Nouveaux Cahiers du socialisme Faire de la politique autrement, ici et maintenant... 2016-09-20T14:20:14Z http://www.cahiersdusocialisme.org/feed/atom/ http://www.cahiersdusocialisme.org/wp-content/uploads/cropped-logo-NCS-512-32x32.jpg CAP-NCS <![CDATA[Pensant ensemble l’avenir du Forum social mondial]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16144 2016-09-20T14:20:14Z 2016-09-20T14:20:14Z maher-haninkacemLa tenue au cours de cette deuxième semaine d’une nouvelle session du FSM ici à Montréal est venu en temps opportun, en effet, beaucoup d’événements se sont succédé et beaucoup de changements marquants, politiques, géostratégiques et des multiples dynamiques depuis la clôture de la session de Tunis nous invitent à s’engager davantage à la fin de notre rencontre canadienne dans un débat franc, pluriel et constructif sur la place, le rôle et le futur de notre mouvement altermondialiste, et de l’espace qui nous réunis depuis 2001 ( le FSM )

La crise de la gauche en Amérique latine, la montée des droites et des populismes en Europe, la présence de plus en plus frappante du monde des affaires et de l’argent sur la scène politique internationale ainsi que la double impasse dans laquelle se trouve les printemps arabes semblent retarder le déclin de l’hégémonie néolibérale et nous interpellent à redéfinir notre démarche pour renforcer la capacité du forum à articuler les mouvements émergents pour le changement social et le renouveau de la gauche .
En effet, cinq ans après le réveil de l’histoire pour reprendre l’expression d’Alain Badiou, grâce aux émeutes historiques en Tunisie puis en Égypte, la région du Maghreb Machrek ne semble pas garder la même dynamique.

Les soulèvements populaires dans la région qui portaient des revendications avant tout sociales et également politiques n’ont pas trouvé jusqu’à lors des réponses politiques claires; les populations révoltées sont toujours dans l’attente d’un changement tangible en terme de libertés, de travail, de protection sociale et de préservation de la dignité humaine.

Les mouvements sociaux qui ont poussé les révoltes n’arrivent pas à imposer le changement tant revendiqué et attendu par les peuples de la région et semblent même en perte de visibilité et également de vitesse et de force de frappe.

Dès lors, le désarroi est partagé, le désenchantement gagne les esprits, le vieux monde est en crise. Le libéralisme économique et l’orthodoxie du consensus de Washington ont donc atteint leurs limites. Tout le modèle n’est plus capable de construire un espace politique juste et réellement pluriel. Il s’agit d’une crise aiguë qui touche tous les aspects de la vie humaine et d’un malaise profond partagé par les peuples d’un sentiment d’incertitude : « partout les balises vers le futur ont disparu » (E. Morin).

En revanche et face à cette crise, notre mouvement et notre combat pour un monde meilleur continue : Podémos en Espagne, Razem en Pologne, Syriza en Grèce puis le mouvement DiEM25 (fondé par le philosophe croate Srecko Horvat avec Yanis Varoufakis), la nuit debout dernièrement en France, la campagne de B. Sanders, accompagnée par les voix levées des Occupy et de Black Live Matter aux états unis, l’étendu de la campagne BDS, en plus de la mobilisation grandissante autour de la justice climatique partout dans le monde, la remobilisation des mouvements sociaux en Tunisie et au Maroc en Égypte dans un contexte politique difficile et la question des droits des immigrés… nous amènent à croire au sillon de l’espoir qu’on a creusé ensemble depuis 15 ans.

Comment peut-on alors tirer profit de nos expériences après tant d’années et continuer à travailler en réseaux solidaires ? Comment dépasser et surmonter nos faiblesses et les incapacités de nos sociétés au sein desquelles nous agissons et trouver le chemin de changement en posant leurs revendications en termes politiques clairs et en trouvant les voies de mobilisation pour l’émergence d’un nouveau monde meilleur.
Dans ce contexte général, les mouvements altermondialistes magrébins, portés il y a cinq ans par des révoltes contre l’exclusion, la pauvreté et les disparités territoriales, réclament une véritable liberté, et une réelle démocratie sociale se trouvent face à des nouveaux défis et enjeux sur leurs rôles et leurs lignes de mobilisations dans un champ d’action nouveau à la fois par ses opportunités que ses difficultés.
Notre apport dans la réflexion globale pour une alternative au néolibéralisme, pour un nouveau contrat social garantissant le travail décent, le respect des droits économiques et sociaux, la diversité culturelle et linguistique, ne peut être qu’à travers notre ancrage social sur les terrains de nos actions.
L’union des mouvements de résistance, et plus de solidarité sont les seuls moyens qui nous donneront la complémentarité pour élaborer nos alternatives, la force pour mobiliser les masses, faire converger nos luttes et gagner des batailles sur nos terrains d’action.

C’est dans ce sens que les mouvements sociaux et civils magrébins participants au FSM de Montréal seront menés à poser d’une manière claire les axes suivants pour en débattre entre eux et avec les autres mouvements venus du monde entier dans le but de revitaliser le mouvement d’ensemble et surmonter son essoufflement.

Les printemps arabes : comment sortir de l’impasse ?

Passer les premiers moments d’euphorie et d’enthousiasme, les acteurs sociaux pour un autre Maghreb démocratique libre et juste, à travers les trajectoires qui mènent au véritable changement, se trouvent confrontés à une double impasse.

Cinq ans après on ne peut pas nier, la déception voir même la frustration de toute une jeunesse qui s’est révoltée pour changer sa vie, on est en fait dans une double impasse.

Le titre de Sophie Bessis est dans ce sens révélateur, il nous invite à interroger le moment présent et penser la situation dans laquelle est bloquée la transition démocratique et tout le processus révolutionnaire jadis attendu comme un processus de jaillissement des possibilités de libération et de progrès.

Cette double impasse qui met les valeurs universelles de liberté, de justice sociale et de dignité humaine à l’épreuve des deux fondamentalismes religieux et marchand, dénotent bien les difficultés que nous affrontons pour changer l’ordre dominant dans notre région.

Un processus révolutionnaire qui revendiquait plus de liberté, de justice sociale et de dignité s’est vu troublé par des problématiques identitaires et de remise en question des libertés fondamentales, des droits des femmes et du droit à la citoyenneté. Les questions de justice sociale, de dignité, du rôle de l’état ne sont plus à l’ordre du jour, car la terreur a mis les questions de sécurité comme une priorité. La lutte contre le fondamentalisme a relégué les mouvements sociaux au second plan et les a caché.

Or il convient de remarquer que l’engagement dans ces mouvements religieux radicaux est fortement lié aux problèmes d’une jeunesse exclue, profondément oubliée, humiliée qui est restée en marge du développement; devenant ainsi une proie facile des idéologies rétrogrades et des réseaux terroristes armés et violents.

Une jeunesse dont l’avenir est hypothéqué par l’absence d’opportunité de travail, pas de politique sociale lui étant destinée que ce soit sur le plan de la création d’emploi, de l’accès à la culture, du sport et/ou du développement personnel. Une précarité qui touche narcissiquement la jeunesse maghrébine au point de ne pouvoir retrouver un objectif et une renarcissisation (certes trompeuse) que par le combat et la lutte contre les autorités ou les nations qu’il juge comme responsables de son mal être.

Ainsi, ces révolutions n’ont pu aborder les questions de justice sociale, de dignité et des droits des citoyens pour des causes sécuritaires qui sont elles-mêmes devenues responsables aujourd’hui de l’accentuation des problèmes économiques et du recul en matière de justice sociale.

D’un autre coté, le pouvoir de l’argent, la domination de la logique du profit et de spéculation bloque l’essor d’une nouvelle économie au service des sociétés et de l’intérêt commun. Le fondamentalisme orthodoxe du néolibéralisme continue à ignorer les revendications légitimes des peuples et des strates le plus démunies gardant ainsi des écarts inacceptables entre riches et pauvres, entre régions favorisées et défavorisées.
Néanmoins, nos peuples ne doivent pas céder à la peur, au terrorisme et au fatalisme en reléguant les questions économiques et sociales. Notre lutte dans ce sens est double : elle est contre le terrorisme et le fondamentalisme religieux, mais également contre l’orthodoxie néolibérale et la classe politique corrompue dominante.

Ainsi, on ne peut, à partir de nos référents humanistes et altermondialistes réduire la lutte contre le terrorisme à des simples mesures sécuritaires. Cette notion de lutte contre le terrorisme et le danger de radicalisation de jeunes doit être envisagée par plus de politiques sociales, des véritables réponses concrètes à la précarité, par une véritable politique culturelle et éducationnelle en prônant la paix, la tolérance, l’amour de l’autre et le dialogue des cultures, mais pas par la confrontation et la stigmatisation.

Nous demeurons convaincus qu’un monde plus juste ne peut point être bâti par les détenteurs des sectes néolibérales, défenseurs d’un capitalisme agressif, inhumain et destructeur de la nature et de la biodiversité. Le salut de l’humanité n’est pas dans la productivité profitant à 1 % des plus riches, mais dans la redistribution, la préservation de l’environnement, le développement social et la réduction des inégalités.
En effet, relancer les mobilisations au sein des sociétés magrébines ne se résume pas à nos yeux à défendre une démocratie réductive se limitant à un vote et à des échéances électorales. Ces mobilisations prendront tout leur sens et auront plus d’impact en impulsant une vitalité dans les institutions et les forces de contre pouvoir en prônant une citoyenneté sociale, participative et en acte, inclusive des jeunes, des femmes et des nouveaux acteurs sociaux et politiques.

Une démocratie respectueuse des minorités, des droits de l’homme et de l’égalité des chances, des droits des femmes ne peut point être le but des deux fondamentalismes religieux et de marché. C’est en mobilisant les citoyens eux-mêmes contre ces deux ennemis de la démocratie que l’on avancera vers une alternative sociale et solidaire et que l’on débloquera la marche vers une transition démocratique réelle.

La lutte contre l’Islamophobie, le racisme et le refus de l’Autre

Exposés à une propagande néoconservatrice rampante, des pans entiers de la réflexion politique dans les sociétés occidentales semblent contaminés par l’idée dangereuse et fortement défendue par Samuel Huntington du « choc des civilisations ».

Une telle approche, développait depuis la fin du 20e siècle notamment après le 11 septembre, la culture de la peur de l’Autre, en l’occurrence de la « culture musulmane » désignée comme la barbarie de l’époque moderne, violente par essence elle est une véritable menace pour les valeurs universelles de l’occident à savoir le rationalisme, la liberté, la démocratie et le progrès.

Réfuter aujourd’hui cette stigmatisation accentuée, nous amène à revenir au contexte de vulnérabilité économique et à la profonde crise sociale aggravée par cette période de transition démocratique post révolution.

Cette nouvelle situation a eu pour conséquence une augmentation des flux migratoires. Le retour au pays des exilés pour des raisons politiques s’est vu accompagné de pressions migratoires de plus en plus fortes pour diverses raisons vers l’Europe. La politique européenne de repli a conduit des ONG, des mouvements syndicaux, des défenseurs de droits de l’homme, des politiques, des intellectuels et des artistes à poser de nouveau la question des droits des migrants selon le droit international et selon l’éthique de la solidarité entre les peuples.

Plus précisément, le bassin méditerranéen a également été frappé ces dernières années par une montée de l’extrémisme au sud comme au nord. Cet extrémisme s’exprime à la fois par la montée de l’extrême droite, du racisme et de la xénophobie en Europe et du développement des mouvements islamistes rétrogrades et violents appelant à un repli identitaire dangereux au sud et au sein des communautés des immigrés et travaillant pour radicaliser de jeunes immigrants fragilisés.

Dès lors, ces deux mouvements d’extrême droite s’autoalimentent. En effet, le rejet de l’altérité et le racisme à l’égard des immigrés se développent dans un environnement entaché par les attentats et la menace terroriste. Ainsi, la radicalisation des jeunes musulmans se nourrit du sentiment d’humiliation et de mépris (El Hogra).

Le racisme de son côté se nourrit de la peur de l’étranger proche, car il représente une menace pour l’identité vantée par un occident dominant et les valeurs des sociétés européennes. Ainsi, dans un contexte de mondialisation mal gouvernée et mal maîtrisée, la peur est exacerbée par les difficultés sociales et les incertitudes par rapport au futur. Le racisme sévit aujourd’hui donc dans les deux camps.

Quelle réponse donner aujourd’hui aux jeunes qui pensent que l’État islamique a raison quand il leur dit qu’ils vivent dans une société islamophobe et un monde qui combat l’Islam et qu’il est de leur devoir aujourd’hui de se soulever contre cette société et ce monde mécréant qui les rejette et qui rejette leurs croyances. Daech, l’État islamique et/ou tous les autres mouvements radicaux ont tous compris que le néolibéralisme a créé une déstabilisation importante et font tout pour instrumentaliser le discours et les symboles religieux dans une guerre de religion et de culture abjecte, et pousser des jeunes aveuglés à commettre des attentats et des attaques terroristes atroces et fortement condamnables.

Une telle crise identitaire sur fond de crise économique et sociale dans les ghettos, d’apartheid social et les régions oubliées rend une partie de cette jeunesse très facilement mobilisable pour devenir les alliés des mouvements terroristes. Les attentats et les images de violence largement diffusées dans les différents pays engendrent une diabolisation de toute une communauté. Cette diabolisation nous amène à poser le problème aussi bien au niveau des réactions ou agissements politiques lorsque l’on met en débat des sujets tels que la déchéance de nationalité, la fermeture de frontières et l’ethnisation de la violence. De tels débats ne font qu’attiser la haine et souffler sur la braise et aggravent la polarisation identitaire.

Il est inconcevable pour les véritables forces de liberté de se laisser intimider par les destructeurs de la démocratie du fait de leur haine de l’Autre et il est de leur devoir de proposer des alternatives de lutte sociale, culturelle et aussi politique, contre la radicalisation et la terreur en imposant un débat de fond et pluriel sur l’espace public.

Le but des forces conservatrices et des droites néolibérales est de hisser des murs de séparation entre les peuples et de rendre son union face au capitalisme sauvage difficile voir impossible. Les médias jouent également un rôle fondamental dans cette stigmatisation des populations opprimées l’une contre l’autre et dans cette construction des murs de séparation symbolique, culturelle et psychologique.

Aujourd’hui, les attentats laissent place à une communication qui joue sur l’émotionnel et n’interpelle plus les citoyens sur des analyses plus profondes, sur un horizon plus long. Les médias travaillant sur la sphère émotionnelle induisent dans la population le besoin de réponses immédiates, de solutions qui sont elles-mêmes dans la radicalité. La peur induite par les attentats est présentée à travers la qualité et la quantité d’images de manière à augmenter le sentiment d’insécurité de façon exponentielle et de la conduire à exiger et à accepter des mesures sécuritaires même répressives.

Il est clair que ces médias aujourd’hui jouent entièrement le jeu que Daech et/ou les mouvements terroristes souhaitent qu’ils jouent. Ils manipulent la population dans le même sens que les mouvements fanatiques, l’empire médiatico-culturel veut bien nous interdire de penser autrement.

Notre combat est de surpasser cette idéologie dominante de la résignation et de déconstruire ces postulats afin de montrer que seule une paix basée sur le droit et l’hospitalité n’est possible.

A présent, le retour à une idée qui a surgi lors du 2e forum social mondial est d’actualité à savoir la mise en place d’un mouvement international défendant la paix, le dialogue des cultures et qui pourra prendre la forme d’un parlement mondial issu des sociétés civiles à travers le monde.

Un tel parlement aura pour prérogatives de défendre la conciliation des différentes cultures et d’insister à la réhabilitation des instances internationales pour éviter tout usage unilatéral et l’instrumentalisation de la guerre contre le terrorisme au profit des puissances dominantes.

Pour un véritable changement et un nouveau modèle de développement

Il va sans dire que relancer la mobilisation sociale pour un véritable changement inclusif des plus démunis, des dominés, des populations des régions oubliées et marginalisées, des citoyens d’en bas, est devenu un impératif politique plus pesant après l’avènement des changements amorcés par les révoltes de la région du Maghreb (14 janvier en Tunisie, 20 février au Maroc).

La volonté populaire de changer les conditions de vie se trouve aujourd’hui confronter à l’acharnement des forces puissantes locales et étrangères pour reconduire le même modèle de développement adopté depuis la fin des années 80 malgré son échec cuisant.

Le chômage des jeunes, l’injustice territoriale et les disparités entre les régions favorisées et marginalisées, la pauvreté élevée, la détérioration des services publics ne font que confirmer les injustices sociales, territoriales et de genre dans nos sociétés dont l’Etat est le premier responsable par ses politiques publiques.
Par ailleurs, l’endettement des pays qui ont fait leur « révolution démocratique » ne cesse d’augmenter. Nous avons l’impression paradoxalement que ces révolutions pour plus de démocratie ont hypothéqué financièrement les revenus futurs. Elles ont un coût financier dont les charges d’intérêt vont revenir à l’occident et aux organismes créditeurs qui plombera pour longtemps les économies des pays en transition et les contraindra à plus d’austérité et de réduction des dépenses publiques qui ne peuvent avoir que des coûts sociaux douloureux sur les classes populaires et moyennes.

L’idéologie néolibérale dominante prônant un individu « rationnel » universel, guidé par sa raison technique et son intérêt économique, régulé par le marché et le droit mondialisés semble avoir engendré plus de précarité et de souffrance. Nous assistons à une crise des pratiques néolibérales, les valeurs d’un capitalisme heureux ne sont plus défendables. Pour le psychanalyste Roland Gori : les gens ne sont plus «croyants» de cette «religion de marché», et on leur demande de demeurer «pratiquants» d’accepter de souffrir l’austérité pour mériter le paradis promis par la technocratie.

Ces mouvements conservateurs sont nés de la défaillance de ce système et au lieu aujourd’hui de penser à changer le système, à chercher comment extraire les personnes de la précarité et de l’injustice pour rétablir la paix sociale, le politique et les débats sur le religieux et les identités prennent, sous l’effet d’une main invisible, le dessus dans nos sociétés et dans toute la région du Bassin méditerrané.

En harmonie avec la téléologie néolibérale appelant à un État minimum, l’offre islamiste de justice sociale (M. Tozy, 2015) se base sur le rôle des associations de charité et d’assistance ouvrant la voie au clientélisme partisan et au cadrage de la société pour des fins idéologiques. Pour l’islam politique, il ne s’agit pas de défendre un système de droits pour tous fondé sur le principe universel d’équité, mais d’une logique d’acceptation religieuse de l’injustice sociale à laquelle pallierait un dispositif basé sur la charité.
Pour nous, altermondialistes, il s’agit de penser, aujourd’hui, la démocratie sociale à travers de véritables programmes de développement régionaux et sectoriels dans un cadre plus global de développement social, humain et durable et par l’adoption d’un nouveau modèle de développement qui redonne à l’État son rôle régulateur, développementiste, redistributeur des richesses et garant des égalités des chances.

En plus de ce combat pour des politiques publiques volontaristes, il est de notre devoir plus concrètement de nous mobiliser, d’engager les citoyens et de nous inspirer des expériences des réussites pour la mise en place d’alternatives d’économie sociale et solidaire qui peuvent constituer des micros transformations prônées et portées par des acteurs réels.

En effet, développer le commerce équitable, des programmes de financement des micros projets, les associations d’échanges non monétaires, les nouvelles coopératives de consommation en circuit court et les services de proximité peuvent être pour les défenseurs des alternatives au libéralisme des projets réalisables et mobilisables.

La question du financement solidaire est alors posée, une refondation du système financier doit être la clé de voute des débats en y intégrant plus d’éthique, de coopération, d’équité et de justice sociale.

Quels débouchés politiques à nos mouvements ?

La transition que nous vivons dans la région vers un horizon politique nouveau est en train de toucher les institutions de l’État, les règles de l’exercice du pouvoir, les structures de la société, les comportements sociaux et les rapports entre gouvernants et gouvernés. Il s’agit d’un changement à la fois institutionnel et social touchant toute la morphologie de la société et son éthos.

Sans crier à la rupture totale avec l’ancien ordre autoritaire dominant et l’ancien mode de gouvernance, nous sommes réellement en période de gestation où les individus et les acteurs collectifs cherchent à s’adapter à la nouvelle situation mouvante et affronter les nouveaux défis.

Dans ce nouveau contexte des groupes sociaux jadis exclus, sans voix et dominés se mobilisent pour exprimer une citoyenneté active défendant ainsi le droit à l’eau potable, la santé, à l’emploi, aux services publics et réclamant une nouvelle gouvernance politique qui met fin à l’autoritarisme, le népotisme et à la corruption.

La tenue de deux forums sociaux dans la région a certes dynamisé davantage le champ politique et boosté les mouvements sociaux altermondialistes, les préparatifs pour la COP 22 à Marrakech offre aussi une autre occasion à la société civile pour se mobiliser davantage, conscientiser les citoyens, pour la justice climatique et les droits environnementaux et articuler leurs luttes.

Néanmoins, cette gestation reste fragile et menacée, le diktat des institutions de Bretton Woods qui veulent nous imposer une nouvelle dictature émanant exclusivement d’experts: banquiers, financiers, économistes et technocrates dépolitisés au service d’une idéologie libérale. Ces derniers sont propulsés et imposés au-devant de la scène pour entraver l’élan démocratique réel, et la genèse d’une culture démocratique étendue.
Par ailleurs, le retour des anciennes pratiques de coercition, de contrôle et de domination constitue aussi un véritable défi à l’élargissement de l’horizon démocratique et l’inclusion réelle des citoyens et citoyennes dans le champ du politique.

Il serait contre-productif pour nous militants altermondialistes et défenseurs de la démocratie, des libertés et de la justice sociale de ne pas penser les moyens nécessaires pour faire de ce moment révolutionnaire un tournant historique qui a débuté sous forme de mouvements sociaux un moment fécond dans un processus de transition réel vers une démocratie sociale et solidaire et un véritable état de droit.

Ainsi, la constitution d’une identité politique devient une interpellation démocratique, notre révolution ne peut s’accomplir sans fournir aux différents groupes sociaux mobilisés contre la domination, l’aliénation et l’exclusion, des possibilités de convergence un socle de valeurs commun et une nouvelle grammaire politique émancipatrice.

Passer de l’isolement, de l’immédiateté, de la spontanéité et de l’entre soi, à la solidarité et à la convergence des luttes, nous poussera vers une politique du peuple, une politique qui ouvre aux subalternes les possibilités de la participation politique, où pour emprunter les mots de Gramsci, permettre aux exclus subalternes de passer de l’être un sujet subalterne en soi à un sujet subalterne pour soi. Elle donnera au mouvement des mouvements un sens proprement politique et contribuera à changer le rapport de force en faveur des dominés face aux dominants.

La diversité des luttes et sa pluralisation est certes un signe de démocratie et de vivacité et de citoyenneté engagée or la mondialisation marchande et capitaliste tend à travers différents moyens à renforcer son hégémonie et à tuer cette diversité. Plus d’engagement politique de nos mouvements, à côté des forces politiques de gauches et des autres mouvements de masse, dans nos différents contextes respectifs non seulement comme forces de contestations, mais également de changement par la prise du pouvoir politique au niveau local, régional et national est nécessaire.

Ainsi, on s’engagera plus clairement, pour la mise en pratique d’ un nouveau mode de gouvernabilité qui propose le renouveau de la démocratie avec des fondements basés sur le principe d’égalité entre les acteurs et la logique de la participation ouverte et continue, une participation qui se veut inclusive de l’individu pas en tant que monade isolé mais aussi comme membre d’une communauté éthique, culturelle, territoriale, d’un groupe social et d’une classe reconnue en tant que telle.

Pendant longtemps l’accent a été mis sur la contestation citoyenne, il est peut-être temps de penser à des voies nouvelles pour pouvoir mieux gouverner nos régions, nos pays, et le monde.
En guise de conclusion la tenu du Forum ici au ‘’ nord ‘’ et en dépit de toutes les lacunes a été une réussite, et un pari gagné.

Garder l’élan porteur que nous offre notre rassemblement se traduira par notre volonté d’amorcer une revitalisation de nos méthodes, de nos rapports au monde d’aujourd’hui pour avoir plus de capacités à catalyser, redynamiser, et redonner confiance aux mouvements comme forces capables de changer le monde en partant du local vers le global.

Montréal Aout 2016
Contribution de Maher Hanin – F.T.D.E.S, Kacem Afaya UGTT (Tunisie)

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Université populaire Des NCS <![CDATA[Bulletin du réseau Intercoll]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16139 2016-09-19T12:10:46Z 2016-09-19T12:06:53Z Inter Coll by Noveaux Cahiers du Socialisme on Scribd

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CAP-NCS <![CDATA[Quelques notes sur le Forum de Montréal et sur l’avenir du FSM]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16131 2016-09-18T14:58:32Z 2016-09-18T22:00:10Z L’appréciation du Forum social mondial de Montréal en août 2016 est contradictoire. La participation des mouvements du Sud a été freinée par les scandaleux refus de visas et la faiblesse du fonds de solidarité. Ces problèmes étaient attendus, mais leurs conséquences ont été sous-estimées. Le développement, dans le Nord, du processus des Forums sociaux mondiaux est nécessaire ; il ne peut se faire au détriment de la participation pleine et entière, première même, des mouvements des pays du Sud. La participation des mouvements de différents pays à Montréal, ville internationale, a permis une certaine diversité des participants, sans pour autant corriger les absences qui ont pesé très lourd. Les débats ont été, dans l’ensemble, de très bonne tenue. La principale raison est le retour des Forums thématiques et des mobilisations internationales. Les réseaux de mouvements se sont renforcés dans beaucoup de domaines qui ont été visibles à Montréal. On a pu le voir dans les tables de convergence et dans les grandes conférences qui ont été très suivies. Des rencontres régionales de mouvements ont été très importantes. Celle sur l’Amérique latine (organisée par l’Espace émancipation des NCS) a permis de prendre la mesure d’une évolution dramatique. De même que les rencontres sur le Moyen-Orient avec la présence des mouvements palestiniens et de BDS, les conférences sur la Syrie, l’Irak, l’Égypte. On a pu mesurer le dynamisme du processus avec les forums associés tels le Forum mondial des migrations, le Forum des médias libres, le Forum sur la théologie de la libération, le Forum des parlementaires et des élus locaux.

L’avenir du FSM

L’avenir du FSM a fait l’objet de débats très vifs. Plusieurs sessions y ont été consacrées et la table de convergence sur l’avenir du FSM organisée par Pierre Beaudet a été très suivie. De manière générale, il y a un accord pour élargir le processus avec des forums locaux, nationaux, régionaux, thématiques. Mais, le débat sur l’avenir des forums est plus profond. La prochaine étape du mouvement altermondialiste nécessite une réinvention complète des forums sociaux mondiaux et du processus des forums. Cet accord, actif pour certains, passif pour beaucoup, part de de l’appréciation suivante : l’espace des forums est très insatisfaisant, mais pour l’instant, il n’y en a pas d’autre qui permette une rencontre internationale large des mouvements sociaux qui contestent la domination mondiale néolibérale. L’avenir des forums sociaux mondiaux est dans leur capacité à construire l’espace des débats et des élaborations, des mobilisations et des actions citoyennes, des pratiques alternatives. L’ensemble constitue l’espace d’un projet alternatif d’émancipation.

Le Conseil International (CI)

Lors des rencontres du Conseil International (CI) du 13 au 15 août, les débats ont été très tendus, notamment sur la reconnaissance de BDS, sur les visas et sur la proposition d’une déclaration contre le coup d’État au Brésil. En réalité, le débat sous-jacent a porté sur l’inadaptation des formes d’organisation par rapport aux défis liés à la nouvelle situation. Cette question des formes d’organisation n’est pas très en cause au niveau du processus et se révèle assez adaptée pour les forums nationaux, régionaux ou thématiques. Elle est plus fortement posée au niveau des Forums sociaux mondiaux qui restent des rendez-vous importants, mais sont de plus difficiles à organiser du fait que les mouvements sociaux sont confrontés à des environnements défavorables. C’est au niveau du Conseil international que la question est la plus difficile. La contradiction est très grande : le processus et les forums sociaux mondiaux ont besoin d’une référence et d’une instance de recours qui ne soit pas une direction. Il faut arriver à un accord sur une nouvelle forme d’organisation du CI et il faut, en même temps, faire face à la situation avec un CI qui ne peut plus compter que sur une partie des mouvements qui l’ont constitué. Nous entrons dans une période transitoire pendant laquelle les forces actives du processus devront entamer un processus de transformation. Il y a toutefois un préalable. Parmi les nombreux débats qui agitent les Forums sociaux, il y a la manière d’adapter la mise en œuvre de l’horizontalité et du consensus qui correspond à deux visions de la situation. Pour certains, il s’agit d’accentuer encore plus un espace horizontal ouvert pour faciliter les rencontres et les convergences. Pour d’autres, il s’agit de renforcer la radicalité des forums en organisant les débats politiques, les prises de décisions et les actions communes. Nous ne pourrons pas avancer si nous ne trouvons pas une forme d’accord ou de cohabitation, au moins provisoire, entre ces deux positions.

Pour préparer la prochaine réunion du CI de janvier 2017[1], cinq groupes de travail ont été constitués dans le but de :

  • Remettre en place le secrétariat du CI.
  • Actualiser le Guide des principes d’organisation des Forums (notamment à partir de la demande de BDS).
  • Lancer le processus pour la constitution d’une Assemblée des mouvements en lutte.
  • Élaborer un texte d’analyse de la situation politique mondiale.
  • Relancer une stratégie de communication du Forum.

Gustave Massiah est membre du CRID (France) et du Conseil international du FSM. Également membre fondateur d’Intercoll.

 

[1] Elle aura lieu à Porto Alegre, en janvier 2017. ]]>
CAP-NCS <![CDATA[Déclaration finale]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16128 2016-09-18T13:52:15Z 2016-09-18T13:52:15Z forum_parlementaire_fsm2016Nous, participantes et participants du Forum parlementaire mondial, réuni.es à Montréal, le 9 août 2016, dans le cadre du Forum social mondial, des élu.es de tous les continents représentant des formations politiques adhérant à la Charte de Porto Alegre, des représentantes et représentants des mouvements sociaux et des citoyennes et citoyens engagé.es, adoptons la déclaration suivante. Nous dénonçons l’État canadien qui a interdit de séjour de nombreux participants et participantes du Forum social mondial engagé.es pour la paix, la démocratie, la justice sociale et l’environnement, parmi lesquels plusieurs parlementaires.

Il y a 16 ans, à Porto Alegre, au Brésil, le Forum social mondial faisait con verger, pour la première fois à l’échelle planétaire, les résistances au néolibéralisme et à la globalisation capitaliste. Depuis cette date, les forums sociaux locaux, régionaux et mondiaux débusquent les mensonges du néolibéralisme, rapportent la voix de s luttes sociales et construisent des alternatives. Nous saluons les personnes engagées dans les mouvements sociaux, les organisations politiques progressistes et les collectifs locaux qui luttent sans relâche pour une société mondiale libre, égalitaire et écologiste.

L’an 2000 fut aussi l’année de la première Marche mondiale des femmes, réalisée à l’initiative du mouvement des femmes du Québec. Nous tenons à souligner les objectifs, toujours actuels, de cette marche : mettre fin à la pauvreté et à la violence dont sont victimes les femmes. Dans notre lutte pour la justice sociale, nous favorisons l’égalité économique et la parité politique, autant dans nos organisations que dans la société. La souveraineté des peuples ne se fera pas sans la souveraineté des femmes sur leur corps et leur vie économique.

Le mensonge de l’austérité et du néolibéralisme

Malgré nos luttes et notre convergence, les gouvernements appliquent les recettes néolibérales en promettant les bienfaits du libre marché pour leur population. Les politiques du néolibéralisme accentuent l’enrichissement des grandes corporations et du 1 % le plus riche, au détriment de la majorité de la population, en particulier les femmes, les jeunes et les populations racisées. Le désengagement social touche principalement les services sociaux et communautaires assurés par le travail féminin, qu’il soit rémunéré ou non.

Suite aux crises financières mondiales successives, les gouvernements ont renfloué avec de l’argent public les marchés financiers, responsable s des déséquilibres économiques, tout en adoptant des mesures d’austérité sociale qui étouffent les populations et augmentent les inégalités. De plus, l’austérité nuit à la conversion écologique de l’économie ainsi qu’à la satisfaction des besoins essentiels de toute la population.

Nous réitérons que la crise de la dette publique est un instrument de domination de la finance globalisée sur les peuples. Pour atteindre les exigences des créanciers internationaux, les États sont obligés de couper drastiquement dans les dépenses sociales, privatiser des sociétés publiques et d’entamer des réformes structurelles qui bénéficient aux classes dominantes et aux entreprises transnationales. Nous, participantes et participants du Forum parlementaire mondial, venons des pays anciennement colonisés et des pays du Nord floués par les institutions financières ; nous demandons l’annulation des dettes souveraines insoutenables. Nous soutenons la lutte politique au niveau institutionnel pour le réajustement de dettes dans les p ays du Sud européen. Pour financer adéquatement les services publics, il est urgent d’enrayer l’évasion fiscale des riches et des grandes sociétés. Pour ce faire, nous sommes en faveur d’institutions intergouvernementales qui puissent régir et sanctionner les pratiques fiscales frauduleuses.

Les défis de la justice sociale, environnementale et climatique La conférence de Paris de 2015 a officialisé ce que le mouvement écologiste dit depuis longtemps : le défi climatique planétaire nécessite de s’engager dès maintenant sur la voie d’un changement radical. Or, ce changement ne pourra s’opérer qu’en dépassant le système capitaliste actuel.

Les bouleversements climatiques causent déjà d’immenses dégâts, dont l’appauvrissement écologique de nombreux territoires et des catastrophes météorologiques à répétition. Ces dégâts affectent au premier chef les peuples autochtones et les pays les plus pauvres. Les pays développés ont une responsabilité historique dans les changements climatiques. Or, les classes dominantes, qui profitent des inégalités actuelles, contrôlent les États et les grands conglomérats économiques et n’ont aucun intérêt à changer le système économique et technologique.

Nous croyons que les partis politiques progressistes s’allient aux mouvements sociaux à travers le monde pour proposer une alternative viable au système actuel et pour engager les peuples dans une transition énergétique juste et des stratégies d’efficacité énergétique abordables pour tous et toutes.

Nous demandons de conclure et de mettre en œuvre des accords juridiquement contraignants sur le climat pour limiter la hausse de la température moyenne mondiale en deçà de 2 °C, avec un objectif de 1,5 °C. Les grands projets énergétiques ou miniers doivent être évalués selon l’objectif de transition énergétique, afin de sortir de l’économie du carbone et de la production d’énergie nucléaire, ainsi que l’obligation de protéger le patrimoine aquifère, agricole et culturel des populations locales et dans le respect de la souveraineté des peuples autochtones.

Nous saluons la lutte contre la construction de l’oléoduc Énergie – Est au Canada, bataille menée par des autochtones, des communautés locales et des mouvements écologistes. Cet oléoduc s’inscrit dans une stratégie pour le développement pétrolier à l’encontre des objectifs de réduction des GES et de la protection de l’environnement. Des projets similaires peuvent être trouvés dans différents endroits de notre planète.
Par conséquent, nous, parlementaires, militantes et militants de la gauche, syndicalistes, et représentantes et représentants de la société civile, avons uni nos forces et travaillé sur des stratégies concrètes pour instaurer la justice sociale et environnementale.

Nous nous engageons à soutenir les initiatives des communautés pour enclencher la transition écologique et améliorer l’accès pour toutes les personnes à une alimentation suffisante, ainsi qu’à renfoncer les économies circulaires et régionales. Nous défendons la souveraineté alimentaire des peuples et faisons la promotion d’un modèle agricole soutenable basé les petites fermes, qui respecte la biodiversité et l’environnement. Nous demandons l’exclusion de l’agriculture du champ d’application de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Traités de libre – échange : vers des alternatives populaires

L’un des principaux piliers du capitalisme néolibéral est l’établissement des traités de libre – échange entre les pays facilitant le commerce des biens et services, à travers l’abolition des tarifs douaniers, des règles sociales et environnementales, ainsi que l’élimination du soutien public à des industries nationales. Pour assurer l e respect de ces traités de libre – échange, les États acceptent l’instauration de tribunaux supranationaux opaques. Ceux – ci ont le pouvoir de trancher les conflits opposant les gouvernements aux investisseurs et multinationales se prétendant lésés dans leurs intérêts commerciaux par des législations nationales. Ces tribunaux supranationaux peuvent exiger des États des sommes gigantesques en dédommagement et les empêcher de légiférer en faveur des droits sociaux et de l’environnement.

Dans les faits, les traités de libre – échange exigent des États le renoncement à leur capacité à légiférer au bénéfice des populations et empêchent, par conséquent, l’exercice plein et entier de la souveraineté populaire. Ils sont un outil d’asservissement des peuples aux intérêts du capitalisme financier et conduisent à l’augmentation des inégalités sociales.

Nous nous opposons à ces accords de libre – échange, et dans l’immédiat à l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne, au Partenaria t transpacifique (PTP), au Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP), à l’Accord sur le commerce et les services (TiSA) et aux accords de libre – échange imposés aux pays en développement. Nous exigeons que la ratification de ces accords par les parlements nationaux ne puisse se faire sans un débat incluant la population des pays concernés.

Les accords de libre – échange sont utilisés pour tenter d’inverser la hiérarchie des normes, et d’instaurer une suprématie inacceptable des droits commerciaux sur les droits humains et le bien – être des populations locales. Cela doit cesser : c’est une condition essentielle à l’atteinte de nos objectifs en matière d’équité, de justice, et de protection de l’environnement.

Nous, militantes et militants des forces progressistes et des mouvements sociaux, exigeons la transparence des négociations commerciales. Nous nous opposons à ces accords de libre – échange qui lèsent les peuples et l’environnement, et nous travaillons à multiplier et à consolider les alternatives à ces politiques néolibérales. Nous proposons des traités qui soutiennent la solidarité entre les peuples et l’intégration des systèmes de protection sociale. Sur le plan des normes internationales, en exigeant la prééminence des droits humains , nous demandons que l’on avance dans l’adoption par les Nations Unies d’un traité obligatoire sur les entreprises et les droits humains et pour que soit appliqué pleinement le principe de la diligence raisonnable en ce qui concerne la responsabilité des entreprises transnationales.

Les luttes communes pour la paix mondiale, la défense de la démocratie et les droits humains Les contradictions du système capitaliste et impérialiste mènent continuellement l’humanité au bord de la barbarie.

Les expériences de l’Amérique latine pour mettre fin aux conflits armés sont aussi des avenues à envisager. Le processus de résolution du conflit colombien est dû au recours à une instance de médiation soucieuse de la question humanitaire, comme l’a été le gouvernement de Cuba.

Malgré l’établissement de relations formelles entre Cuba et les États – Unis, nous dénonçons le maintien d’un blocus économique sur Cuba. La normalisation des relations implique la levée complète et rapide du blocus économique imposé par les États – Unis e t la restitution du territoire de Guantanamo au peuple cubain. Nous dénonçons, par ailleurs, les efforts de déstabilisation des gouvernements progressistes démocratiquement élus. Le coup d’État au Brésil illustre la manière honteuse dont les oligarchies manipulent avec mensonges et propagande les institutions démocratiques pour le propre bénéfice.

Devant les attaques impérialistes permanentes contre le gouvernement populaire de la République bolivarienne du Venezuela, doublées d’une campagne médiatique des grands médias internationaux qui dénaturent la réalité vénézuélienne, nous exprimons notre appui et solidarité à la Révolution bolivarienne, tout comme nous soutenons les institutions démocratiques comme expression de la souveraineté populaire. De même, no us manifestons notre rejet de toute forme d’ingérence dans les affaires internes du Venezuela et exigeons le respect du principe de libre autodétermination des peuples, tout comme le respect du droit souverain du peuple vénézuélien de disposer de son propre destin. Nous dénonçons également la campagne de sabotage économique, entreprise par les élites et l’impérialisme, qui frappe durement le peuple du Venezuela.

Nous condamnons, du même souffle, les tentatives des secteurs les plus tenaces de la droite et d e l’oligarchie à El Salvador, ainsi que les décrets antidémocratiques, adoptés par la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême de Justice, qui visent à créer un climat d’instabilité politique, sociale et économique. Nous rejetons toute action interne o u externe visant à déstabiliser le gouvernement actuel et déclencher un « coup d’État ».
L’avenir de la paix au Moyen-Orient, en Irak et en Syrie en particulier, passe avant tout par une paix juste négociée impliquant toutes les composantes de la société pour permettre une solution véritablement démocratique aux conflits armés et au problème que posent le groupe Daesh et ses alliés.

Nous saluons la lutte héroïque au Rojava (Kurdistan occidental) et le combat des Kurdes pour leur libération, leur autodétermination et leur identité. Nous reconnaissons que l’expérience d’autonomie démocratique au Rojava peut être utilisée comme modèle pour résoudre de multiples conflits ethno – nationaux, religieux et sectaires au Moyen – Orient et au – delà. Nous dénonçons les politiques répressives du gouvernement turc contre les Kurdes, dont les député.es, maires et mairesses, politiciens et politiciennes, et activistes y sont systématiquement persécutés. L’État turc doit immédiatement mettre fin à ses politiques guerrières, renoue r avec le processus de paix qu’il a suspendu, et s’engager vers un règlement démocratique avec le mouvement kurde.

La résolution des conflits dans cette région passe obligatoirement par un règlement négocié visant la création d’un État palestinien viable, reconnu internationalement aux côtés de l’État d’Israël, tel que décidé par les Nations Unies, avec les frontières de 1968 et ayant Jérusalem – Est comme capitale de l’État palestinien. Nous appelons à la fin de l’occupation militaire israélienne de territoires arabes, le respect des droits fondamentaux des Palestiniennes et Palestiniens, incluant les 1,5 million de Palestiniennes et Palestiniens ayant la citoyenneté israélienne, et le respect du droit de retour. Or, nous constatons qu’Israël refuse toute solution négociée, ce qui mène à une impasse dans ce conflit. La communauté internationale, autant gouvernementale que civile, doit donc faire pression sur Israël afin de l’emmener à négocier de bonne foi. D’autre part, nous sommes inquiets devant la criminalisation, dans certains pays dont le Canada, des campagnes internationales non violentes de soutien à la Palestine, en particulier la campagne « Boycottage, désinvestissement et sanctions » (BDS).

Nous affirmons que la reconnaissance et la garantie des droits humains concernent toutes les personnes, sans égard à leur origine, leur identité et leur orientation sexuelle, de race ou de genre. Nous soutenons la lutte à l’homophobie et la transphobie, tout comme la création d’une Convention internationale sur la diversité sexuelle.

Les vagues de personnes réfugiées et migrantes ont déferlé sur les pays du Nord à la suite des conflits au Moyen – Orient et en Afrique. L’Union européenne, les États – Unis et le Canada ont été jusqu’ici incapables de répondre adéquate ment à la crise humanitaire.

Sur la question de la migration, nous dénonçons la fortification frontalière en Europe, au détriment de notre devoir de protection des populations fuyant la guerre, et nous dénonçons la construction d’un mur à la frontière entre les États – Unis et le Mexique.

Nous dénonçons la dérive sécuritaire qui ostracise des communautés entières en réponse à des actes terroristes commis par quelques individus. La protection des populations doit se faire dans le respect des droits fondamentaux x et des garanties juridiques, sans quoi il fait le jeu des fondamentalistes. Nous offrons notre soutien aux luttes autochtones, particulièrement dans l’État canadien où nous nous réunissons, tout en reconnaissant l’oppression ininterrompue dont souffrent les premiers peuples depuis la conquête européenne.

Nous croyons que la résolution de l’oppression des peuples autochtones se fera par leur autodétermination complète, obtenue par des négociations sous l’égide du principe de nation à nation. Nous, les forces progressistes et internationalistes ayant participé au Forum parlementaire mondial, réitérons encore une fois le droit des peuples à l’autodétermination, incluant l’indépendance s’ils en expriment le souhait démocratiquement. La reconnaissance des peuples à se gouverner est non seulement un droit fondamental, mais une solution aux nombreux conflits armés internationaux.

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CAP-NCS <![CDATA[Le Forum social mondial après Montréal]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16122 2016-09-18T13:38:21Z 2016-09-17T22:00:47Z FSM 2016 sigleLe Forum social mondial s’est terminé à Montréal le 13 août dernier après quatre jours de délibérations et de rencontres. Le bilan est en train de se faire. Et il faut en discuter amplement, car ce FSM appartient à un grand « nous » qui inclut les mouvements populaires de plusieurs pays, pas seulement au Québec. Il y a certainement des aspects positifs qui ont été atteints à Montréal, en même temps que des côtés plus sombres. Cette situation ouvre un débat complexe qui s’amorce au FSM où doit se décider dans les prochains mois comment continuer cette grande aventure.

Le « M » dans le Forum

La faiblesse du nombre de visas accordés a retenu beaucoup l’attention, et pour cause. Au départ, la décision de déplacer le FSM au « nord » (il avait toujours eu lieu au « sud » depuis 2001) avait été discutée amplement. Pour plusieurs, l’heure était venue de réserver au « nord » une plus grande place sur l’échiquier des mouvements altermondialistes. Et Montréal apparaissait comme un choix naturel, tenant compte de la vitalité des mouvements et des luttes populaires dans cette ville. On savait cependant qu’il y avait plusieurs risques. D’une part, le fait que l’État canadien comme ses partenaires du G7 se comporte comme une « forteresse assiégée », avec un dispositif pensé et géré pour fermer la porte aux gens, représentait un sérieux obstacle dont personne n’était dupe. D’autre part, les frais plus élevés que représentait l’organisation du Forum au nord en étaient un autre. Mais finalement, le Conseil international a décidé d’aller de l’avant, sur la base des promesses faites par le Comité organisateur de Montréal.

Au bout de la ligne cependant, ce pari a été perdu. Des centaines de visas ont été refusés. Il n’y a jamais eu assez d’argent pour aider les partenaires du Sud. Le Forum de Montréal a été mondial, mais avec un petit « M », avec une participation plus que limitée d’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Asie. Même du côté européen (à part la France) et des États-Unis, la participation a été restreinte. Cet échec fait mal. On peut bien blâmer les gouvernements pourris qui ont créé cette situation, mais cela une erreur de ne pas considérer l’autre côté de la chose. En réalité, le comité organisateur n’a pas été en mesure de construire une stratégie efficace pour limiter l’effet de l’arbitraire de l’administration gouvernementale dans l’octroi des visas. Outre la déception de centaines de personnes et d’organisations, cet échec met en doute le processus actuel qui dépend en fin de compte des capacités des organisateurs locaux.

Les deux forums

Outre cette question du « M » dans le FSM, le Forum a permis des échanges intéressants entre des groupes, des organisations et des réseaux. C’est ce qu’on a vu dans les « espaces » qui avaient été organisés par des réseaux sur les luttes syndicales, l’éducation, la Palestine, la solidarité internationale, les changements climatiques, les luttes d’émancipation, etc. Ces espaces ont permis des échanges en profondeur sur la base des expériences de plusieurs pays, souvent échelonnés sur plusieurs jours, avec des moments réservés pour penser stratégies et organisation. Dans ces espaces, on ne parlait pas seulement par pour parler, mais pour dégager des pistes, ce qui a été le cas face à plusieurs batailles en cours. D’autre part, il y avait une présélection des thèmes et des personnes ressources de manière à donner à ces ensembles une cohérence et une capacité d’aller au-delà des lieux communs.

Le mérite en revient aux groupes qui se sont agglutinés pour penser à des processus qui ressemblaient davantage à des « universités populaires », comme on l’a vu au Québec et en France ces dernières années. Au sortir de ces exercices, les militants et les militantes, qui composaient la grande majorité des sessions dans ces espaces, en sont sortis satisfaits.

À côté de ces « universités populaires », il y a eu le Forum citoyen qui dans la tradition du FSM devait inclure toutes sortes d’initiatives, ainsi que des évènements culturels se voulant rassembleurs. Au Brésil, en Inde, en Tunisie (pour ne mentionner que ces forums), le Forum est devenu ainsi un grand rassemblement populaire, dépassant les frontières habituelles des mouvements organisés. Aujourd’hui, il faut dire que cela ne s’est pas vraiment produit à Montréal. Sur les quelque 20 000 personnes au Forum (ce qui n’inclut pas les « passants » et « curieux » qui sont venus ici et là), il avait peu de « citoyens » et de citoyennes », notamment peu des jeunes, et peu de monde des régions éloignées de Montréal, encore moins du Canada hors Québec. Bref, le Forum à Montréal n’est pas devenu un grand évènement rassembleur, d’autant plus que l’information sur le Forum, avant et pendant les travaux, a été plutôt déficiente (beaucoup de monde, même à Montréal et au Québec, ne savait tout simplement pas que le Forum avait lieu !).

Notons en passant qu’une telle situation a été vécue ailleurs qu’à Montréal (par exemple, à Caracas, Dakar, Nairobi). L’attractivité d’un Forum dépend de plusieurs facteurs. Il y a notamment des facteurs « contingents ». Si les mouvements populaires, qui sont la base du Forum, sont en « montée » (c’était le cas au Brésil et en Tunisie), l’attention populaire est plus facilement captable. Visiblement au Québec en ce moment, on ne peut pas dire que c’est le cas. Mais il y a aussi des facteurs organiques, relevant de la dynamique organisationnelle des Forums. À Montréal, le comité organisateur a pris le choix de fonctionner principalement avec des individus, sans égard à leurs expériences et leurs compétences. On présentait cette manière de faire comme l’expression d’une culture organisationnelle « libre » et « épanouissante », en affirmant, de manière plus ou moins explicite, que les organisations n’étaient pas en mesure de dépasser leurs propensions à imposer leurs priorités. Résultat, celles-ci se sont organisées sur leurs propres bases, sans être interpellés pour participer à un effort de mobilisation globale, comme on l’avait vu, par exemple, lors du Sommet des peuples des Amériques en 2001. Cette « logique » du comité organisateur allait à l’encontre d’un processus qui aurait misé sur l’énergie des mouvements.

L’avenir du Forum

Avant Montréal, il y a eu des forums qui ont été des grands succès, souvent par ce qu’on pourrait appeler l’« alignement des astres ». Les organisations brésiliennes et tunisiennes ont mis tous leurs efforts sur les Forums parce que dans un sens, cela faisait partir de leur timing. Les citoyens et citoyennes ont été informés à travers un énorme travail de mobilisation et d’information, sur plusieurs mois à l’avance, et dans un contexte où dans l’air, il y avait ce savoureux parfum du changement. Ce n’est plus la même chose aujourd’hui, au Québec, mais aussi dans plusieurs régions du monde, même en Amérique du Sud, où le vent du changement a tellement soufflé durant les dernières années.

Il serait trop facile avec tout cela de conclure que le Forum a fait son temps. D’une part, les mouvements populaires ont acquis des forces au travers des années et sont en mesure de bien résister. Les défaites et les reculs actuels ne sont certainement pas la fin de l’histoire, et on n’a qu’à observer les dures batailles qui se mènent un peu partout, chez nous, et aussi en France, aux États-Unis, au Brésil, etc. De ces luttes immenses ressortent des besoins pressants de convergences, de solidarités et d’un solide travail intellectuel et politique pour décortiquer les enjeux et dégager des pistes. Le Forum qui a été avec des hauts et des bas un lieu propice à cette construction d’un nouvel internationalisme peut donc continuer tout en changeant.

Déjà la discussion est en cours pour penser à des processus plus réfléchis et portés par les mouvements populaires, sur des objectifs stratégiques répondant aux besoins de l’heure. Les prochains forums seront probablement thématiques, avec des leaderships composites ancrés sur des réalités particulières, nationales ou régionales. Ils seront mieux préparés, tant sur le plan du contenu que sur le plan organisationnel, et animés par des regroupements représentatifs, et moins sur des individus bien intentionnés. Ils seront davantage en mesure de dégager des priorités et de stimuler l’action convergente des participants, sans pour autant devenir des lieux prescriptifs, hiérarchiques et contraignants.

Les mouvements populaires québécois qui ont été en mesure d’organiser de riches discussions à Montréal sont déjà sollicités pour penser la prochaine génération des forums.

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CAP-NCS <![CDATA[Bilan officiel]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16112 2016-09-17T16:30:26Z 2016-09-17T16:27:14Z bilan_officiel_fsmLe Forum Social Mondial (FSM) est très fier de cette 12e édition du FSM, la première à se tenir dans un pays dit du nord. « Le FSM est le fruit du travail d’un comité qui a mené ses activités pendant 3 ans, soit depuis mai 2013 au retour d’un premier FSM en Tunisie » a expliqué la co-coordinatrice Carminda Mac Lorin. L’évènement a enregistré 35 000 participantEs dont 15 000 présentEs à la marche d’ouverture où 125 pays ont été représentés. Rappelons qu’au premier Forum social mondial à Porto Allegre au Brésil en 2001, 20 000 personnes avaient pris part à l’évènement, alors pour un premier forum social mondial au nord, les organisateurs sont plus que satisfaits.
Le Forum social mondial n’aurait pas été possible sans les 1000 bénévoles qui ont donné de leur temps pour faire en sorte que tout se déroule le mieux possible. On peut compter plus de 15 000 heures de bénévolat de leur part tout au long de cette semaine.


Au total 1200 activités autogérées ont eu lieu, en plus d’environ 200 activités culturelles et de six forums parallèles ; le Forum mondial des médias libres, le Forum parlementaire mondial, le Forum des Premières Nations, le Forum mondial théologie et libération, le Forum social mondial thématique pour un monde libéré de la fission nucléaire civile et militaire et Hoodstock.

Le Forum social mondial tient aussi à rappeler l’importance de l’implication des 26 comités autogérés du FSM, par exemple, le comité démocratie, protection sociale et droits humains, ou encore le comité sur l’éducation. Ces différents comités ont réfléchi à des thèmes en particulier pour organiser des activités en lien avec celui-ci et mobiliser sur cette thématique.

Il y a aussi eu 22 assemblées de convergence qui ont mené à plus d’une centaine d’initiatives, par exemple la tenue d’états généraux sur l’éducation ou encore, la participation à la journée de défense des services publics. D’ici la prochaine semaine, le FSM diffusera sur son site web un calendrier des différentes actions de transformation sociale qui ont été proposées lors de l’Agora des initiatives qui pourra être utilisé comme guide pour les citoyens indignés du monde entier et leur donner des idées concrètes sur comment faire pour changer le système.

Malgré tout, le Forum social mondial regrette que 60% (ceci est un chiffre provisoire puisque nous attendons toujours des informations à ce sujet) des demandes de visas aient été refusé par le gouvernement canadien. Le Collectif du FSM s’engage à faire le portrait de toutes ces personnes qui ont été refusées pour montrer au gouvernement, mais aussi à toute la société civile ce que ces gens auraient pu apporter à cette édition du FSM. « Nous voulons aussi nous servir du cas de Montréal pour nous poser des questions sur l’accessibilité des pays du nord » a expliqué le co-coordonnateur Raphaël Canet.
Aujourd’hui, le Conseil international du Forum social mondial se réunissait pour planifier la prochaine édition du Forum.

Forum Social Mondial

Le Forum social mondial est le plus grand rassemblement de la société civile visant à trouver des solutions aux problèmes de notre temps. Initié en 2001 au Brésil, le FSM rassemble à chaque édition plusieurs dizaines de milliers de participantEs pour plus de mille activités (ateliers, conférences, performances artistiques…) portant sur diverses thématiques (développement social, économie solidaire, environnement, droits humains, démocratisation…).

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CAP-NCS <![CDATA[Dix propositions pour prospérer sans croissance]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16102 2016-09-16T16:04:22Z 2016-09-16T15:48:11Z giorgos-kallis-300x174On assiste à l’avènement en Europe, de l’Espagne à la Catalogne, de la Grèce à la Slovénie et à la Croatie, d’une gauche nouvelle dont la nouveauté tient non seulement aux idées mais aussi au jeune âge de ses membres. Cette gauche sera-t-elle aussi une gauche verte et proposera-t-elle un modèle coopératif alternatif pour l’économie inspirée des idées de la décroissance ?
Ou, à l’instar de la nouvelle gauche d’Amérique latine, conditionnée par les exigences du capitalisme global, cette nouvelle gauche reproduira-t-elle la logique expansionniste du capitalisme en se bornant à substituer les sociétés multinationales par des sociétés nationales, répartissant un peu mieux les miettes entre la populace ?
Comme contribution à ce débat, nous présentons ci-après dix propositions, inspirées par la décroissance, que nous avons rédigées pour le contexte espagnol. Néanmoins, moyennant certaines modifications et adaptations, elles sont applicables à d’autres contextes et pertinentes pour les partis de la gauche radicale, ainsi que les formations écologistes partout en Europe.

1. Audit citoyen de la dette. Une économie ne peut être contrainte de croître pour réparer des dettes accumulées qui ont ellesmêmes contribué à une croissance fictive dans le passé. Il est essentiel non seulement de restructurer mais aussi d’annuler une partie de ces dettes.

2. Partage du travail. Réduction de la semaine de travail à 32 heures. Ceci devra être agencé de telle sorte que les pertes de salaire résultant de la réduction du temps de travail ne se répercutent que sur la tranche de revenus des 10% les plus riches.

3. Revenu de base et revenu maximum. Fixation d’un socle de revenu minimum d’entre 400 et 600 euros par mois pour tous les résidents espagnols, disponible sans contraintes ou stipulation. Le revenu maximum d’une personne – revenu du travail aussi bien que du capital – ne peut dépasser une valeur égale à plus de trente fois le revenu de base (12 000-18 000 euros par mois).

4. Réforme fiscale verte. Mise en œuvre d’un système de comptabilité visant à transformer, à terme, le système fiscal d’un régime essentiellement basé sur le travail à un régime basé sur l’utilisation d’énergie et de ressources.

5. Arrêter les subventions et les investissements destinés à des activités hautement polluantes en aiguillant les fonds publics libérés vers une production respectueuse de l’environnement.

6. Pour une société alternative, solidaire. Soutenir au moyen de subventions, d’exonérations fiscales et de législations, le secteur économique coopératif à but non lucratif florissant en Espagne et inclure les réseaux alimentaires alternatifs, les coopératives et les réseaux dédiés aux soins de santé de base, les coopératives s’occupant de logements partagés et d’enseignement, de même que les artistes et autres professionnels.

7. Optimiser l’utilisation des espaces et immeubles. Arrêter la construction de nouveaux logements et rénover le parc de logement existant tout en facilitant la pleine occupation des logements disponibles avec taxes dissuasives sur les résidences à l’abandon, vides et secondaires.

8. Réduction de la publicité. Etablissement de critères très restrictifs en matière d’autorisation de la diffusion publicitaire dans les espaces publics, partant de l’exemple de la ville de Grenoble. Mise sur pied de commissions chargées du contrôle quantitatif et qualitatif de la publicité autorisée dans les médias de masse.

9. Etablissement de limites environnementales. Fixation de plafonds absolus et dégressifs sur le total des émissions de CO2 autorisées pour l’Espagne et la quantité totale des ressources matérielles qu’elle utilise, y compris les émissions et les matériaux intervenant dans les produits importés, qui proviennent souvent des pays du Sud.

10.Abolition du recours au PIB en tant qu’indicateur de progrès économique. Si le PIB est un indicateur trompeur, nous devrions arrêter de l’utiliser et nous mettre à la recherche de nouveaux indices de prospérité.

Ces propositions sont complémentaires et doivent être mises en œuvre de façon concertée. A titre d’exemple, la fixation de plafonds environnementaux pourrait réduire la croissance et générer de l’emploi, cependant que le partage du travail avec un revenu de base garanti aura pour effet de découpler la création d’emplois et la sécurité sociale de la croissance économique.

La réaffectation des investissements des activités conventionnelles vers des activités vertes et la réforme du système de taxation permettront de garantir l’émergence d’une économie plus respectueuse de l’environnement ; par ailleurs, le fait de cesser d’évaluer l’économie en termes de PIB et de recourir aux indices de prospérité assurera que cette transition soit comptée comme un succès plutôt qu’un échec. Enfin, la réforme de la taxation et la réglementation publicitaire contribueront à un relâchement de la concurrence positionnelle et réduiront le sentiment de frustration que peut engendrer l’absence de croissance. L’investissement dans les biens publics et les infrastructures partagées contribuera à accroître la prospérité sans croissance.

Nous ne nous attendons pas à voir les partis de gauche faire de la décroissance leur «bannière». Nous comprenons la difficulté que peut supposer le fait de devoir confronter, soudain, un bon sens profondément ancré. Mais nous attendons, néanmoins, de la part des partis de gauche qu’ils prennent des pas dans la bonne direction et mettent en œuvre de bonnes politiques, telles que celles que nous proposons, et ce, indépendamment de leur incidence sur la croissance. Pas facile, certes, mais depuis quand une gauche qui se veut radicale opte-t-elle pour des solutions de facilité.

Giorgos Kallis est Professeur d’économie écologique à l’université autonome de Barcelone 16 février 2015 (avec le Group Recherche et Decroissance, UAB)

Traduit par Salman Yunus.
Liberation, Paris, 16 février 2015

 

Note des NCS

Pour poursuivre la réflexion sur la gauche et la décroissance, consultez notre nu 14:

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CAP-NCS <![CDATA[Un certain 11 septembre]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16092 2016-09-15T21:02:04Z 2016-09-15T21:02:04Z  
golpe_de_estado_1973Quand arrive cette date fatidique, je suis, comme plusieurs, interpellé, choqué, un peu déstabilisé. En 2001, les attaques contre les États-Unis ont littéralement créé un « autre monde », marqué par la « guerre sans fin » annoncée par le président Bush, dont les conséquences ne cessent de s’amplifier aujourd’hui, dans une sorte de « crise des crises » qui semble avoir de belles années devant elle.

Mais cette histoire, qu’il faut mieux comprendre, tout en compatissant avec les victimes, ce n’est pas ce dont je veux parler aujourd’hui.

Je pense que la plupart des lecteurs de PTAG savent qu’il y a eu un autre 11 septembre, en 1973, aux conséquences également gravissimes. À Santiago, dans les autres grandes villes chiliennes, il y a eu un massacre qui a duré pendant plusieurs mois, voire quelques années. L’armée chilienne, avec l’appui des diverses classes dominantes, au Chili, aux États-Unis et ailleurs, a éradiqué le projet d’un pouvoir populaire qui prenait forme dans ce pays, porté par un gouvernement progressiste d’autre part, et par une incroyable mobilisation par en bas d’autre part. À l’époque où le capitalisme commençait à se mondialiser, ce projet était insupportable. Il fallait le casser, à tout prix et tout de suite. C’est ce que raconte le merveilleux documentaire de Patricio Guzman, « La bataille du Chili ». C’est un témoignage incroyable, que vous pouvez regarder tranquillement chez vous, car il est, intégralement, sur Youtube.

Guzman raconte cette « guerre de position » qu’ont menée les dominants chiliens, à travers le sabotage de l’économie, les entraves des partis politiques de droite, le puissant appareil de propagande mis en place par les grands médias. Les dominants peu à peu ont installé le dispositif du coup d’État, utilisant les assassinats et la violence la plus sordide. En face d’eux, les dominés, le camp populaire, résistaient, innovaient, tentaient de reprendre les choses en mains. Guzman, notamment, documente l’action des travailleurs à la base, dans leurs syndicats, leurs « cordons industriels » (regroupements régionaux). Ils reprenaient les usines et s’organisent eux-mêmes pour maintenir la production. Devant le sabotage des commerçants, ils instituaient des outils de distribution des biens de base, dont les aliments.

Les jeunes scolarisés étaient par milliers avec les « pobladores » (habitants des bidonvilles) pour alphabétiser et éduquer. Les artistes se mobilisaient pour porter le message à travers les murales, le théâtre, la poésie, avec des prodiges comme le chanteur Victor Jara. Ce Chili populaire a réussi à tenir le coup et pendant plus de trois ans, à déjouer les « momios » (les momies), qui voulaient affamer et humilier le peuple.

Au bout de la ligne, le rapport de forces totalement inégal a mené au massacre qu’on a tenté d’occulter le 11 septembre 1973. À Ottawa, le gouvernement du cher Trudeau était parmi les premiers à reconnaître la dictature militaire. Nous étions des milliers à dénoncer cela dans la rue, tout en travaillant à l’accueil des survivants qui essayaient tant bien que mal de se réfugier.

En même temps, dans le cadre du Comité Québec Chili, nous cherchions à comprendre ce qui s’était passé. La gauche chilienne avait alors de sérieux débats. Certains se questionnaient la stratégie « à petits pas » de Salvador Allende et de ses alliés du Parti communiste chilien. D’autres au contraire estimaient qu’on avait voulu aller trop vite dans un contexte international défavorable. Ces questions de stratégie avaient été en jeu dès le départ du processus (1970), avec des « géants » comme Allende, le socialiste Pedro Vuskovic et Miguel Henriquez, du Mouvement de la gauche révolutionnaire. Ces débats alimentaient ceux des mouvements de gauche partout dans le monde, y compris au Québec. En même temps, le plus important était de sauver des vies.

Aujourd’hui, le cœur battant du Chili du peuple vit à travers les résistances des étudiant-es, des pobladores, des Mapuches (autochtones) et un peu de tout le monde. Aussi on se souvient, malgré la répugnante impunité dont jouissent les responsables du massacre.

Il y a quelques semaines à Santiago, il y avait un million de personnes dans la rue pour protester contre l’énorme arnaque contre les pensions, léguées par la dictature militaire aux gouvernements « démocratiques » au pouvoir, qui essaient de tout changer sauf l’essentiel.

Le 11 septembre, c’est aussi cela…

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CAP-NCS <![CDATA[L’accès à la justice, quelle Justice ?]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16078 2016-09-15T15:26:01Z 2016-09-15T15:06:26Z  Lancement du numéro 16 des Nouveaux Cahiers du socialisme

L’accès à la justice, quelle Justice ?

Le 22 septembre 2016

 

C’est avec fierté que le comité d’accès à la justice de l’Association des juristes progressistes vous invite à assister au lancement du 16e numéro des Nouveaux Cahiers du socialisme dont il a dirigé la production.

Inspirés par une volonté de rendre la justice accessible à tous et à toutes, des juristes, des sociologues, des politologues, des militants et des militantes partagent leurs réflexions sur cette question. Les lecteurs et lectrices découvriront un cahier inspirant qui relate certaines luttes menées au fil des ans et identifie les défis à relever autour du thème d’actualité qu’est l’accès à la justice. Découvrez les sujets traités et la liste des auteur-es sur la quatrième de couverture.

 

Les Nouveaux Cahiers du socialisme sont édités par le Collectif d’analyse politique.

 

Rendez-vous donc le 22 septembre 2016, à partir de 17 h 30

Au Café Coop Touski, 2361 rue Ontario Est, Montréal

(5 minutes à pied du métro Frontenac)

 

Excellente nourriture et boissons alcolisées ou non seront vendues par le Touski. Nous bénéficierons pendant toute la soirée des spéciaux 5@7.

 

Événement Facebook: https://www.facebook.com/events/326815647664262.

 

 

 

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CAP-NCS <![CDATA[Stratégies des mouvements d’émancipation]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16064 2016-08-22T19:52:20Z 2016-08-22T19:48:35Z Stratégies_ÉmancipationNous sommes dans une période de grands bouleversements et de très fortes incertitudes. Nous vivons probablement un changement de période dans lequel se crispent les anciennes tendances et s’amorcent de nouvelles. La citation de Gramsci est d’une grande actualité « le vieux monde se meurt ; le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». Il faut à la fois lutter contre les monstres et construire le nouveau monde. Il n’y a pas de fatalité, ni dans le succès, ni dans l’échec.

La situation mondiale semble désespérante

De 2008 à 2015 s’ouvre une nouvelle séquence dans l’histoire longue de la situation mondiale. Depuis 2011, des mouvements massifs, quasi insurrectionnels, témoignent de l’exaspération des peuples. Les révoltes des peuples répondent à la crise structurelle officiellement admise depuis 2008. Elles confirment l’épuisement de cette phase de la mondialisation capitaliste. Les inégalités sociales, le chômage, la précarisation ont fait baisser la consommation populaire et ouvert une crise de « surproduction ». Le recours au surendettement a trouvé ses limites ; par l’extension des marchés financiers dérivés, il a contaminé tous les marchés de valeurs. L’explosion des « subprimes » a marqué le passage de la dette des ménages à la dette des entreprises bancaires. Le sauvetage des banques par les Etats a ouvert la crise des dettes publiques. La réduction des déficits par les plans d’austérité est supposée permettre une sortie de crise qui sauvegarderait les profits et maintiendrait la prééminence du marché mondial des capitaux et les privilèges des actionnaires.

A partir de 2013, la situation semble s’être retournée. Les politiques dominantes, d’austérité et d’ajustement structurel, sont réaffirmées. L’arrogance néolibérale reprend le dessus. La déstabilisation, les guerres, les répressions violentes et l’instrumentalisation du terrorisme s’imposent dans toutes les régions. Des courants idéologiques réactionnaires et des populismes d’extrême-droite sont de plus en plus actifs. Ils prennent des formes spécifiques comme le néo-conservatisme libertarien aux Etats-Unis, les extrêmes-droites et les diverses formes de national-socialisme en Europe, l’extrémisme jihadiste armé, les dictatures et les monarchies pétrolières, l’hindouisme extrême, etc. Mais, dans le moyen terme, rien n’est joué.

Les contradictions majeures restent déterminantes

La situation ne se réduit pas à la montée des positions de droite ; elle est marquée par la permanence des contradictions. Ce que l’on a convenu d’appeler la crise s’approfondit. La dimension financière, la plus visible, est une conséquence qui se traduit dans les crises ouvertes alimentaires, énergétiques, climatiques, monétaires, etc. La crise structurelle articule cinq contradictions majeures(1) : économiques et sociales, avec les inégalités sociales et les discriminations ; écologiques avec la mise en danger de l’écosystème planétaire ; géopolitiques avec la fin de l’hégémonie des Etats-Unis, la crise du Japon et de l’Europe et la montée de nouvelles puissances ; idéologiques avec l’interpellation de la démocratie, les poussées xénophobes et racistes ; politiques avec la fusion du politique et du financier qui nourrit la méfiance par rapport au politique et abolit son autonomie.

Dans la construction de l’avenir, trois conceptions s’affrontent : le renforcement du néolibéralisme par la financiarisation de la Nature ; un réaménagement du capitalisme, le Green New Deal, fondé sur une régulation publique et une modernisation sociale ; une rupture ouvrant sur une transition écologique, sociale et démocratique.

La première conception est celle de la financiarisation de la Nature. Dans cette vision, la sortie de la crise passe par la recherche du « marché illimité » nécessaire à la croissance. Elle fonde l’élargissement du marché mondial, qualifié de marché vert, sur la financiarisation de la Nature, la marchandisation du vivant et la généralisation des privatisations., Elle propose de marchandiser et de privatiser les services produits par la Nature et de les confier aux grandes entreprises multinationales. Il s’agit alors de restreindre les références aux droits fondamentaux qui pourraient affaiblir la prééminence des marchés et de subordonner le droit international au droit des affaires.

La deuxième conception est celle du Green New Deal, défendue par d’éminents économistes de l’establishment comme Joseph Stiglitz, Paul Krugman, Thomas Piketti et Amartya Sen souvent qualifiés de néo-keynésiens. Elle part de l’« économie verte » qu’il s’agit de maîtriser. La proposition est celle d’un réaménagement en profondeur du capitalisme à partir d’une régulation publique et d’une redistribution des revenus. Elle est encore peu audible aujourd’hui car elle implique un affrontement avec la logique dominante, celle du marché mondial des capitaux, qui refuse les références keynésiennes et qui n’est pas prêt à accepter qu’une quelconque inflation vienne diminuer la revalorisation des profits. Il faut rappeler que le New Deal adopté en 1933 n’a été appliqué avec succès qu’en 1945, après la deuxième guerre mondiale.

La troisième conception est celle des mouvements sociaux et citoyens qui a été explicitée dans le processus des forums sociaux mondiaux. Ils préconisent une rupture, celle de la transition sociale, écologique et démocratique. Ils mettent en avant de nouvelles conceptions, de nouvelles manières de produire et de consommer. Citons : les biens communs et les nouvelles formes de propriété, la lutte contre le patriarcat, le contrôle de la finance, la sortie du système de la dette, le buen-vivir et la prospérité sans croissance, les relocalisations, la justice climatique, le refus de l’extractivisme, la réinvention de la démocratie, les responsabilités communes et différenciées, les services publics fondés sur les droits et la gratuité. Il s’agit de fonder l’organisation des sociétés et du monde sur l’accès aux droits pour tous et l’égalité des droits.

La stratégie des mouvements définit les alliances par rapport à ces avenirs possibles. L’urgence est de réunir tous ceux qui refusent la première conception celle de la financiarisation de la Nature. D’autant que l’imposition du système dominant malgré l’épuisement du néolibéralisme porte les risques d’un néo-conservatisme de guerre. Dans la durée, et si le danger du néo-conservatisme de guerre peut être évité, la confrontation positive opposera les tenants du green new deal et ceux du dépassement du capitalisme. Les alliances concrètes dépendront des situations des pays et des grandes régions.

L’hégémonie culturelle néolibérale a été imposée

Dans de nombreuses sociétés et dans le monde, mais pas partout dans le monde, les idées de droite, conservatrices, réactionnaires progressent. Dans chaque société, se retrouvent les idées dominantes mondiales, la réalité de l’économie et de la politique mondiale et le récit du monde, relayé par une action écrasante de tous les moyens de communication comme le récit du seul monde possible.

Cette poussée de la droite et de l’extrême droite est le résultat d’une offensive systématiquement menée dans plusieurs directions. Elle a commencé par une offensive idéologique menée avec constance depuis quarante ans, qui a préparé le tournant néolibéral. Cette bataille pour l’hégémonie culturelle a porté d’abord sur trois questions : contre les droits et particulièrement contre l’égalité, les inégalités sont justifiées parce que naturelles ; contre la solidarité, le racisme et la xénophobie s’imposent ; contre l’insécurité, l’idéologie sécuritaire serait la seule réponse possible. La deuxième offensive est militaire et policière ; elle a pris la forme de la déstabilisation des territoires rétifs, de la multiplication des guerres, de l’instrumentalisation du terrorisme. La troisième offensive a porté sur le travail, avec la remise en cause de la sécurité de l’emploi et la précarisation généralisée, par la subordination de la science et de la technologie, notamment du numérique à la logique de la financiarisation. La quatrième offensive a été menée contre l’Etat social par la financiarisation, la marchandisation et la privatisation ; elle a pris la forme de la corruption généralisée des classes politiques. La cinquième offensive, dans le prolongement de la chute du mur de Berlin en 1989, a porté sur la tentative de disqualification des projets progressistes, socialistes ou communistes.

Les contre tendances sont toujours vivaces

L’offensive de l’oligarchie dominante a marqué des points mais elle ne s’est pas imposée. Les points de vue qui prônent l’émancipation restent forts et il y a même de nouvelles contre-tendances. Les mouvements qui ont commencé en 2011 à Tunis restent vivaces et se renouvellent. Les mots d’ordre sont clairs ; il s’agit du refus de la misère sociale et des inégalités, du respect des libertés, de la dignité, du rejet des formes de domination, de la liaison entre urgence écologique et urgence sociale. D’un mouvement à l’autre, il y a eu des affinements sur la dénonciation de la corruption ; sur la revendication d’une « démocratie réelle » ; sur les contraintes écologiques, l’accaparement des terres et le contrôle des matières premières.
Dans plusieurs de ces mouvements, la gauche classique est battue en brèche et des courants de droite parviennent, quelquefois, à capter la contestation de l’ordre dominant.

La violence de l’offensive néolibérale et réactionnaire montre l’ampleur des résistances. On entend parfois parler d’une droitisation des sociétés. Mais, il ne faut pas confondre la montée des idées d’extrême droite avec la droitisation des sociétés. Les sociétés résistent et restent profondément contradictoires. Les idées progressistes restent vivantes et sont portées par les luttes des mouvements. On peut même estimer que la violence des courants réactionnaires et conservateurs vient de ce qu’ils sentent que les sociétés leur échappent. Prenons un exemple. La révolution la plus ample, la plus profonde que nous vivons est celle des droits des femmes qui bouscule des rapports millénaires. De sentir cette partie essentielle des sociétés leur échapper les rend fous et se traduit par une violence inimaginable des états et des secteurs retardataires. Toutes les idées nouvelles sont vécues comme des coups de boutoir contre l’ancien monde ; avec les droits des femmes, l’approfondissement de l’égalité, la liberté de circulation, les identités multiples, l’écologie et la Nature, …

Nous le voyons aussi avec l’émergence de pensées radicales qui rompent avec les compromis de la gauche sociale libérale et qui retrouvent droit de cité. Pensons à l’exemple récent de la campagne de Bernie Sanders qui talonne Hillary Clinton dans les primaires du parti démocrate aux Etats-Unis. Il se présente ouvertement comme socialiste, cible les multinationales et refuse leur financement. La même évolution a été remarquée avec Jeremy Corbyn au Labour en Grande Bretagne. De même, il faut noter la montée en puissance d’organisations politiques qui se réfèrent aux nouveaux mouvements et qui en sont, en partie, issues. Par exemple,
Podemos en Espagne ou le Parti des gens ordinaires, l’Aam Admi, à New Delhi. Ce ne sont pas encore complètement des nouvelles formes d’organisation politique, mais elles assument que les partis doivent prendre leur part dans la réinvention du politique.

Les nouvelles formes d’engagement dessinent des avenirs

L’élément le plus déterminant est l’émergence des nouvelles formes d’engagement des nouvelles générations(2) . Le changement du rapport entre individuel et collectif est au cœur de cet engagement. Une nouvelle génération s’impose dans l’espace public à travers les mouvements qui ont constitué les forums sociaux mondiaux et se renouvelle à travers les mouvements depuis 2011 ; le renversement des dictatures, les indignés, les occupy, les carrés rouges, les taksims, etc.

Il ne s’agit pas tant de la jeunesse définie comme une tranche d’âge que d’une génération culturelle qui s’inscrit dans une situation et qui la transforme. Cette génération est plus directement inscrite dans l’espace du monde. Elle met en évidence les transformations sociales profondes liée à la scolarisation des sociétés qui se traduit d’un côté par l’exode des cerveaux, de l’autre par les chômeurs diplômés. Les migrations relient cette génération au monde et à ses contradictions en termes de consommations, de cultures, de valeurs. Elles réduisent l’isolement et l’enfermement des jeunesses.

Cette nouvelle génération construit par ses exigences et son inventivité, une nouvelle culture politique. Elle enrichit la manière de relier les déterminants des structurations sociales : les classes et les couches sociales, les religions, les références nationales et culturelles, les appartenances de genre et d’âge, les migrations et les diasporas, les territoires. Elle expérimente de nouvelles formes d’organisation à travers la maîtrise des réseaux numériques et sociaux, l’affirmation de l’auto-organisation et de l’horizontalité. Elle tente de redéfinir, dans les différentes situations, des formes d’autonomie entre les mouvements et les instances politiques. Elle recherche des manières de lier l’individuel et le collectif. C’est peut-être à ce niveau que les réseaux sociaux divers portent de nouvelles cultures, à l’instar des collectifs de logiciels libres capables de mener collectivement des luttes offensives tout en sauvegardant jalousement l’indépendance des individualités. La réappropriation de l’espace public est une revendication de souveraineté populaire. Les places renouvellent les agoras. On occupe et on échange, non pas pour le vote, toujours important mais rarement suffisant. Ce n’est pas un changement du rapport au politique mais un processus de redéfinition du politique.

Le choix qui a été mis en avant est celui des mouvements sociaux et citoyens. C’est la manière de concrétiser les différentes notions en discussion : les associations, les sociétés civiles, l’affirmation du non-lucratif et du non-gouvernemental, l’économie sociale, solidaire et participative. Les mouvements introduisent l’idée d’une évolution dynamique, d’une action politique et d’une continuité historique. Chaque mouvement combine une affirmation programmatique, des bases sociales et des actions de terrain, une mobilisation et des luttes, une élaboration et des propositions.
L’engagement dans un mouvement relie les pratiques et les théories et redéfini le collectif. Les rapports entre les mouvements sont fondés sur l’égalité et le respect de la diversité.

Dans tout engagement, il y a une recherche de dépassement. De dépassement de soi et du monde. L’engagement conduit naturellement à une réflexion sur la radicalité. Certains mouvements sont porteurs des nouvelles formes de radicalité, au niveau des thèmes qu’ils mettent en avant, des mots d’ordre, des formes de luttes, de leur communication. Par exemple, dans la nouvelle période, on peut citer les indignés, les occupy, les mouvements pour l’urgence climatique, les mouvements contre les gaz de schistes, les faucheurs d’OGM, les faucheurs de chaises des banques, les ZAD ou zones à défendre, l’accaparement des terres, l’extractivisme, etc. Certains mouvements font le lien entre les nouvelles formes de radicalité et les mouvements qui composent les forums sociaux. Par exemple, La Via Campesina, No Vox, Migreurop, les Forums contre les grands travaux inutiles imposés, les mouvements contre l’urbanisme des grands événements, etc.

Tous ces mouvements ont en commun, dans leur conception de la radicalité, le recours à des formes de désobéissance individuelle et collective, ainsi que des méthodes qui relèvent de la non-violence active. Une des figures de l’engagement radical, qui relie les nouveaux rapports entre individuel et collectif, c’est celui des lanceurs d’alerte. Par exemple Snowden qui, dans sa situation, s’engage radicalement dans une perspective collective. Le collectif se nourrit de l’engagement individuel.

Une démarche stratégique ancrée sur un projet d’émancipation

Une question s’impose : Que Faire ? La réponse implique de s’inscrire dans une démarche stratégique. Dans cette démarche il convient d’articuler le court terme et le long terme ; de répondre aux urgences et d’inscrire la réponse à l’urgence dans une perspective de long terme.

L’urgence est de résister. De résister aux valeurs mortifères, à la xénophobie, aux discriminations et aux racismes ; de résister à la casse sociale et aux inégalités ; de résister à la guerre, aux terrorismes et à l’instrumentalisation des terrorismes ; de résister au désastre écologique. Mais résister ne suffit pas. Des perspectives de long terme sont nécessaires et elles impliquent des ruptures, et d’abord une rupture avec un monde inacceptable. Une prise de conscience s’impose ; un projet est indispensable : un projet de société, un projet d’émancipation. Même pour résister, un projet alternatif et crédible est nécessaire.

Un projet d’émancipation ne se prépare pas en chambre. Il est préparé par des mouvements qui le portent. Il résulte d’une maturation des idées et d’une élaboration longue qui dégage de nouvelles valeurs. Un projet social alternatif résulte de plusieurs impératifs dialectiquement liés. Proposons d’en retenir quatre : un programme de mesures qui définissent des politiques alternatives ; une dynamique sociale portée par des mouvements sociaux et citoyens qui en constituent la base sociale et en déterminent les alliances ; l’engagement d’une bataille idéologique, de long terme et à engager tout de suite, sur les valeurs fondatrices d’une nouvelle hégémonie culturelle ; une réflexion sur les leçons historiques des projets alternatifs.

De manière paradoxale, le programme alternatif est assez bien défini. Ce programme comporte une série de mesures reconnues comme indispensables et mûries dans les forums sociaux mondiaux. Le contrôle de la finance et la socialisation des banques, la taxation des transactions financières, la remise en cause des dérives du libre-échange et du dumping social, fiscal, environnemental et monétaire, la suppression des paradis fiscaux et juridiques, etc. Ces mesures sont largement reconnues mais se heurtent au veto des dirigeants du capital financier et de ses affidés politiques. Ce programme propose ensuite une démarche de long terme, celle de la transition écologique, sociale, démocratique et géopolitique. Elle s’appuie sur des nouveaux concepts (le bien commun, le buen vivir, la prospérité sans croissance, la justice climatique, la relocalisation, la démocratisation radicale de la démocratie, …). Affirmer ce programme, le préciser, le partager n’est pas suffisant mais reste nécessaire.

Et pourtant, ce programme n’apparaît pas crédible à la société dans son ensemble et même à ceux qui devraient le porter. La question essentielle est celle de la dynamique sociale capable de le préciser et de le porter. La base sociale de ce projet est composée des mouvements qui s’engagent dans une orientation stratégique, celle des droits pour tous et de l’égalité des droits. La base sociale du projet se construit aussi à partir du projet. Elle regroupe les mouvements, ou dans chaque mouvement, ceux qui partagent les orientations stratégiques. La base la plus large est aujourd’hui formée par la convergence de tous les mouvements qui forment le processus des forums sociaux mondiaux, élargis à tous les nouveaux mouvements(3). Ces mouvements partagent une nouvelle culture politique, de nouvelles formes d’engagement, l’exigence d’un nouveau rapport au politique. Les questions des alliances se posent dans les différentes situations et dans les périodes. Il s’agit des alliances sociales avec les précarisés et les prolétarisés, des alliances idéologiques sur les libertés, des alliances politiques avec par exemple les néokeynésiens.

Comment se forment les évidences qui rendent possibles et nécessaires les changements. L’émergence de nouvelles valeurs s’inscrit dans le temps long. Mais, il y a des périodes de ruptures pendant lesquels des voiles se déchirent. Cette bataille pour l’hégémonie culturelle se mène dans la culture, dans l’art, dans les médias. Elle mobilise les pratiques alternatives et le travail intellectuel. Dans le même temps, les nouvelles idées, les nouvelles valeurs sont portées par les luttes et les résistances. Dans cette bataille, la question de l’égalité et du refus des discriminations, combinée à la conquête des libertés est centrale.

Un projet alternatif ne tombe pas du ciel. Il ne suffit pas de le vouloir, même si l’urgence justifie l’impatience. Un projet s’inscrit dans le temps historique qui combine le temps long et les ruptures ; entre la longue maturation des idées et l’accélération des périodes révolutionnaires. La révolution de 1789 est précédée par les Lumières, les révolutions des nationalités européennes de 1848 sont précédées par les mouvements pour l’autodétermination des peuples, le manifeste communiste par l’émergence du prolétariat et les luttes contre l’exploitation, les indépendances par les luttes pour la décolonisation, l’égalité des genres par l’égalité des droits.

Il n’est pas toujours aisé de prendre du recul par rapport à la prégnance du néolibéralisme secoué mais toujours dominant. Le temps long des mouvements donne le recul nécessaire. Le mouvement ouvrier s’est construit depuis le milieu du 19ème siècle. Il a connu une période d’avancées de 1905 à 1970. Malgré les guerres et les fascismes, il a réussi des révolutions en Russie, en Chine et dans plusieurs pays du monde ; à travers son alliance avec les mouvements de libération nationale, il a quasiment encerclé les puissances coloniales et impérialistes ; il a imposé des compromis sociaux et un « Welfare State » dans les pays du centre capitaliste. Depuis 1970, s’est ouverte une période de quarante ans de défaites et de régressions du mouvement social dans les pays décolonisés, dans les pays qui avaient connus des révolutions et dans les pays industrialisés. Les bouleversements et la crise pourraient caractériser la fin de cette longue période de régressions, sans que l’on puisse définir précisément ce qui va suivre. L’avenir est ouvert. Il y aura d’autres batailles . Il y aura possiblement et probablement d’autres défaites. Mais, à partir des leçons tirées des défaites, il y aura aussi des résistances, des avancées et des victoires.

 

(1) Gustave Massiah, in collaboration with Elise Massiah, Strategy for the alternative globalisation, Preface by Immanuel Wallerstein, Black Rose Books, Montreal, New York, London, 2011
(2) Gustave Massiah, Six pistes pour les nouvelles formes d’engagement à la solidarité internationale, IPAM, juillet 2015. http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article36949
(3) Gustave Massiah, Le Forum Social Mondial de Tunis en 2015, éléments de bilan, WSF, avril 2015
(4) Gustave Massiah, La bataille de Grèce, un épisode d’une guerre mondiale prolongée, Attac, août 2015

 

Crédit photo: http://www.lelotenaction.org/pages/content/archives/les-douze-hypotheses-d-une-strategie-altermondialiste.html
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CAP-NCS <![CDATA[Réponse à Denis Collin, président de l’Université populaire d’Evreux]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16058 2016-08-21T16:58:09Z 2016-08-21T16:58:09Z Muhamed AliIl est souvent affirmé que la dénonciation de l’islamophobie et la lutte contre son développement, en particulier au cours des quinze dernières années en France (comme l’a rappelé, en ce mois d’août, ce qui est devenu « l’affaire du burkini »), mènerait nécessairement à une complicité avec les courants salafistes. Pour nombre d’hommes politiques et d’idéologues, de droite comme de gauche, cette thèse est devenue un lieu commun et constitue l’un des axes centraux du consensus islamophobe. Jean Batou montre dans cet article qu’elle ne repose sur rien et que « la lutte contre l’islam sectaire et l’islam politique réactionnaire ne passe pas par la multiplication des interdits » mais par une politique antiraciste conséquente et l’émergence d’une alternative anticapitaliste.

 

L’islamophobie est une forme de racisme qui considère les musulmans, voire les femmes et les hommes de culture musulmane, indépendamment de leurs croyances et de leur investissement religieux, comme porteurs de tares particulières: goût pour la violence, machisme, intolérance, irrationalité, soumission aveugle, etc. Elle revendique ainsi l’interdiction de leurs pratiques culturelles (alimentaires, vestimentaires, etc.) dans l’espace public, voire l’arrêt de l’immigration de leurs pays d’origine. De nombreux groupes d’extrême droite s’en revendiquent explicitement, à tel point qu’Enzo Traverso a pu écrire tout récemment que «compte tenu de cette culture xénophobe et de discrimination extrême, l’idée que les citoyens musulmans puissent être astreints à porter un croissant jaune sur leurs habits, comme les juifs une étoile jaune pendant la Seconde Guerre mondiale, ne paraît plus invraisemblable»1.

Cette islamophobie s’inscrit certes dans la continuité du racisme de la période coloniale, qui discriminait l’indigène par rapport au citoyen en raison de l’incompatibilité présumée des coutumes et des institutions du premier (musulmanes, notamment) avec l’ordre social et les valeurs morales du second. Mais elle présente aussi des analogies avec l’antisémitisme de la première moitié du 20e siècle, en particulier dans l’aire germanique, qui entendait reformuler ‘l’identité nationale’ par opposition aux juifs. De la même façon, l’islam est utilisé aujourd’hui pour redéfinir une identité menacée par la mondialisation.

Tout cela n’empêche pas Denis Collin, professeur de philosophie dans un lycée d’Évreux et président de l’Université populaire de cette ville, de faire de la lutte contre l’islamophobie un cache-sexe du fondamentalisme musulman : «Partie des États islamistes les plus réactionnaires (Iran, Arabie Saoudite, Qatar) la ‘lutte contre l’islamophobie’, affirme-t-il dans un article publié en ligne le 12 juillet 2016, fait partie intégrante de la stratégie politique de conquête du pouvoir des diverses tendances de l’islam politique (…) »2.

Salafistes et islamophobes

Tout d’abord, pourquoi D. Collin pense-t-il que la lutte contre l’islamophobie puisse amener la gauche internationaliste à renoncer à combattre l’islam salafiste et ses mentors sur les plans idéologique et politique ? Rappelons que l’islam sunnite n’a ni église ni clergé, ce qui a permis à la dynastie des Saoud, depuis la suppression du califat ottoman en 1924, grâce notamment au contrôle du pèlerinage, de se poser abusivement en gardienne de l’orthodoxie musulmane. Elle a ainsi exporté les conceptions étriquées de la secte wahhabite, pour qui les musulmans doivent revenir à l’islam des origines, dont elle présente d’ailleurs une image caricaturale (cf. Fred Donner www.youtube.com/watch?v=5RFK5u5lkhA). De plus, après la Seconde Guerre mondiale, le monopole de la rente pétrolière lui a permis de financer de nombreuses mosquées, centres islamiques, écoles coraniques, médias, etc. à l’échelle mondiale, avec le soutien des puissances occidentales qui voyaient en elle un rempart contre le « socialisme arabe ».

Pourtant, contrairement à ce qu’affirme Denis Collin, l’islamophobie n’est pas combattue par « les États islamistes les plus réactionnaires », puisqu’elle ne fait que confirmer l’impossibilité pour les musulmans de vivre « parmi les infidèles » et facilite le « gouvernement des corps et des esprits » par les salafistes. Pour cette raison, il est tout à fait légitime que la lutte contre l’islamophobie soit soutenue par la gauche laïque, anticolonialiste, antiraciste et féministe – du moins, celle qui n’a pas rompu avec le B.A-BA de la dialectique (lire à ce propos l’article de Daniel Bensaïd, « Etat de la pensée dialectique en France et dans le monde », septembre 2005, http://danielbensaid.org/Etat-de-la-pensee-dialectique-en). En effet, cette lutte est la condition d’un combat efficace contre le contrôle des populations issues de l’immigration postcoloniale par l’islam religieux sectaire et/ou par l’islam politique réactionnaire.

Question de classe et oppression postcoloniale

Denis Collin a raison de souligner que les musulmans ne sont pas assimilables aux organisations islamiques. Encore faut-il qu’une hostilité montante à leur égard ne les pousse pas dans les bras de celles-ci. Sur ce point, il est surprenant de lire sous sa plume, qu’en France, catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, musulmans, agnostiques ou athées sont égaux devant la loi. Comme s’il n’existait pas d’autres sources de discriminations à l’égard de secteurs particulièrement défavorisés des classes populaires, stigmatisés de surcroît par leur statut postcolonial.

Or, aujourd’hui en France, un musulman ne peut pas être défini essentiellement comme quelqu’un «qui croit en totalité ou en partie ce que dit le Coran et en tire éventuellement quelques préceptes concernant sa propre vie». En réalité, sur le plan sociologique, c’est avant tout un travailleur ou une travailleuse mal payé, précaire, souvent chômeur, vivant dans des quartiers dégradés, victime au quotidien du racisme… C’est pourquoi, devant la faiblesse d’une gauche internationaliste, capable d’organiser la résistance de ceux et celles d’en bas, cet « islam populaire, bon enfant et qui ne pose aucun problème à quiconque » cède de plus en plus la place à la colère.

Denis Collin distingue « l’islam bon enfant » de la « la religion islamique », qu’il assimile à ses composantes religieuses ou politiques organisées. Si sa terminologie est un peu naïve, il comprend bien que l’islam sectaire (wahhabite, salafiste) et ses expressions politiques (Frères musulmans, etc.) ont effectivement mis la main sur « l’islam organisé ». Sur ce point, nous sommes en gros d’accord. Pourtant, ces courants ne se sont pas développés « en réaction aux tendances démocratiques et modernisatrices [de] l’empire ottoman au cours du 19e siècle », mais en réponse à la barbarie moderne de la Première Guerre mondiale. Comme son homologue européenne, la petite bourgeoisie musulmane a rejeté le discours révolutionnaire de l’Octobre russe, qui touchait de plein fouet l’islam, pour se tourner vers de nouvelles « utopies réactionnaires » que soutiendront effectivement les impérialistes britanniques et français (!!!) avant ceux des États-Unis.

Islams politiques réactionnaires et impérialismes

D. Collin ne fait pas dans la dentelle quand il évoque « l’accord historique entre Roosevelt et la dynastie Saoud signé sur le croiseur Quincy en 1945, [qui] va sceller l’alliance historique de l’impérialisme US et de l’islam fondamentaliste ». Les historiens auront raison de tousser… Mais il ne se trompe pas sur l’essentiel : depuis les années 1950, les États-Unis ont encouragé le wahhabisme, les Frères Musulmans et les ayatollahs conservateurs pour lutter contre les régimes progressistes de Mossadegh en Iran, de Nasser en Egypte, du Baath en Syrie et en Irak, etc. À ceci près que ces régimes n’avaient rien de laïc, contrairement à ce qu’il affirme… Il a raison aussi lorsqu’il évoque le soutien bien connu de la CIA aux Talibans, par le biais des services secrets pakistanais. Sans aucun doute, l’islam sectaire et l’islam politique réactionnaire sont partie intégrante du jeu des impérialismes à l’échelle mondiale. On pourrait ajouter que l’islam politique chiite table aujourd’hui habilement sur les rivalités inter-impérialistes en jouant la carte russe en Syrie et la carte US en Irak.

D’accord aussi avec D. Collin pour dire que l’islam politique est différencié, même si ses multiples courants partagent « une lecture plus ou moins littérale du Coran et qu’ils font de la soumission des femmes une question centrale de leur propagande ». D’accord aussi sur le fait qu’il représente « des forces politiques bourgeoises ». Pourtant, contrairement à ce qu’il affirme, leur hostilité « à la démocratie et à ses conséquences en matière de libertés individuelles » n’est pas une spécificité du monde musulman, mais une tendance générale du capitalisme dans le Sud Global. Présentent-elles « certains des caractères des organisations totalitaires » ? Oui, sans aucun doute, en encadrant les populations « par une propagande qui dispose de moyens importants » et en développant « un véritable gouvernement des corps et des esprits ». On en a vu cependant les limites en Egypte ou en Tunisie, où les deux expériences de pouvoir des Frères Musulmans et d’Ennahdha n’ont pas débouché sur l’installation de régimes totalitaires, mais sur d’imposantes mobilisations populaires d’opposition qui ont précipité leur discrédit.

En comparant le « capitalisme démocratique » occidental au « totalitarisme islamique », D. Collin ne voit pas que l’un domine les pays impérialistes, avec une tendance accrue à l’autoritarisme, tandis que l’autre contrôle quelques États du Sud, avec des difficultés croissantes, même en Arabie Saoudite… D’ailleurs, les Saoud ont préféré l’armée égyptienne « laïque » au gouvernement des Frères Musulmans pour faire face au peuple égyptien en colère.

Un ennemi en cache un autre

En Europe, D. Collin se trompe de cible lorsqu’il parle d’un « islamisme conquérant », alors que partout la droite et l’extrême droite raciste et islamophobe progressent de façon autrement inquiétante, lorsque la gauche ne présente pas une alternative antilibérale – pour ne pas dire anticapitaliste – forte. En même temps, il a raison de pointer le risque d’une conquête de la jeunesse précarisée d’origine musulmane par les réseaux salafistes, financés par l’argent du pétrole. Mais il se trompe sur la façon de la contrer.

La lutte contre l’islam sectaire et l’islam politique réactionnaire ne passe pas par la multiplication des interdits au nom d’une conception caricaturale de la laïcité, qui ne peut que leur donner une aura de victime. Il suppose avant tout l’intégration des précaires, en particulier des jeunes, aux luttes sociales, et le refus de toute forme de racisme. Pour autant, cela ne signifie pas qu’il faille mettre en sourdine nos combats politiques et idéologiques pour les droits démocratiques, les droits des femmes, les droits des minorités sexuelles, etc. Au contraire, nous aurons d’autant plus de chances d’être écoutés que nous nous opposons sans réserve aux mesures discriminatoires à l’égard des musulmans.

Pour D. Collin, «on doit, comme on le fait déjà aujourd’hui, continuer de garantir la liberté religieuse des musulmans comme celle de toutes les croyances. La foi est affaire de conscience et la liberté de conscience est un principe fondamental». Très bien. «Mais, ajoute-t-il, cette liberté de conscience n’autorise pas les croyants à régenter l’espace public en fonction de leurs croyances – dans les piscines comme dans les autres lieux publics, la mixité est la règle. De même, les enfants, quelles que soient leur religion, doivent être instruits des mêmes programmes fixés par les autorités politiques». Pas d’objection.

Cependant, quand il aborde la question du « voile », D. Collin commence à tout mélanger : d’abord il affirme que « les lieux institutionnels exigent souvent certaines règles de tenue » et que « dans de nombreux métiers, il existe une tenue réglementaire de travail ». Des arguments assez faibles, lorsqu’on comprend où il veut en venir. Il en déduit en effet, « qu’à l’école on se découvre devant le professeur », que « les fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions ne doivent pas afficher leurs croyances religieuses (ou politiques d’ailleurs) », et que donc, « on ne voit pas pourquoi les islamistes seraient fondés à exiger que les femmes musulmanes puissent être soustraites à ces lois communes ». Mais il ne nous dit pas en quoi le fait de porter un foulard sur les cheveux empêcherait une enseignante de donner un cours sur l’évolution, ou à une élève de suivre le programme de l’école publique. Surtout, il ne se pose pas la question de la liberté de choix des femmes concernées, qui devrait pourtant être notre préoccupation essentielle.

Le venin est dans la queue

« Il est grand temps de donner un coup d’arrêt à l’islamisme », nous assène-t-il en conclusion. On aurait pu croire que c’était parce que l’islam sectaire et l’islam politique réactionnaire sont des forces rétrogrades. Mais non. C’est parce que ces organisations « heurtent de plein fouet les traditions nationales populaires (sic), agissant comme de puissants dissolvants des solidarités traditionnelles, et fournissent les instruments de division dont le patronat a besoin ». Pour ceux qui pouvaient croire naïvement, dans la tradition de Marx, que c’était le capitalisme lui-même qui agissait comme puissant dissolvant des solidarités traditionnelles et fournissait les instruments de division dont le patronat a besoin, voilà un autre ennemi, sans doute beaucoup moins impressionnant !

Mais ce serait oublier, explique D. Collin, que le problème numéro 1, du moins à en croire Laurent Bouvet, un politologue proche du PS français pour qui la vocation identitaire de la gauche est gage de sa réussite, c’est l’« insécurité culturelle ». Après avoir cité cette « autorité », il part littéralement en vrille, dénonçant « les fractions de la gauche radicale qui soutiennent l’islamisme » (sic) et qui « font ainsi, consciemment ou non, le jeu du Front National » (resic). Après un effort louable de discussion, que viennent donc faire de telles imprécations à la fin de son texte ? Le venin est dans la queue, disaient les Romains. Dont acte. Mais cette polémique n’est pas à l’honneur de son auteur et ne mérite évidemment aucune réponse.

1. The Pluto Press Blog, 10 août 2016.
2. Voir : http://la-sociale.viabloga.com/news/la-pretendue-islamophobie-et-la-fonction-politique-des-organisations-islamiques

Photographie: @Thomas Hoepker /Magnum
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CAP-NCS <![CDATA[Convergences]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16013 2016-08-14T19:09:08Z 2016-08-09T17:00:15Z Le mouvement est populaire, la lutte est politique

Vendredi 12 août 2016 à 16 h, à l’UQAM, R-M120

 

Le pouvoir populaire n’aspire pas à la domination. Il se donne pour objectif de développer, à travers de nouvelles institutions, autant l’exercice démocratique de l’autorité que la construction de sujets autonomes. Ses actions principales visent la construction d’espaces où le pouvoir des institutions de la société capitaliste ne puisse s’exercer et capable de contrer l’action des appareils idéologiques destinés à produire les sujets du système. Pour cela, il se propose de construire une contre-culture différente et opposée à celle dominante

Hector Mendez[1]

 

ConvergenceAu Québec comme dans plusieurs pays, les mouvements populaires et les partis progressistes cherchent à faire converger leurs efforts. Pour faire échec à la droite et au néolibéralisme, il faut en effet élargir l’impact des luttes politiques et sociales et sortir du « périmètre », un peu comme ce qu’on a vu en Espagne avec l’expérience de Podemos. Mouvements et partis par ailleurs doivent trouver des manières de travailler ensemble tout en respectant leur autonomie et leurs capacités respectives. Nous voulons donc lancer une réflexion, avec des militants et des militantes de mouvements et partis et explorer ces questions :

  • Quelles sont les plateformes électorales susceptibles de rassembler la gauche ?
  • Comment faire échec aux contraintes juridiques et politiques qui nous contraignent sur la scène politique ?
  • Comment surmonter les obstacles entravant la convergence ?

Les intervenants et les intervenantes

  •  Aurélie Lanctôt (Ricochet)
  • Christophe Aguiton (militant syndical en France)
  • Manon Massé (députée de QS)
  • Marie-Ève Rancourt (militante syndicale)
  • Ludvic Moquin-Beaudry (militant étudiant)
  • Sébastien Bouchard (militant syndical)
  • Ronald Cameron (Alternatives)
[1] MENDEZ, Hector, Le pouvoir populaire. La pensée de la transformation sociale en Amérique latine, Paris, L’Harmattan, 2015.

 

 

 

Pouvoir et hégémonies

L’outil qu’est l’organisation politique doit être conçu comme un moyen, un organe unificateur subordonné aux mouvements de masse, une totalité non fermée dans laquelle chacun apporte ses particularités, un espace de globalisation et de synthèse des pratiques anticapitalistes contre-hégémoniques et solidaires, projetées vers le socialisme et l’émancipation. Les classes subalternes deviennent autonomes de classes dominantes dans la mesure où elles construisent des espaces contre-hégémoniques. L’activité autonome est objectivement contre-hégémonique, mais elle ne pourra dépasser sa position dans la société capitaliste si elle ne construit pas des identités massives, des outils d’articulation et des stratégies de pouvoir. L’organisation politique doit abandonner définitivement les approches coercitives et l’instinct policier, qui n’agit pas par-dessus l’existence quotidienne du peuple et de ses organisations; qui soit capable de soutenir la confiance sociale, la participation et la coordination organisationnelle, qui transforme les objectifs émancipateurs en réalité, qui est un apport pour la cause, mais qui ne prétend pas l’incarner, qui casse le rapport moyen/fin, qui anticipe dans ses formes l’avenir qui se considère comme un moment et non une externalisation fixe et spécialisée d’exercice du pouvoir, qui unifie sans dominer le discours et les pratiques émancipatrices qui ne réduit pas au « logos » de l’organisation et qui occasionnellement et subsidiairement, peut servir pour la conquête du pouvoir.

Miguel Mazzeo [2]

 

Le pouvoir populaire est un pouvoir qui n’aspire pas à la domination, mais à la construction du peuple et des individus qui le composent comme sujets. Un pouvoir qui se propose comme objectif de développer à travers de nouvelles institutions l’exercice démocratique de l’autorité et la construction de sujets autonomes. Pour cela, en même temps qu’il travaille à construire sa base matérielle, des espaces ou où le pouvoir des institutions de la société capitaliste ne peut s’exercer et s’emploie à mettre en échec le fonctionnement des appareils idéologiques destinés à produire les sujets du système des appareils qui émargent à la domination beaucoup d’efforts et à construire une contreculture opposée à celle de la société dominante.

Michel Foucault [3]

[2] MAZZEO, Miguel, El eje estatal, el poder y el sujeto postlininista. Algunas reflexiones, 2014.
[3] FOUCAULT, Michel, « Pouvoirs et stratégies » (entretien avec Jacques Rancière), dans Dits et écrits 11, Paris, Seuil, 1976.

Références

  • POIRIER-ST-PIERRE, Renaud, et Philip ÉTHIER, De l’école à la rue : dans les coulisses de la grève étudiante, Montréal, Éditions Écosociété, 2013.
  • NADEAU-DUBOIS, Gabriel, Tenir tête, Montréal, Lux, 2013.



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CAP-NCS <![CDATA[L’État, les droits et la démocratie sont-ils réconciliables ?]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16007 2016-08-14T19:09:47Z 2016-08-09T14:00:48Z Vendredi 12 août 2016 à 13 h, à l’UQAM, DS-4375

JusticeDans les pays occidentaux qui prétendent être des États de droit, nous sommes témoins de deux tendances contraires entre lesquelles il existe un déséquilibre croissant et inquiétant : d’une part, un désengagement, voire une démission de l’État là où il devrait agir pour garantir à toutes et à tous l’accès à la justice et, d’autre part, l’engagement de l’État et de son appareil répressif dans une politique pénale menaçant les droits et les libertés de l’humain.
Le diagnostic est important à établir, de même que le vaste territoire des alternatives : comment redéfinir les termes de droit et de démocratie et leur redonner un sens réel, inclusif, rassembleur ?

 

Les intervenants et l’intervenante

• Peter Leuprecht (professeur de droit international public à l’UQAM)
• Boaventura de Sousa Santos (sociologue à l’Université de Coimbra au Portugal et à Madison, É.-U.)
• Lucie Lamarche (professeure au Département des sciences juridiques de l’UQAM

Kafka et l’accès à la justice 

Peter LEUPRECHT

NCS, n° 16, 2016

Dans l’œuvre de Franz Kafka, juriste tourmenté et malheureux, les métaphores de la justice abondent – de la justice comme idéal et de la justice comme institution. Dans un bref récit (Devant la Loi[1]), il décrit de manière saisissante le drame de l’inaccessibilité à la justice. Un pauvre « homme de la campagne » se présente devant la Loi, mais un garde l’empêche d’y entrer. Le pauvre homme « ne s’est pas attendu à de telles difficultés; car enfin, se dit-il, la Loi doit rester accessible à tout un chacun et à tout moment ». Il campe pendant « des journées et des années » devant la porte de la Loi dans l’espoir de pouvoir y accéder. Il prend de l’âge et faiblit. N’apercevant que la lueur de plus en plus lointaine de la justice, il meurt finalement sur le seuil de la porte de la Loi.   

Le drame décrit par Kafka, il y une centaine d’années, est vécu par d’innombrables êtres humains et groupes dans notre société. Or, l’accès à la justice est un des éléments essentiels de tout État de droit. Le droit à l’accès à la justice est un des droits fondamentaux de l’être humain; en même temps, son respect est une condition de la réalisation des autres droits de la personne. L’État est responsable de la garantie effective de ces droits devant les personnes relevant de sa juridiction et devant la communauté internationale. Pour le droit d’accès à la justice, comme d’ailleurs pour les autres droits fondamentaux, cette responsabilité de l’État a des incidences sur le plan de l’organisation et du financement du pouvoir judiciaire. L’État doit assurer les moyens budgétaires nécessaires pour garantir le bon fonctionnement du pouvoir judiciaire et l’accès effectif des justiciables à la justice.

Or, au Canada une part famélique (en moyenne 1 %) des budgets gouvernementaux est consacrée au système de justice. Pour ce qui est des mécanismes de défense des droits de l’homme, le système en place au Québec laisse beaucoup à désirer. Il est confus, incohérent, brouillon et nettement inférieur à ce qui existe dans d’autres provinces canadiennes, par exemple en Ontario et en Colombie-Britannique, et dans des pays européens. La nécessité d’une refonte du système québécois est patente. Le Tribunal québécois des droits de la personne devrait être renforcé et rendu directement accessible. Un des obstacles principaux à l’accès à la justice est d’ordre économique et financier. Le système dont nous disposons au Québec et au Canada est malheureusement un système de justice pour les riches.

[1] Franz Kafka, À la colonie disciplinaire et autres récits, Paris, Actes Sud, 1998,

 

Démocratiser la démocratie

Une démocratisation de la démocratie n’est donc pas seulement le nom d’une transformation des institutions, des structures ou des relations de pouvoir, c’est aussi le nom qu’on peut donner à un travail des citoyens sur eux-mêmes, dans une situation historique donnée. Elle vise à surmonter des obstacles externes, « objectifs », mais aussi internes, « subjectifs », à l’action et à la participation politiques. Dans la terminologie de Foucault (1982), il correspond au passage de l’assujettissement à la subjectivation, en tant que modalité du « gouvernement de soi-même », dont rien ne dit qu’elle doive rester purement individualiste. La servitude volontaire peut être causée par la peur, sans aucun doute un de ses instruments les plus puissants : on pense à la description par Hobbes de la terreur et de la crainte religieuse (awe) inspirées par le pouvoir disproportionné du souverain. Mais alors elle risque toujours aussi de se retourner en révolte. Elle peut avoir pour cause l’idéologie, depuis l’influence de l’éducation jusqu’à celle des appareils de propagande et des médias qui conditionnent l’opinion publique. Enfin elle peut résulter de la liberté elle-même, ou plutôt de certains usages de la liberté qui séparent l’individu des conditions de sa propre action, sur le modèle de la description par Marx de la « liberté » du travailleur salarié, qu’on peut envisager d’étendre à tous les effets de l’individualisme dans la politique contemporaine, multipliés par le fait que ceux-ci sont indissociables d’un conformisme de masse, entretenu par le règne de la consommation et des médias commercialisés (comme l’avaient soutenu dès l’origine les théoriciens de l’École de Francfort). C’est ce rapport intrinsèquement conflictuel entre démocratie et servitude volontaire qui explique pourquoi tant de théoriciens de la citoyenneté démocratique ont fait de la désobéissance civique un des critères fondamentaux de la « vertu » du citoyen – sous réserve naturellement de discernement et d’appréciation des circonstances : car la désobéissance civique comporte à la fois la capacité de régénérer la liberté politique et celle de l’anéantir, de façon antinomique, en particulier lorsqu’elle passe (comme l’indique Hannah Arendt) de l’exercice d’un « droit » individuel à celui d’une « stratégie » collective de résistance à la tyrannie.

Étienne Balibar*

* Étienne Balibar, Démocratiser la démocratie, sur le Site Demain le monde, 1er juin 2016, < http://www.demainlemonde.net/contribution/democratiser-la-democratie/ >

 

Références

Nouveaux Cahiers du socialisme, L’accès à la justice, quelle Justice ?, n°, 16, automne 2016.
• Boaventura Sousa Santos, Vers un nouveau sens commun juridique. Droit, science et politique dans la transition paradigmatique, Paris, Librairie générale de droit et jurisprudence, 2004.

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CAP-NCS <![CDATA[Décoloniser le savoir]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16000 2016-08-14T19:10:13Z 2016-08-09T11:30:18Z Vendredi 12 août 2016 à 9 h, à l’UQAM, DS-2520

 

C’est pourquoi l’on pourrait dire que tous les hommes sont des intellectuels ; mais tous les hommes n’exercent pas dans la société la fonction d’intellectuel.

Gramsci *

Dans une époque pas si lointaine, la science et la technique « modernes » étaient des religions : croissance économique, individualisme possessif, instrumentalisation des humains et de la nature. Des experts proclamaient alors la « fin de l’histoire » et le « triomphe définitif du capitalisme ». Mais il ne suffit pas, explique Boaventura de Sousa Santos, de critiquer les impacts dévastateurs du capitalisme globalisé. Il faut aussi remettre en question les idées à la base de ce système. Il faut déconstruire le « monosavoir » qui domine et qui ne reconnaît qu’une sorte d’appropriation du réel, en niant la science des dominés, des premiers peuples, des femmes. Dans les forêts d’Amazonie, les populations ont des connaissances ancestrales sur la flore et la faune, que les entreprises comme Monsanto cherchent à leur arracher. À la base, il y a une autre conception du temps, qui n’est pas linéaire comme dans la pensée issue du capitalisme. Le rapport à la nature n’est pas compris par ces premiers peuples comme un lien de « propriété » imposant une domination humaine totale. Au contraire, tout ce qui se trouve sur la terre, humains et non-humains, éléments naturels y compris, forment une totalité, comme un ensemble de composantes qui est indispensable pour la survie de tout un chacun. L’écologie commence à nous rapprocher de cette vision du monde qui résiste dans les marges du système.

 

Boaventura de Sousa Santos

Boaventura de Sousa Santos

Mireille Fanon-Mendès-France

Mireille FanonMendès-France

* Gramsci, « Problèmes de civilisation et de culture », Cahiers de prison (1930-35), < https://www.marxists.org/francais/gramsci/intell/intell1.htm#sdfootnote7sym >

Décoloniser les savoirs et construire la sociologie des émergences

Boaventura de Sousa Santos

 

Le mode de pensée dominant dans les pays occidentaux est établi sur une approche monoculturelle.

  • Monoculture du savoir et de la rigueur : le seul savoir rigoureux est le savoir scientifique, et d’autres formes de connaissance n’ont par conséquent pas la validité ni la rigueur de la connaissance scientifique.
  • Monoculture du temps linéaire : l’histoire a un sens, une direction que les pays développés avancent.
  • Monoculture de la naturalisation des différences, celles qui occultent les hiérarchies dont la classification raciale, ethnique, sexuelle, et de castes.
  • Monoculture de l’échelle dominante : il existe une échelle dominante des choses qui a historiquement deux noms : universalisme et mondialisation.
  • Monoculture du productivisme capitaliste : la croissance économique et la productivité, mesurée dans un cycle de production, déterminent la productivité du travail humain ou de la nature, tandis que tout le reste ne compte pas.

Comment renverser cette impasse théorique ? Comment rebâtir une autre écologie du savoir  ? Il faut explorer d’autres pistes.

  • Écologie des savoirs : promouvoir un usage contre-hégémonique de la science hégémonique, ce qui ouvre à celle-ci la possibilité de fonctionner non comme une monoculture mais comme une partie d’une écologie plus large des savoirs, où le savoir scientifique peut dialoguer avec le savoir ordinaire, le savoir populaire, le savoir des indigènes, le savoir des populations urbaines marginales et le savoir des paysans.
  • Écologie des temporalités : l’important est de comprendre que si le temps linéaire est une forme du temps, il en existe aussi d’autres.
  • Écologie de la reconnaissance : décoloniser nos esprits pour pouvoir produire quelque chose qui distingue ce qui est produit de la hiérarchie de ce qui ne l’est pas ; car nous devons accepter seulement les différences qui restent une fois que les hiérarchies sont rejetées.
  • Écologie de la transéchelle : la possibilité d’articuler dans nos projets les échelles locales, nationales et globales.
  • Écologie des productivités qui consiste en la récupération et la valorisation des systèmes alternatifs de production, des organisations économiques populaires, des coopératives ouvrières, des entreprises autogérées, de l’économie solidaire, etc., que l’orthodoxie capitaliste productiviste a occultés ou discrédités.

 

Tout cela construit une sociologie insurgée, une sociologie des émergences, qui contracte l’avenir pour pouvoir rendre visible le « pas encore », l’inattendu et les possibilités « autres » qui émergent du présent. La raison, par rapport à la sociologie des absences,  matérialise des expériences disponibles, mais qui sont produites comme absentes et qu’il faut rendre présentes. La sociologie des émergences produit des expériences possibles qui ne sont pas données parce qu’il n’existe pas pour cela d’alternative, mais qui existent déjà en tant qu’émergences.

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CAP-NCS <![CDATA[Les défis de la gauche en Amérique latine]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15994 2016-08-14T19:10:31Z 2016-08-09T00:00:13Z Vendredi 12 août 2016 à 9 h et à 13 h (2 parties), à l’UQAM, R-M120

 

Manifestants PaysansDepuis 1999, un nouveau cycle politique apparaît en Amérique du Sud. Catalysés par les luttes populaires contre les politiques néolibérales des « décennies perdues » (1980-1990), des partis progressistes sont élus et promeuvent d’importantes initiatives en faveur du peuple à travers des politiques de redistribution et d’avancées en matière de politique sociale, de même que par la promotion des droits et de la légitimité de la lutte contre l’oppression. Pour autant, ces expériences ne permettent pas de confronter l’héritage des politiques de mal-développement héritées du néolibéralisme. Les gouvernements progressistes ont bénéficié d’une conjoncture internationale qui a gonflé les prix des ressources naturelles; ce faisant, ils se sont davantage enfoncés dans l’économie globalisée et ils peinent à contrecarrer le retournement qui se manifeste par la réduction de la croissance, notamment en Chine. Aussi, les mouvements populaires et la gauche sont devant un double défi : confronter le retour de la droite d’une part, et rénover la pensée et la pratique politiques dans le sens d’une réelle émancipation d’autre part. Cet atelier (qui se tiendra en deux sessions) permettra de cartographier le moment critique qui traverse la région, en portant attention aux traits communs et spécifiques de divers pays de la région pour explorer les nouvelles stratégies émergeant des luttes.

 

Intervenant-e-s

  • Sueli Carneiro (Brésil)
  • Sergio Haddad (Brésil)
  • Émilio Taddei (Argentine)
  • Lilian Celibeti (Uruguay)
  • Giovanna Rosa (Chili)
  • Pablo Solon (Bolivie)
  • Eduardo Ballon (Pérou)
  • Pierre Mouterde (Québec)
  • Bernardo Toro (Colombie)

 

Les nouveaux chemins du socialisme en Amérique latine

Alvaro García Linera[1]

En Équateur, en Bolivie et au Venezuela, le néolibéralisme a longtemps prévalu. Mais peu à peu à travers d’innombrables batailles des idées, ce paradigme s’est disloqué. Il y a eu une secousse spirituelle, mentale et culturelle dans les sociétés latino-américaines, une brisure culturelle, symbolique. Inspirés par Gramsci, nous avons compris qu’il ne peut y avoir de conquête du pouvoir, ni de transformation du rapport de forces dans l’État, s’il n’y a pas d’abord un changement des perceptions logiques et morales concernant l’organisation du monde et de la société. En d’autres mots, il ne peut pas y avoir un assaut contre le pouvoir (par voie électorale ou révolutionnaire), s’il n’y a pas d’abord une transformation des paramètres culturels. En réalité, l’hégémonie, en se référant à Gramsci et à Lénine, est une lutte culturelle, de symboles, d’identité, de visions, d’idées forces dans la société. Pour vaincre l’adversaire, il faut lui infliger une défaite culturelle, éthique, politique et, éventuellement, militaire. Inévitablement, la révolution doit se traduire en intervention imposant le renversement de l’adversaire.

Pour éviter le piège de remplacer des élites par d’autres, certains courants de gauche se refusent à prendre le pouvoir en se retirant dans de petits groupes, communes ou activités semi-autonomes. Mais lorsqu’on s’éloigne du pouvoir sous prétexte de ne pas se salir les mains, ça ne le fait pas disparaître. Au contraire, le pouvoir de l’État persiste sous la coupe de politiciens très proches des oligarchies traditionnelles. En s’isolant, nous laissons l’État désorganiser la société. Pour prendre le pouvoir cependant, il faut arrêter de concevoir l’État comme une chose à conquérir. L’État, c’est un ensemble de rapports sociaux. Mais l’État, c’est aussi la gestion du commun, de l’universel et du collectif. C’est une relation paradoxale, matérielle et idéale, collective et monopolisée, universelle et individualisée. Il faut s’emparer de cet État et transformer le pouvoir en le démocratisant.

Les processus révolutionnaires doivent apprendre à gérer le pouvoir, y compris au sein du gouvernement, du parlement, des ministères. En même temps, la démocratie latino-américaine, réelle, profonde et radicale, doit compter sur la mobilisation et la participation de la société dans la rue, pour défendre et approfondir le processus révolutionnaire. Si telle est la norme, il faut savoir que les grands moments de participation et mobilisation ne sont permanents ni éternels. Ils arrivent par vagues, avec des moments ascendants, puis des périodes plus calmes plus ou moins prolongées, jusqu’à tant que s’articule un nouveau processus de mobilisation sociale.

[1] Extraits de l’allocution du vice-président de la Bolivie lors de la deuxième rencontre latino-américaine progressiste, Quito, 29 septembre 2015. Le texte sera publié dans le prochain numéro des NCS, « Quelle démocratie », hiver 2017.
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CAP-NCS <![CDATA[D’un printemps chaud à l’autre (1972-2012)]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15988 2016-08-06T12:26:40Z 2016-08-08T21:00:09Z Vendredi 12 août 2016 à 9 h, à l’UQAM, DS-2585

Pratiquer la colère, c’est
décider, en toute conscience,
d’être à la même hauteur que
ses rêves et ses convictions,
pour les regarder bien en face

Hélène Pedneault

Front commun 72printemps étudiant2Au printemps 1972, une grève générale éclate à la suite de la mobilisation des employé-es du secteur public et de l’arrestation des chefs syndicaux. Les multitudes occupent les lieux publics, tiennent tête et finissent par imposer les revendications du « monde ordinaire ». Au printemps 2012, les étudiants et les étudiantes déclenchent un puissant mouvement de masse qui devient, avec les Carrés rouges, un mouvement citoyen inégalé dans l’histoire, car si « la lutte est étudiante, le mouvement est populaire ». Le gouvernement est défait, le mouvement citoyen en sort renforcé. Quelles sont les leçons ? Quel est l’héritage ? Comment relire ce passé pour agir aujourd’hui ?

Les intervenantes et les intervenants

  • Fanny Theurillat-Cloutier (professeure et syndicaliste)
  • Ghislaine Raymond (membre du collectif des Nouveaux Cahiers pour le socialisme)
  • Philippe Lapointe (syndicaliste)
  • Roger Rashi (Alternatives)

 

Quatre ans plus tard

 

Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants.
Marx*

Le mouvement étudiant qui a débouché sur la grande mobilisation des Carrés rouges a résulté d’un « mouvement de mouvements », d’un vaste ensemble non seulement d’organisations, mais aussi d’initiatives citoyennes, dépassant de loin les frontières des mouvements organisés. On pourrait dire qu’il s’est produit une nouvelle convergence, entre les « anciens » mouvements (syndicats, réseaux féministes), les « nouveaux » mouvements (jeunes, altermondialistes, écologistes) et, fait nouveau, les « non-mouvements », c’est-à-dire les milieux militants qui n’ont pas ou à peu près pas de réalité institutionnelle, permanente et structurée, mais qui ont tout de même la capacité de se concerter, de s’organiser et de se définir par l’entremise de moyens non traditionnels (les médias sociaux entre autres). La mobilisation a permis de rapprocher des revendications légitimes, « simples » et largement consensuelles (« Non à la hausse ! ») avec le temps long, porteur d’une autre vision du monde (« Non à la marchandisation du monde et à la liquidation du bien public! »). La mobilisation a bien manœuvré à travers un vaste répertoire d’actions de masse, très largement pacifiques, inclusives et décentralisées. Elle s’est construite sur la base d’alliances larges, adaptées à diverses problématiques thématiques et régionales. Le mouvement a repris le flambeau de la participation démocratique, a engagé des dizaines de milliers de personnes (aux études ou non) dans la délibération, le dialogue, le processus d’élaboration de stratégies et l’organisation populaire. La mobilisation de 2012 a créé auprès d’une frange importante de la population une identité politisée qui a été un des facteurs importants de la défaite du gouvernement de droite. Contrairement à une certaine vision théologique de l’histoire qui a eu beaucoup d’influence sur la pensée critique, le monde n’est pas programmé en fonction d’une « marche inéluctable de l’Histoire » (l’héritage hégélien). À l’inverse, une perspective uniquement basée sur l’intervention immédiate et volontariste, sans égard aux profondeurs historiques et structurelles, mène à des impasses politiques et théoriques.

Pierre Beaudet (rédacteur aux NCS

Références

 

• NADEAU-DUBOIS, Gabriel. « Enseignements printaniers : quelques éléments à retenir de la grève étudiante de 2012 », Nouveaux Cahiers du socialisme, no 9, printemps 2013, p. 188-197
• FRAPPIER, André et Bernard RIOUX. Le printemps des carrés rouges : lutte étudiante, crise sociale, loi liberticide, démocratie de la rue, Ville Mont-Royal, M Éditeur, 2012

*Karl Marx, Le 18 Brumaire de L. Napoléon Bonaparte, 1851. Édition en ligne publiée par les Classiques des sciences sociales : http://classiques.uqac.ca/classiques/Marx_karl/18_brumaine_louis_bonaparte/18_brumaine_louis_bonaparte.pdf

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CAP-NCS <![CDATA[Crise écologique : le futur e(s)t maintenant]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15984 2016-08-06T12:24:46Z 2016-08-08T14:00:49Z Vendredi 12 août 2016 à 9 h, à l’UQAM, DS-4375

 

Crise écologiqueLes choix sont clairs: soit un monde réchauffé de 4 °C avec la destruction massive de la biosphère et le risque de l’effondrement de la civilisation humaine ou le début d’une restructuration profonde de l’économie et de la société capitaliste et colonialiste. Le capitalisme, par sa logique inhérente à l’accumulation et au profit, nécessite la croissance de la production et la consommation sans limites peu importe les impacts désastreux pour la Terre-Mère et ses écosystèmes complexes.

Les objectifs de cet atelier:

• Décortiquer les liens entre le capitalisme et la crise écologique;
• Explorer comment les forces progressistes (écosocialistes, mouvement syndical, écologistes, citoyennes et citoyens engagés) peuvent-elles mobiliser et agir au-delà des efforts déployés jusqu’à maintenant;
• Comprendre le rôle clef du mouvement autochtone concernant la mobilisation, la résistance et les convergences possibles;
• Explorer en quoi le projet de décroissance est-il porteur;
• Définir comment jumeler les demandes concrètes et les actions à court terme avec la transformation profonde du système dans son ensemble à plus long terme ?

 

Les intervenantes et les intervenants

• Fred Magdoff, (scientifique et commentateur socio-politique)
• Mélissa Mollen Dupuis, (militante autochtone, Idle no more)
• Andrea Levy, (chercheuse indépendante et chroniqueuse)
• Geneviève Azam (Attac-France)
• Daniel Tanuro (écologiste)

Les peuples face au défi climatique[1]

 

Le système capitaliste nous a imposé une logique de concurrence, de progrès et de croissance illimitée. Ce régime de production et de consommation est la recherche du bénéfice sans limites, tout en séparant l’être humain de l’environnement, établissant une logique de domination sur la nature, convertissant tout en marchandise : l’eau, la terre, le génome humain, les cultures ancestrales, la biodiversité, la justice, l’éthique, les droits des peuples, la mort et la vie elle-même. Sous le capitalisme, la Mère-Terre ne constitue qu’une source de matières premières et en ce qui concerne les êtres humains, en moyens de production et en consommateurs, en personnes qui importent pour ce qu’elles ont et non pour ce qu’elles sont. L’humanité fait face à une grande alternative : continuer dans le chemin du capitalisme, du pillage et de la mort, ou entreprendre le chemin de l’harmonie avec la nature et le respect de la vie. Pour faire face au changement climatique, nous devons reconnaître la Mère-Terre comme la source de vie et former un nouveau système basé sur les principes suivants :

  • Harmonie et équilibre entre tous et avec tout
  • Complémentarité, solidarité et équité
  • Bien-être collectif et satisfaction de besoins fondamentaux de tous en harmonie avec la Mère-Terre
  • Le respect des droits de la Mère-Terre et des droits humains
  • La reconnaissance de l’être humain pour ce qu’il est et pas pour ce qu’il possède
  • L’élimination de toute forme de colonialisme, d’impérialisme et d’ingérence
  • La paix entre les peuples et la Mère-Terre.

L’énorme défi auquel l’humanité fait face pour arrêter le réchauffement global et refroidir la planète sera atteint seulement en effectuant une transformation profonde dans le domaine de l’agriculture vers un modèle durable de production agricole paysanne indigène, et d’autres modèles et pratiques ancestrales écologiques qui contribueraient à solutionner le problème du changement climatique et qui assurent la souveraineté alimentaire, comprise comme le droit des peuples à avoir le contrôle de leurs propres semences, terres, eau et la production d’aliments. Nous considérons comme inadmissible que les négociations en cours nécessitent la création de nouveaux systèmes qui amplifient et font la promotion du marché du carbone à tel point que les systèmes existants n’ont jamais résolu le problème du changement climatique et qu’ils ne se soient pas, non plus, transformés en actions concrètes et directes pour la réduction des gaz à effet de serre.

[1] Extraits du texte produit par la Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Mère-Terre, 22 avril 2010, Cochabamba (Bolivie). Pour le texte au complet : http://reporterre.net/Cochabamba-le-texte-de-l-Accord

 

 

Références

• Fred Magdoff, « An Ecologically Sound and Socially Just Economy », Monthly Review, vol. 66, n° 4, septembre 2014
• Daniel Tanuro, « Les fondements d’une stratégie écosocialiste », Nouveaux Cahiers du socialisme, n° 6, Écosocialisme ou barbarie, 2011
• Maxime Combes Blockadia et Alternatiba, les deux piliers de la justice climatique :
https://france.attac.org/se-mobiliser/changeons-systeme-pas-climat/article/blockadia-et-alternatiba-les-deux

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CAP-NCS <![CDATA[La guerre sans fin]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15980 2016-08-14T19:10:47Z 2016-08-08T11:30:57Z Vendredi 12 août 2016 à 9 h à l’Université McGill,

Pavillon Bronfman, local 151, 1001 rue Sherbrooke Ouest

 

Ceux qui aiment la paix doivent apprendre à s’organiser aussi efficacement que ceux qui aiment la guerre.
Martin Luther King

Dans notre monde « post-bipolaire », nous assistons à l’aggravation des contradictions inter-impérialistes mettant aux prises l’empire américain (en déclin relatif) et ses alliés-subalternes de l’OTAN d’une part, et des puissances « émergentes » (Chine, Russie, Turquie, Iran, etc.) d’autre part. Entre-temps, une « guerre sans fin », ouverte en 2003 après les invasions américaines de l’Afghanistan et de l’Irak, traverse une sorte d’« arc des crises », de l’Asie centrale jusqu’aux confins de l’Afrique, avec comme épicentre le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Parallèlement, les interventions militaires de l’OTAN sous commandement américain se multiplient. Dans l’arc des crises, des factions militarisées appuyées par des puissances sèment la terreur. Pendant ce temps se développe un vent de droite qui ravive le racisme et la xénophobie, et qui cible les réfugié-es, les immigrant-es, particulièrement les populations arabophones ou musulmanes. En dépit de ces attaques, les résistances des peuples se développent un peu partout, souvent dans des conditions d’une incroyable adversité, comme on le voit en Syrie, en Irak, en Palestine et ailleurs. En Europe et en Amérique du Nord, le mouvement anti-guerre qui s’est envolé en 2003 essaie de reprendre son souffle. De tout cela se dégagent plusieurs questions. Est-ce que la militarisation actuelle va déboucher sur des conflits majeurs (dans le genre troisième guerre mondiale) ? Ou est-ce que cela va continuer de se jouer par procuration à partir de conflits éparpillés ? Est-ce que la gouvernance va déraper vers l’autoritarisme et le fascisme ? Et surtout, que peut-on faire pour bloquer cette dérive meurtrière ?

Intervenant-e-s

  • Gilbert Achcar (SOAS)
  • Fabio Alberti (Transform!, Italie)
  • Phyllis Bennis (Institute for Policy Studies, États-Unis)
  • Dominique Boisvert (Centre de ressources sur la non-violence, Québec)
  • Reiner Braun (International Peace Bureau, Suisse)
  • Kamal Lahbib (Forum social magrhébin, Maroc)
  • Helmut Scholz (Die Linke, Allemagne)
  • Maite Mola (Gauche européenne)

 

La guerre « sans fin »

 

La guerre « sans fin »

La stratégie néoconservatrice qui prend sa forme développée dans les années 1990 doit, selon ses promoteurs états-uniens, se traduire par une guerre globale, permanente et préventive :

• La guerre est globale, elle n’a pas de théâtre d’opérations délimité. Elle traverse toutes les frontières. Elle n’est plus soumise aux conventions internationales. L’occupation des territoires par des forces armées américaines est présentée comme légitime et nécessaire, de même que l’utilisation d’armes de destruction massive. On légalise également des pratiques qui étaient utilisées de manière semi-clandestine, telles que la torture, la détention sans procès, les assassinats, etc.
• La guerre est permanente. Elle n’a ni début ni fin. Il y aura toujours des conflits et les États-Unis seront toujours prêts. La guerre n’est plus régie par des déclarations formelles ou des processus soumis à une certaine légalité internationale. Elle fait partie du dispositif « normal » de la domination.
• La guerre est préventive. Les États-Unis se réservent le droit d’attaquer avant d’être directement menacés et donc d’agir en anticipant les actions d’adversaires réels ou présumés. La Charte des Nations unies est caduque.

En Palestine, la stratégie est de détruire les acquis – par ailleurs limités – engendrés par l’héroïque résistance du peuple palestinien et consolider le pouvoir de l’État israélien, allié-clé des États-Unis. Il faut subjuguer les Palestiniens, ce qui implique de transformer l’infrastructure politique palestinienne (OLP) en un appareil collaborateur de contrôle sur la population. Du côté américain, la destruction totale de ce qui reste de la Palestine ne leur semble pas un impératif: c’est ainsi que, de temps en temps, se présentent entre les États-Unis et Israël des lignes de fractures, des désaccords. Cependant, sur le fond, la convergence est plus importante que la divergence. Pour préserver l’impérialisme américain, l’avenir des territoires palestiniens occupés passe loin derrière le renforcement d’un dispositif militaire régional au sein duquel Israël constitue un élément essentiel.

Michel Warschawski, Alternative Information Center (Jérusalem)

Pour comprendre davantage

• Gilbert Achcar, Le Peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe, Arles, Sinbad, Actes Sud, 2013
• Robert Fisk, La Grande Guerre pour la civilisation : l’Occident à la conquête du Moyen-Orient (1979-2005), Paris, La Découverte, 2005
• Michel Warschawski, Programmer le désastre — La politique israélienne à l’œuvre, Paris, La Fabrique, 2008
• Nouveaux Cahiers du socialisme, Impérialisme au XXIe siècle, Empires et confrontations, n° 13, hiver 2015

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CAP-NCS <![CDATA[Les mouvements populaires face à l’État :]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=15971 2016-08-14T19:11:02Z 2016-08-08T01:00:29Z COMMENT LUI RÉSISTER ? COMMENT LE TRANSFORMER ? COMMENT LE DÉPASSER

 

Jeudi 11 août 2016 à 16 h, à l’UQAM, R-M120

 

Les mouvements populaires ont un projet ambitieux : comment construire un système social, politique et économique qui rompt avec le « développement » et l’extractivisme dont les sociétés humaines sont une des composantes ? Devant nous, il y a une structure d’État avec laquelle nous sommes constamment engagés par des confrontations, des défis, des propositions et des transformations. Un peu partout en Asie, en Europe, dans les Amériques et en Afrique, les mouvements remettent en question cette réalité du pouvoir de l’État en cherchant à créer et à élargir l’espace politique nécessaire à l’émancipation.

 

Intervenant-e-s

  • Jonathan Durand Folco (Réseau d’action municipale)
  • Shalmali Guttal (Focus on the Global South)
  • Joseph Purugganan (Focus on the Global South)
  • Pablo Solon (Fondation Solon)
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CAP-NCS <![CDATA[La solution est la paix]]> http://www.cahiersdusocialisme.org/?p=16047 2016-08-14T19:12:22Z 2016-08-07T18:58:45Z Ziad MedoukhDans un monde en effervescence : guerres, violence, attentats, haine, crimes, attaques terroristes, agressions, bombardements, interventions militaires, pauvreté, précarité, chômage, chocs sociaux et économiques, menaces nucléaires, traumatisme collectif, et horreur absolue qui fauchent des vies infiniment précieuses et répandent la souffrance et la peur.

Avec la domination de l’intolérance et le rejet de l’autre, nous vivons une crise morale, qui commence à avoir des conséquences dramatiques sur des pays et des nations. Tant de manipulation et d’instrumentalisation par des médias et des politiques qui cherchent à récupérer avec « opportunisme » les monstruosités, la douleur, l’horreur, pour soigner leur cote de popularité, pour ouvrir des brèches criminelles entre les peuples, pour avoir plus d’intérêts économiques.

Le résultat est certes le même, horrible, l’horreur ne tombe pas du ciel. Elle naît de fractures, de fêlures, de rejets, de discriminations, d’intolérances ; de violences sociales, guerrières, de frustrations, d’injustice et d’humiliations.

Si nous ne sommes pas vigilants, les politiques et les médias arriveront à nous faire détester les opprimés et aimer ceux qui les oppriment.

Loin des manipulations politique et médiatique, d’une malhonnêteté flagrante, nous devons sortir du cercle vicieux de la guerre et de la terreur.

Cette situation nous rappelle combien la vie est sacrée et que face à la barbarie, nos meilleures armes sont la force de l’esprit là où sévit l’obscurantisme, la puissance de l’amour là où hurle la haine, les instruments de la paix là où tuent les armes de guerre.

Plus que jamais, œuvrer à un vivre ensemble pacifique s’impose, nous avons besoin des paroles solidaires et réconfortantes, des actions contre l’amplification du climat de racisme et contre des idéologies dominantes qui commencent à gagner la majorité des esprits.

L’espérance naîtra de notre capacité à nous rencontrer avec nos multiples appartenances, pour nous reconnaître d’une même humanité. Elle se renforcera par notre volonté de nous unir autour d’un même combat pour la dignité. Tout le monde devrait nous montrer des voies pour bâtir la paix, et s’engager sans relâche pour conjurer la vengeance et la peur, en semant la paix dans le cœur des enfants et des jeunes.

La solution n’est ni sécuritaire ni militaire, elle est avant tout sociale et scolaire, la solution est la paix, nous devrons remplacer la culture de la guerre par la culture de la paix.

La paix est une demande populaire partout dans le monde, le problème est que la paix est devenue un slogan pour beaucoup de pays, d’institutions, d’organisations et de personnes, qui jour et nuit déclarent avoir travaillé et œuvré pour réaliser cette paix dans leur entourage, dans leurs pays, dans leurs régions et dans le monde, mais sur le terrain, ils ne font rien pour la réaliser, au contraire, ils incitent à la haine et l’intolérance dans leurs actions et dans leurs mesures.

Les raisons sont simples : les intérêts économiques de ces pays, l’absence d’une éducation à la paix dans les écoles et dans les universités, et surtout l’absence d’une vraie volonté pour réaliser cette paix. Sans oublier que le monde entier vit une crise morale, avec des valeurs humaines qui tombent en faveur des intérêts personnels.

Nous vivons dans la violence, les guerres, la peur, l’inquiétude et la méfiance entre personnes et entre pays.

J’accuse comme premiers responsables de cette situation d’insécurité dans le monde les fabricants d’armes, qui au travers de leurs relations économiques avec les hommes politiques et les décideurs, essayent de garder cette situation d’insécurité dans le monde afin d’augmenter leurs profits et leurs bénéfices, même sur le dos de milliers de victimes.

Il y a ici une raison principale à cette situation c’est l’injustice, quand un pays riche, au lieu d’aider les pays pauvres à sortir de leur crise économique et de leur envoyer des aides alimentaires, leur envoie des missiles et des militaires pour occuper et déstabiliser ce pays.

De même, il y a des conflits qui durent depuis plus d’un demi-siècle comme le conflit israélo-palestinien, et aucun pays ni aucune organisation n’arrive à trouver une résolution de ce conflit, pourtant simple : la fin de l’occupation et la fin de la colonisation des territoires palestiniens, et l’instauration d’une paix juste et durable.

Mais on voit des pays qui encouragent Israël dans sa politique agressive à l’encontre des Palestiniens par l’envoie d’armes à cet état d’apartheid, et le défendent dans les instances internationales.

On doit accepter l’autre et essayer de vivre avec lui, loin des différences ethniques et religieuses, on doit augmenter le nombre de rencontres interculturelles et internationales partout dans le monde, chacun doit connaître la culture de l’autre, on doit enseigner à nos enfants à vivre ensemble, le rôle de l’école devrait changer, l’école ce n’est pas seulement un espace scientifique et d’apprentissage, mais c’est un lieu de rencontre, c’est inculquer les principes et les valeurs humaines dès l’enfance, afin de participer à créer une génération tolérante, une génération qui s’ouvre sur la justice, sur la paix et sur la stabilité dans le monde. Une génération qui soit capable de lutter pour instaurer la paix, et qui se mobilise pour ces valeurs humaines et humanistes.

La question ce n’est pas de créer et d’engager une nouvelle éthique, mais de revenir à nos valeurs humaines de tolérance, de justice, d’accepter l’autre, de vivre ensemble, de mettre la paix comme un objectif à réaliser, et pas seulement comme un slogan ou comme un discours. Il y a ici une responsabilité de ces associations et organisations nationales et internationales qui œuvrent pour la paix, qui devraient renforcer leurs actions et toucher un public plus large, notamment dans les lieux de conflit afin d’arrêter la violence et augmenter la chance pour arriver à des solutions pacifiques. À mon avis, il y a un manque de conscience chez les gens, il manque un travail de fond. Ce qu’ont encouragé la violence et les guerres partout dans le monde.

Cette violence favorise l’injustice et la haine, ce qui rend la solution pacifique très difficile, et ainsi la violence engendre la violence, et c’est la paix qui sera perdante.

Quand le monde prendra-t-il conscience que la violence est en train de saper les fondements de l’humanité et des civilisations ?

Tout le monde doit assumer ses responsabilités afin d’éviter d’aggraver notre crise morale et cette tendance vers l’intolérance.

Pour sortir de cette crise morale, on devrait commencer un travail de fond avec la nouvelle génération, on devrait proposer aux enfants et aux jeunes une culture à la paix, une éducation à la tolérance, un enseignement des valeurs humaines. Il y a un rôle très important à jouer par les médias, qui devraient augmenter leurs programmes et leurs chaînes pour sensibiliser les gens au danger de la violence et des conflits et essayer de rapprocher les peuples et participer à instaurer une culture de paix et de tolérance. Par exemple, les chaînes de TV et les journaux, au lieu de mettre à la Une de leurs pages et de leurs écrans, une image ou des nouvelles d’une guerre, attentat, ou bombardement, pourraient mettre une action de paix ou une rencontre sur la tolérance dans le pays ou la région de cette guerre ou attentat.

Je vous donne un exemple concret : on a créé à notre université de Gaza un Centre de la paix pour enseigner les principes de la démocratie, des droits de l’homme, de tolérance et de paix aux jeunes étudiants, ce Centre organise des ateliers, des rencontres et des formations sur ces principes ; quand on invite des journalistes à visiter notre Centre afin de couvrir nos activités, ils ne viennent pas, mais quand il y a un bombardement israélien sur Gaza ou des affrontements , les journalistes arrivent nombreux. Ces journalistes au lieu de m’interroger sur les actions de notre Centre, demandent des réponses sur les attaques et les offensives israéliennes contre la bande de Gaza. Et ça se répète en Iraq, en Syrie, au Yémen où les médias s’intéressent aux clashs et aux attentats violents, au lieu de parler des actions faites pour la tolérance et pour la paix dans ces pays, qui sont nombreuses, mais pas connues à cause de la non-couverture médiatique.

Toujours en Palestine, et malgré l’occupation et la colonisation, et malgré leur souffrance au quotidien depuis plus de 70 ans, il y a plus de 300 organisations, associations, centres, magasins, médias, facultés et écoles, qui portent le nom de la Paix dans les territoires palestiniens.

En conclusion, nous devrons tous travailler ensemble et nous mobiliser afin d’essayer de sauver ce monde de sa crise morale et de favoriser le dialogue entre les pays et les gens pour arriver à une vraie paix durable, une paix qui passe avant tout par la justice.

Il est vrai que construire la paix nécessite discrétion, humilité, persévérance et tolérance, des qualités rares dans notre monde actuel, mais nous devons croire en l’humanité, car l’humanité est plus forte que les prisonniers de la haine ! Et que l’humanité est pacifique avant tout !

 

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