistons à l’aggravation des contradictions inter-impérialistes mettant aux prises l’empire américain (en déclin relatif) et ses alliés-subalternes de l’OTAN d’une part, et des puissances « émergentes » (Chine, Russie, Turquie, Iran, etc.) d’autre part. Entre-temps, une « guerre sans fin », ouverte en 2003 après les invasions américaines de l’Afghanistan et de l’Irak, traverse une sorte d’« arc des crises », de l’Asie centrale jusqu’aux confins de l’Afrique, avec comme épicentre le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Parallèlement, les interventions militaires de l’OTAN sous commandement américain se multiplient. Dans l’arc des crises, des factions militarisées appuyées par des puissances sèment la terreur. Pendant ce temps se développe un vent de droite qui ravive le racisme et la xénophobie, et qui cible les réfugié-es, les immigrant-es, particulièrement les populations arabophones ou musulmanes. En dépit de ces attaques, les résistances des peuples se développent un peu partout, souvent dans des conditions d’une incroyable adversité, comme on le voit en Syrie, en Irak, en Palestine et ailleurs. En Europe et en Amérique du Nord, le mouvement anti-guerre qui s’est envolé en 2003 essaie de reprendre son souffle. De tout cela se dégagent plusieurs questions. Est-ce que la militarisation actuelle va déboucher sur des conflits majeurs (dans le genre troisième guerre mondiale) ? Ou est-ce que cela va continuer de se jouer par procuration à partir de conflits éparpillés ? Est-ce que la gouvernance va déraper vers l’autoritarisme et le fascisme ? Et surtout, que peut-on faire pour bloquer cette dérive meurtrière ?

Intervenant-e-s

  • Gilbert Achcar (SOAS)
  • Fabio Alberti (Transform!, Italie)
  • Phyllis Bennis (Institute for Policy Studies, États-Unis)
  • Dominique Boisvert (Centre de ressources sur la non-violence, Québec)
  • Reiner Braun (International Peace Bureau, Suisse)
  • Kamal Lahbib (Forum social magrhébin, Maroc)
  • Helmut Scholz (Die Linke, Allemagne)
  • Maite Mola (Gauche européenne)

 

La guerre « sans fin »

 

La guerre « sans fin »

La stratégie néoconservatrice qui prend sa forme développée dans les années 1990 doit, selon ses promoteurs états-uniens, se traduire par une guerre globale, permanente et préventive :

• La guerre est globale, elle n’a pas de théâtre d’opérations délimité. Elle traverse toutes les frontières. Elle n’est plus soumise aux conventions internationales. L’occupation des territoires par des forces armées américaines est présentée comme légitime et nécessaire, de même que l’utilisation d’armes de destruction massive. On légalise également des pratiques qui étaient utilisées de manière semi-clandestine, telles que la torture, la détention sans procès, les assassinats, etc.
• La guerre est permanente. Elle n’a ni début ni fin. Il y aura toujours des conflits et les États-Unis seront toujours prêts. La guerre n’est plus régie par des déclarations formelles ou des processus soumis à une certaine légalité internationale. Elle fait partie du dispositif « normal » de la domination.
• La guerre est préventive. Les États-Unis se réservent le droit d’attaquer avant d’être directement menacés et donc d’agir en anticipant les actions d’adversaires réels ou présumés. La Charte des Nations unies est caduque.

En Palestine, la stratégie est de détruire les acquis – par ailleurs limités – engendrés par l’héroïque résistance du peuple palestinien et consolider le pouvoir de l’État israélien, allié-clé des États-Unis. Il faut subjuguer les Palestiniens, ce qui implique de transformer l’infrastructure politique palestinienne (OLP) en un appareil collaborateur de contrôle sur la population. Du côté américain, la destruction totale de ce qui reste de la Palestine ne leur semble pas un impératif: c’est ainsi que, de temps en temps, se présentent entre les États-Unis et Israël des lignes de fractures, des désaccords. Cependant, sur le fond, la convergence est plus importante que la divergence. Pour préserver l’impérialisme américain, l’avenir des territoires palestiniens occupés passe loin derrière le renforcement d’un dispositif militaire régional au sein duquel Israël constitue un élément essentiel.

Michel Warschawski, Alternative Information Center (Jérusalem)

Pour comprendre davantage

• Gilbert Achcar, Le Peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe, Arles, Sinbad, Actes Sud, 2013
• Robert Fisk, La Grande Guerre pour la civilisation : l’Occident à la conquête du Moyen-Orient (1979-2005), Paris, La Découverte, 2005
• Michel Warschawski, Programmer le désastre — La politique israélienne à l’œuvre, Paris, La Fabrique, 2008
• Nouveaux Cahiers du socialisme, Impérialisme au XXIe siècle, Empires et confrontations, n° 13, hiver 2015

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CAP-NCS <![CDATA[Les mouvements populaires face à l’État :]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15971 2016-08-14T19:11:02Z 2016-08-08T01:00:29Z COMMENT LUI RÉSISTER ? COMMENT LE TRANSFORMER ? COMMENT LE DÉPASSER

 

Jeudi 11 août 2016 à 16 h, à l’UQAM, R-M120

 

Les mouvements populaires ont un projet ambitieux : comment construire un système social, politique et économique qui rompt avec le « développement » et l’extractivisme dont les sociétés humaines sont une des composantes ? Devant nous, il y a une structure d’État avec laquelle nous sommes constamment engagés par des confrontations, des défis, des propositions et des transformations. Un peu partout en Asie, en Europe, dans les Amériques et en Afrique, les mouvements remettent en question cette réalité du pouvoir de l’État en cherchant à créer et à élargir l’espace politique nécessaire à l’émancipation.

 

Intervenant-e-s

  • Jonathan Durand Folco (Réseau d’action municipale)
  • Shalmali Guttal (Focus on the Global South)
  • Joseph Purugganan (Focus on the Global South)
  • Pablo Solon (Fondation Solon)
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CAP-NCS <![CDATA[La solution est la paix]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16047 2016-08-14T19:12:22Z 2016-08-07T18:58:45Z Ziad MedoukhDans un monde en effervescence : guerres, violence, attentats, haine, crimes, attaques terroristes, agressions, bombardements, interventions militaires, pauvreté, précarité, chômage, chocs sociaux et économiques, menaces nucléaires, traumatisme collectif, et horreur absolue qui fauchent des vies infiniment précieuses et répandent la souffrance et la peur.

Avec la domination de l’intolérance et le rejet de l’autre, nous vivons une crise morale, qui commence à avoir des conséquences dramatiques sur des pays et des nations. Tant de manipulation et d’instrumentalisation par des médias et des politiques qui cherchent à récupérer avec « opportunisme » les monstruosités, la douleur, l’horreur, pour soigner leur cote de popularité, pour ouvrir des brèches criminelles entre les peuples, pour avoir plus d’intérêts économiques.

Le résultat est certes le même, horrible, l’horreur ne tombe pas du ciel. Elle naît de fractures, de fêlures, de rejets, de discriminations, d’intolérances ; de violences sociales, guerrières, de frustrations, d’injustice et d’humiliations.

Si nous ne sommes pas vigilants, les politiques et les médias arriveront à nous faire détester les opprimés et aimer ceux qui les oppriment.

Loin des manipulations politique et médiatique, d’une malhonnêteté flagrante, nous devons sortir du cercle vicieux de la guerre et de la terreur.

Cette situation nous rappelle combien la vie est sacrée et que face à la barbarie, nos meilleures armes sont la force de l’esprit là où sévit l’obscurantisme, la puissance de l’amour là où hurle la haine, les instruments de la paix là où tuent les armes de guerre.

Plus que jamais, œuvrer à un vivre ensemble pacifique s’impose, nous avons besoin des paroles solidaires et réconfortantes, des actions contre l’amplification du climat de racisme et contre des idéologies dominantes qui commencent à gagner la majorité des esprits.

L’espérance naîtra de notre capacité à nous rencontrer avec nos multiples appartenances, pour nous reconnaître d’une même humanité. Elle se renforcera par notre volonté de nous unir autour d’un même combat pour la dignité. Tout le monde devrait nous montrer des voies pour bâtir la paix, et s’engager sans relâche pour conjurer la vengeance et la peur, en semant la paix dans le cœur des enfants et des jeunes.

La solution n’est ni sécuritaire ni militaire, elle est avant tout sociale et scolaire, la solution est la paix, nous devrons remplacer la culture de la guerre par la culture de la paix.

La paix est une demande populaire partout dans le monde, le problème est que la paix est devenue un slogan pour beaucoup de pays, d’institutions, d’organisations et de personnes, qui jour et nuit déclarent avoir travaillé et œuvré pour réaliser cette paix dans leur entourage, dans leurs pays, dans leurs régions et dans le monde, mais sur le terrain, ils ne font rien pour la réaliser, au contraire, ils incitent à la haine et l’intolérance dans leurs actions et dans leurs mesures.

Les raisons sont simples : les intérêts économiques de ces pays, l’absence d’une éducation à la paix dans les écoles et dans les universités, et surtout l’absence d’une vraie volonté pour réaliser cette paix. Sans oublier que le monde entier vit une crise morale, avec des valeurs humaines qui tombent en faveur des intérêts personnels.

Nous vivons dans la violence, les guerres, la peur, l’inquiétude et la méfiance entre personnes et entre pays.

J’accuse comme premiers responsables de cette situation d’insécurité dans le monde les fabricants d’armes, qui au travers de leurs relations économiques avec les hommes politiques et les décideurs, essayent de garder cette situation d’insécurité dans le monde afin d’augmenter leurs profits et leurs bénéfices, même sur le dos de milliers de victimes.

Il y a ici une raison principale à cette situation c’est l’injustice, quand un pays riche, au lieu d’aider les pays pauvres à sortir de leur crise économique et de leur envoyer des aides alimentaires, leur envoie des missiles et des militaires pour occuper et déstabiliser ce pays.

De même, il y a des conflits qui durent depuis plus d’un demi-siècle comme le conflit israélo-palestinien, et aucun pays ni aucune organisation n’arrive à trouver une résolution de ce conflit, pourtant simple : la fin de l’occupation et la fin de la colonisation des territoires palestiniens, et l’instauration d’une paix juste et durable.

Mais on voit des pays qui encouragent Israël dans sa politique agressive à l’encontre des Palestiniens par l’envoie d’armes à cet état d’apartheid, et le défendent dans les instances internationales.

On doit accepter l’autre et essayer de vivre avec lui, loin des différences ethniques et religieuses, on doit augmenter le nombre de rencontres interculturelles et internationales partout dans le monde, chacun doit connaître la culture de l’autre, on doit enseigner à nos enfants à vivre ensemble, le rôle de l’école devrait changer, l’école ce n’est pas seulement un espace scientifique et d’apprentissage, mais c’est un lieu de rencontre, c’est inculquer les principes et les valeurs humaines dès l’enfance, afin de participer à créer une génération tolérante, une génération qui s’ouvre sur la justice, sur la paix et sur la stabilité dans le monde. Une génération qui soit capable de lutter pour instaurer la paix, et qui se mobilise pour ces valeurs humaines et humanistes.

La question ce n’est pas de créer et d’engager une nouvelle éthique, mais de revenir à nos valeurs humaines de tolérance, de justice, d’accepter l’autre, de vivre ensemble, de mettre la paix comme un objectif à réaliser, et pas seulement comme un slogan ou comme un discours. Il y a ici une responsabilité de ces associations et organisations nationales et internationales qui œuvrent pour la paix, qui devraient renforcer leurs actions et toucher un public plus large, notamment dans les lieux de conflit afin d’arrêter la violence et augmenter la chance pour arriver à des solutions pacifiques. À mon avis, il y a un manque de conscience chez les gens, il manque un travail de fond. Ce qu’ont encouragé la violence et les guerres partout dans le monde.

Cette violence favorise l’injustice et la haine, ce qui rend la solution pacifique très difficile, et ainsi la violence engendre la violence, et c’est la paix qui sera perdante.

Quand le monde prendra-t-il conscience que la violence est en train de saper les fondements de l’humanité et des civilisations ?

Tout le monde doit assumer ses responsabilités afin d’éviter d’aggraver notre crise morale et cette tendance vers l’intolérance.

Pour sortir de cette crise morale, on devrait commencer un travail de fond avec la nouvelle génération, on devrait proposer aux enfants et aux jeunes une culture à la paix, une éducation à la tolérance, un enseignement des valeurs humaines. Il y a un rôle très important à jouer par les médias, qui devraient augmenter leurs programmes et leurs chaînes pour sensibiliser les gens au danger de la violence et des conflits et essayer de rapprocher les peuples et participer à instaurer une culture de paix et de tolérance. Par exemple, les chaînes de TV et les journaux, au lieu de mettre à la Une de leurs pages et de leurs écrans, une image ou des nouvelles d’une guerre, attentat, ou bombardement, pourraient mettre une action de paix ou une rencontre sur la tolérance dans le pays ou la région de cette guerre ou attentat.

Je vous donne un exemple concret : on a créé à notre université de Gaza un Centre de la paix pour enseigner les principes de la démocratie, des droits de l’homme, de tolérance et de paix aux jeunes étudiants, ce Centre organise des ateliers, des rencontres et des formations sur ces principes ; quand on invite des journalistes à visiter notre Centre afin de couvrir nos activités, ils ne viennent pas, mais quand il y a un bombardement israélien sur Gaza ou des affrontements , les journalistes arrivent nombreux. Ces journalistes au lieu de m’interroger sur les actions de notre Centre, demandent des réponses sur les attaques et les offensives israéliennes contre la bande de Gaza. Et ça se répète en Iraq, en Syrie, au Yémen où les médias s’intéressent aux clashs et aux attentats violents, au lieu de parler des actions faites pour la tolérance et pour la paix dans ces pays, qui sont nombreuses, mais pas connues à cause de la non-couverture médiatique.

Toujours en Palestine, et malgré l’occupation et la colonisation, et malgré leur souffrance au quotidien depuis plus de 70 ans, il y a plus de 300 organisations, associations, centres, magasins, médias, facultés et écoles, qui portent le nom de la Paix dans les territoires palestiniens.

En conclusion, nous devrons tous travailler ensemble et nous mobiliser afin d’essayer de sauver ce monde de sa crise morale et de favoriser le dialogue entre les pays et les gens pour arriver à une vraie paix durable, une paix qui passe avant tout par la justice.

Il est vrai que construire la paix nécessite discrétion, humilité, persévérance et tolérance, des qualités rares dans notre monde actuel, mais nous devons croire en l’humanité, car l’humanité est plus forte que les prisonniers de la haine ! Et que l’humanité est pacifique avant tout !

 

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CAP-NCS <![CDATA[Mon ami Refaat ne viendra pas au Forum]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16043 2016-08-07T14:10:15Z 2016-08-07T14:10:15Z Refaat_SabbahC’était à la fin des années 1980. L’Intifada, le soulèvement palestinien non armé, battait son plein. Les jeunes affluaient par milliers dans les rues pour affronter les soldats de l’occupation qui avaient reçu l’ordre de « casser des bras », selon l’expression du premier ministre israélien de l’époque. Dans les villages, les quartiers, partout, la population palestinienne, de tous les âges, mettait en place une sorte d’administration parallèle.

Refaat Sabbah venait de Burkin, un petit village du nord de la Cisjordanie occupée, alors en rébellion ouverte contre l’occupation. Pendant de longs mois, Refaat avait été détenu, sans procès ni accusation (la « détention administrative »). Finalement, lorsque je l’ai connu, il venait de terminer ses études et de commencer à exercer sa profession d’enseignant à Ramallah.

Être enseignant en Palestine, c’est un honneur, un défi et une mission. Dans les écoles surpeuplées, les jeunes sont survoltés. En même temps, l’éducation est le bien le plus précieux où enfants, enseignants et parents s’acharnent, souvent dans des conditions très difficiles, à faire fonctionner les écoles. Refaat comprenait qu’il fallait non seulement gérer ce chaos permanent, mais aussi remettre en question les manières de faire et un certain autoritarisme hérité des administrations précoloniales. C’est ainsi que Paulo Freire s’est infiltré en Palestine grâce au travail du collectif mis en place par Refaat, le Teacher Creativity Center (TCC). C’était un combat acharné à la fois contre les mécanismes de l’occupation et contre une partie de la société et du leadership palestinien conservateur.

Pendant plusieurs années, Refaat est venu plusieurs fois à Montréal, Ottawa et Toronto, pour développer une intense relation de solidarité. Au tournant du millénaire, à l’invitation du groupe Alternatives où j’œuvrais à l’époque, il avait participé au deuxième Forum social mondial, à Porto Alegre au Brésil. Pour lui, ce Forum avait été un éblouissement, mené par l’enthousiasme et l’imagination des dizaines de milliers d’altermondialistes du monde entier, y compris du Québec. Plus tard en 2010, Refaat et ses camarades convoquaient dans les territoires occupés le Forum social mondial sur l’éducation où se sont regroupés plusieurs milliers de participants pour discuter éducation, démocratie, droits des femmes et des enfants, paix et justice.

Pour Refaat, la lutte pour la mise en place d’un État palestinien indépendant, une cause juste et légitime de tout un peuple, ne peut trouver son sens sans une lutte parallèle pour changer la société et briser les hiérarchies qui bloquent l’avancement des jeunes, des femmes, des couches populaires en général. Par ailleurs, cette lutte doit être menée par le peuple, par ses organisations populaires, et, autant que faire se peut, de manière non violente, ce qui est très difficile devant le dispositif extrêmement agressif de l’occupation. À Tunis en 2013 et en 2015, Refaat et de nombreux Palestiniens sont venus en force au Forum social mondial. Plusieurs Tunisiens disaient aux Palestiniens, « c’est votre Intifada qui nous a inspirés ». Du côté palestinien, ce printemps arabe de même que d’autres grands mouvements comme les Indignés et les Occupy laissaient entrevoir un nouvel élan vers l’émancipation.

Aujourd’hui, l’heure est sombre en Palestine. Avec l’appui indéfectible des États-Unis et de ses alliés-subalternes comme le Canada, l’État israélien accélère l’occupation et multiplie les exactions commises tous les jours par les soldats et les colons de l’occupation. Le reflux du printemps arabe est un facteur supplémentaire créant actuellement une situation où beaucoup de Palestiniens ont l’impression de suffoquer. Mais que faire sinon continuer ? En Palestine, on appelle cela le « sumud », qui pourrait se traduire par « tenir bon ».

Refaat comme plusieurs Palestiniens des territoires occupés était bien content de venir à Montréal pour le FSM. Ils voulaient nous expliquer là où ils en sont et également relancer les appels à des actions internationales, dont la campagne de BDS pour exercer des pressions économiques sur l’État israélien. Cette campagne qui progresse fait peur aux responsables de l’occupation et aussi à ceux qui continuent de les appuyer sans égard au droit international et à l’éthique.

Récemment, Refaat a eu une grande surprise quand sa demande de visa a été refusée. Il était un visiteur connu auprès des services consulaires canadiens. On savait bien qui il était, en tant que démocrate, défenseur de la paix, et adversaire explicite de la violence. Et pourtant un bureaucrate anonyme lui a signifié un refus. Une décision autant plus obscurantiste du fait que sa participation au FSM était appuyée par des syndicats québécois et d’autres associations qui avaient décidé d’assumer ses frais.

Comment expliquer ce refus scandaleux ? Il y a probablement des motivations croisées.

Durant l’administration de Stephen Harper, les restrictions contre les populations du tiers-monde qui veulent voyager au Canada ont été renforcées. Des enseignants, des étudiants, des professionnels invités dans des colloques savants, se voient régulièrement fermer la porte au nez. Cette posture de la « forteresse assiégée » qu’on retrouve avec Donald Trump et l’extrême droite européenne fait des Palestiniens, Congolais, Marocains, Népalais et autres « barbares » des personnes à risques qu’il faut refouler.

Il y a sans doute une autre raison. Plusieurs dizaines de Palestiniens ne peuvent plus obtenir de visa. Mustafa Barghouti, membre élu du conseil législatif palestinien, a lui aussi rencontré un mur. Il était venu une bonne vingtaine de fois au Canada et maintenant, il ne pourra pas être au Forum parlementaire mondial convoqué en marge du FSM. Lui non plus n’a pu surmonter la barrière bureaucratique, qui requiert des informations souvent impossibles à compiler, et qui coûte également très cher. Il est difficile de penser qu’il n’y a pas quelque chose de politique dans ce refus soi-disant technique.

Depuis son élection, le gouvernement de Justin Trudeau s’inscrit globalement en continuité avec Harper concernant la politique extérieure et la gestion des frontières. Sa déclaration préélectorale à l’effet que le Canada voulait être « de retour » dans le monde sonne creux. Il se pourrait que tout cela aboutisse à une autre humiliation au moment où le Canada cherche à réintégrer le Conseil de sécurité de l’ONU dont il avait été expulsé en 2010. Pour le moment en tout cas, l’État canadien (et non pas la population) est perçu comme une puissance hostile par de nombreux peuples dans le monde.

En attendant, Refaat continue et Refaat est avec nous malgré tout. Il interviendra au FSM, via le cyberespace, dans les débats organisés par la FNEEQ et d’autres syndicats et associations québécoises du domaine de l’éducation.

« Sumud »…

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CAP-NCS <![CDATA[Transformation sociale et politique]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15963 2016-08-14T19:12:43Z 2016-08-07T13:30:45Z Jeudi 11 août 2016 à 13 h, à l’UQAM, R-M120/h3>

Nuit DeboutNous discuterons des processus de construction des alternatives sociales et politiques qui émergent pour contrecarrer les propositions politiques nationalistes, racistes, xénophobes menaçant le monde entier. Nous analyserons les expériences en cours à partir des nouveaux partis et des nouvelles coalitions sociales et écologiques. Nous aborderons l’évolution de campagnes électorales récentes (dont celles de Bernie Sanders, de Jeremy Corbyn, du Sinn Fein, de Podemos, de Syrisa, du mouvement « Nuit Debout ».

 

Intervenant-e-s

  • Chantal Delmas (Espaces Marx, Transform!)
  • Maité Mola (Isquierda Unida, Espagne)
  • Natasa Theodorakopoulou (Gauche européenne)
  • Fathi Chamki (Front populaire tunisien)
  • Gustave Massiah (Intercoll)
  • Pierre Beaudet (NCS)
  • Christian Pilichowski (syndicaliste Transform!)

 

Une nuit, debout*

Denis Godard

Nuit Debout est la résultante de plusieurs dynamiques, une colère générale, le développement plus ou moins souterrain de différentes luttes, le surgissement d’une lutte générale contre une loi antisociale (la loi El Khomri du nom de la ministre du Travail dite aussi « loi travail ») et l’initiative d’occuper la place de la République le soir du 31 mars prise hors des cadres traditionnels. Comprendre cela n’est pas faire travail d’archiviste du mouvement. Cela permet d’anticiper la profondeur et la capacité de réaction du mouvement et donne des pistes sur son avenir. La colère générale contre le système et le pouvoir s’exprime depuis des mois de différentes manières, désaffection vis-à-vis du gouvernement, désaffection vis-à-vis de tous les partis dominants. Cette colère n’est pas forcément progressiste quand elle s’exprime par le vote pour l’extrême-droite. Mais elle n’est pas univoque. Elle s’est aussi exprimée par la popularité des travailleurs d’Air France molestant le directeur des ressources humaines (en déchirant sa chemise) cet automne ou le succès d’une pétition de soutien aux syndicalistes de Goodyear condamnés à de la prison. Et depuis un an les luttes se sont multipliées, locales et isolées, dans les lieux de travail, signe d’un retour de combativité après des années de recul depuis l’échec du dernier grand mouvement social en septembre 2010. C’est dans ces expériences que se reconstruisent progressivement combativité, confiance et besoin de mouvement global.

L’avenir n’est pas écrit

Pendant que ce mouvement avance et se pose des questions, les trajectoires dominantes du pouvoir continuent d’opérer dans le sens d’un renforcement de l’État policier, dans le sens du racisme et du nationalisme, dans le sens des attaques sociales. Les monstres ne sont pas tapis dans l’ombre, ils sont là et bien là. Une de leurs formes est l’extrême droite. C’est aussi pour cela que la trajectoire du mouvement le place nécessairement en confrontation radicale avec les politiques de la classe dirigeante et avec l’État. Encore une fois cette confrontation ne progressera pas de manière linéaire. Le mouvement connaîtra sans doute des échecs partiels et des reflux apparents. Sans doute changera-t-il plus d’une fois de forme. Il faudra parfois qu’il sache s’engouffrer dans des flux massifs et spontanés, quitte à se taper dans un mur pour apprendre à le démolir ou le sauter. Parfois il dépendra d’initiatives prises par une minorité mais qui font sens pour des nombres plus importants. Ce qui est sûr, c’est qu’après des années d’apparente atonie et de progression de toutes les tendances réactionnaires dans la société française, quelque chose a changé, qui a fait à nouveau basculer l’espoir. Les pierres précieuses enfouies sous la lave durcie des derniers mouvements sont revenues à la surface avec la lave rougie, plus brillantes encore. Les temps qui viennent ne seront pas moins durs. Mais désormais nous ne sommes plus condamné•e•s à les subir couché•e•s.

* Extrait d’un texte paru le 16 avril 2016 sur le site de la revue Contretemps : http://www.contretemps.eu/interventions/nuit-debout-faire-briller-pierres-pr%C3%A9cieuses
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CAP-NCS <![CDATA[Luttes contre l’exclusion et le racisme]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15930 2016-08-14T19:13:03Z 2016-08-07T11:30:53Z Jeudi 11 août 2016 à 9 h, à l’UQAM, DS-2585

Le racisme n’est pas un tout, mais l’élément le plus visible, le plus quotidien,
pour tout dire, à certains moments, le plus grossier d’une structure donnée.
Frantz Fanon

Le phénomène migratoire, sous les effets conjugués de la globalisation néolibérale, ne cesse de s’accélérer. Le déplacement massif des mains-d’œuvre des pays du Sud vers ceux du Nord s’effectue au profit de l’accumulation du capital à l’échelle planétaire. L’une des conséquences d’un tel changement est le nombre important d’immigrantes et d’immigrants avec des emplois très précaires. Dans un contexte où les droits du travail, les acquis sociaux et économiques de la population en général subissent, surtout au Québec, les assauts répétés de l’application des politiques néolibérales, l’éventualité d’une lutte commune s’impose.

Militant PauvretéManifestants PoliceMilitants Racisme

Les intervenants et l’intervenante

• Eric Shragge (Centre des travailleurs et travailleuses immigrant-es)
• Chantal Ismé (militante féministe)
• Will Prosper (militant de Montréal-Nord)
• Horace Campbell (Syracuse University et Black Lives Matter)

 

Nos luttes mûrissent, grandissent

Angela Davis

 

Depuis l’essor du capitalisme global et des idéologies associées au néolibéralisme, il est devenu particulièrement important d’identifier les dangers de l’individualisme. Les luttes progressistes (contre le racisme, la répression, la pauvreté, etc.) sont vouées à l’échec si elles ne s’accompagnent pas du développement d’une conscience certaine de la promotion insidieuse de l’individualisme capitaliste. Alors même que Nelson Mandela a toujours insisté sur le fait que ce qu’il avait accompli était le fruit d’un effort collectif, mené avec tous les camarades qui ont lutté à ses côtés, les médias n’ont eu de cesse de l’ériger personnellement au rang de héros. Un processus similaire a tout fait pour dissocier Martin Luther King Jr. du grand nombre de femmes et d’hommes qui constituait le cœur du mouvement pour la liberté au milieu du vingtième siècle. Il est essentiel de récuser et de résister à cette description de l’Histoire comme le succès de quelques héros, afin que chacun, aujourd’hui, puisse reconnaître son potentiel et le rôle qu’il peut jouer dans les combats toujours plus nombreux qui sont menés.

Le féminisme noir a émergé comme tentative théorique et pratique de démontrer que la race, le genre et la classe sont inséparables dans le monde social que nous constituons. Au moment de son apparition, il était régulièrement demandé aux femmes noires ce qui était le plus important à leurs yeux : le mouvement noir ou le mouvement des femmes. Nous répondions alors que ce n’était pas la bonne question. Ce qu’il fallait se demander était comment comprendre les points de jonction et les connexions entre les deux mouvements. Nous cherchons toujours aujourd’hui à comprendre la manière dont la race, la classe, le genre, la sexualité, la Nation et le pouvoir sont inextricablement liés, mais aussi le moyen de dépasser ces catégories pour comprendre les interactions entre des idées et des processus en apparence sans liens, indépendants. Mettre en avant les connexions entre les luttes contre le racisme aux États-Unis et celles contre la répression des Palestiniens par Israël est, dans ce sens, un procédé féministe.

Je dirais que nos luttes mûrissent, grandissent, produisent de nouvelles idées, font surgir de nouvelles problématiques et de nouveaux terrains sur lesquels nous devons mener notre quête de liberté. À l’instar de Nelson Mandela, nous devons avoir la volonté d’entreprendre la longue marche vers la liberté.

 

Références

• Observatoire international sur le racisme et les discriminations de l’UQAM : https://criec.uqam.ca/observatoire-international-sur-le-racisme-et-les-discriminations.html
• Montréal-Nord Republik : https://www.facebook.com/montrealnord.republik

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CAP-NCS <![CDATA[Radios-poubelles et populisme de droite]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15950 2016-08-14T19:13:19Z 2016-08-07T01:00:05Z Jeudi 11 août 2016 à 13 h, à l’UQAM DS-2520

RADIO-POUBELLE-225x300Depuis maintenant plusieurs années, les médias de masse privés envahissent les ondes et tout le reste. Le « modèle » vient des États-Unis : du sang, du sexe, des scandales, et partout un discours ordurier contre les organisations populaires et syndicales, contre les intellectuel-les. Au Québec, on connaît le phénomène des « radios X », également l’invasion d’un narratif de droite, souvent masqué comme des « opinions », voire de l’« humour », dans le réseau Québecor, V TV et plusieurs autres. Tout cela nourrit un populisme de droite qui prend diverses formes, dans des réseaux communautaires, des municipalités et des formations politiques de droite et même d’extrême-droite.
Quelles sont les interactions ? Pourquoi les médias-poubelles attirent-ils une grande partie des classes populaires et des jeunes? Que faire pour s’y opposer ? La gauche doit-elle changer ses manières ?

 

Les intervenants et l’intervenante

 

Francine Pelletier

Francine Pelletier, journaliste

 

Donald Cuccioletta

Donald Cuccioletta, chroniqueur sur les États-Unis

 

Sebastien Bouchard

Sébastien Bouchard, syndicaliste

 

Le populisme de droite en action

 

Le discours et la pratique de la radio-poubelle sont qualifiés de populistes, car les animateurs qui y travaillent affirment parler au nom du peuple atomisé, désorganisé. Ainsi, les références au « monde ordinaire », au « vrai monde », au « Québécois moyen », à « l’homme de la rue », à « la majorité silencieuse » ou, plus précisément, aux cols rouges (FM 93) ou aux « X » (Radio X) ne supposent pas d’aider ces personnes à s’organiser démocratiquement pour faire entendre leur voix. D’une masse d’auditeurs se forme un groupe d’appartenance prêt à rependre les propos et à suivre les actions annoncées par les animateurs.
Dans une société de consommation où l’implication po¬li¬tique et l’organisation colletive et démocratique sont dévalorisées, le citoyen spectateur et passif es¬père la venue d’un chef, d’un justicier pour confronter l’élite et la remettre à sa place. Ce même citoyen n’a pas conscience que la véritable élite, sujet de son admiration, est précisé¬ment celle qui le maintient dans son rôle de consommateur. Les animateurs jouent en partie ce rôle, tout en maintenant un dis¬cours d’espérance d’un futur grand meneur ou chef qui ferait le ménage. Pour susciter l’adhésion, l’animateur interpelle les auditeurs en reprenant les pré-jugés populaires (non scientifiques ou jour¬na¬lis¬tiques) pour dire que ce sont « les vraies affaires », le « gros bon sens », et ainsi donner du poids à sa propagande.
Le discours populiste de droite de la radio-poubelle pro¬pose une nouvelle identité de culturelle de classe sociale, qui se réfère non pas aux intérêts objectifs concrets et matériels des travailleurs, mais plutôt au mode de vie, à la culture, à l’accent et au style. On propose un modèle culturel de « virilité » basé sur la loi du plus fort, la pollution motorisée, le sport en tant que spectacle et la musique rock. La promotion de la musique et du sport, tout à fait naturelle pour une radio, prendra un caractère po¬li¬tique à plus d’une reprise.

 

Références

• Un site Internet, Sortons les radios-poubelles : http://sortonslespoubelles.com/les-medias-poubelles-inspirent-les-conservateurs/
• Sébastien Bouchard, « Le populisme de droite en action », Nouveaux Cahiers du socialisme, février 2015, < http://www.cahiersdusocialisme.org/2015/02/02/la-radio-poubelle-le-populisme-de-droite-en-action1/>

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CAP-NCS <![CDATA[Contre la misère et la faim]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15946 2016-08-14T19:13:35Z 2016-08-06T21:00:51Z Jeudi 11 août 2016 à 13 h, à l’UQAM DS-2585

Crise Alimentaire

Debout, les damnés de la terre

Debout, les forçats de la faim

La raison tonne en son cratère.

C’est l’éruption de la faim.

Eugène Pottier, L’Internationale

La mondialisation de la production alimentaire déplace les enjeux et les défis à une échelle internationale. La dégradation de la biosphère et ses conséquences sur la disponibilité alimentaire, tout comme la spéculation effrénée qui l’accompagne, dévoilent de plus en plus ouvertement les aspects systémiques et inter-reliés des enjeux auxquels font face les mouvements populaires. Comment relier les mouvements écologistes et communautaires dans une démarche convergente vers une société écologiste dans des domaines comme l’alimentation ? Quelles sont les pratiques inspirantes dans le domaine ?

 

Les intervenants et l’intervenante

  • Frédéric Paré (Regroupement des cuisines collectives du Québec)
  • Amélie Daigle (Paroles d’excluEs, Québec)
  • Rob Robinson (International Alliance of Inhabitants, É.-U.)
  • Jean-Paul Faniel (Table de concertation sur la faim et le développement social, Québec)

 

Il y a des alternatives

Si les citoyens et les entreprises, qu’elles soient de l’économie sociale ou capitalistes, peuvent jouer un rôle dans l’avènement d’un système alimentaire plus juste et écologique, ils ne sont pas responsables pour autant de son avènement. Le droit à l’alimentation, au travail décent, à la santé ou celui à un environnement sain, sont des droits dont la réalisation repose sur la capacité régulatrice et la fonction même d’un État, garant du bien commun. Ce rôle régulateur de l’État que nous réclamons doit être mis en perspective par rapport aux autres approches plus ou moins interventionnistes en la matière (l’État producteur et distributeur style URSS, l’État subventionnaire, l’État incitateur et l’État laissant tout le contrôle au marché). Comme exemple d’un État régulateur, la Table sur la faim et le développement social du Montréal métropolitain propose l’élargissement de la gestion de l’offre à d’autres produits du panier alimentaire de base afin d’en stabiliser les prix et d’en permettre l’accessibilité à tous. Autre exemple d’un État régulateur est celui de la SAQ dans le Grand Nord où le contrôle de l’État sur la distribution d’un produit stabilise les prix sur tout le territoire. Tous s’entendent pour dire que l’agriculture biologique est meilleure pour la santé de la planète et celle des personnes. Après plus de 50 ans de pratique au Québec et une reconnaissance claire du public, elle n’occupe toujours pas plus que quelques points de pourcentage sur l’ensemble des ventes alimentaires au Québec. Il en va de même pour le transport en commun. Bien qu’il progresse, y accéder devient de moins en moins accessible. Ces deux solutions (alimentation bio et transport en commun) n’ont pas encore fait l’objet de véritable choix collectif. Et qu’en est-il de la sécurité alimentaire, prise en charge par des organismes communautaires et le don alimentaire ? Quel sérieux accorde-t-on au droit à l’alimentation, chez nous ? Et si les dépenses gouvernementales nous le disaient…

Frédérick Paré

Changer le système

 

Les forces contradictoires du système capitaliste dans un contexte où tous les secteurs d’activité visent à maximiser leurs profits, produisent une agriculture où nombreux sont ceux qui ont faim, bien que la nourriture soit abondante. D’autre part, il y a peu de véritable recyclage des matières organiques, ce qui augmente la dépendance aux engrais de synthèse alors que des quantités excessives de substances nutritives s’accumulent dans des fermes d’élevage industriel et dans les villes. Notons enfin que le travail dans les fermes ou dans les abattoirs est souvent marqué par l’abus, voire la cruauté, et que la pollution due aux pesticides et aux engrais est endémique. Les décisions et les pratiques courantes des agriculteurs conventionnels et d’autres intervenants du système agricole ne paraissent sensées, rationnelles, que si elles sont vues dans la perspective du profit maximum inhérent au système capitaliste. On doit donc conclure que la manière dont fonctionne le système agricole capitaliste dans le monde réel est irrationnelle d’un point de vue environnemental et social. À quoi pourrait ressembler une agriculture rationnelle ? Une agriculture rationnelle serait pratiquée par des agriculteurs individuels ou des associations (coopératives) d’agriculteurs et aurait comme objectif de fournir à la population entière, en quantité suffisante, de la nourriture de bonne qualité et variée tout en veillant à ce que les fermes et les champs soient exploités selon des méthodes humaines pour les animaux et en harmonie avec l’écosystème.

Fred Magdoff

 

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CAP-NCS <![CDATA[Luttes de classes made in the USA]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15940 2016-08-14T19:13:47Z 2016-08-06T11:30:28Z Jeudi 11 août 2016 à 13 h, à l’UQAM, DS-4375

Ce pays est ton pays, ce pays est mon pays
Ce pays a été fait pour toi et moi
Alors que je marchais – j’ai vu un signe ici
Et ce signe disait – Défense d’entrer
Mais sur l’autre côté… ça ne disait rien!
Eh bien, ce côté a été fait pour toi et moi
Woody Guthrie

Militant 15$On connaît les États-Unis comme le pays champion du capitalisme néolibéral sans limites : des millions de pauvres qui dépendent de l’aide alimentaire, le chômage et le précariat occultés derrière les « Mcjobs » et les millions de travailleurs et de travailleuses sans statut, système politique corrompu au profit des millionnaires, etc. Et, en plus, une violence antipopulaire systématique qui s’exerce notamment contre les Afro-Américains et les Latinos. S’il y a encore des gens pour appeler cela le « modèle américain », cela témoigne de la formidable machine de propagande qui commence par Hollywood et qui s’étend dans tous les médias de la planète.

MilitanteMais les États-Unis, c’est aussi une autre histoire. Dès la conquête européenne, les Autochtones ont résisté. Les millions d’esclaves qui se sont révoltés sous la bannière Sojourner Truth et de John Brown. Des socialistes et des syndicalistes ont défié les structures de l’exploitation dans les grandes usines de Détroit et de Chicago. Dans les années 1960, le gigantesque mouvement des droits civiques a tenu tête avec des personnalités extraordinaires comme Malcolm X et Martin Luther King, pendant que les étudiants et les étudiantes sortaient par millions pour dire Non à la guerre impérialiste au Vietnam et que les femmes revendiquaient l’égalité. Aujourd’hui, les États-Unis connaissent un regain des luttes populaires autour de mouvements spectaculaires (Occupy, Black Lives Matter) ou plus discrets comme les grèves des enseignants et des enseignantes de Chicago ou les occupations de McDonald dans la campagne pour les 15 $ de l’heure. Tout cela secoue la société au point où un politicien qui s’affirme socialiste, Bernard Sanders, devient un point de référence. Ce pays états-unien «alternatif», c’est ce dont nous voulons parler au FSM.

Intervenants et les intervenantes

• Bhaskar Sunkara (directeur de la revue Jacobin)
• Jodi Dean (professeure au Hobart and William Smith Colleges)
• Jerome Scott (animateur du Project South)
• Jennifer Cox (animatrice du US Social Forum)

Lutter partout

Afin de comprendre les objectifs des luttes aux États-Unis, il faut garder à l’esprit les particularités de la structure fédérale des États-Unis. Par conséquent, les luttes sont souvent menées à l’échelle de l’État fédéré ou de la ville. Tout d’abord, l’enjeu de l’éducation à Chicago : frappées par l’austérité, beaucoup d’écoles n’ont plus d’infirmières, ni de bibliothèque et elles sont menacées de privatisations ou de fermetures. Le syndicat des enseignants et enseignantes de Chicago (CTU) a décidé de toujours mobiliser main dans la main avec la communauté. Grâce à ce travail de dialogue continu avec la communauté et vu la situation concrète de fermeture d’écoles à Chicago, la CTU réussit à convaincre, par exemple, les parents d’élèves de la nécessité de faire grève et celle du 1er avril a été suivie par 90 % des enseignant-es. Ensuite, la mobilisation des travailleurs et travailleuses agricoles en Californie, dans l’État de Washington et au Mexique. Une mobilisation a commencé autour du droit de se syndiquer, contre le travail des enfants, pour l’augmentation des salaires (à travers la revendication d’un salaire minimum de 15 dollars par heure dans tout le pays) et pour la baisse du temps de travail qui est de 12 heures par jour à San Quentin au Mexique. Une autre lutte emblématique est celle des enseignant-es de Los Angeles (UTLA). À Los Angeles, 90 % des élèves sont non blancs et pour beaucoup d’entre eux l’anglais est la 2e langue. Dans ce contexte, l’État de Californie encourage la création d’écoles privées qui excluent les pauvres et il coupe les budgets des écoles publiques. La UTLA demande donc +10 % en salaire et de meilleures conditions de travail et d’étude. La UTLA se définit comme organisation pour le changement social, racial, politique et économique. Enfin, la lutte des travailleurs et des travailleuses du transport (Teamsters) : le syndicat a lancé la campagne pour en finir avec le travail précaire chez UPS, la première entreprise mondiale du transport de colis.

Benjamin Birnbaum

À lire

Ou vont les E-U
• Une analyse accessible de l’évolution des États-Unis (histoire politique) jusqu’à aujourd’hui ;
• Un examen des enjeux contemporains, dont la crise du capitalisme made in USA, tant sur le plan interne des États-Unis que sur leur rôle au niveau international – et de leurs impacts sur le Canada ;
• Une explication de la dynamique des luttes sociales aux États-Unis.

 

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CAP-NCS <![CDATA[À gauche, un nouveau dialogue Québec-Canada]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15925 2016-08-14T19:14:00Z 2016-08-05T21:00:49Z Jeudi 11 août 2016 à 9 h, à l’UQAM, R-M120

 

Forum Social des PeuplesLes dominants au Canada cherchent à consolider leur pouvoir et à diviser les mouvements populaires. Par ailleurs, les mouvements et les luttes, du côté québécois comme du côté canadien, ont leurs rythmes et leurs cultures propres. Peut-on faire converger ces résistances ? Dans quelle mesure le Québec peut-il avoir un effet d’entrainement ? Comment les mouvements canadiens peuvent-ils jouer un rôle dans la lutte d’émancipation nationale du peuple québécois ? Comment bâtir la solidarité ?

 

Intervenant-e-s

  • André Frappier (QS)
  • David Bush (Rank and File, Toronto)
  • Leslie Thompson (militante syndicale d’Halifax)
  • Hassan Husseini (militant syndical d’Ottawa)
  • Sarah Beuhler (militante environnementale, Vancouver)
  • Andrea Levy (Canadian Dimension et NCS)

Le NPD et le Québec*
Richard Fidler

Lors du référendum de 1995, le NPD s’est coalisé avec les autres partis fédéralistes contre la souveraineté, tout comme il l’a fait en 1980. Plus tard (2000), le NPD a appuyé le gouvernement fédéral (dirigé par le Parti libéral) pour voter la loi dite sur la « clarté », qui subordonne la reconnaissance de la souveraineté du Québec à l’acceptation de la légitimité du vote par le Parlement canadien.

En 2003 sous la gouverne de Jack Layton, le NPD a tenté de se racheter. Avec son encouragement, la petite section québécoise du NPD a adopté le texte aujourd’hui connu sous le nom de la Déclaration de Sherbrooke, qui prétend offrir une vision nouvelle du fédéralisme pour que le Québec « embrasse le cadre constitutionnel canadien ». Cette vision, c’est celle du « fédéralisme asymétrique », qui signifie que le Québec pourrait exercer par rapport à des législations fédérales « un droit de retrait avec compensation, dans des champs de juridiction exclusive des provinces ». Dit autrement, c’est le « fédéralisme coopératif », qui est un processus permanent de négociation des politiques et programmes entre le Québec, Ottawa et les autres provinces et territoires.

Par ailleurs, la Déclaration de Sherbrooke reconnaît explicitement le « droit du Québec à l’autodétermination ». Elle propose également que le NPD respecte, dans l’éventualité d’un nouveau référendum, le choix qui serait adopté par 50 % + 1 des électeurs et des électrices, même si la Déclaration, en fin de compte, esquive la loi sur la « clarté ». Au total, la Déclaration de Sherbrooke se présente comme une stratégie visant l’acceptation par le Québec d’une union fédérale avant même d’avoir obtenu des garanties constitutionnelles de son caractère national.

Fait à noter, cette ambigüité du NPD diverge des positions du Congrès du travail du Canada (CTC) qui a décidé d’accepter les positions des syndicats québécois. Ainsi en 1993, le CTC et la FTQ ont signé un protocole qui accorde à cette dernière le statut d’une centrale autonome au Québec. Le CTC et la FTQ ont mis cet accord en exergue comme un modèle pour le fédéralisme canadien. Selon l’ancien président du Syndicat des postiers, Jean-Claude Parrot, cet accord établit en fait une relation de souveraineté-association entre les syndicats québécois et canadiens.

 

*Extraits du texte « Le NPD peut-il construire une alternative » publié dans les NCS, La question canadienne, n° 9, hiver 2013.
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CAP-NCS <![CDATA[Les héritages du mouvement populaire au Québec]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15966 2016-08-14T19:14:11Z 2016-08-05T21:00:27Z Jeudi 11 août 2016 à 13 h, à l’UQAM, DS-3375

 

Marche des femmesLa nécessité de saisir les changements induits par le néolibéralisme nous amène à porter un nouveau regard sur l’histoire du mouvement populaire depuis les années 1960 au Québec où a fleuri un réseau dense de résistances et de construction d’alternatives. Comment les luttes populaires et syndicales se sont-elles transformées depuis les années 1960-1970 ? Comment le mouvement communautaire peut-il réconcilier le travail de prestation de services et la lutte contre l’État ? Les mouvements citoyens spontanés peuvent-ils inspirer les mouvements ?

 

Les intervenant-e-s

• Eric Shragge (militant, Centre des travailleurs et travailleuses immigrants)
• Jocelyne Lamoureux (professeure au département de sociologie, UQAM)
• Jean Panet-Raymond (militant et sociologue)
• Suzanne-G. Chartrand (membre des NCS)

Une longue marche[1]

 

Dans la foulée de la « Révolution tranquille », on voit des couches de citoyens et citoyennes marginalisés par le système politique et économique tenter de s’organiser sur leur propre base. Très rapidement, les comités de citoyens vont déborder cet espace limité pour se développer au niveau des quartiers et toucher des problèmes plus vastes : santé, justice, endettement, etc. Plus tard, dans les années 60, on voit une radicalisation politique de plusieurs secteurs de la société dont les comités de citoyens. Parmi ces derniers, plusieurs militants et militantes sentent la nécessité de surmonter la fragmentation des groupes et de mettre l’accent sur le contenu politique des luttes. En jonction avec un mouvement syndical qui lui aussi, à cette époque, connaît une forte combativité, les groupes populaires développent une foule d’initiatives dont la formation de comités d’action politique. Ceux-ci, à Montréal, vont se regrouper pour créer en 1969 un parti municipal, le Front d’action politique. On voyait ainsi surgir les éléments d’un projet politique alternatif à tendance socialisante et démocratique. Pourtant, les années 70 verront se désagréger cette tentative par le mouvement populaire et syndical de constituer un contre-pouvoir. D’autres tendances sont en effet à l’œuvre dans la société québécoise. D’une part, il faut relever l’apparition d’une gauche politique marxiste-léniniste dont les pratiques envers les groupes populaires ont eu comme effet d’en saborder un grand nombre et d’en réduire d’autres à de simples courroies de transmission du « parti ». D’autre part, l’État québécois encadre de plus en plus le champ social en récupérant, lui aussi, certaines initiatives du mouvement populaire. Ainsi, les expériences de cliniques populaires de santé et les cliniques juridiques serviront à la création des Centres locaux de services communautaires (CLSC) en 1972 et au service d’aide juridique. Cette tendance va s’accélérer avec l’arrivée au pouvoir, en 1976, d’un nouveau joueur sur la scène politique, le Parti québécois, qui réussit assez rapidement à monopoliser une bonne partie du soutien des mouvements syndical et populaire. Malgré l’échec de la radicalisation politique, le mouvement populaire et communautaire va continuer à s’enraciner avec la mise sur pied de plusieurs regroupements locaux et nationaux, l’expansion du secteur des coopératives d’habitation, une toute nouvelle attention portée envers la solidarité internationale et enfin une plus grande professionnalisation des interventions faites par les groupes. Ainsi, pour les dernières années de la décennie 80 et tout au long de la suivante, les deux principaux fronts de lutte pour le mouvement communautaire seront, d’un côté, l’obtention d’une reconnaissance par l’État québécois, tenant compte de leur autonomie et spécificité, ainsi qu’un financement adéquat et récurrent. Le mouvement communautaire est donc, comme l’ensemble des forces sociales qui tentent d’humaniser ce monde, à la croisée des chemins.

Christian Brouillard

 

Références

  • Fédération des femmes du Québec, Une histoire brève de la marche mondiale des femmes, 2010

 

[1] Extrait du texte « Constitution d’un mouvement » paru dans À Bâbord!, n° 10, été 2005
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CAP-NCS <![CDATA[L’impérialisme et le colonialisme made in Canada]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15918 2016-08-14T19:14:27Z 2016-08-05T13:30:26Z Jeudi 11 août 2016 à 9 h, à l’UQAM, DS-3375

 

Idle No MoreMilitaire Impérialisme

Cette session va décrypter les formes particulières adoptées par l’État canadien pour coloniser le territoire et se positionner comme maillon du dispositif impérialiste sous le commandement américain. Parallèlement, l’atelier va analyser les formes particulières et les stratégies déployées par le capitalisme globalisé contemporain. En quoi les pratiques coloniales canadiennes et impérialistes se distinguent-elles ? Où en est le Canada comme allié-subalterne de l’Empire ?

 

Les intervenants

• Leo Panitch (militant du Socialist Register)
• Thomas Chiasson-LeBel (chercheur membre du collectif NCS)
• Clifton Nicolas (militant mohawk)
• Paul Kellogg (professeur, Université d’Athabasca

 

 

Impérialisme au XXIe

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