Coopération Sud-Sud pour un nouveau modèle de développement*

Par Mis en ligne le 08 janvier 2014

Dans son docu­ment de conclu­sion, le sémi­naire du Forum Mondial des Alternatives (FMA) pré­pa­ra­toire au col­lo­que d’Alger (sep­tem­bre 2013) et qui eut lieu à Quito en mars 2012, partit de la consta­ta­tion qu’après la confé­rence de Bandoung, qui avait réuni les peu­ples récem­ment déco­lo­ni­sés d’Asie et d’Afrique, l’hégémonie du Nord, centre de l’accumulation capi­ta­liste, s’était accen­tuée.

Il notait aussi que le sys­tème éco­no­mi­que domi­nant était entré dans une crise struc­tu­relle pro­fonde, mais que le modèle de déve­lop­pe­ment du Sud était resté sem­bla­ble à celui du Nord, même si cer­tains dis­cours revê­taient des accents dif­fé­rents. D’où une inter­ro­ga­tion fon­da­men­tale : com­ment orien­ter une col­la­bo­ra­tion Sud-Sud qui per­mette une réelle rup­ture avec un Nord guidé prin­ci­pa­le­ment par la logi­que du marché et fai­sant de la valeur d’échange l’unique fon­de­ment des rap­ports Nord-Sud.

Pour répon­dre à cette ques­tion, nous par­cour­rons d’abord l’évolution récente des pays émer­gents (les BRICS) et leur manière de réa­li­ser leur déve­lop­pe­ment, épin­glant aussi quel­ques exem­ples d’autres pays du Sud. Ensuite vien­dra la partie consa­crée aux alter­na­ti­ves au capi­ta­lisme et à leur inci­dence sur la col­la­bo­ra­tion Sud/​Sud.

I. Les BRICS et les pays du Sud : efforts de décon­nexion, mais repro­duc­tion du modèle domi­nant

1. Dimension des BICS et leur inté­gra­tion dans le « sys­tème-monde »

Les cinq pays com­po­sant les pays dits « émer­gents », c’est-à-dire, la Chine, l’Inde, la Russie, le Brésil et l’Afrique du Sud, for­ment un bloc impor­tant à l’échelle mon­diale. Leur poids démo­gra­phi­que atteint 3 mil­liards de per­son­nes, soit 42 % de la popu­la­tion mon­diale et leur PIB repré­sen­tait en 2010, quel­ques 14 milles mil­liards d’USD, ou 18,5 % du PIB mon­dial. Leur réserve de devi­ses est esti­mée à 5 milles mil­liards d’USD, dont 3.200 mil­liards pour la seule Chine[1].

Cette caté­go­rie d’émergents est cepen­dant très arbi­traire, même si elle se tra­duit par des contacts offi­ciels entre les diri­geants des pays cités afin de déter­mi­ner cer­tai­nes poli­ti­ques com­mu­nes. Pourquoi ne pas y inclure le Mexique, l’Argentine, le Nigéria, l’Indonésie, la Corée du Sud. On obtien­drait des chif­fres encore plus impres­sion­nants sur le poids de ces nations à l’échelle mon­diale. Et, véri­ta­ble­ment, on peut parler d’un nou­veau moteur poten­tiel de l’économie, au départ du Sud.

Cependant, malgré leur poids, tous ces pays , et en par­ti­cu­lier les BRICS, sont fer­me­ment arri­més à l’économie capi­ta­liste domi­nante[2]. Il suffit de citer quel­ques faits. Leurs réser­ves moné­tai­res sont encore en majo­rité consti­tuées par le dollar, au point de déte­nir une part impor­tante de la dette exté­rieure des Etats-Unis et donc indi­rec­te­ment de contri­buer à main­te­nir le sys­tème. La « ré-pri­ma­ri­sa­tion » de conti­nents tels que l’Afrique et l’Amérique latine, tou­jours plus pro­duc­teurs de matiè­res pre­miè­res et de pro­duits agri­co­les, place ces der­niers en posi­tion de fai­blesse dans la divi­sion inter­na­tio­nale du tra­vail, même si la conjonc­ture des prix leur a été favo­ra­ble au cours des 15 der­niè­res années.

La libé­ra­li­sa­tion du com­merce a ren­forcé le phé­no­mène des avan­ta­ges com­pa­ra­tifs, qui d’une part pro­fita aux pays du Sud qui sur­ex­ploi­tent le plus leur main d’œuvre et qui sont peu res­pec­tueux de l’environnement, mais de l’autre, elle permit aussi aux pays du Nord de délo­ca­li­ser leur pro­duc­tion pour répon­dre à la baisse des taux de profit du capi­tal pro­duc­tif et à inon­der les pays du Sud de leurs excé­dents agri­co­les au grand dam des agri­cul­tu­res loca­les.

Sur le plan finan­cier, la dépen­dance est aussi très nette. Ainsi, la poli­ti­que de la Réserve fédé­rale amé­ri­caine visant à aug­men­ter les taux d’intérêt à long terme, entre jan­vier et août 2012, a eu pour effet une dimi­nu­tion de la valeur de la mon­naie de plu­sieurs pays émer­gents : l’Afrique du Sud, – 20 %, Inde, – 17,2 %, Brésil, -17,4 %, Russie, – 8,4 %[3].

Seule la Chine, avec sa capa­cité pro­duc­tive énorme et l’importance de ses expor­ta­tions, a mieux résisté au phé­no­mène. Cependant, ce pays a aug­menté sa par­ti­ci­pa­tion aux bons du Trésor des Etats-Unis, c’est à dire comme déten­teur de la dette amé­ri­caine, pas­sant de 1.268 mil­liards de dol­lars en août 2013 à 1.293 mil­liards en sep­tem­bre de la même année, soit 27,8 % de l’ensemble de la par­ti­ci­pa­tion étran­gère[4].

Quand on parle des pays émer­gents aujourd’hui, et plus encore de l’ensemble des pays du Sud, il est impor­tant de pren­dre en compte leur pro­fonde inté­gra­tion dans une éco­no­mie mon­diale capi­ta­liste et la faible marge de manœu­vre dont ils dis­po­sent pour former un pôle auto­nome de déve­lop­pe­ment. La crise actuelle et son carac­tère struc­tu­rel créent cepen­dant des condi­tions nou­vel­les dont il faut pou­voir pro­fi­ter.

Les BRICS ont mis en route un méca­nisme de décon­nec­tion finan­cière. Il s’agit du « Contingent de Réserves » (CRA), consti­tué par 41 mil­liards de dol­lars appor­tés par la Chine, 18 par l’Inde, 18 par le Brésil et 5 par l’Afrique du Sud. Face aux 5000 mil­liards de devi­ses dont ils dis­po­sent c’est évi­dem­ment déri­soire, mais le mon­tant pour­rait aug­men­ter. Le projet est de créer une Banque des BRICS pour admi­nis­trer ces fonds.

Les accords de Chien Mai (Thaïlande) réunis­sant le Japon, la Corée du Sud, la Chine et les 10 pays de l’ASEAN, est déjà plus ancien et ils ont permis la créa­tion d’un fonds de 240 mil­liards de dol­lars. Il faut aussi signa­ler le Groupe de Shanghai, dont fait partie éga­le­ment la Russie et qui concerne les échan­ges moné­tai­res dans les mon­naies res­pec­ti­ves.

En Amérique latine, des efforts simi­lai­res ont été tentés, dont le Mercosur, entre le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay et le Venezuela. Certes, des inté­rêts éco­no­mi­ques et poli­ti­ques diver­gents ont empê­ché un démar­rage rapide. Cependant, la Banque du Sud a été éta­blie entre ces divers pays, ouverte à d’autres dans le conti­nent. Une mon­naie d’échange a été créée, le sucre, per­met­tant aux tran­sac­tions d’échapper au dollar, mais il ne s’agit encore que des échan­ges annuels de quel­ques mil­liards de dol­lars.

Tout cela s’inscrit dans une logi­que de rela­tive auto­no­mie vis-à-vis de la mon­naie amé­ri­caine, comme l’avait recom­mandé la Commission Stiglitz en 2009, prô­nant notam­ment un plus grand recours des pays du Sud aux droits de tirage spé­ciaux, dans le cadre du FMI. Mais on est loin évi­dem­ment d’une grande trans­for­ma­tion, qui per­met­trait au Sud de se déga­ger de l’emprise du capi­tal de mono­pole.

2. Un modèle de crois­sance de type capi­ta­liste

Marx avait déjà affirmé, il y a près de 150 ans, que le capi­ta­lisme était le sys­tème éco­no­mi­que le plus effi­cace que l’humanité ait inventé pour pro­duire des biens et des ser­vi­ces, mais il avait aussi indi­qué à quel prix : en détrui­sant les bases même de sa propre richesse, la nature et le tra­vail. A court terme, en effet, la logi­que du marché est la voie la plus courte pour la crois­sance éco­no­mi­que et c’est ce que les pays émer­gents et la plus grande majo­rité des pays du Sud, sem­blent avoir adopté comme orien­ta­tion de base. C’est ce que nous pou­vons consta­ter, à la fois dans le modèle de crois­sance, dans l’oubli des exter­na­li­tés (le moyen et le long terme) et dans le rap­port des BRICS avec leurs péri­phé­ries.

1) Le modèle de crois­sance

Avec la réforme de Deng Xiao Ping en Chine, c’est-à-dire l’ouverture au marché, la Chine a connu une crois­sance spec­ta­cu­laire. Il faut se rap­pe­ler cepen­dant qu’elle avait été pré­pa­rée par une éli­mi­na­tion de la misère extrême et l’établissement, non sans dif­fi­cul­tés, d’une « pau­vreté dans la dignité » assu­rant à la majo­rité un accès aux biens essen­tiels. Sur cette base, l’adoption de méca­nis­mes du marché allait rapi­de­ment créer la crois­sance.

Une contro­verse existe au sein de la société chi­noise par rap­port aux effets envi­ron­ne­men­taux et sociaux à plus long terme, mais le court terme ne fait pas de doute. L’influence de Zhou Xiaochuan, le gou­ver­neur de la Banque popu­laire de Chine (Banque cen­trale) est gran­dis­sante et il prône l’augmentation du nombre de ban­ques pri­vées et une plus grande ouver­ture aux capi­taux étran­gers[5] . Dans cette pers­pec­tive, à titre d’exemple, 70 % de la pro­duc­tion d’huile et 80 % de son trai­te­ment sont entre les mains de 5 mul­ti­na­tio­na­les (Archer Dawns, Millard, Bunge, Cargill, Louis Dreyfus-Wilmas)[6]. Au Vietnam, toute pro­por­tion gardée, le Doi Moi (Renouveau) allait avoir les mêmes effets.

Au Brésil, la poli­ti­que du pré­si­dent Lula, conti­nuée par celle de Dilma Roussef fut l’adoption de la logi­que capi­ta­liste pour accé­lé­rer la crois­sance et la redis­tri­bu­tion d’une partie (assez modeste) du sur­plus par le biais de poli­ti­ques socia­les de carac­tère assis­tan­tiel, qui, certes, firent sortir de la misère plu­sieurs dizai­nes de mil­lions de per­son­nes, mais sans affec­ter de manière mar­quante l’importance des dis­tan­ces socia­les mesu­rées par l’indice de Gini.

En Inde, le gou­ver­neur de la Banque cen­trale, nommé à la mi-2013, est sorti de MIT, fut chief eco­no­mist au Fonds moné­taire inter­na­tio­nal et pro­fes­seur à la Faculté d’Economie de l’Université de Chicago. On ne peut guère s’attendre à ce qu’il rejette la logi­que du déve­lop­pe­ment éco­no­mi­que prônée par ces ins­ti­tu­tions de pensée et de pou­voir. Il faut ajou­ter à ces infor­ma­tions que les BRICS ont versé une contri­bu­tion de 75 mil­liards de dol­lars au FMI, ren­for­çant ainsi leur condi­tion de réfé­rence, c’est-à-dire leur quota de votes.[7].

Par ailleurs, dans une pers­pec­tive his­to­ri­que un peu plus longue, il faut consta­ter que dans le Sud, pra­ti­que­ment tous les partis poli­ti­ques d’orientation socia­liste ou mar­xiste arri­vés au pou­voir au cours des der­niè­res années (après Bandoung) et tous les mou­ve­ments de libé­ra­tion natio­nale, sont ou bien passés au néo­li­bé­ra­lisme ou ont adopté des poli­ti­ques post-néo­li­bé­ra­les, mais pas post-capi­ta­lis­tes.

C’est le cas en Afrique des gou­ver­ne­ments issus des Mouvements de libé­ra­tion d’orientation mar­xiste, comme en Angola, au Mozambique, en Afrique du Sud, en Guinée, en Guinée Bissau, au Cap Vert. En Asie, l’on peut citer l’Indonésie, le Sri Lanka, le Laos, le Cambodge, sans oublier la Chine et le Vietnam, dont nous avons déjà parlé. Au moyen Orient, ce fut le cas des pays diri­gés par des partis BASS (Iraq, Syrie). En Amérique latine, l’Uruguay, le Brésil, le Nicaragua, le Salvador, l’Equateur, la Bolivie, pas­sent par des pro­ces­sus sem­bla­bles.

Bref, il n’y a guère d’autre vision du déve­lop­pe­ment des forces pro­duc­ti­ves que celle du capi­ta­lisme, en vertu de son effi­ca­cité à court terme et dans la pers­pec­tive d’un pro­grès linéaire sur une pla­nète inépui­sa­ble (vision de la moder­nité). Certes, une lutte contre la pau­vreté est enga­gée par la plu­part des gou­ver­ne­ments et par les Nations Unies (les objec­tifs du mil­lé­naire pour 2015), soit dans une pers­pec­tive huma­niste dans les régi­mes de type sociaux-démo­cra­tes, soit pour élar­gir la base du marché dans les pays néo­li­bé­raux.

2) L’oubli des exter­na­li­tés

Une carac­té­ris­ti­que de la logi­que du capi­ta­lisme est l’oubli des exter­na­li­tés, c’est-à-dire en par­ti­cu­lier, des consé­quen­ces éco­lo­gi­ques et socia­les. En effet ces der­niè­res ne sont pas payées par le marché, mais bien par les per­son­nes et les socié­tés. De tels dom­ma­ges ne sont pris en compte que lorsqu’ils affec­tent le taux de profit et donc la capa­cité d’accumulation. C’est le cas de l’économie verte récem­ment promue face aux des­truc­tions des éco­sys­tè­mes ou des mesu­res socia­les accor­dées par crainte de ne pas dis­po­ser de la main d’œuvre néces­saire et vite rétro­cé­dées en cas de sur­plus de cette der­nière.

Sur le plan du rap­port à la nature, Marx avait signalé le dés­équi­li­bre crois­sant du méta­bo­lisme (échange de matière) entre la nature et le genre humain, qui, selon lui, allait débou­cher sur des situa­tions graves. Il expli­quait le phé­no­mène par la dif­fé­rence entre le rythme de repro­duc­tion du capi­tal et celui de la nature, ce der­nier étant plus lent et esti­mait que seul le socia­lisme pou­vait recons­truire cet équi­li­bre. Or, les socié­tés socia­lis­tes (URSS, Chine) n’ont nul­le­ment adopté cette posi­tion, détrui­sant la nature au même rythme que les socié­tés capi­ta­lis­tes. Ce n’est que récem­ment que les pen­seurs mar­xis­tes ont repris le concept de Marx, dans la ligne du déve­lop­pe­ment d’un éco-socia­lisme.

La moder­nité véhi­cu­lée par la logi­que capi­ta­liste s’est impo­sée dans la concep­tion de la crois­sance, au point d’envahir l’ensemble de l’univers cultu­rel col­lec­tif, quel­que soient les pers­pec­ti­ves socia­les. C’est ainsi que les BRICS et la plu­part des pays du Sud, adop­tent le modèle de crois­sance du Nord, pré­ci­sé­ment celui qui conduit aux dégâts envi­ron­ne­men­taux aux désas­tres sociaux que nous connais­sons. D’où la néces­sité de penser et d’innover dans le cadre d’une coopé­ra­tion Sud/​Sud. Avant d’entrer dans cette matière, voyons dans le concret, par quel­ques exem­ples, ce que signi­fie cet oubli des exter­na­li­tés.

– Dans la crois­sance interne

En Chine, selon des sour­ces offi­ciel­les, 70 % des riviè­res et des lacs sont pol­lués. Le Ministère de l’Environnement a publié les résul­tats d’une enquête sur la conta­mi­na­tion urbaine dans 74 villes du pays : la moyenne pos­sède un taux de concen­tra­tion de par­ti­cu­les sept fois plus élevé que le degré recom­mandé par l’OMS[8]. En jan­vier 2013, l’état d’alerte fut décrété à Péquin pour excès de conta­mi­na­tion et des mil­liers d’enfants ont dû être hos­pi­ta­li­sés. Le Ministère de l’Intérieur signale une aug­men­ta­tion de 80 % en 30 ans des « vil­lage du cancer » en péri­phé­rie des villes indus­triel­les, leur nombre étant en 2012, de 459[9]. Selon la Lancet Medical Review, sur 3.2 mil­lions de morts pré­ma­tu­rées dues à la pol­lu­tion de l’eau, en 2010, 1,2 mil­lions étaient de Chinois. Selon la même source, en Inde, le nombre de vic­ti­mes pour la même cause, fut de 620.000[10].

Le Brésil est un des prin­ci­paux pré­da­teurs de la forêt ama­zo­nienne, conjoin­te­ment avec les autres pays qui en pos­sè­dent une partie de la super­fi­cie. Le nou­veau code fores­tier, pro­mul­gué par Dilma Roussef, favo­rise les inté­rêts de « l’agriculture moderne », soit sur­tout les mono­cul­tu­res[11]. A l’ouest, l’exploitation pétro­lière de la Colombie, de l’Equateur et du Pérou conti­nue à pro­vo­quer les dégâts natu­rels que l’on connait. Le projet équa­to­rien de ne pas exploi­ter les réser­ves pétro­liè­res du parc natio­nal Yasuní est aban­donné.

L’exploitation minière pénè­tre du sud-ouest dans le ter­ri­toire bré­si­lien, grâce à des cen­tai­nes de mil­liers d’hectares de conces­sion. Au sud, l’extension de la mono­cul­ture du soja, de la palme, de la canne à sucre trace à tra­vers le Matto Grosso du Sud, d’énormes zones de défo­res­ta­tion. Au centre l’exploitation du bois pré­cieux, laisse en friche des régions entiè­res et la construc­tion des bar­ra­ges hydro-élec­tri­ques inonde des cen­tai­nes de mil­liers d’hectares, sou­vent ter­ri­toi­res des popu­la­tions indi­gè­nes.

Les routes des­ti­nées au trans­port des pro­duits sillon­nent la forêt et se mul­ti­plient, comme celle du TIPNIS en Bolivie. Bref, chaque pays a de « bonnes rai­sons » pour exploi­ter une partie de la forêt en faveur de son déve­lop­pe­ment. Le résul­tat annoncé par la FAO en mars 2013, est que dans 40 ans, il n’y aura plus de forêt ama­zo­nienne, sinon une savane par­se­mée de quel­ques bois.

En Equateur, selon la revue équa­to­rienne de Médecine, dans les zones d’exploitation pétro­lière, on constate 30 fois plus de cancer du laryn­gue, 18 fois plus de cancer des voies biliai­res, 15 fois plus de cancer du foie. Il y a 110 % plus de faus­ses cou­ches et la mal­for­ma­tion des enfants est en hausse consi­dé­ra­ble. La revue n’hésite pas à parler de « crime de santé publi­que ».

Dans le même pays, la pro­duc­tion des fleurs et du bro­coli pour l’exportation (impor­tan­tes, selon les diri­geants poli­ti­ques, pour donner à l’Etat des moyens de se déve­lop­per et de lutter contre la pau­vreté) uti­lise de fortes quan­ti­tés d’eau au détri­ment des popu­la­tions loca­les et pro­vo­que des mala­dies dues à l’utilisation mas­sive de pro­duits chi­mi­ques comme fer­ti­li­sants et pes­ti­ci­des.

Bref, comme l’écrit Vandana Shiva, « Une obses­sion pour la crois­sance a éclipsé la pré­oc­cu­pa­tion pour la dura­bi­lité, la jus­tice et la dignité humaine ». Il faut bien consta­ter que le carac­tère « sacri­fi­ciel » du déve­lop­pe­ment éco­no­mi­que, typi­que de la logi­que de l’accumulation du capi­tal, pré­side tou­jours à l’essor des BRICS et des pays du Sud.

– Dans les rap­ports des BRICS avec leurs péri­phé­ries

Le type de rela­tions centre-péri­phé­ries est aussi impor­tant à étu­dier. Sans doute, de sérieu­ses dif­fé­ren­ces exis­tent par rap­port aux rap­ports entre Etats du Nord et du Sud, mais dès qu’il s’agit du privé (les mul­ti­na­tio­na­les du Sud, comme Arcelor-Mittal et Tata, de l’Inde ; Vale, Imbef, Odeberg,du Brésil ; Anglo-American d’Afrique du Sud ; Claro du Mexique, etc.) on se retrouve dans la même logi­que. Certaines entre­pri­ses d’Etat (Petrobras) agis­sent de la même manière : maxi­mi­ser les gains en pro­fi­tant des avan­ta­ges com­pa­ra­tifs. Même cer­tains Etats des BRICS repro­dui­sent tout sim­ple­ment le modèle des rap­ports Nord-Sud.

Ainsi, l’accaparement des terres en Afrique répond aux besoins de pays qui n’ont pas de terres suf­fi­san­tes pour déve­lop­per des acti­vi­tés pro­duc­ti­ves agrai­res. C’est le cas des pays du Golfe. Mais il faut aussi y ajou­ter la Chine et l’Inde. Ce der­nier pays s’est assuré le contrôle, en Ethiopie, de 600.000 hec­ta­res de terres pour des pro­jets agro-indus­triels et a investi 640 mil­lions de dol­lars dans l’Omos pour la mono­cul­ture de cannes à sucre. L’ensemble de ces poli­ti­ques exigea en Ethiopie, la relo­ca­li­sa­tion de 1,5 mil­lion de pay­sans[12] et l’on pour­rait citer de nom­breux autres exem­ples en Tanzanie, au Bénin, au Cameroun.

Le Brésil conclut, en 2010, un accord avec le Mozambique et l’Union euro­péenne pour le déve­lop­pe­ment de 4,8 mil­lions d’hectares de canne à sucre, des­ti­nés à la pro­duc­tion d’éthanol pour ali­men­ter l’Europe. En effet, le conti­nent ne dis­pose pas de terres suf­fi­san­tes pour satis­faire son plan de passer à 20 % d’énergie verte en 2020.

Les capi­taux sont four­nis par l’Europe, la tech­no­lo­gie par le Brésil, tandis que les coûts éco­lo­gi­ques et sociaux sont sup­por­tés par le Mozambique. Des mil­liers de pay­sans devront aban­don­ner leurs terres pour rejoin­dre les villes déjà sur­peu­plées. Au centre du conti­nent, en République Démocratique du Congo, le contrat d’exploitation minière signé par la Chine, pré­voit que le gou­ver­ne­ment de Kinshasa garan­tisse l’absence de grèves, ce qui contre­dit le droit des tra­vailleurs.

En conclu­sion, même si des consi­dé­ra­tions socia­les et de soli­da­rité sont intro­dui­tes dans le déve­lop­pe­ment du Sud et dans les rap­ports Sud-Sud, la logi­que de la crois­sance reste sem­bla­ble. Jayati Gosh n’hésite pas à conclure : « De nom­breux accord com­mer­ciaux et d’investissement SudSud (et leurs consé­quence) ont été mal­heu­reu­se­ment sem­bla­bles à ceux Nord-Sud, non seule­ment pour la pro­tec­tion des inves­tis­se­ments, mais même pour la garan­tie des droits de pro­priété intel­lec­tuelle »[13].

Tout cela contri­bue à ren­for­cer le carac­tère des­truc­teur du modèle domi­nant, à un moment où de nom­breu­ses ins­tan­ces, notam­ment inter­na­tio­na­les, aler­tent les gou­ver­ne­ments et l’opinion publi­que sur l’exigence d’un chan­ge­ment radi­cal de pers­pec­tive, sous peine de voir les éco­sys­tè­mes se dété­rio­rer sans rémis­sion et au prix d’un coût humain consi­dé­ra­ble. Il est donc néces­saire de poser la ques­tion d’un chan­ge­ment de matrice déve­lop­pe­men­tale et fina­le­ment de la défi­ni­tion d’un nou­veau para­digme..

IILa place d’un model alter­na­tif de déve­lop­pe­ment dans les rap­ports Sud-Sud

Le sys­tème capi­ta­liste, non seule­ment est en crise, mais en déclin, de moins en moins capa­ble de résou­dre ses pro­pres contra­dic­tions. Pour para­phra­ser Schumpeter, son carac­tère des­truc­teur dépasse aujourd’hui son aspect construc­teur. Pour ne pren­dre qu’un seul domaine, l’empreinte éco­lo­gi­que devient chaque jour plus « insou­te­na­ble ». Il ne suffit plus de pro­po­ser des régu­la­tions (sans doute néces­sai­res pour une tran­si­tion) mais il est devenu indis­pen­sa­ble de penser à des alter­na­ti­ves.

En d’autres termes, pour que le Sud puisse contri­buer à une solu­tion, dans le cadre des rap­ports Sud-Sud, il est néces­saire d’envisager une décon­nexion vis-à-vis du Nord, non seule­ment éco­no­mi­que et poli­ti­que[14], comme le sug­gé­rait Samir Amin il y a déjà plu­sieurs décen­nies, sinon aussi de sa logi­que de déve­lop­pe­ment.

Or, cette der­nière ne fut pas seule­ment le résul­tat d’ une accu­mu­la­tion basée notam­ment sur l’expropriation et l’exploitation du Sud par le Nord, dans un rap­port de type colo­nial ou impé­rial, mais aussi le fruit de l’idée qu’un pro­grès linéaire, pro­duit de la science et des tech­ni­ques, par­vien­dra tou­jours à résou­dre les pro­blè­mes posés par la satis­fac­tion de besoins sans cesse crois­sants du genre humain, la terre étant inépui­sa­ble et sa capa­cité de régé­né­res­cence sans limite.

C’est cette concep­tion, née et entre­te­nue dans les socié­tés mar­chan­des en pleine expan­sion du XIII° et XIV° siècle euro­péen et dont l’apogée se mani­festa avec la Renaissance et le Siècle des lumiè­res, qui encou­ra­gea le déve­lop­pe­ment d’une éco­no­mie construite sur le marché et pro­gres­si­ve­ment sur l’accumulation d’un capi­tal pro­duc­tif. Elle condui­sit aussi à la sou­mis­sion du Sud, comme four­nis­seur de matiè­res pre­miè­res et de pro­duits agri­co­les et plus tard comme marché mar­gi­nal de la pro­duc­tion indus­trielle du Nord.

La logi­que qui pré­sida à ce déve­lop­pe­ment exigea l’ignorance des exter­na­li­tés, pro­vo­quant les désas­tres éco­lo­gi­ques et l’accroissement des dis­tan­ces socia­les que nous connais­sons aujourd’hui, réser­vant fina­le­ment à une mino­rité, les béné­fi­ces de la crois­sance. Les socié­tés socia­lis­tes se pré­oc­cu­pè­rent de la trans­for­ma­tion des rap­ports sociaux de pro­duc­tion, mais bien peu de celle des rap­ports à la nature. Il faut donc redé­fi­nir un nou­veau para­digme.

Les argu­ments à cet effet ne seront déve­lop­pés que briè­ve­ment, en fai­sant réfé­rence à d’autres écrits anté­rieurs[15]. L’essentiel consiste à défi­nir dans le concret des situa­tions actuel­les des socié­tés du Sud et de ce que pour­raient deve­nir les rap­ports Sud-Sud, le contenu d’un chan­ge­ment de para­digme. Ce der­nier, que l’on peut appe­ler le Bien Commun de l’Humanité, signi­fie la pos­si­bi­lité de pro­duire, repro­duire et amé­lio­rer la vie, tant de la pla­nète terre et l’ensemble de ses espè­ces vivan­tes, que du genre humain[16]. Cela consti­tue l’objectif commun à tous, impres­crip­ti­ble et fon­de­ment de tout com­por­te­ment col­lec­tif.

Traduit en termes d’action, cela signi­fie répon­dre aux quatre axes fon­da­men­taux de l’existence humaine sur la pla­nète, que toute société doit affron­ter. Aujourd’hui une telle démar­che exige des options nou­vel­les, qui revê­tent une urgence par­ti­cu­lière face aux défis éco­lo­gi­ques et sociaux.

1. Rétablir l’équilibre du méta­bo­lisme entre la terre et les êtres humains. 

A cet effet, une col­la­bo­ra­tion Sud-Sud pour­rait éta­blir, par exem­ple, des normes com­mu­nes pour maî­tri­ser l’action des entre­pri­ses mul­ti­na­tio­na­les dans le domaine de l’extraction pétro­lière ou miniè­res et dans l’agriculture. En effet, leur puis­sance éco­no­mi­que et poli­ti­que est telle, de même que leur capa­cité de cor­rup­tion, qu’elles ne res­pec­tent que très par­tiel­le­ment les légis­la­tions des pays indi­vi­duels, quand ces der­niè­res exis­tent. Seul un front commun pour­rait, dans une période de tran­si­tion, exer­cer une force suf­fi­sante pour faire chan­ger les pra­ti­ques.

L’établissement de cri­tè­res com­muns pour l’utilisation des res­sour­ces non-renou­ve­la­bles pour­rait consti­tuer un autre champ d’application, telle qu’une autre uti­li­sa­tion du pétrole que sim­ple­ment pour les trans­ports. De nom­breux déri­vés, en effet, peu­vent rem­pla­cer des maté­riaux uti­li­sés pour d’autres usages. La réduc­tion des déchets, une moin­dre pro­duc­tion de Co2 ou de gaz méthane, la réha­bi­li­ta­tion des terres, la refo­res­ta­tion, pour­raient faire l’objet d’échange d’expertise et de finan­ce­ment col­lec­tif. Il en irait de même pour l’allongement de la moyenne de vie de pro­duits indus­triels et la réduc­tion des échan­ges irra­tion­nels (les trans­ports inter­océa­ni­ques, fruits des « avan­ta­ges com­pa­ra­tifs ».

Bref, il s’agirait de créer les condi­tions d’un éco-socia­lisme, seule manière de frei­ner les dés­équi­li­bres du méta­bo­lisme et fina­le­ment de construire un déve­lop­pe­ment « sou­te­na­ble », en uti­li­sant un savoir par­tagé. La phi­lo­so­phie éco­no­mi­que adop­tée par l’ALBA, l’Alliance boli­va­rienne de Notre Amérique, prouve que ce n’est pas impos­si­ble (com­plé­men­ta­rité et soli­da­rité, plutôt que com­pé­ti­ti­vité).

2. Rétablir la pré­do­mi­nance de la valeur d’usage sur la valeur d’échange dans la pro­duc­tion des bases maté­riel­les de la vie 

La seule valeur dans la pers­pec­tive de la logi­que du marché est la valeur d’échange. Sans elle, pas de profit et donc pas d’accumulation. Il n’existe fina­le­ment qu’une seule valeur, qui s’exprime notam­ment dans les bour­ses de valeurs. La valeur d’usage lui est sou­mise. Ainsi, par exem­ple, la Banque mon­diale, fin des années 1990, imposa à Sri Lanka l’abandon de la culture du riz pour impor­ter ce der­nier de Thaïlande ou du Vietnam, où il coû­tait moins cher.

Cela devait per­met­tre le déve­lop­pe­ment de mono­cul­tu­res pour l’exportation. Aucuns soucis, dans cette démar­che, de la valeur d’usage, impli­quant, entre autres, la sou­ve­rai­neté ali­men­taire, les dif­fé­ren­ces de saveurs du riz, plus de 3000 ans de pro­duc­tion rizi­cole, les formes de pro­duc­tion com­mu­nau­taire tra­di­tion­nel­les, la valeur cultu­relle du riz dans l’histoire, la lit­té­ra­ture, la poésie, les pay­sa­ges. Heureusement, les résis­tan­ces loca­les firent avor­ter le projet.

Or, la pro­duc­tion de la base maté­rielle de la vie (l’économie) doit, au contraire, s’organiser sur base de la valeur d’usage, l’échange lui étant subor­donné. Afin d’assurer ce prin­cipe, la ques­tion de la pro­priété des moyens de pro­duc­tion est cen­trale. Sa concen­tra­tion est indis­pen­sa­ble pour garan­tir une accu­mu­la­tion maxi­male. A part les peti­tes ou moyen­nes pro­duc­tions, où le contrôle des usa­gers est presqu’automatique, les autres doi­vent être socia­li­sées, sous une forme ou une autre (pas néces­sai­re­ment l’étatisation).

Un exem­ple de cette phi­lo­so­phie éco­no­mi­que est l’ALBA, réunis­sant une dizaine de pays du sous-conti­nent. Les bases de la coopé­ra­tion éco­no­mi­que déjà citées, signi­fient une rup­ture avec la loi de la valeur du capi­ta­lisme. Cela s’est tra­duit notam­ment par la four­ni­ture de pétrole aux pays non-pro­duc­teurs, à un prix bien infé­rieur au marché.

Une col­la­bo­ra­tion Sud-Sud pour­rait s’établir dans de nom­breux domai­nes, tels que la réor­ga­ni­sa­tion de l’agriculture pay­sanne, le contrôle des para­dis fis­caux, le par­tage des tech­no­lo­gies nou­vel­les dans la pré­ser­va­tion des éco­sys­tè­mes, les com­mu­ni­ca­tions, l’espace, bref dans tous les lieux où des tran­si­tions sont néces­sai­res pour accom­plir le chan­ge­ment de para­digme et mettre la science et les tech­ni­ques au ser­vice de la valeur d’usage.

1) Universaliser les pro­ces­sus démo­cra­ti­ques dans tous les rap­ports sociaux et toutes les ins­ti­tu­tions

Cela concerne évi­dem­ment en pre­mier lieu cha­cune des socié­tés et tous les champs, non seule­ment poli­ti­ques, mais aussi éco­no­mi­ques, sociaux, cultu­rels, reli­gieux, tout comme dans les rap­ports hommes-femmes. Dans la coopé­ra­tion Sud-Sud, ce sont les dimen­sions régio­na­les et inter­na­tio­na­les qui consti­tuent l’objet fon­da­men­tal. Sur ce plan, un cer­tain nombre d’instruments exis­tent, que nous avons cité pré­cé­dem­ment, mais il s’agira de trans­for­mer la phi­lo­so­phie de base dont ils s’inspirent, en pas­sant du para­digme de la crois­sance ou de la moder­nité capi­ta­liste à celle du Bien commun de l’Humanité.

2)  Prôner l’interculturalité et pro­mou­voir une vision holis­ti­que du réel

L’hégémonie cultu­relle de la moder­nité capi­ta­liste est deve­nue telle, que les autres cultu­res et savoirs sont mar­gi­na­li­sés, folk­lo­ri­sés ou éli­mi­nés. Il en résulte un appau­vris­se­ment cultu­rel consi­dé­ra­ble, qui conduit à l’universalisation des habi­tu­des ali­men­tai­res, de la musi­que dif­fu­sée popu­lai­re­ment, des pra­ti­ques ves­ti­men­tai­res, mais plus encore des men­ta­li­tés, des modè­les de com­por­te­ment et de consom­ma­tion, la dif­fu­sion des valeurs du marché deve­nant le para­mè­tre uni­ver­sel.

La seg­men­ta­tion du réel, qui permit à la logi­que mer­can­tile de se déve­lop­per en igno­rant les exter­na­li­tés, doit aussi être rem­pla­cée par une vison d’ensemble (holis­ti­que), seule capa­ble d’analyser les situa­tions dans toute leur ampleur et de pro­po­ser des solu­tions adé­qua­tes. L’éthique sociale néces­saire à les accom­plir pourra s’appuyer sur l’interculuralité des phi­lo­so­phies et des spi­ri­tua­li­tés, exi­geant un enga­ge­ment per­ma­nent pour la jus­tice, comme ce fut le cas, entre autres, de la Théologie de la Libération née en Amérique latine.

La coopé­ra­tion Sud-Sud pourra trou­ver des objec­tifs nom­breux, depuis les moyens de com­mu­ni­ca­tion sociale (TeleSur, par exem­ple, en Amérique latine), jusqu’aux tra­duc­tions des patri­moi­nes lit­té­rai­res res­pec­tifs, en pas­sant par la pro­tec­tion des peu­ples ori­gi­naux et le par­tage des bre­vets.

En conclu­sion, la décon­nec­tion du Sud vis-à-vis du Nord ne sera com­plète que par l’abandon du para­digme capi­ta­liste et, en contre­par­tie, de la construc­tion com­mune d’une option alter­na­tive pour la vie de l’humanité sur la pla­nète. En fait, la crise struc­tu­relle que vit l’ensemble du globe ne laisse pas de choix et une coopé­ra­tion Sud-Sud peut contri­buer à éta­blir les nou­veaux objec­tifs et à défi­nir les tran­si­tions. Déjà de nom­breu­ses ini­tia­ti­ves popu­lai­res vont dans ce sens, qui dans les divers domai­nes esquis­sés plus haut, mon­trent la voie à suivre. C’est pour­quoi les alter­na­ti­ves doi­vent se construire sur la base de l’expérience des mou­ve­ments sociaux en inter­ac­tion avec les pen­seurs et pas seule­ment au départ « d’élites éclai­rées ».

  • Texte pré­senté au sémi­naire du Forum Mondial des Alternatives (FMA), Alger, 26.09.13

[1] Chems Eddin Chitur, Les Brics et la construc­tion d’un nou­veau monde : une utopie à notre portée,http:/www.legransoir.info, 06.04.12, cité par le site web du Forum Mondial des Alternatives, 10.12.12.

[2] Jprge Beinstein, Origen y decli­na­ción del capi­ta­lismo, Jornada inter­na­cio­nal “Chavez Siempre”, Maracay, 23.05.13.

[3] Les éco­no­mies émer­gen­tes dans la tour­mente finan­cière, Le Monde, 23.08.13.

[4] Rapport sur le capi­tal inter­na­tio­nal du Trésor des Etats-Unis, cité par Argenpress, N° 521 (novem­bre 2013).

[5] Wall Street Journal, 06.11.13.

[6] China Daily, 23.08.10

[7] Understanding the BRICS, Third World Resurgence, Juin 2013.

[8] El Comercio (Quito),08.08.13.

[9] The dark side od China’s eco­no­mic mira­cle – the rise of cancer vil­la­ges, The Guardian, 05.06.13.

[10] Air Pollution linked to 1.2 M dea­thts in China in 2010, The Lookout, 02.04.13.

[11] Laurent Delcourt, Le nou­veau “Code fores­tier » bré­si­lien : dec­vryp­tage d’une réforme contro­ver­sée, http:/www.cetri.be/spip.php ?article314&lang=fr, 16.08.13.

[12] Indian land grabs in Ethiopia show dark side of south-south co-ope­ra­tion, The Guardian, 22.02.13.

[13] Jayati Gosh, unders­tan­ding the BRICS, Third World Resurgence, juin 2013.

[14] Rappelons que décon­nec­tion ne signi­fie pas autar­cie ou iso­le­ment, sinon mettre fin à une dépen­dance signi­fiant la sou­mis­sion à des inté­rêts exté­rieurs qui main­tien­nent et repro­dui­sent le sous-déve­lop­pe­ment.

[15] François Houtart, Des Biens Communs au Bien Commun de l’Humanité, Couleur Livres, Bruxelles, 2013.

[16] Comme le signale Samir Amin, il s’agit d’éviter de retom­ber dans le piège des socia­lis­mes uto­pi­ques du XIX° siècle, qui certes ont déve­loppé des idées géné­reu­ses et sou­vent justes, mais mar­quées par l’idéalisme phi­lo­so­phi­que et le manque de consi­dé­ra­tions pra­ti­ques.

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