Chicane de famille : socialistes et libertaires

Par Mis en ligne le 11 août 2015

Au moment des gran­des révo­lu­tions du 19e siècle, les peu­ples cher­chent leur voie. Les Empires et les clas­ses réac­tion­nai­res sont secoués par­tout. De nou­vel­les clas­ses urbai­nes appa­rais­sent sur la scène poli­ti­que, la bour­geoi­sie et le pro­lé­ta­riat, notam­ment. Des luttes socia­les très vives se com­bi­nent avec des mobi­li­sa­tions pour la libé­ra­tion natio­nale. C’est éga­le­ment l’essor du colo­nia­lisme où des puis­san­ces de l’époque uti­li­sent la sub­ju­ga­tion des peu­ples comme arme pour divi­ser les domi­nés. Le pay­sage est plutôt confus.

Marx notam­ment, et plus tard les mou­ve­ments socia­lis­tes qui s’en ins­pi­rent, pen­sent à un grand mou­ve­ment d’émancipation pro­lé­ta­rien qui avance comme pôle contre-hégé­mo­ni­que. Il faut, pense-t-il, miser sur l’organisation et l’éducation popu­laire, éviter de tomber dans le piège des confron­ta­tions sans len­de­main et ima­gi­ner une autre sorte de pou­voir poli­ti­que. Mais tous ne sont pas d’accord. Des cou­rants ins­pi­rés par Proudhon esti­ment qu’il faut se tenir loin des ins­ti­tu­tions. Proudhon pré­co­nise plutôt l’intervention à la base pour créer des espa­ces socia­lis­tes auto­no­mes, par les coopé­ra­ti­ves par exem­ple. Plus tard, le Russe Bakounine veut radi­ca­li­ser les luttes, pen­sant que le mou­ve­ment doit bous­cu­ler l’ordre établi, et ne pas atten­dre que le fruit mûr du capi­ta­lisme ne tombe dans les mains socia­lis­tes.

De tous ces débats appa­rais­sent diver­ses pro­po­si­tions qui coexis­tent dans l’Association inter­na­tio­nale des tra­vailleurs (AIT), qu’on appelle par­fois la Première Internationale. Plus tard, les héri­tiers de Marx et ceux de Proudhon et de Bakounine règlent leurs comp­tes durant une longue période de défai­tes qui suit l’échec de la Commune de Paris. Quarante ans plus tard, socia­lis­tes et liber­tai­res se retrou­vent du même côté de la bar­ri­cade lors de la révo­lu­tion des soviets, jusqu’à tant que les déboi­res du nou­veau pou­voir ne pola­ri­sent à nou­veau les débats.

Aujourd’hui, tout cela semble loin­tain, mais l’est-ce vrai­ment ? La ques­tion de la trans­for­ma­tion et du pou­voir se pose tou­jours. Quel est le chemin le plus pra­ti­que pour abou­tir à l’émancipation ? Faut-il « forcer » l’histoire à tra­vers l’intervention d’une « avant-garde » éclai­rée ? Les socia­lis­tes doi­vent-ils tenter de réin­ven­ter le pou­voir, ou peu­vent-ils l’abolir au profit des com­mu­nau­tés auto­gé­rées ? Quelle est la place de la confron­ta­tion, voire de la vio­lence ou de l’autodéfense, dans le déve­lop­pe­ment des luttes ? Autant de dis­cus­sions qui sont à l’ordre du jour dans plu­sieurs pays où la trans­for­ma­tion atteint un seuil cri­ti­que, au Mexique, en Grèce, en Bolivie, par exem­ple. À une autre échelle (plus modeste), socia­lis­tes et liber­tai­res, au Québec par exem­ple, peu­vent-ils ren­for­cer des mou­ve­ments popu­lai­res en favo­ri­sant l’auto orga­ni­sa­tion et l’autoformation des masses ? Est-ce qu’une ali­men­ta­tion mutuelle et réci­pro­que pour­rait aider tout un chacun à poser davan­tage les vraies ques­tions ? Ce sont ces pré­oc­cu­pa­tions que l’université popu­laire met à l’ordre du jour dans quel­ques semai­nes.

Les commentaires sont fermés.