Nouveaux Cahiers du socialisme Faire de la politique autrement, ici et maintenant... 2016-05-04T14:04:24Z http://www.cahiersdusocialisme.org/feed/atom/ http://www.cahiersdusocialisme.org/wp-content/uploads/cropped-logo-NCS-512-32x32.jpg CAP-NCS <![CDATA[L’objectif: un salaire minimum à 15 $ de l’heure d’ici 2022]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15617 2016-05-04T14:04:24Z 2016-05-04T14:04:24Z

Photo: Alexandre LeducBon nombre des syndicats de la centrale vont participer à la campagne en employant divers moyens pour que le salaire minimum soit porté à 15 $ dans leurs conventions collectives. Ce texte fait partie d’un cahier spécial. Le mouvement syndical poursuit depuis toujours, avec ténacité, ses efforts pour sortir les travailleurs du salaire minimum : ce revenu suffit à peine à faire face aux nécessités de l’existence et condamne dans bien des cas à l’appauvrissement. La Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ) se lance dans une campagne pour que ce salaire soit porté à 15 $ de l’heure et se donne six ans pour arriver à cet objectif.

Bien des gens s’imaginent que les travailleurs membres d’un syndicat reçoivent une rémunération qui dépasse largement 10,55 $ de l’heure (10,75 à partir du 1er mai). Mais il y a encore des syndiqués payés au salaire minimum, comme le déplore Daniel Boyer, le président de la FTQ : « Malheureusement, il en reste, mais il y en a peu, parce qu’on réussit au fil des négociations à améliorer le sort des travailleurs. » Il arrive tout de même fréquemment que tel soit le cas lors de la syndicalisation d’un nouveau groupe.

Les syndicats refusent d’utiliser ce salaire comme barème dans une négociation : « Les gains sont obtenus graduellement la plupart du temps. Quand les gens décident de se syndiquer, il va de soi qu’ils ont un syndicat qui représente leurs intérêts collectifs et qui négocie leurs conditions de travail. À partir de là, on réussit à une table de négociation à convaincre les employeurs qu’il faut majorer les salaires en fonction de leur secteur d’activités, de la région où ils se trouvent, du marché et de la demande de main-d’oeuvre. »

Il reconnaît que les syndicats sont perpétuellement en quête d’une amélioration des conditions salariales : « On ne lance pas pour rien cette campagne du “Minimum 15 $ de l’heure” ; on compte dans nos rangs des syndicats affiliés qui travaillent dans ce sens-là. » Il cite, à titre d’exemple, le Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES-FTQ) dont les membres travaillent dans une centaine de résidences privées pour personnes âgées ; ces gens privilégient la formule d’une négociation coordonnée pour obtenir partout un salaire minimum de 15 $ : « Ils prennent soin de ceux qui ont construit le Québec d’aujourd’hui ; il importe de leur fournir des services adéquats et, pour en arriver là, ça nécessite une main-d’oeuvre qui reçoit un salaire décent. »

Dépasser le seuil de pauvreté

Daniel Boyer fournit la raison de l’implication de la centrale dans une telle campagne : « Nous et nos alliés, on a toujours été branchés sur le seuil de revenu ou de pauvreté qui, aujourd’hui, serait de 13,35 $ de l’heure pour une semaine de 35 heures. Mais on est finalement arrivés à la conclusion que ce taux horaire était insuffisant pour vivre décemment. » Il ajoute encore que ces « 13,35 $ sont le seuil de faible revenu en bas duquel on est pauvre. Avec cette somme, on peut subvenir à nos besoins de base : se loger, se nourrir de façon basique et s’habiller ».

Un être humain aspire légitimement à davantage : « Il n’a pas besoin d’aller au restaurant tous les jours, mais de s’y rendre de temps en temps. Il veut être en mesure de s’acheter un livre, de se rendre au cinéma, de participer à des activités culturelles, d’obtenir le câble et de se brancher sur le Net. » Il pose ce triste constat : « Ceux qui sont à 10,55 $ actuellement, qui seront à 10,75 $ le 1er mai, ou encore ceux qui sont à 13,35 $ ne peuvent pas se permettre d’accéder à ces biens-là qui créent des liens avec la société et le monde. »

Il s’attriste de constater « qu’il y a du monde qui travaille à temps plein, mais qui est contraint de se rendre dans des banques alimentaires pour se nourrir. C’est pourquoi on s’implique dans une telle campagne, parce que, à la FTQ, on a toujours joué notre rôle important d’acteur social, politique et économique. On entreprend celle-ci avec le sourire aux lèvres en se disant qu’on va faire tourner l’économie au Québec avec l’apport de salaires décents ; on ne la fait pas juste pour nos membres, mais pour que nous ayons une société plus juste et égalitaire ».

Le plan d’action

Bon nombre des syndicats de la centrale vont participer à la campagne en employant divers moyens pour que le salaire minimum figure à la hauteur de 15 $ dans leurs conventions collectives. Le conseil général et d’autres instances adopteront des résolutions de principe pour qu’un tel objectif soit atteint : « Il y aura bien sûr la marche du 1er mai qui fera partie de la démonstration du bien-fondé de notre démarche. Et, par la suite, on s’adonnera à un exercice de lobbying sur ce salaire-là », souligne le président Boyer avant d’aborder le plan d’action en tant que tel.

Il le présente en ces termes : « On revendique un tel salaire et on ne dit pas qu’il faut que ça arrive demain matin ; on étale cela sur six ans et on veut atteindre le salaire de 15 $ de l’heure en 2022. Il y aura des moyens d’action qui seront pris et des revendications qui auront lieu au fil du temps. »

En 2018, « on peut penser que, durant la prochaine campagne électorale au Québec, on va être actifs si le pouvoir politique n’a pas bougé à ce sujet. Si cette mesure était adoptée aujourd’hui, on calcule qu’il faudrait des augmentations de 70 sous de l’heure par année pour atteindre cet objectif en 2022 ».

Et qu’en est-il de la partie patronale qui risque de monter aux barricades devant une telle proposition ? « 70 sous, ça peut paraître beaucoup et j’entends déjà la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, d’autres associations patronales et des employeurs dénoncer une telle mesure et brandir le danger de perdre des jobs. »

Il leur réplique que, « en pleine crise économique, le Québec, en 2010, a augmenté le salaire minimum de 50 sous durant trois années successives. Et on n’a pas perdu une maudite job avec ce geste-là ». Il croit donc qu’il arrive un moment « où on a des choix de société à faire si on veut vivre décemment ».

Il préfère citer en exemple des employeurs modèles : « Il y a Alexandre Taillefer qui donne un salaire de 15 $ de l’heure à ses chauffeurs de taxi. Actuellement, ceux-ci gagnent à peu près trois ou quatre piastres de l’heure. On peut aussi regarder du côté de Costco qui paye très bien ses employés. »

Il insiste sur le fait que « nous, on pense que c’est viable cette affaire-là. C’est même davantage : de cette manière, on va se donner un bon coup de pied dans le derrière sur le plan économique ».

]]>
CAP-NCS <![CDATA[Vers un renouveau de la pratique syndicale]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15611 2016-05-04T00:47:50Z 2016-05-04T00:47:50Z

Photo: Annik MH de Carufel Le DevoirJacques Létourneau Ce texte fait partie d’un cahier spécial. Pour le chef de la Centrale des syndicats nationaux (CSN), le syndicalisme se porte bien au Québec, de mieux en mieux même. Et au terme de « longues mais fructueuses » négociations avec le gouvernement, il se montre optimiste quant à l’avenir.

C’est vrai que le syndicalisme a été malmené ces dernières années et, par le fait même, la classe des travailleurs et des travailleuses, dit-il. Non seulement il y a eu d’énormes changements dans le monde du travail — mondialisation, délocalisation, fermetures d’entreprises —, « mais on est rendus à peu près à la huitième réforme de l’État québécois ! » lance Jacques Létourneau. Tout cela se répercute forcément sur les conditions de travail et dans la conduite des négociations. « On ne négocie plus des augmentations de salaire de 5, 6 ou 7 %, ce qui vient un peu ternir le syndicalisme », admet le chef syndical.

Par contre, on observe à présent un « retour du balancier » puisque, un peu partout dans la société québécoise, on assiste à une prise de conscience collective. « En fait, si on continuait dans la voie de l’individualisation du travail, du travail autonome, et que chacun dans son coin ne comptait que sur sa formation, ses compétences personnelles, etc., à un moment donné, on se rendrait compte que ce n’est pas suffisant, explique M. Létourneau. On est donc obligés de se regrouper entre collègues de travail pour parvenir à améliorer nos conditions générales de vie et de travail. »

Jacques Létourneau estime en conséquence que « nous sommes allés jusqu’au bout d’une certaine logique et, maintenant, il y a un retour de balancier ».

Jeunes

Il se réjouit particulièrement d’une remontée de l’engagement social et du militantisme chez les jeunes. « Il y a un renouveau de la pratique militante, ce qui se répercute forcément sur le mouvement syndical, dit-il, puisque ce sont ces jeunes-là qui, demain, vont entrer dans les syndicats. »

Pour lui, il ne fait aucun doute que si un jour les syndicats devaient disparaître, ceux-ci seraient nécessairement remplacés par d’autres formes de regroupements collectifs. Mais selon Jacques Létourneau, le syndicalisme au Québec a encore de beaux jours devant lui.

Dur de négocier !

À preuve, se réjouit le président de la CSN, les négociations collectives qui se sont soldées par des ententes.

Même si les augmentations de salaire qui ont été obtenues ne sont pas « faramineuses », indique M. Létourneau, « il n’en reste pas moins qu’entre le point de départ de la négociation et ce qu’on a obtenu au final — être en mesure de faire sortir le gouvernement de son cadre financier —, nous pouvons dire qu’on a mené une belle bataille et que ça a donné des résultats ».

Mais ce n’est pas la négociation du siècle, concède-t-il. « N’oublions pas toutefois que, depuis vingt ou trente ans, c’est dur en tabarnouche de négocier dans le secteur public ! » déclare-t-il.

Il souligne en fait que ses collègues et lui butent toujours contre la même logique du déficit zéro, du remboursement de la dette, de la crise des finances publiques, etc. « Mais cette fois-ci, observe-t-il, on a fait des gains sur un certain nombre de points, notamment avec la mise en place d’une restructuration salariale dans le secteur public qui profitera aux catégories d’emplois qui n’ont pas bénéficié de l’équité salariale. »

Mais, pour M. Létourneau, la plus grande victoire a été d’avoir renouvelé la mobilisation syndicale. « Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu autant de travailleurs et de travailleuses mobilisés, dit-il. Et mener une négociation d’un bout à l’autre en front commun, ce n’est pas arrivé souvent, ça ! Globalement, je suis très satisfait. »

Assez des compressions

Il est de tradition, à l’occasion de la fête des Travailleurs, que les représentants syndicaux rencontrent le premier ministre du Québec. Jacques Létourneau apprécie d’ailleurs Philippe Couillard.

« Lors de notre première rencontre du 1er mai,M. Couillard nous avait dit : “On n’a absolument pas l’intention de modifier le Code du travail”, ni de mettre en place des mesures similaires à celles que le gouvernement conservateur mettait en avant à Ottawa, raconte le chef syndical. Donc, même si au Québec on a un gouvernement qu’on peut qualifier d’austère et de néolibéral, celui-ci comprend tout de même qu’il y a un intérêt à s’entendre avec les syndicats. »

À l’occasion de la rencontre de cette année, le président de la CSN a l’intention de faire valoir que les mesures d’austérité imposées par le gouvernement Couillard « ont fait très mal, surtout aux femmes, puisque ce sont souvent elles qui se trouvent dans la précarité. Nous défendons donc l’idée que le gouvernement doit réinvestir, et pas uniquement dans les services et les programmes, mais également pour stimuler l’activité économique », dit-il.

Toutefois, Jacques Létourneau déplore d’avoir affaire à un gouvernement qui n’est pas porté à réunir les partenaires sociaux afin que tous réfléchissent ensemble à la mise en oeuvre de stratégies de développement économique. « Nous allons donc interpeller le premier ministre là-dessus », annonce-t-il.

Concrètement, les représentants syndicaux cherchent à mettre l’accent sur la hausse du salaire minimum et sur l’instauration de régimes de retraite pour ceux et celles qui n’en ont pas… « Bref, essayer de voir comment on peut améliorer le sort de ceux et celles qui ne sont pas nécessairement choyés, indique M. Létourneau. Chose certaine, nous considérons que les compressions budgétaires, c’est assez ! »

]]>
CAP-NCS <![CDATA[Pour une vision globale de l’éducation]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15605 2016-05-04T01:14:48Z 2016-05-03T21:15:56Z ÉtudiantEs

Photo: Michaël Monnier Le DevoirDes étudiants du cégep du Vieux-Montréal Ce texte fait partie d’un cahier spécial. Une fois l’équilibre budgétaire atteint, l’éducation serait devenue une priorité nationale, selon les dires du gouvernement Couillard… La Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), présente en enseignement supérieur, réfute de telles allégations. Elle entend d’ailleurs poursuivre, voire accentuer, sa lutte contre les choix politiques des gens au pouvoir.

 

Il apparaît clairement que le dernier budget du Québec renfermait des compressions moins importantes que les précédentes. La présidente de la FNEEQ, Caroline Senneville, est convaincue que les pressions des syndicats et des citoyens ont porté leurs fruits à cet égard : « Il y a eu un tout petit peu de nous autres là-dedans. » Elle en veut pour preuve la campagne « Je protège mon école publique » à travers laquelle « on a senti dans la population, en regardant les médias jour après jour, qu’elle se préoccupait des effets des coupes ».

Le mal a été moindre, mais l’opération minceur s’est poursuivie, comme elle l’indique : « Pour les cégeps, le budget total est de 1,8 milliard en 2016–2017 alors qu’il se situait à 1,77 milliard il y a deux ans. » En tenant compte de l’augmentation du coût de la vie, cette hausse apparaît comme minime, sinon inexistante : « Quand la facture d’électricité des particuliers augmente, celle des cégeps grimpe aussi. » Il apparaît donc « qu’on a fait en sorte de mettre un baume, mais que la blessure est loin d’être guérie ».

Il en découle que les jeunes qui ont été privés de services vont continuer d’en subir les conséquences durant le reste de leur parcours, ce qui entraînera au bout du compte des coûts supplémentaires dans le système. Et pour les universités, la situation n’est guère plus reluisante : « Le réinvestissement est particulièrement faible et presque deux fois moindre que dans le collégial ; il suffit à peine à tenir la tête hors de l’eau et il n’est pas à la hauteur des attentes pour répondre aux besoins. » Elle en conclut « qu’il est question de priorité nationale dans le discours mais pas dans les faits ».

La présidente se tourne vers le passé pour illustrer ce qu’elle conçoit comme une véritable priorité nationale en éducation : « Il faut avoir une vision de cette éducation. On ne peut pas parler de la Révolution tranquille dans l’ignorance de tout ce qui s’est alors passé dans ce domaine ; il s’est agi là d’un pilier important de tout ce bond en avant qui a façonné la société québécoise. »

Et qu’en est-il maintenant ? « On essaie de récupérer le discours public, mais ça ne s’incarne pas dans une vision large de l’éducation dans la société. On parle de brasser à nouveau les structures au primaire et au secondaire ; en enseignement supérieur, on veut attirer des étudiants internationaux, ce qui est payant ; on s’applique à se coller sur le marché de l’emploi pour lequel on va former des jeunes à des jobs qui n’existeront même plus dans 30 ans. »

Elle s’interroge : « Qu’en est-il de ces jeunes-là comme citoyens à part entière ? Il y a en cette matière une vision à la pièce qui est un peu beaucoup utilitariste. Il n’y a pas cette vision d’ensemble ou globale nécessaire qui sert à prendre en compte les préoccupations environnementales, la transition énergétique, les bouleversements sociaux, l’intégration de l’immigration et la formation continue des travailleurs, pour laquelle on figure d’ailleurs encore au dixième rang des provinces. »

Continuons le combat…

Il n’est pas question pour la FNEEQ de soutenir la gouvernance libérale malgré l’entente survenue lors des négociations dans le secteur public. Caroline Senneville prend position : « La lutte syndicale large demeure sur les attaques qu’on a subies. On a ciblé certains dossiers, comme celui des centres de la petite enfance [CPE] ; c’est la première étape dans le système d’éducation et, là encore, il y a un manque de vision. »

À l’occasion du 1er mai, elle souligne qu’il y aura des manifestations dans toutes les régions ; on va se déployer partout pour défendre le « Québec qu’on a à coeur ». À plus long terme, elle pose le constat que le gouvernement est encore là pour plusieurs mois ou années : « Notre lutte doit être envisagée sur un horizon de 2018 et faire en sorte d’influencer fortement la mobilisation citoyenne autour du moment démocratique fort que sont les élections. »

Entre-temps, dans un contexte où le gouvernement subit des coups durs à répétition sur le plan de l’intégrité, elle fournit cette explication sur le fait qu’il récolte malgré tout l’appui de l’électorat dans les sondages : « La lecture que je fais de ce comportement, c’est que l’insatisfaction populaire ne se canalise pas dans un parti politique ; aucun de ceux qui existent ne réussit à le faire actuellement. »

Elle attribue largement cette attitude à la question nationale : « Celle-ci est encore en flottement. On se trouve toujours en présence d’un parti souverainiste et on a des fédéralistes qui ne souhaitent plus ouvrir le dialogue pour intégrer le Québec dans la Constitution. On ne sait vraiment plus vers qui se tourner. »

Caroline Senneville lance que « c’est un peu schizophrénique ce qu’on vit ! Beaucoup de gens font semblant que cette situation n’existe pas et sont tannés d’en parler pour toutes sortes de bonnes raisons. C’est là un fait plutôt qu’une critique et cela fait que, politiquement, quand il y a des enjeux sociaux qui se dégagent, comme c’est le cas depuis plusieurs années, notamment avec le printemps érable qui était quand même quelque chose, il n’y a pas de parti politique qui soit capable de canaliser cette volonté populaire de façon majoritaire ».

D’où l’importance qu’elle accorde à la lutte syndicale : « Notre vision politique ne correspond pas aux mesures d’austérité que nous avons connues au cours des dernières années et nous allons devoir canaliser les énergies dans ce sens-là. »

]]>
CAP-NCS <![CDATA[Résister à la guerre]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15600 2016-04-30T15:32:36Z 2016-04-30T15:08:19Z FSM 2016 sigleDans notre société globalisée, la guerre est un peu devenue une banalité. L’épicentre de la crise, cette vaste région qui traverse l’Asie de l’Ouest (ce que les Européens ont appelé le « Moyen-Orient ») et une grande partie de l’Afrique, est enfoncé depuis tellement longtemps dans une série de conflits plus meurtriers les uns que les autres que c’est devenu une sorte de réalité dont on se soucie peu. Pire encore, les idéologues néoconservateurs ont réussi à distiller leur vision du monde dans la conscience des gens. C’est une « guerre des civilisations », disent-ils, entre « nous » (la modernité et la démocratie capitaliste libérale) et « eux », les « barbares ». Ces fantasmes à la noix de coco ressortent à tous les jours dans les médias-poubelles avec les commentateurs-mercenaires comme Denise Bombardier et Richard Martineau. Les insultes qu’ils profèrent contre les Autochtones sont du même ordre que ce qu’ils disent contre les Arabes ou les Musulmans. Dans le Journal de Montréal et même à Radio-Canada, le bain de sang qui coule chaque jour en Palestine, en Syrie, en Irak, en Égypte, est seulement une autre manifestation de « leur » barbarie.

Il y a également une autre raison qui fait que la guerre est disparue de nos préoccupations. Aujourd’hui, la guerre s’est technologisée. Ce n’est plus tellement les petits GI ou les braves Dupont et Dupond canadiens ou français qui sont au premier plan, mais des drones, des missiles et toutes sortes d’autres dispositifs qui font en sorte que la guerre apparaît au commun des mortels comme un énorme jeu vidéo. Comme ce sont seulement des « barbares » qui en souffrent, on ne ressent pas la même émotion que lorsqu’on voyait revenir au pays les corps morts de nos soldats tués dans des affrontements insensés. Les tueries passent trois secondes à la télévision, derrière les « grandes nouvelles » qui « comptent » parce que des Européens, des Américains, des Canadiens se sont fait prendre entre deux feux.

Avec Harper, il y avait encore un côté théâtral qui choquait, car Stephen voulait nous inculquer la culture de la mort et de la force, et pour cela, il fallait aller au « front ». Il n’avait même pas compris que cela ne correspondait plus aux structures de l’ordre impérial. Ceux qui l’ont compris sont ceux qui ont créé le « phénomène » Trudeau. Ce sont des ex-professeurs d’université qui sont assez intelligents pour comprendre que le temps des cowboys a pris fin.

C’est ainsi que la guerre actuelle prend des formes tout à fait nouvelles, aseptisées, abstraites, techniques. Dans les dernières années, les États-Unis avec l’appui du larbin canadien ont détruit la Libye, l’Irak et maintenant la Syrie à distance, par l’intermédiaire de leurs gadgets et avec l’aide des acteurs interposés comme l’Arabie saoudite, la Turquie, la Jordanie, Israël. On ne cherche même plus à contrôler ce qui se passe sur le terrain. À condition que l’on sécurise les approvisionnements énergétiques d’une part. Et que cela ne déborde pas trop d’autre part, entre autres par des réfugiés et des attentats commis par des groupes désespérés que les États-Unis ont armés et appuyés au moment de leur mise en place, comme Daech et Al-Qaïda.

Cette stratégie atroce serait encore plus redoutable si elle fonctionnait complètement, mais en réalité, ce n’est pas le cas. Les autres puissances, qu’on appelle les « pays émergents » (la Chine, la Russie, l’Inde, etc.) profitent des grossières erreurs des États-Unis et de l’OTAN pour augmenter leur influence. Ils ont aussi leurs alliés et leurs relais locaux, comme l’Iran, ce qui reste du régime syrien, ainsi qu’une nébuleuse antiaméricaine qui va de Hezbollah aux rebelles yéménites. Cette alliance hétéroclite réussit en fin de compte à empêcher Washington d’imposer la pax americana.

D’autre part, il y a aussi les peuples, qui résistent, parfois dans des conditions surréalistes, qui s’organisent, qui tiennent tête, qui ne capitulent pas. C’est aussi une réalité occultée par l’appareil médiatique, mais sur le terrain, il y a plein de résistances, mais qui sont éparpillées, sans capacité de se centraliser et de coordonner des forces disparates. On se bat séparément, dans les villages palestiniens, dans les quartiers de Damas et de Bagdad, dans les faubourgs ouvriers du Caire, dans les montagnes kurdes. Les anciennes organisations de gauche sont pratiquement démantelées, et alors les nouvelles générations font ce qu’elles peuvent. En tout cas, elles en font assez pour déstabiliser ces régimes de terreur, sans pourtant être en mesure de les renverser. C’est un « printemps arabe » qui n’en finit plus, qui se reproduit, qui échoue, qui revient à la charge, qui cherche des solutions.

Cette histoire cachée, plusieurs vont la faire ressortir au Forum social mondial. Gilbert Achcar, un chercheur d’origine libanaise, qui a écrit probablement le meilleur ouvrage sur le printemps arabe (Le peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe, publié chez Sinbad en 2013), sera parmi nous, de même qu’un des leaders du mouvement démocratique palestinien, Mustafa Barghouti. Il y aura également des syndicalistes égyptiens, des animateurs communautaires marocains et algériens, et même des camarades syriens, irakiens et kurdes, du moins, ceux qui réussiront à passer la muraille que le Canada érige contre les intellectuels et les résistants de ces régions. Les braves qui se battent contre l’apartheid israélien, comme Michel Warschawski et son copain Sergio Yahni, seront là aussi. Comme interlocuteurs, ces camarades auront avec eux d’infatigables organisateurs de la solidarité au Québec et dans le monde, notamment ceux et celles qui sont en train de réussir à sonner la cloche avec la campagne BDS.

Ensemble, nous pourrons échanger et discuter. Tenir bon, cela se dit en arabe « sumud »…

]]>
CAP-NCS <![CDATA[Le DGEQ est en retard de 40 ans!]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15587 2016-04-23T14:31:12Z 2016-04-23T14:31:12Z IS_121209_iy3ov_corruption-generique-mains_sn635Suite aux pressions exercées par les partis d’opposition, le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) vient de confirmer qu’il enquêterait sur le financement des partis politiques durant les 20 dernières années. C’est une victoire, comme l’a souligné le député solidaire Amir Khadir. Mais ç’aurait dû se faire bien avant.

En effet, la Loi sur le financement des partis politiques adoptée en 1977 sous le gouvernement Lévesque «confiait au Directeur général des élections exactement les mêmes pouvoirs d’enquête sur les finances des partis politiques que ceux qu’a possédés la Commission Charbonneau. Tous les DGE depuis 1977 auraient pu et auraient dû veiller sur l’application rigoureuse de la loi. De toute évidence, ils ne l’ont pas fait. Pourquoi ?»

Cette citation on ne peut plus explicite est tirée d’un livre paru récemment, Robert Burns, le ministre de la démocratie citoyenne, écrit par André Larocque. Ce dernier était sur la ligne de front lors de l’adoption de cette réforme puisqu’il occupait le poste de secrétaire associé au Secrétariat à la réforme électorale et parlementaire dont Burns était le titulaire.

Mais, par opportunisme électoral, aucun des deux partis qui se sont succédé au pouvoir depuis 1977 n’a octroyé par la suite de ressources financières suffisantes au DGE pour qu’il  embauche le nombre d’enquêteurs  nécessaires afin qu’il puisse exercer efficacement le rôle de chien de garde de la démocratie qui lui est dévolu par la loi. Ce dernier s’est contenté de sanctionner des peccadilles. Il a fallu la tenue de la Commission Charbonneau pour dévoiler les stratagèmes, comme  le recours à des prête-noms, qui ont permis de bafouer la loi pendant des décennies.

Mais au fait le DGE les a-t-il enfin ces fameuses ressources qui lui permettraient d’exercer son rôle de surveillance et de contrôle ?  Non. Alors la récente annonce ne serait-elle qu’une parade pour rassurer l’opinion publique ? Pourtant il faut absolument éradiquer la culture de collusion en politique telle que l’ont pratiquée jusqu’ici les vieux partis au Québec si l’on veut que les citoyens recommencent à avoir confiance  en la chose publique.

Crédit photo: http://www.rcinet.ca/fr/2013/12/03/le-canada-toujours-parmi-les-10-pays-les-moins-corrompus-du-monde/
]]>
CAP-NCS <![CDATA[Brésil : « ceci n’est pas une lutte de classes »…]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15567 2016-04-22T12:38:01Z 2016-04-20T20:38:23Z chico_whitaker_(2)Les problèmes que vit maintenant le Brésil ne peuvent être réduits à la seule question de la corruption. On ne peut pas dire que c’est la corruption seule qui a englouti le parti de Lula, celui-là même qui avait apporté à la présidence de la République l’espérance populaire d’en finir avec la scandaleuse inégalité sociale brésilienne.

La corruption est certes le vecteur d’une énorme crise qui paralyse aujourd’hui le gouvernement ainsi que l’économie, et crée des antagonismes sociaux dangereux pour la démocratie, durement conquise après 20 ans de dictature militaire. Mais les problèmes actuels, nés après les élections de 2014, traduisent en fait la non-acceptation par les classes moyennes et aisées des résultats de l’élection de 2002, qui a mené à la présidence un ouvrier métallurgiste et au pouvoir un parti dont la majorité des dirigeants se déclarent socialistes. C’est pourquoi j’ai repris, dans le titre de ce texte, la trouvaille du journal Le Monde dans un texte récent sur ce qui se passe au Brésil : « ceci n’est pas un coup d’État »…

Au lendemain de la première victoire de Lula, ceux et celles qui ne voulaient pas perdre leurs privilèges ont commencé à agir pour revenir au pouvoir le plus tôt possible. Cependant Lula a habilement rendu cet objectif difficile en combinant des initiatives contre la pauvreté extrême, comme les programmes « faim-zéro » et « bourse-famille », et un dialogue direct avec les chefs d’entreprise, et s’appuyant sur des crédits et des travaux publics de grandes dimensions.

Certaines mesures comme l’acceptation des OGM ou la reprise du programme nucléaire ont amené des critiques, ainsi que la non-réalisation de la réforme agraire pourtant promise dans le discours d’investiture. D’autre part, l’arrivée au pouvoir du Parti des travailleurs (PT) a nui à la dynamique des mouvements sociaux, qui ont dû composer avec la difficulté de critiquer un gouvernement qu’ils avaient élu. Mais la position classique d’assurer la croissance économique a satisfait la majorité. Réélu confortablement, Lula a fini son deuxième mandat avec une énorme popularité et a facilement obtenu l’élection de la candidate de son choix, l’actuelle présidente Dilma Rousseff.

Ni Lula ni le PT n’ont voulu cependant prendre de front la culture politique brésilienne, pleine de contradictions. En raison de la promiscuité entre le public et le privé, cette culture transforme le pouvoir exécutif et spécialement les parlements, à tous les niveaux, en des lieux de choix pour les opportunistes de tous côtés. Dans ce milieu propice au développement de la corruption, de dangereux acteurs connus de tout le monde ont gagné du terrain: il s’agit des grandes entreprises de travaux publics qui sont prêtes à financer les élections de n’importe qui sans distinction d’idéologie, pour ensuite appuyer les gouvernants en attendant leur rétribution…

Lula a créé de nouveaux organismes pour combattre directement la corruption, tout en sachant que les enquêtes nécessaires n’épargneraient aucun parti. Il a aussi agi différemment des pratiques habituelles – de ceux qui cherchent à se protéger pour le futur… – en nommant à la direction des différents organismes d’État des fonctionnaires élus par leurs camarades. Il recueille maintenant les fruits de ces décisions correctes mais risquées.

Grâce à de vrais coups de chance, la police fédérale et le judiciaire découvrent peu à peu les preuves d’éléments plus ou moins connus : les plus grandes entreprises brésiliennes s’entendaient entre elles – avec des complices à l’intérieur de l’État – pour arracher des revenus de la grande entreprise pétrolière brésilienne et des contrats du gouvernement pour de grands travaux publics, et finançaient les campagnes électorales de tous les partis, y compris celles des plus pragmatiques du PT…

Les conditions défavorables de l’économie mondiale à partir de la crise de 2008 ont rendu difficile le premier mandat de Dilma. Ensuite, elle a été réélue de justesse, avec une campagne utilisant des arguments de communication peu judicieux, qui ont permis à ses opposants de remettre en question sa victoire. Lula et Dilma ont ensuite été atteints par des enquêtes qui ne sont pour le moment que des enquêtes…

« L’autre moitié » des électeurs s’est alors accrochée à cet ensemble de conditions pour, enfin, tenter de battre le PT. Tout en comptant sur l’appui explicite des grands médias, acteurs très importants toujours au service des grands intérêts, elle cherche à démonter le mythe de Lula, pour l’empêcher de se présenter aux élections de 2018. Et ce, même si les enquêtes n’arriveront probablement pas à trouver un seul centime d’argent public dans les poches de Lula et de Dilma.

Crédit photo: http://alchetron.com/Chico-Whitaker-902035-W

]]>
CAP-NCS <![CDATA[Élections présidentielles américaines de 2016]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15561 2016-04-22T12:55:53Z 2016-04-17T23:22:09Z CucciolettaDevant cette avalanche de droite (Hillary Clinton) et d’extrême droite (Trump, Cruz et compagnie) qui déferle sur cette campagne présidentielle, une grande question demeure : quel sort est-il réservé à la classe ouvrière et à la classe moyenne dans l’avenir rapproché des États-Unis ? Peuvent-elles croire en des jours meilleurs devant le monolithe de droite qui se dresse devant elles ? Un seul candidat s’oppose à l’immense appareil conservateur américain : Bernard Sanders, candidat démocrate qui souhaite opérer une transformation de l’État fédéral (État-providence, soins de santé gratuits, éducation gratuite, hausse du salaire minimum à 15 $/heure).

Bernard Sanders se dit ouvertement « socialiste », terme qui ne semble plus terrifier personne en Amérique. Ce scénario aurait d’ailleurs été impensable, il y a cinquante ans : un candidat socialiste à la présidence de la superpuissance militaro-industrielle du capitalisme occidental. Issu de la grande tradition socialiste de Eugene V. Debs – célèbre militant syndical et fondateur du Parti socialiste de l’Amérique –, Sanders, depuis ses premières expériences de gouvernance en 1981 comme maire de Burlington (Vermont), s’est toujours réclamé de ce discours progressiste. De 1990 à 2006, Sanders fut représentant indépendant du Vermont au Congrès des États-Unis (le plus long mandat de l’histoire pour un indépendant), jusqu’à ce qu’il devienne sénateur indépendant du Vermont (fonction qu’il occupe toujours, après deux mandats sous la bannière de la coalition progressiste).

Les supporters de Sanders se mobilisent

Autour de Sanders, comme candidat présidentiel, s’est constituée une coalition de gauche inédite dans l’histoire politique récente des États-Unis : syndicats de base (les directions syndicales appuient Clinton), intellectuels-les, étudiants-es et groupes communautaires. Il s’agit de la plus grande mobilisation des forces progressistes américaines, depuis les années 1960. Entre-temps, des émules de Sanders mettent en place des coalitions progressistes au niveau municipal ; comme à Seattle, où la conseillère Kahama Swapant représente l’« alternative socialiste », engagée à la fois dans la bataille pour augmenter le salaire minimum à 15 $ de l’heure et pour consolider le vote de la population en faveur de Sanders. À l’extérieur des États-Unis, on ignore généralement cette tradition du socialisme municipal. De grandes villes comme Milwaukee, par exemple, sont gérées, depuis plusieurs années, par des coalitions de centre gauche.

Le discours de Sanders (c’est sa force) est constant : il appelle au réveil des citoyens et des citoyennes des couches populaires et de la classe moyenne, tout en dénonçant l’impuissance actuelle du peuple américain face aux dérives spéculatives des banquiers de Wall Street. Il est maintenant connu de millions de personnes en dehors de son « périmètre » habituel de la Nouvelle-Angleterre. De par les prises de position précises et rigoureuses de Sanders, Hillary Clinton a dû changer son discours à plusieurs reprises et faire des promesses électorales plutôt orientées vers le centre, voire le centre gauche (plusieurs sont d’ailleurs sceptiques de la réalisation de ces promesses, advenant une victoire de Clinton à la tête des États-Unis).
De toute évidence, cette campagne est déjà bien avancée. Selon divers sondages, Sanders obtient l’appui d’une majorité de l’électorat dit « indépendant » (ni démocrate ni républicain). Les jeunes se précipitent vers lui et adhèrent à son appel de « révolution politique ». La majorité des femmes (de 18-45ans) l’appuient, ce qui déstabilise particulièrement l’équipe Clinton. Malgré qu’Hillary Clinton demeure la candidate de l’establishment démocrate, Sanders représente, quant à lui, l’espoir d’une nouvelle génération d’électeurs et d’électrices et une tout autre manière de faire la politique.

Malheureusement, le discours de Sanders (ses propos contre la domination de Wall Street et du 1 %, sa volonté d’établir un régime d’assurance maladie universel, ses positions en faveur de la gratuité scolaire pour les universités d’État, de l’équité salariale) ne trouve pas d’échos dans la communauté noire. Malgré les nombreux assassinats de Noirs par la police et le retour d’un certain nationalisme noir, le « discours de classe » de Sanders n’arrive pas à atteindre cette frange de la population américaine qu’il défend corps et âme. Pourtant, les questions raciales et la persistance du racisme systémique aux États-Unis demeurent des aspects centraux de la lutte pour les droits civiques dans la communauté afro-américaine et chez les divers mouvements progressistes qui se sont solidarisés avec celle-ci.

Conservatisme américain : un candidat qui sort du lot

Cette vague de conservatisme (droite et extrême droite) à laquelle nous sommes confrontés représente le fond d’une crise de la démocratie libérale américaine. Une démocratie minée par les intérêts économiques de l’entreprise privée, l’influence des « super PAC » sur l’adoption de certaines lois, et par cette classe d’élite complètement détachée du quotidien et des conditions de vie difficiles du peuple américain.

Du côté de Sanders, il n’y a pas d’ambiguïté : il faut renverser la mainmise des ultra-riches sur l’appareil électoral et le processus de gouvernance. Ici et là, on commence à parler de plus en plus de l’« effet Bernie » (« Feel the Bern »). Peu importe l’issue de cette campagne, Sanders aura accompli une tâche considérée impossible : sortir les idées progressistes de ses cercles habituels (syndicats, intellectuels et universitaires).

Quel sera l’impact à long terme de cette improbable percée d’une certaine gauche aux États-Unis ? Il est encore tôt pour le dire, mais l’enthousiasme que suscitent les idées de Bernie Sanders semble être le signe avant-coureur d’un « changement des mentalités » aux États-Unis. Reste à voir si le vent de renouveau porté par Bernard Sanders trouvera un souffle durable après les élections présidentielles. Cependant, espérons que tout cela puisse avoir des répercussions dans le paysage politique québécois.

 

 

Crédit photo: http://princearthurherald.com/fr/entrevues/entrevue-avec-donald-cuccioletta-trump-et-clinton-voguent-vers-la-victoire
]]>
CAP-NCS <![CDATA[Québec solidaire desservirait la cause de l’indépendance en menottant l’Assemblée constituante avec un mandat prédéterminé]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15557 2016-04-22T12:22:54Z 2016-04-14T11:52:12Z QS_ManifAinsi, le prochain congrès de Québec solidaire réexaminera la nature du mandat confié à l’Assemblée constituante, l’instrument que le parti s’est engagé à mettre sur pied une fois au pouvoir pour permettre au peuple québécois d’exercer sa souveraineté en décidant de son avenir politique et constitutionnel ainsi qu’en fixant les règles qui régiront son nouvel État.

Comme je m’intéresse à cette question depuis la campagne électorale de Mercier en 2001 où j’ai été candidat de la gauche unie, permettez-moi d’intervenir dans un débat qui se corse de plus en plus au sein du parti. Pour l’éclairer, je crois qu’il est opportun de commencer par un rappel du contenu du programme actuel et de la Déclaration de principes que Québec solidaire a adoptés lors de son congrès de fondation.

C’est à son congrès de novembre 2009 que Québec solidaire s’est engagé à lancer une démarche menant à un référendum sur l’indépendance du Québec par le biais de la tenue d’une Assemblée constituante. Le programme statue que cette dernière, créée par une loi de l’Assemblée nationale, « aura la responsabilité de mener un vaste exercice de démocratie participative visant à consulter la population du Québec sur son avenir politique et constitutionnel, de même que sur les valeurs et les institutions politiques qui y sont rattachées. En fonction des résultats de cette démarche – qui devront être connus de la population et dont l’Assemblée constituante aura l’obligation de tenir compte – cette dernière élaborera un projet de constitution ».

Le programme ajoute : « Les propositions issues de l’Assemblée constituante, y compris celle sur le statut politique du Québec, seront soumises au choix de la population, ce qui marquera la fin du processus ». Et il précise: « Tout au long de la démarche constituante, Québec solidaire défendra son option indépendantiste et fera la promotion de ses valeurs écologistes, égalitaires, féministes, démocratiques, pluralistes, sans toutefois présumer de l’issue des débats. »

La participation citoyenne, clef de voûte du processus constituant

Abordant l’aspect stratégique de la question le programme explique que « parler d’Assemblée constituante, c’est proposer de discuter de la manière la plus démocratique et la plus large possible des mécanismes essentiels pour articuler le projet d’indépendance politique et les revendications sociales ».

Aussi « la stratégie de Québec solidaire consistera-t-elle à mettre en route et à développer une véritable démarche citoyenne afin que toutes et tous soient associés à la détermination de notre avenir collectif. » Ainsi, pour populariser l’idée de constituante, on mettra sur pied à la grandeur du Québec, aussi bien au niveau local que régional, « une démarche de démocratie participative qui permettra aux citoyennes et aux citoyens de s’exprimer et de discuter ensemble de manière à ce que se constitue peu à peu un large appui au sein de la population ». Le programme conclut : « Pour être légitime, le processus devra être profondément démocratique, transparent et transpartisan ».

La question nationale appartient à la population; non à un parti ni à l’Assemblée nationale

Rappelons d’abord que le programme actuel est le prolongement de la Déclaration de principes adoptée au congrès de fondation de Québec solidaire en 2006 pour énoncer ses principales orientations. C’est sur la base de ce document fondamental, pierre d’assise de notre parti, que le programme a ensuite été élaboré. Or la Déclaration est explicite au sujet de la question nationale:

« La question nationale n’appartient pas à un seul parti politique ni même à l’Assemblée nationale. Elle appartient à toute la population du Québec. C’est pourquoi notre parti propose que le débat sur l’avenir du Québec se fasse au moyen d’une vaste démarche de démocratie participative. Toute la population pourra ainsi se prononcer sur des changements politiques et constitutionnels, de même que sur les valeurs qui y seront associées. Un référendum clôturera cette démarche qui favorisera la réflexion la plus large et la plus inclusive possible ».

Une proposition inacceptable aussi bien pour des raisons de principes que de stratégie

Des militantes et des militants regroupés dans la Commission stratégie pour la souveraineté ont fait campagne depuis quelque temps pour modifier le programme actuel. Elles et ils estiment que cette dernière laisse trop d’autonomie à l’Assemblée constituante en lui confiant un mandat ouvert et proposent plutôt que son mandat l’oblige à développer exclusivement un projet de constitution pour un Québec indépendant. Elles et ils reprochent à la position actuelle ce qu’elles et ils appellent son « flou artistique » et sa « naïveté » parce que le processus prévu ne présume pas de l’issue des débats au sein de l’Assemblée constituante. C’est de cette proposition que sera saisi le congrès qui aura lieu à la fin de mai.

Cette position se veut radicale mais, à mon avis, elle découle plutôt de la logique nationaliste traditionnelle qui veut qu’un parti se prétendant indépendantiste ne l’est réellement que s’il garantit l’accession du Québec à l’indépendance. Prédéterminer ce qui se retrouvera dans la future constitution québécoise se rapproche en effet beaucoup de la stratégie péquiste.

Ce sont d’abord des raisons de principes qui justifient mon opposition à ce qu’une Assemblée nationale, où Québec solidaire serait majoritaire, oblige l’Assemblée constituante en vertu de sa loi constitutive à présenter exclusivement un projet de constitution indépendantiste comme option au référendum qui clôturera le processus. En effet, la modification proposée par la Commission sur la souveraineté irait directement à l’encontre de la Déclaration des principes de notre parti qui établit que « la question nationale n’appartient ni à un parti ni à l’Assemblée nationale mais à toute la population ».

Elle tronquerait aussi « la vaste démarche de démocratie participative » au moyen de laquelle la Déclaration de principes veut que le débat sur l’avenir du Québec se fasse afin de « favoriser la réflexion la plus large et la plus inclusive possible ». On orienterait ainsi le cours de l’Histoire par le haut plutôt que de mettre en place des éléments permettant au peuple de déterminer par lui-même ce qui est bon pour lui. L’indépendance de l’Assemblée constituante par rapport au pouvoir partisan est un enjeu fondamental. Confier à cette dernière un mandat prédéterminé équivaudrait à le repousser sous le tapis.

D’un point de vue stratégique, il faut être naïf pour penser que des citoyennes et des citoyens n’étant pas a priori indépendantistes seraient disposés à participer nombreux à une consultation dont l’issue serait scellée à l’avance. Comment voudriez-vous également que des fédéralistes, même de bonne foi, acceptent de devenir députés d’une Assemblée constituante qui aurait pour mandat de soumettre une question en faveur de l’indépendance au référendum qui mettra fin au processus constituant ? Ils verraient plutôt la consultation effectuée par la Constituante comme une « mascarade » dont ils boycotteraient les travaux. Ce procédé rabaisserait malheureusement Québec solidaire au niveau des manœuvres éculées utilisées par les partis traditionnels.

De plus, les fédéralistes ne resteraient pas les bras croisés en attendant le référendum. Ils ne feraient pas que discréditer le processus. Passés maîtres dans l’art de jouer sur les peurs et les appréhensions des gens, ils en profiteraient pour mettre sur pied une redoutable contre-offensive visant à leur faire gagner le référendum. Le Québec aurait ainsi loupé sa dernière chance d’en venir à un règlement démocratique de la question nationale.

Imposer une position à une instance de délibération démocratique est un gage d’échec

Comme le soulignent Raphaël Langevin et al. dans un texte qui vient d’être publié sur le site Presse-toi à gauche et dont je m’inspire ici, la posture de la Commission sur la souveraineté, qu’on peut qualifier de « radicalisme formel » ne tient pas compte du fait qu’il ne suffit pas d’imposer une position dans une instance de délibération démocratique pour augmenter les chances que cette dernière soit adoptée et comprise par la population. Il est même probable que l’imposition de certaines positions dans un tel type d’instance ne nuise à leur approbation populaire car la partie de la population n’étant pas d’accord avec elles y verra automatiquement un rétrécissement de son espace délibératif.

Il faut aussi se rappeler que, selon le programme actuel de Québec solidaire, le rôle des constituants sera essentiellement de dégager les consensus les plus solides qu’ils auront observés durant la consultation. Ils pourront proposer un statut politique précis et un projet unique de constitution en fonction de leur évaluation du consensus dominant. Il ne faut pas oublier non plus que l’exercice constituant ne sera pas un sondage ni une campagne électorale. Il devra être un exercice de démocratie participative où toutes les opinions peuvent s’exprimer sans être rejetées à l’avance par un mandat restrictif confié à l’Assemblée constituante. Il y aurait en effet une contradiction flagrante entre le fait de présenter cette dernière comme l’outil démocratique par excellence alors que le mandat sur le statut politique du Québec serait prédéterminé avant le début du processus constituant.

Savoir relever les défis que pose l’exercice de la souveraineté populaire

La démocratie est en soi instable et incertaine. Mais en bon démocrate, il faut savoir relever les défis que pose l’exercice de la souveraineté populaire.

Comme le soulignent Raphaël Langevin et al. dans leur texte, la formule d’une Assemblée constituante sans mandat prédéterminé qu’a choisie Québec solidaire à son congrès de 2009 constitue un pari. Mais ce pari, j’en suis convaincu, nous pourrons le remporter si nous ne répétons pas les erreurs du passé en forçant l’étiquetage des acteurs sur la question nationale avant même que le processus constituant ne soit officiellement enclenché. Les chauds débats résultant d’un tel contexte de mobilisation ne sont donc pas à éviter, au contraire. Ce sont justement ces débats qui nous permettront de mettre à nu l’ensemble des peurs et arguments utilisés par le camp fédéraliste afin de faire croire à la population qu’elle n’a pas d’autres options que le statu quo constitutionnel.

Une démarche constituante ne doit donc pas servir à faire des débats entre indépendantistes afin de se convaincre que notre option est la meilleure. Elle doit favoriser la confrontation avec les non-indépendantistes, mais sur un mode civilisé en s’inspirant, par exemple, de L’éthique de la discussion du philosophe allemand Habermas. Comme le souligne Michel Venne, directeur général de l’Institut du Nouveau Monde (INM), dans un texte que vient de publier Le Devoir, « au Québec en 2016, on ne sait plus dialoguer sereinement, de façon féconde sur les enjeux essentiels qui nous confrontent. Pourtant l’expérience de l’INM prouve que lorsqu’on adopte les bonnes méthodes, le dialogue social est fécond et apaisant, et ce, même s’il repose au départ sur un conflit. Il crée de la confiance en soi-même et dans les autres, mais dans la possibilité que les choses aillent mieux ».

Les Québécoises et les Québécois n’ayant jamais eu l’opportunité de discuter ensemble des contours d’un pays indépendant, il s’est créé au sein de la population au fil du temps un clivage en deux camps qui au lieu d’échanger se lancent des qualificatifs aussi péjoratifs les uns que les autres (fédérastes, séparatisses, destructeurs de la nation canadienne, traîtres à la nation québécoise, etc.)

En tant que membres de Québec solidaire il faudra faire en sorte de mettre de l’avant dès le début notre vision des choses et la défendre jusqu’à la fin du processus constituant pour s’assurer qu’elle soit adoptée, comprise et intériorisée par une majorité de citoyennes et de citoyens. Toutefois l’Assemblée constituante ne doit pas être vue prioritairement comme un moyen de mobiliser les troupes indépendantistes, mais bien de procéder à un grand exercice d’éducation populaire où l’ensemble des idées pourrait être discuté et remise en question, y compris l’indépendance. Il ne s’agit certes pas d’une option facile mais je suis convaincu que c’est celle qui offre les plus grandes chances de succès.

Le vrai radicalisme passe donc par la mobilisation des militantes et des militants sur le terrain, la confrontation idéologique et la conscientisation individuelle et collective; non par l’affirmation sur papier de certains principes qui compliqueront la possibilité de dialogue avec l’ensemble des acteurs de la société. Je crois donc que la position actuelle du parti est celle qui est la plus radicale car elle tente de dépasser les clivages historiques en grande partie responsables des deux derniers échecs référendaires.

Sortir de notre cocon à la rencontre des autres

Il est essentiel de sortir du milieu indépendantiste pour accroitre la crédibilité de notre démarche et maximiser nos chances de réussite. Concrètement il s’agit de faire comprendre, autant aux convaincu-es qu’aux non-convaincu-es que, malgré des décennies de cynisme et de manipulation des élites politiques, notre désir est de remettre le pouvoir entre les mains de la population. Il ne s’agit pas d’imposer l’option indépendantiste mais de permettre aux gens de s’y convertir en discutant avec eux.

Comme l’a écrit Roméo Bouchard dernièrement, un référendum sur un projet de constitution proposé par une Assemblée constituante avec un mandat ouvert (non prédéterminé) apparait de plus en plus comme la seule alternative possible au référendum péquiste et comme la meilleure façon de sortir le projet de souveraineté de l’ornière où il s’est enfoncé en le replaçant dans le cadre d’une réforme en profondeur de nos institutions démocratiques.

Québec solidaire doit donc rejeter la proposition d’une Constituante pipée d’avance. Il ne doit pas avoir peur de prendre le risque de la souveraineté du peuple. Vouloir une Constituante ouverte ce n’est pas être naïf mais réaliste, car c’est la seule option respectueuse de la souveraineté des citoyennes et des citoyens , celle qui leur permettra de se réapproprier leur pays. Une Constituante qui ne serait pas entièrement libre de ses délibérations ne serait qu’une mascarade supplémentaire venant s’ajouter à toutes celles que nous avons connues dans ce domaine.

Montréal, 13 avril 2016

]]>
CAP-NCS <![CDATA[Où va le Forum social mondial ?]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15540 2016-04-11T19:50:31Z 2016-04-11T19:50:31Z  

FSM 2016 sigleEnfant « illégitime » des Zapatistes et des mobilisations anti-mondialisation de Seattle à Genoa en passant par Buenos Aires, le FSM a été à la fois une conséquence de l’explosion des mouvements populaires et un lieu de stimulation et de renforcement, à l’initiative des mouvements populaires brésiliens principalement, avec l’appui de réseaux argentins, italiens, québécois et français notamment.

 

L’essor et l’espérance

Progressivement, le Forum est devenu également le laboratoire d’une « autre » mondialisation. Il l’était par son contenu et aussi par sa méthode, valorisant l’auto-organisation, l’horizontalisme et l’inclusion. Ce faisant, le Forum est devenu l’affaire de milliers de personnes et d’organisations qui ont, dans le contexte latino-américain en tout cas, convergé comme jamais auparavant (la « vague rose»). Parallèlement, le FSM a encouragé le développement de grandes coalitions (mouvement anti-guerre) et d’innombrables initiatives nationales, continentales et locales un peu partout dans le monde. Cette phase « heureuse » du FSM n’était pas sans ambiguïté non plus, ce qui est devenu plus clair à travers l’élargissement qui ne pouvait être qu’une dispersion, ce faisant, en changeant la « composition politique » du Forum. À travers cette évolution, le leadership original s’est dispersé. La dimension « alter » est devenue sujette à beaucoup d’interprétations et à une certaine confusion.

 

Le virage

Au début des années 2010, le développement inattendu des grandes résistances sociales dans plusieurs parties du monde a cependant donné un nouvel élan davantage visible lors du Forum de 2015 en Tunisie, la « capitale » du printemps arabe. Entre-temps cependant, la « vague rose » s’est essoufflée. Plusieurs mouvements populaires après des avancées importantes se sont heurtés à la résilience des dispositifs étatiques et des nouvelles coalitions entre droite et extrême-droite qui manipulent les outils de la répression avec le langage du racisme et de la xénophobie. Tout cela, bien sûr, est  bien appuyé sur l’univers médiatique qui répète la fameuse formule de madame Thatcher, « there is no alternative ». En découle une situation où dans la plupart des régions, les mouvements populaire se retrouvent à la défensive devant un néolibéralisme de plus en plus néoconservateur, qui tente d’aller plus loin dans la dislocation des sociétés, dans le déni environnemental et dans la guerre « sans fin ». Certes, le mouvement populaire est loin d’être totalement désarmé. Il dispose de grandes forces organisées, étalement d’une capacité de réflexivité inédite favorisée par la culture du débat et de l’enquête que le FSM a semée.

 

À la croisée des chemins

Tout en gardant la tête haute (l’« optimisme de la volonté »), il faut bien examiner nos forces et faiblesses (le « pessimisme de l’intelligence »). En ce qui concerne le FSM, il ne faut pas hésiter à admettre qu’il est dans une passe difficile, pas nécessairement pire que bien d’autres réseaux et mouvements, mais qui le fragilise et impose de penser à aller au-delà de ce qu’on a fait jusqu’à date. C’est en pensant à tout cela que le comité international du FSM a pensé en février dernier à une idée audacieuse, celle de déplacer le Forum au « nord », en l’occurrence à Montréal. Cette décision par la suite a été bien accueillie dans les réseaux militants, notamment en Amérique du Sud, aux États-Unis, en Europe. Moins bien du côté africain, surtout à cause de la difficulté de venir au Canada, en fonction des règlements liberticides et réactionnaires s’appliquant aux ressortissants du sud qui veulent un visa !  Aujourd’hui, de nombreuses délégations s’organisent donc pour venir à Montréal. C’est le point de rencontre avec un mouvement populaire dynamique, qui n’est pas, on s’entend, sur le point de prendre le pouvoir ni de renverser le gouvernement, mais qui a démontré avec les grandes luttes des dernières années une étonnante capacité de résistance et une profondeur dans la bataille des idées. Les Carrés rouges font maintenant partie de l’ « imaginaire » du mouvement populaire dans le monde. Autre avantage, Montréal comme grande ville nord-américaine fait partie de cet espace un peu spécifique que le mouvement altermondialiste doit « conquérir ». Ce n’est pas une « conquête » au sens littéral, appelons cela une convergence autant nécessaire que possible entre les luttes et les mouvements populaires d’Amérique du Nord et celles du monde. Alors l’appel a été lancé, il faut le prendre à bras de corps et faire du FSM de Montréal un évènement marquant tant pour le Québec que pour le monde.

 

 

 

 

]]>
CAP-NCS <![CDATA[Mouvements et citoyens]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15536 2016-04-09T22:36:00Z 2016-04-09T22:36:00Z MouvementsEn février, le comité d’organisation du FSM de Montréal a réuni plus de 300 personnes enthousiastes et motivées, majoritairement jeunes. Une mobilisation citoyenne est visiblement à l’œuvre, en dehors des circuits organisés et des mouvements structurés.

Pour un vieux marxiste non repenti comme moi, c’est une culture politique quelquefois un peu dure à suivre. Il y a à la surface une sorte de langage, avec ses signes, ses codes, sa corporalité et ses manières que reconnaissent ceux et celles qui sont dedans. J’imagine que nous, dans nos mouvements très organisés du passé, nous avons eu, au début en tout cas, cette sorte de soif d’identité.

Par ailleurs sur le fond, on constate que cela exprime une autre manière de penser. Par exemple, l’importance du processus est si grande que les objectifs visés paraissent secondaires. Je l’avoue, je pense qu’il y a quelque chose de vrai dans cela. Dans le passé, la gauche s’est empressée d’arriver au but, en tournant les coins ronds et en pensant, souvent à tort, que tous les moyens sont bons pour y arriver, y compris des moyens qui jusqu’à un certain point contredisent ces objectifs. C’est ainsi que dans mon expérience personnelle, on ne s’est pas assez soucié de distribuer les responsabilités, de partager les connaissances, de se battre pour l’égalité dans nos propres rangs. On se disait, « du moment qu’on arrive à remplacer ce système pourri par quelque chose de plus juste et équitable, c’est cela qui compte ». Et bien souvent, on s’est trompé. Et aujourd’hui, de nouvelles générations militantes ne veulent plus de cela.

Alors, le résultat est une attention extrême pour faire en sorte que tout le monde suive tout en même temps. Le souci de transparence est tel qu’on préfère ne pas prendre une décision, quand il n’y a pas un consensus. Cela veut dire aussi une difficulté très forte de penser à des stratégies, ce qui implique des choix, des arbitrages, parfois difficiles, qui ne peuvent satisfaire tout le monde tout le temps. Cet horizon du consensus à tout prix, pensé pour ne laisser personne derrière, a aussi ses revers. Quelquefois dans le monde réel de la conflictualité politique et sociale, ne pas prendre une décision, cela veut dire, par la bande, en prendre une.

Il y aurait bien d’autres choses à dire sur cette culture militante dont les racines libertaires sont évidentes, mais qui est en même temps un phénomène nouveau, sous l’influence de changements sociologiques et économiques qui touchent une quantité énorme de personnes, surtout des jeunes. Je ne prétendrai pas du haut de ma « science » marxiste tout comprendre, en partie parce qu’il est trop tôt pour le faire. En effet, des cultures militantes, celle-ci, comme la mienne dans le passé, prennent des années, parfois des décennies, avant d’incuber et de s’épanouir.

Si tout cela mérite réflexion, il faut éviter un glissement. Admettons que cette nouvelle culture politique a acquis énormément d’importance ces dernières années. Mais est-ce la seule réalité au niveau de la lutte pour la transformation sociale ? Une grande partie des gens qui veulent changer le monde, qui ont un emploi relativement stable ou qui sont aux études, se retrouvent dans d’autres cadres, avec des mouvements organisés, qui ont des structures, des mécanismes de fonctionnement établis, et où les principes démocratiques sont vécus différemment. Il serait faux de penser alors que les syndicats, la Fédération des femmes du Québec et toute une ribambelle de mouvements, sont des « boîtes noires » bureaucratiques, hiérarchiques, fermées. Ce n’est tout simplement pas vrai, même si, souvent, mais pas toujours, ces structures de mouvements transportent des manières de voir qui sont aujourd’hui remises en question, au sein même de ces mouvements.

Ce que je veux dire simplement est qu’il ne faut pas créer un fossé incandescent entre les « anciens » mouvements et les « nouvelles » cultures militantes. Il faut continuer de chercher, sans cela, au lieu de créer un nouvel espace de réflexion, on va inventer une nouvelle « religion », comme ce qui est arrivé dans le passé dans une certaine tradition marxiste.

La question n’est pas simplement théorique et philosophique. Il me semble que les luttes d’émancipation les plus fortes, celles qui ont réussi à briser le mur dans un sens, sont celles où l’on a vu une hybridation. Je pense évidemment aux zapatistes du Mexique, qui ont marié l’horizontalisme et la transparence avec une capacité stratégique exigeant une certaine centralisation des processus. Plus récemment dans le cadre du « printemps arabe », l’expérience tunisienne est celle qui est allée plus loin. Elle était portée par une mobilisation citoyenne de jeunes adeptes des médias sociaux. Elle était aussi ancrée en profondeur au sein de mouvements traditionnels, notamment l’Union générale des travailleurs de Tunisie (UGTT), qui avait une capacité organisationnelle consistante et une certaine habileté à confronter le pouvoir. La révolution espérée n’est pas arrivée en Tunisie, mais le mouvement social persiste et signe, avec des avancées, des erreurs, des tâtonnements. Contrairement à l’Égypte où l’absence de mouvements organisés (en partie par la répression, en partie par la capitulation de la gauche devant l’État) a mené à une véritable dislocation du printemps égyptien. On a vu bien d’autres cas où de grandes mobilisations citoyennes se sont épuisées sur le terrain parsemé d’embûches et où l’art de la politique, c’est l’art de la stratégie, c’est l’art d’avancer au bon moment et au bon lieu, sinon, le dispositif du pouvoir se réorganise et reprend l’initiative, au détriment des revendications populaires.

Voyons plus près de nous. Au printemps 2012, c’est une organisation, l’ASSÉ, très avancée dans le renouvellement des méthodes de fonctionnement et très soucieuse de pratiquer un style démocratique très pointu, qui a mené la lutte. Je dis « mené », car c’est ainsi que cela se passait. Il y avait dans l’ASSÉ une direction, parfois contestée d’ailleurs, et où les décisions étaient prises, souvent contre les adeptes d’une démocratie directe absolue. Par la suite, l’ASSÉ a eu l’intelligence de faire de puissantes alliances avec d’autres mouvements, syndicaux et écologistes notamment. C’est cela qui a assuré le succès du mouvement.

Je termine en revenant au FSM. Il est bien de constater cette mobilisation citoyenne qui se vit et se proclame sans attache organisationnelle, dans une démocratie directe au jour le jour. Par ailleurs, l’idée et la pratique du Forum, c’est plus large que cela. Le Forum ne peut pas fonctionner avec une pensée unique. Et donc, la place des mouvements doit rester très importante, sans par ailleurs que cela ne se vive dans une relation de conflictualité. Autant que possible, les deux cultures doivent converger dans un esprit où on veut aussi apprendre et écouter. Pour que le Forum soit un plein succès, la citoyenneté doit être au rendez-vous. Et aussi les mouvements organisés, pour qu’ils interviennent, qu’ils élaborent des stratégies, qu’ils se nourrissent de la culture militante citoyenne et qu’à rebours, cette culture se nourrisse des mouvements.

On verra dans les prochaines semaines comment l’organisation du Forum va gérer tout cela.

]]>
CAP-NCS <![CDATA[Entre l’espérance et l’ambiguïté]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15523 2016-04-08T18:50:32Z 2016-04-08T18:14:52Z Lula_RousseffVous avez sans doute eu vent de ce qui se passe au Brésil. Des centaines de milliers de personnes sont dans la rue contre la présidente Dilma Rousseff et son prédécesseur, le célèbre Lula, fondateur du Parti des travailleurs (PT) et élu président en 2002. Dans cette protestation, il y a beaucoup de ceux qui sont les privilégiés, et qui n’ont jamais digéré de voir la gouvernance brésilienne « sortir du périmètre », si on peut dire. Depuis 500 ans en effet, ce pays a été mené d’une main de fer par ceux qui étaient, hier, les propriétaires d’esclaves, et ceux qui, aujourd’hui, continuent d’accaparer les richesses (et qui sont souvent les descendants des premiers). Le Brésil est effectivement un pays scandaleux où se côtoient le luxe le plus insolent et la pauvreté la plus abjecte. Sao Paulo, par exemple, qui est la capitale économique du pays, abrite le plus grand nombre d’hélicoptères au monde, car les riches ne veulent pas « perdre leur temps » avec la populace, tout en bas. Plus de la moitié de la population vit dans des bidonvilles et des patelins sans sanitaires ni électricité. On comprend que cette polarisation a mené et mène encore à de grands affrontements politiques. Quand Lula a été élu, c’était l’espoir des pauvres et la crainte du 1%.

Alors, comment expliquer ce qui se passe maintenant ? La crise politique qui menace de renverser la présidente est complexe. Une partie importante des classes dites « moyennes, les employés de bureau, les ouvriers spécialisés, et même des couches populaires, en veut au gouvernement actuel pour des pratiques de corruption et de népotisme. La corruption, ce n’est pas le PT ni Lula qui l’ont inventée, mais, au lieu de faire face à ce problème d’une acuité terrible, la décision a été prise de la « gérer ». C’est ainsi que la machine gouvernementale et les organismes publics comme la puissante PETROBRAS sont devenus des bars ouverts pour toute une gamme de politiciens pourris (pas seulement du PT), d’intermédiaires douteux et de mafieux liés aux grandes entreprises, notamment dans la construction (cela devrait vous rappeler quelque chose !).

En fin de compte, les promesses de Lula disant qu’il allait nettoyer ces écuries nauséabondes n’ont pas été tenues. Son approche était qu’il ne fallait pas trop « brasser la cage », que le Brésil n’était pas mûr pour une véritable révolution politique. Il avait en partie raison, et en partie tort, ce que lui ont amèrement reproché des personnalités qui avaient été au cœur de l’essor du PT dès le début, comme Chico Whitaker, un des fondateurs du Forum social mondial.

Alors maintenant, une quantité impressionnante de citoyens est dans la rue pour demander le départ d’un gouvernement de gauche. Ce n’est pas rigolo, et cela se passe à peu près comme cela dans d’autres pays d’Amérique latine, au Venezuela notamment.

De tout cela, il y a des choses qui me turlupinent. D’abord, le PT, y compris son chef historique Lula et celle qui lui a succédé Dilma, n’ont pas bien fait leur travail. En 2002, les gens espéraient une amélioration des conditions de vie pour les couches populaires au moins. Mais ils rêvaient de plus que cela, c’est-à-dire d’un pays gouverné par et pour le monde. Ils ne voulaient pas, en fin de compte, que Lula fasse comme les autres. Cette erreur terrible n’a pas été vécue seulement au Brésil, car dans plusieurs autres pays, des partis progressistes sont tombés dans le même piège. La social-démocratie est souvent devenue « gestionnaire » de l’austérité en faisant de douteuses alliances avec la droite. Appelons cela le PT, mais appelons cela aussi le PQ, le PS en France et d’autres formations en qui le peuple se reconnaissait au début.

Deuxième observation, un mouvement populaire, de masse, n’est pas, par définition, de gauche. Il peut, dans certaines circonstances, être manipulé, instrumentalisé par la droite. Il y a une centaine d’années, nos ancêtres de la gauche ont été bien surpris de voir la droite démagogique et raciste les supplanter, devenir plus populaire qu’eux, y compris auprès de leurs alliés traditionnels. Aujourd’hui un peu partout prolifèrent des mouvements de masse qui fonctionnent avec des discours populistes de droite : le Tea Party, le Front national, et tant d’autres. Ceux qui pensent, naïvement, que le peuple a toujours « raison » se trompent, car le peuple, c’est aussi un enjeu et un champ de bataille entre plusieurs projets. Est-ce que cela veut dire que la gauche peut « se passer » du peuple ? Bien sûr que non.

La domination par le 1% est une constante et immense bataille des idées. Les dominants dominent non seulement par la répression, mais par l’hégémonie, en persuadant les gens, y compris des secteurs populaires, qu’eux seuls peuvent gouverner, qu’il n’y a pas d’alternatives, et que ceux qui prétendent construire autre chose seront irrémédiablement aussi mauvais que les autres. Cette opération est d’autant plus facile quand les promoteurs des projets de transformation sont eux-mêmes attrapés par la « grosse machine ».

Pour mener la bataille des idées, les progressistes ne doivent pas avoir peur de confronter la démagogie et le mensonge, même quand le peuple ou une partie du peuple y adhère. Encore plus, les progressistes doivent démocratiser la lutte pour la démocratie, s’assurer que les pratiques sont concordantes avec les discours et mener une lutte sans merci contre des façcons de faire non transparentes des profiteurs.

Cette bataille doit s’amorcer au début de la chaîne, avec des mouvements populaires où les privilèges, les passe-droits et les conditions qui placent les responsables élus bien au-dessus de ceux et celles qu’ils sont censés représenter, ne sont pas acceptables et préparent le rebond des droites, comme on le voit au Brésil. Admettons qu’au Québec, ces cas ne sont pas si fréquents, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il faut être moins vigilant.

]]>
CAP-NCS <![CDATA[Mikado, un de ces héros qu’on ne connaît pas]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15519 2016-04-07T21:50:35Z 2016-04-07T21:50:34Z  

Kichel WarschawskiTout le monde à part Stephen Harper ou Donald Trump sait qu’il y a dans notre histoire contemporaine des personnalités extraordinaires qui se sont battues pour les droits et la justice. Automatiquement, on pense alors à Mandela, Gandhi, Martin Luther King. Si on est plus à gauche, on pense au Che Guevara, Rosa Luxembourg, Angela Davis et tant d’autres. Chacune de ces personnes a son parcours particulier rempli d’héroïsme, mais aussi d’« angles morts », de défaites, voire d’erreurs. Si on s’en souvient, c’est que ces personnes se sont tenues droit, qu’ils et elles ont été loyales à leur cause, qu’ils et elles n’ont pas hésité à se mettre en péril pour des causes légitimes. Ce « panthéon » des héros et des héroïnes est important pour aviver nos mémoires et nous redonner le courage de résister chaque jour.

 

En réalité, on sait aussi que l’histoire n’est pas « faite » par des géants et des géantes. Certes, ils et elles ont joué un rôle, souvent pour catalyser, symboliser, visibiliser des luttes et des mouvements en profondeur. Ceux-ci sont le produit des efforts conjugués de milliers et de dizaines de milliers de gens, qui ont aussi « tenu bon », qui ont construit des passerelles et participé à déchiffrer des stratégies et des méthodologies. Sans mon ami Willis Mcunu et des milliers de syndicalistes sud-africains qui ont affronté un régime terriblement brutal pendant des dizaines d’années, Mandela serait encore en prison et on aurait encore l’apartheid. Martin Luther King serait encore un pasteur au bon parler sans l’immense mouvement des droits civiques qui a bousculé les États-Unis au tournant des années 1960.

 

Parfois ces inconnu-es sortent un peu de l’ombre, par le hasard des luttes et des rencontres. Une personnalité surgit, de par ses propres efforts et son propre courage, dans les moments intenses des luttes. J’ai eu la chance d’en rencontrer plusieurs, mais aujourd’hui, je pense à un en particulier. C’est maintenant un grand-papa, mais cela fait 50 ans qu’il résiste dans une société pas facile du tout qui s’appelle Israël. Et il s’appelle Michel Warschawski, mais tout le monde le connaît comme Mikado.

 

Fils d’un grand rabbin en France, Mikado est arrivé dans la tourmente comme militant étudiant lié à des groupes d’extrême gauche. Ceux-ci à l’époque appuyaient la lutte palestinienne, et même les mouvements qui mettaient en place l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP). Il fallait le faire, car la grande majorité des Israéliens, y compris de gauche, voyaient les Palestiniens en général et les mouvements en particulier comme une vulgaire bande de terroristes. Mikado a tenu bon. Il est allé en prison pour refuser de servir dans l’armée. Encore aujourd’hui, il rencontre les Palestiniens dans les territoires occupés et construit des projets pour animer d’innombrables campagnes autour d’un des rares organismes qu’on peut définir d’israélo-palestinien, l’Alternative Information Center (AIC).
C’est un lieu de ressourcement, d’information et de liaison entre la Palestine et le reste du monde, en incluant des Israéliens déterminés à lutter ensemble avec les Palestiniens. Être loyal à la cause en Israël et en Palestine, ce n’est pas seulement se lamenter sur les politiques répressives de l’État. Ce n’est pas seulement condamner la répression, qui est la conséquence d’une politique d’occupation illégale et injuste. C’est remonter à la cause et la cause, c’est la réalité d’un État colonial. Quant à la solution, il n’y en a pas 34, il y en a une, et c’est la fin de cette occupation. Seulement à cette condition, les deux peuples pourraient vivre ensemble.

 

Aujourd’hui dans cette région du monde, c’est un dur moment. La machine de guerre israélienne roule à plein régime. Les Palestiniens sont divisés. L’opinion en Israël est traversée de courants racistes et extrémistes qui appellent à l’expulsion, voire pire encore, des Palestiniens. Se tenir droit n’est pas facile. Mais il faut tenir. Et c’est pourquoi les Palestiniens, avec l’aide de leurs amis dans le monde, veulent relancer la lutte. Le moyen qu’ils ont trouvé, c’est une grande campagne de boycottage d’Israël (BDS), vous en avez entendu parler.

 

Il n’est pas facile pour un Israélien de dire qu’il appuie BDS. Comme cela ne l’était pas pour les quelques Sud-Africains blancs qui travaillaient avec la résistance africaine à l’époque de l’apartheid. Pour Mikado, BDS n’a rien d’une opération contre les Israéliens, encore moins d’un projet « antisémite » (comme le répètent le gouvernement israélien et ses complices à Ottawa). C’est un choix nécessaire, qui peut faire bouger les choses et peut-être même, avec un peu de chance, ramener l’idée de la paix dans ce pays de guerre. On rêve un peu, comme Mandela en 1982, quand il croupissait dans les prisons de l’apartheid. Et pourtant, quelques années plus tard, l’impensable est devenu pensable.

 

P. S. Mikado sera avec nous au Forum social en août. Vous pourrez entendre de vive voix un de ces héros anonymes qui fait qu’on garde notre humanité et notre dignité.

 

 

 

]]>
CAP-NCS <![CDATA[Les nouvelles des NCS]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15513 2016-04-08T22:49:43Z 2016-04-06T17:10:55Z Le Forum social mondial en marche et l’université populaire des NCS

FSM 2016 sigleDu 9 au 14 août prochain, vous le savez, Montréal accueille le monde des mouvements et des résistances de toute la planète. Les NCS vont d’ailleurs organiser leur université populaire à l’intérieur du FSM. Pour le moment, les inscriptions dépassent 5000 personnes et 400 organisations. Elles viennent de chez nous, mais aussi des États-Unis, de la France, du Brésil, du Japon, de la Chine, du Mali, de la Palestine et d’ailleurs. Cette année, plusieurs groupes se sont mis ensemble pour créer des « espaces » thématiques dans lesquels seront abordés les plis et les replis de l’éducation, de la santé, de l’environnement, du travail, des jeunes et de la solidarité internationale. Tout cela sera mis prochainement en ligne.

https://fsm2016.org

Par ailleurs, les organisations peuvent maintenant s’inscrire et inscrire leurs activités https://fsm2016.org/participer/enregistrer-une-organisation/

 

En attendant, voici un exposé de la thématique de quelques ateliers de l’université populaire des NCS.

La philosophie, ça sert aussi à réfléchir

Les mouvements populaires sont presque toujours à la course. Les impératifs du moment s’accumulent, on a rarement le temps de prendre une distance. Des chercheur-es de pointe qui travaillent sur les concepts, les théories, l’histoire, il n’y en a peu qui veulent travailler avec les mouvements populaires. En partie parce que le système universitaire les enferme dans un étau impitoyable. En partie parce qu’il y en a qui préfèrent se mettre au service des dominants. Mais il y a des exceptions et parmi celles-ci, il y a un intellectuel de haut vol qui s’appelle Boaventura Sousa Santos. Il navigue entre son Portugal natal, les États-Unis et le Brésil. C’est aussi un habitué du Forum social mondial. Il a donc accepté notre invitation pour venir à Montréal en août prochain. Boaventura travaille à ce qu’il appelle la « sociologie des émergences ». C’est une méthode pour percevoir les tendances dans le réel et l’actuel, ce qui s’en vient mais qui n’est pas encore là. C’est important, notamment pour comprendre les mouvements populaires dont l’impact est souvent à retardement. Une autre piste qu’il explore, c’est ce qu’il appelle une « alter » épistémologie. Dans les universités et le monde de la recherche, on fonctionne avec des concepts établis, des paradigmes qui, pour la plupart, viennent du monde occidental et de la période des Lumières où ont été élaborées les idées contemporaines qui servent à comprendre l’État, la démocratie, le progrès. Or, nous dit Boaventura, il importe de comprendre que d’autres peuples ont créé d’autres épistémologies, d’autres méthodologies pour comprendre le monde. Ainsi les Amérindiens héritent d’une culture millénaire qui conçoit le monde comme un tout organique, un ensemble d’entités, impliquant humains, non-humains et même éléments naturels. Dans notre philosophie occidentale héritée d’Aristote, le monde est construit sur une hiérarchie au sommet de laquelle « trônent » les humains. On en arrive par après à considérer les formes de vie ainsi que la terre comme des « ressources », à notre service, sans voir l’interaction, la complémentarité, l’interdépendance de tout ce qui existe sur cette pachamama. Comment s’en sortir ? Comment apprendre de la philosophie des Andins ? On pourra lors de l’université populaire discuter dans un atelier organisé par Jean-Guy Ouellet, par ailleurs coordonnateur du prochain numéro des NCS qui porte sur la justice.

Pierre Beaudet

L’histoire, c’est aussi maintenant et aujourd’hui

Outre ses figures légendaires tel Louis-Joseph Papineau et Robert Nelson, le mouvement patriote a été un mouvement populaire dont l’originalité renvoie à la radicalisation d’une coalition inédite de paysans, d’urbains et de membres éclairés de l’élite tous portés par l’idéal républicain. Outre la séparation de l’Église et de l’État, la déclaration d’indépendance publiée le 28 février 1838 par Robert Nelson affirmait « les droits égaux pour les Blancs et les autochtones, l’abolition du régime seigneurial, la liberté de presse et l’égalité des langues française et anglaise ». Comment en expliquer l’échec et quel en fut l’héritage quelques années plus tard lorsqu’en 1867 les élites françaises et anglaises d’Amérique concluaient le pacte constitutionnel canadien ? Comment, par extrapolation, le moment républicain que revêtirent les deux soulèvements allait transfigurer notre rapport au politique et, partant, poser les jalons d’une identité nationale ? C’est pour voir plus clair qu’on organise à l’université populaire un atelier sur ce « moment républicain ». Tout le monde sait que ce projet a été vaincu, qu’il a fallu des décennies pour reconstruire un mouvement populaire au Québec, mais on ne connaît pas trop les causes. C’est ce que cet atelier servira à décortiquer en août prochain.

Stéphane Chalifour

Une rencontre d’un troisième type

Les NCS portent attention à ce qui se passe dans le monde, même si notre point central demeure le village de Gaulois. Le monde, au niveau de la militance et de la réflexion critique, on l’oublie parfois, c’est aussi les États-Unis où prolifèrent des mouvements, des réseaux et des publications. Prenez une minute pour connaître, par exemple un projet intéressant de revue qui s’appelle Jacobin. Celui-ci représente la nouvelle génération militante, celle des mouvements de lutte contre Occupy, qui réorganise l’action syndicale et qui développe une analyse renouvelée du capitalisme et de l’impérialisme « made in the USA ». On espère entendre leurs points de vue lors du FSM cet été. En attendant, vous pouvez entendre l’entretien de Bashakar Sunkara, fondateur et rédacteur en chef de Jacobin (https://www.youtube.com/watch?v=s27oZ_Jnu7k) et aussi lire la revue en ligne (https://www.jacobinmag.com/).

Thomas Chiasson-LeBel

Le Moyen-Orient dans l’étau

Tout le monde voit ce qui se passe dans cette tragique partie du monde, notamment en Syrie. État au centre de l’échiquier politique et historique du Moyen-Orient, la Syrie est aujourd’hui un champ de ruines résultant de la guerre multiforme mettant aux prises la dictature de Bachar El-Assad face à des groupes dits islamiques et une galaxie d’organisations démocratiques. Ces confrontations sont alimentées et manipulées par l’ingérence des grandes puissances de même que par celle de divers pays de la région qui cherchent à affirmer leur hégémonie, notamment Israël, la Turquie, l’Arabie saoudite et l’Iran. L’opposition démocratique arabe et kurde résiste de peine et de misère. Gilbert Achcar, un chercheur d’origine libanaise qui travaille à Londres, sera parmi nous au FSM pour discuter de cette crise. Gilbert est un phare internationalement reconnu pour ses recherches sur cette région. Son livre publié en 2013, Le Peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe, nous permet d’aller plus loin.

Refat Sabbah

Crise écologique : le futur e(s)t maintenant

Cet atelier vise à nous secouer : les choix sont clairs… Soit un monde réchauffé de 4 °C avec une destruction massive de la biosphère et le risque d’effondrement de la civilisation humaine… Ou le début d’une reconstruction profonde de l’économie et de la société. La discussion vise à analyser les stratégies écosocialistes dans le contexte des revendications et des luttes sur cette question. L’américain Fred Magdoff et la québécoise Andrea Levy prendront la parole.

John Bradley

Immigration, travail et exclusion

Le phénomène migratoire, sous les effets conjugués de la globalisation et du néolibéralisme, a connu un accroissement sans exemple. Le déplacement massif des mains-d’oeuvre des pays du Sud vers ceux du Nord s’effectue au profit de l’accumulation du capital à l’échelle planétaire. L’une des conséquences d’un tel changement est le nombre important d’immigrants et d’immigrantes avec des emplois très précaires. Dans un contexte où les droits du travail, les acquis sociaux et économiques de la population en général subissent, surtout au Québec, les assauts répétés de l’application des politiques néolibérales, l’éventualité d’une lutte commune s’impose. Cet atelier sera alimenté par les réflexions d’Eric Shragge (Centre des travailleurs immigrants), Chantal Ismé (militante féministe), Will Prosper (militant communautaire de Montréal-Nord), Mireille Fanon-Mendes-France (Fondation Fanon).

Ricardo Gustave

Oser rêver : vers Front commun Québec-Canada

L’approfondissement de la crise économique mondiale nous interpelle tous et toutes. Dans ce contexte, la lutte de libération nationale au Québec peut jouer un rôle de catalyseur pour un changement social fondamental au Québec qui aura inévitablement un impact dans l’État canadien. La solidarité de la classe ouvrière canadienne aura dans cette perspective un impact déterminant pour contrer l’offensive de l’establishment canadien tout en favorisant le développement de sa propre lutte. L’exemple de l’étouffement de la lutte anti-austérité en Grèce par la Banque centrale européenne est révélateur à cet égard. L’atelier sera animé par André Frappier (Montréal), David Bush (Toronto), Leslie Thompson (Halifax), Matthew Brett (Winnipeg), Sarah Beuhler (Vancouver), Kevin Skerrett (Ottawa) et Clifton Nicholas (Kanesatake).

André Frappier

 

Rendez-vous avec des héros dont on ne parle pas

On se souvient souvent des grands personnages de l’histoire (Mandela, Gandhi, Rosa Luxembourg, etc.), mais beaucoup moins souvent des héros qui tiennent, souvent à bout de bras, des luttes et des résistances. On peut penser à un en particulier. C’est maintenant un grand-papa, mais cela fait 50 ans qu’il résiste dans une société pas facile du tout qui s’appelle Israël. Il s’appelle Michel Warschawski, mais tout le monde le connaît comme Mikado. Ce fils d’un grand rabbin de France est arrivé dans la tourmente comme militant étudiant lié à des groupes d’extrême gauche. Ceux-ci, à l’époque, appuyaient la lutte palestinienne et même les mouvements qui mettaient en place l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP). Il fallait le faire, car la grande majorité des Israéliens, y compris de gauche, voyaient les Palestiniens en général et les mouvements en particulier comme une vulgaire bande de terroristes. Mikado a tenu bon. Il est allé en prison pour refuser de servir dans l’armée. Encore aujourd’hui, il rencontre les Palestiniens et les Palestiniennes dans les territoires occupés et construit des projets pour animer d’innombrables campagnes autour d’un des rares organismes qu’on peut définir d’israélo-palestinien, l’Alternative Information Center (AIC). Être loyal à la cause en Israël et en Palestine, ce n’est pas seulement se lamenter sur les politiques répressives de l’État. Ce n’est pas seulement condamner la répression, qui est la conséquence d’une politique d’occupation illégale et injuste. C’est remonter à la cause et la cause, c’est la réalité d’un État colonial. Quant à la solution, il n’y en pas 34, il y en a une, et c’est la fin de cette occupation. C’est seulement à cette condition que les deux peuples pourraient vivre ensemble. Aujourd’hui dans cette région du monde, la machine de guerre israélienne roule à plein régime. Les Palestiniens sont divisés. L’opinion en Israël est traversée de courants racistes et extrémistes qui appellent à l’expulsion, voire pire encore, des Palestiniens. Se tenir droit n’est pas facile. Mais il faut tenir. Et c’est pourquoi les Palestiniens et les Palestiniennes, avec l’aide de leurs ami-es dans le monde, veulent relancer la lutte. Le moyen qu’ils ont trouvé, c’est une grande campagne de boycottage d’Israël : la campagne BDS (boycott, désinvestissement, sanctions), vous en avez entendu parler. Il n’est pas facile pour un Israélien de dire qu’il appuie BDS. Comme cela ne l’était pas pour les quelques Sud-Africains blancs qui travaillaient avec la résistance africaine à l’époque de l’apartheid. Pour Mikado, BDS n’a rien d’une opération contre les Israéliens, encore moins d’un projet antisémite (comme le répètent le gouvernement israélien et ses complices à Ottawa). C’est un choix nécessaire qui peut faire bouger les choses et peut-être même, avec un peu de chance, ramener l’idée de la paix dans ce pays de guerre. On rêve un peu, comme Mandela en 1982, quand il croupissait dans les prisons de l’apartheid. Et pourtant, quelques années plus tard, l’impensable est devenu pensable.

Pierre Beaudet

Le mur des femmes contre les oléoducs

Ce projet auquel participent nos camarades Élise Vaillancourt et Marie-Josée Béliveau reprend vie ce printemps et cet été, notamment avec une marche qui va parcourir la Gaspésie (https://www.facebook.com/events/1569734146618146/). La première marche en 2014 fait l’objet d’un superbe documentaire réalisé par Olivier D. Asselin, Pipelines, pouvoir et démocratie, et qui est petit bijou d’éducation populaire, car il raconte l’histoire de l’intérieur d’une mobilisation, de ses succès, de ses limites. À voir absolument (https://www.facebook.com/onfpipelines/).

Pour plus d’information : Élise (elise.vaillancourt.ev@gmail.com)

Espaces réflexions

 

La deuxième vie du FSM

Par Pascale Dufour, professeure à l’Université de Montréal

En 2001, le premier Forum social mondial a été analysé comme un moment militant « inédit ». Espace et non mouvement, dédié à la recherche des alternatives et au ré-enchantement du monde, véritablement transnationale, porteur de construction de solidarités croisées entre des organisations situées partout sur la planète; la plupart des observateurs voyaient dans le FSM, une rampe de lancement crédible pour le développement de perspectives politiques alternatives. Surtout, la forme du FSM semblait contenir ce qui apparaissait le plus nécessaire, à savoir : la prise en compte et la valorisation des différences à travers le globe (au lieu d’une solution mur-à-mur). Autrement dit, la forme FSM tentait d’éviter les écueils des modes de fonctionnement politique de la gauche et de l’extrême-gauche des années 1960 et 1970 qui avaient déchiré les milieux progressistes. Depuis 2001, les expériences successives des FSM et leur diffusion à d’autres échelles (régionales, nationales et locales) démontrent très certainement la force de la formule. Néanmoins, quelques questions demeurent qui laissent penser que la pérennité des FSM n’est peut-être pas une fin en soi. Nous en mentionnons deux.

Premièrement, les FSM demeurent ancrés dans le monde des « organisations » au sens de groupes formels constitués. Même si empiriquement, il est tout à fait possible de participer à un FSM sans carte de membre officiel d’une organisation; pour s’impliquer plus activement dans l’organisation de l’évènement, il est attendu que la personne s’engage au nom d’un collectif (et non en son nom propre). On sait, par ailleurs, que l’engagement militant se fait de moins en moins en allégeance avec des organisations formelles, mais plus par « agglutination » d’intérêts et d’identités, qui peuvent, temporairement prendre la forme de réseaux affinitaires ou de collectifs, mais qui ne se réduisent pas à ceux-ci. Il y a là un grand défi pour les FSM : articuler le fonctionnement du monde des « organisations » et les autres formes d’action collective dans la planification des évènements et la mobilisation.

Deuxièmement, il est de plus en plus difficile de justifier la plus-value des rassemblements mondiaux vis-à-vis d’autres types d’action collective. Les coûts environnementaux liés au déplacement, les ressources matérielles nécessaires que cela implique; la déconnexion possible entre l’évènement FSM et les crises politiques en cours, sont des dimensions soulevées régulièrement pour remettre en cause la pertinence même des rassemblements mondiaux. Ces questions ont accompagné les forums sociaux tout au long de leur existence. Mais force est de constater qu’il est de plus en plus difficile d’y répondre dans un contexte qui a, lui, bien changé. Aller dans un FSM, c’était participer à cet espoir collectif d’autres mondes possibles. En 2016, on assiste à une crispation nationale qui dépasse les frontières de l’Europe; les politiques d’austérité dans les démocraties du Nord ont affaibli la croyance en la possibilité de réformer le système économique et l’Amérique latine ne joue plus son rôle de continent-leader progressiste. À la question pourquoi les FSM continuent comme mode d’action collective, il pourrait être tentant de répondre de manière simpliste, parce que nous en avons pris l’habitude et/ou parce que c’est une stratégie médiatique efficace. Espérons que l’édition 2016 apportera d’autres réponses.

]]>
CAP-NCS <![CDATA[La Révolution des mœurs]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15501 2016-04-04T22:20:16Z 2016-04-04T22:14:42Z revolution-moeursPréface de Normand Baillargeon au livre de Jean-Marc Piotte : La Révolution des mœurs. Comment les baby-boomeurs ont changé le Québec.

Le changement social est une réalité infiniment complexe, mais elle est aussi d’une si grande importance et d’un si grand intérêt, tant théorique que pratique, qu’on n’a depuis toujours cessé d’y revenir.

Il est le sujet du livre que vous allez lire et on me permettra donc de toucher d’abord un mot de ce formidable enjeu.

Une vaste problématique

On distinguera commodément de nombreuses sous-questions qui constituent le problème du changement social.

L’une d’elles serait de savoir si le changement est souhaitable — ou du moins quel type de changement social, le cas échéant, est souhaitable.

Dès l’origine, Platon, aussitôt après avoir mentalement construit une cité idéale (ce qu’il fait, on s’en souviendra, dans La République) nous met en garde contre tout changement apporté à cet idéal, qui ne pourra selon lui qu’être un dépérissement, amenant progressivement la cité parfaite dirigée par philosophes-rois (ou reines…) à se muer en timocratie, régime fondé sur la recherche des honneurs et sur le prestige; puis en oligarchie, qui est le règne de l’argent; puis en démocratie, qui donne le pouvoir à la foule; enfin, en tyrannie, qui donne tout le pouvoir à l’arbitraire d’un seul.

Parmi ces gens qu’on appelle des conservateurs politiques, il en est, aujourd’hui encore, qui adoptent une position assez proche de celle de Platon, en ce sens qu’ils et elles se méfient a priori du changement et pensent que le fardeau de la preuve revient à qui souhaite qu’on apporte des changements à des modes de vie, à des institutions, ou à des pratiques qui ont été éprouvées par le temps. Si un changement n’est pas nécessaire, diront ces conservateurs en reprenant une formule célèbre, alors il est nécessaire de ne pas changer[1].

On le voit : la question du changement social engage une certaine philosophie de l’histoire et une vision de l’aventure humaine. Les défenseurs du progrès, surtout dans la forme que cette idée a prise depuis Les Lumières, adoptent sur ces plans des conceptions bien différentes des conservateurs et arrivent à des positions dramatiquement différentes. Délibérément tournés vers l’avenir, ces penseurs le voient comme une progressive et peut-être même infinie amélioration de la condition humaine, rendue possible notamment par l’accroissement du savoir, par le déploiement de la raison, par la science et par les technologies qui en résultent.

Un autre ensemble de question que nous pose le changement social ne concerne plus cette fois sa valeur, son sens ou sa désirabilité, mais bien son origine. Comment une société change-t-elle? Quelles forces la mettent alors en branle? Les réponses à ces questions intéressent tant les conservateurs, qui veulent limiter le changement, que les partisans du progrès, qui espérent l’accélérer.

Dans les pages qui suivent, Piotte se penche sur les changements survenus au Québec durant cette période appelée Révolution Tranquille.

La Révolution Tranquille et celle des moeurs

La Révolution Tranquille est tout à la fois assez éloignée de nous pour qu’on puisse commencer à l’envisager avec le recul de l’historien et assez proche pour que des acteurs et des témoins puissent en parler. Bien des travaux se penchent désormais sur elle et il est à prévoir qu’ils seront de plus en plus nombreux à le faire.

La période est en effet fascinante, des transformations aussi profondes que rapides ont lieu sur de nombreux plans (politique, économique, social) et nous sommes amenés à leur propos à poser toutes ces questions relatives au changement social que j’ai esquissées.

On le devine : il arrive que ces travaux suscitent de vives passions et même des polémiques. Ces changements ont-ils été bénéfiques? Lesquels, le cas échéant et pourquoi? Les boomers sont-ils ou non coupables de ces maux dont les accusent parfois des membres de générations subséquentes[2] (X, Y et Z)? Faut-il conserver, modifier, ou même abolir le modèle (économique, politique et social) construit durant ces années? Conservateurs et progressistes apportent et apporteront, à ces questions et à de nombreuses autres, tout l’éventail des réponses qu’on peut deviner.

Le problème et l’hypothèse de Piotte

De son côté, Piotte, à travers la revue Parti pris mais aussi par ses écrits et ses actions, a été un acteur important de la Révolution Tranquille. Il soulève ici à son propos un problème singulier en demandant comment s’y est opéré cette mutation des mœurs, contemporaine des autres profondes transformations qui caractérisent cette période[3]. Quels liens, éventuellement entretiennent ces deux séries de transformations, qu’il demande de soigneusement distinguer?

Cette riche hypothèse de travail s’avère féconde, parce qu’elle invite à ne pas confondre deux transformations radicales contemporaines, celles relatives à la Révolution des mœurs et celles relatives à la Révolution tranquille: «La première, écrit-il, relève d’un mouvement international, tandis que la seconde est davantage un phénomène québécois. La révolution des mœurs est le fait des baby-boomers, dont font évidemment partie les femmes, tandis que la Révolution tranquille est animée principalement par des acteurs provenant des mouvements d’Action catholique durant et à partir de la Deuxième Grande guerre mondiale. » (p. 18)

Elle invite aussi à chercher les causes, multiples, de la révolution des mœurs, sans se contenter d’en faire un simple effet de la Révolution Tranquille ou, selon un schéma marxiste classique, une transformation de la superstructure idéologique explicable en dernière instance par l’infrastructure économique.

L’éclairage que Piotte apporte sur cette période est encore original par la part de son travail qui porte sur trois revues emblématiques de la période étudiée : Parti pris (dont il est un des fondateurs, pour les années 1960), Mainmise (pour les années 1970) et La Vie en Rose (pour les années 1980). On mesure à quel point elles accompagnent et parfois annoncent des transformations du sujet, du lien politique et social, du rapport à l’autorité qui dessinent peu à peu le nouvel archipel des valeurs qui caractérisent la révolution des mœurs, avec son rejet des valeurs religieuses héritées du passé, sa proclamation d’un certain hédonisme, son féminisme et son libéralisme, notamment en matière de sexualité.

Tout cela est passionnant et fait de ce livre une pièce importante à considérer pour pleinement apprécier cette part spécifiquement québécoise de ce grand bouillonnement amorcé dans les démocraties occidentales durant les Trente Glorieuses et qui s’est poursuivi encore quelques années après elles.

Mais il me semble que l’intérêt de ce livre réside non seulement dans ce qu’il nous dit du passé, mais aussi dans ce qu’il peut nous enseigner sur l’avenir, sur les moyens de penser puis d’agir pour permettre de faire advenir ces changements sociaux que nous sommes si nombreux à penser qu’ils sont urgents et nécessaires. De ce point de vue, je dois admettre avoir trouvé particulièrement instructives les pages de la conclusion de son essai dans lesquelles Piotte, prenant du recul sur son objet, s’autorise à spéculer sur les causes et les moyens du changement social.

Un nouveau type d’individu et un nouveau type de lien social sont donc apparus avec les transformations qui ont récemment marqué notre société. Comme c’est souvent le cas avec le changement social, ce qui en résulte présente indiscutablement des avancées, mais présente aussi, parfois, des reculs et des dangers. La tradition héritée ne joue plus le rôle structurant qu’elle jouait autrefois, la communauté est désormais composée d’individus moins soumis, sur certains plans au moins, à la pression qu’elle peut exercer.

Il en résulte ou il peut en résulter moins de cohésion sociale, moins de solidarité, plus d’individualisme, plus de désarroi et d’inquiétudes. La liberté et la solidarité comme fait social, suggère Piotte, peuvent alors être inversement proportionnelles. Mais il ajoute aussitôt que «la culture moderne peut […] également engendrer des personnalités fortes qui choisissent rationnellement la solidarité sociale, car ils ont compris que leur autonomie et leur identité même dépendent de celles des autres.» (p. xxx)

L’exemple du féminisme lui semble particulièrement inspirant, avec ces femmes qui sont « la première génération de femmes de l’histoire qui ne sont pas obligées de vivre la vie de leurs mères et de leurs grands-mères, [et qui] bénéficient même de plus de choix que leurs propres pères», de ces femmes et de leur« refus d’être définies par la tradition» et qui ont « obligé leurs contemporains masculins à aller plus loin dans leurs propres ruptures avec la tradition». (p. xxx).

Tout n’est pas gagné, loin de là. C’est ainsi que si «les féministes ont revendiqué le droit de se réaliser et de s’affranchir de leur dépendance économique en investissant le marché du travail», en retour, « le capitalisme, dont la masse de main-d’œuvre employable et exploitable s’élargit, s’en porte mieux». Mais les gains obtenus sont considérables et dans ces jeunes familles où «des hommes acceptent aujourd’hui de s’investir de plus en plus dans le travail ménager et l’éducation des enfants, adhérant à un rapport égalitaire homme/femme», on peut apercevoir quelque chose de l’avenir et Piotte a raison, selon moi, d’y placer une part de ses espérances.

 

[…]

 

[1] La formule est de Lucius Cary (env. 1610 –1643). [2] Gaétan Bélanger, Les boomers sont-il coupables ? Doit-on vraiment souhaiter qu’ils crèvent ?, M Éditeur, 2015. Le titre de ce livre fait écho à l’ouvrage d’Alain Samson : Les boomers finiront bien par crever, Transcontinental, Montréal, 2011. [3] Dans deux publications récentes, on aborde des questions assez proches de celles qui intéressent Piotte, mais de manière si profondément différente qu’on ne peut manquer de noter ce qui fait l’originalité de son approche. Dans : Ces valeurs dont on parle si peu. Essai sur l’état des mœurs au Québec,(Carte Blanche, 2015) le chanoine Jacques Grand’Maison parle bien (entre autres) des transformations des mœurs : mais il déploie un conservatisme nostalgique qui est totalement étranger à Piotte ; de leur côté, dans : Pratiques et discours de la contreculture au Québec (Du Septentrion, 2015) Jean-Philippe Warren et Andrée Fortin n’adoptent pas la distinction qui est centrale dans la réflexion de Piotte et qui permet de ne pas se contenter d’une description de la contre-culture et de la révolution corrélative des mœurs, mais de tenter de la comprendre en ce qu’elle a de spécifique au Québec. ]]>
CAP-NCS <![CDATA[Une rébellion démocratique en Europe ?]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15491 2016-04-04T21:35:01Z 2016-04-04T19:39:33Z « Pour une rébellion démocratique en Europe » : tel est le titre de la déclaration adoptée par la conférence « Plan B pour l’Europe » tenue à Madrid du 19 au 21 février dernier. Réunis pour tirer des leçons de l’échec de Syriza à l’été 2015, des centaines de participants issus de mouvements sociaux et des partis de gauche anti-austérité européens ont conclu à l’importance de lancer un mouvement de désobéissance civile contre les institutions européennes et leurs diktats autoritaires, pour que ne se répète plus le « coup d’état » économique perpétré l’été dernier contre le peuple grec. (1)

Avec des têtes d’affiches comme Yanis Varoufakis (ancien ministre des finances dans le gouvernement Syriza) et Zoé Konstantopoulo (ancienne présidente du parlement grec,) ainsi que des parlementaires provenant des partis de gauche radicale d’Espagne (Podemos) et d’Allemagne (Die Linke), et bien sûr des figures très connues de la gauche sociale comme Susan George ou Éric Toussaint, cette conférence a été un pas en avant vers le rassemblement des mouvements européens autour d’une stratégie commune après le choc de la défaite subie par Syriza. D’ores et déjà, des conférences du même type sont prévues en Italie et en Allemagne au courant des prochains mois.

Une année tumultueuse pour la gauche anti-austérité

L’année 2015 s’est avérée fort tumultueuse pour la gauche radicale européenne. Après l’enthousiasme déclenché par la victoire de Syriza en janvier 2015 et son succès au référendum du 5 juillet, la consternation s’est répandue à la suite de la capitulation du gouvernement grec devant le chantage économique et financier des institutions européennes. L’accord du premier ministre Tsipras à une politique d’austérité encore plus rigoureuse que les précédentes a sonné le glas des tentatives populaires en Grèce de renverser l’austérité.

Depuis, des signes plus encourageants se sont manifestés : le Bloc de gauche au Portugal et puis Podemos en Espagne ont atteint des scores électoraux leur permettant de détenir la balance du pouvoir dans leurs parlements nationaux et donc de chasser du gouvernement les partis de droite pro-austérité. Ces succès restent relatifs, notamment au Portugal, où le Bloc de gauche appuie de l’extérieur un gouvernement social-démocrate qui est loin d’être ferme sur ses engagements. En Espagne, les pourparlers pour former un gouvernement anti-austérité sont au point mort. Malgré ces nuances, des avancées ont redonné du tonus à la gauche radicale en Europe.

Pourquoi un « Plan B » ?

La question lancinante posée par l’expérience malheureuse de Syriza demeure entière : que faire si les grandes puissances européennes, appuyées par la Banque centrale européenne (BCE) et tout un arsenal de traités limitant la souveraineté nationale, décident de saboter l’économie, asphyxier les banques et acculer la population à la misère ? Le « Plan A », qui est de gagner les élections nationales avec un programme anti-austérité validé et appuyé par la population, s’avère inopérant devant un refus clairement exprimé par les institutions et puissances européennes de respecter les règles démocratiques et la souveraineté parlementaire.

C’est là qu’intervient le « Plan B », nommé ainsi dans le sillon du plan alternatif que l’aile gauche de Syriza avait développé au moment des négociations avec l’Europe. Essentiellement, ce plan B inclut le refus de rembourser la dette, la nationalisation des banques locales et l’établissement d’une monnaie nationale de rechange à l’euro. Cette idée est reprise par la gauche radicale européenne qui appelle à désobéir aux institutions européennes campées sur leurs politiques draconiennes et à développer un large mouvement social capable de mettre fin aux tentatives d’étouffer des politiques anti-austéritaires nationales.

Des différences sur la question de l’Europe

Tout en étant unis sur la perspective de rassembler les mouvements sociaux et politiques dans un large front anti-austérité, les mouvements ont des opinions divergentes sur la question de l’Europe.

D’un côté se retrouvent Varoufakis et son mouvement DiEM25, qui appellent à démocratiser les institutions de l’Union européenne d’ici 2025, sous peine d’un éclatement qui pourrait infliger de terribles épreuves au monde entier. De l’autre, des personnalités telles Konstantopoulo et Toussaint, pensent plutôt que les institutions européennes actuelles sont irréformables et que la désobéissance civile pourrait aller jusqu’à la sortie de l’Europe.

Pour Toussaint, les partis de gauche radicale à la lumière de l’expérience grecque devraient mener leurs campagnes électorales en déclarant publiquement qu’il est inacceptable que l’Europe impose l’équilibre budgétaire à un peuple qui décide souverainement de mettre fin à l’austérité. (2)

Bref, si un consensus se dégage au sein de la gauche radicale sur le besoin d’élaborer un Plan A et un Plan B, le contenu et la finalité du Plan B sont en débat.

Les débats continuent

Au-delà des divergences, tous les acteurs sont unanimes à vouloir continuer le débat dans un esprit d’ouverture et d’échanges solidaires. Tous sont conscients que non seulement la gauche radicale doit réajuster sa stratégie européenne pour tenir compte de la nouvelle situation créée sur le terrain, mais aussi que les débats doivent inclure les mouvements sociaux anti-austérité et, surtout, avoir un écho populaire.

Ces débats ont une grande pertinence pour nous au Québec. La mutation ouvertement antidémocratique du capitalisme néolibéral nous touche directement. N’oublions pas que le gouvernement Couillard applique une politique anti-austérité draconienne depuis 2014, sans jamais avoir eu le mandat de le faire (il avait même fait sa campagne électorale en promettant le contraire !) Du coup, nous devons aussi nous doter d’une stratégie alternative de mobilisation populaire et démocratique pour combattre l’austérité.

Comme le démontrent les mouvements en Europe, au Plan A, qui est de battre électoralement les partis néo-libéraux, doit impérativement se greffer un Plan B axé sur la mobilisation sociale.

  1.  Plan B Europe, Déclaration pour une rébellion démocratique en Europe, Madrid le 21 février 2016, http://cadtm.org/Declaration-pour-une-rebellion
  2.  Andrades, Amanda, et Toussaint, Eric, Le Plan B ne prévoit pas de reformer l’UE, 17 mars 2016, http://cadtm.org/Le-plan-B-ne-prevoit-pas-de
]]>
CAP-NCS <![CDATA[Quand le peuple se prend en main… 99 % se lèvent]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15482 2016-04-30T21:24:23Z 2016-03-08T20:27:15Z Université populaire des NCS - 2016

Les Nouveaux Cahiers du so­cialisme (NCS), dans le cadre du Forum social mondial présentent l’Université populaire des NCS 2016 sous le thème : Quatre-vingt-dix-neuf pourcent se lèvent.

Quand les 99 % se lèvent…

L’université populaire des NCS au Forum social mondial

Notre monde porte à la fois d’immenses dangers découlant d’une « crise des crises » (politique, économique, sociale, environnementale) et en même temps, de nouvelles perspectives transformatrices et internationalistes, à partir desquelles on peut espérer effectivement bifurquer vers un autre monde, en même temps possible et nécessaire.

La balle est dans notre camp…

Dans notre université populaire qui aura lieu cette année au Forum social mondial, c’est la richesse et la complexité de ce processus d’émancipation que nous voulons aborder.

Nous allons partir d’un diagnostic sans complaisance des dispositifs du pouvoir en place, celui du 1 %. Nous voulons comprendre et discuter, au-delà des apparences, des causes de l’exploitation, de la domination, de l’exclusion et remonter jusqu’aux racines d’un système mu par l’accumulation pour l’accumulation et l’individualisme possessif.

Puis dans un deuxième moment, nous allons passer de l’autre côté du mur pour décortiquer les stratégies de résistance et d’émancipation mises en place par les mouvements populaires partout dans le monde.

Parallèlement, nous allons rêver, fêter, imaginer, créer des passerelles entre toutes sortes de personnes et de mouvements à travers le monde.

Dans cela, nous ferons appel aux leçons du passé pour entrer dans le cœur même des débats actuels où s’élaborent les grandes convergences. Nous aurons pour voir plus clair l’éclairage de jeunes et de jeunes de cœur qui réfléchissent et travaillent avec et pour les mouvements populaires, du Québec, des États-Unis, du Canada, d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et d’Europe. Et ainsi, on pourra puiser dans un immense réservoir de projets, d’outils, de méthodologies et de nouvelles idées, pour aller plus loin, pour s’organiser, pour résister et surtout, pour VAINCRE.

Qu’est ce qu’une Université populaire ?

L’Université populaire des NCS repose sur plus de quarante personnes provenant d’organisations syndicales, populaires, fémi­nistes, écologistes et du monde de l’enseignement. C’est un véritable « intellectuel collectif » au service des luttes et de la construction du mouvement populaire. L’Université des NCS n’est pas une université au sens « classique » du terme. L’approche n’est ni académique, ni livresque. Le savoir et les compétences sont nourries par l’interaction entre des pratiques et théories qui émanent de tous ceux et celles qui luttent pour changer le monde.

Quand?

Du 9 au 14 août 2016.

Où?

À l’Université du Québec à Montréal (UQÀM).

Pour qui?

L’Université populaire est un lieu de réflexion et de transmission de savoir ouvert à tous et à toutes, jeunes et moins jeunes, universitaires ou non.

Comment s’inscrire?

Visitez la section « Inscription » au bas de cette page.

À quoi s’attendre?

  • Des tables-rondes, des plénières
  • Des ateliers pour approfondir
  • Des assemblées de convergence
  • Une atmosphère conviviale, pluraliste, avec de l’humour!

Pour tout savoir sur l’Université populaire…

À lire : Cahier du participant 2015 (à venir).


HORAIRE ET PROGRAMMATION

À partir du mardi le 9 août en soirée au dimanche 14 août à midi. Horaire détaillé à venir.

Programme provisoire

Les dessous de l’économie politique du 1 %

Depuis la crise de 2008, la restructuration néolibérale s’accélère : financiarisation, privatisation, réduction des services, tout cela au nom d’une nécessaire « austérité ». En plus des impacts gravissimes sur les couches moyennes et populaires, ce processus modifie la structure du pouvoir par la centralisation, la limitation des droits et la répression, d’où les législations liberticides, au nom d’une nouvelle « ingénierie » de l’État et de la « nouvelle gestion publique » venant des entreprises et des écoles de gestion. Au-delà de son aspect en apparence irrationnel (à l’encontre des politiques économiques traditionnelles d’inspiration keynésiennes), cette approche a des objectifs politiques précis pour restructurer le capitalisme et consolider le pouvoir de classe. Pour le confronter, il faut remonter à ses racines, analyser le processus et concevoir des stratégies de résistance adéquates.

La démocratie en crise

Aujourd’hui, nous sommes confrontés à plusieurs questions : qu’est-ce que le politique à l’heure où l’idéologie managériale nous présente la démocratie comme une « gouvernance » ? Que reste-t-il du « peuple » en ces temps où de nouvelles entités (« individu délié », « tribus », « communautés culturelles », « société civile », « citoyens contribuables », etc.) semblent se substituer à lui ? Les dérives autoritaires n’annoncent-elles pas le parachèvement d’une biopolitique régulée par l’usage extensif de techniques de surveillance ? Comment définir la démocratie (« radicale », « insurgeante », « participative », « directe », « citoyenne », « de quartier », etc.) après le lamentable échec du socialisme réellement existant ?

Le moment républicain (1837–1838)

Outre ses figures légendaires tels Louis-Joseph Papineau et Robert Nelson, le mouvement patriote a été un mouvement populaire dont l’originalité renvoie à la radicalisation d’une coalition inédite de paysans, d’urbains et de membres éclairés de l’élite, portée par l’idéal républicain. Outre la séparation de l’Église et de l’État, la Déclaration d’indépendance du Bas-Canada publiée le 28 février 1838 par Robert Nelson affirmait les droits égaux pour les Blancs et les Autochtones, l’abolition du régime seigneurial, la liberté de presse et l’égalité des langues française et anglaise. Comment en expliquer l’échec et quel en fut l’héritage quelques années plus tard lorsqu’en 1867, les élites françaises et anglaises d’Amérique concluaient le pacte constitutionnel canadien ? Comment, par extrapolation, le moment républicain que revêtirent les deux soulèvements allait-il transfigurer notre rapport au politique et, partant, poser les jalons d’une identité nationale ?

D’un printemps chaud à l’autre (1972–2012)

Au printemps 1972, une grève générale éclate à la suite de la mobilisation des employés-es du secteur public et de l’arrestation des chefs syndicaux. Les multitudes occupent les lieux publics, tiennent tête et finissent par imposer les revendications du « monde ordinaire ». Au printemps 2012, les étudiants-es déclenchent un puissant mouvement de masse qui devient, avec les Carrés rouges, un mouvement citoyen inégalé dans l’histoire, car « la lutte est étudiante, le mouvement est populaire ». Le gouvernement est défait, le mouvement citoyen en sort renforcé.

Pour un Front commun Québec, Canada et Premiers Peuples

L’approfondissement de la crise économique mondiale nous interpelle tous et toutes. Dans ce contexte, la lutte de libération nationale au Québec peut jouer un rôle de catalyseur pour un changement social fondamental au Québec qui aura inévitablement un impact dans l’État canadien. La solidarité de la classe ouvrière canadienne aura dans cette perspective un impact déterminant pour contrer l’offensive de l’establishment canadien tout en favorisant le développement de sa propre lutte. L’exemple de l’étouffement de la lutte anti-austérité en Grèce par la Banque centrale européenne est révélateur à cet égard.

L’État, les droits et la démocratie sont-ils réconciliables ?

Dans l’histoire du capitalisme et de la marche au pouvoir des bourgeoisies, les droits et la démocratie sont contraints dans un espace prédéfini où le « premier » droit (selon la Magna Carta) est le droit à la propriété. La politique et l’économie sont deux « domaines » distincts. La société civile, l’État et le « marché » sont trois domaines étanches. À partir de cela, les luttes populaires ont changé la donne en élargissant les droits aux domaines économique et social, en faisant de l’État et de la politique un lieu décisionnel quant à l’économie, et en construisant dans la société civile un réseau de forces orientées vers la transformation de l’État. Ce sont ces conquêtes que le capitalisme contemporain (le néolibéralisme) vise à éradiquer en réduisant les droits, en rétrécissant l’État à ses fonctions de coercition et en censurant la société civile. De cela émergent des luttes de résistance pour redonner un sens populaire, démocratique et républicain aux concepts en question.

La convergence

Au Québec comme dans plusieurs pays, les mouvements populaires et les partis progressistes cherchent à faire converger leurs efforts. Pour faire échec à la droite et au néolibéralisme, il faut en effet élargir l’impact des luttes politiques et sociales et sortir du « périmètre », un peu comme ce qu’on a vu en Espagne avec l’expérience de PODEMOS. Mouvements et partis doivent par ailleurs trouver des manières de travailler ensemble tout en respectant leur autonomie et leurs capacités respectives. Nous voulons donc lancer une réflexion, avec des militants et des militantes de plusieurs mouvements populaires et partis.

Évènement festif : rêves américains

Thomas Hellman raconte l’histoire américaine, de la conquête de l’Ouest à la crise des années 30, à travers des chansons tirées du répertoire blues, folk, et gospel de l’époque, dont il fait des adaptations bilingues. Il met aussi en musique des textes littéraires (Frank H. Mayer, John Steinbeck, H.D Thoreau…) et ses propres textes et chansons. Le spectacle est inspiré d’une série de chroniques que Thomas a faites entre 2012 et 2014 pour l’émission « La tête ailleurs » à la radio de Radio-Canada.

Impérialisme et colonialisme made in Canada

Cette session atelier va décrypter les formes particulières adoptées par l’État canadien pour coloniser le territoire et se positionner comme maillon du dispositif impérialiste sous le commandement américain.

Questions à explorer :

  • En quoi les pratiques coloniales canadiennes se distinguent-elles ?
  • Où en est le Canada comme allié-subalterne de l’Empire ?

La guerre sans fin

Au tournant des années 1990 s’amorce ce qui est devenue en 2003 la guerre sans fin avec l’offensive états-unienne au Moyen-Orient et dans les Balkans. Par la suite, après les attaques contre New York et Washington, la guerre s’étend et se perpétue dans la destruction programmée de plusieurs États et nations en Asie et en Afrique. Derrière les conflits se profilent de puissantes confrontations inter-impérialistes mettant aux prises l’Empire américain déclinant et des puissances émergentes comme la Chine et la Russie. Dans les régions concernées, des luttes démocratiques qui ont impulsé le « printemps arabe » cherchent des stratégies efficaces pour contrer la guerre et l’impérialisme.

Luttes de classes made in the USA

Le tournant conservateur que nous observons aux États-Unis depuis 1980 et la venue au pouvoir de Ronald Reagan, consolidé durant la présidence d’Obama, est maintenant positionné pour exercer le pouvoir politique et culturel à tous les niveaux de la société américaine. Ancrée sur l’autoritarisme de l’extrême droite religieuse, soutenue par une remontée du libertarisme réactionnaire et maintenant propulsée par le discours néo-fasciste du Tea Party, la démocratie libérale américaine est en péril. Les forces de gauche et progressistes tentent de se consolider autour des enjeux municipaux et en oeuvrant dans le sillon de la fulgurante campagne menée par la candidature du sénateur Sanders qui pourrait déboucher sur un vaste mouvement progressiste aux États-Unis.

La Syrie dans l’étau

État au centre de l’échiquier politique et historique du Moyen-Orient, la Syrie est aujourd’hui un champ de ruines résultant de la guerre multiforme mettant aux prises la dictature de Bachar el-Assad face à des groupes dits islamiques et une galaxie d’organisations démocratiques. Ces confrontations sont alimentées et manipulées par l’ingérence des grandes puissances de même que par celle de divers pays de la région qui cherchent à affirmer leur hégémonie, notamment Israël, la Turquie, l’Arabie saoudite et l’Iran. L’opposition démocratique arabe et kurde résiste de peine et de misère.

Les luttes de libération, d’hier à aujourd’hui

De l’appel de Bakou (1920) à la révolution chinoise (1948) en passant par les luttes épiques du Vietnam, de Cuba et de l’Algérie, les mouvements de libération nationale ont secoué la structure impérialiste. Aujourd’hui, au Mexique, en Haïti, en Bolivie et au Népal, les luttes se continuent contre la domination directe et indirecte par l’impérialisme.

La gauche en Amérique latine

Il est maintenant nécessaire de faire le bilan critique des avancées comme des limites des expériences sociales et politiques menées sous l’égide de la gauche au cours de ces 15 dernières années en Amérique latine, en s’arrêtant plus particulièrement au cas du Venezuela, de l’Équateur et de la Bolivie, mais aussi à celui du Brésil. On cherchera à faire entrevoir non seulement les conditions (économiques, sociales et politiques) dans lesquelles – à partir du début des années 2 000 – se sont effectuées ces tentatives de contrecarrer avec succès certains des effets les plus nocifs du modèle néolibéral (baisse notoire des taux de pauvreté ; renforcement des liens Sud/Sud – Nord Sud ?), mais aussi les limites dans lesquelles ces expériences ont eu tendance à s’enferrer (extractivisme, caudillisme, etc.). On pourra ainsi peut-être mieux répondre à la question de savoir pourquoi ces expériences apparaissent en difficulté aujourd’hui et pourquoi la droite semble partout reprendre l’initiative en Amérique latine.

Regards croisés sur l’histoire du mouvement populaire au Québec

La nécessité de saisir les changements induits par le néolibéralisme nous mène à porter un nouveau regard sur l’histoire des mouvements populaires depuis les années 60 au Québec, où a fleuri un réseau dense de résistances et de construction des alternatives.

  • Comment les luttes populaires et syndicales se sont-elles transformées depuis les années 60 ?
  • Comment le mouvement communautaire peut-il réconcilier le travail de prestation de services et la lutte contre l’État ?

Les mouvements citoyens spontanés peuvent-ils inspirer les mouvements ?

Luttes et résistances des mouvements populaires aujourd’hui

Durant sa période militante (1970–1980), le mouvement communautaire, tout comme le mouvement féministe et syndical de cette époque, avouait clairement comme but ultime une société égalitaire et profondément démocratique, non patriarcale et non raciste.

  • Face à nos héritages communs, comment penser concrètement la société que nous voulons, au-delà des luttes défensives que nous menons ?
  • Comment s’y adjoindre une part déterminante de la population pour enfin établir un rapport de force face à l’État ?
  • Quelles alliances consolider ou développer entre acteurs du mouvement populaire (communautaire, syndical, féministe, écologique) localement et nationalement ?
  • Comment y articuler réflexion stratégique et actions radicales ?

Contre la misère et la faim

La mondialisation de la production alimentaire déplace vers la scène internationale les enjeux et défis d’une saine alimentation pour tous et toutes. La dégradation de la biosphère et ses conséquences sur la disponibilité alimentaire, tout comme la spéculation effrénée qui l’accompagne, dévoilent de plus en plus ouvertement l’aspect systémique et interrelié des enjeux auxquels font face les mouvements populaires.

  • Comment relier les mouvements écologistes et communautaires en alimentation dans une démarche convergente vers une société écosocialiste ?
  • Quelles sont les pratiques inspirantes à cet égard ?

Crise écologique : le futur e(s)t maintenant

Les choix sont clairs : soit un monde réchauffé de 4 degrés avec une destruction massive de la biosphère et le risque d’effondrement de la civilisation humaine, soit le début d’une reconstruction profonde de l’économie et de la société.

Les mouvements populaires en lutte contre l’exclusion et le racisme

Le phénomène migratoire, sous les effets conjugués de la globalisation et du néolibéralisme, a connu un accroissement sans exemple. Le déplacement massif des mains-d’œuvre des pays du Sud vers ceux du Nord s’effectue au profit de l’accumulation du capital à l’échelle planétaire. L’une des conséquences d’un tel changement est le nombre important d’immigrants-es avec des emplois très précaires. Dans un contexte où les droits du travail, les acquis sociaux et économiques de la population en général subissent, surtout au Québec, les assauts répétés de l’application des politiques néolibérales, l’éventualité d’une lutte commune s’impose.

Occuper l’imaginaire (les territoires de l’art)

Cet atelier vous permettra de réfléchir sur les limites de l’art et du politique. Agir ailleurs. Composer autrement. Aller dans les méandres du possible, là où personne ne les attend, ne nous attend. Déjouer les règles du capitalisme par l’art; par des micro-interventions artistiques dans l’espace public ; par l’appropriation d’un territoire aux limites du langage et du mystique, dans un commun sensible. Ces auteurs nous rappellent le mouvement des luddites en Angleterre, ces briseurs de machines au début de l’ère industrielle. Si Steve Giasson ajoute une pincée de sel dans l’océan, Érik Bordeleau met du sable dans l’engrenage. Deux postures critiques. L’une qui refuse le podium par une anti-performance (S.G.), l’autre pointant le lieu infra-individuel où le néolibéralisme opère en roi par ses captures affectives. (É.B.) « Le roi est nu ». Ces auteurs inspirants et exigeants nous invitent à le voir tel quel, et à vivre sans lui.

Prenons la ville !

Les villes sont devenues des lieux de première instance où la lutte des classes exerce une présence dans toutes les sphères de la vie des citoyennes et des citoyens, des travailleuses et des travailleurs. Pauvreté, vie chère, pollution, itinérance, espace de vie, vivre ensemble, etc. sont l’apanage du capitalisme/ville. Prendre la ville est devenu un lieu de combat pour saisir un renouveau du mouvement populaire, basé sur les quartiers, la société civile, les groupes communautaires, les syndicats, les groupes progressistes et socialistes. Suivons l’exemple de Barcelone, de Seattle, de Bologne. Nous lançons la réflexion, la discussion et les échanges.

 


TEXTES D’ACCOMPAGNEMENT (à venir)

En guise d’introduction aux divers ateliers et plénières.


INSCRIPTION

L’inscription à l’université populaire des NCS se fait en s’inscrivant au FSM. Inscrivez-vous dès que possible pour faciliter l’organisation du forum. L’inscription se fait en ligne sur le site du forum :

Besoin de bénévoles

Les NCS sont à la recherche de bénévoles lors de l’événement! Vous êtes bilingues ? Vous êtes habiles avec les médias sociaux ? Vous êtes amateurs de photographie ?  Votre participation sera gratuite pour quelques heures d’implication bénévole. Contactez-nous pour tous les détails!


LOGISTIQUE

Lieu du déroulement de l’Université populaire des NCS

L’université populaire des NCS se tiendra à l’UQAM dans le cadre du Forum social mondial (FSM). Le FSM aura lieu au centre-ville de Montréal, entre les campus de l’Université du Québec à Montréal, de l’Université McGill et du cégep du Vieux Montréal.

Vous pourrez vous déplacer à pied, en vélo ou en métro, d’autant que c’est généralement la meilleure époque de l’année en ce qui concerne le climat !

Hébergement

Pour l’hébergement, nous vous recommandons d’utiliser le service du FSM pour la réservation de chambres d’hôtel en raison des prix qu’ils ont réussi à obtenir :

De façon générale, les hôtels au centre-ville ou près d’une station de métro sur l’île de Montréal seront les meilleurs choix.

Il y a également un service d’hébergement solidaire offert par le FSM. Par ailleurs, s’il y a de l’intérêt pour ce type d’hébergement au sein de votre délégation, le FSM pourrait lancer un appel dans son réseau. Faites-le savoir.

Transport

Au niveau du transport, nous vous proposons d’utiliser amigo express ou allo-stop. Visitez aussi les groupes Facebook de covoiturage pour réduire vos frais de transport!

Visa

Les personnes ayant besoin d’un visa pour l’entrée au Canada pourront aussi bénéficier d’une assistance :


VIDÉOS

(à venir)


PARTENAIRES

Pour l’organisation de l’Université populaire, les NCS reçoivent l’appui et la participation de plusieurs groupes et organisations :


FAITES UN DON


CONTACTEZ-NOUS

Si vous avez des questions, commentaires ou besoin d’information supplémentaire, n’hésitez-pas à nous joindre en utilisant ce formulaire où en écrivant à universite@cahiersdusocialisme.org

[contact-form-7]

 

]]>
CAP-NCS <![CDATA[Madame la ministre Lise Thériault]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15468 2016-04-01T19:29:43Z 2016-03-04T14:44:00Z  

KateJ’avoue que j’ai d’abord hésité entre le fou rire et l’étonnement. «Je suis beaucoup plus égalitaire que féministe». Mais qu’associez-vous donc au terme «égalité»  madame la ministre?

«Fais un homme de toi ma fille!»

Commençons par un univers que vous connaissez bien : l’Assemblée nationale. 27% de représentation féminine au salon bleu. Est-ce au nom de l’égalité ou du féminisme qu’il faudrait penser à des stratégies pour hausser ce pourcentage?

«En 2007, le revenu d’emploi des femmes travaillant à temps plein toute l’année correspondait à 76% de celui des hommes…» (ISQ, sept 2009) Est-ce au nom de l’égalité ou du féminisme que les femmes aspirent au même salaire?

Vous me direz peut-être que les champs d’investigation des hommes et des femmes sont distincts. Surreprésentées dans les milieux de garde, des soins, de l’enseignement. Un prolongement de la sphère privée qui traîne avec le temps. Et pourquoi  encore ce déséquilibre? Pourquoi seulement 37% des agronomes sont des femmes? 41% des comptables? 36% des chimistes? 40% des dentistes? Pourquoi les femmes représentent-elles encore les quelques 2/3 des emplois à temps partiel? (CSF 2010) Est-ce au nom de l’égalité des conditions ou du féminisme qu’il faut se poser collectivement ces questions?

Une étude du Conseil du statut de la femme révèle que sur les 100 principaux employeurs privés du Québec, la composition des conseils d’administration se chiffre à 15.8% de représentation féminine. Égalité ou féminisme?

«Le privé est politique»

Que vous ne vous intéressiez pas au «monologue du vagin», aux femmes autochtones disparues, à l’affaire Gomeshi, aux nombreux cas de harcèlement sexuel dans les domaines les plus divers, à la violence faite aux femmes,  au scandale de Val d’or avec des policiers sous votre gouverne, ceci relève davantage d’un féminisme de la différence, qui peut-être vous fait tiquer. Difficile d’être une femme en politique, je vous l’accorde.

Après Michel Foucault et les féministes de la deuxième vague (1970) Le pouvoir a subi une dégelée sémantique. Si on conceptualisait avec Weber que le pouvoir était associé aux détenteurs de capital, à une fonction prédéterminée (un pape, un président, un ministre, un PDG) à la force brute (de la force physique jusqu’aux types d’armement les plus sophistiqués) au charisme produit par tel ou tel leader, nous avons appris que ce pouvoir, loin d’être uniquement figé dans des sphères où on l’attendait, s’expatriait dans toutes les interstices des rencontres humaines. Le pouvoir «s’est infiltré  dans la chambre à coucher» n’en déplaise à feu Pierre-Eliott Trudeau.

«D’appelez-moi Lise au projet Kate»

J’ai d’abord pensé, à la lumière du projet de Yann Martel et de ses suggestions littéraires  à Stephen Harper, à vous faire parvenir l’incontournable deuxième sexe de Simone de Beauvoir. Vous êtes ministre de la Condition féminine du Québec. Vous avez le devoir de connaître certains classiques. J’ai aussi pensé au très beau bouquin sur l’histoire des femmes au Québec colligé par le collectif Clio. Mais peut-être était-ce trop didactique comme premier ouvrage? Je me suis remémorée mes premiers amours en études féministes, à l’IREF, au milieu de la décennie 90. Mon conjoint de l’époque et moi élevions nos deux premières filles. Et je suis littéralement tombée en bas de ma chaise en lisant «La politique du mâle» de Kate Millett. Un ouvrage trash qui se lit comme un roman. Kate a ce côté fonceur et viril (si j’ose dire) et elle ne mâche pas ses mots. Il y a un avant Kate et un après Kate. Me croiriez-vous si je vous disais que j’ai failli me faire tatouer son nom sur l’épaule droite? Je vous propose donc, si vous l’acceptez, la lecture d’un ouvrage par mois, choisi et livré. Je tenterai de diversifier les genres. Proses, essais, poésie. Théâtre aussi. «Les fées ont soif» ne tardera pas à vous être acheminé. La BD aussi. Marjane Satrapi, mmmmm, un must. Et des films, et des entrevues, et des luttes. Savez-vous qu’un mur de femmes s’organise prochainement à Sorel contre la construction d’un pipeline? «Égalité et féminisme » dans la même phrase, comme d’un appui qui va de soi, sans hésitation.

]]>
CAP-NCS <![CDATA[Le PQ n’a plus la moindre crédibilité]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15464 2016-03-02T23:10:45Z 2016-03-02T23:10:45Z Au conseil national du Parti québécois, tenu ces jours derniers pour lancer la machine électorale en vue du scrutin de 2018, son chef Pierre Karl Péladeau a fait de timides appels de phare à Québec solidaire pour qu’il adhère à la convergence souverainiste. Il a alors entrouvert la porte à la réforme du mode de scrutin majoritaire actuel pour y inclure une composante proportionnelle en invitant les délégué-es à examiner la question. Mais M. Péladeau n’est pas allé jusqu’à se prononcer lui même en faveur de cette réforme comme l’a précisé par la suite la députée Véronique Hivon qui est responsable du dossier de la convergence au PQ. Le passé étant garant de l’avenir, un petit rappel historique s’impose pour pouvoir évaluer la crédibilité du PQ en cette matière.

À l’instigation de son fondateur René Lévesque qui qualifiait de « politiquement infect » le scrutin majoritaire actuel, le Parti québécois a fait de cette question un des principaux points de son programme dès son congrès de 1969. Et il l’y a maintenu jusqu’à son congrès de 2011 alors qu’il l’a passé à la trappe. Mais que s’est-il passé pendant cette période de 42 ans, pendant laquelle il a été au pouvoir 19 ans, pour que le PQ fasse chou blanc dans un dossier aussi important pour la revitalisation de notre vie démocratique ?

À la veille de prendre le pouvoir en 1976, le PQ a inscrit dans sa plateforme électorale l’engagement de mettre en marche le processus pour instaurer un scrutin proportionnel dès sa première année au pouvoir. Un livre vert sur la question, présenté en 1977 par le ministre à la réforme électorale Robert Burns, a cependant été mis de côté pour permettre de concentrer toutes les énergies sur la campagne référendaire qui s’amorçait.

De retour au pouvoir en 1981, Lévesque s’est engagé à faire adopter sa réforme avant les prochaines élections. La conjoncture était particulièrement favorable parce que le chef de l’opposition libérale, Claude Ryan, était aussi favorable à l’instauration d’un scrutin proportionnel. Malheureusement les deux partis ne se sont pas entendus sur le genre de système à mettre en place et le dossier a stagné pendant de longs mois. L’Assemblée nationale a finalement confié le mandat à la Commission de la représentation électorale de proposer un nouveau mode de scrutin après avoir évalué le système actuel et avoir étudié les divers projets possibles.

Après une vaste consultation, cette dernière a proposé en 1983 un système proportionnel de type régional. Lévesque a fait immédiatement rédiger un projet de loi conforme aux recommandations de la commission. Puis il a présenté ce dernier au conseil des ministres annonçant son dépôt à l’Assemblée nationale quelques jours plus tard. Mais il a été pris de court par la convocation d’une réunion d’urgence du caucus des députés péquistes à Drummondville. Une majorité de ces derniers, dont les principaux leaders de l’aile supposée réformiste du parti, ont alors infligé à leur chef une des gifles les plus humiliantes de sa vie politique en l’obligeant à renoncer à présenter le projet de loi. Le brouillon du compte-rendu de la réunion contenait même le commentaire suivant : « Faisons la souveraineté d’abord; on s’occupera de la démocratie après ». En colère. Lévesque a fait biffer ce passage.

Une éclipse de 15 ans

Ce malheureux épisode a marqué le renvoi du dossier aux calendes grecques pour une période de 15 ans. Même si elle est demeurée par la suite dans le programme du parti et a figuré de nouveau sous forme d’un engagement censé être prioritaire dans la plateforme électorale de 1994, la réforme du mode de scrutin n’a plus vraiment suscité d’intérêt dans le parti. Au pouvoir, le premier ministre Parizeau, absorbé par la préparation du référendum, a écarté l’engagement électoral du revers de la main se disant tout de go « confortable » avec le mode de scrutin majoritaire. Puis, au congrès du PQ de mai 1998, le premier ministre Lucien Bouchard a fait reporter l’instauration d’un scrutin proportionnel « après l’accession à la souveraineté ».

La tenue d’États généraux sur la réforme des institutions démocratiques, déclenchée par le ministre Jean-Pierre Charbonneau en 2002, a cependant ravivé l’espoir. Les participantes et les participants à ces assises se sont prononcés à plus de 80 % en faveur de l’instauration d’un scrutin proportionnel lors de la séance de clôture en février 2003. Puis, au cours de la campagne électorale qui a suivi, le premier ministre Bernard Landry a déclaré que s’il était reporté au pouvoir, il s’agissait des dernières élections à se tenir sous l’empire du mode de scrutin majoritaire. Mais le PQ a été défait par les libéraux de Jean Charest.

Lors du débat qui a suivi la présentation, en 2004, d’un avant-projet de loi par le gouvernement Charest proposant l’instauration d’une proportionnelle mixte avec compensation, le PQ a mis constamment les bois dans les roues jusqu’à son abandon en 2006 suite aux pressions exercées par le caucus des députés libéraux. Le parti d’opposition était revenu à sa position de 1998 voulant reporter la réforme après l’accession du Québec à la souveraineté. Puis au congrès de 2011, coup d’éclat, le PQ biffe d’un coup de plume 42 ans de son histoire en faisant passer le projet de réforme électorale à la trappe laissant un trou béant dans son programme.

La conclusion de ce rappel historique est évidente. L’histoire du PQ démontre qu’on ne peut absolument pas lui faire confiance lorsqu’il est question d’instaurer un scrutin proportionnel.

]]>
CAP-NCS <![CDATA[Une marginalité à dépasser]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15460 2016-03-01T21:47:02Z 2016-03-01T21:47:02Z  

Québec Solidaire fête son dixième anniversaire cette année. Par rapport aux ambitions exprimées lors de sa fondation et face à l’évolution du paysage politique québécois, quel jugement doit-on porter au sujet du chemin parcouru par les solidaires? Le parti se trouve-t-il réellement « à la croisée des chemins » comme le laissent entendre certain-e-s?

QS_ManifEn réalité, ce que l’on appelle la « fondation » de Québec solidaire n’est que la dernière fusion, en date d’aujourd’hui, d’organisations politiques de la gauche québécoise – mouvement de convergence amorcé dans les années 1990 avec la fondation du RAP (Rassemblement pour une alternative progressiste). Ce mouvement a su arriver à maturité dans un contexte où le Parti québécois a abandonné, pour l’essentiel, son flanc gauche depuis Lucien Bouchard (d’autres diront depuis 1981), un « recentrement » confirmé par la victoire d’André Boisclair lors de la course à la chefferie de 2005. Un vide s’est créé à gauche qui a donc appelé à être comblé. Et l’on connaît la suite : élection d’Amir Khadir en 2008, qui a été rejoint en 2012 par Françoise David, puis en 2014 par Manon Massé.

Quelques constats

D’ailleurs, ces gains électoraux n’ont rien de banal : Québec solidaire est le seul parti de gauche à avoir fait élire des député-e-s dans toute l’histoire du Québec (à l’exception de l’élection, en 1944, de David Côté sous la bannière de la Fédération du Commonwealth coopératif, l’ancêtre du NPD-Québec… lui-même l’un des partis fondateurs de l’UFP, le parent direct de QS). Mais, au-delà de ces gains nominaux, la progression de l’appui populaire au parti, de 3,64% en 2007 à 7,63% en 2014, est plutôt modeste – et ce résultat mitigé ne saurait être attribué entièrement à la pression vers le bipartisme exercée par notre mode de scrutin. Et, bien que les militant-e-s (et parfois même l’establishment) péquistes accusent souvent – à tort ou à raison – QS de division du vote, il n’en demeure pas moins que ce parti a donné une option électorale à des gens qui n’en avaient pas ou qui n’en avaient plus.

Fort de cette progression malgré tout constante et de la personnalité atypique de ses élu-e-s, le parti a su trouver son rôle dans la dynamique parlementaire. Plusieurs se rappelleront la charge à fond de train d’Amir Khadir contre Henri-Paul Rousseau, l’ancien président de la Caisse de dépôt et placement tenu responsable des pertes colossales de l’institution lors de la crise économique de 2008–2009. Cela lui avait valu, à l’époque, le titre de personnalité politique la plus populaire au Québec, selon le baromètre Léger-marketing. Ces coups de gueule sont devenus la marque de commerce du député de Mercier, pour le meilleur et pour le pire. Mais c’est avec l’élection de Françoise David en 2012 que le parti a trouvé son rôle de « conscience de l’Assemblée nationale », équivalent à celui que jouait le NPD au fédéral jusqu’en 2011.

Mais, en réalité, les victoires les plus substantielles de Québec solidaire ne se trouvent pas du côté de la joute parlementaire. Néanmoins, la visibilité du parti – certes due à ses député-e-s – a contribué à la diffusion d’idées de gauche ou à la dédramatisation de certaines d’entre elles. Prenons quelques exemples : Pharma-Québec (à la fois pôle public d’achat de médicaments afin de faire des économies d’échelle, organisme supervisant la recherche pharmaceutique et producteur de médicaments génériques), dont certains éléments vont se retrouver dans une prochaine réforme libérale en santé; l’opposition aux pipelines (à tous les pipelines), qui est devenue le cheval de bataille par excellence du Bloc québécois lors de la dernière élection; la gratuité scolaire – passée d’idée folle et marginale il y a dix ans à celle d’option politique envisagée par le PQ de Pierre-Karl Péladeau.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, à sa fondation, Option nationale a repris ces idées dans son propre programme : elles ont l’avantage de montrer une forme concrète que peut prendre le changement. De plus, on pourrait ajouter l’idée d’une assemblée constituante, chargée de la rédaction de la constitution d’un Québec indépendant : à quelques détails près, la position solidaire est devenue la voie d’accès privilégiée par la Convergence nationale de 2013 (un rassemblement des organisations indépendantistes appelé par le Nouveau Mouvement pour le Québec). En somme, Québec solidaire s’est fait le pédagogue du progressisme au Québec, avec succès. Mais la pédagogie seule ne suffit pas.

Difficultés et écueils

Ces succès relatifs ne sauraient cependant reléguer à l’arrière-plan l’échec des solidaires quant à l’objectif fondamental de tout parti politique : accéder au gouvernement et appliquer son programme – alors qu’il n’avait fallu que huit ans au Parti québécois, par exemple, pour prendre le pouvoir. Différentes raisons peuvent expliquer ce problème du parti à gagner les suffrages de la population québécoise. Certaines sont dues à des causes externes, qui ne relèvent pas vraiment de Québec solidaire, alors que d’autres ont à voir avec les façons de faire et de penser dans le parti.

Du côté des facteurs « externes », peut-être le plus important est l’absence historique de partis politiques de gauche en Amérique du Nord qui auraient forgé une certaine « tradition » de la gauche comme elle peut exister en Europe encore aujourd’hui. De plus, en plus de subir les contrecoups de notre mode de scrutin peu favorable aux tiers partis, Québec solidaire jouit d’une visibilité médiatique très modeste, qui ne représente pas son appui populaire. Enfin, la baisse généralisée de mobilisation dans les partis politiques – toutes orientations confondues – n’a rien pour aider une force « émergente ».

Cependant, c’est du côté des facteurs « internes » que le parti aurait avantage à tourner son regard. D’une part, malgré ses positions inclusives, le parti peine à gagner l’appui des communautés issues de l’immigration, d’abord et avant tout parce qu’il n’a pas su y développer un réseau. Alors que l’on considère cet électorat comme « captif » du PLQ, le programme solidaire serait beaucoup plus à l’avantage de ce segment de la population où la pauvreté et l’oppression sont vécues de manière plus aigüe – et ce n’est certainement pas l’austérité libérale qui y changera quoi que ce soit. Il en va de même pour l’électorat anglophone qui, à de rares exceptions près, boude QS à cause de sa position indépendantiste. Si réellement Québec solidaire veut se faire l’agent de promotion de l’idée d’indépendance dans les segments de population laissés pour compte par le PQ – essentiellement, tout ce qui n’est pas francophone « de souche » –, il devra y investir de sérieux efforts.

Par ailleurs, le parti souffre d’un certain problème de discours ou, à tout le moins, d’image. La défense des « poqué-e-s » est certes une noble cause, et personne n’est contre la vertu. Cependant, à trop mettre l’accent là-dessus, le parti en vient à adopter une posture misérabiliste qui peut difficilement susciter l’enthousiasme chez les non convaincu-e-s (i.e. la majorité de la population). En général, les gens veulent voter pour ce qui leur « ressemble » : il faut trouver une façon de parler à la « réalité vécue » de la majorité et montrer comment le programme de QS peut lui bénéficier à elle aussi.

On peut aussi constater un certain immobilisme chez les solidaires, qui, dix ans plus tard, n’ont toujours pas complété leur programme. En effet, le processus devant mener à l’élaboration de celui-ci est d’une lourdeur, attribuable à son aspect ultra-démocratique. Cela donne parfois l’impression que les membres de QS sont plus intéressé-e-s par le fait d’aboutir à l’énoncé d’une position politique qui soit parfait à leurs yeux que par le travail qui consiste à rendre une direction politique désirable aux yeux de la majorité. Certes, pour paraphraser Bourgault, c’est en restant fidèle à ses principes que l’on gagne le respect, mais cela ne veut pas dire que l’essentiel des efforts doit se faire du côté de la pureté idéologique. La pureté ne gagne pas d’élections.

Finalement, cette lente progression des appuis populaires, bien qu’elle se soit maintenue jusqu’à maintenant, n’est aucunement un gage d’avenir. Rien ne dit que pour QS « le meilleur s’en vient », comme certaines personnes l’ont laissé entendre. Cette attitude quasi attentiste suppose que maintenir le cap actuel est suffisant. Or, rien ne semble moins vrai.

Des choix difficiles?

Plusieurs chroniqueurs-euses et commentateurs-trices de la politique au Québec en ont conclu que Québec solidaire se trouve « à la croisée des chemins » et que deux options, qui s’excluent mutuellement, s’offrent désormais à lui : ou bien le parti se « recentre » à la manière du NPD sous Layton et Mulcair, ou bien il se contente de sa posture marginale de « conscience de l’Assemblée nationale » et reste confiné à l’opposition. Or, ces deux options sont bien loin d’épuiser le possible, et contiennent un problème dans leurs prémisses : en réalité, le programme de QS est loin d’être aussi « radical » que l’image qu’on en fait. Le problème n’est pas tant du côté des principes que de celui de la manière.

D’abord, les sondages indiquent une progression nette et stable du parti depuis l’élection d’avril 2014 : CROP lui accordait récemment 16% d’intentions de vote. Si cela devait se maintenir lors d’un scrutin, cela signifierait une hausse de plus de 100% en quatre ans et amènerait le parti au seuil de la « zone payante » en termes de députation. De plus, les déboires actuels du PQ, qui ont manifestement alimenté la tendance haussière des appuis solidaires, ne semblent pas prêts de se résorber : QS offre une solution de rechange aux péquistes désabusé-e-s. Toutefois, il ne faudrait pas négliger qu’une partie importante du bassin de vote solidaire potentiel se trouve… du côté de la CAQ. En effet, les deux partis se partagent un vote anti-establishment, et il n’est pas rare de voir des gens hésiter entre les deux – aussi contradictoire que cela puisse paraître si l’on s’en tient à la stricte grille d’analyse gauche-droite. Or, avant toute notion de gauche ou de droite, ce que l’électorat recherche (pour le meilleur et pour le pire), c’est une direction claire ou, à tout le moins, l’impression d’une direction claire.

Pour transformer tout ce potentiel en réalité, les solidaires devront néanmoins choisir. Non pas entre le recentrage et la marginalité, mais entre leurs pratiques actuelles et d’autres qui seraient en mesure de les sortir de leur zone de confort et de frapper les esprits. Autrement dit, Québec solidaire doit faire preuve de plus d’audace, il doit surprendre. Trop souvent, la gauche se place dans une posture « moralisatrice », qui cherche à imposer des règles « pour le bien de tous » (que certaines personnes, de manière certes abusive, qualifient de « paternalisme » ou de « maternage »). Toutefois, il est possible d’allier socialisme et libertarisme, économie solidaire et libertés individuelles.

Enfin, tout porte à croire qu’un changement de garde s’opérera dans les hautes sphères du parti. À l’élection de 2014, Françoise David laissait entendre que le présent mandat pourrait être son dernier et qu’une relève se prépare. Mais où est-elle? C’est l’éternel cercle vicieux solidaire : beaucoup de gens (très, moyennement ou peu connus) lui témoignent de la sympathie de manière privée (ou au mieux, par des appuis à certain-e-s candidat-e-s) mais peu sont prêt-e-s à mettre leur face sur une pancarte, par crainte de la défaite. Ainsi, le vote ne progresse que modestement, ce qui ne suffit pas à donner une assurance suffisante à ces « nouveaux visages » pour tenter leur chance la prochaine fois. Cependant, avec le départ éventuel de Françoise, un comté « sûr » devient disponible : il s’agit là d’une ouverture qui pourrait faire boule de neige.

Mais il faudra que la gauche, par-delà l’organisation actuelle de Québec solidaire, cesse d’avoir peur d’elle-même et de ce qu’elle peut accomplir si elle ose se défaire de ses vieux réflexes.

 

]]>
CAP-NCS <![CDATA[L’éducation est-elle une priorité pour le gouvernement québécois ?]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15451 2016-02-27T23:32:01Z 2016-02-27T23:24:42Z education_policy_outlook_2015Pour Monsieur Couillard, l’éducation est une priorité, entendait-on lundi soir, 22 février, à RDI. Avec quatre ministres en moins de quatre ans, on pourrait en douter. Le dernier en liste, un avocat, n’est pas issu du milieu de l’éducation, cumule deux ministères bien qu’il ne soit pas un ministre sénior et, fait remarquable, est un homme dans un domaine où les femmes sont largement majoritaires. Ah, oui, il ne faut pas l’oublier, il est le père de jeunes enfants… À la défense de l’actuel premier ministre, on peut dire que ce ministère est le lieu par excellence de la chaise musicale : 29 ministres depuis 1964 (en 52 ans), soit environ un tous les six mois et neuf au cours des dix dernières années. Révélateur !

Nous qui étudions les politiques éducatives de ce ministère depuis 30 ans, particulièrement en ce qui a trait aux programmes d’études du primaire et du secondaire, et plus spécifiquement à l’enseignement du français (discipline prétendument importante, car socle de l’acquisition des savoirs et de la construction de l’identité personnelle et sociale), nous n’avons vu que trois ministres qui aient pris le temps de réfléchir au sens de l’éducation dans notre société et qui aient proposé des politiques conséquentes. Triste bilan.

Au cours des vingt dernières années, nous avons accepté deux contrats du ministère de l’Éducation, l’un, en 1994, pour la rédaction de diverses parties du programme d’études de français du secondaire et l’autre, en 2011, pour la production d’un document prescriptif relatif à la planification de l’enseignement des contenus du programme de français. Dans les deux cas, notre entente avec le Ministère a été bafouée par ce dernier, en dépit du strict bon sens et en contradiction avec la plus élémentaire rigueur scientifique. Dans le second cas, il s’agissait de demandes de corrections du document, acceptées par les fonctionnaires en poste, mais jamais rendues publiques par le Ministère auprès des personnes concernées (enseignants de français, conseillers pédagogiques et éditeurs scolaires). Lors de la publication du programme de français du primaire lié au « renouveau pédagogique », en 2001, Le Devoir a publié à la une le 29 aout le texte signé par Suzanne-G. Chartrand coiffé du titre « Un chapitre rempli d’erreurs et d’approximations ». Quinze ans plus tard, ce programme est encore en vigueur et n’a toujours pas été corrigé. Incompétence, dites-vous?

À partir de notre expérience et de nos observations, notamment dans le domaine de l’évaluation, nous en sommes venues à la conclusion que le Ministère (peu importe son nom – passons sur l’association avec les loisirs et le sport… – et le titulaire du portefeuille) n’a aucun souci de produire des documents valides sur les plans scientifique et pédagogique, qu’il permet à n’importe qui de prendre des décisions sur les programmes comme sur les manuels accrédités par lui. Il est, comme d’autres ministères, sans doute, le terrain du copinage, de l’esbroufe et de la soumission aux idéologies du jour qui ont peu à voir avec la recherche de la qualité de l’éducation, laquelle devrait pourtant être une des priorités d’un gouvernement dans une société dite démocratique.

Suzanne-G. Chartrand, didacticienne du français, professeure titulaire associée à l’Université Laval

Marie-Christine Paret, professeure honoraire de l’Université de Montréal

]]>