Nouveaux Cahiers du socialisme Faire de la politique autrement, ici et maintenant... 2015-03-25T14:11:45Z http://www.cahiersdusocialisme.org/feed/atom/ CAP-NCS <![CDATA[Le modèle allemand et l’offensive contre les droits sociaux]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14707 2015-03-25T14:11:45Z 2015-03-25T11:34:17Z Les patrons allemands, aidés par le gouvernement socialiste de Gerhard Schröder en 2003–2005, ont réussi à imposer des sacrifices aux travailleurs.

L’étude En finir avec la compétitivité publiée conjointement par ATTAC et la Fondation Copernic résume ainsi les grandes étapes des atteintes aux conquêtes des travailleurs d’Allemagne et à leurs droits sociaux et économiques :

« Les lois Hartz (du nom de l’ex-directeur des Ressources humaines de Volkswagen et conseiller de Gerhard Schröder) se sont échelonnées entre 2003 et 2005. Hartz I oblige les chômeurs à accepter l’emploi qui leur est proposé, même pour un salaire inférieur à leur indemnité chômage. Hartz II institue des mini-jobs à moins de 400 euros mensuels (exemptés de cotisations sociales salariées). Hartz III limite à un an le versement des allocations chômage pour les travailleurs âgés et en durcit les conditions d’attribution. Hartz IV fusionne l’allocation chômage de longue durée et les aides sociales, et les plafonne à 345 euros par mois. Aux lois Hartz s’ajoutent les réformes successives des retraites et du système d’assurance-maladie : retraite par capitalisation (retraites Riester); hausse des cotisations, report de l’âge légal de départ à la retraite (objectif 67 ans en 2017). »

Les auteurs de cette étude soulignent : « L’ensemble de ces réformes a conduit à une impressionnante montée des inégalités sociales. C’est un aspect souvent oublié du “modèle allemand” et cela vaut donc la peine de donner quelques chiffres détaillés. L’Allemagne est devenue un pays très inégalitaire : un avant-projet de rapport parlementaire sur la pauvreté et la richesse |1| vient d’établir que la moitié la plus pauvre de la société possède seulement 1 % des actifs, contre 53 % pour les plus riches. Entre 2003 et 2010, le pouvoir d’achat du salaire médian a baissé de 5,6 %. Mais cette baisse a été très inégalement répartie : — 12 % pour les 40 % de salariés les moins bien payés, — 4 % pour les 40 % de salariés les mieux payés |2| . Les données officielles montrent que la proportion de bas salaires est passée de 18,7 % en 2006 à 21 % en 2010 et cette progression des bas salaires — c’est à souligner — se fait pour l’essentiel en Allemagne de l’Ouest. »

Selon la même étude, en 2008, le nombre de salariés a augmenté de 1,2 million par rapport à 1999, mais cette progression correspond à une augmentation de 1,9 million du nombre d’emplois précaires, et donc à une perte d’un demi-million d’emplois CDI à plein temps. Un quart des salarié(e) s occupent aujourd’hui un emploi précaire, et cette proportion (la même désormais qu’aux États-Unis) monte à 40 % chez les femmes. « Les emplois salariés précaires sont majoritairement (à 70 %) destinés aux femmes |3|. La proportion de chômeurs indemnisés a chuté de 80 % en 1995 à 35 % en 2008 et toutes les personnes au chômage depuis plus d’un an ont basculé vers l’aide sociale ». Comme le note Arnaud Lechevalier, cette évolution s’inscrit « dans un contexte plus général d’érosion de la protection des salariés par les conventions collectives : la part des salariés couverts a baissé de 76 % à 62 % en dix ans et ces conventions ne concernaient plus que 40 % des entreprises allemandes en 2008. De plus, les syndicats ont dû concéder de multiples dérogations aux conventions collectives de branche au niveau des entreprises ». |4|

Quand on tente d’expliquer l’attitude actuelle des dirigeants allemands face à la crise de l’Eurozone, on peut émettre l’hypothèse qu’une des leçons qu’ils ont tirées de l’absorption de l’Allemagne de l’Est au début des années 1990 est que les importantes disparités entre travailleurs peuvent être exploitées pour imposer une politique pro-patronale très forte. Les privatisations massives en Allemagne de l’Est, les atteintes à la sécurité de l’emploi des travailleurs de l’ex-RDA combinées à l’augmentation de la dette publique allemande due au financement de cette absorption (qui a servi de prétexte à la mise en place des politiques d’austérité) ont permis d’imposer des reculs très importants à une partie des travailleurs d’Allemagne, qu’ils soient de l’Est ou de l’Ouest. Les travailleurs en Allemagne ont été fortement divisés entre ceux qui travaillent dans les grandes branches industrielles où est préservée une série d’acquis et les secteurs très précarisés des services et des PME.

Le modèle allemand et l’offensive contre les droits sociaux

Les entreprises allemandes ont choisi d’accroître fortement leur production réalisée dans les pays de l’UE où les salaires sont les plus bas. |5| Les biens intermédiaires sont ensuite rapatriés en Allemagne sans payer de taxe d’import/export, pour y être assemblés puis réexportés principalement vers les autres pays d’Europe. Cela permet de diminuer les coûts de production, de mettre en concurrence les travailleurs allemands avec ceux des autres pays et d’augmenter la rentabilité de ces entreprises.

De plus, ces biens assemblés en Allemagne et vendus sur les marchés extérieurs apparaissent bien sûr dans les exportations allemandes, dont une partie importante est en réalité le résultat de l’assemblage de produits importés. Les entreprises des autres pays forts de l’UE font certes de même, mais l’économie allemande est celle qui bénéficie proportionnellement le plus des bas salaires et de la précarisation du travail au sein de la zone euro (y compris à l’intérieur des frontières de l’Allemagne) et de l’UE. En 2007, les excédents commerciaux de l’Allemagne étaient redevables à 83 % de ses échanges avec les autres pays de l’UE (145 milliards d’euros vis-à-vis des autres pays de la zone euro, 79 milliards vis-à-vis de l’Europe hors zone euro, et 45 milliards avec le reste du monde). |6|

On trouve dans un texte d’un des principaux syndicats allemands, l’IG Metall, le syndicat de la métallurgie, une défense de la zone euro qui en dit long sur l’abandon d’une perspective d’unité des travailleurs face au patronat. On y trouve une défense des intérêts de l’économie allemande et de la monnaie unique. Dans ce document intitulé « 10 arguments en faveur de l’euro et de l’union monétaire » et daté du 19 août 2011, on peut lire :

« L’économie allemande dépend plus que toute autre économie de ses exportations. Nos clients à l’étranger sont à l’origine de millions d’emplois en Allemagne. Les plus importants acheteurs de produits allemands sont les Européens (…). La monnaie unique a contribué énormément à la compétitivité des produits allemands. Si les pays endettés sont exclus de la monnaie unique, ils dévalueront leurs monnaies pour améliorer leur compétitivité. L’euro restant, qui sera composé exclusivement des pays les plus forts sur le plan économique de l’Union européenne, subira alors une pression considérable pour se réévaluer. Un retour au deutsche mark impliquerait au bas mot une réévaluation de 40 %. » |7|

Quel pitoyable aveu venant d’une organisation syndicale! On est loin de l’unité internationale des travailleurs face au Capital. La priorité est donnée à l’union sacrée entre travailleurs et patrons allemands afin d’augmenter la compétitivité des produits allemands et gagner des marchés.

Pour les dirigeants allemands actuels et le patronat, la crise de la zone euro et les attaques brutales imposées au peuple grec et à d’autres peuples de la Périphérie sont l’occasion d’aller encore plus loin et de reproduire d’une certaine manière à l’échelle européenne ce qu’ils ont fait en Allemagne.

Quant aux autres dirigeants européens des pays les plus forts et aux patrons des grandes entreprises, ils ne sont pas en reste. Ils se félicitent de l’existence d’une zone économique, commerciale et politique commune où les transnationales européennes et les économies du Nord de la zone euro tirent profit de la débâcle du Sud pour renforcer la profitabilité de leurs entreprises et marquer des points en termes de compétitivité par rapport à leurs concurrents nord-américains et chinois. L’intervention de la Troïka et la complicité active des gouvernements de la Périphérie les y aident. Le grand Capital des pays de la Périphérie est favorable à ces politiques, car il compte bien lui-même obtenir une part du gâteau des privatisations d’entreprises qu’il convoitait depuis des années.

En Allemagne aujourd’hui, dans la foulée de la période prolongée de réduction des salaires et de précarisation des contrats, les patrons et le gouvernement de coalition démocrate-chrétien (CDU-CSU) et sociale-libérale (SPD), qui ont marqué incontestablement des points tant dans l’UE qu’en Allemagne même, sont amenés à faire une concession limitée : la création d’un salaire minimum légal. A partir du 1er janvier 2015 a été instauré en Allemagne un salaire minimum légal qui s’élève à 8,5 euros de salaire horaire brut, soit un peu plus de 1400 euros par mois à condition que la personne effectue un horaire complet. De toute manière, il y aura une série d’exceptions. |8|

Signe de la dégradation de la condition de larges couches de travailleurs au cours des 20 dernières années : près de 4 millions de salariés en Allemagne sont directement concernés par l’application de cette loi instituant le salaire horaire minimum à 8,5 euros, car jusqu’à cette date ils percevaient une rémunération inférieure. En effet, officiellement, 1,4 million de salariés sont payés moins de 5 euros bruts de l’heure et environ 2,5 millions perçoivent entre 5 et 8,5 euros. |9| Avec l’instauration du salaire horaire à 8,5 euros brut, l’Allemagne sera grosso modo au niveau du salaire minimum horaire appliqué en France, en Belgique et aux Pays-Bas. Lorsqu’au 1er janvier 2017, la loi entrera pleinement en application, il semble que 6 millions de salariés en bénéficieront.

Le modèle allemand exporté dans le reste de l’Union européenne

Selon Michel Husson, le coût salarial unitaire réel a baissé de près de 10 % en Allemagne entre 2004 et 2008 |10| . Dans le reste de l’Europe, pendant la même période, il a également baissé, mais dans une proportion bien moindre. C’est à partir de la crise de 2008–2009, qui affecte durement l’Eurozone, que l’on constate une chute très nette des salaires réels des pays les plus touchés. C’est ce que souligne Patrick Artus, analyste chez Natixis : « On constate dans les pays en difficulté de la zone euro (Espagne, Italie, Grèce, Portugal) une forte baisse des salaires réels ». | 11|

Patrick Artus déclare que la baisse des salaires correspond à une politique délibérée des dirigeants européens et il ajoute que, de toute évidence, cette politique n’a ni permis de relancer l’investissement dans les pays mentionnés, ni de rendre plus compétitives les exportations des mêmes pays. Il écrit que les effets favorables « des baisses de salaires sur la compétitivité donc le commerce extérieur ou sur l’investissement des entreprises ne sont pas présents ». Il ajoute que la baisse des salaires a deux effets clairs : d’une part, elle a augmenté la profitabilité des entreprises; d’autre part, elle a diminué la demande des ménages, ce qui a renforcé la contraction de l’économie. |12|Cette étude réalisée par la banque Natixis vient confirmer que le but des dirigeants européens n’est ni de relancer l’activité économique ni d’améliorer la position économique des pays de la Périphérie par rapport à ceux du Centre. La baisse des salaires vise à réduire la capacité de résistance des travailleurs des pays concernés, augmenter le taux de profit du Capital et pousser plus loin le démantèlement de ce qui reste du « compromis social » construit au cours des 35 années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, avant le tournant néolibéral du début des années 1980.

Comme le souligne l’Organisation internationale du travail (OIT) dans son Rapport mondial sur les salaires 2014/2015 |13|, entre 1999 et 2013, la croissance de la productivité du travail a dépassé celle des salaires réels en Allemagne. |14| Le Capital a marqué incontestablement des points et les patrons allemands en ont tiré profit. Le même rapport confirme les effets négatifs de la crise ouverte en 2007–2008 dans une série de pays de l’UE : les salaires moyens réels en 2013 sont inférieurs à ceux de 2007 (!) en Espagne, en Grèce, en Irlande et au Royaume-Uni.

Dans le Rapport mondial sur les salaires 2012–2013 publié par l’Organisation internationale du travail en décembre 2012, les auteurs relevaient que dans les pays développés, entre 2008 et 2012, « les salaires ont enregistré un double creux » (c’est-à-dire en 2008 et en 2011). |15| C’est la seule région du monde avec le Moyen-Orient où les salaires ont baissé depuis 2008. En Chine, dans le reste de l’Asie, en Amérique latine, les salaires ont augmenté. En Europe orientale, ils ont connu une certaine récupération après l’effondrement des années 1990. Ce rapport permet de confirmer que l’épicentre de l’offensive du Capital contre le Travail s’est déplacé vers les pays les plus industrialisés, dans l’UE en particulier.

François Hollande et Matteo Renzi, adeptes honteux du modèle allemand

Les grands médias affirment régulièrement que les « socialistes » François Hollande et Matteo Renzi souhaitent un changement de cours de la Commission européenne et de l’Union européenne, mais sont bloqués par les dirigeants allemands qui campent sur des positions ultralibérales. En réalité, François Hollande et Matteo Renzi cherchent à appliquer dans leur pays le modèle allemand. Depuis l’automne 2014, Matteo Renzi affronte les salariés italiens pour imposer une facilitation des licenciements et pour renforcer la précarisation des contrats de travail.

François Hollande multiplie les cadeaux au patronat, il a mis en septembre 2014 le banquier Emmanuel Macron à la tête du ministère de l’Économie et dans la coulisse cherche les conseils de Peter Hartz, l’ex-directeur des ressources humaines chez VW qui a conduit avec le chancelier socialiste Gerhard Schröder les grandes attaques de 2003–2005 contre les droits sociaux en Allemagne. François Hollande pouvait parfaitement bloquer le TSCG en 2012 comme il l’avait promis au cours de sa campagne électorale. À peine élu, il a trahi son engagement et a appuyé l’orientation d’Angela Merkel et de la Commission européenne. Le Commissaire européen Pierre Moscovici, ex-ministre de l’Économie et des Finances du président François Hollande, a apporté, avec les dirigeants allemands, en décembre 2014 son soutien au candidat de droite à la présidence de la Grèce. D’autres dirigeants socialistes, quand ils étaient à la tête du gouvernement, comme José Luis Zapatero en Espagne, |16| José Socrates |17| au Portugal, Elio Di Rupo |18| en Belgique, George Papandreou en Grèce ou Gordon Brown au Royaume-Uni ont tous mis en application des mesures économiques de type néolibéral.

Aucun ne s’est opposé à l’orientation de la Commission européenne pour mettre un grain de sable dans l’engrenage austéritaire et antisocial alors que les règles en vigueur dans l’UE leur permettaient en tant que gouvernement d’opposer leur veto aux mesures qu’ils critiquaient ou condamnaient devant leurs électeurs. Il existe bien une solidarité fondamentale qui unit les gouvernements dits socialistes ou de droite dans l’approfondissement de l’offensive contre d’importantes conquêtes sociales de l’après-Seconde Guerre mondiale. Ce qu’ont fait les dirigeants allemands dans les années 1990 et 2000 constitue pour les autres gouvernements européens en place jusqu’ici le modèle à suivre et à reproduire dans la mesure du possible dans leur pays. Par la mobilisation sociale et également à travers les urnes, il est urgent de réussir à modifier la donne. Cela implique de désobéir aux injonctions de la Commission européenne et de mettre en pratique des mesures radicales pour restaurer les conquêtes sociales qui ont été mises à mal ou annulées, pour socialiser le secteur bancaire, pour mettre fin au paiement de dettes illégitimes ou illégales, pour créer des emplois utiles à la société dans le cadre d’une transition écologique.

Post-scriptum :

Eric Toussaint, docteur en sciences politiques, est porte-parole du CADTM international et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Bancocratie, Aden, 2014, http://cadtm.org/Bancocratie; Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010.

|1| Lebenslagen in Deutschland. Entwurf des vierten Armuts– und Reichstumsberichts der Bundesregierung, projet du 17 septembre 2012, http://gesd.free.fr/arb912.pdf

|2| Karl Brenke et Markus M. Grabka, « Schwache Lohnentwicklung im letzten Jahrzehnt », DIW Wochenbericht, n° 45, 2011, http://gesd.free.fr/brenke11.pdf

|3| Source : destatis.de (Office fédéral allemand de statistique). |4| Arnaud Lechevalier, « Un modèle qui ne fait guère envie », Alternatives économiques, n° 300, mars 2011, http://gesd.free.fr/allmodel.pdf, cité par ATTAC et Fondation Copernic.

|5| Le salaire mensuel minimum légal brut s’élevait en 2014 à 174 Euros en Bulgarie, à 190Euros en Roumanie, à Euros en Lituanie, à 320Euros en Lettonie, à 355Euros en Estonie, à 344Euros en Hongrie, à 352Euros en Slovaquie, à 387Euros en Pologne, à 405Euros en Croatie, à 566Euros au Portugal, à 684Euros en Grèce, à 753Euros en Espagne, à 1217Euros au R-U, à 1457Euros en France, à 1485Euros aux Pays-Bas, à 1501Euros en Belgique… Voir : http://www.statistiques-mondiales.c… consulté le 4 janvier 2015.

|6| OCDE, International Trade by Commodity Statistics (SITC Revision 3) mentionné dans ATTAC et Fondation Copernic, En finir avec la compétitivité, Paris, octobre 2012, http://www.france.attac.org/article…

|7| IG Metall, « 10 arguments en faveur de l’euro et de l’union monétaire », 19 août 2011, cité dans Cédric Durand (sous la direction de), En finir avec l’Europe, Editions La Fabrique, 2013, p. 68. Une autre partie du texte de l’IG Metall mériterait un commentaire mais l’espace nous manque ici : « Les eurobonds, les plans de sauvetage et les autres mesures de soutien aux pays déficitaires doivent être conditionnés à la réduction de l’endettement. Les dettes et les excédents des pays individuels doivent être supervisés par un fonds monétaire européen. Les dettes ou les surplus excessifs doivent donner lieu à des procédures de correction des déséquilibres. »

|8| Les entreprises couvertes par une convention collective se voient accorder un délai jusqu’en 2016 pour renégocier leurs accords, elles auront la possiblité de se plier à la règle de 8,50 euros de l’heure qu’au 1er janvier 2017. Une progressivité spécifique est prévue pour les aide-moissonneurs et les porteurs de journaux, deux professions où les rémunérations sont actuellement très inférieures à 8,50 euros de l’heure. Une autre exception concernera les chômeurs de longue durée retrouvant un emploi. L’entreprise ne sera tenue de respecter le salaire minimum qu’au bout de six mois. Par ailleurs, le salaire minimum ne s’appliquera qu’à partir de 18 ans. Source : http://www.allemagne.diplo.de/Vertr…, consulté le 4 janvier 2015

|9| Der Spiegel, « ALLEMAGNE Le salaire minimum arrive. Enfin ! », 31 décembre 2014, traduit et publié par Le Courrier international, http://www.courrierinternational.co… , consulté le 4 janvier 2015

|10| Voir Michel Husson, Economie politique du « système-euro », juin 2012, http://cadtm.org/Economie-politique… ou http://hussonet.free.fr/eceurow.pdf

|11| Patrick Artus, « La baisse des salaires dans les pays en difficulté de la zone euro est-elle utile ? », Flash Economie n°289, 18 avril 2012.

|12| Patrick Artus : « il ne reste que les effets sur la demande des ménages, d’où une forte contraction de l’activité dont le seul effet positif est de réduire le déficit extérieur » (puisque les importations diminuent). Par ailleurs, Patrick Artus indique, graphiques à l’appui, que la profitabilité des entreprises a augmenté dans les 4 pays étudiés.

|13| Voir le résumé du rapport en français : http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/pu… Le rapport intégral en anglais : http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/pu… consulté le 4 janvier 2015

|14| Selon le même rapport, cela a également été le cas aux États-Unis et au Japon. |15| OIT, Rapport mondial sur les salaires 2012–2013, Genève, décembre 2012, http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/pu… |16| Président socialiste du gouvernement espagnol de 2004 à 2011. |17| Premier ministre socialiste portugais de 2005 à 2011. |18| Premier ministre socialiste belge de 2011 à 2014.

 

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CAP-NCS <![CDATA[Un combat pour l’âme des nations]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14716 2015-03-21T19:59:59Z 2015-03-23T11:43:34Z Le 6 mars dernier, une centaine de personnes se sont réunies dans une classe de l’UQAM à l’invitation du Réseau écosocialiste pour discuter des perspectives politiques pour les partis de la gauche dite « radicale », en Europe et ici, à la suite de l’élection du gouvernement Syriza en Grèce. Dans un deuxième article, Benoît Renaud revient sur un thème qui a traversé l’ensemble des présentations et de la discussion du 6 mars.  C’est celui du patriotisme et de l’identité nationale.

Toute l’Europe semble aux prises avec un grand combat entre la nouvelle gauche radicale [1] et l’extrême droite sur la définition et le sens de la résistance nationale face au rouleau compresseur néolibéral de l’Union européenne. Les politiques d’austérité et le capitalisme financier n’ont pas de patrie et s’incarnent dans des structures transnationales comme le FMI ou la Banque centrale européenne.

C’est contre ce carcan antidémocratique que le peuple grec s’est soulevé lors de l’élection de janvier. Et le gouvernement Syriza ne se gêne pas pour évoquer la fierté nationale face au néocolonialisme de la Troïka. Mais il compte aussi mettre fin à la détention des immigrantes et immigrants considérés comme illégaux. Cette mesure montre bien le peu d’influence réelle du petit parti de droite nationaliste qui donne à Syriza les députés manquant pour une majorité au parlement.

En même temps, en France, c’est le Front national qui est en tête des sondages et cause tout un bouleversement du paysage politique. D’ailleurs, Marine Le Pen, en grande démagogue, est allée jusqu’à applaudir à la victoire de Syriza! Mais le sens du combat du FN n’est pas démocratique, c’est l’hostilité envers l’immigration et les minorités, combinée à une identification démagogique avec les couches sociales qui souffrent du néolibéralisme et voient dans l’étranger (qu’il prenne la forme du capitaliste allemand ou du travailleur polonais) la source de leurs problèmes.

Tous les États sont issus d’une histoire faite de luttes sociales complexes. Tous les pays ont donc leurs traditions progressistes et démocratiques d’un côté et leurs traditions réactionnaires et autoritaires de l’autre. Au Portugal, la révolution des œillets de 1974 et la constitution très progressive qui en a résulté s’opposent à la tradition conservatrice, autoritaire et colonialiste de la longue dictature de Salazar. La république espagnole des années 1930 avec ses mouvements anarchistes et communistes fait face à l’héritage de Franco et du catholicisme oppressif. La tradition révolutionnaire française, de 1789 à mai 1968, est constamment en lutte avec l’impérialisme brutal de l’État français et le conservatisme social remontant jusqu’à l’ancien régime.

Chez nous, le militantisme syndical et des mouvements sociaux, de la grève de l’amiante au printemps érable, avec ses traditions internationalistes et féministes, s’oppose au vieux fond bleu du temps de Duplessis avec sa chasse aux communistes et aux Témoins de Jéhovah. Maintenant, la bataille pour la définition du projet national oppose Québec solidaire, avec son projet d’assemblée constituante inclusive et sa stratégie de mobilisation sociale, au PQ de Drainville et de PKP avec leur nationalisme identitaire et un souverainisme géré à partir du bunker d’un éventuel premier ministre péquiste. Il n’y a pas de convergence entre ces deux projets, mais au contraire des divergences de plus en plus profondes, n’en déplaise aux péquistes et péripéquistes (en orbite autour du PQ) bien intentionnés qui rêvent à la réconciliation de la « grande famille souverainiste ». Le divorce devrait être consommé depuis longtemps!

À l’ère de l’austérité sans nuances, de la crise climatique et de l’intensification des rivalités interimpérialistes avec leurs guerres sans fin, il n’y a plus de place pour un grand projet consensuel vague. L’indépendance sera le résultat d’une lutte de la population du Québec contre ses propres élites en même temps que contre la domination impérialiste, ou ne sera pas!

Et Québec solidaire dans tout ça?

Si on assiste à une polarisation évidente en Europe, il n’en est pas de même au Québec et au Canada, où les différentes nuances de la droite ordinaire et de la gauche sans projet se disputent toujours l’essentiel du paysage politique. Mais le glissement de la droite ordinaire vers l’extrême droite est bien visible avec le régime Harper (la loi C-51, les récentes déclarations islamophobes, la surenchère sioniste et militariste, etc.) et le glissement du PQ, du Bloc et de la CAQ sur le terrain identitaire (Charte des valeurs, méfiance xénophobe plus ou moins avouée). L’incident récent impliquant des jeunes péquistes bien en vue dans une collaboration étroite avec des gens du FN montre bien jusqu’où est rendue la dérive impulsée par Marois en 2007. Heureusement, on n’en est pas encore à un parti ouvertement xénophobe et anti-immigration de masse comme en Europe, mais le lancement d’une branche de PEGIDA [2] au Québec est un signe parmi d’autres qu’une minorité de plus en plus audacieuse rêve d’imiter l’exemple de la droite identitaire européenne.

Du côté de la gauche, Québec solidaire semble encore hésiter à assumer sa rupture avec le système. On parle de dépasser le capitalisme, mais en pratique on propose plutôt de le gérer différemment. On dénonce le racisme et la xénophobie, mais on continue à faire des compromis avec les courants xénophobes qui veulent changer nos lois pour rendre la vie encore plus dure à de minuscules minorités sans pouvoir comme les femmes voilées. On veut refonder la démocratie et les institutions avec l’assemblée constituante et l’indépendance, mais on continue à rêver tout haut d’un scrutin proportionnel qui risque de nous embarquer dans le piège des tractations avec les partis traditionnels et les coalitions sans principes.

C’est d’ailleurs l’avertissement le plus clair qui nous venait du représentant du Parti de gauche. Ils ont bien du mal à se démarquer du PS après avoir trop souvent collaboré avec lui. Pour incarner la rupture avec l’austérité et la destruction environnementale que nous promet le capitalisme, il faut éviter toute association avec les partis de la gestion tranquille de la régression sociale. Soyons patients. Aux élections d’octobre 2009, Syriza avait obtenu 4,6 % des voix! Mesurons le succès de Québec solidaire à sa capacité à mettre de l’avant une alternative claire, globale et concrète, à sa capacité de mobilisation et d’implication dans les luttes, sans oublier la réaction allergique que provoquent nos propositions chez les faiseurs d’opinions à la solde des riches et des puissants.

[1] Mentionnons, en plus de Syriza (Grèce), du Bloc des gauches (Portugal), de Podemos (État espagnol) et du Front de gauche (France), des mouvements comme la Campagne radicale pour l’indépendance (RIC) en Écosse, l’Alliance contre l’austérité (AAA) en Irlande et Die Linke (Allemagne).

[2] un groupe anti-musulman qui organise des manifestations en Allemagne et se répand dans d’autres pays d’Europe

 

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CAP-NCS <![CDATA[2015 : année de toutes les possibilités]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14719 2015-03-21T19:57:50Z 2015-03-21T19:50:37Z Vendredi le 6 mars, une centaine de personnes se sont réunies dans une classe de l’UQAM à l’invitation du Réseau écosocialiste pour discuter des perspectives politiques pour les partis de la gauche dite « radicale », en Europe et ici, à la suite de l’élection du gouvernement Syriza en Grèce. Pouvons-nous compter sur un « effet domino » et une série de victoires, en commençant par celle de Podemos en Espagne? Est-ce le début de la fin de l’Europe de l’austérité? Est-ce que, au contraire, les difficultés rencontrées par le nouveau gouvernement grec vont jeter une douche froide sur le reste de l’Europe et démontrer que l’optimisme de cette nouvelle gauche était mal placé?

Afin d’alimenter cette discussion, le Réseau avait invité quatre personnes représentant autant de partis politiques, tous assez différents les uns des autres, mais ayant en commun le rejet des politiques d’austérité et des racines profondes dans les luttes sociales. La question des rapports entre les mouvements sociaux et la politique partisane ainsi que les enjeux du fonctionnement démocratique interne et des stratégies pour ce type de parti ont été soulevés lors de l’assemblée.

Espagne

Ignacio Hermoso de Mendoza a d’abord présenté le parti Podemos, fondé il y a à peine un an en Espagne. Deux mois plus tard, en mai 2014, il obtenait déjà 8 % des voix lors des élections européennes. Il est maintenant en première place dans les sondages et espère remporter des victoires lors des élections régionales et municipales prévues en mars et en mai de cette année, puis faire l’histoire en s’emparant du gouvernement du pays en novembre.

Il nous a expliqué que le succès de son parti est dû à l’impact majeur de la crise économique depuis 2008, qui a fait monter le taux de chômage à 25 % et provoqué la mobilisation massive des Indignados en 2012. Aussi, les partis politiques traditionnels de gouvernement en Espagne sont notoirement corrompus et mènent essentiellement la même politique, qu’il s’agisse des sociaux-démocrates ou des conservateurs. Il n’est donc pas étonnant que pour Podemos, la distinction entre la gauche et la droite ne fasse plus partie de leur vocabulaire. Leur approche consiste à rassembler les gens ordinaires, d’en bas, contre les élites économiques et politiques, d’en haut, responsables de la crise.

Son parti propose de redistribuer la richesse et de mieux financer les programmes sociaux par une réforme fiscale (incluant l’abolition des privilèges de l’Église catholique) et un audit sur la dette permettant d’en répudier une partie. Podemos s’est également prononcé, à la suite d’un processus d’élaboration de programme ouvert et participatif, en faveur de droits égaux pour les LGBT, pour l’égalité hommes-femmes, pour l’écologie et pour le droit à l’autodétermination des nations qui composent présentement l’État espagnol.

Portugal

Niall Clapham-Ricardo a ensuite pris la parole pour présenter le Bloco de Esquerda (Bloc de gauche), une coalition de diverses forces de gauche au Portugal. Ce parti a été fondé en 1999 par la convergence de plusieurs petits partis, mais compte aujourd’hui aussi beaucoup de membres ayant directement adhéré au Bloc plutôt qu’à une de ses composantes. Ses résultats électoraux modestes (jusqu’à 10 % des voix) se comparent à ceux qu’obtenait Syriza il n’y a pas si longtemps!

À noter, comme pour Québec solidaire, la gauche féministe est une composante importante du parti. Un regroupement de féministes s’était constitué lors d’un premier référendum pour le droit à l’avortement quand le parti socialiste avait décidé de rester neutre. Ils font aussi de la lutte pour les droits des sans-papiers une priorité dans un pays où le racisme ordinaire n’a pas encore donné naissance à une extrême droite menaçante comme ailleurs en Europe, mais n’en est pas moins un problème majeur.

France

Philippe Molitor représentait le Parti de gauche, une formation récente formée en 2009 à la suite du départ du Parti socialiste de plusieurs militantes et militants, dont Jean-Luc Mélenchon, qui était leur candidat aux dernières élections présidentielles. Avec le Parti communiste et quelques autres petites formations, il constitue le Front de gauche, une coalition électorale plus vaste. Plusieurs militantes et militants de ces courants politiques sont également impliqués dans un mouvement non partisan en faveur d’une 6e république, incluant le projet d’une assemblée constituante.

Le programme du Parti de gauche est explicitement écosocialiste et celui du Front de gauche en opposition avec les politiques économiques libérales. Pour lui, l’élection de Syriza offre une opportunité de refonder l’Europe sur des bases sociales et démocratiques. Il est bon de se rappeler que le traité constitutionnel européen a été ratifié malgré une victoire du Non lors du référendum français.

Il a remarqué que la victoire de Syriza a été rendue possible par l’effondrement de la social-démocratie du PASOK, dans un pays où le taux de chômage est à 25 %. En France, avec 10 % de chômage et un PS qui s’accroche à une portion de l’électorat notamment grâce au mode de scrutin à deux tours et à des tractations diverses au niveau local, le défi est différent.

On lui a demandé comment il expliquait que le Front national soit le premier parti en France, et non une nouvelle formation de gauche comme Syriza. Selon lui, une partie de l’explication tient dans l’association de forces de gauche comme le PC ou le Parti de gauche avec le Parti socialiste à cause de leur participation à divers gouvernements, que ce soit celui de Jospin dans les années 1990 ou diverses administrations régionales et locales. Le FN bénéficie de la perception d’être un parti en dehors des réseaux de pouvoir établis.

Québec

C’est Manon Massé, députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques depuis avril dernier, qui représentait Québec solidaire. À la suite des présentations des trois autres panélistes sur les origines et les caractéristiques de leurs partis respectifs, elle a fait ressortir trois spécificités de la gauche québécoise et de Québec solidaire : la force des mouvements sociaux, la question nationale et l’importance du mouvement féministe.

En effet, l’histoire de Québec solidaire est celle des mouvements de lutte contre ce que nous appelons aujourd’hui les politiques d’austérité. Elle nous a rappelé à quel point les discours tenus par les membres du gouvernement péquiste de Bouchard en 1996 étaient identiques à ceux que tiennent aujourd’hui les ministres libéraux. Et c’est contre cette politique du déficit zéro que le mouvement des femmes, le mouvement communautaire et le mouvement étudiant s’étaient mobilisés en 1996 à l’époque des Sommets. Elle nous a invités à « contaminer » les esprits avec nos idées de la même manière que nos adversaires ont infecté les consciences avec les slogans creux du libéralisme économique.

Du côté du mouvement des femmes, la députée solidaire a souligné à quel point les politiques d’austérité, maintenant comme il y a vingt ans, affectent plus durement les femmes, car ce sont elles qui occupent la majorité des emplois dans les services publics et que ce sont encore elles qui se retrouveront avec une plus lourde tâche de travail informel et non reconnu en raison des réductions de services. Pour elle, il ne peut pas y avoir de libération des peuples sans libération des femmes et sans une transformation socialiste de l’économie. Toutes ces luttes sont indissociables.

6 mars 2015

 

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CAP-NCS <![CDATA[Réflexions sur Syriza : Endettés, mais pas coupables!]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14699 2015-03-19T14:59:20Z 2015-03-20T11:53:16Z À en croire nos médias, le gouvernement Syriza en Grèce ne serait rien d’autre qu’une bande d’extrémistes populistes prônant des mesures aussi démagogues qu’« irrationnelles » et « irresponsables ».

Rien n’est moins vrai. Bien au contraire, ce sont les politiques européennes qui ont été, et continuent d’être, d’une irrationalité évidente. Depuis 2008, la Grèce a été contrainte de promulguer des mesures d’austérité drastiques pour remettre ses finances à flot; et pourtant, sept ans et une terrifiante récession plus tard, ces dernières sont plus près du naufrage qu’auparavant. La dette nationale, qui équivalait à un peu plus de 100 % du PIB, a explosé à 175 % du PIB, soit 320 milliards d’euros. Si cette situation ne peut être qualifiée d’irrationnelle, alors le mot lui-même n’a aucun sens. Pourquoi, peut-on se demander, l’UE fait-elle donc subir ceci à la Grèce?

Comme chacun sait, la politique de l’UE envers les pays lourdement endettés, dont la Grèce, consiste à « étendre et prétendre » : étendre la période de remboursement, mais prétendre de penser que toutes les dettes seront remboursées à terme. Pour quelles raisons la fiction du remboursement est-elle aussi tenace? Ce n’est pas seulement parce que cette fable ne rend l’étalement de la dette plus acceptable aux yeux des électeurs allemands, ni même parce que l’on ne craindrait que l’éventuelle annulation de la dette grecque ne fasse émerger des demandes similaires au Portugal, en Irlande ou en Espagne. La raison avérée en est simplement que les détenteurs du pouvoir n’ont pas vraiment l’intention de voir la dette intégralement remboursée.

L’objectif réel de ces prêts n’est pas de récupérer la mise initiale augmentée de bénéfices, mais plutôt de faire perdurer indéfiniment une dette qui maintient le débiteur dans une dépendance et une subordination permanentes. Il y a de cela une dizaine d’années environ, l’Argentine décida de rembourser par anticipation sa dette au FMI (avec l’aide financière du Venezuela), donnant lieu à une réaction surprenante de l’institution : au lieu de se réjouir d’avoir récupéré son argent, le FMI — ou plus précisément les personnalités à sa tête — s’inquiéta de ce que l’Argentine pourrait profiter de sa nouvelle liberté, et de son indépendance financière envers les institutions internationales, pour renoncer à ses politiques de rigueur financière et s’adonner à des dépenses inconsidérées… La dette, en tant qu’outil de contrôle et de régulation du débiteur, aspire à sa propre reproduction, à sa propre expansion.

L’attitude de l’UE, pressant continuellement la Grèce de mettre en œuvre des mesures d’austérité, illustre parfaitement le concept psychanalytique du surmoi. Le surmoi n’est pas un agent éthique à proprement parler, mais un agent sadique qui bombarde le sujet d’exigences impossibles et tire un plaisir obscène de l’échec de ce dernier à s’y conformer. Freud a précisément identifié le paradoxe du surmoi selon lequel plus nous nous soumettons aux exigences de celui-ci, plus nous nous sentons coupables. On peut se figurer le surmoi comme un enseignant pervers qui imposerait des tâches impossibles à ses élèves et, sadique, raillerait leur angoisse en les voyant paniquer. C’est en cela que les exigences, les ordres de l’UE sont terriblement malsains : ils ne laissent aucune chance à la Grèce. L’échec du pays fait partie du jeu.

Comme s’ils ne souffraient pas assez, les Grecs sont victimes d’une campagne faisant appel aux instincts les plus bassement égoïstes. Lorsque nos médias évoquent l’annulation d’une part de la dette, la mesure est présentée comme un poids pour les contribuables ordinaires, dressant le portrait d’un peuple grec paresseux et corrompu face aux citoyens normaux, aux braves travailleurs des autres nations. En Slovénie, dans mon propre pays, on est allé jusqu’à accuser de trahison nationale ceux qui manifestaient leur soutien à Syriza… Ainsi, quand les grandes banques firent défaut lors de la crise financière de 2008, on estima normal que l’État couvre leurs pertes à renforts de milliers de milliards d’euros (l’argent du contribuable, bien sûr); mais quand un peuple entier se trouve dans la misère, il doit payer ses dettes.

Comment sortir de ce cercle infernal entre dette et culpabilité? Le gouvernement Syriza y est parvenu. En substance, les créanciers et les gardiens de la dette l’accusent de ne pas se sentir suffisamment coupable; on l’accuse de se sentir innocent. C’est précisément ceci qui dérange tant les instances européennes : le gouvernement Syriza reconnaît sa dette, mais sans culpabilité. Syriza s’est émancipé de la pression du surmoi. Le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, incarne parfaitement cette posture dans ses interactions avec Bruxelles et Berlin : il admet le poids de la dette et avance, assez rationnellement, que puisque les politiques européennes n’ont visiblement pas fonctionné, il faut trouver une autre option.

Paradoxalement, Varoufakis et Tsipras n’ont de cesse de répéter que le gouvernement Syriza constitue pour les créanciers la seule chance de récupérer au moins une partie de leur argent. Varoufakis lui-même s’étonne : par quel mystère les banques ont-elles fait ruisseler leur argent en Grèce et collaboré avec un État clientéliste, tout en sachant pertinemment de quoi il retournait? La Grèce ne se serait jamais autant endettée sans la connivence des autorités occidentales. Le gouvernement Syriza a bien conscience que la menace principale qui pèse sur lui n’émane pas de Bruxelles; elle réside au sein même de la Grèce, État clientéliste et corrompu s’il en est. Si l’Europe — la bureaucratie européenne — est critiquable, c’est bien pour avoir soutenu, alors même qu’elle dénonçait la corruption et l’inefficacité de la Grèce, la force politique même — la Nouvelle Démocratie — qui incarnait ces deux maux.

C’est pourquoi il revient aujourd’hui aux vrais partisans de la Gauche de se rallier avant tout à une solidarité paneuropéenne avec la Grèce, et ce non pas seulement parce que le destin de ce pays est entre les mains de l’Europe. Nous, peuples d’Europe occidentale, aimons à suivre la situation grecque en observateurs lointains, étudiant avec compassion et sympathie la détresse d’un pays démuni. Toutefois, aussi confortable soit-il, ce point de vue repose sur une illusion fatidique; ce qui se passe en Grèce depuis quelques semaines nous concerne tous. C’est le futur de l’Europe qui est en jeu. Ainsi, lorsque nous lirons les nouvelles grecques ces jours-ci, nous ferons bien de garder en tête le proverbe : de te fabula narratur.

Partout en Europe, la Gauche déplore à quel point personne, aujourd’hui, n’ose effectivement perturber le dogme néolibéral. La difficulté est réelle, bien entendu : à l’instant où l’on enfreint ce dogme ou, plus précisément, à l’instant où l’on pourrait passer pour l’agent potentiel de tels troubles, des forces immenses se déchaînent. Bien que l’on puisse prendre celles-ci pour des facteurs économiques objectifs, elles sont en fait les forces de l’illusion, de l’idéologie. Leur pouvoir matériel n’en reste pas moins profondément destructeur. Nous subissons aujourd’hui la pression terrible de ce que nous devrions appeler la « propagande ennemie ». Permettez-moi de citer Alain Badiou : « Le but de toute propagande ennemie n’est pas d’anéantir une force existante (cette fonction-là est en général dévolue aux forces de police), mais plutôt d’anéantir une possibilité méconnue de la situation. » En d’autres termes, la propagande ennemie entend annihiler l’espoir : elle dissémine sa conviction résignée que le monde dans lequel nous vivons, s’il n’est pas le meilleur de tous les mondes possibles, en est le moins mauvais, et qu’un changement radical ne pourrait par conséquent que l’entraîner vers le pire.

Il faut que quelqu’un fasse le premier pas et tranche le nœud gordien du dogme néolibéral. N’oublions pas, en effet, que les prêcheurs de ce dogme — des États-Unis à l’Allemagne — l’enfreignent à leur guise lorsque cela les arrange. Le combat de Syriza dépasse largement la simple promotion de l’État-Providence. C’est la défense d’un mode de vie tout entier, la résistance d’un monde menacé par une mondialisation fulgurante ou, plus encore, d’une culture dont les rites et les usages quotidiens sont mis en péril par la marchandisation post-historique. Cette résistance est-elle conservatrice? Les représentants autoproclamés du conservatisme politique ou culturel actuel ne sont pas vraiment conservateurs. Embrassant sans réserve l’autorévolution permanente du capitalisme, ils visent simplement à rendre celui-ci plus efficace en lui adjoignant des institutions traditionnelles (la religion, etc.) qui contiennent les effets destructeurs du capitalisme et préservent la vie sociale, la cohésion sociale. Aujourd’hui, le vrai conservateur est celui qui reconnaît les antagonismes et les impasses du capitalisme mondialisé, celui qui rejette le simple progressisme, celui qui reste vigilant face au revers de la médaille du progrès.

C’est pour ces raisons que je proclame mon respect profond pour Syriza et son combat. Sa persévérance même nous rend libres : tant que Syriza existe, nous savons tous qu’il nous reste encore une chance.

Traduit de l’anglais par Néomie Ségol pour symptoma.info Texte paru initialement le 24 février 2015 sur le site http://readersupportednews.org/opinion2/277–75/28754-a-note-on-syriza-indebted-yes-but-not-guilty

 

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CAP-NCS <![CDATA[La Marche mondiale des femmes : un mouvement irréversible et plus que jamais actuel]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14696 2015-03-18T14:05:02Z 2015-03-18T14:05:02Z À la suite de la marche « du pain et des roses » entreprise par les femmes québécoises en 1995, une importante délégation du mouvement des femmes a participé à un forum parallèle à la 4e Conférence mondiale de l’ONU de Beiing. C’est lors de cet événement marquant dans le développement de la solidarité internationale qu’elles ont lancé l’idée d’une marche mondiale des femmes. Le projet a suscité de l’intérêt, et une vingtaine de femmes de plusieurs pays du monde ont emboîté le pas. C’est ensuite par le biais du vaste réseau des organismes de coopération internationale (OCI) québécois que des groupes de femmes de 161 pays et territoires ont été contactés pour organiser la première Marche mondiale des Femmes (MMF) en octobre 2000. La Marche s’est ensuite consolidée à travers le tissage de liens entre groupes de femmes : relations Nord-Sud, mais aussi Sud-Sud. Plusieurs OCI québécois ont contribué à ce résultat, en travaillant au renforcement des groupes de femmes et des coordinations nationales de la Marche, et en permettant à des délégations de femmes de participer aux événements phares de la Marche.

La Marche de 2015 : « Libérons nos corps, notre Terre et nos territoires »

S’inspirant du travail des femmes du Guatemala, le thème de 2015 réfère au rapport des Peuples autochtones avec la Terre mère. Nous sommes issues et issus de la Terre, elle nous nourrit, nous dormons sur elle. Aussi le développement doit-il la respecter et tenir compte des générations futures, sans quoi nous nous dirigeons vers notre perte.

Au Québec, le message de la Marche, basé sur la Charte mondiale des femmes pour l’humanité de 2005 (http://www.marchemondialedesfemmes.org/publications/charte/charte/fr), s’articule autour de 3 objectifs : contrer les politiques d’austérité, la militarisation de la société et la destruction de l’environnement. Ces messages résonnent dans les travaux de plusieurs OCI membres du CQFD (http://www.aqoci.qc.ca/spip.php?rubrique261), ainsi que de plusieurs collectifs alliés. Nous offrons ici une brève synthèse d’articles parus dans : « Coopérer pour l’égalité entre les femmes et les hommes, 30 ans de défis et de réalisations ».

L’industrie minière

Les travaux du Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL) et de Femmes autochtones du Québec témoignent du fait que « les femmes occupent un rôle central dans les communautés affectées par des projets extractifs et/ou énergétiques. De fait, en ayant des impacts divers sur les moyens d’existence, le milieu de vie et la structure locale du marché du travail, les mégaprojets liés à l’extraction des ressources naturelles — industries minière et pétrolière, barrages hydroélectriques, etc. — touchent de façon particulière les femmes. (…) l’implantation de ces mégaprojets s’accompagne souvent d’une dévalorisation du travail des femmes, d’une hausse des agressions physiques et sexuelles et d’une augmentation du marché sexuel, en plus d’avoir des impacts sur la santé et le travail reproductif à travers une détérioration de l’environnement et de la vie communautaire. » Le CDHAL a à ce sujet traduit des témoignages de femmes autochtones d’Amérique latine expliquant avec éloquence leur rapport à la terre et à l’industrie minière.

Aussi, on observe que la traite des femmes augmente en lien avec les grands projets miniers et énergétiques, phénomène qui, au Québec, touche les femmes autochtones de manière disproportionnée.

Militarisation

« La Marche mondiale a choisi de tenir son grand rassemblement de 2010 [en République démocratique du Congo] pour exprimer sa solidarité avec les femmes qui résistent chaque jour dans un contexte de guerre et pour renforcer leurs capacités d’actrices de changement, notamment dans la résolution du conflit. » Le Centre d’études et coopération internationale, par le biais du programme Uniterra, a appuyé cet événement rassemblant 20,000 personnes en y envoyant une délégation de femmes africaines, haïtiennes et québécoises.

Au Canada, la militarisation est aussi une source de préoccupation. La montée de la culture militariste a de lourds impacts pour les femmes d’ici et du Sud, privilégiant des valeurs patriarcales. L’augmentation faramineuse des dépenses militaires détourne des ressources qui pourraient être consacrées à l’aide au développement ou à la prestation de services sociaux, avec une incidence directe sur la condition des femmes. « Ce ne sont ni les missiles, ni les bombes, ni les chars d’assaut, ni les emplois militaires, ni tout le reste de leur machine de mort qui donneront aux peuples du monde les services sociaux, garderies, logements, emplois décents et utiles, et conditions de vie et de travail pour lesquels nous nous battons depuis longtemps. »

Contrer l’austérité

La dénonciation des politiques d’austérité, qui, selon une récente étude de l’IRIS (http://iris-recherche.qc.ca/publications/austerite-femmes), touchent particulièrement les femmes, fait écho aux premières luttes de la Marche, qui en l’an 2000, a envoyé une délégation pour présenter ses revendications aux directeurs du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque Mondiale ainsi qu’à l’ONU, dénonçant les ravages des plans d’ajustement structurel et leurs impacts sur les femmes.

20 ans plus tard, les Québécoises sont confrontées à l’austérité, rappelant les dénonciations des pionnières de la Marche : réduction de l’appareil étatique, coupe des programmes sociaux, l’éducation, la santé. Dans ce contexte, les rencontres de militantes du Sud inspirent et mobilisent. À ce titre, Laurence Hema Traoré, héroïne de l’alimentation burkinabée d’Oxfam-Québec, était avec nous le 5 mars pour lancer la Marche. Mère de 13 enfants, elle a fondé l’association Munyu, qui rassemble 10 000 femmes pour améliorer leurs conditions de vie. « Je connais la Marche, je sais comment on se bat, je sais comment on souffre. Si on se bat, ça ira! »

Conclusion

Le mouvement des femmes au Québec et les OCI québécois vivent depuis quelques années des coupures majeures, notamment dans les programmes axés sur la défense des droits, et les conséquences de ces coupures se font ressentir dans le volume d’appui et l’énergie qu’elles peuvent fournir dans le cadre de la Marche. Malgré un contexte morose, en raison des thèmes abordés et la mobilisation, ce mouvement montre sa pertinence et son importance. Tant que nos corps, notre Terre et nos territoires ne seront pas libres, nous serons en marche!

Mobilisations

Le 24 avril : 12 h à 13 h, action organisée par le CISO (http://www.ciso.qc.ca/?p=11976) contre la précarité du travail des femmes dans l’industrie textile. Commémoration de l’effondrement du Rana Plaza, au Bangladesh.

Le 17 octobre : grand rassemblement, clôture de la Marche à Trois-Rivières. C’est un rendez-vous !

 Ce billet du Blogue un seul monde (http://quebec.huffingtonpost.ca/un-seul-monde/) a été rédigé par Marie-Anne Cantin, Agente de programme égalité entre les femmes et les hommes au Comité québécois femmes et développement (CQFD) de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI).

 

 

 

 

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CAP-NCS <![CDATA[Concertation et mobilisation]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14687 2015-03-10T21:12:40Z 2015-03-13T11:16:30Z Dans les années 1970 alors que les mouvements populaires et les syndicats étaient sur un mode offensif, le mot « concertation » avait une connotation plutôt négative. Les élites et les partis politiques, y compris le PQ, surtout après son élection en 1976, essayaient d’inculquer cette fausse idée que la « lutte ne paie pas ». C’était en fait tout le contraire, et les quelques réformes qui sont venues « dompter » le capitalisme sauvage de l’époque étaient presque toutes le résultat de luttes populaires. Par exemple, la loi anti-briseurs de grève (que les patrons y compris PKP rêvent aujourd’hui d’abolir) a été le résultat de batailles très dures, dont l’occupation de l’usine United Aircraft organisée par des camarades de la FTQ.

Par la suite dans les années 1980, le rapport de forces a changé, au détriment du mouvement populaire. Une fois réélu (1981), le PQ a appliqué des politiques néolibérales. Au nom du nécessaire « ménage » des finances publiques, on a fait ce que le 1 % voulait, à savoir reporter le fardeau sur les couches moyennes et populaires. Des syndicats devant les assauts répétés de l’État et des patrons ont reculé, subissant ces coupures dans la santé et l’éducation, par exemple. Des intellectuels, bien intentionnés mais surtout naïfs, affirmaient alors que la lutte des classes, c’était fini, et qu’il fallait se « concerter » avec les autorités. Une grande partie des énergies des mouvements populaires a été alors déviée vers d’interminables « « sommets » dont le but était, plus souvent qu’autrement, de faire endosser les politiques du « déficit zéro » et autres mots de passe qui voulaient dire simplement : austérité et aggravation des écarts.

À moins qu’on se trompe, il n’y a pas eu beaucoup de résultats concrets pour la grande masse des gens.

Au tournant des années 1990 cependant, des mouvements ont commencé à remettre en question cette chanson. Le secteur public a commencé à prendre de la vigueur. Mais le moment de rupture est venu de l’initiative de Françoise David et de la Marche des femmes contre la pauvreté et la violence. Il faut se souvenir que Françoise, malgré l’avis des centrales syndicales, était sortie du « Sommet socio-économique » de 1995 de Lucien Bouchard qui refusait de considérer des revendications tout à fait légitimes comme l’augmentation du salaire minimum, toujours sur le même prétexte d’assainissement des finances publiques.

Cette première mobilisation a débouché sur une autre grande initiative au Sommet des peuples des Amériques (avril 2001). Encore là, des secteurs du mouvement syndical hésitaient à confronter le terrible projet consistant à livrer les 34 pays de l’hémisphère aux mondialiseurs et aux États-Unis. Ils accusaient les opposants, au début dispersés, d’être « gauchistes ». Lors du Sommet des peuples cependant, l’opinion a basculé. La CSN et la CSQ, notamment, ont bien compris, avec les mouvements populaires, les étudiants et les groupes de solidarité internationale, que l’heure n’était pas à s’assoir avec Ottawa et Washington pour négocier les « détails ». Quelques mois plus tard, l’initiative de Québec débouchait sur de nouvelles mobilisations en Amérique du Sud et même aux États-Unis. En 2004, le « grand » projet de la Zone de libre-échange était kaput!

À travers ces expériences, les mouvements populaires ont donné un autre sens au mot « concertation » qui est devenue « convergence » et alliances populaires. Certes, personne n’est en principe contre la négociation. On sait très bien que les « petites victoires » sont importantes, qu’elles impliquent des compromis, des négociations et même parfois, quitte à se boucher le nez, de s’asseoir avec les « dignes » représentants du 1%. Mais faire cela n’implique pas d’oublier qu’au point de départ, il y a des intérêts de classe, il y a des confrontations, il y a des luttes.

En 2003, cette posture militante a encouragé les mouvements à affronter la « réingénierie » de Charest (ce qui est revenu sur la table avec Couillard). Les syndiqués ont bravement défié les forces dites de l’ordre pour bloquer des installations stratégiques. Les mamans et les papas ont affronté l’hiver pour dire non à la démolition des garderies. En 2005, les étudiant-es, sans beaucoup d’appui sinon que symbolique, ont tenu tête, tout en se faisant traiter de « gauchistes » et finalement ils ont gagné. Tout cela a miné le gouvernement qui a peu à peu tassé dans le coin ses « réformes » de sauvage jusqu’à temps qu’il pense le moment venu de se réessayer en 2012.

En ce printemps mémorable, ce sont les étudiants et appelons-le par son nom, l’ASSÉ (devenu CLASSE par ses alliances larges) qui ont pris les devants. Ils ont bien fait leur travail, sans excès de langage, en ramenant toujours l’opinion à l’essentiel. Au début, certains syndicats conseillaient en douce aux étudiants de céder. Mais le vent a tourné autrement et finalement, tout le monde s’est rallié. Le mouvement était étudiant, mais la lutte est devenue populaire. La victoire a été partielle, mais cela a quand même été une victoire.

Plus tard, quand le PQ a été élu à l’automne 2012, le bon vieux discours de la concertation a été sorti des garde-robes. Le PQ, à sa manière habituelle, parlait des deux coins de la bouche. Certains militants étaient presque contents d’entendre cela après une décennie de confrontations, mais en réalité, rien n’était changé. Pauline Marois a cherché à s’en tirer, mais amadouer les mouvements populaires tout en courtisant l’électorat de droite était en fin de compte une mission impossible. Sa défaite et l’arrivée au pouvoir du PLQ sur des bases frauduleuses ont fait mal et aujourd’hui, les enjeux sont grands.

Venons-en donc justement à maintenant.

Il n’y a pas vraiment beaucoup de monde à part quelques irréductibles de la « concertation » qui pensent encore qu’on peut s’asseoir et discuter honnêtement avec un gouvernement qui est somme toute l’émanation de l’Institut économique de Montréal. Ce sont des gens déterminés à ramener la société québécoise avant la révolution tranquille, ce qui implique de détruire les capacités de résistance des mouvements populaires. Derrière la « réorganisation » du secteur de la santé, c’est la désyndicalisation et la privatisation qui sont les enjeux fondamentaux. Le démantèlement du secteur de l’éducation a pour but de recréer ce qui existait avant 1960, une éducation pour la petite minorité (7% des enfants terminaient le cours secondaire) et des voies dérivées pour les autres, sous la gouverne des entreprises. Les autres acquis sociaux, dont une certaine universalisation de l’accès aux services, les CPE, les congés de parentaux, le développement des régions, oubliez cela. Quant aux camarades du secteur privé, même s’ils ne sont pas directement la cible, ils vont aussi y passer, si le bulldozer néolibéral continue sa marche : législation contre les grèves (comme à Air Canada et au CN), attaques en règle contre la formule Rand, alignement par le bas des salaires et des conditions de travail (le « modèle » Wal-Mart), etc.

Excusez-nous, c’est la lutte des classes, mais à un moment de cette lutte où le 1% pense que son heure est arrivée …

Il est donc normal que, pour la plupart des militant-es, il faut revenir à la mobilisation. Il n’y a pas de raccourci et il faudra donc se tenir debout et dire non. Cette mobilisation, contrairement à certains adeptes d’une pensée magique, ne se fera pas en un jour. Ce n’est pas en s’excitant, encore moins en traitant de « traîtres »   tous ceux et celles qui ne veulent pas déclarer la « grève générale illimitée » demain matin, qu’on avancera. Il faudra accumuler des forces, comme on le voit dans des régions avec des alliances inédites entre syndicats, groupes populaires et tout ce qui est en honnête dans la société. En même temps, il faut faire la bataille des idées, comme nos camarades de l’IRIS et des organisations comme le FRAPRU, la FFQ et bien d’autres. À cette bataille des idées participent également des intellectuels, des artistes, des journalistes, des scientifiques qui démolissent les mensonges des tartuffes des médias-poubelles. Enfin, on peut également compter sur les camarades parlementaires de QS et même, de temps en temps, sur quelques autres élus qui préfèrent sauver leur honneur plutôt que de s’enfoncer dans la médiocrité du débat d’une pseudo démocratie qui fait état de système politique au Québec.

C’est un travail de fourmi, souvent invisible, lent, patient, ancré, qui repose sur l’effort à la base, dans les régions, dans les quartiers, dans les lieux de travail, dans les services publics, à l’école.

Par ailleurs, la négociation avec Couillard, ça viendra au bon moment, quand le mouvement populaire aura modifié le rapport de forces. Quand ce dialogue sera amorcé, il sera bon de se souvenir des résistances passées, mais aussi et surtout ce que l’on constate dans la détermination et de l’organisation à la base, qui démontre à chaque jour de la semaine que rien n’est gagné autrement que par la force de nos mouvements et de leurs capacités de se mettre ensemble.

La vraie concertation, c’est en fin de compte cela, c’est la convergence des mouvements populaires.

 

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CAP-NCS <![CDATA[Grèce : un jeu complexe]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14690 2015-03-10T21:12:56Z 2015-03-11T18:20:00Z Syrisa a remporté la victoire aux élections grecques le 25 janvier. Peu de temps s’est écoulé, et pourtant on peut commencer à prendre un certain recul devant l’événement.

Après une semaine d’étonnement devant un gouvernement qui applique son programme (et qui tient ses promesses, ce qui change…), après avoir pris acte des premiers gestes politiques de l’équipe d’Alexis Tsipras (et de son nouveau ministre des finances), après avoir remisé la « Troïka », soit l’alliance du FMI, de la Banque Centrale Européenne et de la Commission Européenne, au rayon des accessoires surannés[1], il convient de s’interroger sur la stratégie de Syriza.

La stratégie de Syriza

Cette dernière tient en un point. Tsipras veut retrouver des marges de manœuvre budgétaires. Il a besoin pour cela de « récupérer » de 6 à 8 milliards d’euros, qui sont actuellement affectés au paiement des intérêts de la dette grecque. Il a besoin de cet argent pour mettre en place les mesures qui éviteront au peuple grec de périr. C’est une réalité tragique, et pourtant tout à fait évidente. Cette diminution de la charge des intérêts est nécessaire et permettra au gouvernement de mettre en place un programme de sortie de l’austérité. C’est pour cela que Syriza a fait de l’annulation partielle de la dette, ou à tout le moins d’un moratoire de 20 à 30 ans sur les paiements une de ses priorités. On sait que, sur ce point, il est soutenu tant par des économistes – et non des moindres – que par le gouvernement américain. On sait aussi que les réserves de la Grèce sont insuffisantes pour permettre à ce pays de faire les paiements prévus au début de juillet. Au total, ce sont 23 milliards d’euros que la Grèce devrait verser. Dans la mesure où Tsipras a rejeté la dernière tranche du plan d’aide prévue par la « troïka », cela signifie qu’un accord devra impérativement être trouvé avant cet été.

Mais, il va se heurter à un front très dur de pays emmenés par l’Allemagne. On sait que ce dernier pays, par la voix de la chancelière Angela Merkel, s’est fermement opposé à toute annulation des dettes. Cela laisse cependant ouverte la porte de la solution du moratoire. Il est clair que la discussion portera alors sur la nature, et la durée, de ce dernier. En fait, Alexis Tsipras voudrait lier la question de son pays à celle d’une révision générale des politiques d’austérité. Ce faisant, il heurte de plein fouet la politique allemande qui soutient que, hors de l’austérité, point de salut. Cela signifie que l’affrontement avec l’Allemage, et ses alliés, est inévitable. Quels que soient les artifices de langage, il est évident que dans cet affrontement, il y aura un vainqueur et un vaincu. Les enjeux sont d’importance pour Alexis Tsipras, mais aussi pour Angela Merkel. Si elle devait subir une défaite, plier devant la volonté des autres pays, c’est non seulement sa propre position politique qui serait dramatiquement affaiblie en Allemagne, mais la crédibilité de sa position qui en serait considérablement affectée. Ayant cédé sur ce point capital, quels arguments l’Allemagne pourrait-elle faire valoir pour éviter que la zone euro se transforme peu à peu en une union de transferts? Mais, si c’est Alexis Tsipras qui cède de manière décisive, il torpille son avenir politique, et celui de Syriza; il laisse le champ libre à la droite la plus extrême.

Négociation et théorie des jeux.

Nous assistons actuellement à un jeu de bluff et de contre-bluff. Le duo Tsypras-Varoufakis (le ministre des Finances) joue à merveille de la partition « good cop/bad cop ». De même, Mme Angela Merkel joue à merveille la carte de la rigidité bougonne. Il est clair qu’il y a beaucoup de manèges dans tout cela. Et il convient de savoir que la Théorie des Jeux, c’est justement l’un des points forts du ministre des Finances[2]. Varoufakis pense que l’on peut ramener la négociation actuelle à une version du « dilemme du prisonnier ». Mais, ce jeu peut dégénérer en une forme bien connue dans la Théorie des Jeux que l’on appelle

« chicken » (poulette) [3]. Cette forme théorise une scène bien connue des cinéphiles (La Fureur de Vivre); deux automobilistes s’affrontent en roulant l’un vers l’autre. Le premier qui prend peur de la collision et dévie de sa trajectoire a perdu. Il devient la « poulette » (chicken). Si aucun ne flanche, les deux véhicules se percutent, et l’on a deux morts… Ce jeu, s’il n’est pas répété (et s’il n’y a pas d’apprentissage) et si un événement imprévu ne survient pas, n’admet qu’une victoire totale de l’un sur l’autre. En cela, il est très différent du dilemme du prisonnier, qui montre les intérêts d’une coopération implicite[4].

On voit bien comment, compte tenu des risques encourus en cas de « faiblesse » dans cet affrontement, tant Tsipras que Merkel pourraient s’engager sur une trajectoire de collision, et aller jusqu’au bout. Le risque est donc très grand que la négociation n’aboutisse pas à une recherche du compromis, mais au contraire renforce chacun dans sa volonté de ne pas fléchir.

Que signifierait une collision frontale dans le contexte de la Grèce? Si nous avons un refus de l’Allemagne d’admettre que l’austérité ne fonctionne pas, refus motivé tant par des représentations idéologiques que par une certaine vision des intérêts de l’Allemagne, combiné à un refus de céder à la Grèce parce que c’est la Grèce (on se souvient des mots blessants sur les « cueilleurs d’olives »), et que du côté d’Athènes on se refuse de céder, car l’on sait que cela signifie la fin de l’expérience de Syriza, l’idée de la collision frontale prend du sens. Dans ce cas, on ne trouve pas de solutions d’ici le mois de juillet et la Grèce doit faire défaut sur sa dette. La réaction de la BCE sera de couper le financement aux banques grecques, ce qui entraînera la décision du gouvernement grec à mobiliser la Banque Centrale grecque pour que le crédit ne soit pas coupé aux banques et, de fil en aiguille, la Grèce sortira de l’Euro.

Le discrédit ou la rupture

Dans ce jeu stratégique, il est clair que la Grèce à choisi délibérément une stratégie qualifiée par Thomas Schelling, l’un des fondateurs de la théorie des jeux, mais aussi de la théorie de la dissuasion nucléaire, de « coercive déficiency » [5]. En fait, le terme de « coercive deficiency » fut imaginé par L. Wilmerding en 1943 pour décrire une situation ou des agences engagent des dépenses sans financement préalable, sachant que moralement le gouvernement ne pourra pas refuser de les financer[6]. L’apport de Schelling consiste à avoir montré que l’on pouvait généraliser cette situation et qu’une situation de faiblesse pouvait s’avérer un instrument de contrainte sur autrui. Il montrait aussi comment il pouvait être rationnel pour un acteur se sachant d’emblée en position de faiblesse d’accroître cette dernière pour pouvoir en user dans une négociation. À l’inverse de Jack London, on peut parler ici d’une « force des faibles » [7]. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la renonciation par le gouvernement grec de la dernière tranche de l’aide promise par la « Troïka », soit 7 milliards d’Euros. Bien sûr, rejetant la légitimité de ladite « Troïka », il ne pouvait logiquement accepter d’en bénéficier. Mais, plus subtilement, ce geste met la Grèce volontairement au bord du gouffre et indique à la fois sa résolution à aller jusqu’au bout (comme Cortez brûlant ses navires avant de monter sur Mexico) et accroît la pression sur l’Allemagne. Nous sommes ici en pleine « coercive deficiency ».

Les États-Unis en ont pris la mesure. On sait que Barack Obama a convoqué Angela Merkel à Washington pour le 9 février[8]. Au menu de cette rencontre, il y aura bien entendu le problème grec. Notons que cela montre l’engagement constant dans des États-Unis dans les affaires européennes. Tous ceux qui braillent que l’Euro devait nous donner une indépendance par rapport au Dollar feraient bien de méditer sur le sens de cette rencontre. La politique « européenne » se décide largement à Washington. C’est par ailleurs fort logique, car l’Euro est la dernière ligne de défense du Dollar. Qu’il disparaisse et le Dollar sera nu face à la spéculation monétaire internationale.

Il est donc possible qu’Angela Merkel soit contrainte de céder. Mais, si elle le fait, elle engage un processus où elle perd toute maîtrise de la situation, tant en Europe qu’en Allemagne. En Europe, le fait de céder à la Grèce suscitera immédiatement de nouvelles demandes. La crédibilité de la position allemande sera détruite, et l’Allemagne acculée à de nouvelles concessions qui feront immanquablement monter le coût de sa contribution à l’Europe. Cela marquera l’entrée dans la fameuse « Union de transferts » qui est le cauchemar d’une grande partie des dirigeants allemands. Mais, en Allemagne même, Angela Merkel perdra le bénéfice de sa position « dure » et sera soumise à de multiples pressions venant tant de son électorat que de ses alliés politiques, et ceci sans compter sur le parti anti –Euro AFP en embuscade. Elle n’a donc le choix qu’entre le discrédit, interne et externe, et la rupture.

Le début de la fin?

Ce contexte est, bien entendu, largement suivi dans les autres pays. Les autorités françaises se rêvent en grand médiateur dans ce conflit annoncé. Mais, nous ne sommes pas à un congrès du PS. Il ne peut y avoir de « synthèse » entre des intérêts clairement opposés. La position de la France se trouve prise en otage de la croyance religieuse dans l’Euro qui unit une partie de notre élite politique. Il est clair que dans la tentative désespérée de trouver une « synthèse », François Hollande va achever de se discréditer. Il est d’ailleurs symbolique que ce soit avec l’Allemagne que les États-Unis discutent et non la France. Cette dernière ne compte plus. Et c’est aussi l’un des enseignements de la crise et de l’arrivée de Syriza au pouvoir à Athènes. Démontrant la possibilité d’une autre politique, cette arrivée détruit ce qui restait du discours du PS.

Nous sommes probablement au début de la fin, tant en Europe qu’en France. Et cette perspective terrifie comme elle fascine les acteurs du jeu politique.

Jacques SAPIR

3 février 2015

[1] http://www.legrandsoir.info/grece-un-jeu-complexe.html

[2] On lira Varoufakis Y., Rational Conflict. Oxford, Blackwell, 1991 ou encore, du même auteur (avec Hargreaves-Heap S.) Game Theory : A critical text. London and New York, Routledge, 2004

[3] Sugden, R. The Economics of Rights, Cooperation and Welfare, 2ème edition, Palgrave Macmillan, Londres-New York, 2005

[4] Skyrms, B., Evolution of the Social Contract. New York, Cambridge University Press, 1996. [5] Schelling T., The Stategy of conflict, Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 1960.

[6] Kiewiet, D., Roderick McCubbins et Mathew D. The logic of delegation : congressional parties and the appropriations process, Chicago (Ill.), University of Chicago Press. 1991, pp. 213–249.

[7] Schelling T., The Stategy of conflict, op.cit. p. 37. [8] http://www.lesechos.fr/monde/europe/0204126541149-le-buzz-des-etats-un…

Jacques Sapir : Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels. Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques. Depuis 2007 il s’est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone euro.

Jacques SAPIR

5 février 2015

 

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CAP-NCS <![CDATA[NCS, NUMÉRO 11 : MÉDIAS, JOURNALISME ET SOCIÉTÉ]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14682 2015-03-12T12:08:28Z 2015-03-09T13:15:53Z Le onzième numéro des Nouveaux Cahiers du socialisme, une revue québécoise fondée en 2009, propose un dossier autour du thème Médias, journalisme et société. Si la majorité des auteur(e) s de la douzaine de textes du dossier sont des chercheur(e) s universitaires, la revue vise un public élargi et propose également les réflexions de différents acteurs des milieux syndicaux, communautaires et étudiants. Il est évidemment difficile de résumer un dossier de cette amplitude ce qu’arrivent pourtant à faire Benoit Gaulin, Caroline Joly et Éric Martin dans leur introduction au dossier (p. 7–12) qui propose tout autant des études de cas que des réflexions théoriques, et dont les prémisses et les objectifs sont immédiatement politiques et intimement liés au contexte québécois. Il est néanmoins possible de dégager trois principaux thèmes autour desquels s’articulent les différentes contributions de ce dossier, qui s’inscrit résolument dans le prolongement de différentes analyses et conceptualisations marxistes des médias et de leur pouvoir. Ces thèmes sont 1) la critique du pouvoir des médias, 2) le rôle des médias dans la formation de contre-pouvoirs et 3) les transformations du journalisme.

C’est toutefois l’inscription différenciée des articles dans les traditions marxistes qui constitue la principale force de ce numéro, qui, par-delà les qualités inhérentes à chacun des articles, permet de contraster les différents courants marxistes et d’identifier certains des principaux points de friction entre ceux-ci. Or, ces frictions ne sont pas explicitées systématiquement par les auteurs et c’est à partir de ces problèmes quelque peu passés sous silence que je propose en premier lieu d’aborder ce numéro. En somme, quelles tensions dans les traditions marxistes ces textes permettent-ils de problématiser et concourent-ils à articuler?

La tension principale caractérisant ce numéro concerne la place des médias et des processus de médiation dans la théorisation marxiste. D’une part, dans son texte sur le modèle propagandiste popularisé par Noam Chomsky et Edward S. Herman, Normand Baillargeon (p. 47–60) propose un très bon exposé de la conception chomskyenne des médias, laquelle identifie les principaux « filtres » (ou variables) contribuant à réguler les contenus médiatiques conformément aux intérêts des dominants qu’il prend soin de défendre contre ses principales critiques. D’autre part, c’est précisément ce modèle propagandiste qui est critiqué ensuite par Éric Martin et Maxime Ouellet (p. 61–80), qui soulignent pertinemment que « la notion de filtre est problématique, puisqu’elle implique comme son présupposé la possibilité d’accéder, par-delà les écrans, à un réel pur, non idéologique, donc à un monde complètement transparent une fois que l’on se serait débarrassé de la médiation parasitaire des médias de masse » (p. 63–64).

À l’encontre de la « régression prémarxienne du concept d’idéologie » (p. 62) que sous-tend l’approche chomskyenne, Martin et Ouellet tentent de réhabiliter la notion de spectacle précisée par Guy Debord, laquelle associe l’aliénation à l’ensemble des rapports sociaux au sein des sociétés marchandes. Ainsi, si les médias, comme le dénonce Chomsky, sont bel et bien dominés par les intérêts économiques, c’est parce que tous les rapports sociaux le sont et prennent une forme marchande et fétichisée. En ce sens, on pourrait bien affirmer que les médias, non seulement ne déforment pas la réalité, mais exposent l’essence vraie du spectacle entendu comme « rapport social entre des personnes, médiatisé par des images » (Debord, cité par Martin et Ouellet, p. 67). N’est-ce pas le sens de la célèbre formule de Debord (1967, p. 12) selon laquelle « dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux »?

Si la critique de Martin et Ouellet vise explicitement le modèle propagandiste de Chomsky, l’ombre de celui-ci plane sur l’ensemble du numéro, dont plusieurs contributions sont, explicitement ou non, redevables au modèle propagandiste.[1] En effet, pourquoi s’intéresser à la concentration des médias québécois (George, p. 15–30), à la « berlusconisation » de l’État québécois (Gaulin, p. 83–103) et à différents contenus médiatiques (Bouchard, p. 104–113; Leblanc et Maheu, p. 114–127; Dudemaine, p. 128–138; Tremblay-Pépin, p. 139–149) si ce n’est pour identifier différents partis pris potentiels dans les médias, c’est-à-dire certains des « filtres » identifiés par Chomsky? De la même manière, les différentes stratégies de résistance mises de l’avant dans la troisième partie du dossier en cela conséquentes avec le modèle chomskyen reposent souvent sur une anthropologie libérale qui est également l’objet de la critique de Martin et Ouellet, selon lesquels l’utopie d’une interdépendance sociale exempte de médiation aurait contaminé de larges pans d’une gauche, qui, ce faisant, s’inscrit pleinement dans la logique culturelle propre au néolibéralisme et à son imaginaire de l’ordre spontané (p. 72–75).

En effet, n’est-ce pas, en définitive, ce rêve d’autorégulation néolibéral qui informe les militants de WikiLeaks et du logiciel libre décrits par de Grobois (p. 151–164), lesquels sont en quelque sorte convaincus qu’une « information libre » serait à l’origine de nouvelles formes d’émancipation? C’est également ce type d’information et de relation prémédiatique que semblent tenter de localiser Ratté et Laurin-Lamothe qui, réfléchissant au contexte médiatique de la grève étudiante de 2012, tentent de « rendre possible des états de compréhension du cours des faits que la lutte des discours pendant le conflit, une fois formatée par les médias, a fait disparaître » (p. 182).

Dans son ensemble, le numéro est ainsi marqué par des apories on ne peut plus intéressantes. D’une part, une majorité des textes semblent accepter la primauté de la fonction idéologique des médias, dont le propre serait en quelque sorte d’empêcher ou de se substituer à toute communication « authentique » non médiatisée. D’autre part, le texte de Martin et Ouellet expose bien comment les médias et les communications ne sont pour ainsi dire que des appareils secondaires, le reflet des rapports sociaux à l’ère du capitalisme néolibéral. Mais ce faisant, ils négligent néanmoins les riches développements qui sont consacrés par Debord aux médias et à la communication, lesquels tentent justement de théoriser et de performer une communication authentique, non aliénée.[2]

Et, la réponse de Debord, on le devine bien, ne passe pas par la professionnalisation des journalistes ni par la qualité de l’information, des horizons qui pourraient pourtant être légitimes (Brunelle, p. 45), mais plutôt, et en cela en droite ligne avec la tradition marxiste exposée par Martin et Ouellet (p. 76), par les activités pratiques et collectives que constituent, entre autres, la dérive psychogéographique et la création de situations. Si cette tension dialectique entre deux conceptions marxistes irréductibles la conception des médias comme appareils et ce que Martin et Ouellet appellent « la critique marxienne de l’idéologie » (p. 75) est bien présente dans ce numéro spécial, les apories qu’elle implique nécessairement demeurent à expliciter et à explorer davantage, à la fois sur les plans empirique et théorique.

Il convient de souligner plus spécifiquement les apports de quelques-unes des contributions de ce numéro. Dans son texte portant sur la concentration des entreprises d’information dans le contexte de l’émergence de nouveaux médias, Éric George prend à contrepied certains lieux communs quant aux récentes évolutions des médias d’information. Selon les conclusions d’un projet de recherche mené par son équipe du GRICIS, « la concentration de la propriété des médias [apparaît] plus forte que jamais, et ce, même à l’ère du Web » (p. 24). Et si le Web permet bel et bien d’élargir l’offre médiatique, il constitue surtout une « caisse de résonance aux sujets les plus traités dans les médias traditionnels » (p. 25). Mentionnant les travaux de l’équipe de Nicolas Pélissier (2002), qui tendent à montrer qu’il y a certaines continuités entre les transformations des années 1970–1980 et celles d’aujourd’hui (p. 23), le texte de George permet de remettre en perspective la prémisse du rapport Payette (2011) quant à l’existence d’une « crise générale des médias qui secoue l’ensemble des pays industrialisés » (cité par Gaulin, Joly et Martin, p. 8), laquelle prémisse semble toutefois partagée par certains collaborateurs du dossier (Brunelle, p. 31).

L’analyse proposée par Simon Tremblay-Pépin de la couverture journalistique consacrée à la question des frais de scolarité met en lumière le poids des arguments en faveur de la hausse des frais de scolarité dans les quotidiens québécois entre 2005 et 2010. L’analyse quantitative de contenu proposée par Tremblay-Pépin expose très clairement l’engagement du journal La Presse dans la campagne prohausse, surtout au niveau de la page éditoriale. Si les résultats de cette enquête ont nécessairement une portée limitée, ce que reconnaît l’auteur (p. 149), ils permettent néanmoins de confirmer empiriquement certaines des orientations idéologiques souvent prêtées à différents médias québécois et invitent à l’emploi et au développement d’outils de mesure et d’analyse plus affinés (p. 149). Cette mise en perspective éclaire également la manière dont l’opinion publique a bien été « préparée » par les deux camps bien avant l’annonce de la hausse et les grèves étudiantes.

Soulignons finalement l’intéressante enquête historique menée par Daniel Poitras (p. 183–195), dont l’article aborde le mouvement étudiant québécois de la fin des années 1950 à partir d’une étude du journal des étudiant(e) s de l’Université de Montréal, Le Quartier latin. Le texte se démarque tout à la fois par la richesse du matériel historique exploité que par sa stratégie analytique, laquelle tente de réfléchir le mouvement étudiant d’aujourd’hui à partir de son histoire d’une manière qui n’est pas sans rappeler la conception benjaminienne de l’histoire messianique (Benjamin, 2000, p. 439).

NCS, NUMÉRO 11 : MÉDIAS, JOURNALISME ET SOCIÉTÉ. SOUS LA DIRECTION DE BENOIT GAULIN, CAROLINE JOLY, ET ÉRIC MARTIN, HIVER 2014. 284 PP. ISSN 19184662.

CANADIAN JOURNAL OF COMMUNICATION, VOL 40, NO 1 (2015)Canadian Journal of Communication Vol 40 (2015) ©2015 Canadian Journal of Communication Corporation

Dominique Trudel

Université New York

NOTES

[1] Martin et Ouellet remarquent d’ailleurs à juste titre que les thèses chomskyennes sur les médias ont été très influentes auprès des mouvements sociaux de gauche, dont la revue se réclame ouvertement (p. 62).

[2] Voir par exemple All the King’s Men (Debord, 1963) et La société du spectacle (Debord, 1967).

RÉFÉRENCES

Benjamin, W. (1942/2000). Sur le concept d’histoire. Dans Œuvres III (p. 427–443). Paris : Gallimard. Debord, G. (1963). All the King’s Men. Internationale situationniste, 8. URL : http://debordiana.chez.com/francais/is8.htm#all

[November, 2014]. Debord, G. (1967). La société du spectacle. Paris : Buchet-Chastel.

Payette, D. (2011). L’information au Québec, un intérêt public. Groupe de travail sur le journalisme et l’avenir de l’information au Québec. Québec : Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine.

Pélissier, N. (2002). L’information en-ligne : un nouveau paradigme pour la médiation journalistique? URL : http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00000145 [November 2014].

 

 

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CAP-NCS <![CDATA[Quelques leçons de la gauche radicale méditerranéenne]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14658 2015-02-28T22:21:48Z 2015-03-06T12:20:17Z La victoire de Syriza aux élections législatives grecques du 25 janvier 2015 ouvre une brèche dans l’ordre établi de l’oligarchie financière. Cette « coalition de la gauche radicale », formée en 2004 par l’articulation de nombreuses formations socialistes, eurocommunistes, écologistes, eurosceptiques et anticapitalistes, jouit d’une progression fulgurante au Parlement grec, passant de 4,6 % des voix en octobre 2009 à 26,9 % en juin 2012, pour enfin gagner 149 sièges sur 300 avec 36,3 % en janvier 2015.

Cette victoire découle de nombreux facteurs, dont le plus important est sans contredit le contexte socioéconomique marqué par crise de la dette publique grecque de 2010 qui a poussé le gouvernement à négocier avec la Troïka (Banque centrale européenne, Union européenne, Fonds monétaire international) des « plans de sauvetage », également nommés « mémorandums » ou « plans d’ajustement structurel ». Des mesures d’austérité drastiques (baisse du salaire minimum, flexibilisation du marché du travail, augmentation de la taxe de vente, coupes dans l’éducation, la santé et la fonction publique, réforme des retraites, etc.) ont causé une véritable « crise humanitaire » dans le pays : bond de 20 % des taux de suicide et de 40 % de la mortalité infantile, chômage à 25 % (50 % chez les jeunes), explosion de la prostitution, de l’itinérance, de la toxicomanie, apparition de milices néonazies, etc.

L’autre facteur majeur est la crédibilité de l’alternative anti-austérité appuyée par le leadership moral, intellectuel et politique de Syriza et de son chef, Alexis Tsipras. Alors que la crise européenne favorise plutôt la montée de l’extrême droite dans différents pays d’Europe (Royaume-Uni, France, Hongrie, etc.), les pays du Sud comme la Grèce et l’Espagne voient plutôt l’effondrement des partis de centre gauche et de centre droit – convertis aux principes du néolibéralisme de la construction européenne – contribuer à une voie de sortie égalitaire et solidaire. La raison de ce succès réside notamment dans l’adaptation du projet politique aux attentes vécues de la population par un discours que nous pouvons qualifier de « radicalisme pragmatique ».

Bien que Syriza soit en faveur du socialisme démocratique, il n’hésita pas à faire œuvre de « réalisme » en proposant d’abord de négocier de bonne foi avec ses partenaires européens et en misant sur un projet de relance économique et sociale d’inspiration néo-keynésienne : augmentation massive des investissements publics, hausse du salaire minimum et des programmes sociaux, soutien aux petites et moyennes entreprises, reconstruction de l’État-providence, etc. Or, Syriza ne tombe pas pour autant dans la stratégie du « bon gouvernement responsable », comme en témoigne le choix, apparemment surprenant, d’une alliance avec le parti des Grecs indépendants pour former une majorité parlementaire anti-austérité. En refusant le pragmatisme libéral, centriste et europhile de To Potami, Syriza préfère s’allier avec une petite formation nationaliste, conservatrice et eurosceptique pour obtenir un rapport de force face à la Troïka. Si la tension entre les deux partis sur la sécurité, la laïcité et les immigrants est à surveiller, il semble que le clivage soit maintenant entre la souveraineté populaire nationale et la globalisation financière, la démocratie et le « parti de Wall Street », dixit David Harvey.

Cette logique se retrouve également à l’œuvre en Espagne comme en témoigne le succès fulgurant de Podemos, qui remporta – après seulement quelques mois d’existence – 8 % des voix et cinq sièges lors des élections européennes de mai 2014. Le caractère profondément innovateur de cette formation politique anti-système réside dans sa méthode d’organisation directement corrélée à l’action citoyenne et populaire, dépassant les cadres traditionnels de l’action partisane. Inspiré par les pratiques démocratiques des mobilisations populaires qui se sont propagées dans le monde à partir de 2011 (dont le mouvement 15-M en Espagne), Podemos allie le pouvoir de son charismatique porte-parole, Pablo Iglesias, à un modèle favorisant la participation du peuple : élections primaires ouvertes, élaboration d’un programme politique participatif, constitution de 1000 cercles et assemblées populaires, etc.

Si son programme a plusieurs points communs avec son proche concurrent de gauche radicale Izquierda Unida (audit de la dette, défense de la souveraineté, défense des droits sociaux, contrôle démocratique de l’instrument monétaire), la principale différence entre ces deux formations réside dans un discours qui mise sur le protagoniste populaire et citoyen, Podemos refusant de se considérer comme un parti politique et même d’être identifié directement sur l’axe gauche/droite. Les dirigeants de Podemos – jeunes professeurs d’université inspirés par les écrits d’Ernesto Laclau et les expériences latino– américaines (Venezuela, Équateur) – misent ainsi sur un antagonisme qui oppose « ceux d’en haut », la « caste » de l’élite politique et économique, à « ceux d’en bas », le peuple et les gens ordinaires. Ce « populisme de gauche » se conjugue au radicalisme pragmatique qui essaie de combiner un projet de société transformateur avec les impératifs de l’efficacité politique. Le succès de cette stratégie est corroboré par les sondages qui indiquent que Podemos arrive maintenant en tête dans les intentions de vote, ouvrant ainsi la possibilité réelle d’une prise de pouvoir lors des prochaines élections espagnoles en décembre 2015.

Malgré leurs différences organisationnelles et leurs tactiques sensiblement différentes, Syriza et Podemos misent tous deux sur une logique de souveraineté populaire qui remet rigoureusement en question les plans d’austérité imposés par la Troïka. Alexis Tsipras et Pablo Iglesias se sont rencontrés à maintes reprises et « l’effet domino » des dernières élections grecques pourrait maintenant se faire sentir dans toute l’Europe et peut-être ailleurs dans le monde. Toute la question demeure de savoir s’il est possible d’opérer une relance économique et sociale à l’intérieur du cadre européen, c’est-à-dire un ensemble de réformes radicales qui seraient basées sur une renégociation des dettes publiques avec les créanciers de la BCE, de l’UE et du FMI, et un éventuel retour de la croissance. D’une part, il faut noter un progrès réel dans le discours de la gauche radicale qui refuse d’évoquer une « autre Europe » qui ne serait plus dictée par la finance, mais la justice sociale. Syriza et Podemos ont compris qu’il fallait récupérer les thèmes actuellement monopolisés par l’extrême droite comme la souveraineté populaire et nationale, la désobéissance européenne et le protectionnisme, en refusant l’« internationalisme abstrait » des partis communistes et socialistes traditionnels.

Or, il pourrait s’avérer que le cadre européen soit irréformable, comme le soulignent certains économistes critiques comme Frédéric Lordon. Celui-ci se montre relativement sceptique face à la possibilité pour Syriza de négocier avec l’Europe, dont les principes de l’orthodoxie monétaire allemande et du néolibéralisme sont encastrés dans les traités quasi constitutionnels de l’Union européenne. Face à cette « cage de fer », l’alternative ne semble pas être austérité ou croissance appuyée sur une renégociation de la dette, mais plutôt austérité ou sortie de la zone euro. Comme l’indiquent les difficiles négociations entre le nouveau gouvernement grec et la Troïka, ce deuxième scénario semble toujours plus probable. À moins d’un revirement de situation, Syriza pourrait être obligé d’ici quelques mois, non sans avoir tenté de trouver un terrain d’entente, d’opter pour la stratégie de la rupture, à moins qu’il décide de renoncer à son projet social en courbant l’échine devant le chantage des dirigeants européens. C’est pourquoi l’année 2015 représente bel et bien un point de bifurcation historique, où la possibilité d’une victoire d’une alternative politique, comme d’une éventuelle et tragique défaite, montrera si un autre monde est réellement possible. L’Europe, la gauche et le monde entier gardent leur souffle…

Pour approfondir cette réflexion passionnante, voir le débat vidéo Syriza, le feu à la plaine ou le pétard mouillé?, avec Frédéric Lordon, Serge Halimi, Éric Toussaint et Renaud Lambert.

 

 

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CAP-NCS <![CDATA[Resist, Build, Fight to win]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14663 2015-03-04T14:24:31Z 2015-03-05T14:13:25Z Intercoll

 Resist, Build, Fight

Intercoll is a collective composed of social movements, activists and intellectuals involved in daily and concrete struggles, working to renovate critical thinking on the negative impact of global capitalism as well as developing economic, social, political and ecological alternatives that allow popular movements to ‘reinvent’ the world. Out of these tremendous and dispersed efforts, a new collective intellectual emerges along the lines suggested in earlier times by Gramsci and Bourdieu.

In the meanwhile, powerful networks expand204ing their power are restructuring through a global class war against the 99 % by all means including the ‘endless war’ initiated by US imperialism and its subaltern allies of the G7. Imperialism is also reengineering its strategies to confront popular uprisings as well as ‘emerging’ countries such as China and Brazil who are becoming major powers. In parallel, Europe is stagnating although people are rising up through new forms of popular convergences. Everywhere, elites are incapable of managing the multiples crises and moreover, new challenges like climate changes, democratic demands in the Arab world and elsewhere, while confronting peoples in their scramble for resources, particularly in Africa, South America and Asia.

Nonetheless, popular movements are fighting back, time and again by « internationalizing the struggle » as our comrades from Via Campesina say. Successes and advances are plenty, but also defeats and roll-backs. The gigantic battle of ideas goes on, as the neoliberal doxa continues to dominate.

Intercoll locates itself in that context. The idea is not to have “another project” or to duplicate what is being done otherwise. The idea is through a critical usage of the vast repertoire left to us by precedent popular movements and social struggles to deepen our understanding of internationalism, to capitalize on the intersections and dialogues initiated by the World Social Forum and therefore to nourish the rich tapestry of struggles and movements.

For further information

voices@voicescollective.net

http://www.intercoll.net/bdf/fr/pages/page-1.html

The Intercoll program in the World Social Forum has been made possible by the participation and support of several groups including CEDETIM (Paris), Les Nouveaux Cahiers du socialisme, Collectif FSM20016 et Alternatives (Montreal) and the Hao Ran Foundation (Taipei). 

Alter China

(March 27)

 Sixty years after revolution, China has become a driving force in today’s world of economic power and at the same time, an intense site of social confrontations. Many debates are criss-crossing the society, the State, the Communist Party, as well as local networks where a typically Chinese ‘alter-globalization’ is taking shape. Although largely unknown and under-reported, this movement is growing through local experimentations and resistances, and through a powerful battle of the ideas. At the same time, China is joining the world whereas solidarity and practical exchanges are growing along the lines of solidarity and justice.

 

Workshops

 

The big China debate Superpower or workshop of the world, what is really defining China? What is « market socialism »?
Struggles Working class struggles, rebellions peasants, urban social movements, environmental mobilizations : what is hapenning? Who’s who?
China and the world What is China doing in the Global south? What is at stake with the looking confrontation with the USA in Asia-Pacific? What about China’s presence in Africa?

 

Table of Contents

 

  • The Chinese Dilemma, Samir Amin
  • China rising, Dorothy Grace Guerrerro
  • China’s Rise Stalled?, Hung Ho-fung
  • Changing Models of China’s Policy Agenda Setting, Shaoguang Wang
  • China’s Environmental Crisis. Interview with Dale Wen

 

The Chinese Dilemma

Samir Amin[1]

The debates concerning the present and future of China—an “emerging” power—always leave me unconvinced. Some argue that China has chosen, once and for all, the “capitalist road” and intends even to accelerate its integration into contemporary capitalist globalization. They are quite pleased with this and hope only that this “return to normality” (capitalism being the “end of history”) is accompanied by development towards Western-style democracy (multiple parties, elections, human rights). They believe—or need to believe—in the possibility that China shall by this means “catch up” in terms of per capita income to the opulent societies of the West, even if gradually, which I do not believe is possible. The Chinese right shares this point of view. Others deplore this in the name of the values of a “betrayed socialism.” Some associate themselves with the dominant expressions of the practice of China bashing in the West. Still others—those in power in Beijing—describe the chosen path as “Chinese-style socialism,” without being more precise. However, one can discern its characteristics by reading official texts closely, particularly the Five-Year Plans, which are precise and taken quite seriously. In fact the question, “Is China capitalist or socialist?” is badly posed, too general and abstract for any response to make sense in terms of this absolute alternative. In fact, China has actually been following an original path since 1950, and perhaps even since the Taiping Revolution in the nineteenth century.

Chinese State Capitalism

The first label that comes to mind to describe Chinese reality is state capitalism. Very well, but this label remains vague and superficial so long as the specific content is not analyzed. It is indeed capitalism in the sense that the relation to which the workers are subjected by the authorities who organize production is similar to the one that characterizes capitalism: submissive and alienated labor, extraction of surplus labor. Brutal forms of extreme exploitation of workers exist in China, e.g., in the coal mines or in the furious pace of the workshops that employ women. This is scandalous for a country that claims to want to move forward on the road to socialism. Nevertheless, the establishment of a state capitalist regime is unavoidable, and will remain so everywhere. The developed capitalist countries themselves will not be able to enter a socialist path (which is not on the visible agenda today) without passing through this first stage. It is the preliminary phase in the potential commitment of any society to liberating itself from historical capitalism on the long route to socialism/communism. Socialization and reorganization of the economic system at all levels, from the firm (the elementary unit) to the nation and the world, require a lengthy struggle during an historical time period that cannot be foreshortened.

Chinese state capitalism was built to achieve three objectives:

  • Construct an integrated and sovereign modern industrial system;
  • Manage the relation of this system with rural petty production;
  • Control China’s integration into the world system, dominated by the generalized monopolies of the imperialist triad (United States, Europe, Japan).

The pursuit of these three priority objectives is unavoidable. As a result it permits a possible advance on the long route to socialism, but at the same time it strengthens tendencies to abandon that possibility in favor of pursuing capitalist development pure and simple. It must be accepted that this conflict is both inevitable and always present. The question then is this: Do China’s concrete choices favor one of the two paths?

Chinese state capitalism required, in its first phase (1954–1980), the nationalization of all companies (combined with the nationalization of agricultural lands), both large and small alike. Then followed an opening to private enterprise, national and/or foreign, and liberalized rural and urban petty production (small companies, trade, services). However, large basic industries and the credit system established during the Maoist period were not denationalized, even if the organizational forms of their integration into a “market” economy were modified. This choice went hand in hand with the establishment of means of control over private initiative and potential partnership with foreign capital. It remains to be seen to what extent these means fulfill their assigned functions or, on the contrary, if they have not become empty shells, collusion with private capital (through “corruption” of management) having gained the upper hand.

Still, what Chinese state capitalism has achieved between 1950 and 2012 is quite simply amazing. It has, in fact, succeeded in building a sovereign and integrated modern productive system to the scale of this gigantic country, which can only be compared with that of the United States. It has succeeded in leaving behind the tight technological dependence of its origins (importation of Soviet, then Western models) through the development of its own capacity to produce technological inventions. However, it has not (yet?) begun the reorganization of labor from the perspective of socialization of economic management. The Plan—and not the “opening”—has remained the central means for implementing this systematic construction.

In the Maoist phase of this development planning, the Plan remained imperative in all details: nature and location of new establishments, production objectives, and prices. At that stage, no reasonable alternative was possible. I will mention here, without pursuing it further, the interesting debate about the nature of the law of value that underpinned planning in this period. The very success—and not the failure—of this first phase required an alteration of the means for pursuing an accelerated development project. The “opening” to private initiative—beginning in 1980, but above all from 1990—was necessary in order to avoid the stagnation that was fatal to the USSR. Despite the fact that this opening coincided with the globalized triumph of neo-liberalism—with all the negative effects of this coincidence, to which I shall return—the choice of a “socialism of the market,” or better yet, a “socialism with the market,” as fundamental for this second phase of accelerated development is largely justified, in my opinion.

The results of this choice are, once again, simply amazing. In a few decades, China has built a productive, industrial urbanization that brings together 600 million human beings, two-thirds of whom were urbanized over the last two decades (almost equal to Europe’s population!). This is due to the Plan and not to the market. China now has a truly sovereign productive system. No other country in the South (except for Korea and Taiwan) has succeeded in doing this. In India and Brazil there are only a few disparate elements of a sovereign project of the same kind, nothing more.

The methods for designing and implementing the Plan have been transformed in these new conditions. The Plan remains imperative for the huge infrastructure investments required by the project: to house 400 million new urban inhabitants in adequate conditions, and to build an unparalleled network of highways, roads, railways, dams, and electric power plants; to open up all or almost all of the Chinese countryside; and to transfer the center of gravity of development from the coastal regions to the continental west. The Plan also remains imperative—at least in part—for the objectives and financial resources of publicly owned enterprises (state, provinces, municipalities). As for the rest, it points to possible and probable objectives for the expansion of small urban commodity production as well as industrial and other private activities. These objectives are taken seriously and the political-economic resources required for their realization are specified. On the whole, the results are not too different from the “planned” predictions.

Chinese state capitalism has integrated into its development project visible social (I am not saying “socialist”) dimensions. These objectives were already present in the Maoist era: eradication of illiteracy, basic health care for everyone, etc. In the first part of the post-Maoist phase (the 1990s), the tendency was undoubtedly to neglect the pursuit of these efforts. However, it should be noted that the social dimension of the project has since won back its place and, in response to active and powerful social movements, is expected to make more headway. The new urbanization has no parallel in any other country of the South. There are certainly “chic” quarters and others that are not at all opulent; but there are no slums, which have continued to expand everywhere else in the cities of the third world.

China and Capitalist Globalization

China entered globalization in the 1990s by the path of the accelerated development of manufactured exports possible for its productive system, giving first priority to exports whose rates of growth then surpassed those of the growth in GDP. The triumph of neoliberalism favored the success of this choice for fifteen years (from 1990 to 2005). The pursuit of this choice is questionable not only because of its political and social effects, but also because it is threatened by the implosion of neoliberal globalized capitalism, which began in 2007. The Chinese government appears to be aware of this and very early began to attempt a correction by giving greater importance to the internal market and to development of western China.

To say, as one hears ad nauseam, that China’s success should be attributed to the abandonment of Maoism (whose “failure” was obvious), the opening to the outside, and the entry of foreign capital is quite simply idiotic. The Maoist construction put in place the foundations without which the opening would not have achieved its well-known success. A comparison with India, which has not made a comparable revolution, demonstrates this. To say that China’s success is mainly (even “completely”) attributable to the initiatives of foreign capital is no less idiotic. It is not multinational capital that built the Chinese industrial system and achieved the objectives of urbanization and the construction of infrastructure. The success is 90 percent attributable to the sovereign Chinese project. Certainly, the opening to foreign capital has fulfilled useful functions: it has increased the import of modern technologies. However, because of its partnership methods, China absorbed these technologies and has now mastered their development. There is nothing similar elsewhere, even in India or Brazil, a fortiori in Thailand, Malaysia, South Africa, and other places.

China’s integration into globalization has remained, moreover, partial and controlled (or at least controllable, if one wants to put it that way). China has remained outside of financial globalization. Its banking system is completely national and focused on the country’s internal credit market. Management of the yuan is still a matter for China’s sovereign decision making. The yuan is not subject to the vagaries of the flexible exchanges that financial globalization imposes. Beijing can say to Washington, “the yuan is our money and your problem,” just like Washington said to the Europeans in 1971, “the dollar is our money and your problem.” Moreover, China retains a large reserve for deployment in its public credit system. The public debt is negligible compared with the rates of indebtedness (considered intolerable) in the United States, Europe, Japan, and many of the countries in the South. China can thus increase the expansion of its public expenditures without serious danger of inflation.

The attraction of foreign capital to China, from which it has benefitted, is not behind the success of its project. On the contrary, it is the success of the project that has made investment in China attractive for Western transnationals.The countries of the South that opened their doors much wider than China and unconditionally accepted their submission to financial globalization have not become attractive to the same degree. Transnational capital is not attracted to China to pillage the natural resources of the country, nor, without any transfer of technology, to outsource and benefit from low wages for labor; nor to seize the benefits from training and integration of offshored units unrelated to nonexistent national productive systems, as in Morocco and Tunisia; nor even to carry out a financial raid and allow the imperialist banks to dispossess the national savings, as was the case in Mexico, Argentina, and Southeast Asia. In China, by contrast, foreign investments can certainly benefit from low wages and make good profits, on the condition that their plans fit into China’s and allow technology transfer. In sum, these are “normal” profits, but more can be made if collusion with Chinese authorities permits!

Emerging Power

No one doubts that China is an emerging power. One current idea is that China is only attempting to recover the place it had occupied for centuries and lost only in the nineteenth century. However, this idea—certainly correct, and flattering, moreover—does not help us much in understanding the nature of this emergence and its real prospects in the contemporary world. Incidentally, those who propagate this general and vague idea have no interest in considering whether China will emerge by rallying to the general principles of capitalism (which they think is probably necessary) or whether it will take seriously its project of “socialism with Chinese characteristics.” For my part, I argue that if China is indeed an emerging power, this is precisely because it has not chosen the capitalist path of development pure and simple; and that, as a consequence, if it decided to follow that capitalist path, the project of emergence itself would be in serious danger of failing.

The thesis that I support implies rejecting the idea that peoples cannot leap over the necessary sequence of stages and that China must go through a capitalist development before the question of its possible socialist future is considered. The debate on this question between the different currents of historical Marxism was never concluded. Marx remained hesitant on this question. We know that right after the first European attacks (the Opium Wars), he wrote: the next time that you send your armies to China they will be welcomed by a banner, “Attention, you are at the frontiers of the bourgeois Republic of China.” This is a magnificent intuition and shows confidence in the capacity of the Chinese people to respond to the challenge, but at the same time an error because in fact the banner read: “You are at the frontiers of the People’s Republic of China.” Yet we know that, concerning Russia, Marx did not reject the idea of skipping the capitalist stage (see his correspondence with Vera Zasulich). Today, one might believe that the first Marx was right and that China is indeed on the route to capitalist development.

But Mao understood—better than Lenin—that the capitalist path would lead to nothing and that the resurrection of China could only be the work of communists. The Qing Emperors at the end of the nineteenth century, followed by Sun Yat Sen and the Guomindang, had already planned a Chinese resurrection in response to the challenge from the West. However, they imagined no other way than that of capitalism and did not have the intellectual wherewithal to understand what capitalism really is and why this path was closed to China, and to all the peripheries of the world capitalist system for that matter. Mao, an independent Marxist spirit, understood this. More than that, Mao understood that this battle was not won in advance—by the 1949 victory—and that the conflict between commitment to the long route to socialism, the condition for China’s renaissance, and return to the capitalist fold would occupy the entire visible future.

Personally, I have always shared Mao’s analysis and I shall return to this subject in some of my thoughts concerning the role of the Taiping Revolution (which I consider to be the distant origin of Maoism), the 1911 revolution in China, and other revolutions in the South at the beginning of the twentieth century, the debates at the beginning of the Bandung period and the analysis of the impasses in which the so-called emergent countries of the South committed to the capitalist path are stuck. All these considerations are corollaries of my central thesis concerning the polarization (i.e., construction of the center/periphery contrast) immanent to the world development of historical capitalism. This polarization eliminates the possibility for a country from the periphery to “catch up” within the context of capitalism. We must draw the conclusion: if “catching up” with the opulent countries is impossible, something else must be done—it is called following the socialist path.

China has not followed a particular path just since 1980, but since 1950, although this path has passed through phases that are different in many respects. China has developed a coherent, sovereign project that is appropriate for its own needs. This is certainly not capitalism, whose logic requires that agricultural land be treated as a commodity. This project remains sovereign insofar as China remains outside of contemporary financial globalization.

The fact that the Chinese project is not capitalist does not mean that it “is” socialist, only that it makes it possible to advance on the long road to socialism. Nevertheless, it is also still threatened with a drift that moves it off that road and ends up with a return, pure and simple, to capitalism.

China’s successful emergence is completely the result of this sovereign project. In this sense, China is the only authentically emergent country (along with Korea and Taiwan, about which we will say more later). None of the many other countries to which the World Bank has awarded a certificate of emergence is really emergent because none of these countries is persistently pursuing a coherent sovereign project. All subscribe to the fundamental principles of capitalism pure and simple, even in potential sectors of their state capitalism. All have accepted submission to contemporary globalization in all its dimensions, including financial. Russia and India are partial exceptions to this last point, but not Brazil, South Africa, and others. Sometimes there are pieces of a “national industry policy,” but nothing comparable with the systematic Chinese project of constructing a complete, integrated, and sovereign industrial system (notably in the area of technological expertise).

For these reasons all these other countries, too quickly characterized as emergent, remain vulnerable in varying degrees, but always much more than China.For all these reasons, the appearances of emergence—respectable rates of growth, capacities to export manufactured products—are always linked with the processes of pauperization that impact the majority of their populations (particularly the peasantry), which is not the case with China. Certainly the growth of inequality is obvious everywhere, including China; but this observation remains superficial and deceptive. Inequality in the distribution of benefits from a model of growth that nevertheless excludes no one (and is even accompanied with a reduction in pockets of poverty—this is the case in China) is one thing; the inequality connected with a growth that benefits only a minority (from 5 percent to 30 percent of the population, depending on the case) while the fate of the others remains desperate is another thing. The practitioners of China bashing are unaware—or pretend to be unaware—of this decisive difference. The inequality that is apparent from the existence of quarters with luxurious villas, on the one hand, and quarters with comfortable housing for the middle and working classes, on the other, is not the same as the inequality apparent from the juxtaposition of wealthy quarters, middle-class housing, and slums for the majority.

The Gini coefficients are valuable for measuring the changes from one year to another in a system with a fixed structure. However, in international comparisons between systems with different structures, they lose their meaning, like all other measures of macroeconomic magnitudes in national accounts. The emergent countries (other than China) are indeed “emergent markets,” open to penetration by the monopolies of the imperialist triad. These markets allow the latter to extract, to their benefit, a considerable part of the surplus value produced in the country in question. China is different: it is an emergent nation in which the system makes possible the retention of the majority of the surplus value produced there.

Korea and Taiwan are the only two successful examples of an authentic emergence in and through capitalism. These two countries owe this success to the geostrategic reasons that led the United States to allow them to achieve what Washington prohibited others from doing. The contrast between the support of the United States to the state capitalism of these two countries and the extremely violent opposition to state capitalism in Nasser’s Egypt or Boumedienne’s Algeria is, on this account, quite illuminating.

Great Successes, New Challenges

Where does the Chinese right come from? Certainly, the former comprador and bureaucratic bourgeoisies of the Guomindang were excluded from power. However, over the course of the war of liberation, entire segments of the middle classes, professionals, functionaries, and industrialists, disappointed by the ineffectiveness of the Guomindang in the face of Japanese aggression, drew closer to the Communist Party, even joining it. Many of them—but certainly not all—remained nationalists, and nothing more. Subsequently, beginning in 1990 with the opening to private initiative, a new, more powerful, right made its appearance. It should not be reduced simply to “businessmen” who have succeeded and made (sometimes colossal) fortunes, strengthened by their clientele—including state and party officials, who mix control with collusion, and even corruption.

This success, as always, encourages support for rightist ideas in the expanding educated middle classes. It is in this sense that the growing inequality—even if it has nothing in common with inequality characteristic of other countries in the South—is a major political danger, the vehicle for the spread of rightist ideas, depoliticization, and naive illusions.

Here I shall make an additional observation that I believe is important: petty production, particularly peasant, is not motivated by rightist ideas, like Lenin thought (that was accurate in Russian conditions). China’s situation contrasts here with that of the ex-USSR. The Chinese peasantry, as a whole, is not reactionary because it is not defending the principle of private property, in contrast with the Soviet peasantry, whom the communists never succeeded in turning away from supporting the kulaks in defense of private property. On the contrary, the Chinese peasantry of petty producers (without being small property owners) is today a class that does not offer rightist solutions, but is part of the camp of forces agitating for the adoption of the most courageous social and ecological policies. The powerful movement of “renovating rural society” testifies to this. The Chinese peasantry largely stands in the leftist camp, with the working class. The left has its organic intellectuals and it exercises some influence on the state and party apparatuses.

The perpetual conflict between the right and left in China has always been reflected in the successive political lines implemented by the state and party leadership. In the Maoist era, the leftist line did not prevail without a fight. Assessing the progress of rightist ideas within the party and its leadership, a bit like the Soviet model, Mao unleashed the Cultural Revolution to fight it. “Bombard the Headquarters,” that is, the Party leadership, where the “new bourgeoisie” was forming. However, while the Cultural Revolution met Mao’s expectations during the first two years of its existence, it subsequently deviated into anarchy, linked to the loss of control by Mao and the left in the party over the sequence of events. This deviation led to the state and party taking things in hand again, which gave the right its opportunity. Since then, the right has remained a strong part of all leadership bodies. Yet the left is present on the ground, restricting the supreme leadership to compromises of the “center”—but is that center right or center left?

To understand the nature of challenges facing China today, it is essential to understand that the conflict between China’s sovereign project, such as it is, and North American imperialism and its subaltern European and Japanese allies will increase in intensity to the extent that China continues its success. There are several areas of conflict: China’s command of modern technologies, access to the planet’s resources, the strengthening of China’s military capacities, and pursuit of the objective of reconstructing international politics on the basis of the sovereign rights of peoples to choose their own political and economic system. Each of these objectives enters into direct conflict with the objectives pursued by the imperialist triad.

The objective of U.S. political strategy is military control of the planet, the only way that Washington can retain the advantages that give it hegemony. This objective is being pursued by means of the preventive wars in the Middle East, and in this sense these wars are the preliminary to the preventive (nuclear) war against China, cold-bloodedly envisaged by the North American establishment as possibly necessary “before it is too late.” Fomenting hostility to China is inseparable from this global strategy, which is manifest in the support shown for the slaveowners of Tibet and Sinkiang, the reinforcement of the U.S. naval presence in the China Sea, and the unstinting encouragement to Japan to build its military forces. The practitioners of China bashing contribute to keeping this hostility alive.

Simultaneously, Washington is devoted to manipulating the situation by appeasing the possible ambitions of China and the other so-called emergent countries through the creation of the G20, which is intended to give these countries the illusion that their adherence to liberal globalization would serve their interests. The G2 (United States/China) is—in this vein—a trap that, in making China the accomplice of the imperialist adventures of the United States, could cause Beijing’s peaceful foreign policy to lose all its credibility.

The only possible effective response to this strategy must proceed on two levels: (i) strengthen China’s military forces and equip them with the potential for a deterrent response, and (ii) tenaciously pursue the objective of reconstructing a polycentric international political system, respectful of all national sovereignties, and, to this effect, act to rehabilitate the United Nations, now marginalized by NATO. I emphasize the decisive importance of the latter objective, which entails the priority of reconstructing a “front of the South” (Bandung 2?) capable of supporting the independent initiatives of the peoples and states of the South. It implies, in turn, that China becomes aware that it does not have the means for the absurd possibility of aligning with the predatory practices of imperialism (pillaging the natural resources of the planet), since it lacks a military power similar to that of the United States, which in the last resort is the guarantee of success for imperialist projects. China, in contrast, has much to gain by developing its offer of support for the industrialization of the countries of the South, which the club of imperialist “donors” is trying to make impossible. The language used by Chinese authorities concerning international questions, restrained in the extreme (which is understandable), makes it difficult to know to what extent the leaders of the country are aware of the challenges analyzed above. More seriously, this choice of words reinforces naive illusions and depoliticization in public opinion.

The other part of the challenge concerns the question of democratizing the political and social management of the country. Mao formulated and implemented a general principle for the political management of the new China that he summarized in these terms: rally the left, neutralize (I add: and not eliminate) the right, govern from the center left. In my opinion, this is the best way to conceive of an effective manner for moving through successive advances, understood and supported by the great majority. In this way, Mao gave a positive content to the concept of democratization of society combined with social progress on the long road to socialism. He formulated the method for implementing this: “the mass line” (go down into the masses, learn their struggles, go back to the summits of power). Lin Chun has analyzed with precision the method and the results that it makes possible.

The question of democratization connected with social progress—in contrast with a “democracy” disconnected from social progress (and even frequently connected with social regression)—does not concern China alone, but all the world’s peoples. The methods that should be implemented for success cannot be summarized in a single formula, valid in all times and places. In any case, the formula offered by Western media propaganda—multiple parties and elections—should quite simply be rejected. Moreover, this sort of “democracy” turns into farce, even in the West, more so elsewhere. The “mass line” was the means for producing consensus on successive, constantly progressing, strategic objectives. This is in contrast with the “consensus” obtained in Western countries through media manipulation and the electoral farce, which is nothing more than alignment with the requirements of capital.

Yet today, how should China begin to reconstruct the equivalent of a new mass line in new social conditions? It will not be easy because the power of the leadership, which has moved mostly to the right in the Communist Party, bases the stability of its management on depoliticization and the naive illusions that go along with that. The very success of the development policies strengthens the spontaneous tendency to move in this direction. It is widely believed in China, in the middle classes, that the royal road to catching up with the way of life in the opulent countries is now open, free of obstacles; it is believed that the states of the triad (United States, Europe, Japan) do not oppose that; U.S. methods are even uncritically admired; etc. This is particularly true for the urban middle classes, which are rapidly expanding and whose conditions of life are incredibly improved. The brainwashing to which Chinese students are subject in the United States, particularly in the social sciences, combined with a rejection of the official unimaginative and tedious teaching of Marxism, have contributed to narrowing the spaces for radical critical debates.

The government in China is not insensitive to the social question, not only because of the tradition of a discourse founded on Marxism, but also because the Chinese people, who learned how to fight and continue to do so, force the government’s hand. If, in the 1990s, this social dimension had declined before the immediate priorities of speeding up growth, today the tendency is reversed. At the very moment when the social-democratic conquests of social security are being eroded in the opulent West, poor China is implementing the expansion of social security in three dimensions—health, housing, and pensions. China’s popular housing policy, vilified by the China bashing of the European right and left, would be envied, not only in India or Brazil, but equally in the distressed areas of Paris, London, or Chicago!

Social security and the pension system already cover 50 percent of the urban population (which has increased, recall, from 200 to 600 million inhabitants!) and the Plan (still carried out in China) anticipates increasing the covered population to 85 percent in the coming years. Let the journalists of China bashing give us comparable examples in the “countries embarked on the democratic path,” which they continually praise. Nevertheless, the debate remains open on the methods for implementing the system. The left advocates the French system of distribution based on the principle of solidarity between these workers and different generations—which prepares for the socialism to come—while the right, obviously, prefers the odious U.S. system of pension funds, which divides workers and transfers the risk from capital to labor.

However, the acquisition of social benefits is insufficient if it is not combined with democratization of the political management of society, with its re-politicization by methods that strengthen the creative invention of forms for the socialist/communist future.

Following the principles of a multi-party electoral system as advocated ad nauseam by Western media and the practitioners of China bashing, and defended by “dissidents” presented as authentic “democrats,” does not meet the challenge. On the contrary, the implementation of these principles could only produce in China, as all the experiences of the contemporary world demonstrate (in Russia, Eastern Europe, the Arab world), the self-destruction of the project of emergence and social renaissance, which is in fact the actual objective of advocating these principles, masked by an empty rhetoric (“there is no other solution than multi-party elections”!). Yet it is not sufficient to counter this bad solution with a fallback to the rigid position of defending the privilege of the “party,” itself sclerotic and transformed into an institution devoted to recruitment of officials for state administration. Something new must be invented.

The objectives of re-politicization and creation of conditions favorable to the invention of new responses cannot be obtained through “propaganda” campaigns. They can only be promoted through social, political, and ideological struggles. That implies the preliminary recognition of the legitimacy of these struggles and legislation based on the collective rights of organization, expression, and proposing legislative initiatives. That implies, in turn, that the party itself is involved in these struggles; in other words, reinvents the Maoist formula of the mass line. Re-politicization makes no sense if it is not combined with procedures that encourage the gradual conquest of responsibility by workers in the management of their society at all levels—company, local, and national. A program of this sort does not exclude recognition of the rights of the individual person. On the contrary, it supposes their institutionalization. Its implementation would make it possible to reinvent new ways of using elections to choose leaders.

Acknowledgements

This paper owes much to the debates organized in China (November–December 2012) by Lau Kin Chi (Linjang University, Hong Kong), in association with the South West University of Chongqing (Wen Tiejun), Renmin and Xinhua Universities of Beijing (Dai Jinhua, Wang Hui), the CASS (Huang Ping) and to meetings with groups of activists from the rural movement in the provinces of Shanxi, Shaanxi, Hubei, Hunan and Chongqing. It also owes much to my reading of the writings of Wen Tiejun and Wang Hui.

 

China Rising: a new world order or an old order renewed?

DOROTHY GRACE GUERRERO[2]

 

China’s remarkable economic performance over more than thirty five years and its transformation into one of the world’s biggest trading powers, has led many to believe that it will be the successor to the US in global dominance. The stagnation of the advanced capitalist economies and contraction of the economies in the Eurozone in recent years have strengthened the notion that the world is at a turning point in the balance of power between the advanced economies of the North and the emerging economies of the South such as China, India, Brazil and South Africa.

The new configuration of power has increased the representation of developing countries in key and decisive processes in the United Nations, the World Trade Organisation and International Financial Institutions like the World Bank and International Monetary Bank, as well as in informal but strategic summits like the G20 group. Little attention has been given, however, to the central issue for many peo­ple in the South, which is not just China’s rise or growth nor even the relative state of democracy there. The more important question is whether China and the other new actors are offering a new and better model of development that could chart economic and social progress for other developing countries?

Already a growing number of voices are pointing to China becoming a “sub-imperialist” or a “new imperialist” power that is continuing the same or more intense practices of exploitation and extraction of resources from poorer countries to enable it to join the ranks of the world’s high income countries. Given China’s extraordinary success as a new economic power in the global economy, is China resus­citating a flagging and failing capitalist system? Is it giving new energy to the same unsustainable and unjust paradigm that facilitates the accumulation of wealth by a few while resulting in dispossession and pauperisation of the already marginalised and disempowered?

It is certainly the time to turn the spotlight on the implications for civil society of a global order in which China is an ever more dominant player. Various forecasts predict that China will soon surpass the US as the top global economic power. Whether this will happen as early as 2016 as the IMF predicted using purchasing power parity as basis of analysis or by 2020 or by 2030 according to the World Bank, most “guesstimates” agree that it will be earlier than previous assessments.

China’s rise to the top does not of course mean that China will soon rule the world the way the US does. It is beset by huge challenges and contradictions: limited agricultural land and water resources to meet the needs (and demands) of its massive population and fuel its continuing growth; increasingly polluted air and water; widening income disparities, especially between urban and rural populations; the inevitable collapse of unsustainable price controls on fuel and food; and massive corruption are just some of the problems that could raise people’s discontent and upset the Communist Party’s control. There is also a growing civil society that must be involved in global movements for justice. The fact that it makes up a seventh of the world’s population, and that its social and environmental policies will impact on everyone globally, means that understanding China is more important than ever before.

To understand China’s development and its projection as a global power, it is important to both under­stand its history and some of the core principles and objectives that drive Chinese governing elites, both prior to 1949 and up to today.

Martin Jacques, author of When China Rules the World, argues that we need to understand China as a “civilizational state” and not just through a Western-originated notion of a nation state. All over the world, the Chinese consider themselves to be part of a single civilisation with strong values of ancestor worship, guanxi (understanding of connections or relations), and Confucian culture and so on. Chinese understanding of race and difference is important to consider in studying how they perceive unity and identity. There are also different understandings of democracy, statehood and social relationships. Combined with strong historical lessons brought about by experiences of foreign interventions and internal conflicts, the state has managed to develop a political culture that bolsters its legitimacy in managing the economy, politics and society. This has allowed the state more freedom to implement policies affecting public life (like mega-projects from the ancient ChineseWall to present-day giant dams and high speed trains) as well as private life (one child policy, social welfare and subsidies).

The government’s argument that states’ sovereign rights trump human rights and its continuing refusal to follow Western style democracy does not mean that universal norms such as human rights, labour and environmental standards should not apply to China or don’t make sense in China. The Chinese govern­ment still views human rights in strongly aspirational rather than legal terms by arguing for priority to be placed on socio-economic rights and the right to development, and continues to insist that human rights should be implemented according to a country’s national conditions.8 Recently, however, it did sign a wide range of human rights treaties and has also officially accepted the universality of human rights. Of course these international moves are not always complemented by actions at home.

The more inter­esting development, however, is the increasing number of voices in Chinese society that are beginning to question old notions of state power and practices of government officials. Many express their desires to live well, to live in a healthy environment and to live with dignity. In fact many are now organising them­selves and expressing their dissatisfaction over the worsening state of the environment, air pollution in cities, deplorable working conditions and low wages, corruption, substandard quality of food and other basic commodities and the overall lack of participation in decision-making processes that directly affect their livelihood, access to, and management of, resources.

China kept a chauvinistic policy before 1978 and foreigners who lived and visited the country often remarked that the Chinese had a Sinocentric view and general lack of trust to foreigners. This attitude is shaped by what most Chinese explained as the humiliation they experienced with foreign domination. It also can be traced further back to a time when the Chinese elite viewed themselves to have the most advanced civilization—the name China (中国, Zhōngguó) means the land in the “middle of the universe” —and considered China the cultural center of the world. Mao Zedong called it Han chauvinism; the Hans are the dominant ethnic group in China. It is no longer a prevalent notion among current officials, nevertheless, the attitudes still linger to some extent today.

The post-revolution period from 1949, saw huge transformation of society brought about by the mobili­sation of mass movements under the direction of a single party to deliver land reform from 1950 to 1953, marriage reform in 1952, collectivisation of agriculture in 1953 and nationalisation of private industry by 1955. Some of these reforms involved terrible human costs, most notably the famine caused by the Great Leap Forward (1958–61), which led to an estimated 18–45 million deaths. At the same time, some of China’s pre-1979 policies did lay the foundations for an economic and industrial infrastructure and social and educational base.

Deng Xiaoping, the architect of reform, described the Chinese approach as “crossing the river by touching the stones”. This well-known metaphor describes the experimental nature of the reform, whereby the Party looked for areas where positive changes could be made, continued if concrete results or success were achieved and if not, reversed step-by-step.

The government’s 11th and 12th Five Year Plans (2006–2010 and 2011–2015 respectively) have focused on quality of growth, structural reforms to harness innovation and economic efficiency, and social inclusion to overcome the rural-urban divide and the income inequality gap. The goal has been to both introduce necessary reform and at the same time maintain stability. This is no easy task as Yu Jianrong, a prominent and influential scholar who heads the Rural Development Institute of the China Academy for Social Sciences (CASS), explains.

Given increased conflicts of interests between various actors in national and local governments, various policy flaws emanating from differences between the clamor for reforms and the need to maintain stability, the development of information technology and the increasing consciousness of citizens about their rights, China’s political fixation with ‘stability at all costs’, Yu argues, breeds rigidity, discourages flexibility and innovation in responding to emerging social problems and, most importantly, hampers the development of more appropriate institutional responses to social conflicts.

The Chinese regime’s determination to guarantee stability certainly shapes their economic policies, particularly their overriding mission to both secure the supply of energy and other natural resources that it needs for its manufacturing exports and to expand their market to continue its growth. This relentless drive for economic growth has had implications internally (particularly social and environmental) as well as externally where China’s hunger for resources has led to conflicts with affected communities.

Nevertheless, China’s leaders have been very careful to distinguish China’s rise from those of colonial and imperial nations. In their discourse, they call their vision heping jueqi or the peaceful rise of China and present this as underpinning their policies on trade, development assistance and cooperation. China argues that as a developing country, it shares their status with other developing countries and so portrays its trade, investment and development relations with other developing countries as being forged in the spirit of South-South cooperation. It assures its Southern partners, on many occasions and in many statements, that its rise should be seen as non-threatening because it also suffered from domination from foreign powers and therefore will not become a coloniser or dominant power to them. Chinese leaders repeatedly express that China did not seek hegemony before and will not seek hegemony now and in the future.

Chinese officials also point out that China is expanding its political influence through an institutional ap­proach, that is, by means of international cooperation and integration into the international community. In 2007, the Chinese Communist Party under Hu Jintao institutionalized harmonious world (hexie shijie) as its foreign policy, a counterpart to the national policy discourse of harmonious society (hexie shehui).

China’s diplomacy is presented as pushing for its core interests of safeguarding of sovereignty, security, and development. These core interests can be more usefully detailed as ensuring China’s political sta­bility, namely, the stability of the CCP leadership and of the socialist system; second, sovereign security, territorial integrity, and national unification; and third, China’s economic and social development.

There are two opinions in the leadership on what is the best strategy for upholding such interests. The first one is based on Deng Xiaoping’s teaching of tao guang yang hui, or keeping a low profile in international affairs promoted by prominent political figures, such as Tang Jiaxuan, former foreign minister, and General Xiong Guangkai, former deputy chief of staff of the People’s Liberation Army. They argue that since China remains a developing country, it should concentrate on economic development. The second is the nationalist one, which is pressing for a more “can-do” foreign policy since China is more powerful now than before.

At the same time, China adamantly asserts the integrity of its territorial sovereignty and does not allow any partner state to make official diplomatic relationships with Taiwan, the Government of Tibet in Exile or East Turkistan (Xinjiang) Independence Movement groups. This assertion of China’s territorial sover­eignty is also reflected in its assertions of sovereignty over disputed territories such as the Spratly Islands or indeed control of the South China Sea itself.

CHINA’s ECONOMIC GROWTH: CAUSES AND EFFECTS

China’s rise as a global power is largely predicated on its incredible economic growth in the last three decades. Its embrace of “free market” economic policies is frequently cited as the main cause of this growth and is used to bolster the case for neoliberal globalisation elsewhere. But the path China followed is different, and at least on economic grounds, more successful than the “shock therapy” followed by other formerly communist planned economies such as Russia.

China did not achieve such phenomenal growth simply by opening up its economy. The first point to note is that China’s pre-1978 condition wherein people already had access to land and universal health care and primary education, played an important role in the country’s readiness for economic take-off in the 1980s. Indeed, social development was a major component that helped China in its early phase of transition to the market economy. Without comprehensive land reform followed by the formation of agricultural co-operatives and, later, people’s communes, the reform policies after 1979 could not have been implemented successfully. China’s industrialisation was aided by rural development, safety nets enjoyed by rural families and workers, and security of land tenure.

China was also extremely cautious and pragmatic in how it opened up its economy. China’s reform process had four phases: First, gradual opening to the global economy and policy reformulation (from 1978—1986). From 1979 to 1984, the Chinese government established new regulations to permit joint ventures using foreign capital and established four Special Economic Zones (SEZs) in Shenzhen, Zhuhai, Shantou, and Xiamen. The commune system was dissolved and state-owned enterprises were privatised (or corporatised) in 1984. In the second phase from 1986—1992, China developed “twenty two regulations”, which created a more beneficial environment for foreign investors, whilst maintaining considerable state control to maximise benefits from this investment.

 

China’s Rise Stalled?

Hung Ho-fung[3]

It was perhaps predictable that China’s initial sharp rebound from the global financial crisis would serve to entrench widespread perceptions that the PRC represents an alternative and, on some readings, superior model of capitalist development [4]. Desperate pleas by Hillary Clinton and Tim Geithner for Beijing to continue its purchase of US Treasuries in the immediate aftermath of the 2008 meltdown seemed to confirm that China was indeed displacing the US, the alleged culprit of the crisis, and becoming a new centre of the global economy. Yet the celebrations of China’s rise at the expense of the US evoked more skeptical responses too. Michael Pettis’s provocative and well-informed new book, The Great Rebalancing, presents a more critical view.

It contends that countries that run a persistent trade surplus, like China, are at least as responsible for the global financial crisis as those running deficits, like the US. In his view, the outcome of the crisis will put an end to the ‘economic miracles’ of the surplus countries and may lead them into Japan-style lost decades. The only way out would require a profound rebalancing of the surplus countries’ economies. I will argue that a third scenario could be derived from the book’s analysis, beyond Pettis’s alternatives of a prolonged, deepening crisis or smooth, coordinated rebalancing. But first let us examine The Great Rebalancing’s account.

The Great Rebalancing

Pettis is a professor of finance at Peking University and a veteran Wall Street wheeler-dealer specializing in ‘emerging markets’, initially in Latin America. His first book, The Volatility Machine: Emerging Economies and the Threat of Financial Collapse, appeared in 2001, and since then his contrarian views have become well known through his widely cited blog, ‘China Financial Markets’. Drawing diverse theoretical insights from Keynes and, surprisingly, Hobson, Lenin and David Harvey, The Great Rebalancing is a systematic elaboration of Pettis’s diagnosis of the origins of the financial crisis and suggestions for its remedy. He sees the global trade and capital-flow imbalances underlying the crisis as primarily a consequence of the consumption-repressing growth model adopted by the surplus countries, most notably China and Germany.

The Great Rebalancing sets out the principles at stake, in the form of ‘accounting identities’. Where consumption is repressed relative to production, the result is a rise in saving. If domestic savings exceed domestic investment, then in an open economy the excess saving will flow abroad to other countries, in the form of net capital export.

China’s purchase of US Treasury bonds and Germany’s lending to Spain and Greece are examples of such exports. Similarly, for a country that imports capital from abroad, investment will exceed saving. It follows that the amount of net capital outflow or inflow will be equal to the difference between savings and investment; the difference will also be equal to the country’s trade balance. Therefore, an economy’s trade surplus/deficit will be equal to that economy’s net capital outflow/inflow, which in turn is equal to its saving less investment. As open economies are linked to one another through trade and investment, capital export and trade surplus originating from one country’s under-consumption must be balanced by capital imports, trade deficit and over-consumption in another country. In other words, domestic imbalances of trading partners will mirror each other, generating global imbalances.

Examining how these principles have operated in the concrete case of China’s domestic imbalance, Pettis, like many other authors, finds that the prc’s model of repressed-consumption growth is not new, but is an extended replication of the Japanese model. As Pettis emphasizes throughout the book, a country’s consumption levels and savings rate have nothing to do with its culture and the habits of its people: China’s high saving and low consumption are consequences of explicit policies: wage repression, an undervalued currency and financial repression.

Since the 1990s, the vast supply of rural migrant labor, whose rights and access to services where they worked were denied under the hukou system, in addition to what Pettis describes as ‘government-sponsored unions that more often see things from the point of view of employers than from that of workers’, ensured that wages grew much more slowly than productivity, hence repressing the growth of workers’ income and consumption relative to the growth of production. At the same time, China’s central bank intervened in the currency market to prevent the yuan from appreciating alongside the growth of the trade surplus. The undervalued currency benefited exporters, but made domestic consumption more expensive; the policy has therefore operated as a hidden tax on household consumers, which is transferred to exporters. The low interest rates maintained by state banks for both depositors and borrowers have also constituted a hidden tax on households: while ordinary depositors have had to put up with meagre or even negative real interest rates, state enterprises and government units could borrow at give-away rates to fuel the orgies of real-estate and infrastructural construction. This again is tantamount to a subsidy to the state sector paid by financially repressed depositors.

The “Model”

This model of development brought about miraculous economic growth rates, rapidly improving infrastructure and an internationally competitive manufacturing sector. Paradoxically, though the growth rate has attracted high investment, the financial repression involved also pushes saving—here, mostly corporate and government rather than household saving—to an even higher level. As such, the excess saving of China has to be exported overseas in exchange for external demand for its manufactured products. Given the size of the US market and the high liquidity of US assets, Treasury securities in particular, most of China’s excess saving ends up heading to the US. To Pettis, the Chinese purchase of dollar assets is a trade policy, ‘aimed at generating trade surpluses and higher domestic employment’.

For the American economy, such large-scale capital imports are ‘usually harmful’, as the US has ‘no choice but to respond to the growing net inflows [of capital] with higher investment, higher unemployment, or higher consumption’. With capital inflows pushing up the dollar, cheapening manufactured imports and penalizing us manufacturers, ‘there was little incentive for American businesses to borrow and expand production domestically’. Instead, the massive inflows of capital fuelled the expanding real-estate bubble and debt-financed consumption. Pettis concludes that the US consumption spree and trade deficit was caused by excessive foreign (Chinese) investment in dollar assets that ‘force Americans to consume beyond their means’.

In his analysis of the Eurozone crisis, Pettis sees the relation between Germany, a surplus country, and Spain and other ‘deficit countries’, as reminiscent of that between China and the us. In the 1990s, post-unification Germany put into place ‘a number of policies, agreed on by trade unions, businesses and the government, aimed at constraining wages and consumption and expanding production, in order to regain competitiveness and generate jobs.’

These consumption-repressing policies worked well. But excess saving has to be exported, in exchange for ‘importing’ external demand. In this instance, the context included the launch of the euro and increasing European integration. German capital was exported to peripheral Europe principally in the form of bank lending, but its harmful effects resembled China’s capital exports to the US in the form of buying Treasury bonds. Taking Spain as his example, Pettis contends that German’s anti-consumption policies eroded the profitability of Spanish manufacturing and discouraged private investment in the tradable goods sector there, while at the same time Germany’s excess saving was being exported to Spain on a massive scale. The result was the expansion of a gigantic real-estate bubble in Spain.

Pettis reminds us that global imbalances caused by under-consuming countries which export surplus capital to other economies are not novel in the development of capitalism. Drawing from the insights of Hobson and Lenin, he notes that in the late nineteenth and early twentieth century, under-consumption in industrialized economies—where workers’ demand was repressed since wealth and income were concentrated in the hands of the rich—created pressures for those countries to export capital to their formal or informal colonies, which in turn started to run trade deficits and be indebted to the colonizing countries. The main difference between then and now is that, in the early 1900s, capital-exporting colonizers ‘managed the colonial economies and their tax systems, and so they could ensure that all debts were repaid’. Global imbalances could therefore last longer in the age of imperialism, as ‘large current-account imbalances could persist for as long as the colony had assets to trade [or to be expropriated]’.

What Pettis does not mention is that a century ago, when colonized importers of capital were invariably underdeveloped economies, the imported capital mostly flowed into extractive industries instead of financial markets. This kind of investment did not generate the type of volatility that financial investment in today’s deficit countries entails. On the other hand, this highly territorial form of capital export drove the imperial powers to vie aggressively with one another for colonial possessions, intensifying inter-imperial rivalry and triggering the First World War.

Capital exporters today, like China and Germany, do not enjoy that sort of colonial control over importers of their capital, like the US and Spain, and much of it flows into financial and real-estate activities. Imbalances under these conditions are less sustainable. Once the bubbles burst, or borrowing capabilities run out in the increasingly indebted deficit countries, consumption there will collapse. This is what has been happening in the US, Greece and Spain since 2008. When this happens, trade-deficit countries are forced to undergo painful rebalancing, which can be achieved through tax hikes on the rich and/or policies that restrain consumption and boost saving. Such rebalancing efforts will be futile, however, if the surplus countries continue to repress consumption, export surplus savings and maintain trade surpluses with the deficit countries.

“Rebalancing”

It is mathematically impossible for the US and peripheral Europe to attain trade surpluses and repress consumption if no other countries are shrinking their surpluses and boosting consumption. In the global economy, someone’s surplus must be accompanied by another’s deficit. A true rebalancing of the global economy is possible only when the deficit countries and surplus countries rebalance their domestic economies simultaneously through mirroring policies.

America’s and Spain’s policies to restrain consumption and boost saving have to be accompanied by policies in China and Germany that boost consumption, reduce saving and reverse their trade balance. Pettis suggests that Germany should cut taxes and increase government spending to deflate its savings and move towards a trade deficit, generating demand for the tradable goods sector in Spain and Greece. In that case, the latter’s rebalancing policies, which restrain consumption and investment, would cause less unemployment. If Germany is reluctant to rebalance, then Spain’s and Greece’s adjustment may be so painful that they will be forced to default on their debt or devalue their currency by leaving the euro. Likewise, American rebalancing has to be accompanied by China’s shifting in the opposite direction, if it is to be effective. The prc needs to boost domestic consumption and reduce its saving. As China’s under-consumption is mainly attributable to the squeezing of household income to subsidize export manufacturers and the state sector, boosting consumption will have to involve a ‘distributional struggle’ in favour of the household sector.

China’s rebalancing is not only crucial to the rebalancing of the US and global economy, Pettis argues. It is also essential in order to prevent a serious economic crisis within the prc itself. The two engines of the Chinese miracle—investment and exports—are starting to crumble. China’s infrastructure is becoming excessive, relative to its stage of development, and falling returns on newly constructed infrastructure are exhausting the lending capability of the state sector, which is already overloaded with pre-existing loans. In the meantime, US consumption is declining and the concomitant political pressure on Beijing to shrink its trade surplus mounts. With the investment and export engines faltering at the same time, an increase in Chinese household income and consumption becomes all the more important.

Gaps

The Great Rebalancing should be celebrated for its clarity and concision. It mounts a convincing challenge to mainstream moralizing about the origins of the global crisis, demonstrating that the global imbalances which underlie it unfold through a process of uneven and combined capitalist development, in which the US, China, Germany and peripheral Europe are interlinked parts. These merits notwithstanding, the analysis has two major gaps. The first of these centres on the origins of the imbalances themselves. If capital inflows from surplus countries are so harmful to deficit countries, fuelling financial and real-estate bubbles, then why do the latter keep letting the surplus capital in? Do the deficit countries really have no choice but to accept passively whatever the surplus countries are exporting to them?

Recall that the whole edifice of Pettis’s argument is grounded on the accounting identity that a country’s trade surplus equals its net capital export, as well as its saving less investment; yet as he states, this premise only applies to an ‘open’ economy. It follows that the analysis of the mirroring imbalances between surplus and deficit countries would not have been valid had it not been for the completion of global-market integration—the removal of numerous national controls.

Such integration is far from the natural state of global capitalism. It is a result of the neoliberal project that Reagan and Thatcher started in the 1980s as a remedy for the crisis of falling profit rates across advanced capitalist countries in the 1970s. The creation of the WTO in 1994, China’s accession to it in 2001 and the launch of the euro in 2002, deepening the integration of the European market, are major milestones of this project. The rise of a global integrated market makes the flow of goods and money feasible on a much vaster scale. Deregulation of financial markets in the US and Europe helped to ready these countries for the massive absorption of foreign capital as fuel for speculative activities. Viewed in this light, though high saving and the export-oriented model of growth in surplus countries is directly responsible for the imbalances in the deficit countries and the global imbalances at large, it was the neoliberal turn of the US and Europe in the 1980s that set the stage, enabling such growth models to work at all.

The second gap relates to the potential outcomes of the current global crisis, seen here as entailing either prolonged stagnation and ‘lost decades’, or coordinated rebalancing. Pettis is certainly right to assert that rebalancing within China, the biggest surplus country in the world today, would be very difficult, given the adamant resistance of the bureaucratic-capitalist elite, who are the major beneficiaries of the current model. What remains to be seen is whether China, faced with the limits to its model of exporting surplus capital to the US, yet resisting rebalancing, might choose to shift to a more ‘classical’ strategy of capital export—that is, to export capital to underdeveloped countries and invest mostly in extractive industries and infrastructure there. Though the stock of China’s outward fdi flow so far amounts to less than 30 per cent of its holding of US Treasuries (or 10 per cent, if we exclude flows into Hong Kong), according to the prc Ministry of Commerce it increased dramatically between 2002 and 2010, from $29.9bn to $317bn, or $118bn excluding Hong Kong.

China’s outward fdi comprises a lot of investment in mining and infrastructure in the global South. The recipients of Chinese capital—and that from other emerging surplus countries, like Brazil and South Africa—also constitute expanding markets for Chinese manufactured exports. China’s increasingly proactive economic expansion in the developing world, Africa in particular, has provoked heated debate. For example, on the eve of the brics Durban Summit in March 2013 Lamido Sanusi, Governor of Nigeria’s Central Bank, wrote in the Financial Times that China is just another colonial power in Africa.

China Reaching Out

To be sure, China’s relations with the other developing countries that absorb its exports of capital and manufactured goods are far from the classical colonial model of the early twentieth century. China has so far lacked the will and muscle to assert military and political influence over the destinations of its capital exports. But this seems to be starting to change, as China’s latest National Defence White Paper, ‘The Diversified Employment of China’s Armed Forces’, stated explicitly that protecting overseas economic interests is now a core goal. With the gradual integration of China’s economy into the world economic system, overseas interests have become an integral component of China’s national interests.

Security issues are increasingly prominent, involving overseas energy and resources, strategic sea lines of communication, and Chinese nationals and legal persons overseas. Should China manage to develop its geopolitical prevalence in select parts of the global South, then Beijing might well be able to delay rebalancing and sustain its high-saving, high-export model of development by shifting from the US to the developing world as the major destination of its surplus capital and manufactured exports. Of course, China’s rise as a new imperial power is at most incipient. The two alternative scenarios that Pettis contemplates—a smooth, coordinated rebalancing of the surplus and deficit countries or a long, rocky landing of China and Germany, following in the footsteps of Japan’s lost decades—are still much more plausible in the short run. In any event, the global crisis starting in 2008 is a turning point in the development of global capitalism. In the long run, whether it will lead to a more balanced and sustainable world economic order, a perpetual global crisis, or a renewed partition of the world by old and new imperial powers remains to be seen.

 

Changing Models of China’s Policy Agenda Setting[5]

Shaoguang Wang[6]

 

China’s political system has undergone profound changes and thereby to challenge a conventional wisdom in the West that no political reform has ever taken place in China. 

The Closed-Door Model

The closed-door model prevailed in imperial China, when the people had no idea of political participation. In contemporary China, moreover, such a model of agenda setting has not yet altogether disappeared. A case in point was the price reform in 1988, which was a “touchy” issue at the time. When moving from a planned to a market economy, China encountered enormous trouble in fully exposing its pricing mechanism to the supply and demand of the market, since the government had always controlled the pricing process in the past.

In the early 1980s, Deng Xiaoping warned that great caution should be taken in price reform. From 1985 to 1987, as the consumer price index started to rise in line with steady progress of the price reform, China came to be faced with the most serious inflation that it had experienced since the early 1950s. At the February 1988 meeting for analyzing the economic situation, the CCP Politburo realized that prices had risen so fast that people could no longer endure it. The State Council then took some measures to hold down prices, including exerting control over government expenditures and cutting down investment in fixed assets. With these initiatives in place, the State Council then decided to increase the purchase prices of some agricultural products and to replace the old practice of price-fixing with open subsidies to urban employees. Unexpectedly, the introduction of these measures set off panic purchasing all over China. In this situation, it would have been wise to slow down the price reform, yet Deng Xiaoping insisted then that the reform should brook no delay. Against this backdrop, People’s Daily, the most influential newspaper in China, published an editorial entitled “Plough Ahead with Reform” on June 9. The author of this editorial was quite clear that the price reform would temporarily harm the interests of a great number of people, but he seemed to be confident of the people’s endurance.

The CCP Politburo, obviously affected by such an optimistic view, discussed and then approved the Preliminary Program for Price and Salary Reform, which declared that the main objective of the reform was to liberalize the prices of most commodities except for strategic commodities and labor services. On August 19, when the reform plan was promulgated, there was another fit of nationwide purchasing fever. In some places, people swarmed into banks and withdrew immature deposits from their fixed accounts to get their hands on cash for a buying spree. During the price reform, the agenda was virtually set alone by the CCP Politburo through a series of internal meetings. Once policy makers determined to speed up the price reform, they did not bother to seek the understanding and support of the public. They wishfully hoped that people would cotton to the plan and willingly bear the loss caused by the ensuing inflation. As a result, the consumer price index rocketed all the way to 18.8 percent in 1988 and discontent was soon contagious, which partly foreshadowed the political crisis in 1989. Later, Deng Xiaoping took a good lesson from the experience.

The Mobilization Model

The mobilization model is quite familiar to people in China. During Mao’s era, this model was applied in setting almost all major and strategic agendas, ranging from the Land Reform, the Three-Anti and Five-Anti campaigns, the General Line for the Socialist Transition, the Great Leap Forward, the People’s Communes, and the Four Clear-ups Movement, all the way to the Cultural Revolution. In general, the mobilization model consists of five phases. In the first phase, “the movement is started and instructions issued” Instructions may take the form of either an official document from the CCP Central Committee or the State Council, or an editorial or commentator’s essay of the CCP-controlled People’s Daily.

During the Cultural Revolution, such instructions often came as “Chairman Mao’s Latest Directives.” In the second phase, “the instructions are disseminated to all levels in company with an imposing propaganda campaign” The dissemination is normally arranged in a set order: Party members should know before non-Party individuals; cadres should know ahead of ordinary people. The propaganda campaign is to ensure that everyone in the country knows about the relevant instructions. Sometimes when speed is emphasized, it is required that the whole process of dissemination should be completed within twenty-four hours. In the third phase, people are organized to “study the instructions for deeper understanding” Here “study” means to discuss the official documents, editorials, and commentaries as well as supplementary reading materials. The objective of studying is to make sure that people get a clear, full understanding of the essence of the CCP Central Committee’s initiative, including why the new agenda is set, what is the thrust of the new agenda, and what steps are to be taken to carry out the new agenda. The fourth phase involves “grasping typical cases and spreading the experience gained at selected units to the whole country” “Typical cases” can be negative as well as positive.

Highlighted “typical cases” are used to convince the public that the agenda is necessary, feasible, and superior. Finally, after all the above-mentioned phases, the mobilization model seeks to form a consensus among people on how to fulfill the agenda. The upside of this method is that it is much less costly than either coercion or exchange; the downside is that it cannot have an enduring effect. Since the reform and opening up, the mobilization model has not been used as frequently as before, but it has not been completely abandoned either. For instance, it played an important role in setting the agenda in the following policy areas: introducing the one-child-per-couple policy (1980); opening channels for employment in the private economy (1981); establishing the household responsibility system in the countryside (1982); launching the “five emphases, four beauties, and three loves” campaign and the “clearing-up of ideological pollution” campaign (1983); speeding up the reform of the urban economy (1984); pushing forward the wage reform in state-owned enterprises and stopping the practice of eating from the same big rice-pot (1985); restructuring the labor system through breaking the “iron rice bowl” (1986); counteracting bourgeois liberalization (1987); stepping up the restructuring of the personnel, income distribution, and social security systems (1992); advancing the reform of the old-age pension system of public enterprises (1995); reducing staff for improved efficiency and laying off or dispersing redundant employees (1997); and introducing a nationwide reform of the health insurance system in the urban sector (1998) (1978–2003). Mao’s was an era of great men, when most important policies were made by Mao Zedong, Zhou Enlai, and other members of the highest leadership. But that does not mean there was no room for the inside access model. We may spot some special features of this model in the following cases from the early 1950s to the early 1970s.

Case One. The Korean War broke out in June 1950. By early August, the People’s Army of the North had gained control of more than 90 percent of the Korean peninsula. The socialist bloc headed by the Soviet Union then took the optimistic view that Korea would be reunited in next to no time. But Mao Zedong and other Chinese leaders remained sober-minded. On August 23, after a thorough analysis of information received from all sides, Lei Yingfu and his colleagues in the Operations Room of the General Staff came to the conclusion that the odds of American troops landing at Inchon were great. If so, the supply lines of the North Korean army would be cut and its main forces would be open to attack from both the north and the south, and consequently the war situation would change overnight. Furthermore, they predicted that the American troops would most probably carry out their invasion at Inchon on September 15, 1950, a day of high tide. Mao Zedong began to deploy forces in anticipation of the worst-case scenario (Lei, 1993). Lei’s predication, which turned out to be correct, had a direct bearing on the strategic decision making of the highest leaders at this crucial juncture.

Case Two. The military conflict between China and the Soviet Union in March 1969 triggered heated debate in China over its strategy toward the Soviet Union. Some thought that the Soviets would shift their strategic center of gravity to the East and attack China, while others reckoned that the Soviet Union would continue to focus on the West, striving for strategic advantage in Europe in competition with its main rival, the United States. What worried the Chinese government most then was the possibility that the Soviet Union and the United States would join forces against China. At the end of 1969, Wang Shu, then a staff reporter with the Xinhua News

Agency in West Germany, wrote an in-depth analysis of the Soviet strategic posture. With well-documented facts and reliable statistical data, Wang argued that Europe was still what the Soviet Union and the United States really coveted, and the Soviets’ vital interests still lay in Europe. As for the Sino–West German relationship, Wang Shu suggested that China should abandon the old view that West Germany was a “militaristic, revanchist country.” He believed that pacifism prevailed in West Germany. With rapid economic growth, West Germany was more and more eager to acquire a bigger share of the international market. It would be mutually beneficial if China could improve its relationship with West Germany.

More specifically, Wang Shu recommended that Chinese leaders should invite the leaders of West Germany’s main opposition parties to China in the hope of putting pressure on the ruling party to boost relations between the two countries. Mao Zedong and Zhou Enlai expressed deep appreciation of Wang’s view after they read his reports on the European situation, Soviet strategy, and the relations between China and West Germany. They separately met with Wang Shu in late July 1972. China’s Ministry of Foreign Affairs cited him for commendation in an internal official dispatch. Wang Shu’s report exerted a considerable influence on China’s highest leadership in their decision on the country’s global strategy. Subsequently, Sino–West German relations developed speedily. The two countries signed a communiqué on the establishment of diplomatic relations on September 29, 1972.

These cases highlight three characteristics of the inside access model during Mao’s time. First, this model was largely applied to issues related to national security. Second, proposals or advice for internal reference came mainly from military staff officers or intelligence agencies rather than research institutes. Third, most of the proposals were products of individual “masterminds” rather than institutionalized think tanks. At that time, the newly founded People’s Republic was faced with a treacherous and hazardous international environment so that the priority of China’s highest leadership was strengthening and defending the country.

Clearly these three characteristics were products of the time. The inside access model was applied more frequently after the reform. The most important reason for this is that China had profoundly altered its strategic priorities. If the primary concern in Mao’s time was how to make the country stand on its own feet, the issue of the utmost importance in the reform era would be how to make China prosper. It is no easy task to develop a modern economy; the process is so complicated that no single individual is capable of engineering it. The task requires a transformation of the existing supporting mechanism for decision making, which, by counting on individual masterminds for advice, could no longer satisfy the modern needs of decision making. Against this background, China put forward the slogan of “scientific decision making” at the outset of the reform. Soon after, clusters of think tanks began to emerge.

The Chinese Rural Development Research Group, formed in 1980, was one of the first think tanks in China. The group consisted of children of some high-ranking officials and well-known intellectuals. Their family ties enabled them to maintain close connections with the central leadership. With the support of both the Research Section under the CCP Central Committee Secretariat and the Chinese Academy of Social Sciences, the members conducted field investigations and submitted their research reports directly to the central leaders, who used them as comprehensive and systematic firsthand data for the Central Meeting of Rural Work in 1981.

Later, the group participated in helping the central government with drafting a series of “No. 1 documents” on issues related to the countryside and agriculture. Gradually, the research output of the group became very influential in governmental policy making. Later, some group members entered government-run research institutions like the China Economic Reform Research Institute (CERRI). CERRI began to play an increasingly important role when the reform extended toward urban and industrial areas. It remained the most influential think tank in China until1989. Typically, these think tanks published some internal reports such as “briefings,” “reference materials,” and so on. The circulation of their publications tended to be very small, yet such publications might go straight to the top leaders of the central government.

The current central leadership team came into office at the end of 2002. Compared to their predecessors, they seem to be more aware of the importance of making policies in a democratic and scientific way. An indication is that from December 26, 2002, to April 23, 2007, the new CCP Politburo held forty-one workshops, averaging one every forty days, inviting philosophers, natural scientists, social scientists, and legal scholars to give them lectures. The new central leadership has never tired of emphasizing the importance of building up and strengthening think tanks and brain trusts, in the hope that, based on forward-looking and strategic research, they can provide decision makers at all levels of government with thoughtful policy advice. In response, the Chinese Academy of Sciences promised that, as the nation’s foremost think tank in science and technology, it would “bring its initiative into full play so as to upgrade [its] capacity of offering advice for pivotal strategies concerning national development” (Qi, 2004).

The Reach-Out Model

Generally speaking, policy advisers prefer to influence decision makers directly rather than in a roundabout fashion. Unless it is as a last resort, they do not take issues to the public for help and risk offending decision makers. Why, then, do they occasionally take that step? The most important reason perhaps is that they encounter strong opposition from within the establishment and believe public opinion will surely be on their side.

The reach-out model is by no means common in China. Nevertheless, there is a recent example. China began market-oriented medical reform in the 1990s. According to nationwide surveys of medical service in 1993, 1996, and 2003, medical expenditures of urban and rural residents increased steadily while the percentage of the population covered by health insurance shrank. In a dramatic way, the Severe Acute Respiratory Syndrome (SARS) crisis of 2003 revealed the vulnerability of China’s health-care system brought about by the market-oriented medical reform and led people to reflect on the whole matter. However, some governmental officials insisted that the country’s medical system should be further marketized. In the spring of 2005 the China’s Medical System Reform Study Group, a project jointly sponsored by the Social Development Section of the Development Research Center under the State Council and the World Health Organization, published a series of reports that concluded that China’s medical reform “had not been successful,” if it was not a “colossal failure.”

At first, the reports drew little attention because they appeared in an internal journal. In June 2005 the situation took a sudden turn when Ge Yanfeng, deputy director of the Social Development Section of the Development Research Center under the State Council, disclosed the conclusion of the general report while being interviewed by news media. He argued that medical reform in China must stick to two principles. First, the reform ought to ensure equity, that is, guarantee all people equal access to basic medical services. Second, it should emphasize the cost-effectiveness of medical investment; in other words, the health of the whole population should be improved as much as possible under the condition of limited public investment in health care. In his view, it was impossible for the market-oriented medical reform to achieve either goal. Almost at the same time, Liu Xinming, director of the Policy and Law Department of the Ministry of Health told Hospital Journal that “marketization should not be the direction of China’s medical reform”.

Their remarks aroused great excitement among the media and the mass public. At the time there was much discussion in the media about medical reform, while the public almost universally agreed with the judgment that “the medical reform was a total failure”. Although some liberal scholars insisted that the medical reform should not be turned back and the Ministry of Health was continually trying to avoid any comment on whether the medical reform was a success or a failure, the Pandora’s box had been opened and the public would not accept any further reform measures unless the government made big policy adjustments. Soon thereafter a new consensus seemed to have emerged: the government should guarantee basic care to everyone in the country. Now the government has pledged itself to introducing an urban health-care system covering all residents and to assisting all rural communities to restore the cooperative medical system (CMS) before long. Apparently, in this case at least, the reach-out model performed wonders.

The Outside Access Model

Even though the outside access model is seldom practiced in China, there have been nevertheless a couple of cases in point in recent years. The so-called three parallel rivers (the Jinsha, Nujiang, and Lancang) of Yunnan Province were put on the United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization (UNESCO) World Heritage list as a natural property on July 3, 2003. Less than a month later, the National Development and Reform Commission approved a hydroelectric project on the Nu River (Nujiang), which met with immediate and strong opposition from domestic environmental organizations. These organizations mobilized the media in an effort to win over the public, and at the same time wrote letters to the leaders of the State Council, asking them to stop the project. In mid-February 2004 Premier Wen Jiabao remarked on a report submitted to the State Council by the Development and Reform Commission that “as far as this giant hydroelectric project is concerned, more careful study is needed to make a rational decision since the project has received great attention from the public and there are still disagreements about its environmental effects.” Wen’s comments temporarily halted the project.

In July 2005, when Wen went to inspect local work in Yunnan, a local official reminded him that the Nujiang hydroelectric project had been stopped for a long while, and that the local government, caught in the crossfire, wanted the central government to make an immediate decision. When he returned to Beijing, Wen ordered the Development and Reform Commission, the State Environmental Protection Administration, and the Ministry of Water Resources to “step up the investigation and research and bring forward your plans.” For fear that the project was to be restarted, sixty-one environmental organizations and ninety-nine individual activists jointly wrote an open letter in September 2005 addressed to the State Council and the subordinate ministries or commissions concerned. Meanwhile, those who backed the project also wrote to the central government, pushing for an immediate resumption of construction hence began a seesaw battle between the two camps. The central government has not made a final decision to date. This is a landmark case in Chinese history, showing that the activities of civil organizations and the letters submitted to top decision makers by citizens at long last can produce enormous effect on the central government. As Chinese society becomes increasingly pluralized and open, people from all walks of life and with different political stances have become more willing to express their views and more forceful in doing so. It can be predicted that the outside access model will become one of the major models for China’s future agenda setting.

The Popular-Pressure Model

In the past, the first five models mentioned above were commonly observed in China, while the popular-pressure model was rarely applied. Although Chinese leaders began to call openly for “scientific” and “democratic” policy making in the mid-1980s, the more democratic popular-pressure model did not often come into view until the late 1990s. How do we account for the growing prominence of the popular-pressure model? To answer this question we have to explain where “popular pressures” come from and why “popular pressures” become increasingly consequential in the policy agenda setting. Where do the pressures come from? Although China’s economy has grown, on average, at 9 percent per year throughout the last quarter of a century, the single-minded pursuit of the highest possible aggregate growth rate has resulted in a whole series of acute challenges.

By the end of the 1990s, quite a few problems had become alarming, including the environmental crisis, the widening income gap (regional gap, urban-rural gap, and gap among urban residents, and gap among rural residents), the lack of economic and social security (high unemployment rates, unaffordable education and medical services, and frequent workplace accidents), and so on. Meanwhile, the society became more and more differentiated and polarized. At the outset of the reform, when the country was highly egalitarian, people were willing to sacrifice their individual short-term interests for the sake of long-term social interests, because they believed that everyone would benefit from the reform eventually and could not imagine that the reform might one day turn into a zero-sum game. Then the overwhelming majority of the Chinese population embraced the reform wholeheartedly. Now, people are more guarded, suspicious of every new reform measure. Those who have suffered losses in one way or another in the early stages of the reform no longer support new reform initiatives without hesitation. These people have deep hatred for the abuse of power, corrupt officials, and overnight upstarts and their extravagant lifestyle, and contempt for glib talking scholars who try to make a pile out of the “reform.” Above all, most of them feel that China’s reform has gone astray lately and that it is time for China to change course by pursuing more balanced and more coordinated socioeconomic development. This is the social pressure that the Chinese government is now facing. What makes popular pressure forceful enough to change the policy agenda? Four factors appear to be crucial, namely, stakeholder consciousness, the associational revolution, the changing role of the mass media, and the rise of the internet.

Stakeholder Consciousness 

When a society is not highly differentiated, all interest groups remain “in themselves,” with little awareness of “for themselves.” They are thus unlikely to exert pressure on policy makers in pursuit of their own interests. As society becomes highly differentiated, each interest group becomes more sensitive to its own interests, thus giving rise to a strong incentive for putting pressure on policy makers. Of course, it is one thing to have such incentives; it is another to be able to exert real pressure. What counts here is a group’s mobilization ability. Those that control political and organizational resources no doubt possess the greatest mobilization ability. The reorientation of China’s regional policy is a good example in this regard. A regional gap already existed in China before the mid-1980s, but the problem was not severe. Later, as the government’s policy intentionally gave preferential treatment to the eastern part of the country, the gap between China’s coastal areas and the inland provinces soon widened. In the early 1990s, scholars and policy researchers heatedly debated the country’s regional policy. The prevalent view then was that there was no need to make a fuss over the regional disparity either because it had not widened or because it was not yet very big. Even paramount leader Deng Xiaoping (1992) insisted “we should not dampen the vitality of the developed areas at present.” He contended that “the right time to raise and settle this problem might be the end of this century,” “when our people are living a fairly comfortable life.” But the underdeveloped regions did not have patience to wait any longer. Starting from the early 1990s, each year, at the annual meetings of the National People’s Congress, some representatives of the inland provinces openly expressed their disapproval of the government’s lopsided regional policy. In 1996, under the mounting pressure, the Fourth Session of the Eighth National People’s Congress passed the Ninth Five-Year Plan and the Long-Term Objectives for the Year 2010, both of which stressed the importance of more balanced development of regional economies and aimed to narrow the existing disparities. Unfortunately, in practice, not much real effort was made to achieve these goals in the years that followed. In the late 1990s, that provoked more resentful complaint and more forceful criticism of the regional policy of the central government. Against this background, in 1999 the central government finally decided to launch the Go-West Program. The State Council soon set up the Leading Group for Western Development, which symbolized the official start of the Go-West Program. It was not long before the National People’s Congress deputies from the provinces in Northeast China began to beg the central government to reinvigorate their local economy, as this part of China had become the nation’s “rustbelt” during the course of the economic reform. In September 2003 the project of Revitalizing the Old Industrial Bases in Northeast China officially became “a strategic decision” of the central government.

Associational Revolution

The past two decades have witnessed an unprecedented associational revolution in China. By March 2007 there were over 190,000 associations of various types registered with government civil affairs departments at the county level and above. However, those registered associations

account for only a small fraction of China’s associational landscape, as a large number of associations choose either to register as business organizations or not to register at all.8 More important, according to Chinese law, for grassroots organizations below the county level (e.g., organizations whose activities are mainly confined to specific enterprises, administrative units, schools, residential communities, townships, or villages), registration is not required. If the unregistered are included, it is estimated there are at least 500,000 associations operating in China. Most associations have no interest in public policy, but one type is heavily involved in policy-related activities, namely, so-called advocacy groups, commonly known as nongovernmental organizations (NGOs). Environmental groups are among the most active NGOs in China. Before the 1990s, there had been environmental organizations, but most were quasi-official, top-down academic societies of environmental research. At that time, pollution was not a grave problem and did not trouble most people. Environmental organizations devoted more effort to research than action or took no action at all. However, with the 1990s, China’s environment steadily deteriorated and people’s awareness of ecological issues heightened. Consequently, the number of environmental NGOs multiplied. In the new century, environmental NGOs, especially those made up of university and college students, mushroomed in every part of China. According to incomplete statistics, at present there are at least 2,000 environmental NGOs in the nation. Most receive no financial support from the government at all; for many, a significant proportion of funds comes from abroad. Those NGOs engage in environmental education, help the government to draw up environmental protection plans, and work as environmental consultants for some institutions. More important, they try by every possible means to improve the environment, and to stop projects, plans, or actions that may cause environmental damage. By doing so, they put great pressure on the government.

Changing Role of the Mass Media

Environmental NGOs are not large in number but are quite influential. One reason for their effectiveness is that many of them maintain close ties with mass media and many of their organizers are journalists by profession, both of which help amplify their voices and add to their weight. Apart from serving as the “loudspeaker” for environmental NGOs, Chinese media have in general been playing an increasingly active role in setting the public agenda, thus contributing to policy adjustments in recent years. The media may affect agenda setting in three ways: they may select certain issues for coverage while ignoring others; they may highlight some issues while downplaying others; and they may prioritize the highlighted issues in a certain order.

Here we are not talking about coverage for a short while by any particular newspapers, magazines, television networks, radio stations, or publishers. Rather, we mean coverage for an extended period by a whole class of the public mass distributors of news and information. Obviously, without media coverage the public would not know about some issues. For example, research has found that in China deadly coal mine accidents were more frequent and appalling in the 1980s, but they did not become a public issue. Since the mid-1990s, at the same time that the death rates from coal mine accidents have been steadily declining, coal mine safety has become a focus of public attention, because this issue has received not only extensive but also highlighted media coverage (Wang Shaoguang, 2006).

Normally there coexist several highlighted public issues within a relatively long period; thus the way the mass media prioritize these issues influences the public’s assessment of their relative importance. In recent years, the Chinese people have shown growing concern about such issues as agriculture, the countryside, farmers, migrant workers, the ecological environment, public health, health insurance, inequality, and others. This can be largely attributed to the media’s extensive and highlighted coverage of them. In China, the mass media are supposed to serve as the Party’s “propaganda machine”. Yet the Party’s mouthpiece has been gaining more publicity in recent years, facilitating interaction between the government and people, because of great changes in both the quantity and the quality of the media.

As far as quantity is concerned, compared with the early days of the reform, the number of radio stations has tripled and the numbers of television stations, newspapers, and magazines have increased tenfold (National Bureau of Statistics, 2006: 196). Chinese media have gone through an even more profound change in quality. The marketization of media began in the 1980s and sped up in the 1990s. The government is still the owner of radio stations, TV stations, and some newspapers and magazines in the legal sense. However, with little or no budgetary allocation from the government, media organizations have to survive harsh competition on their own.

The operational logic of media agencies altered once they become primarily profit-driven entities. They have to consider how to attract readers, viewers, and listeners, and how to expand their commercial influence. Of course, as the mouthpieces of the central or local Party/governments, some newspapers and magazines are granted only a limited degree of freedom. Their survival strategy is to create, under their banners, subsidiary newspapers and magazines that enjoy much more latitude. Examples include Global Times under People’s Daily, Oriental Outlook under the Xinhua News Agency, Xinmin Evening News and Bund Pictorial under the Shanghai Wenhui–Xinmin United Newspaper Group, and a host of others. Newspapers and magazines such as China Newsweek, Finance, Commercial Week, and China Industry and Business Daily, are not designated as organs of the Party and government to begin with; they seem to be more autonomous.

Perhaps inspired by these well-known publications, hundreds of regional and local newspapers and magazines (e.g., Southern China Times, Dahe Daily, etc.) have added new pages for investigative reports, news reviews, and commentaries on public affairs, trying to expand the boundaries of freedom of expression. Even radio and television broadcasting has begun to follow such examples. As competition is getting increasingly furious, media are eager to get close to common people and inquire into real life and search out the truth. Every now and then, they report sensitive news events and comment on sensitive public issues. By doing so, they provide more and more space for various social groups to articulate their needs, demands, interests, and policy preferences, and help turn people’s concerns into public issues, thus contributing to the country’s recent changes in policy, law, and institutions.

The Rise of the Internet

The competition the mass media faces comes not only from within the traditional media, but also from such burgeoning media as the internet, mobile phone short message service, and so on. In particular, the rapid growth of internet use has forced traditional media to change their conventional ways of disseminating news and information and to provide more room for discussing public affairs. It has been less than fifteen years since China was officially connected to the internet, yet “explosive” may be the proper word to describe the growth of internet use in the country. In early 1997, China had barely 620,000 internet users. By July 2007, the number had soared to 162 million, an astounding leap by any standard.

More to the point, the upsurge shows no signs of slowing down. Before 2000, there were virtually no network media in China since internet users numbered no more than 10 million. This situation began to change in 2001, when China’s internet population reached 25 million. In 2002, when the internet population exceeded 45 million, public online discussion increased dramatically. In 2003, when the internet population rose to 70 million, online public opinion flourished. A series of cases, including the pornographic video case the Liu Yong case the Huang Jing case the BMW car case the case of a Japanese group whoring in Zhuhai the Beijing-Shanghai high speed railway case and the Sun Zhigang case triggered widespread public debate in cyberspace. No wonder that 2003 was deemed “the year of online public opinion”. Since then, the internet has become a primary channel for the public to send messages, express ideas, and comment on public affairs, and vent their spleen. At present, online public opinion is exerting more and more influence on the public agenda setting.

Compared with traditional media, the internet is characterized by four distinctive features. Every person is a potential information provider; the number of potential information providers is in the millions rather than in the hundreds or thousands; information flows in more than one direction; and information can reach every corner of the earth instantaneously. As these features make it extremely difficult to manipulate information dissemination, Chinese netizens now enjoy more freedom of expression than ever before and therefore acquire more say in governmental activities.

Characterized by publicity, openness, interactivity, diversity, and instantaneity, network media have changed the logic of the public agenda setting. In the era of traditional media, the public agenda was set all in all by a small bunch of media agencies. The government had little trouble dominating agenda setting since controlling these agencies was fairly easy. However, things are different in the time of the public network: through interactions, netizens are capable of turning what they (rather than media agencies) deem important into part of the public agenda. For example, through discussion in cyberspace about a series of cases (including the BMW car case, the Sun Zhigang case, migrant workers demanding payment of their salaries, unsuccessful medical reform, Professor Lang Xianping’s criticism of the state-owned enterprises reform), online public opinion demonstrated how powerful it was in influencing public agenda setting. Netizens were outraged by those cases because all of them violated the principle of equity and justice that people cherished.

As the net has become an important channel of public expression, the highest leadership is paying more and more attention to it. For instance, both President Hu Jintao and Premier Wen Jiabao admitted that they had learned from internet sources about public opinion during the outbreak of SARS in 2003. The Fourth Plenary Session of the Sixteenth CCP Central Committee held in September 2004 decided that “much attention should be paid to the influence of some new media like the internet on public opinion.” The great concern of the high leadership with online public opinion indicates how influential network media have become.

Of course, network media are by no means pitted against traditional media. On the contrary, they are complementary. When an issue becomes the focus of netizens’ attention, traditional media will probe the issue and provide in-depth reports. Likewise, reports by a traditional media agency about an individual event may set off intense debate in online forums and rapidly elevate it to the public agenda. In most situations, network media and traditional media interact with each other. It is often difficult to judge which is the initiator. The Sun Zhigang case is a typical example of such interaction. On March 20, 2003, Sun Zhigang, a young man from Hubei Province, could not show his proper identification document and was beaten to death at the Guangzhou Detention Center. At the end of March, a media-major postgraduate student in Beijing exposed this case on an online forum, Peach Flower Port <www.xici.net/b280834>), maintained by a well-known BBS provider, Xici Lane <www .xici.net>).

Peach Flower Port is a cyber club where media professionals all over the country often meet together. Learning of the case from this online forum, Chen Feng, a reporter with the Southern Metropolis News, and his coworkers decided to interview Sun’s relatives and the authorities concerned, the result of which was the Southern Metropolis News’s report of the case on April 25. Other papers soon reprinted the report. By this time, the number of China’s netizens had topped 70 million. With the help of the internet, the Sun Zhigang case became a household topic everywhere in the nation in no time and caused a strong response online (Chen, 2005). The furious public reaction to this case placed continual and powerful pressure on the government to do something. Eventually, the State Council decided, on June 20, to abrogate the custody and repatriation system altogether. Had the internet not existed, the case might have emerged and then faded out quickly like previous happenings of the same kind.

To the best of our knowledge, there was no precedent in China nor elsewhere in the world for an interaction between network media and traditional media that resulted in such a quick nullification of an administrative system that had been in place for more than forty years. The Sun Zhigang case perhaps qualifies as a “focusing event,” but it is somewhat special. In most cases, it tends to take longer for public opinion to alter the public agenda and then to change the policy agenda. By comparing the issues put on the public agenda (including the three agricultural problems, migrant workers, household registration reform, compulsory education, public health, medical security, etc.) and government policy adjustments in recent years, we may establish a clear line of close connections between the two. In almost all policy areas, public criticism of the old policies tends to appear three to five years earlier than policy adjustments. That the former contributes to the latter is beyond doubt.

At first, the public aimed its criticism at some specific policies. As debates went on, people came to realize that the faults with those policies could be traced back to the general policy orientation—“efficiency first”—adopted by the central government It was this misguided policy orientation that led local governments to strive for high growth of GDP at any price. Hence, in recent years, the network and traditional media often aired sharp criticism of the “efficiency-first” principle. The central government was pressured to respond. To cushion the criticism, the Sixteenth National Congress of the CCP in 2002 tried to reinterpret the expression of “efficiency first, fairness valued (giving priority to efficiency with due consideration to equity)” and reformulated it as “more attention should be paid to efficiency in primary distribution, but to fairness in redistribution”.

Yet, the widening gap between rich and poor put people on alert: the problem of unfairness in primary distribution (for example, the income gap between bosses, managers, and employees) also needs to be solved. Redistribution through taxation and government expenditure alone was barely enough to narrow the income gap. The expression “efficiency first, fairness valued” was maintained, but substantially modified by the “humanist and scientific view of development” at the Third Session of the Sixteenth CCP Central Committee in October 2003. This catch phrase was finally rejected by the Fourth Session of Sixteenth CCP Central Committee in September 2004.

Adopted by the Fifth Plenary Session of the Sixteenth CCP Central Committee at the end of 2005, “Suggestions of the CCP Central Committee on the Formulation of the Eleventh Five-Year Guidelines on National Economic and Social Development” seemed to have gone further, demanding that China should “promote social equity and enable all the people to share the benefits of reform and social development”. This is a historic leap from “no development, no surviving,” “allowing the early bird to catch the worm (encouraging some people to get rich first through honest labor and legal management),” and GDP worship, to “humanism,” “shared prosperity,” and “building a harmonious socialist society. “Without the public’s questioning of the “reform,” without animated debate over public policies among new and traditional media, and without the strong public call for reorienting China’s reform, such a great transformation in policy orientation would be unimaginable.

Summary

The six models of policy agenda setting coexist in various degrees in China today. Compared with the Mao Zedong and Deng Xiaoping eras, the legacy of strongman politics has almost disappeared. As the influence of policy researchers, experts, media, stakeholders, and ordinary citizens on agenda setting increases, the closed-door model and the mobilization model have become largely obsolete, the inside access model a normal practice, the outside access model and the reach-out model occasionally observed, and the popular-pressure model frequently used.

This study suggests that today the public is not an ignored bystander but is seriously involved in the agenda-setting process and that there is an impressive congruence between the priorities of the public and the priorities of the Chinese government. In the ruling party’s terminology, agenda setting “is becoming a more and more scientific and democratic process”; or in Wen Jiabao’s words, agenda setting “emphasizes solutions to major problems, either relevant to the grand strategy of the country’s social-economic development or of deep concern to the mass public” (Wen, 2006). Although the political process in China has yet to become as scientific and democratic as desired, the logic of Chinese politics has nevertheless been undergoing fundamental change. These profound changes in Chinese politics cannot be properly appreciated from the peephole of authoritarianism. Like a “dog-skin plaster” used by quack doctors in traditional China, “authoritarianism,” a concept imported from the West, has been randomly applied everywhere in the past century. Chinese politics has always been so described, from the late Qing dynasty to Yuan Shikai, the warlords, Chiang Kai-shek, Mao Zedong, Deng Xiaoping, Jiang Zemin, and now to Hu Jintao, irrespective of the earth-shaking changes in between. The term is so absurd that it serves more as an ideological curse than as an instrument for academic analysis. It is the time for researchers to forsake such nonsense once and for all.

 

China’s Environmental Crisis

Interview with Dale Wen[7]

How serious is the environmental crisis in China?

The environmental crisis in China is dead serious. For example, the ground water table of the North China plain is dropping by 1.5 meters (5 feet) per year. This region produces 40 percent of China’s grain. One cannot help wondering about how China will be fed once the ground aquifer is depleted.

What in your view are the three most serious environmental crises being faced by China at this point?

Water pollution and water scarcity; soil pollution, soil degradation and desertification; global warming and the coming energy crisis.

What in your view is the role of western TNCs in the current environmental crisis?

Taking advantage of lagging implementation of environmental laws in China, many western TNCs have relocated their most polluting factories into the country and have exacerbated or even created many environmental problems. For example, Pearl River Delta and Yangtze River Delta, the two Special Economic Zones where most TNC subsidiaries are located, have the most serious problem of heavy metal and POPs (persistent organic pollutants) pollution.

Some people say that the problem is capitalism? Do you agree?

Capitalism is certainly a big contributor that we have to address. But it is not the only factor-we should not forget that the former Soviet Union also had a dismal environmental record. A critical view of developmentalism needs to be fostered by progressives to address the environmental crisis.

Is the resolution of the environmental crisis dependent on democratization in China?

Not necessarily. With the type of representative democracy that exists in western countries, the rich and powerful can always manage to externalize the environmental cost to the poor and voiceless-this is a major problem of the US environmental movement. The prevalent « not in my backyard » approach often results in relocating of pollution and environmental devastation instead of addressing the real problems. So I do not think the US-style democracy can help to solve the environmental crisis in China. A true participatory democracy may help-as everyone will have a say, including the victims of ecological destruction. Social democracies in northern Europe work better than US model and are much closer to a true participatory democracy, but they also have much less population and resource pressure than China, thus copying that model directly will not be an easy way out. China will have to develop its own inclusive political system according to its own history and culture. The current leadership is emphasizing « the harmonious society » and « sustainable development ». While the details of these phrases still need to be spelled out, I think it is a good start.

Western environmentalists criticize Chinese for reproducing Western lifestyles that have a heavy impact on the environment? What can you say about this?

The criticism is right on target, as the rapid adoption of Western lifestyles by China’s elites is a sad reality. But we should not forget why it is happening–the mainstream West (including the governments, the media and even some NGOs) has fiercely encouraged the middle class mentality and lifestyles in China, as they think these are the basis for western type of democracy. Western environmentalists would be more convincing to their Chinese audience if they also criticized the lifestyles in their own country and the influence of the West in spreading such lifestyles.

What does China’s « New Left » have to say about the environment?  Do they have a program of environmental regulation?  What are the key points of this program?

As China’s « New Left » refers to anyone who disagrees with the neoliberal orthodoxy, so they do not have a unified voice about the environment yet. Some New Left scholars, like Wang Hui, Huang Ping and Wen Tiejun, have written extensively against developmentalism and are active participants in China’s emerging green movements. However, other New Left scholars assume that once the equality problems are addressed, the environmental issues will be automatically solved.  This is a position I disagree with.  The combination of green and red perspectives will be a challenge for China’s New Left, as it is for many progressives in other parts of the world.

China is the second biggest emitter of greenhouse gases in the world. Should China be subjected to mandatory limits for greenhouse gas emissions under a new Kyoto Protocol?

I think that under a new Kyoto Protocol, greenhouse gas emission quotas should be allocated on an equal per capita basis, and all countries should be subjected to such mandatory limits under a cap-and-trade arrangement. While some may object that such a program reward over-population in the developing countries, we should not forget that current quota allocation according to previous emissions rewards big emitters (i.e. developed countries) who have created the global warming problem at the first place. As a compromise, we can use current or 1990 population for quota setting, then an equal per capita quota system, which would discourage both population growth and greenhouse gas emission. Another issue is that in this age of transnational corporations, the boundaries of nation states are blurred. For example, if a forest in Indonesia is cut to supply Chinese factories set up by US companies, and the finished goods are exported to satisfy western consumers, who should be responsible for the GHG emissions in the process? I think the end-consumers should bear most responsibility.

 James Lovelock, the environmentalist of Gaia fame, has advocated adoption of nuclear energy as part of a strategy to counter global warming. Do you think nuclear might or should be part of China’s alternative energy program?

I do not know enough about the pros and cons of nuclear energy to answer this question directly. But I think there are many proven, environmental-friendly, cost-effective and less-controversial technologies already available-including energy efficiency, wind power, bio-gas digester (using human/animal wastes and agricultural leftovers), solar cooker, solar heater, etc. And China is the world leader in some of these technologies (e.g., bio-gas digester and solar heater). I hope all these proven and safe technologies would be significant parts of China’s alternative energy program before we get dependent on nuclear energy.

What do you think about the environmental movement in China? How independent are the environmentalists from the government? How effective are they?

The environmental movement in China is growing very fast. It has great potential and faces a big challenge at the same time. Most environmentalists are quite independent from the government, but they are not independent enough from their western funders-financially, and more importantly, ideologically. In my opinion, this is the big bottleneck that limits their effectiveness. They need to break out of their middle-class cocoon to reach the larger public.

 Environmental organizing was a training ground for democracy in Eastern Europe in the eighties. Do you think that might be the case in China as well?

I do not know enough about the real situation that existed in Eastern Europe. From the limited information I have, environmentalists and their ideas were pivotal in bringing about change.  But from what happened afterwards, I am not even sure whether this was a change for the better. Since the 1990s, materialism and consumerism have swept across the land, and environmentalists have been marginalized. I have heard that some environmentalists there are quite bitter about this or even feel that they had been used in the eighties-what they wanted was a more humanized socialism instead of the unchecked capitalism of today. I certainly DO NOT want to see all this replayed in China. As I mentioned before, China needs to develop its own inclusive political model according to its own history and culture.

What is your own alternative ecological and economic path for China?

Personally, I would like to see an alternative that combines social justice and ecological sustainability: some kind of ecologized socialism, or ecologized social democratic system. Another important task for the progressive left is to reclaim the spiritual and religious sphere. This is a challenge for all progressives around the world. Those who are already engaged in the task, including diverse interfaith efforts in the west and liberation theology in Latin American, can be an inspiration for many of us. As someone spiritual, but not religious, I think traditional left ideology such as Marxism has emphasized too much on material production, and this has actually facilitated the prevailing developmentalism and consumerism in the 20th century, and it has surrendered the religious and spiritual realm to the right. Secular materialism is not the right thing to combat religious fundamentalism, which is rising in the world. We need to cultivate and promote a healthy and tolerant spiritual life to forge the way forward. As some Achuar Indians say, the problem with the west is that people there get their dreams wrong. The indigenous peoples and many land-based peoples the developing countries a still have a strong spiritual connection with the land and environment, and we need to learn from them.  For Chinese, we should reexamine and relearn some positive aspects of our traditional culture including Confucianism, Daoism and Buddhism, as well as learn from the rest of the world.

You are unique in that you are an expatriate Chinese that nevertheless cares about the future of China a lot and holds progressive views that is critical of both the Chinese government and the US. Are there other people like you here in the US? What would you advise other Chinese expatriates? And do you think the Chinese government will listen to you?

There are other people like me here in the US, but we are certainly a small minority. For other Chinese expatriates, my advice is: « The US is not the whole world, and the middle class people we normally interact with is only a small part of the world population-it even does not represent the majority of those who grow and pick our food in US. So get in touch with reality, get more informed, do not take your middle class experience in US for granted and try to impose that on China. » I do not know if the Chinese government will listen to me, but I hope that it will judge my ideas according to their content instead of my expatriate status. More importantly, I hope the government will listen to the grassroots people more. One problem in the reform era is that the government has listened to the elites (technocrats, intellectuals, expatriates, foreign experts, etc.) too much and has gotten disconnected from the majority of working people. There have been some positive indications in the last two years that the government is responding more to people’s need. I hope this trend will continue.

 

How confident are you that China will change course before it is too late?

 

It is not only China that has to change course, but other countries as well. Some problems, like global warming, seem so severe that even our best efforts may only mitigate them in the near future. Any solution will require long and hard work, and this holds for China as well. These problems have been known for some time without being adequately addressed, but it is better late than never, and we should all hope and work for the best.

 

Worker protests in China

China Labour Bulletin

February 2014

From the beginning of June 2011 to the end of December 2013, China Labour Bulletin recorded 470 strikes and protests by factory workers across the country. This represented 40 percent of the 1,171 total number worker protests recorded across all sectors during that period. As expected, the bulk of the China’s factory protests occurred in the manufacturing heartland of Guangdong, and especially in the Pearl River Delta area. There were 267 incidents in Guangdong, some 57 percent of the total. Factory protests were also concentrated in the coastal provinces of Jiangsu, Zhejiang, Shandong and Fujian with 40, 35, 19 and 16 incidents respectively. Despite the relocation of many factories to inland provinces such as Henan and Sichuan, there is little evidence that the pattern of labour unrest seen in the coastal provinces is being replicated inland just yet. CLB recorded just eight incidents in Henan and six in Sichuan. Moreover, several of these incidents were related to the restructuring of state-owned enterprises rather than the issues normally seen in privately and foreign-owned factories in the coastal regions. However, it is important to note that Guangdong might be over-represented in this dataset partly because of the frequency and intensity of traditional media coverage of labour disputes in the province as well as the familiarity and expertise of workers in Guangdong with social media, which has allowed their disputes to gain the kind of attention protests in other provinces may not receive.

The main demands of striking factory workers

The most common demands of workers during these protests were clearly related to the economic problems in the manufacturing sector discussed in Chapter One. Demands for compensation (following mergers and relocations), wage arrears and pay increases, for example, accounted for about three-quarters of all the demands recorded on the strike map, while many other demands were related to the cost-cutting measures adopted by factory managers, such as the reduction of benefits, subsidies and allowances and the non-payment of overtime. One of the most notable aspects of the compensation demands made by workers in this period was that, in many cases, they asked for a higher rate of compensation than that mandated by the Labour Contract Law, which states that employees who are laid off should be compensated one month’s salary for every year of service. If employees decided not to move with the company to a new location they would often demand the “market rate” for lay-off compensation, which could be double the legally mandated rate or even higher. Moreover, even if they were not leaving the company, workers sometimes still demanded compensation for moving to new premises, a change of business ownership or simply as a bulwark against possible future lay-offs or changes in pay and conditions. Although wages for factory workers have increased by around 50 percent on average since mid-2010, it is clear that for many production line workers, wages are still far too low. CLB recorded 121 demands for pay increases from factory workers in this period, many earning not much more than the local minimum wage. In most cities in China, the minimum wage is only about a quarter to a third of the average wage in that city. Under China’s current Five-Year-Plan (2011–15), the minimum wage is set to increase at an average rate of 13 percent a year and eventually reach 40 percent of the average wage in each region. However, the latest job data shows that pay increases in the manufacturing sector are actually slipping further behind those in higher paid sectors such as finance and technology. Another important factor in the pay disputes logged by CLB is the wage disparity among ordinary workers, senior staff and managers. Largely because of their own low pay levels, production line workers are acutely sensitised to any move that might increase the already substantial gap among them, senior employees and managements.

Organizing and social media

As in previous years, the majority (57 percent) of strikes and protests had between 100 and 1,000 participants. This appears to be the optimal range for organizing strikes: If there are fewer than 100 participants, workers can be more easily pressured by management and or government officials to return to work. Strikes with more than 1,000 workers on the other hand can be more difficult to organize and sustain. However, some 19 percent of the protests by factory workers did have more than 1,000 participants, including some with up to 8,000 workers.

The ability of workers to organize strikes and protests, especially at larger factories, was enhanced considerably during this period by the rapid development of social media and messaging platforms such Weibo and WeChat, and the widespread availability of cheap, no-brand smart phones, which often function just as well as more expensive iPhones and Samsung models..Sina Weibo had about 600 million registered users at the end of September 2013, although the number of active users was only about ten percent of that. The majority of factory workers may not be very active on Weibo and WeChat but they can at least use these tools to keep in touch with their colleagues and stay up to date with the latest developments in the strike or dispute at their factory. Workers who are active have proven themselves highly adept at using mobile social media tools to not just to organize protests but ensure that they come to the attention of the public, the traditional media and local government officials.

Protecting worker representatives

The question of how to protect worker representatives from management reprisals was one the key issues for factory workers during this period. Although many strikes and protests were at least partially successful, in that the bosses made some concessions or went some way to meeting the workers’ demands, employers could just as easily a take tough stand against workers during the dispute or more commonly retaliate against the strike leaders once the employees had returned to work. It is important to note here that although it is not illegal to go on strike in China, the right to strike is not protected under the Constitution and employers can often use the provisions of the Labour Contract Law to dismiss strike leaders. For example, Article 39, Paragraph 2 of the Labour Contract Law stipulates that employers can terminate the labour contracts of those who seriously violate company regulations.

Outside the factory

Although protests by factory workers tend to get the most attention both inside China and internationally, the majority of worker protests still occur outside the factory, most notably in transport, construction, retail, education and other services. While these protests do bear some similarities to those by factory workers, they also have their own distinct causes and characteristics. China Labour Bulletin recorded 306 strikes and protests by transport workers between June 2011 and the end of December 2013. Around 60 percent of those incidents involved taxi drivers.

Teachers

Teachers in well-established government schools in major cities can earn a reasonable salary and do not have to worry too much about wage arrears. However they often have to work long hours and supervise students’ extracurricular activities with no overtime payment. The situation in many smaller, less economically developed towns can be a lot worse. Teachers are often poorly paid, especially when compared with civil servants and other public employees with the same experience and qualifications, and can go several months without being paid at all. Many teachers are reluctant to strike in order to resolve their grievances because of the impact such action would have on their students. However, the lack of an effective teachers’ union and the absence of any effective channels of communication between teachers, school administrators and government officials often means strike action is the only way teachers can get their voices heard. CLB recorded 69 teachers’ strikes in the period covered by this report, two thirds of which included demands for higher pay and or the payment of wage arrears

The evolution of labour rights groups in Guangdong

Non-governmental organisations (NGOs) that promote and defend workers’ rights have become a key part of China’s burgeoning civil society, particularly in the south-eastern coastal provinces where migrant workers are heavily concentrated. Labour NGOs have traditionally offered camaraderie and practical support to migrant workers, in a sense, providing them with a home away from home. Their main work effort revolved around legal support for workers whose rights had been violated and/or who had been injured at work. Through lectures, workshops and publications, labour NGOs provided migrant workers with information about their rights under the law, occupational health and safety, job search techniques, tips for urban living and health issues for women workers etc. When resources allowed, some organisations also provided workers with simple vocational skills training. An important element of their work was organizing cultural and recreational activities that helped bring workers from different regions of China and different factories closer together – not just in the same room but towards a common end. While this approach may have been appropriate in the 2000s, the development of the workers’ movement in China over the last few years has meant that labour groups have had to adapt in order to keep pace with the new collective demands of workers. Encouragingly, several labour NGOs in Guangdong are now moving away from the traditional approach of just helping individual workers towards a more collective focus, providing workers with strategic advice on collective bargaining and maintaining solidarity in the face of management hostility.

The emergence of a new working class in China

During the era of state-planned economy, China’s workers were portrayed as the “leading class” and “masters in their own house.” However, such depictions had more to do with political ideology than economic reality. The relatively small number of workers in China’s cities generally did have stable jobs and reliable benefits but these were essentially gifts bestowed by the state and the threat of withholding such gifts was enough to control the workers. Today, after 35 years of economic reform, the picture is very different. No one would dare to pretend that workers are China’s “leading class:” That position has been usurped by big business and corrupt government officials. However, China does now have a strong and increasingly active working class, one that cannot so easily be controlled by the state. Spearheaded by young men and women from the countryside, who under the old system would not have even been classified as workers, China’s new working class is not at all interested in political rhetoric, it is focused instead on basic social and economic rights; earning a living wage, creating a safe work environment and being treated with dignity and respect by the employer.

All too often, however, workers are confronted with authoritarian and exploitative managements who deny them even these basic entitlements. The lack of an effective trade union, and the absence of any permanent mechanism for collective bargaining in the workplace, leaves workers with no option but to go on strike, work to rule, or stage protests and demonstrations in order to get their voices heard. However, it is precisely these collective actions that help foster a greater sense of unity and solidarity among the workers, and in turn change both the way workers see themselves and the way management sees them. Younger workers in particular no longer see themselves as mere isolated individuals, strangers in the city who have no choice but to keep their heads down and earn a little money before returning home. Rather, they see themselves as a collective force, a part of the city where they work and not apart from it. Workers know that by coming together and staying united they can put much more pressure on their employer not only to make concessions on their specific demands but more importantly to see their employees less as subjects to be dictated to and more as a distinct interest group that has to be respected.

Importantly, China’s new working class is increasingly engaging with civil society. Labour rights groups have played a vital role in guiding workers through their disputes with their employers, discussing what collective bargaining strategies to employ, how to respond to setbacks, and how to maintain solidarity and support their representatives. Labour rights groups are at the forefront of the development of collective bargaining in China, both on the ground and in disseminating the results and lessons learned to a wider audience. The rapid development of social media in China over the last three years has given workers and civil society organisations a much broader voice. Workers are shaking off the image of poor, exploited individuals and emerging as an active, dynamic and unified group capable of taking action to help itself. And in so doing they are gaining more support from ordinary members of the public who can identify with their struggle.

The Chinese government struggles to respond

When the new leadership of the Chinese Communist Party took over at the end of 2012, it inherited a crisis of legitimacy. The economy was slowing down, the gap between the rich and the poor was growing at an alarming rate and corruption among government officials was at an all-time high. General Secretary Xi Jinping and his colleagues knew they had to move the economy on to a more stable and sustainable footing, crackdown on the worse excesses of corrupt officials and find some way of allowing ordinary people to share in the benefits of China’s much vaunted “economic miracle.” The Party and government have in the past attempted to boost domestic consumption in China by raising the minimum wage but this has been largely ineffective because most adjustments only keep up with the cost of living. Moreover the government-mandated minimum wage can actually limit the pay increases workers might otherwise get because employers see it as the state-set basic wage to pay all low-level employees. Just about the only way workers can get a real pay rise is by going on strike and demanding more. As a result, local authorities often end up getting dragged into disputes that could and should be resolved by talks between labour and management. This is a role local authorities are singularly ill-equipped to handle. They lack the staffing, the expertise, as well as the financial resources to successfully intervene or mediate every time workers strike. Sometimes the authorities try conciliation and urge labour and management to come to an accommodation, on other occasions they adopt a hard-line approach and detain worker activists. But whatever attitude they take, nothing really seems to change. Government officials increasing recognise that running around trying to put out fires is not a long term solution to the problems endemic in the workplace. Many officials understand the need for a mechanism to resolve labour disputes in-house and the need for the official trade union to play a far more proactive and pro-worker role in the disputes. Thus far, however, attempts to rouse the All-China Federation of Trade Unions from its slumber have had little impact. Even when Xi Jinping summoned the new leaders of the ACFTU to Party headquarters in Zhongnanhai and told them face-to-face that China’s workers deserved better, the ACFTU responded with its usual jargon, platitudes and archaic rhetoric while basically ignoring the issue at hand. It was not that the ACFTU was defying the Party but simply that it did not know how else to respond.

 

[1] Extract from an article published by Monthly Review Volume 64, Issue 10, March 2013.

[2] From Shifting Power, Critical Perspectives on Emerging Countries, TransNational Institute, 2014.

[3] Published in New Left Review 81, May-June 2013

[4] Michael Pettis, The Great Rebalancing: Trade, Conflict, and the Perilous Road Ahead for the World Economy, Princeton University Press: Princeton 2013

[5] Extract from an article published in Modern China Volume 34 Number 1January 2008; 34; 56

[6] Wang Shaoguang (PhD in Political Science from Cornell University in 1990) is a chair professor in the Department of Government and Public Administration at the Chinese University of Hong Kong, a Changjiang Professor in the School of Public Policy and Management at Tsinghua University, and the chief editor of The China Review, an interdisciplinary journal on greater China.

[7] Interview conducted by Walden Bello, Focus on the Global South, < http://focusweb.org/node/1097 >. Born and raised in China, Dale obtained her PhD from the California Institute of Technology. Currently an associate of the International Forum on Globalization (IFG), she worked in Silicon Valley’s high tech industry before moving to non-profit work. She travels frequently to China, where she maintains close ties with China’s emerging civil society.

 

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CAP-NCS <![CDATA[LA GUERRE QU’ON NOUS FAIT]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14656 2015-03-04T14:27:42Z 2015-03-04T12:56:01Z Nous refusons l’appauvrissement humain, social, politique et intellectuel que l’offensive antisociale appelée austérité fait subir au monde, lui donnant ce visage patibulaire, cynique, servile, tout juste navré, médiocre, un brin sadique.

Cette offensive menée pour satisfaire les intérêts des élites économiques vise à soumettre, secteur par secteur, les personnes et les choses au règne contraignant de la marchandisation et du profit tout-puissant.

Depuis longtemps mise en œuvre, cette révolution conservatrice est avant tout une guerre menée contre les mécanismes collectifs de redistribution des richesses, de mise en commun des ressources pour faire face aux aléas de la vie. Même imparfaits, même incomplets, les services publics sont les arrangements minimaux de solidarité qui témoignent d’un souci collectif pour une vie juste. Et pour défendre cela, nous sommes prêts à nous battre.

Dans notre domaine, celui de l’éducation, une telle révolution procède par l’instrumentalisation des savoirs, de l’enseignement et de la recherche, arrimés de plus en plus entièrement aux seules exigences toxiques, mortifères, de l’accumulation et de l’optimisation.

L’introduction, en force et partout, de techniques et mesures managériales, adossées au grand calcul néolibéral, ratatine l’éducation comme système et comme geste. Loin de cet appauvrissement, l’éducation que nous défendons consiste à soutenir l’aventure des esprits en train d’apprendre et d’interroger les réalités, et à assumer avec eux toute l’intensité affective et intellectuelle qu’elle engage.

Cette offensive généralisée s’attaque aux ressources et aux pouvoirs qui constituent nos milieux. Comme acteurs et actrices du monde de l’éducation (et nos camarades de la santé et des services sociaux en savent aussi quelque chose), nous ne cessons de constater les multiples atteintes aux temps et espaces où s’exercent notre autonomie professionnelle et notre collégialité.  L’exercice de notre responsabilité se rétrécit à mesure que croissent une bureaucratie managériale et ses instances de contrôle infantilisantes sous couvert de reddition de comptes débiles.

Dans la société tout entière, c’est l’ensemble des formes de l’action collective que l’austérité prend pour cible. L’action syndicale, autonome ou directe, la grève, les pratiques politiques contre-hégémoniques, hors de la scène parlementaire, sont de plus en plus marginalisées, criminalisées, suspectées (de radicalité notamment), méprisées, réprimées au nom de la protection d’un ordre des choses naturalisé, scellé, poli et policier, placé hors d’atteinte derrière des vitrines qu’on ne pourrait que lécher.

Cette neutralisation de notre capacité d’action participe d’un dispositif de dépolitisation qui tente de nous faire prendre pour des nécessités des décisions politiques. Cette affaire-là n’est pas banale.

Elle fait violence, symboliquement et effectivement, aux conditions mêmes du commun et de toute communauté : la politique, et son cœur, la conflictualité. La révolution dont l’austérité est le visage confine la politique à un terrain neutralisé, procéduralisé. Reste la forme aseptisée et infiniment appauvrie d’un système incarné par ses politiques professionnel-le-s.

Cette violence a ceci d’insidieux qu’elle impose les termes mêmes du débat par lequel nous essayons de la déplier pour nous en défendre.

Elle soumet le sens des mots à sa seule autorité et nous tire par la langue sur son terrain marketing où seule prévaut la relation de l’approvisionnement commercial. Même quand on prétend le protéger, le citoyen n’est qu’un « client ». S’efface dès lors la portée politique de ses exigences. Si le mot chien n’a jamais mordu personne, la langue du pouvoir, au contraire, performe directement une guerre contre cette autre richesse mise à mal : les idées et les langages servant à dire la complexité du monde.

L’austérité est donc un appauvrissement intérieur, où dominent la crainte des sanctions et la faim des récompenses, le stress et l’insécurité sociale, la peur de l’avenir et la peur de l’autre, peur bleue – peur rouge – peur blanche.  État d’esprit assiégé, redoutable producteur d’impuissance et de docilité. Les êtres par lui créés seront faits sur mesure pour un système libéral paternaliste. Un système où les formes mêmes de notre présence au monde sont captives, où l’audace, la création et l’invention voient détournées leurs forces éruptives au profit de la rengaine plate de l’innovation.

Ne reste alors qu’à devenir un bon entrepreneur de soi, à mesurer la valeur de sa vie à l’aune de ses biens, de ses placements et de ses investissements, à voir en l’autre au mieux un partenaire, au pire un compétiteur dans l’infernale roue de fortune néolibérale.

Également compromise avec la violence faite aux territoires et à leurs composantes naturelles, l’austérité est la face coupante d’un abandon de la richesse commune de notre géographie à des projets de transport et d’extraction (de pétrole notamment) écocidaires, autant de désastres toujours déjà là et que rien ne pourra réparer. Pour le néolibéral austère comme pour l’homme blanc dont parlait le chef Seattle il y a plus d’un siècle et demi, la terre est un ennemi à piller; lorsqu’il l’a conquise et exploitée, il va plus loin; il l’enlève à ses enfants et cela ne le tracasse pas; son appétit la dévore et ne laisse derrière lui qu’un désert.

En fait, c’est l’ensemble du territoire humain et social, et tout ce qui fait la valeur de la vie, sa véritable richesse, c’est tout cela qui est ainsi traité comme un corps malade à assainir, un budget à compresser.

Et puis des ruines, d’où l’on tire les diamants noirs des millionnaires s’adonnant à l’évasion et l’évitement fiscaux.

La charge dont austérité est le nom euphémisé, c’est la capture de nos existences par le travail, toujours plus de travail, qui consume le cœur de nos vies et le temps de nos meilleures années. Elle vole les jours que nous ne passerons pas à vivre, à bien vivre ensemble, à prendre soin les uns des autres, à aimer, à discuter, à mettre bout à bout nos solitudes, à inventer des manières nouvelles de faire, de dire, de fabriquer, de penser.

La guerre qu’on nous fait se réfracte dans tous les espaces de nos vies.

Elle plie nos rythmes et notre quotidien, ses gestes et ses heures à ses obligations. Elle nous frappe toutes et tous, nous sépare des territoires communs que nous essayons d’habiter pour les ouvrir aux dispositifs de l’extraction pour le profit privatisé.

Nous refusons les névroses du tout-marchandise et son angoisse sociale.

Nous refusons le peu où on nous réduit.

Nous refusons notre réification triple de contribuable-consommateur-majorité silencieuse.

Nous refusons la grande honte de vouloir la vie bonne pour toutes et tous.

Nous nous organisons.

C’est ici que croît la rose, c’est ici que nous dansons!

 

Profs contre la hausse

2015/02/27

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CAP-NCS <![CDATA[Résister, construire et vaincre]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14643 2015-03-02T13:01:39Z 2015-03-02T12:47:57Z Programme intercoll final 24 février-1Intercoll

Intercoll vise à créer un espace ouvert où des mouvements populaires, des militants et des intellectuels, tous et toutes engagés dans des luttes concrètes et quotidiennes, contribuent à construire et à renouveler les cadres d’interprétation et de dénonciation des injustices, à toutes les échelles – locales comme globales. L’objectif est également de développer des alternatives économiques, sociales, politiques et écologiques qui permettent de repenser le monde selon les chemins de l’émancipation et de la solidarité. De tous ces efforts partout sur la planète émerge peu à peu un nouvel « intellectuel collectif » (dans le sens de Gramsci et Bourdieu) qui cherche à dépasser les frontières entre les mouvements et les réseaux de recherche et d’éducation populaire.

Entre-temps, du côté des dominants, une puissante restructuration est en cours, où se creusent les écarts entre le 1 % et les 99 %, où l’injustice devient chaque jour plus flagrante et où sévit une « guerre sans fin » menée par les États-Unis et ses alliés subalternes du G7. L’impérialisme américain, confronté partout, tente de changer de forme : les confrontations armées mettent aux prises des forces internes au pays, en même temps que le réarmement s’accélère. Les pays dits « émergents », comme la Chine, l’Inde et le Brésil deviennent plus influents. L’Europe s’enfonce dans la stagnation. À une macro échelle, l’impasse dans laquelle se trouvent les élites est particulièrement visible dans les négociations sur les changements climatiques, les revendications des acteurs des révolutions arabes, ou encore face à la lutte pour l’accaparement des ressources en Afrique, en Asie ou en Amérique du Sud.

Pour autant, les mouvements persistent et s’entêtent, créent de vastes convergences et réussissent parfois à défier le pouvoir en, comme le disent nos camarades de Via Campesina en « mondialisant la lutte ». Cependant, bien que le mouvement altermondialiste ait démontré sa pertinence et son rôle historique, la bataille des idées est loin d’être gagnée – et la doxa néolibérale continue à irriguer l’action de la plupart des États.

C’est dans ce contexte que se situe l’initiative d’Intercoll. Ce n’est ni un projet « de plus » ni une tentative isolée. Nous nous situons dans l’héritage vaste, mais aussi complexe, des pratiques et théories de l’internationalisme. À travers le processus du Forum social mondial et des nombreuses convergences qui se produisent sur le plan local, national et international, notre projet s’insère dans une vaste dynamique où les débats viennent nourrir les luttes et les mouvements.

Pour nous joindre :

voices@voicescollective.net

http://www.intercoll.net/bdf/fr/pages/page-1.html

Le programme d’Intercoll mis en place pour le Forum social mondial de 2015 est le fruit d’une collaboration entre plusieurs groupes dont le CEDETIM (Paris), Les Nouveaux Cahiers du socialisme, Le Collectif FSM 20016 et Alternatives (Montréal) et la Fondation Hao Ran (Taipei).

Alter Chine

Plus de 60 ans après sa révolution, la Chine est devenue aujourd’hui une grande puissance en même temps qu’un site d’intenses confrontations sociales. De grands débats traversent en effet la société tout entière, l’État et ses institutions principales dont le Parti communiste, ainsi que les multiples réseaux locaux où s’articule une pensée originale, un altermondialisme « made in China ». Ce processus peu connu est dispersé aux quatre coins du pays à travers des expériences locales, des résistances éparpillées et une puissante « bataille des idées » dont quelques fragments seulement sortent du pays. En même temps, la société chinoise s’ouvre sur le monde par des échanges divers et des expérimentations communes autour des thèmes de la solidarité et de la justice.

Ateliers sur ce thème

La Chine en débat La Chine : superpuissance ou atelier du monde ? Qu’est-ce qui définit le « socialisme de marché » ?
La Chine des luttes Les luttes ouvrières et paysannes. Les expérimentations démocratiques dans les villes. Les enjeux environnementaux et les revendications citoyennes.
La Chine et le monde La Chine dans le Sud « global ». Les enjeux géopolitiques et les confrontations Chine-États-Unis. La Chine et les BRICS. La Chine en Afrique.

 

Impérialismes et anti-impérialismes aujourd’hui

Aujourd’hui, le « système-monde » est en crise. Cela dit, les impérialismes des États-Unis et de leurs alliés subalternes « gèrent » cette crise en aggravant la fracture sociale tant au nord qu’au sud pour déstabiliser les couches populaires et arracher ce qui avait été acquis par des décennies de luttes. En même temps, un peu comme un ours blessé, ces impérialismes deviennent erratiques, contestés par des puissances « en émergence ». Ici et là, surtout dans l’« arc des crises » qui traverse l’Asie et l’Afrique, des conflits contre des dictatures et des régimes d’occupation se superposent aux confrontations entre puissances impérialistes. Face à cela, de nouvelles vagues de résistances se déploient partout dans le monde. Des victoires changent le rapport de force. Il y a aussi des défaites provoquant des dislocations sociales et politiques. Tout est possible, entre le déclin du capitalisme mondialisé et l’irruption des peuples qui se battent pour la Pachamama et la solidarité internationale. Nous sommes, comme le disait José Marti, à l’heure des brasiers.

Ateliers sur ce thème

L’impérialisme aujourd’hui Quelles sont les stratégies pour stabiliser de nouveau l’hégémonie du capitalisme mondialisé autour de la financiarisation, de la marchandisation du vivant, de la relance de la course aux armements ? Le conflit entre les impérialismes traditionnels et les impérialismes « émergents » est-il inévitable ?
Guerres sans fin En quoi les stratégies impérialistes en cours se distinguent-elles de ce qui a été mis en place depuis 2001 ? Comment expliquer la dislocation en cours au Maghreb-Machrek et le « rebond » des dictatures depuis le printemps arabe  de 2012–2013 ?
Nouvelles résistances En quoi les mouvements anticapitalistes du  Nord  rejoignent-ils les luttes de libération du sud  ? Comment l’altermondialisme se conjugue-t-il à l’anti-impérialiste ?

 

L’avenir du Forum social mondial

 Depuis 2001, le Forum social mondial parcourt le monde afin de stimuler l’émergence d’une pensée contre-hégémonique, de favoriser les luttes et de promouvoir une culture politique de participation citoyenne. Partant du principe qu’un autre monde est nécessaire et urgent, le FSM se présente comme un espace de convergence des composantes multiples de la mouvance altermondialiste. Depuis l’accélération de l’histoire à travers la crise financière et l’aggravation de la guerre sans fin, le mouvement social rebondit à travers les Indignés en Europe, Occupy en Amérique du Nord et les mobilisations partout en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. Quelle peut être la place du FSM dans cette nouvelle reconfiguration des rapports de force ? Comment opérer le lien entre les nouveaux mouvements émergents et le FSM ? Comment le FSM peut-il permettre aux luttes locales de se renforcer mutuellement ? Quel est l’avenir du FSM et comment peut-il contribuer à la construction d’un monde plus juste, solidaire et durable ?

Ateliers sur ce thème

L’avenir du FSM Comment le FSM est-il en phase avec le mouvement populaire dans le monde ? Comment s’articulent les « anciens » mouvements populaires (comme les syndicats et les ONG) et les « nouveaux » mouvements populaires (coalitions, réseaux) ? Quelles sont les méthodologies permettant de renforcer ces articulations et ces convergences ?
Global Square Nos places publiques sont les hôtes de nos aspirations. On y lutte, on y crie les injustices, on y partage des possibilités et on y construit nos rêves. Le Global Square est un espace ouvert pour ceux et celles qui luttent pour un monde plus respectueux de l’humain et de son environnement, à travers des assemblées, des ateliers et des activités permettant de partager connaissances et méthodologies, agrémentées de rencontres spontanées, de musique et de créativité.
Les jeunes dans la solidarité sans frontières La mondialisation néolibérale a profondément polarisé nos sociétés. Les inégalités croissent, les limites écologiques sont transgressées et partout surgissent les contestations sociales. La jeunesse fait sa place et impose un changement radical, de toute manière inexorable. Elle le fait dans l’ouverture et la solidarité envers sa communauté et par-delà les frontières. Enfants de la mondialisation, il importe désormais pour elles et eux de devenir les bâtisseurs de l’autre monde.

 

 Programme organisé par Alternatives

 

Le Forum social des peuples : la solidarité pancanadienne en actionLe Forum social des peuples, qui s’est tenu du 21 au 24 août 2014 à Ottawa, fut un événement historique. Pour la première fois, des mouvements sociaux du Québec, du Canada anglais et des Premières Nations se concertaient afin d’unifier leur résistance au gouvernement fédéral de Stephen Harper. Où en sommes-nous six mois plus tard, à la veille d’une élection fédérale capitale ?
 Pipelines et pétrole sale : le frein québécoisLes mouvements sociaux québécois sont engagés dans une bataille vitale : bloquer le projet de pipeline Énergie Est qui vise à transporter, en passant par le Québec, 1,1 million de barils par jour de pétrole issu des sables bitumineux. Ce projet rencontre une résistance acharnée et de grandes mobilisations sont prévues au printemps.

 

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CAP-NCS <![CDATA[Antimilitarisme et anti-impérialisme aujourd’hui]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14612 2015-02-22T15:09:29Z 2015-02-27T13:16:30Z Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est en l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre comme la nuée dormante porte l’orage.

Jean Jaurès le 7 mars 1985

Le Haut commissariat aux réfugiés de l’ONU vient de l’annoncer : avec 51 millions en 2013, le nombre de réfugiés et personnes déplacées (IDP) est, pour la première fois, plus élevé que dans l’immédiat après la Seconde Guerre mondiale. Le XXIe siècle n’est pas cet espace pacifié dont rêvaient certains après la guerre froide, mais un monde de crises, de frayeurs, de militarisation et de guerres qui s’étendent en métastases.

Qu’est-ce qui menace la paix aujourd’hui? Les menaces globales de guerre n’ont pas disparu sur fond de crise écologique, de course aux ressources et matières premières et de nouvelles rivalités planétaires. L’ingérence impériale se maquille en « guerres justes », mais la paix ne serait-elle menacée que par l’interventionnisme unique des Occidentaux? Ou par le chaos engendré par la globalisation dans un monde beaucoup plus multipolaire? Par la désintégration sociale, politique, idéologique, cause de « nouvelles guerres » face auxquelles les forces de paix et progressistes semblent paralysées… Quels sont les rapports entre lutte pour la paix et luttes pour les droits politiques, économiques, sociaux, environnementaux? Les mouvements sociaux peuvent-ils contribuer à la pacification du monde et à la sécurité des humains?

 

Sarajevo, 100 ans plus tard

 

C’est donc avec ces questions que près de 2 500 personnes (d’Europe surtout, mais aussi des Amériques, du Moyen-Orient et du reste du monde) ont participé à Sarajevo (Bosnie Herzégovine) du 6 au 9 juin 2014 au Peace Event, une rencontre internationale organisée sur le modèle des forums sociaux, avec plénières, camp de jeunes, près de 180 ateliers et activités diverses[1]. Des débats ont été organisés autour de cinq thèmes : militarisations et alternatives, justice sociale paix et sécurité, culture de paix et non-violence, images de l’ennemi, réconciliation et questions du passé, questions de genre et femmes pour la paix. Plusieurs réunions internationales avaient lieu parallèlement : conférence sur les femmes en guerre 1914–2014, séminaire sur la sécurité humaine dans les Balkans, réunion de collectivités locales pour la paix, etc. La situation dans certains points chauds du monde était abordée : Syrie, Palestine, Ukraine…

Nous étions à Sarajevo un siècle après l’attentat qui a enclenché la Première Guerre mondiale. Loin des « commémorations » abstraites commanditées par l’Union européenne et quelques-uns de ses États membres, il s’agissait pour les participants au Peace Event d’affronter les réalités. Comprendre les conflits d’hier et leurs conséquences (notamment le cas de cette ancienne Yougoslavie, théâtre des dernières guerres européennes) et les conflits d’aujourd’hui. Échanger informations et analyses sur les menaces globales et locales, les succès et les échecs des mouvements sociaux et des actions non violentes, les moyens de préserver la paix et de défendre sécurité humaine.

Mais d’abord de quelles guerres parle-t-on?

 

Guerres globales et nouvelles guerres « de dislocation »

 

Jusqu’au début des années 1990, la lutte pour la paix consistait, à l’échelle mondiale, à résister à la menace de guerre est-ouest et sa course aux armements, et combattre les guerres faites aux peuples dominés. Entre 1945 et 1989, quelles que soient les causes de conflits en cours à l’intérieur d’un pays ou d’une région, la tendance était à la « polarisation » de ces conflits selon les axes est-ouest (camp « socialiste » contre « impérialiste ») et nord-sud (la lutte « nord-sud » du peuple vietnamien contre la domination coloniale devenait aussi une bataille « est-ouest »). Après conquête des indépendances au Sud, l’effondrement du « camp socialiste », la domination de l’idéologie néolibérale, la situation a changé. Si les États-Unis sont sortis de la guerre froide comme seule hyperpuissance, l’hégémonie américaine est loin d’être totale, surtout après le fiasco des expéditions militaires en Irak et en Afghanistan.

Les conflits d’aujourd’hui ne sont pas « polarisés » comme par le passé. Les guerres en Yougoslavie ou dans le Caucase au cours des années 1990, les guerres endémiques en Afrique centrale, les conflits internes au monde arabe, etc. ont tous des causes endogènes, et les belligérants ne se trouvent pas automatiquement « enrôlés » dans des rivalités globales binaires. Ce ne sont pas simplement des champs de bataille entre les troupes supposées de « l’Empire » et combattants supposés contester son hégémonie. Ceci ne signifie pas qu’un certain « empire diffus » ne soit pour rien dans le développement des violences si l’on parle de l’emprise du néolibéralisme sur le monde. La globalisation néolibérale, provoquant la délégitimation des États, la régression sociale, l’accroissement des inégalités et la constitution de nouvelles castes prédatrices, contribue à l’insécurité globale et à l’éclatement de conflits violents, de guerres « de dislocation » (cf. ci-dessous). Bien entendu, les grandes puissances anciennes et émergentes, et pas seulement les États-Unis, restent des acteurs qui défendent leurs intérêts matériels ou politiques, interviennent parfois, directement ou indirectement, dans certains conflits régionaux et locaux.

Le nouveau type de guerre qui fait rage aujourd’hui doit être compris en termes de « dislocation globale », pour reprendre l’analyse de Mary Kaldor d’il y quelques années[2]. Des guerres qui se déroulent plus au sein des États qu’entre États, qui semblent s’articuler autour de figures « traditionnelles » ethniques ou confessionnelles, mais qui sont en fait le fruit de la crise contemporaine des structures politiques et économiques nationales dans le contexte de la globalisation, dans lesquelles une partie des belligérants (ou tous) s’apparente plus à des milices qu’à des armées nationales qui elles-mêmes ont souvent recours à des sociétés armées privées. Tous les mécanismes de décomposition ne conduisent pas à des conflits armés, mais c’est le cas quand les conditions sont réunies par exemple des failles historiques non réglées et surtout quand un ou plusieurs des protagonistes d’une crise passent à la guerre ouverte. Les belligérants se battent au nom « d’identités » qui se consolident dans le conflit lui-même, même si elles peuvent avoir des racines anciennes parfois profondes. Chrétiens contre musulmans, chi’ites contre sunnites, russophones contre ukrainophones, Serbes contre Croates, des antagonismes qui se développent pendant les crises et qui n’en sont pas les causes principales. Les civils ne sont pas des victimes collatérales, mais constituent le champ de bataille lui-même, et l’exclusion, voire la « purification ethnique », ne sont pas des « bavures », mais les buts de la guerre.

 

La lutte pour le désarmement

 

Le conflit est-ouest était lourd d’une troisième guerre mondiale nucléaire, la menace « exterministe »[3]. Cette perspective est (provisoirement) écartée, ce qui a permis une décroissance des hallucinants arsenaux, mais nous sommes encore loin du désarmement et la menace de potentiels conflits nucléaire demeure. Au forum de Sarajevo, on a donc rappelé combien la lutte pour le désarmement nucléaire demeure impérieuse, en particulier la lutte pour la dénucléarisation régionale (à commencer par le Moyen-Orient). Les campagnes pour le désarmement concernent aussi les autres armes, notamment celles interdites par les conventions de l’ONU : armes chimiques, mines antipersonnelles, armes à sous-munitions et certaines qui ne sont pas encore interdites (projectiles durcis à l’uranium appauvri). Combattre la course aux armements, c’est aussi résister à l’amplification des moyens de la guerre « intelligente », la guerre électronique, les drones et armes de « guerre virtuelle ».

 

La question du droit international

 

En apparence, loin des champs de bataille se déroule le combat du droit. Certains contestent la « naïveté » qu’il y aurait de s’en réclamer dans les domaines de la guerre ou règne le cynisme et le rapport de force. Les instruments de la justice internationale (dont la Cour pénale internationale), ne sont-ils pas instrumentalisés par les puissants? « Justice des vainqueurs », deux poids deux mesures, selon que vous soyez puissants ou misérables? Certes, mais comme tout combat pour la justice, les limites actuelles de certaines instances n’empêchent pas qu’il faille lutter pour l’incrimination des meurtriers et la qualification des crimes, pour la réparation due aux victimes. D’ailleurs, les puissances les plus militaristes, à commencer par les États-Unis, mais aussi la Chine ou la Russie, cherchent à se soustraire à toute dénonciation, à protéger leurs alliés de toute condamnation (cf. les veto [mot latin] américains au Conseil de sécurité protecteurs d’Israël ou russes protecteurs de Bachar Al-Assad). Ainsi, Israéliens et Américains ont tout fait pour empêcher la Palestine en tant qu’État d’avoir recours aux instruments du droit international (Conventions de Genève, statut de Rome de la CPI sur les crimes de guerre, d’agressions, contre l’humanité et génocides, etc.).

Le « terrorisme » est aujourd’hui présenté comme un ennemi global et menaçant à l’encontre de qui on justifie les expéditions militaires (War on Terror) et les législations liberticides (comme le Patriot Act aux États-Unis). Dénoncer les pratiques terroristes (les actions ciblant des non-belligérants et ayant pour objet de terroriser un groupe ou une population), c’est dénoncer tous les terrorismes, d’abord celui des États, qu’ils utilisent les drones pour des assassinats politiques (États-Unis et Israël) ou des armes beaucoup plus rustiques, des barils d’explosifs jetés à l’aveugle des hélicoptères de Bachar Al-Assad contre les quartiers rebelles aux dynamitages des maisons de suspects par les forces d’occupation israéliennes et cela, tout autant que les actions anti-civiles des combattants non étatiques, nationalistes ou djihadistes (tortures, viols et massacres) mis en scène aujourd’hui par les forces plus ou moins régulières sur presque tous les théâtres d’opérations. Nommer ces crimes de guerre pour ce qu’ils sont, combattre pour l’application du droit, fait partie de la lutte contre les guerres et pour la paix.

C’est dans ce contexte qu’à Sarajevo, il y a eu plusieurs échanges sur les expériences de « justice transitionnelle » post-conflit, comme moyen (ou pas) de passer du conflit ou de l’oppression à la pacification (transformative justice)…

 

Le soutien aux facteurs de paix et aux forces de résistance

 

Les opérations militaires des puissances autodésignées (« communauté internationale ») se présentent aujourd’hui comme « humanitaires », pour la « défense de la démocratie » ou la « protection de minorités », en application de la « responsabilité de protéger[4]». Bien entendu, on ne « protège » pas tout le monde de la même manière, et les bons sentiments cachent mal les intérêts géopolitiques.

Il faut combattre les expéditions impériales, et de ce point de vue, la mobilisation mondiale de 2003 contre la guerre américaine en Irak reste une référence. Faut-il pour autant condamner toute protection internationale? Les opérations sous mandats de l’ONU ou d’instances régionales se sont multipliées ces dernières années, parfois sans grands moyens et souvent avec des résultats mitigés, car si elles ont pu parfois contribuer à l’arrêt de combats, elles n’ont pas souvent débouché sur des solutions justes et durables. Les « processus » de paix ont été bloqués ou se sont limités à une « stabilisation » satisfaisante pour la « communauté internationale », sans garantir la sécurité humaine des personnes et en laissant une multitude de « conflits gelés » qui peuvent se réchauffer à tout moment.

Une paix juste et durable ne se construit pas sans mobilisation des sociétés elles-mêmes et sans défaite politique des factions qui ont provoqué la guerre. Dans les « conflits de dislocation » à l’intérieur d’un État ou d’une région, il existe presque toujours des mouvements sociaux et politiques, qui, sur place, s’opposent à la dislocation, avant que les armes ne parlent et même pendant les phases de guerre elles-mêmes. Autant faut-il dénoncer et combattre les fauteurs de guerre, autochtones et ceux qui les encouragent de l’extérieur, autant ces mouvements doivent bénéficier de soutiens matériels et moraux, et de la solidarité des mouvements de paix à l’extérieur. Qui, et comment, soutenir? Quoi, et comment, dénoncer? Sujet de débats au Peace Event Sarajevo avec des acteurs de terrain, les expériences d’hier (ex-Yougoslaves)[5], et celles d’aujourd’hui (Moyen-Orient, Sud-Caucase, Ukraine…).

 

Comment se mobiliser aujourd’hui?

 

Les discours sur la « réconciliation », les programmes financés par diverses agences internationales pour la « paix » et la « démocratie », les bureaucraties « non gouvernementales » qui en vivent, contribuent-ils au recul du militarisme et à la construction de la paix et de la justice? Ou, au contraire, au maintien des dominations en place, aux impasses dans la résolution des conflits, à la réapparition régulière des crises violentes? Les « sociétés civiles » résistent-elles au militarisme? Comment faire en sorte que les mouvements censés contribuer à la construction de la paix s’enracinent dans les mouvements des sociétés et produisent des effets? Quelques semaines avant le Peace Event, un énorme mouvement social avait balayé une majeure partie de la Bosnie, contestant la mauvaise gouvernance et l’incurie née de la combinaison du néolibéralisme et de la situation de pouvoir « d’après-guerre » et de tutelle européenne dans laquelle se trouve le pays depuis vingt ans… Une mobilisation créant une grande préoccupation des instances « d’aide » internationale et de promotion de la paix!

Ces mobilisations populaires sont aussi en elles-mêmes, forces de paix, forces de résistance sociale contestant les régimes – pas seulement les gouvernements, mais aussi les oligarchies, les mécanismes de corruption néo-libérale, d’inégalités, s’affirmant souvent explicitement comme mouvements non violents, non militarisés (le mot d’ordre Sulamya! des mouvements de 2011 à Bahreïn, au Yémen, en Égypte ou en Syrie). Selon les contextes, des Amériques au monde arabe ou à la Bosnie et la Turquie, ils ont fait – et font toujours — l’objet de répression plus ou moins brutale – quand ce n’est pas leur anéantissement par la guerre, et de tentatives plus ou moins réussies de dévoiement, de la part de nationalistes, d’intégristes radicaux et autres sectaires, mais aussi des néo-libéraux apôtres de l’inégalité. Ceci ne doit pas nous faire oublier que dans le monde entier, le combat pour la paix, c’est aussi la lutte contre les idéologies de séparation, d’exclusion, de régression, qui alimentent les mécanismes de la dislocation

 

Poursuivre débats et coopérations

 

Le Peace Event de Sarajevo a été l’un des premiers forums internationaux « thématiques » sur les questions de paix et de sécurité humaine de la période. Bien sûr, il y a régulièrement des rencontres des mouvements de paix et/ou réseaux non violents, où militants et experts échangent leurs expériences et construisent des mobilisations. Bien sûr, il y a eu des rencontres sur les questions de militarisation et de guerres dans des Forums sociaux mondiaux… Cette fois-ci, à Sarajevo — malgré d’évidentes limites notamment en termes de participation mondiale — on abordait ces questions sous leurs différentes facettes, avec des militants très divers des organisations « de paix », mais aussi de défense des droits civiques, économiques et culturels, des participants aux mouvements sociaux, etc. En examinant ensemble les moyens de résister à la militarisation et à la violence, de faire face aux guerres locales, de soutenir ceux qui luttent sur le terrain pour la sécurité humaine des personnes, bref de construire la paix… En attendant un autre prochain Forum pour prolonger les débats et développer les coopérations.

Une ardente nécessité quand le canon tonne à Gaza, Alep, Mossoul, Bangui ou Donetsk…

* Président du CEDETIM (Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale – Paris) et membre du comité organisateur du Peace Forum de Sarajevo 2014

 

[1] Le site internet du Peace Event : http://www.peaceeventsarajevo2014.eu/home.html

[2] Mary Kaldor, New and Old War, Organized Violence in a Global Era, Polity Press, Cambridge, 1998.

[3] Voir Edward P. Thompson (1924–1983), Exterminism and cold war, Verso, Londres, 1982

[4] Suite au génocide du Rwanda, l’ONU a mis en avant la notion,  d’abord comme devoir de chaque État de protéger la population du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l’humanité. Puis comme engagement international avec la résolution 1674, sur la protection des civils, adoptée en 2006 par le Conseil de Sécurité…dont on se demande bien pourquoi elle n’est pas appliquée en 2014 pour protéger les Palestiniens par exemple…

[5] Si l’on prend le cas de la Bosnie, de tels mouvements n’ont cessé d’exister. Une exposition Zeljeli smo samo mir (Nous ne voulions que la paix), pendant le Peace Event évoquait les grandes manifestations pour la paix à Sarajevo en 1991–92. Ces mouvements ont duré pendant et après la guerre et ont bénéficié d’un certain mouvement de solidarité extérieure, mais la logique de « stabilisation » des accords de Dayton qui ont mis fin aux combats les ont marginalisés au profit des « profiteurs de la guerre », ce qui explique pourquoi aujourd’hui encore le pays est en crise.

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CAP-NCS <![CDATA[L’épopée des mouvements de libération nationale]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14623 2015-02-27T13:23:18Z 2015-02-25T12:47:17Z Au tournant du vingtième siècle, la tempête est en gestatDetour_3epartie dernier check up333ion. Des mouvements se faufilent dans le dédale des luttes, créant de nouvelles résistances. Des mobilisations anticoloniales d’une ampleur sans précédent ont lieu en Chine, au Vietnam, en Afrique et en Amérique latine. Comme le dit le révolutionnaire et poète cubain José Marti (1853–1895), c’est « l’ère des brasiers ». Avec la Deuxième Guerre mondiale, le mouvement de libération connaît un nouvel élan. Dans plusieurs autres pays asiatiques, les partis communistes créent de vastes coalitions anti-impérialistes et anticoloniales où sont amalgamées les revendications sociales (notamment celles qui concernent le vaste monde paysan) et nationales, avec au centre la revendication de l’indépendance. En Asie, ces luttes aboutissent à de gigantesques victoires en Chine (1948) où Mao Zedong propose une nouvelle stratégie. Pour Mao, l’agenda de la révolution chinoise doit réconcilier deux impératifs : mettre fin à la domination impérialiste sur la Chine et libérer le monde rural par le moyen d’une immense réforme agraire redistribuant les terres aux paysans. « Le caractère de notre révolution, affirme Mao, est celui d’une révolution démocratique bourgeoise, menée principalement contre l’impérialisme et le féodalisme, dont les forces motrices fondamentales sont le prolétariat, la paysannerie et la petite bourgeoisie urbaine »[1]. Au Vietnam, une lutte immense s’échelonne pendant trente ans, d’abord contre le colonialisme français, puis contre l’impérialiste américain. Le génial général Giap, architecte de la révolution vietnamienne, explique :

La révolution sud-vietnamienne fait partie intégrante de la révolution mondiale. Chaque grand événement qui se produit dans le monde influe sur la lutte de notre peuple; par contre, cette lutte influe de façon non négligeable sur le mouvement révolutionnaire de différents pays dans le monde… Les contradictions fondamentales de notre époque trouvent leur expression concentrée dans notre pays…[2]

Avec cette nouvelle situation en Asie, on peut littéralement dire que le monde a effectivement changé de base. En 1955, vingt-neuf nouveaux États se réunissent à Bandoeng pour annoncer la venue au monde d’un autre monde, le « tiers monde » qui réclame, plus que jamais, la fin du colonialisme et une nouvelle architecture mondiale basée sur la coopération et la paix. Certes, ce « tiers monde » continue d’entretenir des liens privilégiés avec l’Union soviétique, mais il s’articule de plus en plus sur ses propres bases. Quelques années plus tard d’ailleurs, un violent conflit éclate entre l’URSS et la Chine dont les répercussions sont immenses d’un bout à l’autre de la planète.

La polarisation au début des années 1960 prend forme en Algérie où le mouvement de libération national met à mal le pouvoir colonial français, mais révèle également les défaillances de la gauche française (et européenne) face aux enjeux anticoloniaux et anti-impérialistes. Les textes de Frantz Fanon, Martiniquais engagé dans la lutte algérienne, sont un véritable coup de tonnerre, car ils remettent en question la perspective historique des socialismes européens et annoncent la nouvelle génération de mouvements qui s’en vient dans le tiers monde, tout en ouvrant la voie à une profonde crise des gauches européennes. L’incapacité des partis socialistes et communistes à lutter vigoureusement contre les pratiques prédatrices des États capitalistes est la cible d’une « nouvelle gauche » qui cherche à retrouver le souffle des élans révolutionnaires antérieurs. Les peuples colonisés n’attendent plus d’être sauvés par le socialisme des autres. Aimé Césaire le dit, « L’heure de nous-mêmes a sonné… »

Par la suite, des révoltes éclatent au Kenya, en Angola et au Cameroun. Des leaders radicaux émergent au Ghana, au Mali et au Congo. Certes, le résultat concret est mitigé, car plusieurs insurrections sont vaincues pendant que des leaders nationalistes qui émergent à travers la décolonisation sont renversés par des militaires appuyés par les anciennes puissances coloniales (c’est le cas notamment de Patrice Lumumba au Congo). Cependant, l’appel du nationalisme radical, et en particulier de Fanon ouvre la porte à d’autres résistances dans une perspective volontariste.

De ces tournants proviennent de nouvelles explorations théoriques pour « relire » Marx, Lénine et tous les autres. L’apport des sociologies critiques, du féminisme et des nouveaux mouvements sociaux change le paysage intellectuel et politique de la gauche. Les idées dominantes sur la « marche irrésistible de l’histoire », du « triomphe inévitable du socialisme » et d’un chemin linéaires vers la libération sont refoulées par de nombreux travaux, dont ceux de Bourdieu, Foucault, Althusser, Poulantzas. En contestant l’inertie de la gauche institutionnelle sur l’Algérie et le Vietnam, ces contestataires remettent en question les concepts traditionnels de l’État sur l’État, le parti, les mouvements sociaux, la transition au socialisme et la nature même du capitalisme. Ces remises en question revoient également le rapport entre luttes nationales et luttes sociales. L’idée s’impose selon laquelle les luttes de libération nationale se trouvent en fait au centre de la problématique de la transformation, et non comme une dimension secondaire, presque collatérale. Des mouvements de revendications nationales ressurgissent un peu partout, y compris dans les pays capitalistes du « centre », notamment le Canada, l’Espagne, la Grande-Bretagne et même les États-Unis, autour des luttes des Afro-Américains.

Cette effervescence prend toutefois des dimensions énormes dans la moitié sud de l’hémisphère des Amériques. La révolution cubaine (1959) change en effet la donne. Elle est une véritable « révolution dans la révolution », selon l’expression consacrée par Régis Debray. Elle bouscule l’hégémonie de la gauche traditionnelle et par la bande, le « modèle soviétique ». Elle conteste ardemment les théorisations antérieures sur les stratégies des luttes anticapitalistes et anti-impérialistes. Plus question d’attendre, le socialisme fait intrinsèquement partie de la révolution anti-impérialiste. Quelque temps après le triomphe de la révolution cubaine, Fidel Castro affirme :

La révolution anti-impérialiste et la révolution socialiste ne sont qu’une seule révolution. Telle est la grande vérité dialectique de l’humanité : l’impérialisme n’a en face de lui que le socialisme… Il est une étape que quelques pays sous-développés pourront peut-être sauter, c’est l’édification du capitalisme[3]. »

La révolution cubaine devient alors un phare, un emblème, une inspiration, largement associée à la figure d’Ernesto « Che » Guevara, qui veut relancer la lutte révolutionnaire et créer selon son expression « deux ou trois Vietnam »[4]. La vague de luttes sociales et nationales qui emporte alors l’Amérique latine se transmet par la suite en Afrique où, à l’inspiration de précurseurs comme Patrice Lumumba, se développe une nouvelle génération, notamment dans les pays qui n’ont pas accédé à l’indépendance, comme dans les colonies portugaises de l’Angola, du Mozambique et de la Guinée. Au Moyen-Orient, cette relance est également à l’œuvre à travers la lutte de libération du peuple palestinien, également avec les résistances en Iran, au Liban, en Égypte et au Maroc.

Tout au long des années 1960 et durant la première partie des années 1970, ces luttes marquent des victoires importantes dont la plus importante est celle des Vietnamiens contre l’impérialisme américain (1975), sans compter la libération des mouvements de libération contre le colonialisme portugais en Afrique, les révolutions au Nicaragua, en Iran, en Éthiopie et ailleurs. Le Guinéen Amilcar Cabral, notamment, exprime la nécessité de « réinventer » la révolution africaine selon des schémas originaux et « déterminés et conditionnés par la réalité historique de chaque peuple »[5]. Toutefois, des défaites importantes sont également enregistrées. En Amérique du Sud par exemple, les guérillas inspirées par la révolution cubaine et le symbole du Che Guevara échouent, de même que le projet socialiste non armé du Chili. L’impérialisme américain, secoué ici et là, est loin d’avoir dit son dernier mot. Dans les années 1980, la réorganisation de l’empire permet de refouler des élans révolutionnaires dans plusieurs régions du monde, notamment en Asie et en Afrique. De grands « retournements » ont lieu au moment où des mouvements révolutionnaires, qui s’estiment près de réaliser leurs buts, se retrouvent finalement relégués, en Iran ou aux Philippines notamment. Une longue et pénible traversée du désert s’étend dans les années 1980 et 1990, au moment où le basculement du monde permet aux États-Unis de regagner leur influence, à la fois par de nouvelles agressions militaires (au Moyen-Orient et en Asie), à la fois par l’imposition d’une nouvelle architecture internationale (via les politiques dites du « consensus de Washington »), notamment en Amérique latine.

Parallèlement, on sent un certain essoufflement théorique et politique de la part des mouvements de libération, à commencer par ceux qui sont parvenus au pouvoir. D’emblée, l’arrivée au pouvoir s’avère plus complexe que ce qui avait été pensé. Les pays libérés sont dévastés. Parallèlement, les mouvements héritent de « réflexes » accumulés pendant la lutte. Sans être « militaristes », ils pensent qu’il faut agir de manière centralisée, sans tergiverser avec les oppositions, même celles qui n’ont pas été les relais des pouvoirs impériaux. Face aux masses ouvrières et paysannes, les États révolutionnaires concentrent le pouvoir au sein d’une élite où les organisations populaires sont des « courroies de transmission », selon le « modèle » soviétique, chinois ou cubain, d’où un déficit démocratique plus ou moins visible, mais qui va s’accumuler au fil des années.

Au tournant du siècle toutefois, la période « creuse » s’achève alors que se produit un nouvel élan. Le coup d’envoi, si on peut dire, est donné au Mexique avec l’insurrection organisée par les communautés autochtones du Chiapas et l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN). De manière moins spectaculaire se produisent des mouvements populaires d’une nouvelle génération au Brésil, en Argentine, en Bolivie, au Venezuela, et desquels émergent de nouvelles initiatives comme le Forum social mondial, la Via Campesina et d’autres lieux et réseaux. Ces initiatives expriment des dynamiques et des revendications citoyennes qui vont bien au-delà des considérations de partis, tout en restant ancrées sur l’espace politique, notamment en visant le pouvoir, que cela soit au niveau local, national, voire international. À quelques reprises, des mobilisations renversent des gouvernements, notamment en Argentine (2001), où se construit, selon Guillermo Almeyra, une nouvelle subjectivité issue des luttes, valorisant la pluriculturalité et la pluriethnicité, imposant la priorité au social, favorisant les expériences horizontales et démocratiques[6]. En Bolivie, une nouvelle convergence est expérimentée entre les acteurs politiques et les mouvements populaires, entre les différentes composantes de la population, et ce, dans un pays où pendant si longtemps, la majorité autochtone avait été rejetée en dehors de la citoyenneté. Sur les traces de penseurs militants comme le Péruvien José Mariátegui, des mouvements élaborent de nouveaux concepts permettant de repenser l’État et la nation et de conjuguer de nouveau les luttes sociales d’émancipation avec l’affirmation des droits des peuples.

 

[1] Mao Tsé-toung, « Pour la parution de la revue Le Communiste » (1939), Écrits choisis, op. cit., p. 177.

[2]Vo Nguyen Giap, Extraits de La guerre de libération au Sud Vietnam, 1965

[3] Fidel Castro, Discours prononcé lors de la séance inaugurale de l’université populaire, 2 décembre 1961.

[4] Ernesto Che Guevara, Message à la Tricontinentale, 1967.

[5]Amilcar Cabral, « Fondements et objectifs de la libération nationale », 1966

[6] Guillermo Almeyra, Rébellions d’Argentine, Tiers État, luttes sociales et autogestion, Paris, Syllepse, 2006.

 

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CAP-NCS <![CDATA[Lutte contre l’austérité : pour un dialogue stratégique]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14633 2015-03-02T13:09:16Z 2015-02-23T12:04:18Z « Il n’y a pas lieu de craindre ou d’espérer, mais de chercher de nouvelles armes » disait Deleuze. Face aux nombreuses attaques du gouvernement libéral, il y a lieu rapidement de trouver de nouvelles armes. Mais trouver de nouvelles armes ne signifie pas qu’il faut cesser de se battre pendant qu’on les cherche. Car parfois la récupération d’anciennes armes comme celles de l’information accompagnée des débats au sein des mouvements sociaux et syndicaux pour augmenter la mobilisation et le rapport de force peut porter des fruits. Le printemps étudiant de 2012 s’est déroulé de cette manière : s’approprier la réalité sociale, débattre sur la manière de changer le monde social et économique et se mobiliser pour obtenir ce changement en développant des alliances larges. Il s’agit en fait de restaurer de vieilles armes, mais en tenant compte cependant que nous évoluons dans un contexte politique relativement nouveau : celui de l’étatisme autoritaire.

Quand nous parlons d’étatisme autoritaire, nous pouvons parler d’une intensification autoritaire du néo-libéralisme, la nouvelle raison du capitalisme contemporain. L’étatisme autoritaire s’est bâti sur les ruines de l’État-providence, ce qui lui permet de s’inscrire dans des interstices sociaux qui échappaient autrefois aux orientations de l’État. Nous pouvons penser à l’insertion à l’emploi, au logement social, à la nouvelle philanthropie, à la criminalisation de la pauvreté, etc. L’État néo-libéral n’a pas un bon bras social et un mauvais bras économique comme certains l’ont déjà laissé entendre. Son bras social peut faire aussi mal que l’autre. C’est de cette manière, nous semble-t-il qu’il faut comprendre les nouvelles orientations dans le champ de l’aide sociale, de l’assurance-emploi, du logement social, de l’intervention dans le milieu de l’itinérance ou dans le réseau de la santé et des services sociaux avec la réforme Barrette. L’investissement étatique et privé doit donner des résultats tangibles et dans les plus brefs délais. L’intervention du bras social de l’État est mesurée et quantifiée et s’inscrit dans les règles de l’austérité économique.

D’une manière indirecte, c’est de cette manière que nous pouvons comprendre les nouvelles règles de gestion publique dans l’organisation du travail dans le secteur privé et de plus en plus dans le secteur public. Il faut surveiller, mettre en compétition et sanctionner quand il le faut, le travailleur et la travailleuse. De cette manière, l’investissement social suscitera le meilleur rendement. L’austérité dont tout le monde parle, n’est pas qu’une mesure économique, c’est aussi une mesure sociale et politique très dommageable sur le plan de la démocratie. L’austérité n’est pas une amputation et un affaiblissement de l’État. C’est de son renforcement autoritaire qu’il s’agit.

Pour faire passer la pilule dans le champ politique, l’étatisme autoritaire utilise deux armes simples, mais efficaces : la rapidité décisionnelle et le reniement de l’interlocuteur. Depuis l’élection de Mike Harris en Ontario en 1996, on assiste périodiquement à des tsunamis politiques pendant lesquels les dirigeants néo-libéraux prennent des décisions et lancent dans l’arène politique des multitudes de projets de loi qui viennent submerger les groupes sociaux et syndicaux. On l’a vu en 2004 avec le gouvernement libéral de Jean Charest. Et une variante de cette méthode est la loi omnibus de Harper dans laquelle on inscrit une multitude de projets que nous n’avons pas fini de découvrir. C’est le même phénomène aujourd’hui qu’on retrouve avec la loi 28 sur les institutions publiques et parapubliques. Dans la même foulée, on reconnaitra qui on veut quand on veut comme interlocuteur de la société civile. On l’a vu récemment lorsque le ministre Coiteux a parlé des demandes du front commun comme étant des demandes d’une autre époque.

Pour un dialogue stratégique dans la gauche québécoise.

Le nouveau leitmotiv de la gauche québécoise pourrait être le suivant : Reprendre le temps à notre compte et chercher à se faire respecter. S’approprier le temps signifie concrètement que les batailles politiques ne sont pas terminées après l’adoption en bâillon de la loi 10 par exemple. Les luttes politiques doivent se poursuivre au sein du réseau de la santé et des services sociaux dans la mesure où les travailleurs et les travailleuses ont un mot à dire sur la gestion de ce secteur et qu’ils et elles ont le droit de réclamer une gestion démocratique du réseau de la santé et des services sociaux. La lutte contre l’étatisme autoritaire doit se faire au quotidien d’une manière avouée dans les lieux de travail que ce soit en santé, en éducation ou ailleurs au Québec.

Pour se faire respecter par le gouvernement libéral, il ne manque pas d’acteurs politiques et sociaux. Il est possible de réunir les conditions pour procéder à des changements et lutter contre l’étatisme autoritaire. Cependant, ce qui manque c’est un dialogue permanent sur les perspectives stratégiques. Qui sont ces acteurs? Nous nommons ici quatre grandes catégories : les mouvements sociaux, le mouvement syndical, la gauche intellectuelle et la gauche politique. On le voit à chaque fois que l’État québécois cherche à sévir d’une manière plus intense, cette communication entre ces acteurs devient parfois déficiente. On se rappellera que les centrales syndicales avaient décidé de créer, en 2010, l’Alliance sociale alors qu’existait déjà la Coalition contre la privatisation et la tarification des services appelée communément la coalition des mains rouges. Mais il y a des problèmes plus importants dans la mesure où la gauche québécoise, à notre sens, se prive d’un dispositif qui pourrait être puissant en créant une assemblée permanente des mouvements sociaux et syndicaux dans laquelle la gauche politique, sociale et intellectuelle pourrait mettre la main à la pâte dans la lutte sociale et théorique.

Pourquoi cet espace n’existe pas?

Nous pouvons l’expliquer par certaines hypothèses qui seront certes embryonnaires, mais qui pourraient aider au débat. Le mouvement syndical a tendance à ne voir que ce qui se passe à l’intérieur de son mouvement, en l’occurrence la négociation du secteur public. Les différents secteurs des mouvements sociaux sont traversés par les tentatives de l’État de les intégrer dans l’espace étatique. La gauche intellectuelle est également aux prises avec les transformations de l’institution universitaire.

Que peut faire un parti politique comme Québec solidaire dans le cadre de la lutte contre l’austérité? Un acteur politique comme Québec solidaire, fort de ses trois députéEs à l’Assemblée nationale peut très bien encourager la mise en place d’une assemblée permanente des mouvements sociaux et syndicaux dans laquelle il pourrait participer au même titre que les autres acteurs. On pourrait qualifier cette assemblée d’une sorte de constituante contre l’austérité et l’autoritarisme de l’État québécois. Cela pourrait être une bonne manière pour QS de vraiment devenir le parti de la rue en plus d’être le parti des urnes.

Cette proposition d’assemblée permanente des mouvements sociaux et syndicaux ne fait pas l’économie du débat sur la grève sociale. Au contraire, une grève sociale réunissant les mouvements sociaux et syndicaux et les groupes politiques peut être un formidable moyen de favoriser ce dialogue stratégique. Les défis sont nombreux pour arriver à réunir les conditions nécessaires pour une mobilisation sociale et syndicale assez forte pour ébranler les certitudes du gouvernement libéral. Nous pouvons anticiper que les luttes sectorielles seront nombreuses. Les étudiants-es vont se mobiliser, les écologistes et les féministes aussi. Le mouvement syndical va en découdre avec le gouvernement libéral sur les régimes de retraite et probablement aussi sur la négociation dans le secteur public.

Alors que tout le monde ou presque risque de se battre, une pratique de dialogue stratégique est un des moyens efficaces pour lutter contre l’étatisme autoritaire

René Charest, militant syndical

17 février 2015

 

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CAP-NCS <![CDATA[Les chemins de la liberté]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14613 2015-02-20T13:31:23Z 2015-02-20T13:12:10Z Après des siècles de luttes, l’horizon de l’émancipation semble être borné par le capitalisme contemporain, financiarisé, cybernétisé, le « sujet automate ». Les contradictions actuelles au sein de l’État ainsi que la crise économique, politique et environnementale montrent, comme une plaie béante, la crise plus globale du capitalisme en tant que tel. Pour autant, l’affaiblissement de l’État ne devrait être analysé comme une crise de domination de la bourgeoisie, car une telle lecture confond les contradictions internes à l’appareil d’État avec les contradictions internes à la fonction de l’État. En fait, il s’agit pour les dominants  de trouver une bifurcation face à la crise du bloc au pouvoir. Alors, quelle est la stratégie populaire pour défaire cette manœuvre?

 

La situation dans la plupart des pays capitalistes n’est pas une « crise révolutionnaire » de laquelle une « stratégie frontale » pourrait déboucher sur une « révolution », au sens classique. Quand nous parlons de révolution, aujourd’hui, il ne s’agit pas se focaliser essentiellement sur la question du pouvoir par la conquête exclusive de l’appareil d’État. Cette option privilégie le couple parti/pouvoir d’États de manière verticale, c’est-à-dire du haut vers le bas. Elle néglige la dynamique de l’appropriation  sociale par les masses de leur capacité d’autogestion, d’auto-organisation, d’autogouvernement. Au contraire, la construction d’un nouveau rapport de force implique de lutter pour que les classes populaires soient porteuses de leur émancipation. La lutte contre la domination, l’exploitation, l’exclusion, la marchandisation et la pauvreté, est un projet de libération et non de la mise en place d’autres formes de subordination par des bureaucrates/technocrates fussent-ils de « gauche ».

 

Contrairement, au modèle des adeptes du complotisme politique (manipulateur en quête de pouvoir personnel), des professionnels de la politique (les politiciens traditionnels), des experts et technocrates de l’ingénierie du « capital communautaire », le projet d’un monde libéré de la marchandisation, de l’impérialisme et de la dictature est une utopie d’hommes et de femmes en lutte. Aujourd’hui, notre tâche consiste à :

 

  • Offrir un cadre organisé où les femmes et les hommes pourront lutter en contribuant  aux combats contre l’exploitation, l’exclusion, la dépendance et la pauvreté.
  • Consolider le rapprochement entre les diverses organisations qui luttent pour l’émancipation.
  • Renforcer et étendre la solidarité internationale des peuples en faisant écouter la voix des sans voix à travers le monde entier.
  • Construire une alternative contre-hégémonique nationale, démocratique et populaire qui sera le produit du mouvement populaire.

 

En somme, promouvoir la transformation sociale par l’appropriation « citoyenne » en vue de construire une nouvelle réalité sociale.

 

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CAP-NCS <![CDATA[Impérialisme au XXIe siècle, Empires et confrontations]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14637 2015-02-27T13:27:00Z 2015-02-18T21:22:38Z No. 13 -Impérialisme au XXIe siècle

No. 13 –Impérialisme au XXIe siècle

Introduction au numéro

Numéro coordonné par : Flavie Achard, Pierre Beaudet, Stéphane Chalifour, Donald Cuccioletta, Francis Fortier, Philippe Hurteau, Thomas Chiasson-LeBel, Ghislaine Raymond

 

En 1914, l’histoire contemporaine basculait avec la Première Guerre mondiale. Celle-ci lançait le monde entier dans un conflit d’une violence sans précédent. Cette guerre interétatique aux accents de lutte de classes voyait s’affronter différentes puissances impérialistes dans une rivalité qui allait en éliminer plusieurs. C’est à cette époque que le marxisme s’est d’abord intéressé, avec une attention particulière, à la question de l’impérialisme.

Au moment de boucler ce numéro, cent ans plus tard, le Parlement canadien, composé d’une majorité de conservateurs, vient d’engager la participation du Canada à des bombardements aériens en Irak. L’objectif poursuivi, plutôt flou, est d’affaiblir un groupe armé qui opère dans la région, l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui représenterait une « menace à l’échelle mondiale »[1]. Cet objectif a été réaffirmé à la suite des incidents à Saint-Jean-sur-le-Richelieu et à Ottawa en octobre dernier dans lesquels des militaires ont été tués. Les services de sécurité affirment que les meurtriers se réclamaient d’un certain islam « radical », ce qui justifierait, selon le gouvernement, de participer encore davantage à la « guerre contre le terrorisme mondial ».

 

Les États-Unis sont au cœur de la coalition qui s’engage dans cette nouvelle offensive. Capables de mobiliser en quelques semaines les forces des pays les plus avancés contre l’ennemi désigné du jour, les Américains assument, une fois de plus, un rôle central au sein d’une dynamique de police impériale. Mais ils n’agissent pas seuls. Ils choisissent de rechercher des alliés et de créer une coalition internationale, sans toutefois s’appuyer d’abord sur les instances multilatérales existantes. Après l’Afghanistan, l’Irak et la Lybie, de telles entreprises belliqueuses ressemblent à une gestion à la pièce dans laquelle chaque nouvelle manœuvre génère, par effet d’entraînement, une crise inédite.

Les États-Unis sont aussi au coeur de la gestion du capitalisme mondial et, malgré l’importance grandissante des autres blocs capitalistes (Europe, Japon) et des pays émergents (BRICS[2]), ils demeurent le pivot central de l’articulation mondiale du capital. Or, encore là, les États-Unis ne sont pas seuls, et malgré la centralité du dollar, la Cité de Londres contrôle une très grande partie de la finance mondiale. Dans ce domaine aussi, la réponse à la plus récente crise économique ne semble guère offrir de solution[3] dans l’immédiat, et encore moins à long terme.

La centralité des États-Unis et l’étendue de l’emprise américaine constituent sans doute l’une des nouveautés de notre époque, qui lui confère son apparente unipolarité. Mais les États-Unis sont bousculés dans leur position dominante, constamment défiée, et ils doivent continuellement renouveler leurs appuis, de gré ou de force.

 

Quelle forme d’impérialisme sous le capitalisme actuel ?

Il y a cent ans, pour expliquer l’impérialisme, la littérature marxiste cherchait ce qui unit les versants économique et militaire de différentes dynamiques nationales, et visait à montrer comment, sous le capitalisme, ce lien se développe en impérialisme et en rivalités interimpériales. Dans cette perspective, la nature expansive du capitalisme atteint vite les limites de développement possible dans chaque État, et suscite des pressions portant ces derniers à conquérir de nouveaux espaces. Cela provoque des conflits internationaux et des guerres (voir le texte de Radhika Desai qui évoque ces approches).

Depuis lors, le capitalisme a évolué. Capital financier (alliance du capital bancaire et industriel selon Hilferding), il est devenu capitalisme « financiarisé » dans lequel la reproduction de la logique d’ensemble du système, bien qu’ayant absolument besoin de la protection et du soutien des États, se déploie à travers des flux continus de marchandises et de capitaux qui traversent les frontières, bien souvent en demeurant hors de la portée des États. Davantage qu’il y a cent ans, le défi de comprendre l’interaction des dimensions économiques et politiques apparaît comme un véritable casse-tête dont le nombre de pièces est dédoublé par la nécessité d’intégrer également les dimensions culturelle et idéologique à l’analyse du problème. Il apparaît donc nécessaire de présenter plusieurs approches concurrentes qui sont au cœur des débats actuels pour permettre de mieux les évaluer.

 

Quelques perspectives

Pour mieux saisir ces tensions entre la domination des États-Unis et les contre-tendances à la fragmentation de l’empire d’une part, et entre la domination économique et militaire d’autre part, il peut être utile de regrouper les différentes perspectives présentées ici en quelques courants. Selon un premier courant, inspiré par l’approche postimpérialiste de Hardt et Negri, il n’y aurait plus de rivalités interimpériales comme au temps de la Première Guerre mondiale, mais plutôt une immense entité qu’ils appellent l’Empire. Ce dernier, n’étant pas organisé autour d’un État, serait plutôt mû par une dynamique déterritorialisée et décentralisée, à la fois plus diffuse et plus profonde. La souveraineté serait disséminée dans des réseaux sans sommet, mais maintenue et animée par un tissu de dirigeants : riches PDG, chefs d’État et technocrates d’institutions internationales (voir le texte de Colette St-Hilaire). En se recentrant autour d’une perspective économique, ce courant n’identifie plus l’impérialisme comme étant le fait des États, mais plutôt comme étant celui des corporations transnationales qui dictent leurs règles aux États par des traités internationaux qui consolident leur hégémonie (voir le texte de Michel Husson). Cette déterritorialisation trouverait également son expression dans la façon dont sont menées les guerres contemporaines. Avec la prolifération des drones, les guerres ne sont plus fixées dans le temps et l’espace comme à l’époque des tranchées. Elles se déroulent en continu et un peu n’importe où, dans un champ de bataille globalisé dans lequel les soldats du camp dominant sont inatteignables (voir le texte de Stéphane Chalifour et de Judith Trudeau).

Selon une seconde perspective, l’État n’aurait, au contraire, rien perdu de son importance. Davantage encore, l’empire disposerait plus que jamais d’un sommet, les États-Unis, qui assume le fardeau de gérer le capitalisme global tout en cherchant à y assurer la position dominante de ses corporations (voir le texte de Leo Panitch). Cette position de gestionnaire du capitalisme mondialisé n’est toutefois pas directement liée à la domination militaire qu’exerce ce pays ; elle répond plutôt à une logique d’expansion territoriale (voir le texte de Maya Pal). Malgré leurs nombreux points de contact, ces deux logiques doivent être comprises comme étant autonomes l’une de l’autre.

Cette domination des États-Unis pourrait n’être que passagère, et y accorder trop d’importance risquerait, comme l’arbre, de dissimuler la forêt tout entière. C’est ce que suggère une troisième approche selon laquelle la position des États-Unis depuis la fin de la guerre froide n’est qu’une situation temporaire résultant du développement inégal et combiné du capitalisme (voir le texte de Nancy Turgeon). Les rivalités qui en découlent ne pourront faire autrement que de provoquer l’émergence d’un nouveau centre, dirigeant le camp impérialiste reconfiguré.

Finalement, il n’est pas dit que l’impérialisme soit le meilleur concept pour saisir ce qui est en jeu aujourd’hui. Il y a en effet une poursuite de dynamiques coloniales (voir le texte de Pierre Beaudet), tant internationales qu’entre différentes nations au sein d’un même pays, où l’éradication d’une culture fait partie intégrante du programme, que ce soit en Haïti (voir le texte de Denyse Côté) ou au Canada. Alors, la poursuite du colonialisme, ou son renouvellement par le néocolonialisme, pourraient être des concepts plus adéquats pour saisir les visées dominatrices.

 

Impérialisme canadien

Le Canada est aussi concerné par la problématique de l’impérialisme. Cet allié subalterne des États-Unis est un maillon de la chaîne. Membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (l’OTAN), puissance (avec un petit p) active sur divers fronts diplomatiques, militaires et économiques, l’État canadien participe à la construction d’un dispositif de contrôle toujours sous tension. L’impérialisme canadien par ailleurs ne peut être compris sans que ne soit prise en considération la conquête coloniale du territoire canadien, habité par différents peuples qui ont été soumis ou subjugués. Aujourd’hui sous gouverne néoconservatrice, l’État canadien se propose de devenir une des têtes de pont des nouvelles aventures impérialistes des États-Unis (voir le texte de Donald Cuccioletta). Cherchant à devenir une superpuissance énergétique, il multiplie les pratiques prédatrices dans le Sud global (voir le texte de Pierre Beaulne), mais également ici, notamment contre les populations autochtones (voir le texte de Jen Preston). Les dominants tentent alors de justifier leur action en s’engageant dans une soi-disant bataille des idées, agitant le danger islamiste, annonçant le péril chinois, brandissant la menace d’une invasion des réfugiéEs, etc.

 

Nouvelles confrontations, nouvelles résistances

Un profond malaise s’exprime aujourd’hui tant à l’endroit de l’impérialisme que du capitalisme, qui ne profitent jamais vraiment qu’au 1 %. La crise environnementale, conséquence d’un processus d’accumulation insatiable qui détruit la Terre, apparaît de plus en plus comme le cœur des résistances. Elle survient après le ressac qui a succédé à des années de luttes altermondialistes contre la fortification du grand marché capitaliste mondial à travers les traités de libre-échange (voir le texte de Nathalie Guay et Julien Laflamme). Par ailleurs, les manifestations mondiales contre l’invasion de l’Irak en 2003, bien qu’elles aient fait partie des plus importantes manifestations internationales contre l’impérialisme, n’ont pas réussi à freiner cette guerre dont les conséquences désastreuses n’ont cependant pas livré les fruits attendus par l’empire (voir le texte de Michael Hennessy Picard). En parallèle, la vague latino-américaine vers la gauche indique que l’extension de la domination impériale ne se fait pas sans résistances importantes, bien que le capitalisme soit loin d’être dépassé (voir le texte de Thomas Chiasson-LeBel). D’autres luttes qui s’expriment sous le drapeau de l’identité communautaire ou religieuse approfondissent également les fractures qui traversent notre monde (voir le texte de Michel Warschawski).

À l’heure où se manifeste à nouveau l’engagement belliqueux canadien et où la récente crise économique ne trouve pas de solution, ce portrait complexe et controversé de l’impérialisme vise à alimenter le débat autour de cet enjeu essentiel, sans prétendre couvrir tout le terrain. Contre le nouvel impérialisme, nous parions sur la solidarité de ceux et celles d’en bas contre les dominants d’où qu’ils soient. Ces guerres et crises périodiques viennent nous rappeler que la domination ne se déroule pas uniquement, ni peut-être même principalement, à l’intérieur des frontières, et que la solidarité pour y répondre doit s’internationaliser.


[1] Déclaration de Stephen Harper rapportée par Marie Vastel, « Le Canada en guerre contre l’EI », Le Devoir, 4 octobre 2014.

[2] BRICS : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud.

[3] Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international (FMI), notait récemment que les investissements n’ont pas repris leur cours d’avant la crise, surtout en Europe où l’utilisation des capacités productives existantes n’a pas atteint le niveau d’avant 2007. Voir Fonds monétaire international, Global Financial Stability Report. Risk Taking, Liquidity, and Shadow Banking: Curbing Excess while Promoting Growth, octobre 2014.

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CAP-NCS <![CDATA[SOS PKP !]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14608 2015-02-18T14:12:24Z 2015-02-18T14:10:28Z « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve », disait le poète allemand Hölderlin. Il en va ainsi du mouvement souverainiste, qui attendait un sauveur pour relancer le Parti québécois après l’une des pires défaites de son histoire. Comme le souligne Gramsci, « le césarisme exprime toujours la solution par “arbitrage”, confié à une grande personnalité, d’une situation historico-politique caractérisée par un équilibre des forces annonciateur            de catastrophe ». On aurait donc tort de déclarer la fin de vie utile d’un véhicule politique à cause d’un diagnostic prématuré sur l’issue d’une crise, car celle-ci peut être le signe du crépuscule d’une certaine idée de la souveraineté et l’aube d’un nouveau projet. Contre ceux qui croient naïvement que Pierre Karl Péladeau est une coquille vide qui n’a pas de stratégie, ils oublient la première leçon fondamentale de l’action politique : nos adversaires ont toujours un plan derrière la tête.

Même si la course à la chefferie du PQ est politiquement terminée, comme le souligne Jean-François Lisée, cela ne veut pas dire qu’il faille rester les bras croisés et regarder tranquillement un film dont nous connaîtrions déjà le dénouement; l’intrigue commencera réellement après la course, et c’est pourquoi nous devons nous préparer en anticipant les péripéties qui ne manqueront pas de survenir. La politique comme art stratégique doit être comprise comme un incessant travail d’anticipation, et PKP vient de dévoiler une partie de son jeu en mettant ses premières cartes sur table avec la publication de son texte Préparer le pays pour Réussir. La déduction des cartes restantes est primordiale, car le futur chef a plus d’un tour dans son sac.

Un renouveau stratégique

Première surprise : après s’être montré réticent à tenir un référendum dès le premier mandat et martelé qu’il fallait éviter les débats abstraits sur l’échéancier référendaire pour parler davantage de souveraineté, il cherche lors des prochaines élections à « obtenir le mandat de réaliser concrètement l’indépendance du Québec. » Fait intéressant à noter : il n’y a aucun engagement à déclencher une démarche référendaire, même s’il précise qu’il souhaite réaliser concrètement l’indépendance du Québec. Il n’y là aucune contradiction, car PKP vient de liquider la stratégie référendaire au profit de la stratégie des actes de rupture, théorisée notamment par Simon-Pierre Savard-Tremblay dans son livre Le souverainisme de province.

SPST critiquait la gestion provincialiste du PQ découlant de la stratégie étapiste initiée par Claude Morin en 1973, virage qui consistait à séparer l’élection d’un « bon gouvernement » et la tenue éventuelle d’un référendum. À l’origine, l’objectif du PQ était de fonder une république et considérait le référendum non pas comme la pièce centrale ou la voie obligée de l’accession à l’indépendance, mais plutôt comme un élément parmi d’autres d’une vision d’ensemble, la culmination plutôt que le début d’un processus. Paradoxalement, l’étapisme substitua la construction progressive du pays réel à l’attente d’un pays imaginaire à venir. « Nous verrons que c’est bien l’étapisme qui transforma l’indépendance en événement alors qu’il s’agissait auparavant d’un processus.

Il n’y avait, dans les documents péquistes pré-1974, aucune croyance en un providentiel “Grand Soir” où l’indépendance se réaliserait instantanément. Par contre, il n’était aucunement question de séparer l’exercice du pouvoir et la construction effective du pays québécois. […] La stratégie de l’étapisme fait plutôt reposer tous les espoirs sur la seule consultation référendaire, dont l’issue sera déterminante pour l’avenir collectif. C’est donc plutôt la croyance illusoire en l’imaginaire du “Grand Soir”, qui relève de la pensée magique. » [1]

Contre l’idéalisme de cette approche qui s’avéra perdante à deux reprises en 1980 et 1995, notamment parce qu’elle change l’action politique en une affaire de communication publique, de sondages d’opinion, de bonne gestion et de manœuvres politiciennes, il s’agit de revenir à une perspective qui entend fonder, de manière graduelle, mais décomplexée, les bases concrètes d’un nouvel État. « Tout bien considéré, l’étapisme porte très mal son nom : plutôt que de poser l’existence d’étapes concrètes dans la définition et la construction de l’État-nation, il inscrit l’indépendance dans le registre de l’Idéal. Après plusieurs années d’administration de la province, il ne suffira qu’une trentaine de journées référendaires – et d’une brillante joute oratoire – pour convaincre la majorité de voter en faveur du “oui”. Le référendum polarise autour du pays imaginaire – et se solde par son rejet – plutôt que d’inaugurer une série d’actes d’État édifiant le pays réel. […] La seule démonstration convaincante est dans l’effectif, dans l’établissement, dès l’élection, des bases de l’État indépendant, comme les premiers programmes péquistes le prônaient. »[2]

Autrement dit, le plan de PKP consiste ni plus ni moins à revenir à la stratégie initiale du PQ en remplaçant l’hystérie référendaire par l’idée de l’indépendance-processus. Comme il le souligne, « l’indépendance n’est pas une date sur le calendrier, c’est une réalité à construire, une pratique à adopter ». Il faut remarquer ici la continuité et la rupture entre l’approche de la « gouvernance souverainiste » et la perspective des actes de rupture préconisée par PKP. SPST remarque à juste titre que l’ancienne cheffe du PQ visait déjà à dépasser le carcan référendaire, sans qu’elle soit capable de dépasser le « souverainisme de province ». « Pauline Marois voulait rompre avec la chimère du référendum miraculeux et des sempiternels débats sur la mécanique qui lassent le citoyen. Elle proposait que le PQ se convertisse à la “gouvernance souverainiste”, soit une action effective de l’État en faveur du parachèvement du pays réel. Le virage n’a malheureusement été que symbolique : le PQ, sous Marois, n’a pas été différent de ce qu’il était sous ses prédécesseurs et n’a jamais su rompre avec l’horizon provincial, dans l’opposition comme au cours de son bref séjour au pouvoir. »[3]

L’indépendantisme de PKP peut donc être conçu comme une « gouvernance souverainiste » plus musclée et virile, qui dépasserait le stade symbolique pour entrer dans une logique offensive de conquête de nouveaux pouvoirs, en plantant des jalons sans attendre la « chimère du référendum miraculeux ». Pour ce faire, il faut jeter les bases d’un projet de pays en analysant minutieusement et diffusant largement les différentes dimensions d’une société à bâtir. « À cette fin, il sera utile de se doter d’un puissant instrument de recherche et de réflexion sur l’indépendance du Québec qui s’intéressera aux questions de contenu, de communication et d’organisation. De telles recherches et analyses porteront sur les multiples dimensions du projet de pays, et en particulier sur la souveraineté alimentaire, culturelle, fiscale, internationale et territoriale. »

Pourquoi un autre Institut de recherche?

Pour opérationnaliser cette préparation du projet de pays, PKP entend créer un « Institut québécois de recherche appliquée sur l’indépendance dont le mandat sera d’effectuer des études, visant à démontrer les avantages concrets de l’indépendance, à identifier les pertes causées par le régime canadien et à identifier les gestes devant conduire à l’indépendance du Québec. » On remarque encore une fois l’idée qu’il faut faire ardemment la promotion de l’indépendance avant de se mettre les pieds dans les plats référendaires, de démontrer l’avantage économique de l’indépendance pour les gens ordinaires, et de déterminer les gestes de rupture, « une série d’actes d’État édifiant le pays réel ».

La principale fonction de cet Institut de recherche consiste à consolider l’hégémonie de PKP sur les intellectuels souverainistes. Certains souligneront qu’il existe déjà des groupes de la société civile qui remplissent cette fonction de recherche fondamentale, comme Les intellectuels pour la souveraineté (IPSO), la Société Saint-Jean-Baptiste, l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) et la nouvelle coalition des Organisations unies pour l’indépendance (OUI Québec), et qu’il faudrait plutôt travailler avec les forces existantes. C’est là ignorer la stratégie évidente de PKP qui consiste à ramener les intellectuels sous son giron, c’est-à-dire à faire travailler les forces idéologiques sous sa gouverne personnelle. En observant l’enthousiasme de certains professeurs et chercheurs, il ne fait pas de doute que la puissance du futur dirigeant qui sera à l’écoute de ses fidèles conseillers exercera une grande séduction sur l’intelligentsia.

« L’Institut québécois de recherche appliquée sur l’indépendance s’imposera comme un “instrument puissant de recherche au service de l’idée d’indépendance, du projet d’indépendance”, a fait valoir le directeur du contenu de la campagne de PKP, Daniel Turp. “C’est une voie intéressante pour des chercheurs qui veulent vraiment démontrer que le Québec est viable. On l’a toujours dit. On l’a toujours dit, mais là on va le prouver encore, mais de façon encore plus convaincante”, a-t-il affirmé aux journalistes. Le constitutionnaliste a l’assurance que les efforts déployés par l’équipe de chercheurs contribueront à accélérer la cadence vers le pays du Québec. “Des documents, c’est utile quand la personne qui les a commandés […] a la volonté de faire le pays. […]. Moi, je pense que c’est assez clair que Monsieur Péladeau, s’il est chef, veut faire l’indépendance”, a-t-il conclu. »[4]

Alors que le PQ était en panne d’idées depuis de nombreuses années et que la société civile commençait à prendre le relais des partis politiques dans la mobilisation, la fabrication du discours et la production des argumentaires, ce nouveau think tank permettra de concentrer dans un même laboratoire de recherche la crème des cerveaux souverainistes afin de redonner à PKP un « leadership moral et intellectuel » sur un mouvement en panne de repères. Ce cercle de réflexion ne sera évidemment pas élu démocratiquement, mais représentera une garde rapprochée de volontaires-experts qui pourront élaborer en privé les recettes magiques du parti. Autrement dit, avant de mener une guerre de mouvement qui consiste à conquérir rapidement le pouvoir d’État, PKP mènera une guerre de position, c’est-à-dire une lutte idéologique opérant au sein de la société civile par la construction du consentement populaire à son projet de pays, une « nouvelle vision du monde » élaborée par une expertocratie travaillant à son service personnel.

Recoller les morceaux du bloc historique

Le PQ se mettra donc en mode « propagande » dès 2015, et déterminera quelle sera la stratégie définitive à l’aube des élections de 2018 en fonction des suggestions des experts. PKP emprunte donc l’attitude du nouveau Bloc québécois de Mario Beaulieu qui consiste à mener une lutte idéologique permanente pour l’indépendance, mais en y ajoutant l’artillerie lourde du milliardaire, de son équipe d’experts et de son parti. « Dans cette perspective, la promotion de l’indépendance ne doit plus être pas traitée comme un enjeu distinct de l’action quotidienne du Parti Québécois, mais doit servir de grille d’analyse dans l’évaluation de l’ensemble des politiques de l’État du Québec. » Cette promotion déterminée du projet indépendantiste ne se limitera pas à l’action d’un seul parti, mais débordera du PQ pour tisser des collaborations plus étroites avec diverses organisations. Ainsi, PKP s’engage à « entreprendre un dialogue avec l’ensemble des partis et mouvements politiques et organisations de la société civile ».

Ce faisant, le PQ cherche à redevenir le « navire amiral du combat pour faire du Québec un pays » qu’il « a été, est et devra demeurer ». Si la crise de leadership de Pauline Marois en 2011 amena la création de différentes initiatives citoyennes et politiques qui ont essayé de porter le projet indépendantiste hors du navire amiral pendant un certain temps, par exemple le Nouveau mouvement pour le Québec (NMQ), les États généraux sur la souveraineté et Option nationale, ces derniers seront invités à participer à une « stratégie commune et mettre en œuvre une campagne immédiate et permanente du Parti Québécois et de l’opposition officielle en faveur de l’indépendance. » Autrement dit, alors qu’une pluralité de groupes de la société civile était en train de prendre le lead politique et idéologique du mouvement souverainiste que le PQ avait perdu ces dernières années, la situation sera maintenant renversée. Les flottilles seront appelées à opérer la grande « convergence nationale » dans un parti unique, sous la bonne gouverne d’un nouveau capitaine qui saura amener le navire amiral à bon port. L’hégémonie de PKP sur le Bloc, le NMQ, le OUI Québec et Option nationale permettra de recoller les morceaux du « bloc historique » du mouvement souverainiste qui entra en crise en 2011.

Des acteurs déstabilisés

Devant cette reconfiguration des forces souverainistes qui prendra forme dans les prochains mois, comment se positionneront les autres joueurs? À l’interne, les autres candidat(e) s de la course à la chefferie auront peu de minutions face à leur adversaire. PKP devancera Bernard Drainville sur son propre terrain en parlant d’indépendance non pas dans un premier mandat, mais avant 2018, en réalisant concrètement l’indépendance du Québec sans s’engager à tenir un référendum. Tour de force. PKP répliquera ensuite aux attaques de Martine Ouellet et Alexandre Cloutier qui lui reprochent son flou artistique sur sa démarche en les accusant de s’embourber dans la mécanique référendaire et d’attendre le « Grand soir », alors que lui posera les jalons du pays réel dès son arrivée au pouvoir. Il sera certes critiqué pour ses élans antisyndicaux et les problèmes éthiques soulevés par l’Empire Québecor, mais il aura le consentement d’une horde d’intellectuels qui voudront travailler pour lui à son Institut de recherche; le Prince a maintenant ses conseillers.

Ainsi, PKP ne va pas gagner la course à la chefferie du PQ uniquement parce qu’il aura été l’homme jouissant du plus grand capital économique et médiatique, mais parce qu’il aura en sa possession la meilleure stratégie politique pour mettre ses adversaires K.O. et aspirer sérieusement à gouverner le Québec en 2018. La course à la chefferie du PQ est idéologiquement terminée.

De son côté, Couillard essaie déjà de montrer que PKP fait un cadeau aux libéraux en s’engageant fermement à faire l’indépendance dans un premier mandat. « C’est un concours entre les candidats pour savoir lequel est le plus radical pour la séparation du Québec, a-t-il dit. La question c’est : référendum, souveraineté, séparation, ça va être ça. Là, ils vont dire : “Non, non, non, non. Ce ne sera pas ça, ça va être autre chose.” Non, non. C’est ça la question déjà pour 2018. Alors, formidable! »[5] Or, même si le PLQ prétendra que le PQ s’engage à tenir un référendum, PKP aura toute la facilité du monde à montrer qu’il ne tiendra pas de référendum, mais essayera de donner de nouveaux pouvoirs au Québec dans une foule de domaines consensuels, comme la souveraineté alimentaire, culturelle et fiscale. Comme une large partie de la société québécoise n’endosse pas un fédéralisme militant, mais plutôt un nationalisme autonomiste et un certain conservatisme fiscal, le « projet de pays » élaboré par les experts de l’Institut de recherche sera taillé sur mesure pour faire plaisir aux Québécois. Une réaction forte aux mesures d’austérité du gouvernement libéral – qui affecteront gravement l’économie québécoise dans les années à venir – poussera sans doute une partie de la population à endosser des projets de relance économique visant à combler l’insécurité des classes moyennes.

De son côté, la CAQ aura beaucoup de difficulté à se démarquer de la nouvelle mouture du PQ et à contrer l’influence médiatique de PKP. Le réflexe de François Legault sera peut-être d’attaquer l’intégrité morale de son adversaire, mais sa position de faiblesse le poussera peut-être à essayer de négocier une entente électorale. Comme il a été souligné dans un article précédent, l’idée de saucissonner la souveraineté en de multiples morceaux permettrait de créer de nouvelles institutions publiques, d’exiger de nouvelles compétences sur des secteurs particuliers comme les télécommunications et même de créer des alliances entre la CAQ et PKP qui aura décidé de laisser de côté le casse-tête référendaire. En effet, même s’il est trop tôt pour déterminer le degré de probabilité d’une alliance potentielle entre les deux formations nationalistes sur les bases de la souveraineté culturelle par exemple, l’abandon du référendum ouvre la porte à des négociations avec des partenaires sur des points précis. Comme « la démarche visant à conduire le Québec à l’indépendance nationale » reste à « définir au terme des travaux de recherche et de réflexion et avant la prochaine élection générale », PKP peut nous réserver une suite banale, une main pleine ou une flush royale à l’aube des élections de 2018.

De son côté, Québec solidaire se retrouvera dans une situation délicate. S’il refuse abruptement de participer à une stratégie commune et à mettre en œuvre une campagne immédiate et permanente avec le Parti Québécois et les autres organisations indépendantistes de la société civile, il sera ipso facto marginalisé au sein du mouvement souverainiste en refusant une campagne pluraliste pour le « OUI ». S’il accepte d’y participer, alors il se retrouvera comme une flottille au sein d’une armée enthousiaste sous la direction du capitaine du navire amiral. Il devra se positionner par rapport aux différentes études de l’Institut de recherche appliquée sur l’indépendance, et répondre plus rapidement et efficacement au PQ qui élaborera son propre projet de pays d’ici les prochaines élections, avec de puissantes ressources intellectuelles et financières. QS n’aura pas réussi à capter les forces progressistes et indépendantistes d’Option nationale, qui retourneront en majorité au sein du vaisseau mère. Comment élaborer une stratégie de gauche indépendantiste efficace devant une telle situation?

À qui le Québec?

On peut certes attaquer PKP sur le fait qu’il s’agit d’un grand patron antisyndical qui demeure propriétaire d’un grand empire médiatique, ou qu’il appliquera sans doute des mesures d’austérité une fois au pouvoir parce qu’il ne remet pas en question la logique néolibérale. Bien qu’il soit nécessaire d’attaquer le PQ sur son flanc gauche, il n’en demeure pas moins que plusieurs progressistes seront encore fascinés par la puissance du leader et voudront un pays même s’il faut encore faire quelques « sacrifices » pour la bonne cause. L’autre stratégie consiste à attaquer PKP sur la question nationale. Or, comment proposer un contre-discours indépendantiste dans un contexte où le PQ est en voie de redevenir le navire amiral du mouvement souverainiste en proposant une campagne permanente pour l’indépendance et même un projet de pays en prime?

Une piste d’action consiste à poser la question suivante : qui élaborera le projet de société, et à qui appartiendra le Québec? Aux gens du pays ou bien à PKP? Aux Québécois et Québécoises, travailleurs et travailleuses, gens des régions, citoyens et citoyennes, membres des communautés culturelles et Premières Nations, ou bien aux élites politiques et économiques? Le talon d’Achille de la stratégie de PKP réside précisément dans le mandat de l’Institut de recherche appliquée sur l’indépendance dont les travaux « porteront sur la définition du pays, par l’élaboration d’une Constitution québécoise provisoire et sur les modalités d’établissement et de fonctionnement d’une Commission spéciale chargée de rédiger la Constitution d’une République québécoise indépendante, de langue française et laïque. » Ainsi, PKP ne proposera pas une simple Charte des valeurs québécoises version Drainville, mais une Constitution provisoire élaborée en vase clos par les conseillers de son groupe de réflexion privé, puis confiera la rédaction de la Constitution d’une République indépendante à un comité spécial d’experts dont il restera l’ultime maître.

Or, la République repose sur le principe de la souveraineté populaire, le peuple devant être l’unique auteur de sa propre Constitution. Ce n’est pas à une petite élite de technocrates et de politiciens professionnels de rédiger les bases du projet de pays, mais à une Assemblée constituante citoyenne et indépendante des partis qui devra définir, à travers une large démarche de démocratie participative, le statut politique du Québec, les valeurs, droits et principes sur lesquels doit reposer la vie commune, ainsi que la définition de ses institutions, les pouvoirs, les responsabilités et les ressources qui leur sont délégués. Pour faire simple, ce n’est pas à un chef ou à un think tank privé de définir le projet de pays que nous voulons, mais aux gens qui vont l’habiter. À qui le Québec? À nous ou au 1 %? Comme PKP a déjà commencé à employer le langage de la souveraineté populaire et de la république, il est urgent que la gauche ne laisse pas ses adversaires récupérer ces thèmes en les vidant de leur sens. Le projet de pays doit être élaboré directement par les citoyens et citoyennes, et non par un petit groupe d’intellectuels au service d’un Prince.

 

[1]Simon-Pierre Savard-Tremblay, Le souverainisme de province, Boréal, Montréal, 2014, p.131

[2]Ibid., p.139–140

[3] Ibid., p.208

[4] http://www.ledevoir.com/politique/quebec/431636/2018-pkp-solliciterait-un-mandat-pour-le-pays

[5] http://www.ledevoir.com/politique/quebec/431662/referendum-pkp-fait-un-cadeau-inespere-aux-liberaux-croit-couillard

 

 

 

 

 

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CAP-NCS <![CDATA[Le capitalisme canadien soluble dans l’impérialisme]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14604 2015-02-16T12:51:34Z 2015-02-16T12:50:39Z De prime abord, le Canada ne semble guère se qualifier comme pays impérialiste. Il ne domine aucun autre pays politiquement ou économiquement. Il n’a pas la capacité militaire et diplomatique pour protéger les intérêts des multinationales canadiennes à l’étranger. Son économie est structurellement liée à celle des États-Unis, tant par les débouchés pour ses produits que par l’interconnexion des conseils d’administration d’entreprises, dont bon nombre sont des filiales. Tout au long de son histoire, le Canada a plutôt subi les pressions des impérialismes britannique et étatsunien.

Malgré cela, une classe capitaliste autochtone désireuse de poursuivre ses propres intérêts est parvenue à se constituer. Assez rapidement, ses activités ont débordé les frontières nationales, appliquant les modèles d’affaires utilisés par les autres puissances économiques. L’expansion à l’étranger de ces capitaux s’est surtout orientée dans les finances, avec l’implication des banques canadiennes dans les Caraïbes, mais aussi dans les utilités publiques, parallèlement à leur développement à domicile. Le cas de Brascan, une entreprise canadienne implantée pendant plusieurs années au Brésil, vient à l’esprit. Ce conglomérat, surnommé « la pieuvre canadienne » par les Brésiliens, contrôlait la production d’électricité et de gaz, les transports urbains, les téléphones. Il avait un pied dans la plupart des branches industrielles avant son désengagement et ne se gênait pas pour collaborer avec la dictature militaire alors en place au Brésil.

Plus récemment, les transformations affectant l’environnement économique, un processus qu’on peut condenser sous le vocable de mondialisation néolibérale, ont fourni au capital canadien un tremplin pour une expansion extérieure sans précédent. Cette expansion se fait dans des domaines aussi variés que les télécommunications, le commerce de détail, mais aussi les ateliers de misère en Amérique centrale. Pour l’essentiel, ces investissements directs canadiens se concentrent dans trois domaines : les finances et assurances, les industries extractives et la gestion des sociétés. En termes de valeur marchande, ces investissements directs totalisent plus de 1 258 milliards de dollars, auxquels il faut ajouter les investissements de portefeuille (1 273 milliards). Tant et si bien que le Canada commence à afficher depuis la fin de 2013 une position d’actif net dans son bilan des investissements internationaux. Dit autrement, le Canada est en passe de devenir un pays rentier.

Les gouvernements successifs à Ottawa, libéraux ou conservateurs, ont mis l’épaule à la roue pour appuyer ce mouvement. Outre les mesures de déréglementation, ils ont aboli les restrictions sur les placements à l’étranger des fonds de pension au début des années 2000, multiplié les accords bilatéraux de libre circulation des biens et des capitaux, encouragé « l’inversion fiscale » à l’avantage des multinationales américaines en abaissant à 15 % le taux d’imposition des profits, facilité l’évasion fiscale en signant plusieurs conventions avec des îles antillaises reconnues comme paradis fiscaux. Est-il normal que trois de ces localités (la Barbade, les îles Caïmans et les Bermudes) absorbent plus de 100 milliards de placements canadiens? Doit-son s’interroger sur le fait que le Luxembourg, avec 30 milliards d’investissements, se classe au second rang derrière la Grande-Bretagne comme principale destination européenne des investissements directs canadiens? Au moment où le gouvernement se dit pénalisé par la perte de revenus, comment se fait-il qu’on permette ce détournement de fonds sur une aussi grande échelle?

Parallèlement, le Canada s’est constitué comme un relais privilégié pour les capitaux d’un peu partout en offrant aux sociétés minières une législation de complaisance, comme le Panama pour l’enregistrement des navires. En effet, en raison du laxisme dans la détermination du statut de compagnie canadienne et de la défaillance du gouvernement canadien concernant des activités à l’étranger de ses citoyens corporatifs, les capitaux miniers du monde entier transitent par le Canada. En effet, 60 % de la capitalisation boursière mondiale de l’industrie passe par les places financières canadiennes. Les trois quarts des sociétés d’exploration et d’exploitation minière de la planète transigées en bourse ont leur siège social au Canada. Sans doute, cela fait mousser les indices boursiers, mais cela débouche aussi, dans de nombreux cas, sur des comportements délinquants qui sont condamnés et condamnables : destruction de l’environnement et de terres agricoles, déracinement de populations, mépris des populations locales, complicité dans des activités qui violent les droits humains, utilisation de milices paramilitaires pour protéger les sites miniers, exactions de tout genre, etc.

De nos jours, l’impérialisme s’apparente davantage à un système mondial de rapports de domination et d’exploitation. Les capitalistes canadiens, tout en poursuivant leurs intérêts propres, profitent de ce système, tout en contribuant à sa consolidation, au point de tendre à s’y dissoudre.

Février 2015

 

 

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CAP-NCS <![CDATA[L’Afrique devant l’impérialisme]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=14588 2015-02-08T15:56:36Z 2015-02-13T12:49:37Z On a l’impression que ça bouge en Afrique actuellement. Comment comprendre les événements actuels en regard avec l’irruption des mouvements populaires?

Il n’y a pas si longtemps, les médias nous montraient des milliers de Tunisiens et de Tunisiennes en liesse, ravis d’avoir renversé le régime. Peu après, l’insurrection égyptienne forçait le départ du dictateur Moubarak, au pouvoir depuis 30 ans. Un peu partout sur le continent, de Johannesburg à Lagos en passant par Addis-Abeba, la colère des masses a fait irruption. Pour faire échec à ce mouvement populaire, les pays occidentaux ont planifié l’invasion de la Libye, sous le couvert de l’humanitarisme. L’OTAN, ce dispositif au service de l’oligarchie financière de la planète, tente d’éradiquer cette montée de l’anti-impérialisme en Afrique, mais en réalité, la vague de résistance est loin d’être terminée[1].

Pourquoi l’Afrique est-elle dans l’épicentre de la résistance?

L’idée de se tenir debout pour défendre ses droits est profondément enracinée en Afrique; on l’a constaté lors de la lutte contre l’apartheid, une lutte qui continue encore aujourd’hui. L’apartheid représentait le capital impérial sous sa forme raciste. Aujourd’hui, alors que les structures formelles du pouvoir de la minorité blanche ont été brisées, la réalité de l’Afrique australe, c’est qu’elle est un espace où se pratique une immense exploitation. Dans un sens, c’est en Afrique que sont en place les pires formes d’exploitation capitaliste. Le pillage des ressources humaines et matérielles, la biopiraterie, l’apartheid médical, la surexploitation des travailleurs et des femmes, la manipulation et la violence exercée sur les jeunes, les agressions militaires et plusieurs autres formes d’oppression sociale interagissent dans une spirale de crises. Les Africains subissent également le choc de la destruction environnementale et des changements climatiques. Toutes les résistances à ces assauts constituent la base sur laquelle se développe le front anti-impérialiste africain.

Quel est le lien entre la vague de résistance actuelle et celle des années 1950–60? 

Déjà en 1966, Amilcar Cabral avait décrit l’impérialisme comme « la piraterie transplantée des océans à la terre ferme, piraterie réorganisée, consolidée et adaptée à l’objectif de l’exploitation des ressources matérielles et humaines de nos peuples »[2]. Pour lui, l’impérialisme était essentiellement un phénomène de pillage et de vol mis en place dans la course pour le contrôle de l’Afrique. Cette situation, amorcée avec l’implantation des comptoirs commerciaux et le trafic des esclaves au 16e siècle, provoqua une sérieuse saignée démographique, dont le résultat fut l’affaiblissement de l’Afrique au moment où le capitalisme européen prenait son envol. Lors de la conférence de Berlin (1885), les grandes puissantes découpèrent le continent en zones d’influences. Plus tard cependant, les contradictions interimpérialistes firent en sorte que des guerres en Afrique furent le prélude aux guerres européennes du vingtième siècle, prévues par ailleurs par Lénine. Walter Rodney, un chercheur-militant guyanais, a démontré comment l’impérialisme « moderne » s’est transformé sur une base raciste pseudo-scientifique, religieuse et culturelle[3]. Jusqu’à aujourd’hui, cette réalité se perpétue via des interventions militaires, comme on le constate au Tchad, en République centrafricaine, au Mali, en Côte d’Ivoire. Dans la résistance anti-impérialiste actuelle, de nouveaux mouvements ont repris le combat des mouvements de libération nationale. Ils émergent des luttes pour la justice réparatrice, la paix, la vie, la santé et le sauvetage de l’environnement naturel. Certes, celles-ci s’inspirent de la résistance qu’ont incarnée Nelson Mandela, Wangari Mathaai et Patrice Lumumba. Partout en Afrique et particulièrement en Afrique du Sud, les militants et les intellectuels se sont mobilisés pour condamner l’intervention de l’OTAN en Libye et l’établissement des bases du US Africa Command (AFRICOM), une structure militaire dédiée à contrôler le continent africain, dénoncée par plusieurs leaders africains tels Mandela et Desmond Tutu[4].

Quelle est la place du racisme dans le déploiement impérialiste en Afrique?

Selon Rodney, dès la traite des esclaves, de nouvelles « théories » justifiaient la hiérarchie entre les êtres humains, relayés par les philosophes des Lumières et grandes découvertes scientifiques et techniques qui affirmaient la suprématie blanche. Lénine a bien vu que l’impérialisme changeait la donne, en intégrant une partie du prolétariat dans le dispositif de la domination. Il appelait cette couche l’« aristocratie ouvrière ». En Allemagne à l’époque, l’idéologie réactionnaire de la race prit de l’importance. Le « Volk » (le peuple) allemand était supérieur aux autres. D’ailleurs, le colonialisme allemand a « expérimenté » le génocide en Namibie au début des années 1900, avant de le mettre en pratique en Europe. Le même phénomène était à l’œuvre en Angleterre. On avait inculqué aux classes populaires l’idée que certains territoires et certains peuples avaient « besoin » d’être dominés. C’est alors que le vocabulaire de la culture impérialiste s’est « raffiné » : « races inférieures », « peuples subalternes », etc. En réalité, la philosophie de la suprématie blanche a codifié les idées du darwinisme social (la « survie des plus forts »), l’individualisme abrasif, le sexisme, l’inviolabilité du marché, la propriété privée et le credo que « tout le monde peut s’en sortir ».

N’est-ce pas l’héritage d’Edward Saïd que d’avoir expliqué le rôle de la culture dans cette entreprise de domination?

Il avait en effet bien expliqué l’impact de cette culture impériale sur la conscience des peuples[5]. Dans le même sens qu’Amilcar Cabral, Saïd décrivait l’impérialisme comme un système qui définit ce que l’on pense, ce que l’on imagine, au point où il devient normal d’envahir, de déposséder et de contrôler la vie des autres. Sa contribution a été d’expliquer le rôle de la culture dans la mise en place du système contemporain de dominations impériales et dans ce que j’appelle maintenant la culture globale des armements qui lie ensemble les barons de Wall Street et leur financiarisation de l’économie mondiale aux fabricants d’armes, aux faiseurs d’images, aux gestionnaires de l’information, aux contractants de l’armée, aux entrepreneurs politiques, au système de financement des universités et aux experts humanitaires.   

Comment expliquer la perpétuation de la domination malgré la décolonisation?

Après 1945, les États-Unis sont devenus dominants. Ils ont établi une série d’alliances pour maintenir sous une forme moderne le colonialisme, parfois en collusion avec les anciens empires coloniaux (France et Angleterre), parfois via des dictatures locales, celle de l’apartheid en Afrique du Sud par exemple. Quand ce dispositif a faibli au tournant des années 1980, les États-Unis se sont retrouvés dans l’eau chaude. Les Africains leur reprochaient beaucoup le fait qu’ils avaient permis la prolongation du régime de l’apartheid. Par la suite, les États-Unis ont promu l’idée que l’Afrique était « instable », qu’il fallait la « sécuriser ».

Que s’est-il passé en Libye en 2012?

Les États-Unis n’avaient pas confiance dans le leadership libyen. Dans le contexte des insurrections populaires en Tunisie et en Égypte, ils ont pensé qu’il était nécessaire d’intervenir via l’OTAN, qui est un outil des États-Unis. L’OTAN a envahi la Libye sous prétexte de sauver la population, mais depuis l’invasion, 20 fois plus de Libyens sont morts que durant le règne de Kadhafi. La société est gérée par 1 700 milices appuyées sur 250 000 d’hommes armés partout dans le pays. La forme de cette intervention a toutefois été différente de celle utilisée en Afghanistan, en misant sur l’utilisation systématique de bombardements aériens, les attaques par des drones, l’utilisation de supplétifs locaux, de contracteurs militaires privés et de milices armées. En Libye, ces nouvelles manières de faire la guerre étaient nécessaires vu l’hostilité des citoyens en Europe et en Amérique du Nord face aux aventures militaires. Parallèlement, les médias font campagne pour propager l’image du « danger terroriste », pour justifier d’autres interventions militaires.

Les impérialismes sont-ils en train de préparer un nouvel assaut contre l’Afrique?

La rivalité interimpérialiste entre les Européens et les États-Unis s’accentue depuis la crise financière de 2008. Il y a aussi le fait que les « vieux » impérialismes sont en déclin devant la montée de certains États d’Asie et d’Amérique latine. Ces États deviennent plus puissants économiquement. Ils construisent leurs propres structures régionales. Ils n’ont cependant pas les moyens militaires capables de faire face à la puissance des États-Unis. Lors de la mise en place de l’AFRICOM, les objectifs explicites étaient de protéger les ressources stratégiques dont l’Afrique dispose en abondance, et qui sont convoitées par des puissances émergentes comme la Chine, l’Inde et la Russie[6].

Que dire de la Chine? 

Les médias occidentaux parlent beaucoup d’une « offensive » chinoise en Afrique. On les dénonce pour l’accaparement des terres, les investissements et de l’utilisation massive de main– d’œuvre africaine. En réalité, c’est exagéré. La Chine est davantage investie en Europe et aux États-Unis qu’en Afrique. Certes, l’Afrique devient une puissance, mais en gros, elle reste subordonnée en tant que réservoir de main-d’œuvre à bon marché pour les entreprises occidentales. En Afrique par ailleurs, la Chine est souvent (et justement) critiquée pour la manière dont elle traite les travailleurs et pour son indifférence devant les impacts environnementaux des projets d’infrastructures.

Qu’en est-il de l’anti-impérialisme en Afrique?

Depuis la Ligue anti-impérialiste de 1927 jusqu’au projet de Bandoeng et au Mouvement des pays non-alignés[7], les peuples africains ont été à l’avant-garde de la lutte contre le colonialisme, le racisme et l’apartheid. Des résistances de Soweto contre l’apartheid jusqu’aux manifestations massives qui ont forcé le renversement de Moubarak en Égypte, les luttes n’ont jamais cessé. Tout cela envoie un fort message au reste du monde. Selon Desmond Tutu, le concept africain de l’Ubuntu doit être intégré dans la culture de la résistance à l’échelle mondiale. L’Ubuntu dit que l’humanité de chacun est celle de tous. Seule la solidarité peut sauver la planète. C’est d’ailleurs dans ce contexte que la participation africaine à la lutte pour la justice climatique devient de plus en plus importante. On le voit au Nigeria où les populations du delta combattent les entreprises rapaces et le gouvernement. L’impérialisme se sent menacé et tente de bloquer le mouvement, notamment via les interventions militaires. L’un des défis des forces anti-impérialistes dans le monde est de résister au chauvinisme et au racisme qui dressent les peuples les uns contre les autres sur la base de la religion, de la race, du sexe ou de la nationalité. La lutte pour la paix et la reconstruction, en Afrique comme ailleurs, pose les jalons d’un autre monde.

Comment la gauche a-t-elle résisté à ce racisme institutionnel?

Les socialistes ont mis du temps à se détacher de cette vision, car eux-mêmes pensaient que l’histoire du monde était linéaire et que l’Afrique, comme l’Europe, devait passer à travers des étapes inévitables, « universelles », passant du communalisme, de l’esclavage, du féodalisme, du capitalisme, avant d’avancer vers le socialisme. Tout cela s’est effrité entre la Première et la Deuxième Guerre mondiale. Encore aujourd’hui cependant, le racisme reste prédominant dans le système de domination occidentale et entrave le développement de la solidarité internationale entre les luttes en Europe et en Amérique du Nord et celles des peuples opprimés en Afrique. Certaines composantes de la gauche restent encore à l’écart, notamment pour exiger la justice réparatrice face aux crimes du colonialisme et de l’esclavage. Pourtant, le nouvel internationalisme qui ressort des mouvements environnementaux, des organisations contre les ateliers de misère et d’autres initiatives en cours fait en sorte, au-delà de l’afropessimisme des médias d’information, que les travailleurs et les étudiants d’Europe et d’Amérique du Nord prennent conscience de ce que d’aucuns qualifient de renaissance africaine »[8]. Comme chacun le sait, les États-Unis sont présentement en déclin. Des citoyens américains en nombre croissant s’élèvent contre l’impérialisme qui est en même temps raciste et masculiniste et qui devient une sorte de « super impérialisme »[9]. Le défi est de placer la classe dominante face à ses responsabilités, de la rendre imputable, un peu comme cela a été fait dans les années 1960 avec le mouvement pour les droits civiques. Une nouvelle alliance militante avec l’Afrique est nécessaire, inspirée des progressistes et révolutionnaires des décennies précédentes, tels Martin Luther King Jr., Malcolm X, C.L.R. James et Leonard Pelletier[10]. La gauche doit capitaliser sur et approfondir ces traditions anti-impérialistes

Février 2015

Horace G. Campbell a publié en 2013 Global NATO and the Catastrophic failure in Libya, Lessons for Africa in the Forging of African Unity, Monthly Review Press. D’origine jamaïcaine, il est professeur de science politique à l’Université de Syracuse (État de New York).

 

[1] Horace G. Campbell, Global NATO and the Catastrophic failure in Libya, Lessons for Africa in the Forging of African Unity, Monthly Review Press, New York, 2013

[2] Amilcar Cabral, L’arme de la théorie, Paris, Maspéro, 1975. Cabral était le dirigeant de la lutte de libération nationale en Guinée-Bissau. Il a été assassiné par les colonialistes portugais en 1973.

[3] Walter Rodney, “The Imperialist Partitioning of Africa, ”Monthly Review, Avril 1970. Rodney, un leader populaire en Guyane, a été assassiné en 1980 à la suite de son implication dans le mouvement démocratique et anti-impérialiste.

[4] L’AFRICOM est responsable des opérations militaires américains dans 53 États africains. Elle dispose de forces terriennes, navales et aériennes et d’un réseau de bases militaires sur le continent.

[5] Edward W. Saïd, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, éditions du Seuil, 1978. Palestinien d’origine et citoyen des États-Unis, Saïd est décédé en 2003 après une intense vie littéraire et politique en faveur des droits des Palestiniens.

[6] Allison Ayers, « Beyond Myths, Lies and Stereotypes: The Political Economy of a new– Scramble for Africa », New Political Economy, 18(2), 2013.

[7] La ligue anti-impérialiste résulta d’un congrès convoqué à Bruxelles en 1927 par la Troisième Internationale avec l’appui d’intellectuels prestigieux dont Albert Einstein, Félicien Challaye, Henri Barbusse et Romain Roland. La conférence de Bandoeng en 1955 réunit les représentants de 29 pays africains et asiatiques à l’appel des leaders de l’Égypte, de l’Inde, de la Chine, de l’Indonésie. De cette conférence est né le Mouvement des pays non-alignés dans le but d’assurer  « l’indépendance nationale, la souveraineté, l’intégrité territoriale et la sécurité des pays non alignés dans leur lutte contre l’impérialisme, le colonialisme, le néocolonialisme, la ségrégation, le racisme, et toute forme d’agression étrangère, d’occupation, de domination, d’interférence ou d’hégémonie de la part de grandes puissances ou de blocs politiques » et de promouvoir la solidarité entre les peuples du tiers monde. Il regroupe actuellement 120 États.

[8] Firoze Manjii and Sokari Ekine, The African Awakening: Emerging Revolutions, Fahamu Books, Oxford 2012.

[9] David Harvey, The New imperialism, Oxford University Press, 2003.

[10] Martin Luther King (né en 1929) a mené la campagne pour les droits civiques aux États-Unis et est mort assassiné en 1968. Malcom X a commencé son activité politique avec les « Black Muslims » (une secte religieuse) pour devenir l’inspirateur des mouvements afro-américains des années 1960. Il a été assassiné en 1965. Né à Trinidad en 1901, Cyril Lionel Robert James a organisé des mouvements anticapitalistes aux États-Unis et écrit de nombreux ouvrages, dont le plus connu est les Jacobins noirs (1938). Pelletier, un leader du American Indian Movement qui lutte pour les droits des autochtones, a été condamné à la prison à vie en 1977 à la suite d’affrontements entre autochtones et policiers sur la réserve de Pine Ridge au Dakota. Une campagne est en cours aux États-Unis et dans le monde pour exiger sa libération.

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