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	<title>Nouveaux Cahiers du socialisme</title>
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	<description>Faire de la politique autrement, ici et maintenant...</description>
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		<title>C’est le temps du faire du syndicalisme autrement !</title>
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		<pubDate>Wed, 16 May 2012 19:19:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[État / Services publics / Bien commun]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
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		<description><![CDATA[Non seulement le gouvernement libéral n’a pas compris l’ampleur du rapport de force dans la lutte étudiante, mais les directions syndicales ne l’ont pas saisie non plus. Alors que nous étions plusieurs à nous demander pourquoi le mouvement syndical était si discret depuis le début de la grève étudiante, voilà qu’il arrive en grande trombe [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Non seulement le gouvernement libéral n’a pas compris l’ampleur du rapport de force dans la lutte étudiante, mais les directions syndicales ne l’ont pas saisie non plus. Alors que nous étions plusieurs à nous demander pourquoi le mouvement syndical était si discret depuis le début de la grève étudiante, voilà qu’il arrive en grande trombe le 5 mai dernier pour jouer un rôle un peu confus : support du mouvement étudiant ?<span id="more-9627"></span></p>
<p>Médiateur entre les différents acteurs du réseau de l’éducation supérieure ? Empêcheur de tourner en rond ? Disons que les résultats n’ont pas été probants. Louis Roy disait, le 5 mai, à la télévision que l’entente négociée serait une grande nouvelle pour la population québécoise. Cette entente, en tout cas, n’a pas été une grande nouvelle pour le mouvement étudiant. Par la suite, le président de la CSQ, Réjean Parent reprochait au Premier Ministre et à la Ministre Beauchamp d’avoir tiré dans la chaloupe et d’avoir tout fait pour faire avorter l’entente. Nous pourrions présumer que cette entente n’avait pas besoin de l’aide du gouvernement libéral pour la faire avorter. Elle ne tenait tout simplement pas la route. Cette entente n’avait pas le ressort pour conclure une lutte historique de laquelle émerge le plus grand rapport de force syndical depuis 1972.</p>
<p>Lorsque nous avons vu les dirigeants étudiants présenter l’entente en question lors de la soirée du 5 mai, on pouvait observer un certain malaise. Personne ne recommandait l’entente. Les leaders étaient en quelque sorte les passeurs entre le gouvernement libéral et la population étudiante. Ensuite, on sentait une certaine retenue dans l’explication de l’entente. Les leaders étudiants n’étaient pas aussi véhéments que les leaders syndicaux dans l’évaluation de cette entente. Une certaine confusion s’installait : on ne parlait plus de question de frais de scolarité mais plutôt de frais afférent. On parlait de la mise en place d’un comité provisoire qui pourrait se transformer en comité permanent. On parlait de possibilités de faire des économies importantes. On sentait bien que les mots ne venaient pas de la bouche des leaders étudiants. On connait bien leurs discours et leurs styles maintenant qu’on les voit quotidiennement dans les médias.</p>
<p>Nous avons été plusieurs à comprendre l’influence syndicale québécoise dans cette entente. Nous avons été plusieurs à observer une certaine parenté entre cette entente étudiante et l’entente négociée de 2010 dans le secteur public. Rappelons nous que l’entente avait été jugée valable par les directions syndicales en tenant compte du fait que qu’une augmentation salariale substantielle était possible à la fin de l’entente. Le mouvement syndical devait démontrer qu’il y avait une croissance économique suffisante au Québec pour procéder à cette augmentation salariale. L’entente négociée sur la hausse des frais de scolarité disait, elle, qu’il fallait démontrer qu’il y aurait des économies possibles pour effectuer une diminution des frais afférents. Dans les deux cas, ces ententes reconnaissent que le cadre financier n’est pas suffisant pour répondre à l’exigence des parties en cause. Comme le disait Éric Martin, la devise du gouvernement libéral aura été de dire aux étudiants et étudiantes : Payez ou aidez-nous à rationaliser l’université : des deux côtés, c’est du win-win pour L’État entrepreneurial. On pourrait dire la même chose sur le mouvement syndical dans le secteur public : « si vous voulez gagner davantage aidez-vous à réorganiser les finances publiques. »</p>
<p>Si on tient compte de plusieurs erratiques dans l’entente négociée et si on tient compte du contexte dans lequel ni les porte-paroles étudiants et ni vraiment les dirigeants syndicaux ont défendu cette entente, il aurait fallu un miracle pour faire valider cette entente. L’espace public a été occupé par le directeur de la CREPUQ qui a estimé qu’il n’y a aucune économie à faire. Madame Beauchamp, quant à elle, ne pouvait rien promettre sur les chances de réduire les frais afférents. Il n’est donc pas surprenant que cette entente ait été dirigée vers les bacs de recyclage d’une manière aussi brusque.</p>
<p>Nous devons encore une fois reposer la question. Quel est le rôle du mouvement syndical dans cette lutte sociale menée par le mouvement étudiant ? Nous ne saurons pas vraiment ce qui s’est passé dans les coulisses même si certains journalistes ont commencé à publier certains faits intéressants. Mais une chose est claire cependant : il n’y a pas eu de dialogue véritable entre le mouvement étudiant et le mouvement syndical depuis le début de cette grève sinon il n’y aurait pas eu cet épisode tragi comique. Pourtant, un dialogue stratégique aurait pu débuter il y a deux ans quand la Coalition contre la tarification et la privatisation des services publics avait commencé la bataille contre le budget Bachand. Ce dialogue stratégique aurait pu se poursuivre avant que les centrales ne décident de créer l’Alliance sociale après la fin des négociations dans le secteur public au lieu d’intégrer la coalition des Mains Rouges comme on l’appelle souvent.</p>
<p>Et ce dialogue stratégique aurait pu aussi avoir lieu après le congrès de la CSN au printemps dernier. Rappelons alors qu’une membre du syndicat du CHUM est venue défendre une proposition pour une grève sociale contre les mesures néo libérales du gouvernement Charest. Elle n’a même pas terminé son intervention que la salle s’est levée. Ovation debout rien de moins ! Deux ou trois délégués de l’appareil CSN (conseil central et FNEEQ) sont venus défendre la position. Ensuite, Pierre Patry, membre de l’exécutif, est venu défendre cette position, en donnant les indications suivantes : on supporte les étudiants et ensuite on débat sur le mandat de la grève sociale. Le lendemain, le nouveau président, Louis Roy, lance le mot-d’ordre de discuter dans les lieux de travail de la nécessité d’une grève sociale. Depuis, nous n’avons entendu aucun écho au mot-d’ordre de grève sociale.</p>
<p>Il n’est pas trop tard pour bien faire ! Le mouvement étudiant n’a pas besoin de médiateurs ou facilitateurs. Il a besoin de l’appui solidaire de l’ensemble du mouvement syndical. Il serait peut-être temps de penser à faire du syndicalisme autrement. C’est-à-dire de mener une lutte syndicale qui serait branchée sur les luttes sociales et la vitalité de la mobilisation et non sur les appareils sclérosés de l’État entrepreneurial.</p>
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		<title>Vers une grève sociale</title>
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		<pubDate>Wed, 16 May 2012 16:59:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[État / Services publics / Bien commun]]></category>
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		<category><![CDATA[Inégalités / Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Québec / Canada]]></category>

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		<description><![CDATA[Hausse des frais de scolarité comme élément de « la révolution culturelle »   Depuis plusieurs semaines une fronde étudiante ébranle le consensus néo-libéral imposé par les gouvernements québécois et canadiens depuis plusieurs années. Cette fronde étudiante a pour étincelle l’annonce d’une nouvelle hausse des droits de scolarité universitaires qui les fera augmenter de 75%. Les laquais [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><strong>Hausse des frais de scolarité comme élément de « la révolution culturelle »</strong></h3>
<p> </p>
<p>Depuis plusieurs semaines une fronde étudiante ébranle le consensus néo-libéral imposé par les gouvernements québécois et canadiens depuis plusieurs années. Cette fronde étudiante a pour étincelle l’annonce d’une nouvelle hausse des droits de scolarité universitaires qui les fera augmenter de 75%. Les laquais du gouvernement libéral dans les médias tentent de faire passer cette mesure pour une fatalité depuis son annonce dans le budget 2010. Derrière ce fatalisme affirmée par le gouvernement et ses alliés on retrouve pourtant une décision avant tout politique s’articulant dans ce que le ministre des finances appelle une « révolution culturelle » et ce que les instances économiques internationales nomment sous le nom de « budget d’austérité ». Peu importe le nom que les gouvernements donnent à ces mesures, on comprend qu’il s’agit en définitive du démantèlement des services publics visant à privatiser ce qu’il reste du commun.<span id="more-9630"></span></p>
<h3><strong>La grève est étudiantes, la lutte est populaire!</strong></h3>
<p>Le mouvement étudiant a pris pour point d’ancrage la question des frais de scolarité et de la marchandisation des universités. Il n’est, cependant, pas dupe quant à l’articulation de cette mesure dans un projet plus large touchant autant l’éducation primaire et secondaire, le secteur de la santé que l’exploitation sauvage des ressources naturelle. Notre résistance face au mesure néo-libérales du gouvernement québécois se doit de prendre en compte l’ensemble des secteurs établissant un lien social permettant de parler d’une communauté. Le gouvernement tente de compartimenter notre grève en affirmant que sa mesure vise à faire payer sa « juste part » au corps étudiant. Pourtant dès le début de la grève les étudiants et étudiantes ont tenté de d’affirmer que le projet politique qu’ils portaient dépassait le cadre d’une stricte négociation comptables et corporatistes avec le gouvernement. Nous voulons, certes, voir le gouvernement annuler ladite hausse des frais de scolarité, mais nous désirons du même coup remettre en question l’impératif économique qui trace les politiques de nos gouvernements.</p>
<p>Pour ce faire, le mouvement étudiant ne peut rester seule et doit s’adjoindre de l’ensemble des forces qui forment notre société et qui la font vivre : Que ce soit les travailleurs et travailleuses des secteurs de la santé, de l’éducation et des services sociaux, les lock-outé de Rio-Tinto et les mis-à-pied de Aveos par un capitalisme sauvage, les travailleurs et travailleuses précaires des couche-tard auxquels on refuse le droit d’association, les femmes vivant des menaces conservatrices contre leurs droits, les aînés se faisant imposés de travailler plus longtemps, ou les autochtones voyant une nouvelle colonisation piller ce qui leur reste de territoire.</p>
<p><em><strong>De la grève étudiante à la grève sociale</strong></em></p>
<p>Les étudiantes et étudiants en grève sont conscients de leur impuissance à faire reculer seul le gouvernement sur ces divers mesures. D’où la nécessité pour le mouvement étudiant de s’adjoindre de l’ensemble des forces sociales dans sa lutte contre la révolution culturelle de Bachand. Nous ne faisons pas ici un appel à un appui de façade où quelques permanents syndicaux rédigent un communiqué pour réitérer une énième fois leur appui à la lutte étudiante. Nous désirons au contraire appeler à une convergence de l’ensemble de la population québécoise contre les politiques de coupures et de marchandisation des services sociaux et de nos droits collectifs. Seule une généralisation de la grève étudiante sur les lieux de travail pourra rendre cette convergence effective. C’est, donc, un appel à la grève sociale que nous lançons à l’ensemble de la population!</p>
<p>En ce moment, le gouvernement répond aux étudiant-e-s en tentant de les bâillonner par la voie des tribunaux et de la matraque. Chaque jour la ministre de l’éducation tente de briser la grève que les étudiant-e-s ont pourtant voté démocratiquement. Notre meilleure réponse au durcissement de l’état dans la gestion de la grève est l’élargissement de celle-ci pour rendre toute répression individuelle impossible. Cessons d’avoir peur des lois qui encadrent notre mécontentement et désobéissons collectivement afin de sortir ensemble dans les rues du Québec. Seul, cette désobéissance sera marginalisée et réprimée par le gouvernement mais si l’ensemble des secteurs de la société québécoise se donne le mot le gouvernement ne pourra faire appel aux tribunaux.</p>
<p>Cette grève sociale, nous devons la construire à la base en lançant la discussion sur les lieux de travail sur la manière de déserter nos occupations quotidiennes. Appelons à des assemblées générales dans nos syndicats locaux afin de discuter de la possibilité de mettre en place une telle grève. Contactons les groupes communautaires dans nos quartiers pour faire des assemblées citoyennes sur la grève sociale. Ces assemblées sont l’expression de notre capacité à délibérer ensemble et de construire un mouvement qui dépasse les limites établies par l’élite. Que la rue investie depuis deux mois devienne l’expression de notre refus collectif.</p>
<p>En ce moment le gouvernement a la frousse, il est prêt à céder. Profitons de ce moment pour mettre une clé dans l’engrenage de la révolution culturelle et défendre une société qui priorise la population sur le profit.</p>
<p>Nous vous invitons à consulter:</p>
<p><a title="Grève sociale" href="http://www.grevesociale.info/">http://www.grevesociale.info/</a></p>
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		<title>Les dépenses publiques sont avant tout un choix de société</title>
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		<pubDate>Mon, 14 May 2012 18:37:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[État / Services publics / Bien commun]]></category>
		<category><![CDATA[Inégalités / Classes sociales]]></category>

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		<description><![CDATA[«Le niveau de dépenses publiques (…) n’est au fond que la mesure du degré de socialisation des dépenses qui visent au bien-être collectif et qui sont donc retirées du champ du profit. Il reflète le niveau de solidarité mis en œuvre.» De plus en plus de voix s’élèvent pour juger l’austérité budgétaire non seulement inefficace mais [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>«Le niveau de dépenses publiques (…) n’est au fond que la mesure du degré de socialisation des dépenses qui visent au bien-être collectif et qui sont donc retirées du champ du profit. Il reflète le niveau de solidarité mis en œuvre.»</em></p>
<p>De plus en plus de voix s’élèvent pour juger l’austérité budgétaire non seulement inefficace mais dangereuse : en freinant l’activité économique, elle porte une logique de récession, de baisse supplémentaire des recettes fiscales et donc d’augmentation des déficits, à l’opposé du but visé. Les critiques contre l’austérité proviennent d’économistes de divers bords, mais désormais aussi de représentants de la BCE, de la Banque mondiale ou du FMI. Cela n’a pas encore entamé le discours dominant, selon lequel la France souffrirait d’un « excès de dépenses publiques », l’excès faisant référence à une (soi disant) augmentation de ces dépenses, ainsi qu’à leur niveau élevé par rapport aux autres pays. Ces arguments ne tiennent pas.<span id="more-9623"></span></p>
<p>D’une part, et brièvement, rappelons qu’il n’y a pas eu d’augmentation des dépenses publiques : au cours des vingt dernières années et jusqu’à l’éclatement de la crise, elles sont restées stables, entre 52 et 53 % du PIB. Ce qui, à l’inverse, a fortement diminué, ce sont les recettes fiscales dont l’importante baisse est le résultat des cadeaux fiscaux faits aux plus riches et aux entreprises, en particulier aux plus grandes. C’est ce manque de recettes, et non les dépenses publiques, qui est responsable jusqu’en 2009 de l’essentiel du déficit public.</p>
<p>D’autre part, c’est la comparaison internationale qui est convoquée comme un argument décisif : en France, la part des dépenses publiques dans le PIB se situe environ 6 points au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE. Seuls le Danemark, la Finlande et parfois la Suède ou les Pays-Bas devancent la France, qui devient donc implicitement un État « dépensier », la dépense publique devenant, en bloc, synonyme de gestion inefficace… Sonne alors comme une évidence l’impératif de la réduire.</p>
<p>Pourtant, s’il est indispensable de veiller à la bonne gestion de l’argent public (et de choisir les priorités : financer un char d’assaut ou 300 places de crèche ?), il est aberrant de stigmatiser ainsi la dépense publique. Comparer son niveau entre les pays n’a aucun sens si on ne met pas en regard les services mis à disposition en contrepartie, ainsi que leur qualité, en ce qui concerne la santé, l’éducation, la protection sociale et tout secteur qui a un impact direct sur le bien-être des populations. Selon les pays et les choix politiques, ces dépenses sont soit essentiellement publiques (option des pays nordiques notamment, avec en contrepartie une fiscalité plus forte), soit essentiellement laissées à l’initiative privée (option des pays libéraux) : assurances individuelles de santé, de retraite avec les fonds de pension, écoles privées… Dans ces pays, le niveau de dépenses publiques est évidemment plus faible, puisqu’elles sont transférées sur les dépenses privées… moins visibles, mais tout aussi pesantes sur le budget des ménages ! À l’opposé de la « préférence pour la dépense publique », l’option politique des libéraux est d’offrir de nouvelles opportunités de profits au privé.</p>
<p>Ce choix est-il plus juste ou plus efficace ? Un exemple significatif est celui des États-Unis : son plus faible niveau de dépenses publiques reflète pour l’essentiel un mode de financement de la protection sociale relevant surtout de l’initiative privée. Ainsi ce pays enregistre les dépenses totales (publiques et privées) de santé les plus élevées de l’OCDE avec 16 % du PIB en 2009  (11% pour la France) mais la majeure part est privée, avec les conséquences que l’on connaît en terme d’exclusion, une importante minorité de la population se retrouvant sans aucune couverture maladie… Cette <em>préférence pour la dépense privée</em> est à la fois inégalitaire et plus coûteuse (la dépense totale de santé par personne est deux fois plus forte aux États-Unis qu’en France) pour une efficacité bien moindre, que l’on considère l’espérance de vie ou la mortalité infantile.</p>
<p>En France, la protection sociale et la santé constituent le premier poste de dépenses publiques : en 2009, il en absorbe 57 % (même s’il a reculé de près de 4 points depuis 1995). Dans son rapport de 2012 sur la dépense publique, le ministère du Budget en reconnaît les bienfaits : <em>«</em> <em>La France est l’un des pays développés où la prise en charge des dépenses de santé par les fonds publics est la plus importante, et le pays où le reste à charge des ménages est le plus limité, derrière les Pays-bas.</em> » Ce qui paradoxalement ne semble pas infléchir d’un iota l’injonction à diminuer ces dépenses !</p>
<p>Parmi d’autres qualités des dépenses publiques, il en est une, essentielle : elles réduisent les inégalités sociales. Protection sociale, services publics, prestations sociales (ce que Bourdieu appelait la main gauche de l’État, en remarquant qu’elle est la trace dans la structure de l’État des luttes sociales passées) permettent une redistribution de revenus, ce qui est à nouveau mis en évidence, cette fois par l’OCDE qui n’est pas précisément une institution de gauche, dans son « Panorama de la société » de 2011 : <em>«</em> <em>Les inégalités de revenus et la pauvreté sont plus faibles en France (7,2 % de la population vit sous le seuil de pauvreté contre une moyenne OCDE de 11,1 %), en partie grâce aux dépenses de protection sociale qui sont les plus élevées de la zone OCDE, représentant 28% du PIB, contre une moyenne OCDE de 19% »</em>.</p>
<p>Le niveau de dépenses publiques –et en creux, celui de la fiscalité– n’est au fond que la mesure du degré de socialisation des dépenses qui visent au bien-être collectif et qui sont donc retirées du champ du profit. Il reflète le niveau de solidarité mis en œuvre. Un objectif de baisse des dépenses publiques n’a donc aucun sens en soi, et il occulte le principal : il s’agit avant tout d’un choix de société. L’enjeu est au cœur de la période qui s’ouvre.</p>
<p><em>Par <strong>Christiane Marty</strong>, membre du Conseil scientifique d’Attac.</em></p>
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		<title>Pour sauver la planète, sortez du capitalisme</title>
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		<pubDate>Mon, 14 May 2012 18:13:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Capitalisme / Néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Recension / Notes de lecture]]></category>

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		<description><![CDATA[Pour sauver la planète, sortez du capitalisme Hervé Kampf Seuil Ce livre est à lire. Déjà par la masse des informations qu’il contient, ensuite par la dénonciation (à partir d’éléments particulièrement probants et démonstratifs)  de la logique mortifère du capitalisme. Enfin par les pistes d’actions– de haute teneur civilisationnelle — qu’il suggère. Même si l’on peut en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Pour sauver la planète, sortez du capitalisme</em><br />
<strong>Hervé Kampf<br />
</strong>Seuil</p>
<p><strong>Ce livre est à lire.</strong> Déjà par la masse des informations qu’il contient, ensuite par la dénonciation (à partir d’éléments particulièrement probants et démonstratifs)  de la logique mortifère du capitalisme. Enfin par les pistes d’actions– de haute teneur civilisationnelle — qu’il suggère. Même si l’on peut en contester certaines. Une critique prenant certainement sa source dans une appréciation différente non pas des dégâts provoqués à la nature et aux hommes mais de la logique propre du capitalisme.<span id="more-9621"></span></p>
<h2>Parlons de ce que l’on apprend. En vrac.</h2>
<ul>
<li>Que la mesure de l’évolution des performances des microprocesseurs est le coût de traitement d’un million d’opérations : il était d’un dollar en 1970, il est maintenant de 0,000 000 01, soit cent millions de fois moins.</li>
<li>Que l’informatisation des chaînes techniques n’a pas projeté l’économie dans l’immatériel. Elle a bien plutôt augmenté la quantité de matières transformées par l’activité humaine.</li>
<li>Que la production annuelle de lait par une vache en France est passée de 4700 litre en 1980 à 7700 en 2006 !</li>
<li>Que le PIB (produit intérieur brut) est constitué des biens et services fournis. En 2002 ce PIB mondial était de 32000 milliards de dollars ; le total des transactions monétaire atteignait lui plus de 1 000 000 de milliards de dollars.</li>
<li>Que la dette extérieure des pays en développement est passée de 50 milliards de dollars en 1968 à 2450 milliards en 2001.</li>
<li>Que suite à la décision politique du directeur de la Réserve Fédérale US d’augmenter fortement les taux d’intérêts pour rendre très profitable le placement de capitaux aux Etats-Unis en 15 ans un on doublait son placement.</li>
<li>Que deux Nobel dirigeaient avec des amis le fonds spéculatif LTCM…ce dernier à fait faillite en 1998 à cause de la négociation de produits dérivés.</li>
<li>Que les riches n’ont jamais été, dans l’histoire contemporaine, plus éloignés des pauvres, tandis que les inégalités de niveau de vie moyens entre les nations riches et pauvres n’ont pas d’exemple dans l’histoire humaine.</li>
<li>Que nous sommes entré dans l’ère de l’anthropocène.( l’humanité devenant un agent géologique apte à transformer la structure de la biosphère ( contrairement  au cambrien, au crétacé, de l’holocène…)</li>
<li>Que le marché des films pornographiques pesait en 2000 10 milliards de dollars (1000 fois plus que 30 ans auparavant).</li>
<li>Que pour atteindre les « objectifs du millénaire », visant à réduire la pauvreté et la faim dans le monde, on estimait en 2005 qu’il faudrait 195 milliards de dollars par an d’ici à 2015. Un prélèvement de 5% sur le patrimoine des 10 millions de millionnaires fournirait la somme idoine.</li>
</ul>
<p>Et bien d’autres choses.</p>
<p>Mais l’essentiel de l’intérêt de cet ouvrage réside dans certaines logiques du capitalisme qu’il met à jour. Au delà de la condamnation de sa logique accumulative assez connu il dévoile d’autres aspects plus méconnus.</p>
<p>Nous recommandons particulièrement la lecture des passages consacrés à la corruption ( et son marché : pornographie, trafic d’enfants, mafias, drogues…) au cœur même du nouveau capitalisme, sur la psychologisation des comportements par les forces du capital.</p>
<p>C’est ainsi que Hervé Kampf journaliste au Monde explique comment le capitalisme a changé de régime depuis les années 1980 et a réussi à imposer son modèle individualiste de comportement, marginalisant les logiques collectives.</p>
<p>Sa critique de ce qu’il nomme la « croissance verte » c’est-à-dire le moyen pour le capitalisme de trouver d’autres sources de profits est vivifiante.</p>
<p>Le dernier quart  du livre met l’accent sur la nécessité pour s’en sortir de suivre d’autres règles que le capitalisme : qui veuille le bien commun plutôt que le profit, la coopération plutôt que la compétition, l’écologie plutôt que l’économie.</p>
<h2>Deux ou trois thèse de l’auteur nécessiteraient discussion voir confrontation.</h2>
<p>Ainsi son affirmation de l’incapacité de la science et des technologies de réduire l’impact de la croissance sur la vie de la planète. Même si l’on veut bien admettre que la mainmise du capitalisme sur ces outils rend la solution ardue.</p>
<p>De même de réduire la hausse (certes criminelle) des prélèvements sur la nature en vue d’une consommation effrénée justifiée par le désir de montrer une possession supérieure à celle du voisin risque d’amoindrir la critique de la logique interne propre du capitalisme.</p>
<p>Car contrairement à ce que dit l’auteur cette logique n’est pas «  un état social dans lequel  les individus sont censées n’être motivés que par la recherche du profit et consentent à laisser régler par le mécanisme du marché toutes les activités qui les mettent en relation ». Cette définition laisse trop dans l’ombre ce qui se cache derrière le terme « individus » en masquant la question de l’appropriation de la plus value par certains au détriment d’autres ( et de la planète) . Elle laisse dans l’ombre la question des rapports sociaux de domination.</p>
<h3>Mais ne chipotons pas notre intérêt résultant de la lecture de ces 250 pages.</h3>
<p>La dénonciation des ravages dus au mode de développement engendré par le capitalisme est sévère et érudite. Elle nous interpelle quand à l’urgence des solutions à inventer (pas toutes, le livre démontrant que certaines se cherchent, existent en germe dans les résistances actuelles). Il est lucide sur le danger de solutions autoritaires que ce système pourrait initier pour conserver sa domination.</p>
<p>Comme le stipule Hervé Kampf « notre génération doit relever le plus grand défi qu’ait eu à connaître l’histoire humaine : empêcher que la crise écologique, qui est la rencontre de l’espèce avec les limites de la biosphère, s’aggrave et conduise l’humanité au chaos ; sauver la liberté, contre la tentation de l’autorité ; inventer une économie en harmonie avec la planète ; semer les plants de l’avenir pour que les générations prochaines fassent fleurir à leur façon les sociétés du troisième millénaire. Ce n’est pas la fin de l’histoire, c’est le début d’une nouvelle histoire. »</p>
<p><em>Note de lecture par Patrick Coulon<br />
</em><a href="http://www.espaces-marx.net/spip.php?article465">Espaces Marx</a></p>
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		<title>RIO+20 : les droits fondamentaux en danger</title>
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		<pubDate>Mon, 14 May 2012 18:03:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[État / Services publics / Bien commun]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>

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		<description><![CDATA[Jusqu’au vendredi 4 mai, New-York accueille un second round de négociations en préparation de la prochaine Conférence des Nations-Unies pour un Développement Durable (CNUDD) qui se tiendra à Rio de Janeiro du 20 au 22 juin 2012. Les délégués des différents pays sont supposés avancer sur la rédaction d’un projet de déclaration finale qui, en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Jusqu’au vendredi 4 mai, New-York accueille un second round de négociations en préparation de la prochaine Conférence des Nations-Unies pour un Développement Durable (CNUDD) qui se tiendra à Rio de Janeiro du 20 au 22 juin 2012. Les délégués des différents pays sont supposés avancer sur la rédaction d’un projet de déclaration finale qui, en l’état, nous éloigne des voies pour atteindre des sociétés soutenables, démocratiques et égalitaires.</strong></p>
<p><span id="more-9619"></span></p>
<p>Un « draft zéro » de cette déclaration a été publiée en janvier dernier par le secrétariat général de l’ONU. Ce projet de déclaration, intitulé « <em>Le futur que nous voulons</em> », refuse d’établir un bilan critique de plus de vingt ans de négociations qui n’ont pas permis d’enrayer les différentes crises écologiques, sociales et économiques dont les conséquences sur les populations et les écosystèmes ne cessent de s’amplifier : dérèglements climatiques, pertes de biodiversité, faim, pauvreté et précarités, accroissement des inégalités, chômage, guerres, etc.</p>
<p>Incapable de prendre la mesure de la gravité de ces crises, ce projet de déclaration a été l’objet en mars dernier d’une première attaque en règle, orchestrée par les pays riches, contre toute référence explicite aux droits des populations. Ainsi, des pays comme le Canada, les Etats-Unis, Israël mais aussi le Danemark au nom l’Union Européenne qu’il préside, ont par exemple exigé que toute référence au droit à l’eau et à l’assainissement, pourtant reconnu par une résolution de l’Assemblée Générale des Nations-Unies en juillet 2010, soit supprimée. Ce que nous refusons avec force<a title="" href="http://www.france.attac.org/articles/rio20-les-droits-fondamentaux-en-danger#137132ac3b9b45fe__ftn1">[1]</a>.</p>
<p>D’une manière générale, les gouvernements de ces pays s’opposent à tout langage prescriptif, toute référence normative qui pourrait les engager devant leur opinion publique et devant les institutions internationales. Pourtant adoptés lors de la Conférence de 1992, les principes tels que les principes de précaution, de pollueur-payeur, ou de responsabilités communes mais différenciées, sont ainsi aujourd’hui combattus par ces Etats et rarement défendus avec acharnement par les autres. Soutenus en cela par les lobbies industriels et économiques, ces Etats du Nord défendent l’idée selon laquelle la conférence de Rio est une opportunité pour promouvoir « l’économie verte », sujet officiel de la conférence, les investissements et la valorisations du capital naturel. Pas pour débattre ou mentionner les droits des populations.</p>
<p>Plutôt qu’une approche par les droits des populations, l’Union Européenne et ses partenaires promeuvent donc l’inclusion dans le cycle du capital des processus biologiques qui sous des formes diverses assurent les grands cycles écologiques et la reproduction de la vie. La conservation de la biodiversité, la purification de l’eau, la pollinisation des plantes, la protection des forêts, la régulation du climat et le stockage du carbone etc, sont perçus comme des services écosystémiques qu’il faut intégrer aux marchés, en leur attribuant un prix, pour les faire perdurer… et les rendre profitables. A la marchandisation de la nature, déjà ancienne, s’ajoute sa financiarisation.</p>
<p>Alors que les crises financières et économiques font des ravages, étendre l’emprise de la finance sur les éléments essentiels à la vie est criminel. Attac France, avec es partenaires français, européens et internationaux s’y opposera avec une grande détermination.</p>
<p><strong>Attac France,</strong></p>
<p><strong>Paris, le 2 mai 2012</strong></p>
<p>Publications d’Attac France sur le sujet :</p>
<ul>
<li>4 pages : <em><a href="http://www.france.attac.org/articles/la-nature-est-un-bien-commun-pas-une-marchandise-non-leur-economie-verte">La nature est un bien commun, pas une marchandise. Non à leur économie verte !</a></em></li>
<li>Un livre Attac <em>La nature n’a pas de prix, les méprises de l’économie verte</em>, éd. Les Liens qui Libèrent, publication courant mai.</li>
</ul>
<div>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
</div>
<div>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
</div>
<p><a title="" href="http://www.france.attac.org/articles/rio20-les-droits-fondamentaux-en-danger#137132ac3b9b45fe__ftnref1">[1]</a>400 organisations ont signé une lettre exigeant le maintien du droit à l’eau et à l’assainissement</p>
<ul>
<li><a href="http://www.blueplanetproject.net/documents/waterrio-apr3-formatted.pdf" target="_blank">www.blueplanetproject.net/documents/waterrio-apr3-formatted.pdf</a></li>
</ul>
<p> </p>
<h2>Notre impératif catégorique : gérer, en même temps, le court et le long terme</h2>
<p>Publié le 6 mai 2012 – 22 h 12 min , par Évariste</p>
<p>Dégager Nicolas Sarkozy, le peuple français vient d’y parvenir. Nous ne pouvons que nous réjouir de ce choix souverain tant la souffrance des citoyens, et en particulier des salariés ainsi que de leurs familles, a été forte dans la période de ce règne monarchique. Mais nous ne pouvons pas rester l’arme au pied. Une nouvelle bataille nous attend dès le lundi 7 mai au matin. Une bataille complexe qui ne se simplifie pas hâtivement.</p>
<p>Après ce dégagement tant souhaité, nous devons travailler aux conditions nécessaires et suffisantes de la transformation sociale et politique sans laquelle tout enthousiasme finit dans la déception voire la fatalité. Et pour cela, il nous faut démarrer en même temps la politique de temps court et celle du temps long. Faire l’un sans l’autre reviendrait à croire qu’il suffit de boire sans manger ou de manger sans boire pour assurer l’avenir.</p>
<p><strong>Impératifs de temps court</strong></p>
<p>Bien que nous menions une critique radicale de la Ve République en tant que monarchie élective (qui d’ailleurs a très bien servi la contre-révolution néolibérale depuis la fin des années 70 pour le monde et depuis le tournant libéral de 1983 pour la France), notre bataille de fin de printemps doit s’effectuer dans le cadre de ce carcan. Il n’est un secret pour personne qu’un président de la République ne peut rien faire de nouveau dans ce cadre s’il n’a pas une majorité franche au Parlement et principalement à l’Assemblée nationale.</p>
<p>Il faut donc une majorité de députés de gauche au soir du 17 juin. Ne pas y travailler rendrait inconséquent le renvoi à ses chères études du monarque sortant. Mais nous savons aussi que la solution aux problèmes de notre temps réside dans la capacité du peuple et de ses élus à engager les ruptures nécessaires avec le modèle politique néolibéral. Plus il y aura de députés Front de Gauche à l’Assemblée nationale, plus grande sera la capacité du législatif de porter les ruptures nécessaires à l’ordre établi.</p>
<p>Décrétons donc la mobilisation générale pour le vote Front de Gauche le 10 juin, date du premier tour des législatives, et continuer le travail le 17 juin autour du candidat de gauche le mieux placé au soir du premier tour. Rien ne doit nous départir de cette ligne. Laisser les rancœurs aux vestiaires, car on n’avance dans l’histoire comme dans la vie qu’en mettant un pied devant l’autre. Toute volonté de vouloir atteindre le bout du chemin sans marcher sur le chemin lui-même est contre-productive et fait à court terme le jeu de nos ennemis et adversaires.<br />
Au sein du mouvement ouvrier, nous avons trop souffert de ceux qui ont souhaité aller directement à la dernière marche du podium sans les monter une à une avec détermination.</p>
<p>Doit-on rajouter qu’il serait incompréhensible qu’un responsable du Front de Gauche participe à un gouvernement?désigné sur des bases qui présentent des divergences programmatiques aussi importantes ?</p>
<p><strong>Plusieurs impératifs de temps long</strong></p>
<p>D’abord, utilisons nos connaissances du mouvement social et politique français. Est-ce que la semaine de 40 heures et les quinze jours de congés payés étaient présents dans la campagne électorale du Front populaire en 1936?? La réponse est non?! Est-ce que l’augmentation du SMIC de 30 % et les droits syndicaux étaient présents dans les débats électoraux de 1967?? La réponse est non?! Et pourtant l’articulation de la victoire politique de juin 1936 et de la grève générale a permis un acquis non prévu et qui n’existe toujours pas dans de nombreux pays du monde. Dans le deuxième cas, la plus grande grève de l’histoire de France a permis une avancée qui a surpris jusqu’aux élus les plus radicaux.</p>
<p>1/ S’il n’y a pas une mobilisation sociale autour du mouvement syndical dès la rentrée, aucune avancée ne se fera, car les promesses déjà très insuffisantes n’engagent que ceux qui y croient. La victoire électorale n’est qu’un passage nécessaire, mais jamais suffisant. Il n’y a jamais d’avancée que dans l’unité et la mobilisation autour du mouvement syndical. Le mouvement social des retraites de 2010 autour de l’Intersyndicale unie a montré la voie. Reportez-vous à notre analyse de l’époque qui montrait que, bien que le but du mouvement social n’ait pas été obtenu, ce mouvement qui n’a pas été vaincu, qui a été soutenu par plus de 60 % des Français, n’est pas pour rien dans la victoire du 6 mai 2012. C’est dans la lutte continuée que se construisent les victoires. Aux salariés, aux travailleurs, de s’appuyer sur cette dernière mobilisation pour cette fois-ci sortir vainqueurs et voir les revendications salariales et populaires satisfaites. La mobilisation exceptionnelle du 1er mai 2012 doit nous conduire vers une mobilisation encore plus forte autour du mouvement syndical dès la rentrée.</p>
<p>2/ Les quatre points du dernier édito de ReSPUBLICA restent pertinents : la nécessaire continuation de la pénétration des idées du Front de Gauche dans les couches populaires — ouvriers et employés —, la question de la forme parti, la question des alliances et le nécessaire développement de l’éducation populaire tourné vers l’action.</p>
<p>Ce faisant, nous devons nous poser la question du comment sortir du cycle « enthousiasme politique, déception, défaitisme » qui caractérise la pensée de gauche depuis quelques décennies. N’y a-t-il pas nécessité de travailler à un réalisme révolutionnaire comme antidote??</p>
<p>Drôle d’époque. Les acteurs sociaux et politiques passent très vite de l’état d’enthousiasme à celui de la déception. Les gauches mitterrandienne et jospinienne avaient déjà alimenté dans toute la gauche le passage entre ces deux états. Le gouvernement Jospin a même alimenté en plus le défaitisme de gauche. Une cure de réalisme a donc été nécessaire. La recrudescence des luttes sociales a largement aidé à cette cure. La gauche social-libérale et la gauche de gauche ont donc vécu une relance. Mais si cette relance de la gauche de gauche ne s’accompagne pas d’un nouveau travail culturel pour une transformation sociale et politique ou dit autrement, si cela ne s’accompagne pas d’un développement sans précédent de l’éducation populaire tournée vers l’action, le cycle « enthousiasme, déception, défaitisme » peut revenir d’actualité.1</p>
<p>3/ Nous avons déjà suffisamment dit dans ces colonnes qu’il serait souhaitable de rompre avec l’idée de surplombance qui pousse des responsables et des militants à faire croire au peuple qu’une seule idée peut régler tous les problèmes de la planète et se suffit à elle-même pour entraîner les peuples vers le paradis. C’est à un ensemble globalisé de politiques qu’il faut s’atteler et donc à la proposition d’un nouveau modèle politique alternatif sans lequel toute volonté de sortir de la crise n’est qu’une simple déclaration d’intention sans suite. C’est bien à une révolution citoyenne vers une République sociale que nous sommes conviés et non à une bataille de slogans autour d’une seule proposition qui se suffirait à elle-même pour entraîner toutes les autres.</p>
<p>Si le non au traité de Lisbonne, le mouvement des retraites ou la percée du Front de Gauche ont eu lieu, c’est bien parce que leur lien avec la globalisation des combats a été acté. C’est la condition pour que les couches populaires — ouvriers et employés — engagent leurs mobilisations. Rappelons que ces couches sociales (que d’aucuns appellent déjà la nouvelle classe ouvrière et populaire) représentent 53 % de la population qui travaille ou qui a déjà travaillé. Ou dit autrement, la surplombance n’intéresse elle qu’une partie des couches moyennes (couches moyennes qui ne représentent que 24 % pour les intermédiaires et 15 % pour les supérieurs d’après les études de l’INSEE).</p>
<p>Avec des idées erronées ou avec une idée surplombante, ou avec le refus de considérer la dialectique du temps court et du temps long, ou en s’appuyant sur des couches sociales en voie de disparition, on obtient Éva Joly, Dupont-Aignan, Poutou, Cheminade et Artaud.<br />
À gauche, deux dynamiques globalisantes ont eu lieu, celle du “mieux que la droite dans le même modèle politique” (François Hollande) et celle de la rupture vers la République sociale (Jean-Luc Mélenchon).</p>
<p><strong>Comment passer de la densité des meetings à la densité militante pour aller vers la densité électorale??</strong></p>
<p>Cette campagne a montré la capacité de mobilisation des meetings et rassemblements du Front de Gauche. À cet égard, le Front de Gauche est le n°1 avec Jean-Luc Mélenchon. Mais cette densité en meetings et rassemblements n’a pas pour corolaire une densité militante de même niveau et le ratio entre la densité électorale rapportée à la densité des meetings et rassemblements est plus faible que pour les autres grandes organisations. C’est d’ailleurs la faiblesse de ce dernier ratio qui a conduit les militants du Front de Gauche à une légère déception, peu justifiée. Réunir plus de monde dans les meetings et rassemblements que tous les candidats ayant obtenu plus de voix a surpris les militants du Front de Gauche eux-mêmes.</p>
<p>Pour que le ratio de la densité militante rapportée à la densité des meetings et rassemblements soit fort, il aurait fallu permettre l’adhésion directe au Front de Gauche. À la demande d’adhésions directes au Front de Gauche formulée dans de nombreuses réunions publiques du Front de Gauche, les propos balbutiants des dirigeants locaux du PCF et du Parti de gauche proposant d’intégrer une des organisations du cartel ont peu convaincu. Certains le feront, mais la plupart n’adhéreront pas.</p>
<p>Pour que le ratio de la densité électorale rapporté à la densité des meetings et rassemblements soit à la hauteur des grandes organisations, il faut d’abord comprendre que c’est plus dur pour le Front de Gauche, car il faut expliquer les ruptures nécessaires aux citoyens et aux salariés et cela ne se fait pas par les médias. L’utilisation quasi exclusive des médias par les trois premiers du scrutin du premier tour est compréhensible, car les deux premiers ne souhaitent pas de rupture et la troisième s’appuie sur les instincts primaires sans argumentation raisonnée.</p>
<p>Pour ceux qui souhaitent une rupture, cela ne peut se faire que par une éducation populaire de proximité au minimum dans tous les cantons, dans toutes les grandes entreprises sans exception. Même la réunion de type « Tupperware » peut avoir son utilité, mais il faut des militants de terrain formés. Tant que le Front de Gauche n’aura pas compris la nécessité d’engager la formation interne de qualité et l’éducation populaire de proximité, ce ratio restera faible. Voilà la réponse aux militants qui se posent la question juste suivante: comment après une campagne exemplaire de Jean-Luc Mélenchon, peut-on faire pour être la première force de gauche?? Eh bien oui, il faut vaincre la timidité et la peur des militants de développer des thèses politiques au sein du peuple. Mais pour cela, il faut engager une mutation en termes d’éducation populaire et de formation.</p>
<p>Il ne vous reste qu’à en discuter entre vous, avec ou sans nous.</p>
<p>À bientôt si vous le voulez bien?!</p>
<p>Pour ceux que cela intéresse, contacter le <a href="http://www.reseaueducationpopulaire.info">Réseau Education Populaire</a></p>
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		<title>Le mouvement « d’indignation » collective dans l’Etat espagnol</title>
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		<pubDate>Mon, 14 May 2012 03:18:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Inégalités / Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<div id="texte">
<p>Intempestif et inespéré. Voilà comment on peut caractériser l’émergence de ce mouvement d’indignation collective dans l’Etat espagnol. Si on nous avait dit, le 14 mai 2011, que le lendemain des milliers de personnes sortiraient dans les rues, que dans les semaines suivantes les places seraient occupées, que des assemblées s’y tiendraient et que le pouvoir serait défié par des actes de désobéissance civile massifs, nous ne l’aurions pas cru. Mais les choses se sont bel et bien passées ainsi. Deux ans et demi après l’éclatement de la « grande crise », les gens ont alors dit « Ya basta ! », « Ca suffit ! ».<span id="more-9616"></span></p>
<p>Dans la périphérie de l’Europe, stimulés par les révoltes populaires dans le monde arabe, à la chaleur de la Qasba et de Tahrir, les gens ont récupéré et réoccupé l’espace public. Le « Printemps arabe » nous a rendu la confiance en nous-mêmes et dans la capacité collective à changer l’ordre actuel des choses. En regardant également du côté de l’Islande et de la Grèce, le 15M a rompu avec le scepticisme, la résignation et l’apathie ambiante. Un an après son éclosion, que reste-t-il de tout cela ? Qu’as-t-on obtenu ? Quels défis et perspectives sont devant nous ?</p>
<p>Ce mouvement d’indignation collective dispose toujours d’une forte légitimité. Au-delà des milliers de personnes qui ont occupé les places, participé aux assemblées et manifesté dans les rues, de nombreuses autres se sont senties « représentées » par ce raz de marée indigné. Effectivement, avec un taux de chômage de 23%, 174 expulsions de logement par jour et un foyer sur cinq vivant en dessous du seuil de pauvreté, comment ne pas s’indigner, se révolter et désobéir ?</p>
<p>Le 15M a été capable de dépasser l’habituel noyau d’activistes protestataires en stimulant une nouvelle génération militante et en amenant de nombreuses personnes à se lever de leur confortable fauteuil. Ce sont ces jeunes, écologistes, femmes, anciens… qui ont composé le « peuple de la Plaza del Sol » à Madrid ou de la « Paza de Catalunya » à Barcelone.</p>
<p>Un an après le 15M, nous voyons comment, tant le pouvoir économique que le pouvoir politique, ont étés condamnés comme socialement responsables de la crise, et cela en mettant en mettant en lumière les liens étroits et la complicité qui les unis. C’est une démocratie de basse intensité qui a été démasquée ainsi que sa confiscation par le pouvoir financier. Démocratie au sein de laquelle ceux qui gouvernent ne sont pas au service des 99% mais bien du 1%.</p>
<p>On est parvenu à modifier l’imaginaire collectif et le panorama de fond. Si la crise a représenté un tremblement de terre social, politique et économique, l’émergence du 15M a, de son côté, provoqué un processus de repolitisation de la société.</p>
<p>La profondeur de la crise et l’émergence du mouvement ont permis de « penser grand » et « d’agir en grand ». Aujourd’hui, on n’exige plus simplement la réforme du système bancaire, mais bien l’expropriation et la nationalisation des banques, le refus de payer une dette injuste, illégitime et illégale. Le répertoire d’actions s’est amplifié et radicalisé car il ne suffit plus seulement de manifester et de sortir dans les rues ; aujourd’hui on occupe les places, on bloque le trafic, on empêche les expulsions de logement…</p>
<p>La crise met en relief le fait que, souvent, ce qui est « illégal » est légitime tandis que ce qui est illégitime est précisément ce qui est « légal ». Occuper des maisons ou des banques est punissable tandis qu’expulser des familles ou les escroquer est parfaitement légal. Face à une réalité aussi injuste, pourquoi alors ne pas désobéir ou soutenir ceux qui le font ? C’est ce qui constitue l’une des plus grandes victoires du 15M : légitimer ces formes de luttes et les rendre socialement acceptables.</p>
<p>Quels défis et quelles perspectives sont devant nous ? Changer le monde de base n’est pas une tâche facile, ni immédiate et c’est pour cela que le philosophe Daniel Bensaïd soulignait qu’il est nécessaire de s’armer d’une « lente impatience ». Il faut reconstruire un autre rapport de forces entre ceux qui disposent du pouvoir et la majorité de la société et le chemin pour ce faire sera long et pas toujours linéaire, ni prévisible. Dans ce sens, le 15M n’est qu’un prologue du cycle de luttes qui a commencé. En même temps, au-delà de quelques acquis défensifs, arracher des victoires concrètes est extrêmement difficile. Malgré le fait que l’indignation et le malaise social s’accroissent, les politiques d’austérité s’intensifient.</p>
<p>Lutter contre la stigmatisation, la criminalisation et la répression constitue une autre tâche fondamentale dans la période actuelle. L’érosion de l’Etat de droit s’accompagne de l’émergence d’un Etat d’exception. On constate qu’au fur et à mesure que l’Etat providence recule, c’est l’Etat policier qui s’avance. On commence par stigmatiser ceux et celles qui se mobilisent en les taxant de « perroflautas » [<a id="nh1" title="Terme méprisant utilisé par les réactionnaires pour désigner des jeunes « (...)" href="http://www.europe-solidaire.org/spip.php?page=article_impr&amp;id_article=25179#nb1" rel="footnote">1</a>], puis on passe à leur criminalisation en disant qu’il s’agit d’« anti-systèmes violents » et on aboutit à leur répression au travers des arrestations préventives, de pages web de délation, etc. Il s’agit de créer un « ennemi intérieur » pour justifier sa répression.</p>
<p>La politique de la peur et de l’intimidation est une autre face de la politique d’austérité. Mais le caractère massif des protestations est le meilleur antidote contre ces mesures. Comment stigmatiser des grands-pères et des grands-mères qui occupent la clinique publique de leur municipalité pour empêcher sa fermeture ? Comment justifier la répression brutale de gens qui se défendent avec des livres dans les mains ? On peut le faire, et ils le font, mais ce n’est pas sans payer un coût élevé par rapport à l’opinion publique. Jusqu’à présent, la répression a été un boomerang qui s’est retourné contre le pouvoir.</p>
<p>On a souvent dit qu’avec le 15M « la peur a disparue », mais la « peur » continue à être très présente dans les lieux de travail où le capital domine toujours sans presque aucune secousse. La soumission des directions des syndicats majoritaires face au gouvernement et au patronat pèse comme une chape de plomb sur l’ensemble des mouvements sociaux. Un syndicalisme de combat est nécessaire, avec comme centre de gravité non pas la concertation par en haut mais bien la lutte par en bas et la défense d’une culture de mobilisations et de solidarités.</p>
<p>Si le mouvement exprime un changement radical de paradigme, il ne peut pas non plus oublier d’autres aspects fondamentaux de la crise, au-delà des questions économiques et de la lutte contre l’austérité, de la dette et des privatisations. Le volet écologique et climatique de la crise est un élément central. Il n’est pas possible de penser un « autre monde » sans combattre la logique productiviste d’un système qui ne tient pas compte des limites de la planète. Crise économique et écologique sont intimement entremêlées. Une alternative n’est pas non plus possible si on ne cherche pas à en finir avec un système patriarcal qui invisibilise, précarise et ne reconnaît pas le travail des femmes. Sans détailler ce point, la crise économique actuelle a clairement un impact majeur sur les femmes.</p>
<p>La coordination internationale constitue un autre grand défi à résoudre. Même si le mouvement a compté avec des journées de mobilisations globales réussies, comme celle du 15 octobre 2011 et aujourd’hui celles du 12M et du 15M, sa coordination internationale est encore faible. Le capitalisme est global et en conséquence les résistances qui s’y opposent doivent également êtres globales, internationalistes et solidaires. Des places publiques à l’indignation mondiale il y a un chemin de va et viens par lequel il faudra transiter toujours plus.</p>
<p>En regardant un an en arrière, peu de personnes auraient pu prévoir l’ambleur des mesures d’austérité (allant jusqu’à modifier la Constitution afin de plafonner le déficit public) ou de répression (avec la réforme du Code pénal destiné à punir sévèrement les actions directes non violentes), mais bien peu aussi auraient pu imaginer ce raz de marée indigné qui a secoué avec force le panorama politique et social. Dans les périodes de convulsions, les certitudes sont fragiles et nous n’en avons qu’une seule qui ne le soit pas : ceux qui ont le pouvoir ne renonceront pas à leurs privilèges sans réagir.</p>
<p>Nous ne connaissons pas l’issue de ce combat entre « ceux d’en haut » et « ceux d’en bas », mais nous savons que si nous ne luttons pas, la partie sera perdue d’avance.</p>
<p><strong>Esther Vivas</strong></p>
<hr />
</div>
<div id="notes">
<p>[<a id="nb1" title="Notes 1" href="http://www.europe-solidaire.org/spip.php?page=article_impr&amp;id_article=25179#nh1" rev="footnote">1</a>] Terme méprisant utilisé par les réactionnaires pour désigner des jeunes « hippies » ou « baba cool jouant de la flûte (« flautas ») et accompagnés de chiens » (« perro »), NdT.</p>
</div>
<div id="ps">
<p>* *Article publié sur « Público.es », le 11/05/2012. Traduction française par Ataulfo Riera sous le titre « 15M : un regard vers l’avenir ».</p>
<p>* Esther Vivas vient de publier, avec Josep Maria Antentas, l’ouvrage “Planeta indignado. Ocupando el futuro” (Ed. Sequitur).</p>
<p>* plus d’info : <a href="http://esthervivas.com/francais" rel="nofollow external">http://esthervivas.com/francais</a></p>
</div>
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		<title>Un processus antidémocratique</title>
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		<pubDate>Mon, 14 May 2012 03:15:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Montréal, le vendredi 11 mai 2012. — Les principales organisations syndicales québécoises, la CSD, la CSN, la CSQ et la FTQ, de même que deux partis de l’opposition à Ottawa, le NPD et le Bloc québécois, dénoncent le caractère antidémocratique entourant l’adoption du projet de loi C-38. La loi d’exécution du budget du 29 mars [...]]]></description>
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<p>Montréal, le vendredi 11 mai 2012. — Les principales organisations syndicales québécoises, la CSD, la CSN, la CSQ et la FTQ, de même que deux partis de l’opposition à Ottawa, le NPD et le Bloc québécois, dénoncent le caractère antidémocratique entourant l’adoption du projet de loi C-38. La loi d’exécution du budget du 29 mars 2012 a été déposée à la Chambre des communes le 26 avril dernier. Elle y est actuellement à l’étude en deuxième lecture et fait l’objet d’un bâillon.<span id="more-9614"></span></p>
<p>Ce projet de loi traite d’une multitude de sujets, dont l’assurance-emploi, et comporte 452 pages. Il modifie plus d’une soixantaine de législations dont plusieurs n’ont aucune incidence sur le budget fédéral. Avec le bâillon, ce projet de loi devrait être adopté pour le 14 mai prochain. « Compte tenu du caractère expéditif de l’adoption de ce projet de loi imposé par le gouvernement et de l’importance des enjeux qu’il comporte, que ce soit à titre d’exemple en matière d’environnement ou de l’assurance-emploi, nous assistons à un processus des plus antidémocratiques. En matière d’assurance-emploi, il modifie unilatéralement les mécanismes d’appel et la notion d’emploi convenable, ce qui n’est pas sans conséquence sur les droits des chômeuses et des chômeurs », de soutenir les porte-parole.</p>
<p><strong>Assurance-emploi : le Tribunal de la sécurité sociale et l’accessibilité à la justice</strong></p>
<p>Au chapitre de l’assurance-emploi, le gouvernement, sous le prétexte de réaliser des économies, propose d’abolir les actuels mécanismes d’appel ainsi que les tribunaux existants pour les remplacer par le Tribunal de la sécurité sociale.</p>
<p>« Le gouvernement prétend qu’il veut procéder à la mise en place de ce nouveau tribunal, à compter de 2013, afin de réaliser des économies. Pourtant, la démonstration n’en est pas faite. Le gouvernement ne verse plus un seul sou pour financer le régime d’assurance-emploi depuis 1990, lequel est financé exclusivement par les employés et les employeurs, de rappeler les porte-parole. L’abolition des tribunaux administratifs actuels et leur remplacement par le Tribunal de la sécurité sociale n’a pour objectif que de restreindre la possibilité des prestataires de soumettre les décisions de la Commission de l’assurance-emploi à un processus d’appel et de limiter ainsi l’accès à la justice.  Nous nous opposons à l’abolition des mécanismes d’appel déjà en place que constituent les conseils arbitraux et les juges-arbitres. Ils sont accessibles, efficaces et conviviaux », ajoutent-ils.</p>
<p>En outre, les tribunaux existants ont démontré leur efficacité au fil des ans pour traiter annuellement les quelque 27 000 cas d’appel aux conseils arbitraux, de même que les 2300 causes qui sont portées au deuxième niveau d’appel, les juge-arbitres. « Pourquoi donc changer un processus d’appel qui a fait ses preuves ? », de demander les porte-parole.</p>
<p>De plus, le projet de loi ne comporte aucune information sur les critères suivant lesquels les membres du nouveau tribunal seront choisis. « Le gouvernement demeure également muet sur le sujet. Il est clair que les nouveaux mécanismes d’appel devant le Tribunal de la sécurité sociale seront beaucoup plus restrictifs et que l’accessibilité à la justice des prestataires s’en trouvera restreinte », croient les porte-parole.</p>
<p>En plus de restreindre l’accessibilité au processus d’appel, les nouveaux mécanismes décourageront particulièrement les travailleuses et les travailleurs qui se représentent seuls. Rappelons que près de 85 à 90 % des appels devant les conseils arbitraux concernent des prestataires non représentés.</p>
<p>Par ailleurs, tout porte à croire que les audiences du nouveau tribunal seront tenues dans un nombre de localités inférieur à ce que l’on connaît actuellement, ce qui impliquera la nécessité pour les prestataires de plus grands déplacements ou un plus grand nombre d’audiences  par visioconférence.  « Par expérience, on sait que tous les dossiers qui nécessitent  une appréciation de la crédibilité des témoins se prêtent mal à ce mode de communication », de préciser les porte-parole.</p>
<p><strong>Emploi convenable</strong></p>
<p>L’article 605 du projet de loi C-38 abroge la définition d’emploi non convenable prévue à la loi. Parallèlement, l’article 608 du projet de loi ajoute aux pouvoirs de réglementation de la Commission celui de déterminer ce que constitue un emploi convenable en fonction des différentes catégories de prestataires, et de déterminer ce que constituent des démarches raisonnables de recherche d’emploi. « Il nous apparaît manifeste que le gouvernement entend obliger les prestataires à accepter des emplois qui étaient jusqu’à maintenant des emplois non convenables sous peine d’exclusion aux prestations, et ce, indépendamment du profil des prestataires, de leur formation et de leur expérience, ce qui peut constituer une perte de productivité importante au plan économique », d’affirmer les porte-parole.</p>
<p>De plus, ce faisant, le gouvernement contreviendrait à la notion d’emploi convenable énoncée par le droit international prévu à l’article 21 de la Convention de l’OIT sur la promotion de l’emploi et la protection contre le chômage et qui impose l’obligation de tenir compte de la formation, de l’expérience et des qualifications du prestataire dans la définition de l’emploi convenable.</p>
<p>Rappelons que moins d’un chômeur sur trois se rend jusqu’à la fin de sa période de prestations et retire l’ensemble des prestations auxquelles il avait droit. Il est contreproductif sur un plan économique d’obliger un prestataire à accepter un emploi ne répondant pas à sa formation et à ses compétences. Il n’y a donc rien qui justifie le gouvernement de resserrer davantage l’admissibilité aux prestations si ce n’est que de réduire le coût de celles-ci.</p>
<p>« Le gouvernement conservateur doit maintenir non seulement les mécanismes d’appel actuels, mais également la notion d’emploi convenable. Il ne peut continuer de restreindre sans cesse les droits des chômeuses et des chômeurs », de conclure les porte-parole.</p>
<p>Rappelons qu’en plus de l’assurance-emploi, le projet de loi C-38 réalise aussi de multiples compressions que nous avons dénoncées lors du dépôt du budget, dont celles s’attaquant notamment à la fonction publique, à Radio-Canada, aux ONG  internationales et à l’ONF. Compressions qui mettent en péril la capacité de l’État de s’acquitter de ses obligations.</p>
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		<title>Le syndicat des enseignantes et enseignants du cégep Montmorency dénonce la judiciarisation du conflit étudiant</title>
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		<pubDate>Sun, 13 May 2012 20:00:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[État / Services publics / Bien commun]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Québec / Canada]]></category>

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		<description><![CDATA[Le Collège Montmorency, l’Association générale des étudiantes et étudiants du collège Montmorency (AGEM) et le Syndicat des enseignantes et des enseignants du cégep Montmorency (SEECM) ont reçu 110 nouvelles demandes d’injonction hier. Le juge en chef de la Cour supérieure, François Rolland, a intégré ces injonctions comme amendement à l’ordonnance de sauvegarde qu’il a rendue [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le Collège Montmorency, l’Association générale des étudiantes et étudiants du collège Montmorency (AGEM) et le Syndicat des enseignantes et des enseignants du cégep Montmorency (SEECM) ont reçu 110 nouvelles demandes d’injonction hier. Le juge en chef de la Cour supérieure, François Rolland, a intégré ces injonctions comme amendement à l’ordonnance de sauvegarde qu’il a rendue le vendredi 4 mai 2012 dans le cas des 24 premières requêtes déposées contre le Collège.<span id="more-9609"></span></p>
<p><strong>Le mandat d’appui</strong></p>
<p>Tout au long de ces procédures, le SEECM a respecté le mandat voté en assemblée générale, celui d’appuyer l’AGEM qui a choisi, la semaine dernière, de faire une entente afin que les 24 requérants puissent avoir accès à leur cours.</p>
<p>Le Syndicat a accepté aussi de ne pas entraver le déroulement des cours concernés afin de respecter son engagement.</p>
<p>Hier (mercredi), le Collège, en accord avec l’AGEM, a consenti à aller de l’avant pour que les 110 étudiants qui ont déposé de nouvelles injonctions puissent suivre leurs cours, selon le jugement du 4 mai. Le Syndicat des enseignantes et enseignants se voit donc dans l’obligation de respecter son mandat, compte tenu de l’ordonnance initiale.</p>
<p><strong>Les injonctions sont un piège</strong></p>
<p>Cependant, nous tenons à dénoncer avec toute la véhémence possible le cul-de-sac dans lequel se trouvent les professeurs et l’impossibilité de résister de quelque façon que ce soit à cette vague d’injonctions, sous peine de nous retrouver dans l’illégalité et sous la menace de suites extrêmement coûteuses pour les enseignantes et les enseignants.</p>
<p>Si nous avons accepté de collaborer à cette entente, malgré les très fortes réserves que nous avions, c’est que nous croyions que la négociation de la semaine dernière entre le gouvernement et les fédérations étudiantes avaient suffisamment de chances d’aboutir à une véritable solution pour mettre fin au conflit.</p>
<p>Aujourd’hui, nous sommes bien conscients que cette collaboration a emprisonné les professeurs dans un carcan dont il est impossible de sortir sans entrer dans l’illégalité.</p>
<p>Nous dénonçons la judiciarisation de ce conflit, encouragé par un tribunal dont les décisions vont à l’encontre de votes démocratiques, pris par des associations reconnues parla loi.</p>
<p><strong>Présence policière contraire à la relation pédagogique</strong></p>
<p>Nous dénonçons le climat qui règne dans notre collège, où des policiers armés ont assisté aux assemblées générales des étudiants qui se déroulent pourtant dans le calme, alors que d’autres policiers envahissent les terrains du collège, à la recherche d’on ne sait trop qui, sans compter la multiplication des agents de sécurité partout dans le Collège.</p>
<p>Nous dénonçons le climat totalement inadéquat dans lequel doivent enseigner des professeurs qui sont bouleversés par ces conditions inadmissibles et qui vivent un stress incompatible avec la sérénité nécessaire à la relation pédagogique. Notre mission éducative est pervertie par une situation malsaine qui dégénère de plus en plus.</p>
<p><strong>Appel aux instances politiques</strong></p>
<p>Nous exigeons que ce conflit politique soit réglé par les instances politiques, en l’occurrence la ministre de l’Éducation et le premier ministre. Nous en appelons à leur sens de femme et d’homme d’État dont la responsabilité est d’assurer la cohésion et la paix dans la société.</p>
<p>Pris dans un piège juridique qui ne laisse aucune porte de sortie, nous allons prendre tous les moyens qui restent à notre disposition pour dénoncer cette situation intolérable, inacceptable et qui pervertit conséquemment notre mission.</p>
<p><strong>Manifestation d’appui le 11 mai</strong></p>
<p>Nous invitons tous les enseignantes et enseignants du Collège, de même que tous les citoyens et citoyennes, à faire une marche silencieuse autour du Collège vendredi matin, de 7 h jusqu’à l0 h. H faudra laisser les portes libres, mais rien ne nous empêche de manifester. Nous devons être très nombreux. Invitez parents, amis à vous accompagner. Cela ne peut plus durer.</p>
<p>- 30 -</p>
<p>Source : Michel Duchesne, président<br />
Syndicat des enseignantes et des enseignants du cégep Montmorency (SEECM)<br />
450 668‑1344</p>
<p>Le syndicat représente 790 enseignantes et enseignants et son assemblée générale a adopté les propositions suivantes:</p>
<p>Propositions relative à la grève étudiante adoptée par l’assemblée générale du Syndicat des enseignantes et enseignants du cégep Montmorency (SEECM)</p>
<p><strong>Considérant </strong>la position de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ) et celle du SEECM, adoptées en septembre 2011, d’appuyer la lutte des étudiants pour un gel des droits de scolarité;</p>
<p><strong>Considérant </strong>la position adoptée lors de l’assemblée générale du Syndicat des enseignantes et enseignants du cégep Montmorency (SEECM) du 13 mars dernier qui appuie la lutte des étudiantes et des étudiants contre la hausse des droits de scolarité universitaire;</p>
<p><strong>Considérant </strong>la position adoptée à l’unanimité par le conseil d’administration (CA) du collège Montmorency le 28 mars 2012, demandant au gouvernement de négocier avec le mouvement étudiant pour un retour en classe dans les plus brefs délais;</p>
<p><strong>Considérant </strong>la dimension sociale inhérente à notre tâche pédagogique qui consiste à encourager la réflexion et à former la pensée critique de nos étudiantes et de nos étudiants en vue de leur participation à la vie citoyenne;</p>
<p><strong>Considérant </strong>la dégradation du climat social engendré par l’attitude condescendante et méprisante du Premier ministre Jean Charest et de la ministre Line Beauchamp dans ce conflit et leur refus systématique et entêté de négocier une entente avec les représentantes et les représentants étudiants;</p>
<p><strong>Considérant </strong>l’utilisation de plus en plus grande de la brutalité policière en réaction à des manifestations pacifiques;</p>
<p><strong>Considérant </strong>les nombreux appuis de la société civile en faveur d’une négociation;</p>
<p><strong>Considérant </strong>la judiciarisation du conflit qui a entraîné des dérapages malheureux dans plusieurs institutions et qui a démontré l’impossibilité de respecter les ordres de la Cour tout en maintenant un climat propice à l’enseignement;</p>
<p><strong>Considérant </strong>les six votes de grève fortement majoritaires des étudiantes et des étudiants du collège Montmorency;</p>
<p><strong>Considérant </strong>la légitimité des quatre associations qui représentent les étudiantes et les étudiants dans le conflit actuel;</p>
<p><strong>Considérant </strong>l’urgence de reprendre les cours dans les plus brefs délais pour éviter un enlisement du conflit qui aura des conséquences pédagogiques, économiques et politiques catastrophiques pour la population étudiante et la société dans son ensemble;</p>
<p>L’assemblée générale du SEECM mandate l’exécutif pour demander au gouvernement :</p>
<ul>
<li>de reconnaître la légitimité des associations étudiantes et de convenir que seule une décision prise en assemblée générale pourra garantir un retour en classe harmonieux;</li>
<li>de négocier sur la question de la hausse des droits de scolarité universitaire avec les représentantes et les représentants de toutes les associations étudiantes, incluant la CLASSE;</li>
<li>d’annuler la hausse des droits de scolarité universitaire prévue pour les cinq prochaines années;</li>
<li>de mettre en place une instance visant à revoir l’ensemble de la gestion de l’enseignement supérieur au Québec et visant à défendre son caractère public et sa mission;</li>
<li>de mettre en place les conditions nécessaires à l’atteinte de la gratuité scolaire.</li>
</ul>
<p>Que l’assemblée générale collabore à la mise en œuvre de la position de l’association étudiante et affirme que les étudiantes et étudiants en grève ne devront en aucun cas être lésés par les injonctions.</p>
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		<title>Le brasier</title>
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		<pubDate>Sun, 13 May 2012 19:47:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[État / Services publics / Bien commun]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Philo / Socio / Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Québec / Canada]]></category>

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		<description><![CDATA[« Le feu le plus couvert est le plus  ardent » – Ovide « Le vent, qui éteint une lumière, allume un brasier » – Beaumarchais Le printemps québécois réchauffe le social depuis trois mois seulement que déjà certaines voix, la plupart soufflant de la droite, se prennent à souhaiter publiquement sa fin, au moins sa banalisation. À tous [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>« Le feu le plus couvert est le plus  ardent » </em>– Ovide</p>
<p><em>« Le vent, qui éteint une lumière, allume un brasier » </em>– Beaumarchais</p>
<p>Le printemps québécois réchauffe le social depuis trois mois seulement que déjà certaines voix, la plupart soufflant de la droite, se prennent à souhaiter publiquement sa fin, au moins sa banalisation. À tous les jours, dans nos médias, nous entendons les éteignoirs s’exprimer, lesquels insistent, à force d’euphémismes, sur les avantages de la loi, de la police et du <em>statu quo</em>. Ils jouent avec les mots afin de faire entrer le social dans la case « stabilité ». Au fond d’eux-mêmes ils ont peur, jouissent de la vie « normale » et sont fatigués de la crise. Leur parole vise à atténuer le mouvement de grève et à relativiser la remise en question qui le sous-tend. Sinon comment comprendre que des politiciens et des chroniqueurs, au sortir du Victorin, annonçaient déjà la fin de la crise ? Dans ce texte, nous montrerons que c’est bien mal connaître la mobilisation sociale que d’annoncer le retour à la normale quand les forces sont vives. Nous présenterons les raisons pour lesquelles la grève est loin d’être terminée et pourquoi ceux qui refusent le printemps québécois prennent leur désir pour la réalité.<span id="more-9607"></span></p>
<h2>Un gouvernement libéral aux prises avec le « mal de mer »</h2>
<p>D’abord, le gouvernement montre depuis plusieurs années déjà, mais surtout depuis trois mois, qu’il est en panne. Son navire est à la dérive. Non seulement l’équipage ne réussit pas ce qu’il entreprend – il revient souvent sur ses orientations et ses décisions – et, bien que sa gouvernance soit improvisation, il est incapable d’inventer une solution créative. Quand il faut garder le cap, il tourne et inversement. Depuis le début de la grève, les étudiants font des vagues et ce gouvernement, qui connaît le mal de mer, vomit sur eux. Et cela s’explique : il manque d’authenticité et de crédibilité, voilà pourquoi il prend des postures paternalistes envers les étudiants, mais aussi envers les juges et les policiers. De leur côté, les indignés voient bien que les libéraux négocient mieux avec les entrepreneurs en construction et les firmes de génie/conseil qu’avec ceux qui veulent changer le monde.</p>
<h2>La confusion, l’incohérence et la contradiction des demandes d’injonction</h2>
<p>La valorisation des injonctions par le gouvernement illustre sa confusion. Dans le cas de la grève étudiante, ce recours est insensé parce qu’il confond les ordres politique et juridique. Il répond à l’insatisfaction des quelques étudiants qui ont perdu en assemblée générale par des mesures à la pièce qui attaquent une démocratie qui, paradoxalement, sert à fonder et à justifier le Droit. Autrement dit, il tente en vain de solutionner du général au cas par cas. Recommander que des étudiants individualistes passent par-dessus la démocratie de leurs associations afin d’obtenir, de la part de juges, des cours privés, c’est-à-dire des cours et des notes en-dehors de la présence en classe des autres étudiants, voilà qui est paradoxal, voire risible et conflictuel, car ces procédés sont inefficaces et détruisent la paix et le climat social. Il se peut que ces recours ponctuels à la mode donnent quelques points de sondages, mais ils resteront inefficaces parce qu’ils déplacent l’incapacité et l’embarras du gouvernement vers les tribunaux et les classes. Si des chroniqueurs sont assez naïfs pour penser que tout va bien, que des professeurs donnent des cours dans pareilles conditions, qu’ils enseignent à un ou deux étudiants égoïstes au lieu de trente, alors ils peuvent écrire que le conflit est terminé, tout en faisant fi de la réalité.</p>
<h2>L’ « entente » signée n’a encore rien réglé…</h2>
<p>Dans le même état d’esprit, on ajoutera que l’entente, qui est déjà rejetée par la majorité des associations étudiantes, n’a encore rien réglé. Comment parler de « sortie de crise » quand les étudiants manifestent et marchent contre l’obscure entente qui n’engage personne, pas même ses signataires ? Les étudiants organiseront une grande manifestation le 22 mai et les chroniqueurs nous parlent de la grève, rebaptisée conflit étudiant, au passé ! Des étudiants ont réussi à paralysé le métro pendant trois heures ce jeudi et on nous entretient sur la fin du « boycott » des cours ! Les médias sont visiblement las, fatigués, comme les policiers, de devoir « couvrir » ce qui ne se couvre pas facilement. Alors que le foyer est encore chaud, les journalistes banalisent la grève, rapportent moins les marches nocturnes, ciblent des individus afin de discréditer un mouvement social. On veut nous habituer à l’exception.</p>
<h2>Implorer le devoir de réserve des professeurs… Nouveau bâillon, nouvelle censure ?</h2>
<p>Et comme ce n’était pas suffisant pour noyer le poisson, un professeur et une chroniqueuse de droite célèbre pour ses positions extrêmes ont eu la brillante idée, en fin de semaine, de souhaiter un devoir de réserve de la part des professeurs. Pris en otage entre des étudiants qui exercent leur droit de grève et des parents anxieux et dépassés par les événements, entre des juges semi-cultivés et un gouvernement usé, les professeurs devraient se taire, osent dire certains. Ce sont eux qui devront payer de leurs énergies et de leurs vacances les pots cassés d’une grève historique dont ils ne sont pas responsables et l’on espère, sous le prétexte pour le moins fallacieux qu’ils appuient les étudiants, les bâillonner ! Décidément, les éteignoirs médiatiques qui refusent le progrès social n’ont rien compris. Alors que ces chroniqueurs, commentateurs et journalistes jouissent de leur tribune sans limite, peuvent cracher leur fiel au quotidien et en remettre sur leur blogue le soir, sans avoir mis les pieds dans une classe depuis l’âge de 21 ans, les professeurs, dont le travail est d’expliquer la réalité, devraient se taire. Quiconque implore le devoir de réserve des professeurs devrait revisiter sa définition de l’enseignement mais aussi et surtout de la démocratie.</p>
<h2>Le « carré blanc » de la peur, de l’infantilisation et du <em>statu quo</em></h2>
<p>On trouvera de nouveaux éteignoirs chez les parents irrités par la grève, les manifs, et par la violence inhérente à un rapport de force exigeant avec un gouvernement autiste. En effet, quelques parents, en manque de lumière dans une grève qui ne les concerne pas d’emblée, lancent le drapeau blanc. Ils signent la reddition et demandent une trêve ! Sans doute bien intentionnés au départ, ces parents apeurés ne parviennent pas à gérer leur anxiété devant un accroissement de la violence depuis l’émeute de Victoriaville. Ils s’inquiètent pour leurs « enfants » qui ont connu les gaz et les balles de caoutchouc lancées par des soldats au service d’un état policier. Or ces parents sensibles ignorent-ils que leurs « enfants », qui sont majeurs, vaccinés et adultes, ont moins peur qu’eux ? Savent-ils que leurs progénitures en apprennent plus sur le Québec moderne dans une activité de désobéissance civile que dans les cours donnés dans leurs institutions d’enseignement ? Savent-ils que leurs « bouts de chou » participent actuellement à l’histoire du Québec, lequel se bat une nouvelle fois contre sa marginalisation et le mépris politique ? S’il est pacifique d’invoquer un moratoire, il est bien triste en revanche d’infantiliser encore les étudiants courageux et, sous prétexte d’ecchymoses, de renforcer le gouvernement et le <em>statu quo</em>. Au lieu de dénoncer l’inaction du gouvernement, les abus des policiers et d’exiger plus respect et de démocratie de la part du premier ministre, ces parents demandent la paix ! Ces parents « responsables », sans dire qu’ils capitulent, réalisent-ils que leur combat pour la paix et l’amour est anachronique et donne des munitions électorales à un gouvernement qui cherche, par tous les moyens, à imposer le retour en classe accompagné d’une hausse des frais de scolarité ?</p>
<h2>Le lent déclin d’une université qui se croyait lumière du monde…</h2>
<p>Parmi les éteignoirs les moins subtils à l’heure actuelle, on retrouve certains professeurs d’université – ceux qui se croient en chaire et qui n’aiment pas être dérangés pendant leurs importants travaux – et surtout les recteurs, ces administrateurs qui confondent l’université avec une entreprise privée. Il est triste de devoir le dire encore, mais l’université n’est plus ce qu’elle était. Ce n’est plus une institution vénérable et intouchable, c’est maintenant une succursale bancaire comme n’importe quelle entreprise. Un vent souffle désormais sur elle et son aura d’antan s’éteint. Ce vent assure au moins l’existence d’un brasier. L’université, faut-il l’expliquer à ceux qui n’y ont jamais mis les pieds, est un lieu qui n’a jamais vraiment échappé à la controverse, à la corruption et à la nomination des amis, voilà pourquoi il faut rire quand les recteurs, qui s’organisent pour que leurs « enfants » étudient supérieurement à moindre coût, continuent néanmoins de s’octroyer des primes, des allocations de voyage et se moquent d’une population éprise de hockey qui ignore tout de ce qui se passe dans ces écoles prétentieuses, ténébreuses et obscures. Les recteurs redoutent la société du savoir qui remettrait en question leur privilèges ; ils souhaitent le retour en classe parce qu’ils perdent leur pouvoir quand les étudiants marchent dans la rue.</p>
<h2>Le brasier</h2>
<p>On voudra encore mettre le couvercle sur la marmite. Les éteignoirs diront que la grève fait mal et qu’elle doit se terminer, alors que le semestre d’hiver est déjà perdu. Les étudiants entendront de la bouche des politiciens et des chroniqueurs que manifester est dangereux. Ils ne sont pas obligés de les croire. On mentira toujours plus afin que les livres d’histoire oublient le printemps québécois. Au Québec, on a peur de la peur. On a peur du changement social radical et l’on redoute la force collective, la puissance des groupes et le caractère des leaders. On préfère imiter les moutons. Les associations étudiantes sont devenues de véritables ruches, ce qui fait très peur aux chroniqueurs lyriques. Ils veulent plus de liberté. N’ont-ils pas raison de combattre les chroniqueurs paternalistes assis sur leurs tribunes, leurs privilèges et épris de leurs cours classiques ? Sans doute. Voilà pourquoi le vent de droite des éteignoirs, qui assure le travail des abeilles et le vol des oies blanches, n’éteindra pas la braise…</p>
<p><em>Dominic Desroches</em><br />
<em>Philosophie / Ahuntsic</em></p>
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		<title>Une violence inacceptable et une enquête publique et indépendante exigée</title>
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		<pubDate>Thu, 10 May 2012 23:04:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Communiqués / Événements]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>

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		<description><![CDATA[En conférence de presse, la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics, qui a organisé la grande manifestation unitaire à Victoriaville le 4 mai dernier en marge du Conseil général du Parti libéral du Québec, a tenu à faire connaître à la presse certains faits majeurs, et inconnus, concernant les abus [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En conférence de presse, la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics, qui a organisé la grande manifestation unitaire à Victoriaville le 4 mai dernier en marge du Conseil général du Parti libéral du Québec, a tenu à faire connaître à la presse certains faits majeurs, et inconnus, concernant les abus policiers qui ont eu lieu dans le cadre de cette manifestation. « On recense environ 400 blessures mineures traitées par des médics, dont des plaies ouvertes (certaines nécessitant des points de suture), des brûlures aux yeux, des ecchymoses causées par des projectiles, des difficultés respiratoires dues aux gaz, des chevilles foulées. C’est ça le message de dialogue que veut lancer le gouvernement? », s’exclame Johanne Nasstrom, de la Coalition des Tables Régionales d’Organismes Communautaires (CTROC) et co-porte-parole de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics.<span id="more-9603"></span></p>
<p><strong>Récapitulation de certains faits</strong></p>
<p>La manifestation du 4 mai à Victoriaville réunissait des milliers d’étudiants et d’étudiantes, mais aussi des travailleurs et des travailleuses de tous les âges, des personnes âgées et des familles avec de jeunes enfants. C’est sans avertissement ni ordre de dispersion, que les policiers de la Sûreté du Québec ont commencé à bombarder l’ensemble des manifestants et des manifestantes de gaz irritants, une dizaine minutes seulement après l’arrivée des manifestantEs devant l’hôtel où avait lieu le Conseil général du PLQ. Une fois les gaz irritants lancés, la manifestation s’est disloquée, la grande majorité des manifestantEs fuyant l’afflux dangereux de gaz. Afin de faire reculer encore davantage les manifestantEs, les policiers ont gazé à outrance pendant deux heures et ont utilisé des balles de plastique, causant des blessures majeures chez certaines personnes participant à la manifestation.</p>
<p>De nombreuses personnes ont été blessées par les projectiles policiers, dont certaines très sérieusement. Un jeune homme, atteint à l’œil, a subi une fracture du crâne et a perdu l’usage de son œil. Il a dû subir d’importantes chirurgies, est toujours hospitalisé aux soins intensifs, même si son état, d’abord jugé précaire, s’est stabilisé. Un autre jeune homme a subi un traumatisme crânien et une contusion cérébrale. Il est demeuré quatre jours en unité d’observation. Une jeune fille a subi une fracture de la mâchoire et la perte de plusieurs dents. Elle a dû être hospitalisée pendant quatre jours et subir une importante chirurgie.</p>
<p><strong>Une force policière excessive et dangereuse pour la sécurité des manifestantEs</strong></p>
<p>« Aujourd’hui, nous tenons à dénoncer la gestion du conflit étudiant par Jean Charest et les stratégies d’intervention des forces policières. Depuis maintenant trois mois, cette gestion scandaleuse suscite une colère grandissante chez les étudiantEs et les mouvements sociaux. Et en réponse à cette grogne montante, causée par la mauvaise foi du gouvernement dans ce dossier, nous avons été témoins, à Victoriaville, de l’escalade de la répression utilisée par les forces policières, répression qui a failli coûter la vie à un manifestant! La responsabilité de ces dérapages incombe à Jean Charest. » continue Madame Nasstrom.</p>
<p>Deux infirmières membres de l’équipe de secouristes sur les lieux ont témoigné : « J’ai dû intervenir en urgence auprès de deux manifestants grièvement blessés à la tête par des projectiles. Le premier a été atteint à l’oreille, présentait une lacération et un saignement important de l’oreille et des signes de traumatisme crânien puisqu’il avait chuté. Le second était sévèrement atteint à l’œil, il présentait un saignement important du même œil et des signes d’atteintes crâniennes sous-jacentes. Les jeunes, qui étaient dans une condition précaire, ont dû être déplacés à plusieurs reprises, trois fois pour le premier blessé et une fois pour le deuxième. Ces déplacements ont été effectués afin d’éviter les gaz irritants, les balles de plastique et le piétinement par les manifestantEs qui fuyaient au-devant des forces de l’ordre. Ces entraves à nos soins auraient pu être fatales pour les blessés en question si ce n’avait été de la vigilance des manifestantEs et secouristes qui protégeaient l’équipe de soins », rapporte Karoline Demers.  Corroborant ses dires, Sophie Vallée-Desbiens, autre infirmière secouriste présente sur les lieux, enchaîne : « J’ai été sollicitée à plusieurs reprises au cours de la soirée de vendredi afin d’intervenir auprès de personnes présentant des blessures dont la gravité dépassait largement les moyens dont je disposais, et qui nécessitaient des transports d’urgence dans des centres médicaux. Les délais encourus avant leur prise en charge médicale par les autorités compétentes ont potentiellement contribué à l’aggravation de leur état ».</p>
<p><strong>Le gouvernement doit reconnaître ses responsabilités et dénoncer la violence policière</strong></p>
<p>« Alors que le gouvernement a demandé aux représentantEs étudiantEs de condamner la violence, nous ne voyons pas Jean Charest dénoncer les violences abusives dont font preuve les forces de l’ordre dans le cadre de manifestations citoyennes. Quand des policiers tirent des balles de caoutchouc et de plastique on est en droit de se demander de qui la violence est l’oeuvre. Le Premier ministre du Québec, plutôt que de faire des blagues de mauvais goût devant certains investisseurs, devrait dénoncer la brutalité policière. » de continuer, Jeanne Reynolds, co-porte-parole de la CLASSE.</p>
<p>« Ce que nous avons vu à Victoriaville est une vraie tragédie » ajoute Marie Blais, de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) et co-porte-parole de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics. « Après la  manifestation, les gens étaient choqués, sonnés. Personne ne pensait que ce genre d’opération policière puisse se produire au Québec », rapporte-t-elle. La Coalition a d’ailleurs reçu de nombreux témoignages dans les derniers jours, autant de personnes présentes que de parents d’étudiantes et d’étudiants abasourdis. « On ne peut pas, comme société ou comme gouvernement défendre la liberté d’expression seulement quand ça fait notre affaire, les droits sont là pour être protégés justement quand ils sont menacés, et cela, c’est la responsabilité du gouvernement » conclut Madame Blais.</p>
<p><strong>Une enquête publique et indépendante urgente</strong></p>
<p>La Coalition condamne les violations aux droits de manifester, à la liberté d’expression dont nous avons été témoins depuis le début de la grève étudiante. Il s’agit de droits fondamentaux garantis, tant par la Charte des droits et libertés du Québec que par la Charte canadienne des droits et libertés. C’est pourquoi la Coalition demande une enquête publique et indépendante. « Le nombre de blessés et la gravité des blessures occasionnées par le recours aux balles de plastique pour contrôler la foule à Victoriaville méritent à eux seuls qu’une enquête publique indépendante soit tenue. Cependant, la Ligue des droits et libertés a colligé, depuis le début de la grève étudiante, un ensemble d’éléments qui justifie que l’enquête porte plus largement sur les plans stratégiques des forces de l’ordre utilisés depuis le début de la grève étudiante, notamment l’utilisation d’armes diverses, les arrestations massives et préventives, les conditions de détention des personnes arrêtées de même que les conditions de libération. De plus, la Ligue demande l’arrêt immédiat de l’utilisation des balles de plastique et de toute autre arme similaire comme technique de contrôle des foules », termine Dominique Peschard, président de la Ligue des droits et libertés.</p>
<p>- 30 -</p>
<p>Renseignements :<br />
Renaud Poirier St-Pierre, attaché de presse, CLASSE, 514–835-9780<br />
Marie-José Béliveau, Ligue des droits et libertés: 514–715-7727<br />
France Desaulniers, FNEEQ-CSN : 515–219-2947</p>
<p><a href="http://www.nonauxhausses.org/">www.nonauxhausses.org</a></p>
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		<title>Le 9 mai 72 reste gravé dans la mémoire syndicale du Québec</title>
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		<pubDate>Thu, 10 May 2012 23:02:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire (et Page d')]]></category>
		<category><![CDATA[Québec / Canada]]></category>

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		<description><![CDATA[Cette photo fut prise, le 25 mai 1972, à 6 heures du matin, à la sortie de prison des trois chefs qui en appelaient de leur sentence. Elle a été prise par le photographe François Demers et a ensuite été traitée par le graphiste Jean Gladu pour en faire un auto-collant. Plusieurs dizaines de milliers [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignright" src="http://www.csn.qc.ca/ap/content/d/a/workspace/SpacesStore/f3200271-8618-47e1-bbe7-015cf17f7c33/Libres_Autocollants_500px.jpg" alt="" width="180" height="120" />Cette photo fut prise, le 25 mai 1972, à 6 heures du matin, à la sortie de prison des trois chefs qui en appelaient de leur sentence. Elle a été prise par le photographe François Demers et a ensuite été traitée par le graphiste Jean Gladu pour en faire un auto-collant. Plusieurs dizaines de milliers de cet autocollant ont été imprimés et distribués à tous les syndiqué-es durant la campagne qui suivit la libération des trois chefs. Sur la photo de gauche à droite : Louis Laberge, président de la FTQ, Marcel Pepin, président de la CSN, et Yvon Charbonneau, président de la CEQ.<span id="more-9601"></span></p>
<p>Le 9 mai 1972, les 3 chefs syndicaux Marcel Pepin (CSN), Louis Laberge (FTQ) et Yvon Charbonneau (CEQ) sont emprisonnés pour avoir encouragé leurs membres à désobéir à la loi spéciale mettant fin au débrayage des 210 000 syndiqués québécois du front commun intersyndical.Le front commun, a pris son essor en 1971, lors de la grève des syndiqués FTQ du quotidien La Presse. La FTQ et la CSN s’allient alors et organisent une manifestation de solidarité regroupant plus de 12 000 personnes en appui aux grévistes de La Presse.</p>
<p>Le Québec traverse une grande période d’effervescence et de remise en question sociale, où tous les espoirs sont permis, y compris celui de changer les choses et sortir le Québec de son aliénation envers les grandes entreprises étrangères. Chacune des trois organisations venaient de publier d’importantes réflexions sociales, dont le manifeste « Ne comptons que sur nos propres moyens » du président de la CSN, Marcel Pepin.</p>
<p>Le 11 avril, les employés du secteur public et parapublic délenchent la grève générale. Les travailleuses et les travailleurs réclament un minimum de 100 $ par semaine pour tous les fonctionnaires.</p>
<p>Le 20 avril, le premier ministre Robert Bourassa suspend le droit de grève des travailleuses et travailleurs de la fonction publique et parapublique et impose toutes les conditions de travail à moins d’une entente, en recourant à la loi 19.</p>
<p>À compter du 22 avril, les employé(e)s reprennent progressivement le travail. Le 8 mai l’agitation reprend au Québec, alors que les trois chefs sont condamnés à purger un an de prison pour avoir encouragé les membres à ne pas respecter les injonctions de la cour obtenues par les directions d’hôpitaux.</p>
<p>L’annonce de l’emprisonnement des chefs sème la colère des syndiqué(e)s du secteur public et privé. Dans plusieurs petites villes du Québec, les syndiqué(e)s s’emparent des stations de radio pour diffuser leurs messages. La crise éclate au sein du cabinet de Robert Bourassa qui confiera le dossier à son ministre du Travail, Jean Cournoyer.</p>
<p>Le 25 mai, les chefs syndicaux sont libérés, et reviennent à la table centrale de négociations. De nouvelles conventions collectives sont signées. Les syndiqués auront 100 $ par semaine, mais après 3 ans.</p>
<p>Le 2 février 1973, les chefs du Front commun intersyndical doivent retourner en prison pour purger la fin de leur sentence. Ils resteront derrière les barreaux de la prison d’Orsainville jusqu’en mai, après l’obtention d’une libération conditionnelle.</p>
<table border="0" cellpadding="15" align="left">
<tbody>
<tr>
<td><strong>Le Grand tumulte, un documentaire à voir ou revoir </strong><br />
Le documentaire de Magnus Isacsson <em>«Le Grand Tumulte »</em>, est disponible à l’<a href="http://onf-nfb.gc.ca/fra/collection/resultat.php?titre=Le%20grand%20tumulte&amp;btnG=Recherchez&amp;type=titre&amp;interm=et">ONF.</a> Lors de la grève générale du Front commun de 1972, les trois chefs syndicaux ont été emprisonnés après avoir invités les syndiqué-es à défier une loi spéciale. Ce film est d’autant plus intéressant que le gouvernement Charest a utilisé le bras judiciaire pour tenter mettre fin à la grève des étudiants. À plusieurs reprises, les tribunaux ont émis des injonctions qui, les unes après les autres, ont été défiées. <strong><a href="http://onf-nfb.gc.ca/fra/collection/film/?id=33192">»</a></strong></td>
</tr>
</tbody>
</table>
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		<title>Maintenant, c’est le changement ?</title>
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		<pubDate>Thu, 10 May 2012 22:55:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>

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		<description><![CDATA[Le gouvernement Sarkozy, c’est fini. Pour toutes celles et tous ceux, qui en ont combattu pendant les 5 dernières années les contre-réformes, les politiques sécuritaires, xénophobes et racistes, c’est une bonne nouvelle. Mais ce qui importe, pour les salarié·e·s, les chômeurs et les chômeuses, les retraité·e·s, les jeunes, c’est que la politique change, que la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/solidaires.jpg"><img class="alignright" title="solidaires" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/05/solidaires-300x211.jpg" alt="" width="180" height="127" /></a></strong></p>
<p>Le gouvernement Sarkozy, c’est fini. Pour toutes celles et tous ceux, qui en ont combattu pendant les 5 dernières années les contre-réformes, les politiques sécuritaires, xénophobes et racistes, c’est une bonne nouvelle. Mais ce qui importe, pour les salarié·e·s, les chômeurs et les chômeuses, les retraité·e·s, les jeunes, c’est que la politique change, que la société ne soit plus organisée en fonction des besoins d’une petite minorité qui profite du travail des autres pour s’enrichir toujours plus.<span id="more-9597"></span></p>
<p>La campagne électorale a été marquée par de nombreuses déclarations qui, sous prétexte de rallier l’électorat du Front National, contribuent à banaliser une pensée réactionnaire et porteuse d’exclusions.</p>
<p>François Hollande s’est fait élire Président de la République en promettant que <em>«le changement c’est maintenant»</em>. Changer de Président, c’est fait; changer de gouvernement cela va être fait. Les élections législatives de juin [10 et 17 juin] peuvent donner aux partis de Gauche une majorité à l’Assemblée Nationale qu’ils ont déjà au Sénat. Pour que ce soit utile à tous, il faut des décisions concrètes.</p>
<p>L’Union syndicale Solidaires réaffirme ses revendications et ses propositions alternatives qu’elle a portées dans les mobilisations sociales de ces dernières années. Nous ne pensons pas être dans une situation sociale permettant d’imposer que toutes celles-ci soient satisfaites dans la semaine. Mais, <em>a contrario</em>, certaines décisions peuvent être prises sans délai, et des engagements forts doivent être annoncés dès maintenant.</p>
<p>Maintenant, c’est le changement ?</p>
<ul>
<li><strong>Augmentation immédiate</strong> du SMIC et des minimas sociaux (1700 euros nets – soit 2040 CHF), des allocations-chômage et des pensions de retraite.</li>
<li><strong>Droit à la santé pour tous</strong>, par des mesures immédiates supprimant les déremboursements, les tickets modérateurs, les forfaits hospitaliers.</li>
<li><strong>Annulation des contre-réformes</strong> sur les retraites et embauche correspondante de jeunes.</li>
<li><strong>Suspension des plans de licenciements</strong>, droit de veto dans les Comités d’Entreprise (CE), extension de l’obligation de création de CE aux entreprises de moins de 50 salarié·e·s. Arrêt des suppressions d’emplois dans la Fonction publique et les entreprises publiques</li>
<li><strong>Retour au public des services privatisés</strong>.</li>
<li><strong>Annulation des cadeaux fiscaux</strong> faits aux plus riches et de l’alourdissement des impôts les plus injustes (TVA), mise en place d’une fiscalité juste et redistributrice.</li>
<li><strong>Dénonciation des traités européens</strong> qui organisent le pillage des populations au profit des patrons et banquiers. Non-ratification du «traité fiscal» [«Pacte budgétaire», ou plus formellement : <em>Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire </em>– TSCG, Réd.].</li>
<li>*<strong>Abrogation des lois antigrève</strong>.</li>
</ul>
<p>Ces propositions sont de nature à répondre aux urgences sociales. Elles doivent s’inscrire dans un changement de politique qui tourne la page des politiques néolibérales et antisociales à l’œuvre depuis trop longtemps. Un changement de politique doit mettre en avant la satisfaction des besoins sociaux de toutes et tous, la résorption des inégalités et des discriminations, la prise en compte de la nécessaire transition écologique et s’appuyer pour cela sur une autre répartition des richesses.</p>
<p>Nous avons aussi des revendications qui doivent être satisfaites dans les entreprises et les établissements. C’est par la mobilisation et la construction de rapports de forces que nous les imposerons au patronat.</p>
<p>Se débarrasser de Sarkozy est une chose, imposer une autre politique au marché et à la finance en est une autre.</p>
<p>Dès le lendemain de l’élection, les plans sociaux retardés pour raison électorale vont tomber en même temps, la finance va faire pression pour imposer plus d’austérité. L’expérience nous indique que le rapport de forces est déterminant : pour que les droits acquis ne régressent pas, pour en gagner de nouveaux, un climat social revendicatif est indispensable, et l’Union syndicale Solidaires agira de tout son poids, dans l’unité, pour mobiliser. (6 mai 2012, 20 heures)</p>
<div><a href="http://www.printfriendly.com/print/v2?url=http://alencontre.org/europe/france-maintenant-cest-le-changement.html">Version imprimable</a></div>
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		</item>
		<item>
		<title>L’« état de droit » ?</title>
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		<pubDate>Tue, 08 May 2012 18:19:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[État / Services publics / Bien commun]]></category>
		<category><![CDATA[Inégalités / Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Médias / Propagande]]></category>
		<category><![CDATA[Québec / Canada]]></category>

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		<description><![CDATA[Les élites, les bien-pensants et leurs roquets de service dans les médias-poubelles de Quebecor nous rabattent les oreilles avec la défense de ce qu’ils appellent l’ « état de droit ». Autrement dit, « la loi, c’est la loi ». Lucien Bouchard le dit plus crument, « il faut rétablir l’ordre ». Notre ami François Cyr qui aimait les subtilités de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les élites, les bien-pensants et leurs roquets de service dans les médias-poubelles de Quebecor nous rabattent les oreilles avec la défense de ce qu’ils appellent l’ « état de droit ». Autrement dit, « la loi, c’est la loi ». Lucien Bouchard le dit plus crument, « il faut rétablir l’ordre ».</p>
<p>Notre ami François Cyr qui aimait les subtilités de la chose juridique nous rappelait toujours que les lois ne sont pas une religion, qu’elles découlent d’une vision politique, et qu’elles structurent les rapports de force au profit de ceux qui sont au-dessus des autres. Des lois peuvent être justes ou injustes, légitimes ou illégitimes, elles ne doivent jamais être prises comme si elles venaient d’une vérité incarnée ou du ciel.<span id="more-9594"></span></p>
<p>Pendant des années, on s’est battu au Québec contre des lois iniques, dont celle qui criminalisait les femmes qui voulaient contrôler leurs corps. Les syndiqués qui se faisaient casser les bras par la police ont fini par imposer une loi anti-scab qui a amélioré leur sort, et que les patrons cherchent à abolir d’ailleurs.</p>
<p><strong>Ni l’« État » ni le « droit » ne sont neutres.</strong></p>
<p>Aujourd’hui par exemple, il est « légal » de foutre à porte des milliers de travailleurs d’AVEOS sans préavis. La loi des puissants n’impose pas aux voyous de la finance de protéger les pensions des travailleurs et des travailleuses, qu’ils ont péniblement accumulées pendant des années de dur labeur. Il est « légal » de tuer des personnes affectées de maladies mentales dans la rue même si d’autres moyens existent pour les « forces de l’ordre » de les « maîtriser ». On peut crever un œil à un étudiant sans avoir de compte à rendre.</p>
<p>Par contre, renverser une poubelle ou casser une vitrine, alors là, c’est un scandale, un affront contre l’ « état de droit » comme le disent Liza Frulla, Richard Martineau et tant des commentateurs patentés qui monopolisent la parole.</p>
<p>Il s’agit donc de remettre les choses à leur place. Personne n’aime la violence, pas plus celle de quelques casseurs que celle, plus invisible mais beaucoup plus coûteuse, de ceux qui exploitent, oppriment et discriminent. Pour autant, cela n’excuse pas les casseurs dont la violence symbolique et plutôt risible même si parfois, les <em>black-blocs</em> et autres excités de service agissent sans penser aux conséquences de leurs actions sur les mouvements et les luttes populaires.</p>
<p> </p>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>La dernière « offre » du gouvernement</title>
		<link>http://www.cahiersdusocialisme.org/2012/05/07/la-derniere-offre-du-gouvernement/</link>
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		<pubDate>Mon, 07 May 2012 19:28:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[État / Services publics / Bien commun]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Inégalités / Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Québec / Canada]]></category>

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		<description><![CDATA[Comme il semble y avoir eu certaines irrégularités dans le processus de négociation, nous parlerons ici d’une offre gouvernementales plutôt que d’une entente négociée. Le gouvernement garde le cap sur la hausse mais propose d’instaurer un comité qui évaluerait l’utilisation des ressources dans les universités. Les économies réalisées pourraient réduire les frais afférents et compenser la hausse [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em><a href="http://www.iris-recherche.qc.ca/wp-content/uploads/2012/05/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2012-05-07-%C3%A0-08.09.08.png"><img class="alignright" title="Capture d’écran 2012-05-07 à 08.09.08" src="http://www.iris-recherche.qc.ca/wp-content/uploads/2012/05/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2012-05-07-%C3%A0-08.09.08.png" alt="" width="178" height="118" /></a>Comme il semble y avoir eu <a href="http://www.lapresse.ca/actualites/dossiers/conflit-etudiant/201205/07/01-4522605-les-negociateurs-de-la-classe-crient-a-larnaque.php">certaines irrégularités</a> dans le processus de négociation, nous parlerons ici d’une offre gouvernementales plutôt que d’une entente négociée.</em></p>
<p>Le gouvernement garde le cap sur la hausse mais propose d’instaurer un comité qui évaluerait l’utilisation des ressources dans les universités. Les économies réalisées pourraient réduire les frais afférents et compenser la hausse des frais de scolarité. L’affaire peut sembler sympathique. Mais cette concession apparente est, encore une fois, un cadeau empoisonné.<span id="more-9568"></span></p>
<p>D’une part, le gouvernement ne recule pas sur la hausse et réussit à en faire reconnaître la légitimité, alors que cette mesure injuste et antisociale a été justifiée par un prétendu sous-financement complètement fallacieux. La hausse est maintenue comme s’il s’agissait d’une fatalité cosmique.</p>
<p>Ensuite, ce sont les étudiant-e-s qui deviennent responsables de faire le ménage dans le gaspillage et de gratter les fonds de tiroir des budgets universitaires pour essayer de regagner d’une main ce que la hausse leur prend de l’autre.  C’est vrai qu’il y a du gaspillage et toutes sortes de mésusages de fonds dans l’université, mais il sera difficile d’en convaincre un comité où les étudiant-e-s (4) et le personnel (4) sont minoritaires devant les recteurs (6), les gens d’affaires (2), le gouvernement (1). Il sera encore plus difficile de trouver une somme suffisante pour éliminer complètement la hausse puisque l’offre du gouvernement vise à réduire uniquement les frais institutionnels des universités, ceux-ci n’équivalent pas à un montant comparable à 1778$.</p>
<p>Mais, comme nous le disions <a href="http://www.iris-recherche.qc.ca/blogue/rpr-et-assurance-qualite/">déjà ici</a>, l’affaire la plus pernicieuse dans tout cela c’est que le gouvernement en profite pour jeter les bases d’un mécanisme « d’assurance-qualité » permanent qui aura pour tâche de contrôler en continu l’utilisation optimale des ressources universitaires en se basant sur les « meilleures pratiques », c’est-à-dire sur des critères marchands de performance et d’efficience qui viennent des modèles britanniques et américains d’universités commercialisées.</p>
<p>Ceci permet de retirer du pouvoir a la CREPUQ (qui adhérait déjà tout à fait à la logique de marchandisation universitaire et qui conserve quand même un nombre de sièges enviable sur le nouveau comité) pour soumettre les universités à un pouvoir d’expertise externe et à de nouvelles normes de performance qui minent l’autonomie universitaire, la liberté académique, l’indépendance institutionnelle et le contenu de l’éducation pour l’arrimer aux impératifs de la valorisation et de la croissance de l’économie.</p>
<p>Ce qui débarque au Québec, c’est tout le projet de l’économie du savoir recopié depuis le processus de Bologne, avec ses trois piliers :</p>
<ol>
<li>réforme du financement (plus de privé), RPR et hausse des frais</li>
<li>réforme managériale de la gouvernance et</li>
<li>instauration de mécanismes d’assurance-qualité. Ironiquement, chaque offre gouvernementale sert à aller encore un peu plus loin dans cette direction. Il n’est pas besoin de s’étendre longuement sur la catastrophe que tout ceci représente pour l’éducation publique.</li>
</ol>
<p>Bref, la hausse continue, et si les étudiant-es veulent regagner un peu des sous qu’ils engloutiront dans l’aventure, ils devront accepter de participer à un comité qui n’est pas véritablement intéressé à en finir avec le gaspillage universitaire. Il sera peuplé de gens qui ne veulent pas les écouter et qui pensent, du reste, que de l’argent dans l’université, il n’y en a jamais assez car il faut être « concurrentiel » dans la mondialisation et tutti quanti. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils montent les frais même si aucun argument sérieux ne le justifie, sauf peut-être le fantasme de copier le Canada, l’Angleterre et les USA. Pour être concurrentiel, il faut faire comme ceux qui ont détruit l’accès universel a l’éducation, et qui ont branché l’offre de programmes sur les injonctions de l’économie avec des mécanismes d’évaluation en continu pour savoir si on est assez collé sur le business, ou s’il faut encore s’oublier un peu plus comme universitaires. Payez ou aidez-nous a rationaliser l’université : des deux côtés, c’est du <em>win-win</em> pour L’État entrepreneurial…</p>
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		<title>Petite politique de la résistance à l’usage de mon fils</title>
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		<pubDate>Mon, 07 May 2012 18:47:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[État / Services publics / Bien commun]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Philo / Socio / Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Québec / Canada]]></category>

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		<description><![CDATA[« La désobéissance civile est le droit imprescriptible de tout citoyen. Il ne saurait y renoncer sans cesser d’être un homme. » – Gandhi Tu as été conçu en hiver et tu es arrivé juste avant le « printemps québécois ». Tu es mon fils et tes parents sont déjà fiers de toi. Nous avons manifesté trois fois ensemble, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div align="left"><img class="alignright" src="http://pressegauche.org/local/cache-vignettes/L250xH150/arton10132-7388d.png" alt="" width="180" height="120" /><em>« La désobéissance civile est le droit imprescriptible de tout citoyen. Il ne saurait y renoncer sans cesser d’être un homme. » </em></div>
<div align="left">– Gandhi</div>
<p>Tu as été conçu en hiver et tu es arrivé juste avant le « printemps québécois ». Tu es mon fils et tes parents sont déjà fiers de toi. Nous avons manifesté trois fois ensemble, en mars et en avril, toi dans ta poussette et nous, forts d’une pancarte sur laquelle on pouvait lire le slogan Printemps érable. Les étudiants manifestaient, ils manifestent aujourd’hui, nous manifestons à leur côté, mais le gouvernement libéral ne veut pas entendre la rue, là où, souvent, la politique se joue. Le climat pourtant forme des hommes et des politiques. Tu as vu le jour dans un Québec victime de mépris – nous sommes dans une province – et tu connaîtras un monde en crise. Tu seras un jour un étudiant, un homme et tu voudras en savoir plus sur l’histoire, l’invention de la démocratie et les biens communs. Tu voudras peut-être comprendre le contexte de nos photos de la « tempête d’Avril 2012 » et savoir pourquoi tant de gens marchaient. Puisque l’histoire est là, sous nos yeux, je t’adresserai rapidement ces quelques mots.<span id="more-9575"></span></p>
<p><strong>L’histoire, la démocratie et les biens communs</strong></p>
<p>L’histoire est la longue marche des peuples. Contre la peur, elle vise à procurer plus de liberté. La démocratie, elle, est un régime politique qui suppose que la discussion et la volonté de la majorité sont supérieures à la violence. Elle exige que l’information soit accessible au plus grand nombre. Un bien est commun lorsque son usage et ses bénéfices se partagent sans coût et au plus grand nombre. Comme tu le réaliseras bientôt Alexis, le Québec a encore beaucoup à apprendre de l’histoire politique. Car son peuple n’est pas libre, sa démocratie est détournée de sa fin par la sphère privée et l’éducation n’est plus considérée comme un bien commun.</p>
<p><strong>À qui sert la démocratie québécoise ?</strong></p>
<p>Alexis, nous avons marché et nous marcherons encore sans doute. Mais avons-nous marché pour rien ? Après avoir fait déferler une marée humaine de 200 000 personnes le 22 mars dernier sur Montréal et s’être donné un printemps politique, les étudiants ne sont pas encore respectés par le gouvernement. Ils ont manifesté de manière originale et pacifique pendant dix semaines et la ministre ne veut pas discuter. Elle dit vouloir, mais ce n’est pas clair. Elle aime les conditions, cette ministre de l’Éducation. Elle quitte la table en excluant la CLASSE. Toute crise exige un bouc émissaire commode. La ministre ne met pas d’eau dans son vin et trouve un prétexte pour accuser les étudiants. Que c’est triste. Son collègue à la sécurité, pas très subtil, accuse directement le porte-parole de la CLASSE. Pourquoi se comporter ainsi ?</p>
<p>Or, que faire quand on a signé des dizaines de pétition et que rien ne change ? Que faire quand les médias « convergents » sont incapables de couvrir, dans un bulletin de fin de soirée, la journée la Terre a laquelle nous avons participé et qui a réuni 250 000 personnes à Montréal ? Que dire quand les journaux ne rapportent pas les unes et les manchettes des autres médias, c’est-à-dire les journaux alternatifs et les blogues ? Quand le pouvoir est concentré dans les mains de quelques-uns et qu’on parle encore de démocratie, ment-on à la population ? À qui peut-elle servir, cette démocratie à géométrie variable, lorsque le gouvernement ne se sent pas concerné par la grève, qu’il joue sur les mots et qu’il se moque de ceux qui manifestent depuis si longtemps ? Nous respectons le fait qu’une partie de la population appuie le gouvernement libéral, que certaines personnes ne pensent pas comme nous et qu’elles veulent que l’éducation coûte plus cher encore, mais nous croyons représenter une partie non négligeable de la population. On nous doit au moins le respect.</p>
<p><strong>Ne devons-nous pas envisager la désobéissance civile ?</strong></p>
<p>Dans le cas de figure où nous ne sommes pas reconnus ni respectés, ne devons-nous pas désobéir, demande ton oncle qui porte également le carré rouge ? Devons-nous encore obéir collectivement quand les lois sont injustes ? La désobéissance à une loi injuste ne devient-elle pas une nécessité de la civilité ? Le citoyen ne peut pas se contenter simplement d’obéir, il doit aussi juger lui-même du contexte des lois et de leur signification. J’ajoute : devons-nous obéir aux lois lorsque la corruption est généralisée ou quand la politique se moque de nous ? N’y a-t-il pas suspension de la loi lorsque l’État est injuste ? Lorsque son inaction et son mépris favorisent la violence ?</p>
<p><strong>La violence ne vient pas de la rue, d’où le cynisme ambiant</strong></p>
<p>J’écris toutes ces questions, mon fils, parce que la ministre Beauchamp, isolée de son caucus, a rencontré les représentants étudiants, après dix semaines de conflit seulement, mais que le problème reste entier. Le climat est partout sensible. La tempête a lieu autour de nous. J’écris ma lettre de la GBQ, Alexis, tu es à côté de moi, et j’entends les hélicoptères tourner au-dessus de la place Émilie-Gamelin où une manifestation est prévue. Ce bruit assourdissant t’a fait perdre ta suce, c’est dire à quel point nous sommes sur un pied de guerre… Ils seront entre 5000 et 10 000 manifestants dans 20 minutes, nous serons entourés de pirates et de flibustiers sans arme. Le gouvernement choisira l’état d’exception et accusera de sa dérive, c’est une prévision, des « porte-parole » étudiants devenus, par les médias, des célébrités. Est-ce que cette situation l’avantage ou l’avantagera ? Nul ne peut le dire avant la tenue d’élections. Le cynisme, lui, ne disparaîtra pas de sitôt.</p>
<p><strong>Une véritable démocratie repose sur la discussion et l’information libre</strong></p>
<p>Alexis, il faut pourtant que tu saches : la mauvaise politique impose au lieu de discuter. Une partie grandissante de la population du Québec ne croit plus à la démocratie, ce qui profite à quelques-uns bien nantis, et voit de la corruption partout. Elle ne sera plus dupe bientôt : elle commence à réaliser que les politiciens déchargent leurs responsabilités sur la police dont le seul art, en plus de servir des coups de matraque, répandre du poivre, lancer des bombes et encercler de jeunes indignés, est de déclarer les manifestations « illégales ». La police était en otage du gouvernement libéral, elle est devenue de plus en plus violente. ONU et Amnistie regardent maintenant du côté du Québec car notre police, lasse et fatiguée de jouer au chat et à la souris, se retourne contre nous et frappe sur des personnes désarmées…</p>
<p>Les manifestations pacifiques, Alexis, ne sont pas couvertes par les médias privés, et seule la casse intéresse les journalistes les plus actifs. Nous étions 200 000 dans les rues à marcher pacifiquement, le bulletin nous a oubliés ; ils sont au moins 5000 au parc ce soir, avec 50 casseurs, et la manifestation sera peut-être retransmise et interprétée en direct sur les réseaux en continu. Le Québec doit revoir la structure de ses médias. Il doit se doter d’une véritable politique médiatique. Dans pareille démocratie, où le principe de la désobéissance civile n’est pas compris, où les étudiants pacifiques doivent écarter de leurs mains les casseurs pour ne pas avoir à condamner la violence le lendemain, où la population en colère est abandonnée à elle-même face aux Ordres, n’est-il pas justifié que des indignés résistent à des policiers montés qui jouent aux soldats ? Mais où nous mènera cette « tempête d’avril 2012 » ? Bien malin celui qui le dira.</p>
<p><strong>Marcher encore pour que rien ne change ?</strong></p>
<p>Pour reprendre une belle idée de Daniel Innerarity, l’un des amis de ton père, l’indignation doit entrer dans la politique institutionnelle structurée pour être effective. Hier et aujourd’hui, au Québec, on voit que la population insatisfaite de l’Assemblée nationale n’a que bien peu de pouvoir sur un gouvernement libéral qui, usé par le pouvoir, a pourtant été élu démocratiquement. Elle est indignée : elle marche et manifeste, elle écrit des lettres, celle-ci s’ajoute aux autres, elle y va de performances en performances, elle signe des pétitions, mais rien ne change.</p>
<p>Les Québécois ne devront pas seulement se présenter aux urnes, voter contre le parti libéral, mais ils devront aussi rénover leur démocratie qui est malade. Ils devront combattre la peur du changement. Le premier défi de ceux qui prendront le pouvoir sera d’interpréter notre crise sociale, la tempête d’Avril. Le printemps québécois n’est pas une erreur d’appellation, une crise superficielle, c’est une crise véritable à l’intérieur du Québec, c’est une occasion idéale de changer un modèle de gouvernance qui peut, s’il le veut, continuer d’ignorer un mouvement social sans précédent.</p>
<p><em>Dominic Desroches, 1er mai 2012<br />
Philosophie / Ahuntsic</em></p>
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		<title>De la crise de régulation à la crise systémique</title>
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		<pubDate>Mon, 07 May 2012 18:31:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Capitalisme / Néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans un premier temps au moins, la crise a donné une nouvelle jeunesse aux thématiques socialdémocrates : keynésianisme, régulation de la finance, des banques et du capitalisme en général, retour de l’intervention de l’Etat, rôle de l’Etat social dans l’amortissement de la récession, appel à une plus grande justice dans la répartition des revenus et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans un premier temps au moins, la crise a donné une nouvelle jeunesse aux thématiques socialdémocrates : keynésianisme, régulation de la finance, des banques et du capitalisme en général, retour de l’intervention de l’Etat, rôle de l’Etat social dans l’amortissement de la récession, appel à une plus grande justice dans la répartition des revenus et dans la fiscalité, etc. La crise semblait ouvrir un boulevard à la social-démocratie, et il est important de savoir pourquoi son espace politique ne s’est pas élargi, quand il ne s’est pas rétréci.</p>
<p><span id="more-9571"></span></p>
<p>La social-démocratie européenne a été, elle aussi, soumise à des stress tests et elle n’a pas bien passé l’épreuve. Le prototype est Papandreou, le premier ministre socialiste grec, qui a affronté la crise de manière absolument lamentable. Il aurait pu entamer un bras de fer en disant : « La Grèce ne peut pas payer, il faut donc discuter ». C’est ce qu’avait fait l’Argentine en suspendant sa dette en 2001 et en obtenant une renégociation de sa dette. Mais Papandreou s’est au contraire littéralement couché et a accepté sans discuter toutes les exigences de la « troïka » (BCE, FMI, Union européenne).</p>
<p>En France, les deux principaux candidats à la candidature pour le PS se sont alignés sur l’austérité. François Hollande le fait très clairement : « il faut rééquilibrer nos comptes publics dès 2013 (…) Je ne le dis pas pour céder à je ne sais quelle pression des marchés ou des agences de notation mais parce que c’est la condition pour que notre pays retrouve confiance en lui ». Martine Aubry lui emboîte le pas et s’engage elle aussi sur les « 3% en 2013, puisque c’est la règle aujourd’hui »14. Cette terrible formule (« puisque c’est la règle aujourd’hui ») en dit long et donne la clé de l’impasse dans laquelle se trouve la social-démocratie. Elle peut se résumer ainsi : tout programme authentiquement social-démocrate impliquerait un degré élevé d’affrontement avec la bourgeoisie, que la social-démocratie n’est pas prête à assumer. La réalité actuelle est que toute issue progressiste à la crise supposerait un affrontement direct avec la logique du Capital, donc un niveau très élevé de conflictualité. Les exemples qu’on vient de rappeler montrent au fond qu’en deçà d’un seuil minimum de radicalité qu’ils se refusent à atteindre, les programmes socialdémocrates ne se distinguent que très marginalement de la logique néolibérale. Ils n’ont pas pris la mesure de la crise.</p>
<p>Le cadre d’analyse précédent permet en effet de comprendre pourquoi la crise de régulation du capitalisme néolibéral est en train de se transformer en crise systémique : ce qui est désormais en cause, c’est le mode capitaliste de satisfaction des besoins sociaux. On a vu que le capitalisme pouvait revêtir deux formes polaires en fonction de l’usage qu’il fait des gains de productivité. S’il les redistribue aux salariés, on a un capitalisme régulé dont le prototype est la période des Trente glorieuses. Si au contraire, il tend à les conserver sous forme de rentes, alors on a un capitalisme dérégulé dont le capitalisme néolibéral est un parfait exemple. Avec la crise actuelle, le capitalisme entre dans une sorte d’impasse.</p>
<p>Mais il y a une raison peut-être plus fondamentale à l’impossibilité d’une re-régulation du capitalisme, c’est la chute des gains de productivité. Le capitalisme néolibéral a ceci de très particulier qu’il a réussi à rétablir le taux de profit en dépit d’un relatif épuisement des gains de productivité. Il n’a plus grand-chose à redistribuer et n’a donc d’autre recours qu’une élévation continue du taux d’exploitation. Du coup, il est en train de perdre toute légitimité parce qu’il refuse de satisfaire une partie croissante des besoins sociaux, parce que ceux-ci ne sont pas porteurs de gains de productivité compensatoires. Aujourd’hui, le capitalisme ne profite qu’à une fraction de la population. Pour le reste (les 99 % des occupants de Wall Street), il n’offre plus qu’une perspective de régression sociale sans fin. Voilà pourquoi, il n’y a d’alternative que radicale, mettant en cause les fondements mêmes du capitalisme.</p>
<p>Ce panorama est cependant incomplet : dans les pays émergents, le capitalisme jouit d’un dynamisme impressionnant. Certes, il s’agit d’un capitalisme sauvage, voire barbare, qui évoque celui de l’Angleterre du XIXème siècle. Mais son poids dans l’économie mondiale est croissant (graphique 5). Au cours des 20 dernières années (1991–2011) la production industrielle n’a augmenté que de 24 % dans les pays avancés. Dans le même temps, celle des pays émergents a été multipliée par 3,4 et leur part dans les exportations industrielles mondiales est aujourd’hui de 51 %. Ce retournement, symbolisé par l’appel de l’Union européenne aux fonds chinois, est sans précédent dans l’histoire du capitalisme. Il ouvre une nouvelle période, chargée d’incertitudes, et c’est pourquoi aussi une partie des analyses présentées ci-dessus ne valent vraiment que pour les pays dits avancés. On peut imaginer par exemple que le capitalisme mondial se recentre sur les pays émergents, ou qu’il se fractionne. Mais dans les deux cas, sa perpétuation dans les vieux pays capitalistes ne peut reposer que sur la régression et la dislocation sociales.</p>
<p><em><strong>Michel Husson</strong>, Extrait de </em>« <a href="http://hussonet.free.fr/actumx11.pdf">Le néo-libéralisme, stade suprême ?</a>  »<em>, Actuel Marx </em>n°51, 2012</p>
<p> </p>
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		<title>C’est sur cet étudiant qu’on a tiré</title>
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		<pubDate>Mon, 07 May 2012 17:59:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[État / Services publics / Bien commun]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>

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		<description><![CDATA[Un étudiant du Cégep de Saint-Laurent, membre très actif de l’Association étudiante, a été grièvement blessé en fin de semaine à Victoriaville, il a perdu un oeil et souffre d’un traumatisme crânien. Il aurait vraisemblablement été victime d’une balle de caoutchouc tirée par la police [N.D.L.R. : Cette information n’a pas été confirmée]. J’ai eu [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Un étudiant du Cégep de Saint-Laurent, membre très actif de l’Association étudiante, a été grièvement blessé en fin de semaine à Victoriaville, il a perdu un oeil et souffre d’un traumatisme crânien. Il aurait vraisemblablement été victime d’une balle de caoutchouc tirée par la police [N.D.L.R. : Cette information n’a pas été confirmée].</strong></p>
<p>J’ai eu le trop bref bonheur d’enseigner la littérature à ce jeune homme pendant un mois, avant le déclenchement de la grève. Je l’ai, depuis, maintes fois croisé, aux manifestations et au cégep, surtout dans le cadre du cégep populaire dont il est un des plus fervents animateurs. C’est un esprit bouillonnant, libre, ouvert, généreux, curieux, toujours en éveil. Des étudiants comme lui, je fantasme d’en voir défiler des centaines dans mes classes, de ces êtres qui ont moins besoin d’enseignants que de guides pour les aider à faire le tri dans le foisonnement des idées qui les interpellent de tous bords tous côtés. Il incarne à la perfection le type même d’étudiant que la formation générale collégiale, fondée sur des valeurs humanistes, cherche à former : des êtres dotés de solides armes intellectuelles pour critiquer et transformer la société dont ils commencent alors à être des membres actifs à part entière.<span id="more-9563"></span></p>
<p><strong>Le dialogue et l’écoute</strong></p>
<p>C’est sur ce jeune homme que l’on tire avec un attirail de guerre…</p>
<p>On aurait eu plutôt tout intérêt à l’écouter, lui et ses semblables, au sens fort de prêter l’oreille, comme on tend la main dans un geste d’accueil. Il aurait pu vous expliquer la démocratie directe et vous auriez vu alors qu’il ne se contente pas de la prôner, mais la vit au quotidien : il entre en débat avec tous ceux qui désirent le faire, avec passion et humour, sans agressivité, jamais.</p>
<p>Je l’ai vu discuter avec une autre de mes étudiants, l’une de celles qui ont demandé une injonction, à la sortie de l’audience, alors que le juge venait tout juste de donner raison à cette étudiante, et d’enfoncer un douloureux clou dans le mouvement qu’il porte à bout de bras avec ses camarades depuis maintenant plus de trois mois. Discussion énergique, mais civilisée, qui n’a rien à voir avec le cirque que nous donnent à voir nos députés et ministres à l’Assemblée nationale… Rien à voir non plus avec le mépris condescendant que la plus grande partie de notre élite, celle si soucieuse de ses privilèges, assène aux étudiants.</p>
<p><strong>Convictions affirmées</strong></p>
<p>Il aurait pu aussi, si vous vous étiez donné la peine de vous intéresser un peu à ce qu’il a à dire, vous inviter au Cégep populaire qui fait vibrer la grande salle du Cégep de Saint-Laurent depuis les tout débuts de la grève. Dans cet espace ouvert, au propre et au figuré, ont défilé de très nombreux penseurs, professeurs et acteurs sociaux venus partager bénévolement leur savoir avec toujours au moins une cinquantaine d’étudiants.</p>
<p>Des étudiants qui montrent, par leur présence même et leurs interventions, toujours nombreuses, que l’éducation libre, gratuite et désintéressée, portée par la nécessité du savoir et non son utilité, des étudiants de la trempe de M. en ont déjà jeté les jalons. Non, ils n’ont pas attendu qu’on leur donne la permission pour commencer de jeter les bases de la société dont ils rêvent.</p>
<p>Ce jeune homme de vingt ans est l’exact opposé des hommes et des femmes qui nous gouvernent actuellement : il incarne ses convictions avec une probité et une pugnacité qui l’honorent et qui devraient faire rougir de honte ceux qui nous dirigent et que je tiens personnellement responsables de la tragédie dont il devra porter toute sa vie les traces.</p>
<p>Tu vas nous manquer. En attendant que tu te remettes, tes compagnons et compagnes, ainsi que moi-même, continueront de prendre le parti de ces valeurs et idéaux que tu as si exemplairement défendus jusqu’à présent.</p>
<p>***</p>
<p><em>Brigitte Faivre-Duboz, Professeure de littérature au Cégep de Saint-Laurent</em></p>
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		<item>
		<title>Aux racines de la crise économique mondiale</title>
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		<pubDate>Mon, 07 May 2012 17:54:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Capitalisme / Néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[Inégalités / Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>

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		<description><![CDATA[La crise financière européenne est la manifestation dans la sphère de la finance de la situation de semi-paralysie dans laquelle se trouve l’économie capitaliste mondiale. Elle en est en ce moment la manifestation la plus voyante, mais en aucune manière la seule. Les politiques d’austérité menées simultanément dans la plupart des pays de l’Union européenne [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La crise financière européenne est la manifestation dans la sphère de la finance de la situation de semi-paralysie dans laquelle se trouve l’économie capitaliste mondiale. Elle en est en ce moment la manifestation la plus voyante, mais en aucune manière la seule. Les politiques d’austérité menées simultanément dans la plupart des pays de l’Union européenne (UE) contribuent à la spirale récessionniste mondiale. Elles n’en sont pas l’unique cause. Les têtes de chapitre de la note de perspective de l’OCDE de septembre 2011 étaient éloquentes: «<em>L’activité mondiale est proche de la stagnation</em>»; «<em>Le commerce mondial s’est contracté, les déséquilibres mondiaux persistent</em>»; « <em>Sur le marché du travail, les améliorations sont de moins en moins perceptibles</em>»; «<em>La confiance s’est dégradée</em>», etc.<strong> </strong>A la suite des projections d’Eurostat à la mi-novembre d’une contraction économique de l’UE, à laquelle même l’Allemagne ne fait pas exception, la toute dernière note de l’OCDE (28 novembre 2011) fait état d’une <em>«détérioration considérable»</em> avec une croissance pour l’ensemble de l’OCDE de 1,6% et de 3,4% pour l’économie mondiale.</p>
<p><span id="more-9560"></span></p>
<p>En Europe, l’attention des travailleurs et des jeunes se concentre, de façon compréhensible, sur les conséquences de la «fin de parcours» et du «sauve-qui-peut» des bourgeoisies européennes. La crise politique de l’Union européenne et de la zone euro et la valse-hésitation de la Banque centrale européenne (BCE) autour du financement direct des pays les plus en difficulté sont les expressions les plus voyantes. Leur pendant est l’accentuation des politiques d’austérité et la mise en place accélérée d’un «tout-sécuritaire» auquel aucun pays n’échappe. Pourtant, la situation européenne ne peut pas être comprise indépendamment de celle de l’économie mondiale prise comme un tout. La CNUCED écrit au tout début de son rapport que «<em>le degré d’intégration et d’interdépendance économiques dans le monde aujourd’hui est sans précédent</em>» [1]<em>.</em>C’est là un progrès intellectuel indéniable, dont beaucoup de commentateurs et même de militants de gauche pourraient utilement s’inspirer. Le champ de la crise est celui du «<em>marché mondial</em> <em>constitué</em>», dont Marx parle très tôt dans ses écrits économiques [2]. Aujourd’hui, depuis la réintégration de la Chine et la pleine incorporation de l’Inde dans l’économie capitaliste mondiale, le marché mondial connaît un degré dans la densité des relations d’interconnexion et la rapidité des interactions jamais connu auparavant. C’est dans ce cadre que les questions les plus essentielles – suraccumulation et surproduction, surpuissance des institutions financières, concurrence intercapitaliste – doivent être abordées.</p>
<p><strong>Aucune «fin de crise» n’est en vue</strong></p>
<p>Dans le langage économique courant d’inspiration keynésienne, la formule «sortie de crise» désigne le moment où l’investissement et l’emploi reprennent. En termes marxistes, c’est le moment où la production de valeur et de plus-value, moyennant l’embauche et la mise au travail de salariés, et la vente de marchandises permettant de réaliser leur appropriation par le capital reposent de nouveau sur une accumulation de moyens en équipement nouveaux, la création de nouvelles capacités de production. Très rares sont les économies qui sont insérées dans des rapports d’interdépendance mais qui continuent, comme la Chine, à jouir d’une certaine autonomie et où la sortie de crise est concevable au niveau de l’économie de l’Etat-nation. Toutes les autres sont insérées dans des relations d’interdépendance dans lesquelles le bouclage du cycle du capital – A-M-P-M’-A’ – d’une grande partie des entreprises, en tous les cas toutes les grandes, se fait à l’étranger; les plus grands groupes délocalisant carrément le cycle entier d’une partie de leurs filiales.</p>
<p>C’est ce qui constitue la portée de l’impasse enregistrée lors du dernier G20 (Cannes, novembre 2011). Plus de quatre après le début de la crise (août 2007) et plus de trois ans après les convulsions provoquées par la faillite de la banque Lehman Brothers (septembre 2008), la situation d’ensemble est marquée par l’incapacité du «capital» – les gouvernements, les Banques centrales, le FMI et les centres privés de centralisation et de pouvoir du capital pris collectivement – de trouver, pour l’instant au moins, les moyens de créer une dynamique du type indiqué au niveau de l’économie mondiale, ou au moins de très larges pans de celle-ci. La crise de la zone euro et ses impacts sur un système financier opaque et vulnérable en sont l’une des expressions. Cette incapacité n’est pas synonyme de passivité politique. Elle signifie simplement que l’action de la bourgeoisie est mue de plus en plus complètement par la seule volonté de préservation de la domination de classe dans toute sa nudité. Pour ce qui concerne de façon immédiate et directe les travailleurs et travailleuses en Europe, les centres de décision capitalistes sont activement à la recherche de solutions qui protégeraient les banques, qui éviteraient le choc financier de grande ampleur représenté par le défaut de paiement de l’Italie ou de l’Espagne et l’effondrement de l’euro, et qui feraient plus que jamais tomber tout le poids de la crise sur les classes populaires. En témoigne l’arrivée à la tête des gouvernements grec et italien, à quelques jours d’intervalle, de commis du capital financier nommés directement par lui, moyennent des «entorses aux procédures démocratiques». En témoignent surtout les différentes moutures d’un projet de «gouvernance» autoritaire en discussion au sein de la zone euro. Ce projet a des implications politiques d’autant plus graves pour les travailleurs qu’il va de pair avec un durcissement du caractère pro-cyclique des politiques d’austérité et de privatisation, et contribue à la nouvelle récession qui est en marche.</p>
<p>De l’autre côté de l’Atlantique Nord, les appels incessants aux dirigeants européens de Barack Obama ou du secrétaire d’Etat au Trésor, Tim Geithner, pour qu’ils donnent une réponse politique à la crise de l’euro au plus vite, traduisent le fait que «le moteur américain», comme le disent les journalistes, est «en panne». Le fonctionnement macroéconomique étatsunien a été construit à peu près entièrement depuis 1998 (choc en retour de la crise asiatique) sur l’endettement contraint des ménages, des PME et des collectivités locales. Ce «régime de croissance» est profondément ancré. Il a renforcé si fortement le jeu des mécanismes de répartition inégale des revenus (le mot d’ordre d’Occupy Wall Street (OWS), «nous sommes les 99%», traduit l’écart béant entre les très, très hauts revenus et ceux du reste des Américains) que la seule perspective à laquelle les dirigeants s’accrochent vraiment est celle du moment – lointain – où les gens pourront, ou devront absolument, s’endetter à nouveau. Les différends «inconciliables» entre Démocrates et Républicains portent sur deux questions interconnectées: comment assurer le désendettement de l’Etat fédéral, au mieux dans cette perspective? et celui-ci peut-il et doit-il même s’endetter davantage ou non pour atteindre cet objectif? Cette incapacité de concevoir tout autre «régime de croissance» traduit la force économique et politique presque inentamée de la finance et de l’oligarchie politico-financière des 1% (voir graphique sur l’évolution des revenus aux Etats-Unis qui met en relief la croissance de l’accaparement par le 1%; source: <em>The Economist,</em> 26 octobre 2011; Congressional Budget Office). Le mouvement OWS est un premier signe de craquement de cette domination, mais tant qu’un séisme mondial incluant les Etats-Unis ne se sera pas produit la politique économique américaine se réduit aux injections d’argent par la Banque centrale (la Fed), en un mot au fonctionnement de la planche à billets, sans que quiconque sache jusqu’à quand cela pourra durer.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/01/USA.jpg"><img class="aligncenter" title="USA" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/01/USA.jpg" alt="" width="640" height="435" /></a></p>
<p> </p>
<p>La Chine et l’Inde peuvent aider, comme elles l’ont fait en 2009, à limiter la contraction de la production et du commerce. La Chine en particulier continuera, mais avec plus de mal qu’avant, à établir un plancher à la contraction mondiale. C’est de la pleine intégration de l’Inde et de la Chine dans l’économie mondiale qu’est venu le saut qualitatif dans la dimension de l’armée industrielle de réserve à la disposition du capitalisme mondial pris comme un tout. De façon complémentaire, c’est en Chine que se trouvent certains des plus importants foyers de suraccumulation et de surproduction. On fait beaucoup de cas de l’effet de ciseau entre la baisse des PIB des pays capitalistes industriels «anciens» et la hausse de ceux de «grands émergents». La crise a également accéléré la fin de la période d’hégémonie mondiale des Etats-Unis, hégémonie économique, financière et monétaire depuis les années 1930, hégémonie militaire sans partage à partir de 1992. Pour autant la Chine n’est en aucune façon en mesure de prendre le relais des Etats-Unis comme puissance hégémonique.</p>
<p><strong>La nouveauté de l’enjeu politique majeur de la période</strong></p>
<p>Dans cet article, il s’agit de rappeler la racine et la nature des crises capitalistes qui sont rendues particulièrement saillantes dans la crise en cours et de situer cette dernière dans «l’histoire longue». La crise en cours a éclaté au terme d’une très longue phase<strong> (</strong>plus de cinquante ans) d’accumulation presque ininterrompue, la seule phase de cette durée de toute l’histoire du capitalisme. Elle peut s’étendre sur des années, voire une décennie entière car elle a comme substrat une suraccumulation de capacités de production particulièrement élevée et comme excroissance une accumulation de capital fictif d’un montant lui aussi sans précédent. De son côté, la situation très difficile des travailleurs partout dans le monde, aussi différenciée qu’elle soit d’un continent et même d’un pays à l’autre de par leurs trajectoires historiques antérieures, résulte de la position de force que le capital a acquise grâce à la mondialisation de l’armée industrielle de réserve née de l’extension à la Chine de la libéralisation des échanges et de l’investissement direct.</p>
<p>S’il n’y a pas de «sortie de crise» pour le capital dans un horizon de temps prévisible, de façon complémentaire et antagonique l’avenir des travailleurs et des jeunes dépend très largement, sinon entièrement, de leur capacité à s’ouvrir des espaces et des «temps de respiration» politiques propres, à partir de dynamiques dont désormais eux seuls peuvent être le moteur. On est dans une situation mondiale où ce qui est devenu décisif est la capacité qu’auront des mouvements, nés sans se faire annoncer, de s’organiser de façon à entretenir une dynamique «d’auto-alimentation» et cela même en l’absence de débouché politique clair ou défini à court terme. C’est cela qui s’exprime en Tunisie, en Grèce, en Egypte; mais aussi aux Etats-Unis avec le mouvement Occupy Wall Street, dans le contexte national particulier de la première puissance capitaliste du monde et d’un espace géographique continental. Ce que les militants politiques peuvent faire de plus utile est d’aider ceux qui en sont les acteurs à affronter les obstacles, divers et nombreux, auxquels les mouvements ayant cette potentialité se heurtent, et d’y défendre l’idée qu’en dernier ressort les questions cruciales sont: «qui contrôle la production sociale, dans quel but, selon quelles priorités et comment ce contrôle social peut-il être construit politiquement?». Tel pourrait être le sens des termes processus et mots d’ordre «transitoires» aujourd’hui. Certains me diront qu’il en a toujours été ainsi. Pour un très grand nombre de militants, dite dans les termes qui viennent d’être utilisés, une telle appréciation est largement, sinon complètement, nouvelle.</p>
<p><strong>La valorisation «sans fin et sans limites» du capital comme moteur de l’accumulation</strong></p>
<p>Avant de revenir à la crise commencée en 2007, il faut expliciter les ressorts de l’accumulation capitaliste. Arrêtons-nous un instant sur la théorie de l’accumulation en longue période. Sa fonction est d’aider, à partir d’une compréhension précise des ressorts du mouvement de la production capitaliste, à expliciter la nature des crises et à situer chaque grande crise dans l’histoire sociale et politique mondiale. Comme l’écrit Paul Mattick, en commentant une remarque d’Engels, «<em>chaque crise concrète</em> <em>ne se comprend que dans le rapport qu’elle entretient avec le développement de la société globale</em>» [3]. L’ampleur et les traits spécifiques des grandes crises résultent des moyens auxquels le capital, entendu comme incluant les gouvernements des plus importants pays capitalistes, aura recouru dans la période précédente, pour «<em>dépasser les limites qui lui sont immanentes</em>» avant de voir «<em>les mêmes barrières</em> <em>se</em> <em>dresser devant lui à une échelle encore plus imposante</em>». Les crises éclatent au moment où le capital est de nouveau «rattrapé» par ses contradictions, confrontées aux barrières qu’il se crée à lui-même. Plus ces moyens auront été importants, plus aura été longue la période au cours de laquelle des moyens de dépassement auront atteint leur objectif, plus la révélation de la suraccumulation aura été différée, plus la crise sera importante et plus sera longue et difficile la recherche de nouveaux moyens pour «<em>dépasser les limites immanentes</em>». C’est de cette façon que l’histoire envahit la théorie des crises.</p>
<p>Chaque génération lit et relit Marx. Elle le fait aussi bien pour suivre l’évolution historique que pour tenir compte de l’expérience d’impasses théoriques auxquelles elle s’est heurtée. Pendant de nombreuses décennies, la problématique du développement des forces productives dans ses différentes variantes a dominé, avec les réminiscences des théories du progrès qu’elle pouvait encore charrier. Aujourd’hui, le Marx qu’il faut relire en militant-chercheur est celui qui aide à comprendre ce que signifie la prise de pouvoir de la finance A – l’argent dans sa brutalité –, celui qui écrit dans les <em>Manuscrits de 1857–58</em> que «<em>le capital</em>  <em>en tant qu’il représente la forme universelle de la richesse – l’argent –, est la tendance sans borne et sans mesure de dépasser sa propre limite</em>» [4]. Ou encore dans le <em>Capital</em> que la «<em>circulation de l’argent comme capital possède son but en elle-même; car ce n’est que par ce mouvement toujours renouvelé que la valeur continue à se faire valoir. Le mouvement du capital n’a donc pas de limite.</em>» [5]<em> </em>Au cours du XXe siècle le capital a démontré, plus encore qu’au moment où Marx l’étudiait, un degré profond d’indifférence quant à l’usage social des marchandises produites ou de la finalité des investissements.</p>
<p>Depuis trente ans, la «<em>richesse abstraite</em>» a pris toujours plus la forme de masses de capital-argent en quête de valorisation, placées entre les mains d’institutions – grandes banques, sociétés d’assurance, fonds de pension et hedge funds – dont le «métier» est de valoriser leurs avoirs de façon purement financière, sans quitter la sphère des marchés de titres et d’actifs fictifs «dérivés» de titres, sans passer par la production. Alors que les actions et les titres de dette – publique, d’entreprises ou de ménages – ne sont que des «à-valoir», des droits à s’approprier une partie de la valeur et de la plus-value, des concentrations immenses de capital-argent empruntent le «<em>cycle raccourci A-A’</em>» qui représente l’expression suprême de ce que Marx nomme le fétichisme de l’argent. Exprimée par des formes d’argent de plus en plus abstraites, fictives, «notionnelles» (terme utilisé par les économistes de la finance), l’indifférence aux conséquences de la valorisation sans fin et sans limites du capital imprègne l’économie et la politique, même en «temps de paix».</p>
<p>Les traits majeurs du capital-porteur d’intérêt soulignés par Marx – «<em>extériorité à la production» </em>et conviction que<em> «l’intérêt représente le fruit proprement dit du capital, la chose première, le profit d’entreprise apparaissant comme un simple accessoire et additif qui s’ajoute au cours du procès de reproduction» </em>– mettent les dirigeants capitalistes face à la société tout entière, la répartition (le 1% face aux 99% d’OWS) étant seulement l’expression la plus facilement saisissable de processus bien plus profonds. Au sommet des grands groupes financiers, ceux dits «à dominante industrielle» au même titre que tous les autres, il y a fusion quasi complète entre le «capital-propriété» et le «capital-fonction» identifiés par Marx pour les opposer en partie. «L’ère des managers» a cédé la place à une nouvelle ère où il y a une identité de vues à peu près complète entre les actionnaires et les dirigeants. Pour un capital où la finance est aux postes de commande, la poursuite de la valorisation «<em>sans fin et sans limite</em>» doit être menée d’autant plus impitoyablement que le système est en crise. Les «à-valoir» sur la production, dont l’appropriation sous forme de dividendes ou d’intérêts est menacée, atteignent des montants qui n’ont jamais été aussi élevés depuis les années 1920. C’est pourquoi, qu’il s’agisse des travailleurs que le capital parvient encore à employer étant donné la situation de surproduction, des ressources de base qui se raréfient ou encore du positionnement face au changement climatique et à ses conséquences prévisibles, le réflexe qui l’emporte au sein du capital pris dans son ensemble est l’exploitation des «<em>deux sources d’où jaillit toute richesse, la terre et le travailleur</em>» [6] et cela sans limites, jusqu’à épuisement, quelles qu’en soient les conséquences.  Dans cet article, il n’est pas possible d’étendre l’analyse aux questions écologiques et à leur interaction avec le mouvement de l’accumulation et ses contradictions. La crise a rendu les interactions plus étroites encore, ainsi que le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) le montre [7].</p>
<p><strong>Centralisation et concentration du capital et intensification de la concurrence intercapitaliste<br />
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<p>L’idée associée à l’expression les «maîtres du monde», celle d’une société planétaire à la Métropolis de Fritz Lang, vient d’être confortée par la publication de trois chercheurs du Department of Management, Technology and Economics (D-MTEC) de l’ETHZ de Zurich d’une étude statistique et mathématique («The Network of Global Corporate Control») très poussée sur les interconnexions financières entre les plus grandes banques et entreprises transnationales [8]. Un autre article serait nécessaire pour examiner la méthodologie, les données de base et les conclusions de cette étude. Celle-ci est ambitieuse, les implications de ses résultats sont importantes, mais ces résultats exigent d’être croisés avec d’autres faits. Quel sens donner au classement de cinq groupes financiers français (dont Axa au 4e rang et la Société Générale au 24e) dans les cinquante premiers groupes mondiaux rangés par le nombre de leurs liens, caractérisés comme étant de «contrôle» sur d’autres banques et entreprises? Comment réconcilier cette information avec l’obligation de leur venir en sauvetage? La densité des interconnexions financières ne traduit-elle pas surtout des flux d’opérations financières dont les groupes en question sont les intermédiaires, ceux avec le plus grand nombre de liens n’ayant que le statut de nœuds dans le système, et pas celui de centralisateurs de valeur et de plus-value [9]?</p>
<p>La publicité donnée à cette étude exige de faire deux séries d’observations théoriques, qui sont au demeurant indispensables à la compréhension de la situation mondiale. Les processus de libéralisation et de privatisation ont fortement renforcé les mécanismes de centralisation et de concentration du capital, tant au plan national que de façon transnationale. Ces processus ont concerné le «Sud» autant que le «Nord». Dans des secteurs donnés des pays dits «émergents»  – la banque et les services financiers, l’agro-industrie, les mines et les métaux de base –, on a vu la centralisation et la concentration du capital et son expansion vers les pays voisins. Au Brésil et en Argentine par exemple, la formation d’oligarchies «modernes» puissantes est allée de pair avec de forts processus endogènes d’accumulation financiarisée et la mise en valeur «d’avantages comparatifs» conformes aux besoins en matières premières de cette accumulation mondiale, dont la Chine est devenue le pivot. Des oligopoles rivalisant avec leurs semblables nord-américains ou australiens dans l’extraction et la transformation des métaux et l’agro-industrie s’y sont constitués, en particulier au Brésil. Du fait de la mondialisation, les interconnexions entre les banques et entre celles-ci et les entreprises engagées dans la production industrielle et les services sont devenues plus fortement transnationales qu’elles ne l’ont jamais été. Le champ d’action de ce que Lénine nommait «l’entrelacement» est celui de l’économie mondiale. Le capitalisme n’est pas monolithique pour autant. L’entrelacement n’efface pas la concurrence entre les oligopoles qui ont retrouvé à l’occasion de la crise des traits nationaux et des comportements peu coopératifs. Ce qui prévaut aujourd’hui dans l’arène mondiale est ce que Marx nomme <em>«l’anarchie de la production»,</em> dont l’aiguillon est la concurrence, même si le monopole et l’oligopole sont la forme absolument dominante des «capitaux nombreux» qui déclinent le capital pris comme totalité. Les Etats, ou plus exactement certains Etats, ceux qui en ont encore les moyens, sont de plus en plus les agents actifs de cette concurrence. Le seul qui en garde les moyens en Europe continentale est l’Allemagne. Ce n’est pas le cas de la France où la bourgeoisie s’est faite de nouveau financière et rentière, a laissé un processus de désindustrialisation se faire, s’est enfermée dans le choix énergétique du nucléaire et voit désormais ses «champions nationaux» sombrer les uns après les autres. D’où les interrogations sur le sens de la présence des banques françaises dans les cinquante «maîtres du monde».</p>
<p>L’autre remarque majeure concernant la centralisation-concentration du capital nous ramène à notre fil conducteur. La raison pour laquelle les lois coercitives de la concurrence défont les tendances allant dans le sens de l’entente entre les oligopoles mondiaux est que le capital, aussi centralisé qu’il soit, n’a pas le pouvoir de se libérer pour autant des contradictions qui lui sont consubstantielles, pas plus qu’il ne peut bloquer le moment où il se retrouve face à ses «<em>limites immanentes</em>».</p>
<p><strong>Le capital «rattrapé» par les méthodes choisies depuis quarante ans pour surmonter les barrières immanentes</strong></p>
<p>La crise commencée en août 2007 survient donc au terme d’une très longue phase<strong> (</strong>plus de cinquante ans) d’accumulation presque ininterrompue. Les bourgeoisies ont tiré pleinement parti de la politique mise en œuvre à partir de l’URSS et plus tard de la Chine (en Indonésie notamment entre 1960 et 1965) pour contenir la révolution sociale anticapitaliste et anti-impérialiste partout où elle est apparue et pour briser le mouvement révolutionnaire antibureaucratique depuis Berlin en 1953 et Budapest en 1956 jusqu’à Tiananmen en 1989. Le capital – les gouvernements des principaux pays capitalistes dans des rapports changeants avec les foyers privés de centralisation du capital et de pouvoir de la finance et de la grande industrie – a pu trouver à partir de 1978–1980 des réponses aux barrières résultant de ses contradictions internes. En 1973–75, la période dite des «trente glorieuses» – dont le fondement, on ne le dira jamais assez, a été l’immense destruction de capital productif et de moyens de transport et de communication provoquée par l’effet successif de la crise des années 1930 et de la Seconde Guerre mondiale – a pris fin avec la récession. Le capital s’est trouvé de nouveau confronté à ses contradictions internes, sous la forme de ce que certains ont nommé la «crise structurelle du capitalisme».</p>
<p>Trois réponses successives – qui se sont non pas substituées mais ajoutées les unes aux autres – ont permis au capital de prolonger l’accumulation de plus de trente ans. C’est d’abord, après une dernière tentative de «relance keynésienne» en 1975–77, l’adoption à partir de 1978 des politiques néoconservatrices de libéralisation et de déréglementation dont la mondialisation du capital est issue. La «troisième révolution industrielle» des technologies de l’information et de la communication y est étroitement associée. Même si les TIC ont été un facteur qui a contribué à en assurer le succès, cette réponse a été avant tout politique. Elle a reposé sur ce socle idéologico-théorique très fort construit par Friedrich Hayek et Milton Friedman [10]. Puis, à partir de la première moitié des années 1990, la seconde réponse a été la mise en place de ce «régime de croissance» décrit plus haut, dans lequel l’endettement privé et, dans une moindre mesure, l’endettement public sont devenus le soutien central à l’accumulation. La troisième réponse a été l’incorporation  par étapes de la Chine dans les mécanismes de l’accumulation mondiale, l’entrée de celle-ci à l’OMC en étant le couronnement.</p>
<p>En prenant l’idée que le capital voit «<em>les mêmes barrières</em> se <em>dresser devant lui à une échelle encore plus imposante</em>» comme fil conducteur, c’est en partant de ces trois séries de facteurs que l’ampleur et la durée probable de la grande crise commencée en août 2007 peuvent être appréciées.</p>
<p><strong>La suraccumulation comme substrat fondamental de la crise</strong></p>
<p>La longueur exceptionnelle de la phase d’accumulation – qui a connu des moments de ralentissement et un nombre croissant d’avertissements (dont la crise asiatique de 1988 en particulier), mais qui n’a pas connu de vraie césure – et l’intégration en fin de période de la Chine dans le marché mondial font de la suraccumulation la plus importante barrière que le capital retrouve de nouveau devant lui. Au-delà des traits spécifiques de chaque grande crise, la suraccumulation du capital en est la raison première. La soif insatiable de plus-value du capital et le fait que le capital «<em>veut qu’on produise exclusivement pour lui, alors que les moyens de production devraient servir à une extension continue de la vie sociale</em>» [11] expliquent que les crises sont toujours fondamentalement des crises de suraccumulation de capacités de production, dont le corollaire est la surproduction de marchandises. Cette suraccumulation et cette surproduction sont «relatives» [12], le point de référence étant le taux de profit minimum auquel les capitalistes continuent d’investir et de produire. L’ampleur de la suraccumulation aujourd’hui tient à ce que les conditions spécifiques qui ont conduit à la crise et qui la prolongent,ont pendant longtemps masqué le mouvement sous-jacent de baisse du profit. Il s’agit de bien autre chose que de l’euphorie classique des booms de fin de cycle. Moins encore de faits imputables aux traders. Il y a eu, cas dans le cas des Etats-Unis et des pays de l’UE, une désactivation par l’endettement toujours élevé permis par les «innovations financières» des mécanismes d’avertissement. Dans le cas de la Chine, ce sont des raisons politiques qui interdisent à la baisse du taux de profit, tout à fait identifiable, de venir freiner l’accumulation de capacités productives nouvelles, moins encore de la stopper.</p>
<p>Dans chaque grande crise, la suraccumulation de capacités de production et la surproduction de marchandises sont celles de secteurs et d’industries spécifiques. La crise provoque ensuite par contagion un état de surproduction dans d’autres industries et secteurs. Le niveau d’analyse pertinent est sectoriel et souvent national. A partir du moment où la crise financière a commencé, en 2007 et 2008, à mettre à mal les mécanismes d’endettement et à provoquer la contraction du crédit (le «<em>credit crunch</em>»), certains secteurs (l’immobilier et le bâtiment aux Etats-Unis, en Irlande, en Espagne, au Royaume-Uni) et certaines industries (l’automobile aux Etats-Unis et dans tous les pays constructeurs en Europe) se sont révélés être en très forte surcapacité. Aujourd’hui encore, on y trouve des stocks de logements et de bureaux ni vendus, ni même loués. Dans les industries électriques et mécaniques, les surcapacités des rivaux oligopolistiques les plus faibles (Renault, Peugeot, Fiat, Goodyear) et de leurs fournisseurs, elles, ont été résorbées par la fermeture de sites et la destruction ou la délocalisation des machines. Les surcapacités mondiales restent intactes.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/01/Chines.jpg"><img class="aligncenter" title="Chines" src="http://alencontre.org/wp-content/uploads/2012/01/Chines.jpg" alt="" width="453" height="325" /></a></p>
<p>Fin 2008 et en 2009, il y a eu une destruction de «capital physique», de capacités de production en Europe et aux Etats-Unis. Ses effets d’assainissement en vue d’une «reprise» ont été contrecarrés par la poursuite de l’accumulation en Chine. De 2000 à 2010, la croissance de l’investissement fixe brut chinois a été en moyenne de 13,3% par an, faisant en sorte que la part de l’investissement fixe dans le PIB a grimpé de 34% à 46% (voir graphique «Evolution de la part des composantes du PIB chinois», source: Lettre n° 75, juin 2010, de la Direction générale du Trésor, Ministère de l’économie, France). Cette expansion de l’investissement est moins le fait de la hausse des dépenses gouvernementales dont les autres membres du G20 se sont félicités en 2009, que le résultat de mécanismes profonds qui révèlent des processus incontrôlés, voire d’une véritable fuite en avant. Les premiers concernent la concurrence acharnée que les provinces et les grandes municipalités se font pour investir dans les industries manufacturières et dans la construction [13]. Il en va du prestige, mais aussi des revenus occultes des pans de la «bureaucratie-bourgeoisie» chinoise. Les ministères à Pékin reconnaissent l’existence de surcapacités très importantes dans les industries lourdes [14]. Pourquoi alors ne pas intervenir? Parce que les rapports politiques et sociaux propres à la Chine ont enfermé le PCC dans l’étau de la situation suivante. Comme condition d’une paix sociale minimale (voir les grèves qui se multiplient), la direction du PCC a promis au peuple «la croissance». Il a même calculé un taux de croissance de 7–8% comme étant le minimum compatible avec la stabilité politique. Mais la croissance ne peut pas reposer sur la consommation de la majorité de la population. Le PCC ne peut ni concéder aux travailleurs les conditions politiques leur permettant de se battre pour des hausses de salaires, ni instaurer des services publics (la santé, l’éducation universitaire, l’assurance vieillesse), puisque, dans la trajectoire politique chinoise dont Tienanmen a été le jalon majeur, cela serait interprété comme un signe d’affaiblissement de son emprise politique. Les 7 à 8% de taux de croissance ont donc été obtenus par une expansion démentielle du seul secteur des biens d’investissement (le secteur I dans les schémas de la reproduction élargie). La chute entre 2000 et 2010 de la part de la consommation privée dans le PIB, de 46% à 34%, donne une dimension de l’impasse que le PCC s’est créée. L’excédent commercial de la Chine est «seulement» de 5 à 7% du PIB, mais ses ventes représentent presque 10% des exportations mondiales. Les exportations sont la soupape de la suraccumulation chinoise, le canal par lequel celle-ci crée un effet dépressif sur tous les pays qui subissent la concurrence des produits chinois. Cet effet dépressif provoque un effet en retour de sorte que la Chine connaît depuis l’été une baisse de ses exportations. La destruction de capacités de production dans l’industrie manufacturière de nombreux pays dont on parle peu (textile au Maroc, en Egypte et en Tunisie par exemple), mais aussi dans d’autres dont on parle davantage et où elle a été la contrepartie de l’exportation de produits résultant des filières technologiques des métaux ferreux et non-ferreux et de l’agro-industrie (cas du Brésil), exprime le poids que la surproduction chinoise fait peser le marché mondial comme un tout.</p>
<p><strong>Poids écrasant du capital fictif et pouvoir presque inentamé des banques</strong></p>
<p>On en vient à la finance et au capital fictif, dont il a été souvent question dans mes articles depuis 2007, ainsi que dans mon ouvrage <em>Les dettes illégitimes </em>(voir sur ce site <a title="Lien fixe à Les dettes illégitimes quand les banques font main basse sur les politiques publiques" href="http://alencontre.org/europe/les-dettes-illegitimes-quand-les-banques-font-main-basse-sur-les-politiques-publiques.html" rel="bookmark" target="_blank">«Les dettes illégitimes quand les banques font main basse sur les politiques publiques»</a>).<em> </em>En effet, le second trait spécifique de la crise actuelle est d’avoir éclaté au terme d’au moins vingt ans de recours à l’endettement comme forme majeure de soutien de la demande dans les pays de l’OCDE. Ce processus a comporté une création extraordinairement élevée de titres ayant le caractère d’«à-valoir» sur la production actuelle et à venir. Ces «à-valoir» ont eu un fondement de plus en plus étroit. A côté des dividendes sur les actions et des intérêts sur des prêts aux Etats, on a vu la croissance du crédit à la consommation et du crédit hypothécaire qui sont des ponctions directes sur les salaires. Le poids du capital s’exerce sur les salariés à la fois sur leur lieu de travail et comme débiteur auprès des banques. Ce sont donc des «à-valoir» de plus en fragiles qui ont servi de base pour une accumulation (ce mot est utilisé faute de mieux) d’actifs «fictifs au énième degré». La crise des crédits hypothécaires <em>subprime</em> en a momentanément détruit une petite partie. Mais même les banques centrales n’en connaissent pas vraiment le montant astronomique, ni les circuits et les détenteurs exacts en raison du système financier de l’ombre <em>(shadow banking system).</em> On ne dispose que d’estimations assez vagues. Ce qu’on a nommé la financiarisation a été la plongée quasi structurelle dans une situation décrite par Marx dans un passage peu commenté du premier chapitre du livre II du <em>Capital</em>. Il y note qu’aussi bizarre qui cela puisse paraître en plein triomphe du capital industriel, «<em>le procès de production capitaliste apparaît seulement comme un mal nécessaire pour faire de l’argent</em>», de sorte que «<em>toutes les nations adonnées au mode de production capitaliste sont prises périodiquement du vertige de vouloir faire de l’argent sans l’intermédiaire du procès de production</em>». A partir des années 1980, dans les pays capitalistes centraux, Etats-Unis en tête, le «vertige» a commencé à prendre un caractère structurel. La finance a donné à ce vertige, fruit du fétichisme de l’argent, des assises politico-institutionnelles très fortes. Il est parvenu à faire reposer le «pouvoir de la finance» et les croyances fétiches qu’il charrie sur un degré de mondialisation, notamment financière, inédite dans l’histoire du capitalisme.</p>
<p>La clef de voûte de ce pouvoir est la dette publique des pays de l’OCDE. En un premier temps, dès les années1980, le service de la dette a opéré à partir des impôts un immense transfert de valeur et de plus-value vers les fonds de placement et les banques, par le canal de la dette du tiers-monde bien sûr, mais à une échelle bien plus élevée par le canal de la dette des pays capitalistes avancés. Ce transfert est l’une des causes de la modification profonde dans la répartition du revenu entre le capital et le travail. Plus le capital a renforcé son pouvoir social et politique, plus les entreprises, les détenteurs de titres et les patrimoines les plus élevés ont été en mesure d’agir politiquement pour se libérer du poids de l’impôt. L’obligation pour les gouvernements de recourir à l’emprunt s’est sans cesse accrue. A partir du premier gouvernement Clinton, on commence à ne plus avoir affaire aux Etats-Unis à des politiques monétaires d’accommodement de la finance, mais à un début de «capture de l’Etat» par les grandes banques [15]. La nomination de Robert Rubin, président de Goldman Sachs, a représenté un moment de cette capture. La crise de septembre 2008, avec Henry Paulson aux manettes de commande, a parachevé le processus. Elle a ouvert la phase actuelle qui est marquée par la contradiction centrale suivante, propre au soutien de la croissance sur une période aussi longue. On en prendra conscience de façon toujours plus aiguë dans les mois qui viennent! Les «marchés», c’est-à-dire les banques et les investisseurs financiers, dictent la conduite des gouvernements occidentaux, l’axe étant, comme on le voit si clairement en Grèce, la défense des intérêts économiques et politiques des créanciers quelles qu’en soient les conséquences en termes de souffrance sociale. Mais en raison du montant et des conditions d’accumulation des actifs fictifs, une crise financière majeure peut se déchaîner à tout moment sans que ni le moment ni le point de rupture du système financier puissent être prévus.</p>
<p>Les raisons dépassent celles propres aux opérations des banques sur lesquelles l’accent est mis le plus souvent: nature des actifs fictifs; épuration très incomplète des actifs toxiques de 2007, notamment pas les banques européennes; dimension de ce qui est nommé «l’effet de levier» [16], etc. Le capital souffre d’un manque aigu de plus-value que la surexploitation des travailleurs employés, grâce à l’armée industrielle de réserve, ainsi que le pillage des ressources de la planète compensent de moins en moins. Si la masse du capital engagé dans l’extraction de plus-value stagne ou se contracte, il arrive un moment où aucun accroissement du taux d’exploitation ne peut en contrecarrer les effets. Que se passe-t-il lorsque le pouvoir des banques est presque inentamé et qu’il existe plus que jamais une masse, très importante et très vulnérable, d’«à-valoir» sur la production ainsi que de produits dérivés et autres actifs «fictifs au énième degré»? Sur fond de suraccumulation et de surproduction chroniques, les conséquences en sont, entre autres, les suivantes.</p>
<p>La première est de donner lieu à des politiques économiques et monétaires qui poursuivent deux objectifs aux effets contradictoires. Il faut, par la voie des privatisations, ouvrir au capital des secteurs protégés socialement, afin de lui offrir des opportunités de profit en attendant, ou pour mieux dire en espérant, que les conditions d’ensemble de «sortie de crise» se recréent. Les projets de privatisation et «d’ouverture à la concurrence» programmés sont donc mis en œuvre et de nouveaux sont conçus. Mais il faut aussi essayer d’éviter que se produise un effondrement économique qui verrait nécessairement la destruction d’une partie du capital fictif, à commencer par celui ayant la forme de créances, de titres de dette. Or le caractère pro-cyclique (d’accentuation de la récession) du premier objectif a pour effet d’en renforcer la possibilité.</p>
<p>Il y a, parallèlement, la contradiction, un peu semblable mais quand même différente, qui voit les «marchés» imposer des politiques d’austérité par peur du défaut de paiement et rendre celui-ci de plus en plus inévitable du seul fait <em>mécanique</em> de la contraction accentuée de l’activité économique.</p>
<p>L’autre conséquence majeure du pouvoir de la finance et de la capacité qu’elle a eue de limiter très fortement la destruction du capital fictif dans les pays de l’OCDE est l’existence de cette masse énorme d’argent – masse fictive aux effets réels – qui passe continuellement d’une forme de placement à une autre, créant une instabilité financière très forte, générant des bulles qui peuvent être autant de déclencheurs de crise généralisée et aiguisant souvent, dans le cas de la spéculation sur les produits alimentaires notamment, les conflits sociaux.</p>
<p><strong>L’extrême faiblesse des outils de politique économique</strong></p>
<p>Le dernier grand trait de la crise est qu’elle a éclaté et s’est développée alors que les politiques de libéralisation et de déréglementation étaient venues détruire les conditions géopolitiques et macrosociales dans lesquelles des instruments anticycliques d’une certaine efficacité avaient été précédemment mis au point. Pour le capital les politiques de libéralisation ont leur «bon côté», mais elles en ont aussi un «mauvais». La libéralisation a mis les travailleurs en concurrence de pays à pays et de continent à continent comme jamais auparavant. Elle a ouvert la voie à la déréglementation et aux privatisations. Les positions du Travail face au Capital ont été très fortement affaiblies, éliminant jusqu’à présent la «peur des masses» comme aiguillon de la conduite du capital. L’envers de la médaille est constitué par cette carence d’instruments anticycliques, aucun substitut n’ayant été trouvé à ceux du keynésianisme, ainsi que par la rivalité intense entre les protagonistes majeurs de l’économie capitaliste mondialisée, dans une phase où la puissance hégémonique en place a perdu tous les moyens de son hégémonie, à l’exception des moyens militaires dont elle ne peut utiliser qu’une petite partie et dans ce cas-là pour l’instant sans grand succès.</p>
<p>Le seul instrument disponible est l’émission de monnaie, la planche à billets à l’intention des gouvernements (cas des Etats-Unis où la Fed achète une partie des bons du Trésor), mais surtout au bénéfice des banques. Ce terrain est aussi le seul où une forme de coopération internationale fonctionne. L’annonce le 30 novembre 2011 de la création de liquidités en dollars, d’un commun accord entre banques centrales à l’initiative de la Fed, pour contrecarrer l’assèchement du refinancement des banques européennes par leurs homologues étatsuniens, en est le dernier exemple en date.</p>
<p><strong>Résister et s’engager dans des eaux où on n’a encore jamais navigué</strong></p>
<p>J’ai expliqué comme d’autres [17] la nécessité, incontournable, absolue de se disposer dans la perspective d’un krach financier majeur pour saisir les banques. Cet article exige une conclusion plus large. Aucune «sortie de crise» ne se dessine pour le capital au plan mondial, dans un horizon de temps prévisible. Pour les grands centres singuliers de valorisation du capital que sont les groupes industriels européens, l’heure est à la migration vers des cieux plus cléments, vers les économies qui combinent un taux d’exploitation élevé et un marché domestique important. Les conditions de la reproduction sociale des classes populaires sont menacées. La montée de la pauvreté et la paupérisation rampante qui touche des couches toujours plus importantes des salarié·e·s en sont l’expression. Le Royaume-Uni en a été l’un des laboratoires avant même que la crise n’éclate [18]. Plus celle-ci dure, plus s’éloignera tout autre avenir pour les salarié·e·s que la précarité et la baisse du niveau de vie.</p>
<p>Les maîtres mots qui sont martelés sont «adaptation», «sacrifice nécessaire». De temps en temps, des syndicats peuvent pour maintenir la plus petite légitimité appeler à des journées d’action. La grève d’un jour (30 novembre) des agents de l’Etat au Royaume-Uni en est l’exemple le plus récent. Mais comme je l’ai écrit plus haut, l’avenir des travailleurs et des jeunes dépend très largement, sinon entièrement, de leur capacité à s’ouvrir des espaces et des «temps de respiration» politiques propres, à partir de dynamiques dont désormais eux seuls peuvent être le moteur. Un autre monde est très certainement possible, mais il ne peut plus se dessiner que pour autant que l’action ouvre la voie à la pensée, laquelle, plus que jamais, ne peut être que collective. C’est un renversement complet avec les périodes où il existait, au moins en apparence, des plans préétablis de la société future, que ce soit ceux de certains socialistes utopiques ou du Komintern de Dimitrov [1882–1949, secrétaire général du Kommintern de 1934 à sa dissolution en 1943].</p>
<p>Les navigateurs anglais ont forgé au XVIe siècle la belle expression «<em>uncharted waters</em>», des eaux où on n’a encore jamais navigué, pour lesquelles il n’y a aucune carte. C’est notre cas aujourd’hui. <em>(Début décembre 2011)</em></p>
<p>____</p>
<p>[1] CNUCED, <em>L’économie mondiale face aux enjeux politique d’après-crise,</em> Genève, septembre 2011.<br />
[2] Marx, <em>Manuscrit de 1857–58, </em>Editions Sociales, Paris, 1980, vol. 1.<br />
[3] Paul Mattick, <em>Crises et théories des crises,</em> Editions Champ libre, Paris, 1976, pp. 113–114.<br />
[4] Marx, <em>Manuscrit de 1857–58, </em>Editions Sociales, Paris, 1980, vol. 1, p. 273.<br />
[5] Marx, <em>Le Capital,</em> Livre I, tome 1, Editions Sociales, pp. 113–114, 156–157.<br />
[6] Marx, <em>Le Capital,</em> Livre I, tome 2, Editions Sociales, pp. 181–182.<br />
[7] Voir le très bon article d’Antoine Reverchon, «Quelle est la vraie valeur des réserves d’éngergie fossile?»,<em>Le Monde Economie,</em> 15 novembre 2011 (valeur boursière ou valeur pour la société humaine).<br />
[8] Stefania Vitali, James B. Glattfelder and Stefano Battiston, <a href="http://www.scribd.com/doc/68663351/Stefania-Vitali-James-B-Glattfelder-Stefano-Battiston-The-Network-of-Global-Corporate-Control" target="_blank"><em>The Network of Global Corporate Control</em></a>.<br />
[9] Autant de questions qu’il faudait creuser pour voir si l’étude de l’ETHZ est justiciable d’une problématique relevant du capital financier de Hilferding et Lénine.<br />
[10] Voir Pierre Dardot et Christian Laval, <em>La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale,</em>Editions La Découverte, 2009.<br />
[11] Marx, <em>Le Capital,</em> Livre III, tome 6, Editions Sociales, p. 263.<br />
[12] Marx soulève l’hypothèse de situations où il y aurait une «suraccumulation absolue» de capital. <em>Ibid.,</em> pp. 234–265.<br />
[13] Voir l’article de Mylène Gaulard, «Les limites de la croissance chinoise», in <em>Revue Tiers Monde</em>, n° 200, décembre 2009, pp. 875–893.<br />
[14] Le site de l’édition en anglais du quotidien du PCC abonde d’exemples (<a href="http://english.peopledaily.com.cn/" target="_blank">http://english.peopledaily.com.cn/</a>). Il suffit de taper les termes China overcapacity pour les trouver. On peut consulter aussi l’étude faite pour la Chambre de commerce européenne: <a href="http://www.rolandberger.com/media/publications/2009-12-01-rbsc-pub-Overcapacity_in_China.html" target="_blank"><em>Overcapacity in China. Causes, Impacs and Recommendations,</em></a> 2009.<br />
[15] S. Johnson and J. Kwak, <em>13 Bankers – The Wall Street Takeover and the Next Financial Meltdown,</em>Pantheon Books, New York, 2010.<br />
[16] Voir mon livre<em> Les dettes illégitimes,</em> Raisons d’agir, 2011 et Louis Gil, <em>La crise financière et monétaire mondiale,</em> M Editeur, Québec, 2011.<br />
[17] A commencer par Frédéric Lordon. Voir son blog <em>La pompe à phynance</em> sur les blogs du <em>Diplo</em> et son ouvrage<em> La crise de trop. Reconstruction d’un monde failli,</em> Fayard, 2009, ainsi que son intervention que l’on trouve aussi sur ce site TV A l’Encontre, sur la <a href="http://alencontre.org/" target="_blank">homepage</a>.<br />
[18] Voir l’ouvrage de Owen Jones, <em>Chavs. The Demonization of the Working Class,</em> Verso Ed, avril 2011.</p>
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		<title>Après la défaite de Sarkozy : vers un juin 1936 européen</title>
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		<pubDate>Mon, 07 May 2012 17:43:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Capitalisme / Néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
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		<description><![CDATA[ATTAC se réjouit de la défaite de Nicolas Sarkozy, qui pourrait représenter la première défaite politique en Europe pour les tenants de l’hyperaustérité. Elle sanctionne l’arrogance d’un président au service d’une oligarchie insatiable. Elle exprime la résistance populaire aux politiques d’austérité, qui s’est manifestée en France par le grand mouvement de 2010 contre la réforme [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>ATTAC se réjouit de la défaite de Nicolas Sarkozy, qui pourrait représenter la première défaite politique en Europe pour les tenants de l’hyperaustérité. Elle sanctionne l’arrogance d’un président au service d’une oligarchie insatiable. Elle exprime la résistance populaire aux politiques d’austérité, qui s’est manifestée en France par le grand mouvement de 2010 contre la réforme des retraites. Elle suscite l’espoir des peuples d’Europe du Sud, confrontés aux terribles ravages des politiques de la « Troïka », Commission européenne, BCE et FMI. Surtout qu’au même moment se dessine une percée historique de la gauche de résistance aux élections législatives en Grèce, avec une chute des deux partis de gouvernement qui ont mené aux plans d’austérité et à la débâcle du pays.<span id="more-9554"></span></p>
<p>Mais si le soulagement est grand, l’espoir est fragile. La pression des marchés financiers va monter dans les semaines qui viennent pour contraindre François Hollande à ratifier le Pacte budgétaire imposé par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, avec en guise de « renégociation » quelques vagues déclarations et mesurettes européennes sur la croissance. Ce nouveau traité qui interdit les déficits publics et impose une austérité sans limite, doublée d’un productivisme aveugle qui met à mal la nature, le travail et le travailleur, va pourtant enfoncer l’Europe dans la dépression.</p>
<p>La social-démocratie française et européenne n’a pas encore pris la mesure des ruptures nécessaires pour inverser la tendance. Pourtant les forces progressistes n’ont aucun droit à l’erreur. En cas d’échec en France, la droite et l’extrême droite, dont les convergences xénophobes et autoritaires s’affirment aujourd’hui sans ambigüité, ramasseront la mise de la déception et du désespoir.</p>
<p>Il y a un moyen, et un seul, pour les citoyens d’empêcher cela : la mobilisation sociale, l’intervention directe dans les affaires de la cité. A l’image de juin 1936, mais dans une dynamique d’emblée européenne, nous pouvons imposer nos exigences pour répondre aux urgences sociales, écologiques et démocratiques mises à mal par les politiques actuelles. Renforçons nos syndicats, nos associations, nos partis progressistes ; occupons les places, les espaces publics ; imposons un débat démocratique sur les politiques économiques et sociales, en particulier au plan européen, avec un référendum sur le Pacte budgétaire. Les 18 et 19 mai nous serons des dizaines de milliers à Francfort, à l’appel des mouvements sociaux allemands, pour dire à la Banque centrale européenne : stop à l’austérité, oui à la solidarité !</p>
<p><em>Attac France (Association pour la Taxation des Transactions financière et l’Aide aux Citoyens)</em></p>
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		<title>Forum mondial des médias libres : du droit à la communication</title>
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		<pubDate>Mon, 07 May 2012 17:37:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>
		<category><![CDATA[Médias / Propagande]]></category>

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		<description><![CDATA[Des médias se réuniront à Rio pour promouvoir la communication libre. Il s’agit du 2e Forum mondial des médias libres, prévu parallèlement au Sommet des peuples Rio+20. Le Forum Mondial des Médias Libres. Ce sera l’occasion de lancer des débats sur le droit à la communication dans différents contextes. Plusieurs centaines de représentants des médias [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Des médias se réuniront à Rio pour promouvoir la communication libre. Il s’agit du 2e Forum mondial des médias libres, prévu parallèlement au Sommet des peuples Rio+20. Le Forum Mondial des Médias Libres. Ce sera l’occasion de lancer des débats sur le droit à la communication dans différents contextes.</strong></p>
<p>Plusieurs centaines de représentants des médias libres se préparent actuellement pour se rendre à Rio de Janeiro en juin 2012, dans le but de participer au Sommet des Peuples Rio+20 organisé parallèlement à la Conférence de l’ONU sur le développement durable. Ces médias contribueront à diffuser la voix des peuples réunis autour de ce Sommet pour avancer sur les questions de justice sociale et environnementale et offrir d’autres perspectives à celles proposées par l’expansion capitaliste et la mercantilisation des ressources naturelles et de la vie.<span id="more-9552"></span></p>
<p>En plus de couvrir les activités et les débats de Rio+20, les médias libres auront également des activités spécifiques durant le Sommet, au cours duquel ils animeront le IIe Forum Mondial des Médias Libres – FMML.</p>
<h3><strong>QUE SONT LES MEDIAS LIBRES ?</strong></h3>
<p>Les médias libres sont des médias orientés vers le développement des communautés associatives, vers les luttes sociales, la culture et la diversité. Ils sont engagés dans la lutte pour le libre accès à la connaissance et pour des alternatives aux modèles de communication impulsés par les monopoles et les pouvoirs économiques. Leur vocation est de mettre en avant l’usage de licences favorables à l’échange collectif selon des mécanismes et des visions différents de celles des projets à objectif économique. Ils partagent et défendent une vision du bien commun et de la liberté d’expression pour tous et pas seulement pour les entreprises spécialisées dans ce secteur. En concevant la communication comme un droit humain fondamental, ils envisagent pour cela d’en modifier les modes d’organisation, les approches et les pratiques, de l’échelle locale à l’échelle internationale.</p>
<h3>QUI SONT LES MEDIAS LIBRES ?</h3>
<p>Ce sont des sites activistes et des sites de publications à caractère populaire, des radios et des télévisions communautaires, des relais culturels et de nombreux collectifs et réseaux sociaux. Ce sont aussi des agences, des revues et des stations d’émission alternatives à but non-lucratif, spécialisées ou orientées vers les axes de travail mis en avant par les mouvements sociaux, syndicaux, académiques ou culturels. Les médias libres ce sont aussi les personnes – les journalistes, les communicantes/ants et éducommunicatrices/eurs, les blogueuses/eurs, les réalisatrices/eurs de vidéos, animatrices/eurs d’ateliers et développeurs/euses de technologies libres qui constituent aujourd’hui un mouvement croissant pour promouvoir le droit à la communication.</p>
<h3>LE IIe FORUM MONDIAL DES MEDIAS LIBRES</h3>
<p>Après trois forums au Brésil (Rio de Janeiro 2008, Vitória 2009 et Porto Alegre 2012), deux rencontres préparatoires en Afrique du Nord (Marrakech 2011 et Tunis 2012), une édition mondiale (Belém 2009) et une Assemblée de Convergence au Forum Social Mondial (Dakar 2011), les médias libres construisent petit à petit leur agenda, régional et global et se donnent à nouveau l’opportunité d’avancer avec cette seconde édition mondiale à Rio de Janeiro en juin 2012.</p>
<p>Le IIe Forum Mondial des Médias Libres s’organisera selon un format ouvert avec des tables rondes, des conférences (débats libres), des ateliers et des assemblées plénières. Les activités seront inscrites et organisées par les collectifs de médias eux-mêmes et par les organisations intéressées, qui déboucheront ainsi sur un programme collectif. Celui-ci sera guidé par des axes thématiques organisé autour de la relation entre les médias libres et le droit à la communication, les politiques publiques, le processus d’appropriation technologique et les mouvements sociaux.<br />
La programmation globale est actuellement en cours d’élaboration.</p>
<h3>LE DROIT A LA COMMUNICATION</h3>
<p>Le droit à la communication doit être garanti et respecté comme un droit humain. Mais il est systématiquement menacé voire nié dans de nombreux points de la planète, avec des cas de répression d’une extrême violence. L’un des angles d’entrée de ce droit est celui de la liberté d’expression, aujourd’hui majoritairement capturée d’un côté par les groupes économiques contrôlant de grandes chaînes de divertissement et de communication qui ne veulent pas que la société participe à la gestion du système économique, et d’autre part par les gouvernements craignant que la communication libre soit une menace à la sécurité ou au maintien du pouvoir. Le droit à la communication vise à être conquis dans son intégralité. Il va au-delà du simple accès à l’information manipulée par le marché ou par les grands pouvoirs en souhaitant inclure l’accès aux moyens de communication et leur usage, la démocratisation de l’infrastructure et de la production de contenus, l’expression de la diversité artistique et culturelle et le plein accès au savoir.</p>
<p>Le Forum Mondial des Médias Libres lancera des débats sur le droit à la communication dans différents contextes, comme celui de l’Afrique ou du Mexique, par exemple, où la violence contre les journalistes et les communicants est un sujet prioritaire des mouvements pour la communication.</p>
<h3>POLITIQUES PUBLIQUES</h3>
<p>La nouvelle loi des Moyens de Communication en Argentine a eu de fortes répercussions sur certains processus régionaux et préparatoires du FMML, comme à Porto Alegre et à Marrakech, au travers des témoignages d’activistes et de chercheurs en communication venant d’Argentine. Elle sera à nouveau à l’ordre du jour du IIe FMML, afin de mettre en lumière son modèle démocratique de législation et d’équilibre des pouvoirs, ou bien la forte réaction d’opposition qu’elle a provoquée dans les grandes corporations du secteur de la communication. Elle constituera l’un des exemples de régulation et de transformation des politiques publiques mis en relief parmi d’autres durant le IIe FMML.</p>
<p>En s’organisant au Brésil, le IIe FMML créera l’opportunité de peser dans les initiatives des médias pour promouvoir une communication libre et ouverte dans le pays. Ces initiatives sollicitent le gouvernement brésilien afin qu’il étudie les propositions de la société civile pour un nouveau cadre de régulation de la communication et de démocratisation du secteur, que les radios communautaires puissent êtres écoutées dans leurs revendications, en procédant à l’amnistie des animateurs de radios condamnés et emprisonnés et que le Congrès national approuve le projet de Cadre Civil d’Internet (cadre légal qui établit des droits et devoirs dans l’utilisation de l’Internet au Brésil), lequel peut constituer un modèle pour assurer la neutralité du réseau. Les médias libres doivent aussi jouer un rôle dans la relance des politiques culturelles qui alimentaient les relais de culture, les technologies libres et la philosophie des « commons ». Ces initiatives qui constituaient des fers de lance sont malheureusement en net recul aujourd’hui.</p>
<p>Des propositions ayant trait à des projets de lois, à de nouvelles régulations et engagements de l’Etat dans la promotion du droit à la communication font déjà partie des débats des médias libres dans plusieurs pays et devraient nourrir le programme du IIe FMML.</p>
<h3>APPROPRIATION TECHNOLOGIQUE</h3>
<p>Si la recherche de formes collaboratives et participatives de communication était auparavant l’apanage des médias alternatifs, ce sont aujourd’hui les grandes entreprises qui occupent ce secteur et attirent des millions de personnes dans leurs propres réseaux sociaux. Le cycle d’expansion de ces réseaux a néanmoins connu une dérive avec la collecte, le stockage et la transformation de données personnelles à des fins de marketing et d’observations, venant s’ajouter à la standardisation de l’utilisation des réseaux et la suppression de pages ou d’outils au gré des intérêts commerciaux. Ce contrôle va de pair avec la tendance de l’industrie des droits d’auteur et des entreprises de télécommunication à approuver des lois permettant de combiner la surveillance des utilisateurs à leur punition arbitraire en faveur des entreprises dont les activités se basent sur l’exploitation et l’utilisation du réseau.</p>
<p>Les libertés et la diversité d’Internet dépendent clairement de la liberté d’accès, de la protection des données personnelles, de l’ouverture des codes sources, de l’appropriation des connaissances, de la création de connexions alternatives et de l’autogestion des réseaux indépendants. Ces questions seront les sujets centraux du 2e FMML. Le Forum mobilisera les développeurs, les activistes du logiciel libre, les défenseurs de la neutralité du réseau, les édu-communicants, les formateurs et les mouvements souhaitant démocratiser l’accès à la technologie, universaliser le haut-débit et assurer une appropriation des outils de communication, que ce soit par la diffusion de données sur le réseau, la radiodiffusion indépendante ou des outils de montage vidéo.</p>
<p>Des développeurs, des collectifs et des communautés adeptes des réseaux ouverts et gérés indépendamment des intérêts du marché se rencontreront dans ce forum pour débattre de l’élaboration d’un protocole ouvert pour les réseaux libres qui permettra de faciliter leur interconnexion sans pour autant détruire ou réduire leur diversité fondatrice.</p>
<h3>MOUVEMENTS SOCIAUX</h3>
<p>Les médias libres et la communication en réseau ont joué un rôle fondamental pour permettre l’articulation des nouveaux mouvements sociaux et donner une visibilité nécessaire aux mobilisations qui ont lieu dans le cadre du Printemps arabe et de l’opposition aux régimes d’Afrique du Nord, de la dictature des finances en Europe, du système capitaliste lui-même au sein des États, ou encore des mouvements d’occupations organisées au Brésil et dans d’autres pays d’Amérique latine. Outre les activismes dits globaux, les mouvements sociaux partent du principe que la communication joue un rôle stratégique pour renforcer leurs luttes, en imposant une déconstruction quotidienne des informations fournies par les grands médias et l’utilisation de médias alternatifs pour s’adresser à la société et se défendre de la criminalisation symbolique des mobilisations. Il est de plus en plus clair que le droit d’exprimer les voix contestataires des peuples et des citoyens est inséparable de l’engagement des mouvements sociaux dans la défense d’une autre communication.</p>
<p>Ce débat sur communication libre et mouvements sociaux est perçu dialogiquement au sein du 2e FMML en observant que les médias libres sont à la fois un objet de lutte pour les mouvement sociaux et une forme de communication dont ils s’approprient eux-mêmes et qui permet en retour de les renforcer.</p>
<h3>LE IIe FMML, LE FORUM SOCIAL MONDIAL ET LE SOMMET DES PEUPLES</h3>
<p>Le Forum des Médias Libres, dans ses initiatives régionales et internationales, s’insère dans le processus du Forum Social Mondial. Il adopte sa charte de principes et souhaite contribuer par ses appuis et ses actions à la construction de ses politiques de communication.</p>
<p>Dans le cadre du Sommet des Peuples, les médias libres utiliseront le concept de communication participative élaborée tout au long de l’histoire du Forum Social Mondial et fondé sur l’idée selon laquelle les ressources, les espaces et les activités peuvent être partagés pour des actions médiatiques d’intérêt commun. Les médias libres s’engageront à contribuer, à travers des propositions, des contenus et des débats, à renforcer l’agenda des luttes sur le thème des biens communs, dans lequel la communication et la culture s’insèrent comme d’importants biens de l’humanité, indissociables de la justice écologique et sociale. Ils s’engageront également à promouvoir le droit et la défense de la communication dans les documents, les débats et les propositions exprimées par les mouvements sociaux et les Peuples à Rio de Janeiro.</p>
<h3>Agenda</h3>
<ul>
<li>2e Forum Mondial des Médias Libres</li>
<li>Quand : les 16 et 17 juin 2012</li>
<li>Où : Rio de Janeiro, Brésil, dans le cadre du Sommet des Peuples Rio+20</li>
<li>Lieux des activités des 16 et 17 juin :</li>
<li>Université Fédérale de Rio de Janeiro (programmation centrale avec débats, ateliers et séances plénières)</li>
<li>Dates du Sommet des Peuples : 15–23 juin 2012</li>
<li>Où : Aterro do Flamengo (couvertures participatives, forums de radio et TV, ateliers) ; Aterro do Flamengo – (assemblée de convergence sur la marchandisation de la vie et des biens communs)</li>
</ul>
<h3>Sites:</h3>
<ul>
<li><a href="www.forumdemidialivre.org">www.forumdemidialivre.org</a></li>
<li><a href="www.freemediaforum.org">www.freemediaforum.org</a></li>
</ul>
<p>* Source : Commission Communication du Forum social mondial</p>
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