Thème

Université d’été 2010

 
Savoirs et connaissances dans la lutte pour la transformation

Nous sommes des hé­ri­tiers des luttes an­té­rieures et des ten­ta­tives, tou­jours par­tielles, de concep­tua­liser des ou­tils d’analyse. Marx et bien d’autres ont ou­vert des « chan­tiers » que nous conti­nuons à dé­chif­frer, tout en ou­vrant de nou­veaux chan­tiers, cor­res­pon­dant aux nou­velles réa­lités et aux nou­velles luttes. En réa­lité, le «mar­xisme» n’est pas (et n’a ja­mais été) une «science» du moins dans le sens tra­di­tionnel du terme. Dans le mar­xisme, il y a des élé­ments de « scien­ti­fi­cité » qui re­pré­sentent des construc­tions théo­riques adé­quates pour com­prendre le réel. Mais ces élé­ments sont « mêlés » à toutes sortes de bi­fur­ca­tions et in­tui­tions qui s’avèrent, à la longue et dans la lutte, in­utiles et nui­sibles. C’est ainsi que l’ensemble du corpus théo­rique au­quel se ré­fère la gauche, et dans le­quel le tra­vail de Marx oc­cupe une place im­por­tante (mais non unique) doit être com­pris comme un « la­bo­ra­toire », un « work-in-progress ».

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Intervention de Jean-Paul Faniel
Un mouvement populaire pour ou avec les citoyens
Université d’été des NCS 2010

Je me pré­pa­rais à vous en­tre­tenir de l’évolution de l’action com­mu­nau­taire, quand une courte his­toire m’est re­venue à l’esprit. Elle me vient d’un grand homme et d’un com­plice de mon par­cours mi­li­tant, Guy Paie­ment, qui vient mal­heu­reu­se­ment de dé­céder. Laissez-moi vous la ra­conter. Elle se situe au Moyen-âge. Au dé­tour d’un chemin, un voya­geur dé­bouche sur un grand chan­tier de construc­tion. Abor­dant trois ou­vriers à l’ouvrage, il leur de­mande alors ce qu’ils font. Le pre­mier avec un air agacé lui ré­pond : « Vous le voyez bien, je taille de la pierre! ». Le se­cond, plus ave­nant, lui dit : « Mon bon mon­sieur, je gagne ma vie et celle de ma fa­mille! ». Le troi­sième, l’œil al­lumé, lui ré­pond en mon­trant le mur de pierre der­rière lui : « Moi, mon­sieur, je construis une ca­thé­drale ! » Vous l’avez com­pris, les trois avaient raison, mais un seul avait de la vision.

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Quel mouvement syndical ? Quel mouvement social ? Quel projet politique ?

Je ré­agis à la pré­sen­ta­tion faite par Ro­nald Ca­meron lors de l’Université d’été 2010 des NCS. La pré­sen­ta­tion de Ro­nald vou­lait jeter un re­gard cri­tique sur le dé­ve­lop­pe­ment du syn­di­ca­lisme au Québec. Tou­te­fois, c’est plutôt une jus­ti­fi­ca­tion des orien­ta­tions syn­di­cales à la­quelle nous avons eu droit. Ro­nald a aussi in­sisté sur la conjonc­ture éco­no­mique et po­li­tique néo­li­bé­rale comme un rou­leau com­pres­seur qui laisse peu de place à la ré­sis­tance. Le syn­di­ca­lisme qué­bé­cois doit-il être évalué comme un mou­ve­ment so­cial ou plutôt une ins­ti­tu­tion de l’État ? Les syn­di­cats du Québec font partie d’un mou­ve­ment dit « syn­dical », le­quel est as­socié aux autres mou­ve­ments so­ciaux (fé­mi­niste, po­pu­laire et com­mu­nau­taire, na­tio­na­liste, éco­lo­gique, étu­diant, pa­ci­fiste) qui in­ter­agissent sur le ter­rain so­cial et po­li­tique et forment le « mou­ve­ment so­cial » au Québec. En avan­çant cette af­fir­ma­tion, je conviens de la spé­ci­fi­cité du mou­ve­ment syn­dical, soit la dé­fense des condi­tions de tra­vail et de vie de ses membres. Mais il faut aller plus loin. Le mou­ve­ment syn­dical est à la fois por­teur d’un plu­ra­lisme et d’une com­po­sante ins­ti­tu­tion­nelle, ainsi qu’une his­toire po­li­tique qui lui est spécifique.

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Intervention de Renée Charest
Suicide au travail, organisation du travail et néolibéralisme
Université d

Camus di­sait il n’y a qu’un pro­blème phi­lo­so­phique qui soit sé­rieux et c’est le sui­cide. Dans un contexte de do­mi­na­tion néo­li­bé­rale, le sui­cide est peut-être une des ques­tions so­cio­po­li­tiques fon­da­men­tales à l’heure actuelle.

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Bref bilan de l’Université d’été des NCS et journées Alternatives

La pre­mière édi­tion de l’Université d’été des Nou­veaux Ca­hiers du So­cia­lisme qui s’est tenue les 24, 25 et 26 août der­nier, a pré­senté un agenda varié qui aura permis d’amorcer un bilan des luttes po­pu­laires tout en sug­gé­rant une ré­flexion quant aux pers­pec­tives anticapitalistes.

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Intervention de Françoise David
Se mettre ensemble
Université d'été des NCS 2010

Selon Fran­çoise David, la si­tua­tion ac­tuelle de la gauche est pa­ra­doxale au Québec. Celle qui par­tage avec Amir Khadir la tâche de porte-parole pour Québec So­li­daire et qui était à l’Université d’été des NCS es­time «qu’on a de la dif­fi­culté à sentir qu’on est des cen­taines de mil­liers de per­sonnes qui veulent changer le monde». De toute évi­dence constate-e-elle, le mou­ve­ment so­cial est ré­sis­tant : syn­di­ca­listes, étudiant-es, sans compter ce qui s’en vient avec les ac­tions de la Marche mon­diale des femmes qui com­men­ce­ront en oc­tobre 2010. Pa­ral­lè­le­ment, le mou­ve­ment éco­lo­gique mène des luttes constantes et nous pousse à une ré­flexion en pro­fon­deur. «On re­trouve aussi des cen­taines de co­mités de ci­toyens qui tra­vaillent dans l’ombre et sans aide de l’État». Même le mou­ve­ment syn­dical, qu’on dé­crit par­fois comme dé­cli­nant, an­nonce le re­tour du front so­cio­po­li­tique contre le gou­ver­ne­ment Cha­rest. Elle salue no­tam­ment les ef­forts de la FTQ (syn­di­ca­li­sa­tion des tra­vailleurs agri­coles) et de la CSQ (syn­di­ca­li­sa­tion des res­pon­sables de garde en mi­lieu fa­mi­lial). Bref, «le Québec est en marche, mais on ne s’en rend pas tou­jours compte».

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Intervention de Serge Denis
La nécessité de comprendre l’histoire
Université d'été des NCS 2010

Serge Denis, pro­fes­seur de science po­li­tique à l’Université d’Ottawa, est un spé­cia­liste de l’histoire du mou­ve­ment ou­vrier. «C’est une his­toire sur la­quelle les nou­veaux mou­ve­ments so­ciaux d’aujourd’hui ont in­térêt de mé­diter». À la base, il y a l’essor du ca­pi­ta­lisme, qui fait du tra­vail une mar­chan­dise. Le tra­vail sa­larié de­vient «la seule forme d’accès aux res­sources pour les employés-salariés. Or ce rap­port sa­la­rial est fait d’instrumentalisation. La lo­gique de fonc­tion­ne­ment du ca­pi­ta­lisme est l’accumulation du ca­pital par le rap­port sa­la­rial qui re­pose sur la conflictualité».

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Intervention de Thomas Lebel
Le socialisme du vingtième-et-unième siècle : Le laboratoire latino-américain
Université d'été des NCS 2010

Thomas Lebel tra­vaille pré­sen­te­ment à une thèse de doc­torat sur ce so­cia­lisme du vingtième-et-unième siècle qu’on dit émerger au Ve­ne­zuela et ailleurs en Amé­rique la­tine. Selon Lebel qui est in­ter­venu à l’Université des NCS, «trop sou­vent les in­tel­lec­tuels sont en re­tard sur la réa­lité». Il note que de­vant les nou­veaux pro­jets en Amé­rique la­tine, on peine à suivre les chan­ge­ments en cours. «Au centre du pro­cessus bo­li­va­rien au Ve­ne­zuela, il y a l’idée de re­cons­truire un État so­cial fort, re­dis­tri­bu­teur, qui as­sure des ser­vices et res­pecte des droits». Concrè­te­ment, cette re­cons­truc­tion passe par la ré­cu­pé­ra­tion des res­sources na­tu­relles, ce qui veut dire le contrôle sur les in­dus­tries extractives.

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Intervention de Philippe Hurteau et d'Éveline Couturier
Comment la crise se traduit au Québec
Université d'été des NCS

Selon Phi­lippe Hur­teau et Éve­line Cou­tu­rier qui sont cher­cheurs avec l’IRIS, la crise ac­tuelle est pour les do­mi­nants, une «op­por­tu­nité» pour ac­cé­lérer et ap­pro­fondir le tour­nant néo­li­béral en­tre­pris de­puis une tren­taine d’années. Les cher­cheurs lors d’une pré­sen­ta­tion à l’Université d’été des NCS ont sou­ligné que le néo­li­bé­ra­lisme avait bien uti­lisé, pour le dis­cré­diter les failles du ré­gime key­né­sien an­té­rieur. «En réa­lité, soulignent-ils, le key­né­sia­nisme avait été in­ca­pable d’assurer pour tous le filet so­cial qui de­vait tem­po­riser les in­éga­lités tout en main­te­nant les in­éga­lités de classe». Les do­mi­nants ont ha­bi­le­ment ca­pi­ta­lisé sur le mé­con­ten­te­ment des classes po­pu­laires face à un État opaque, et «où le pou­voir des ci­toyens était très ré­duit, pour af­firmer la né­ces­sité d’introduire des re­la­tions mar­chandes dans la ges­tion pu­blique». C’est ainsi que la gauche se trouve ac­tuel­le­ment dans une si­tua­tion pa­ra­doxale. «On veut pré­server cer­tains ac­quis, mais on peut dif­fi­ci­le­ment at­ta­quer l’État-providence, alors que la droite a champ libre pour pro­poser ses alternatives».

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Intervention de Maxime Ouellette
Les mutations du capitalisme
Université d'été des NCS 2010

Pour Maxime Ouellet, chargé de cours en so­cio­logie à l’UQAM et in­ter­ve­nant à l’Université d’été des NCS, il faut ana­lyser l’évolution du ca­pi­ta­lisme contem­po­rain en al­lant «au-delà de la sur­face». Contrai­re­ment à une cer­taine image ré­pandue par les mé­dias, le néo­li­bé­ra­lisme ne mène pas à «moins d’État», mais plutôt à une autre sorte d’État. «En fin de compte es­time Ouellet, le néo­li­bé­ra­lisme ex­prime un nou­veau com­promis so­cial au sein des do­mi­nants, un com­promis do­miné par une over­class». «L’État ne dis­pa­raît pas, mais se re­dé­ploie dans la mar­chan­di­sa­tion en fai­sant passer le «wel­fare state» au work­fare state». Cet «im­mense pro­cessus de ré­in­gé­nierie so­ciale» re­pose sur une bu­reau­cra­ti­sa­tion en­core plus opaque, ca­chée ou fi­na­le­ment, l’individu «en­tre­pre­neu­rial» doit être li­béré de toute imputabilité.

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