Thème

Chantiers théoriques

 
Article 7
Les deux mouvements de la révolution russe
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­ti­que en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­ti­que est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peu­ples « bar­ba­res ». Depuis, la situa­tion a quel­que peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­lai­res des 15 der­niè­res années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en déga­gent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nis­tes ?


Dans le déve­lop­pe­ment de la Révolution russe, pré­ci­sé­ment parce que c’est une véri­ta­ble révo­lu­tion popu­laire qui a mis en mou­ve­ment des dizai­nes de mil­lions d’hommes, on observe une remar­qua­ble conti­nuité des étapes. Les évé­ne­ments se suc­cè­dent comme s’ils obéis­saient aux lois de la pesan­teur. Le rap­port mutuel des forces est véri­fié à chaque étape de deux façons : d’abord les masses mon­trent la puis­sance de leur impul­sion ; ensuite, les clas­ses pos­sé­dan­tes, s’efforçant de pren­dre leur revan­che, n’en décè­lent que mieux leur iso­le­ment.

En février, les ouvriers et les sol­dats de Petrograd s’étaient sou­le­vés non seule­ment malgré la volonté patrio­ti­que de toutes les clas­ses culti­vées, mais aussi en dépit des cal­culs des orga­ni­sa­tions révo­lu­tion­nai­res. Les masses se mon­trè­rent irré­sis­ti­bles. Si d’elles-mêmes elles s’en étaient rendu compte, elles seraient deve­nues le pou­voir. Mais il n’y avait pas encore à leur tête de parti révo­lu­tion­naire puis­sant et consa­cré. Le pou­voir tomba dans les mains de la démo­cra­tie petite-bour­geoise, camou­flée sous les cou­leurs du socia­lisme. Les men­che­viks et les socia­lis­tes révo­lu­tion­nai­res étaient inca­pa­bles de faire de la confiance des masses un autre usage que celui d’appeler au gou­ver­nail la bour­geoi­sie libé­rale, laquelle, à son tour, ne pou­vait se dis­pen­ser de mettre le pou­voir dont l’investissaient les conci­lia­teurs au ser­vice des inté­rêts de l’Entente.

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Alan Sennett, Revolutionary Marxism in Spain, 1930-1937,
Sur l’histoire de la révolution et de sa défaite dans l’Espagne des années 1930-1940
Un livre d'une grande portée éducative
mardi 21 février 2017
Chantiers théoriques

L’étude que pré­sente Alan Sennett sur le mar­xisme révo­lu­tion­naire en Espagne est impor­tante, tant par son objet que par les thèmes spé­ci­fi­ques qu’il ana­lyse. La période cou­verte voit en effet les conflits de classe se tendre pro­gres­si­ve­ment jusqu’à un point de rup­ture, situa­tion qui amène la for­ma­tion puis l’élection en février 1936 du Front popu­laire espa­gnol ; les chan­ge­ments voulus par le peuple des cam­pa­gnes et des villes sont mul­ti­ples, démo­cra­ti­ques et sociaux : les pay­sans « occu­pent de gran­des pro­prié­tés ter­rien­nes», les grèves ouvriè­res pro­li­fè­rent, on exige « la des­truc­tion des orga­ni­sa­tions fas­cis­tes » (p.316), si bien qu’un groupe de géné­raux, à la tête des­quels se trouve notam­ment le Général Franco, s’engage dans un Coup d’État qu’il veut pré­ven­tif le 17 juillet sui­vant. L’effet direct du Coup, cepen­dant, s’avère dia­mé­tra­le­ment contraire à ce qu’en atten­daient les géné­raux : plutôt que de pré­ve­nir le déclen­che­ment d’un pro­ces­sus de révo­lu­tion ouverte, leur ten­ta­tive le sus­cite direc­te­ment et le jus­ti­fie. Des mili­ces ouvriè­res et anti­fas­cis­tes sont for­mées alors que s’engage par la base syn­di­cale la col­lec­ti­vi­sa­tion d’entreprises et que s’élargit l’appropriation de grands domai­nes agri­co­les. Débutent trois lon­gues années d’une guerre civile féroce et sans merci, et d’un gou­ver­ne­ment de Front popu­laire qui, écrit Sennett, en vien­dra éga­le­ment à mener « une guerre civile dans la guerre civile», c’est-à-dire un gou­ver­ne­ment qui visera à conte­nir puis à faire régres­ser sur le ter­ri­toire qu’il contrôle le pro­ces­sus de la révo­lu­tion et les acquis des pre­miers mois de son dérou­le­ment. La défaite défi­ni­tive aux mains du fas­cisme fran­quiste -appuyé par l’Église « et les tra­di­tio­na­lis­tes catho­li­ques, les monar­chis­tes, les ban­quiers, les indus­triels, les grands pro­prié­tai­res ter­riens » (p.316) – sur­vient quand les trou­pes insur­gées réus­sis­sent fina­le­ment à sub­ju­guer l’héroïque Catalogne en mars 1939. Plus la guerre civile se pour­sui­vait, plus il devint clair, par ailleurs, que « cer­tai­ne­ment la Grande Bretagne et peut-être même la France et les États-Unis sup­por­taient taci­te­ment Franco » (p.319), comme option la mieux en mesure de réins­tau­rer le règne sans par­tage de la pro­priété privée et d’une hié­rar­chie des pou­voirs l’assurant. Le pays entra alors en 1939 dans une période de dic­ta­ture fas­ciste qui allait durer trente-six années.

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Article 6
Les impasses de la révolution russe
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­ti­que en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­ti­que est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peu­ples « bar­ba­res ». Depuis, la situa­tion a quel­que peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­lai­res des 15 der­niè­res années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en déga­gent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nis­tes ?


De la cri­ti­que que font Trotski et Lénine des ins­ti­tu­tions démo­cra­ti­ques, il res­sort qu’ils repous­sent en prin­cipe les repré­sen­ta­tions natio­na­les éma­nant d’élections géné­ra­les et ne veu­lent s’appuyer que sur les soviets. Mais alors pour­quoi a-t-on pro­clamé le suf­frage uni­ver­sel ? C’est ce qu’on ne voit pas très bien. D’ailleurs, autant que nous sachions, ce suf­frage uni­ver­sel n’a jamais été appli­qué : on n’a jamais entendu parler d’élections à aucune sorte de repré­sen­ta­tion popu­laire faite sur cette base. Il est plus pro­ba­ble qu’il n’est resté qu’un droit théo­ri­que, exis­tant uni­que­ment sur le papier, mais, tel qu’il est, il n’en consti­tue pas moins un pro­duit très remar­qua­ble de la théo­rie bol­che­viste de la dic­ta­ture. Tout droit de vote, comme d’ailleurs tout droit poli­ti­que, doit être mesuré, non pas d’après des sché­mas abs­traits de jus­tice et autres mots d’ordre tirés de la phra­séo­lo­gie bour­geoise-démo­cra­ti­que, mais d’après les condi­tions éco­no­mi­ques et socia­les, pour les­quel­les il est fait. Le suf­frage éla­boré par le gou­ver­ne­ment des soviets est pré­ci­sé­ment cal­culé en vue de la période de tran­si­tion de la forme de société bour­geoise-capi­ta­liste à la forme de société socia­liste, en vue de la période de dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat. Conformément à l’interprétation de cette dic­ta­ture, que repré­sen­tent Lénine et Trotski, ce droit n’est accordé qu’à ceux qui vivent de leur propre tra­vail, et refusé aux autres.

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Article 5
Lénine, lecteur de Hegel (1)
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­ti­que en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­ti­que est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peu­ples « bar­ba­res ». Depuis, la situa­tion a quel­que peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­lai­res des 15 der­niè­res années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en déga­gent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nis­tes ?


Irruption du mas­sa­cre de masse au cœur des pays impé­ria­lis­tes après un siècle de rela­tive « paix » interne, le moment de la Première Guerre mon­diale est simul­ta­né­ment celui de l’effondrement de son oppo­sant his­to­ri­que, le mou­ve­ment ouvrier euro­péen, essen­tiel­le­ment orga­nisé dans la Deuxième Internationale. Si l’on consi­dère que ce second désas­tre frappe cette vérité poli­ti­que même qui est née en réponse au pre­mier, et qui s’est nommée « Octobre 17 », et tout autant : « Lénine », c’est alors la boucle du « court ving­tième siècle » qui s’est refer­mée sur cette désas­treuse répé­ti­tion. Paradoxalement donc, le moment n’est peut-être pas si mal choisi pour repren­dre les choses par le début, à l’instant où, dans la boue et le sang qui sub­merge l’Europe en cet été 1914, le siècle surgit.

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Art, culture et politique
Dada et avant-garde russe : sur les liens entre l’art, la politique et la révolution…
dimanche 5 février 2017
Chantiers théoriques

1916. Il y a un peu plus d’un siècle, voyait le jour en Suisse le mou­ve­ment Dada. Ce mou­ve­ment artis­ti­que a été créé lors de la Grande Guerre de 1914-1918. À cette occa­sion, des artis­tes sor­tent de leur iso­le­ment et déci­dent de pren­dre posi­tion contre ce grand car­nage humain qui déchire les pays civi­li­sés d’Europe. Certains mem­bres de ce groupe ten­te­ront, à l’instar du cou­rant artis­ti­que de l’Avant-garde russe, de jouer un rôle pivot impor­tant dans la défi­ni­tion des liens à créer entre l’art, la poli­ti­que et la révo­lu­tion. Je vous pro­pose, dans les lignes qui sui­vent, une réflexion cri­ti­que autour des notions sui­van­tes : « Dada », « Avant-garde russe », art, poli­ti­que et révo­lu­tion.

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Article 4
Un Octobre pour nous, pour la Russie et pour le monde entier
1917-2017 -- Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­ti­que en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­ti­que est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peu­ples « bar­ba­res ». Depuis, la situa­tion a quel­que peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­lai­res des 15 der­niè­res années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en déga­gent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nis­tes ?


Appel lancé par dix-sept intel­lec­tuels et artis­tes russes, dont Alexander Buzgalin*

(…)

Une révolution sociale

La révo­lu­tion d’octobre n’a pas été le fait de conspi­ra­teurs ou d’agents secrets au ser­vice de l’étranger. Elle fut un trem­ble­ment de terre, un oura­gan, un tsu­nami que per­sonne n’aurait pu pro­vo­quer par un simple appel. La révo­lu­tion naquit de la logi­que interne des évé­ne­ments quand les sour­ces mul­ti­ples du mécon­ten­te­ment popu­laire ont convergé en un seul tor­rent tout-puis­sant. L’interpréter comme le pro­duit d’une conspi­ra­tion est pour le moins étrange : à sup­po­ser que cela soit vrai, com­ment expli­quer la mise en place rapide d’un gou­ver­ne­ment cen­tral dans un pays immense et le sou­tien du peuple russe qui le défen­dit par les armes pen­dant la guerre civile ?

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Article 3
L’État et la révolution
1917-2017 Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie


2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­ti­que en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­ti­que est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peu­ples « bar­ba­res ». Depuis, la situa­tion a quel­que peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­lai­res des 15 der­niè­res années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en déga­gent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nis­tes ?


De Marx à 1917

La seule « cor­rec­tion » que Marx ait jugée néces­saire d’apporter au Manifeste com­mu­niste, il la fit en s’inspirant de l’expérience révo­lu­tion­naire des com­mu­nards pari­siens. La der­nière pré­face à une nou­velle édi­tion alle­mande du Manifeste com­mu­niste, signée de ses deux auteurs, est datée du 24 juin 1872. Karl Marx et Friedrich Engels y décla­rent que le pro­gramme du Manifeste com­mu­niste « est aujourd’hui vieilli sur cer­tains points ». La Commune a démon­tré que la classe ouvrière ne peut pas se conten­ter de pren­dre la machine de l’État toute prête et de la faire fonc­tion­ner pour son propre compte.

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Article 2
Octobre 1917 à l’épreuve de l’histoire
1917-2017 Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie


2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­ti­que en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­ti­que est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peu­ples « bar­ba­res ». Depuis, la situa­tion a quel­que peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­lai­res des 15 der­niè­res années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en déga­gent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nis­tes ?


La révo­lu­tion d’Octobre a pro­fon­dé­ment marqué l’histoire du XXe siècle (1). Elle a sus­cité de nom­breu­ses polé­mi­ques, des jus­ti­fi­ca­tions et des pro­cla­ma­tions idéo­lo­gi­ques, des images d’Épinal et des condam­na­tions sans appel qui se confon­dent, pour de nom­breux obser­va­teurs, avec la réa­lité. La per­pé­tua­tion de ces repré­sen­ta­tions ancrées dans l’événement fon­da­teur que fut la prise du Palais d’hiver contri­bue à mas­quer, dans l’esprit de beau­coup, la réa­lité. Ainsi, en 1917, ce qui pré­do­mi­nait était le bou­le­ver­se­ment géné­ral (armée, police, appa­reil d’État, milieux éco­no­mi­ques, opi­nions et per­cep­tion de la vie poli­ti­que) et un chaos qui allait pro­fon­dé­ment peser sur les choix des bol­che­viks. À plu­sieurs repri­ses d’ailleurs, ce qui se joue sur la scène sovié­ti­que n’a pas de rap­port avec le décor et les dis­cours. Conséquence : une his­toire pleine de sur­pri­ses car elle a pour cadre un espace por­teur de crises, où les fac­teurs de décom­po­si­tion ont agi avec une vio­lence par­ti­cu­lière et où les fac­teurs de recom­po­si­tion ont pris des formes sur­pre­nan­tes. Tout sys­tème, pré­sent ou passé, doit être ana­lysé du point de vue de ses forces vives, de sa capa­cité ou non à se réfor­mer, et donc à trou­ver une nou­velle vita­lité en aban­don­nant une orien­ta­tion dan­ge­reuse. Les idéo­lo­gies sont sou­vent aveu­glan­tes, car elles pra­ti­quent l’autocélébration : elles amè­nent les êtres humains à oublier que le régime sous lequel ils vivent et qu’ils consi­dè­rent comme plus sou­hai­ta­ble a com­mencé à fonc­tion­ner selon d’autres règles, sous l’action de fac­teurs éco­no­mi­ques et sociaux dis­sol­vants, capa­bles de le vider de sa sub­stance et de n’en lais­ser sub­sis­ter que les appa­ren­ces. Une telle situa­tion peut être com­pa­rée à un théâ­tre où le décor et l’action n’ont rien à voir. Le décor est celui d’une autre pièce, appar­te­nant à une autre époque ; quant à l’action qui se joue, elle mène tout à fait ailleurs.

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Article 1
Relire la révolution russe
1917-2017 : Centième anniversaire de la révolution soviétique en Russie

2017 marque le cen­tième anni­ver­saire de la révo­lu­tion sovié­ti­que en Russie. Pendant plu­sieurs années et notam­ment pen­dant la longue période durant laquelle a dominé la « pensée unique » néo­li­bé­rale et conser­va­trice, cet évè­ne­ment mar­quant dans l’histoire a été « évacué » des débats et même de l’enseignement de l’histoire. Parallèlement, selon les intel­lec­tuels de ser­vice de ce grand virage, la révo­lu­tion sovié­ti­que est deve­nue le point de départ du « tota­li­ta­risme », d‘une « guerre des civi­li­sa­tions » entre l’« Occident » moderne et les peu­ples « bar­ba­res ». Depuis, la situa­tion a quel­que peu changé. Devant l’impulsion des grands mou­ve­ments popu­lai­res des 15 der­niè­res années, la flamme de l’émancipation renaît. Et aussi, de plus en plus, on regarde der­rière avec un autre œil : qu’est-ce qui s’est réel­le­ment passé en 1917 ? Pourquoi cette révo­lu­tion qui a « ébranlé le monde », selon l’expression consa­crée de John Reed, s’est trans­for­mée ? Quelles sont les leçons qui s’en déga­gent ? Qu’est-ce qu’en ont dit les prin­ci­paux pro­ta­go­nis­tes ?


En 1917, les gran­des puis­san­ces se dres­sent les unes contre les autres dans une foire d’empoigne inter impé­ria­liste. Dans les tran­chées, c’est une véri­ta­ble bou­che­rie où cou­lent des flots de sang pro­lé­taire et popu­laire écla­bous­sant un corps social pour­ris­sant. Pourtant pres­que par­tout, l’opinion popu­laire est pro guerre, empor­tée par une fer­veur natio­na­liste mani­pu­lée par la droite et l’extrême droit. Pire encore, ce patrio­tisme mal placé est endossé par les prin­ci­paux mou­ve­ments socia­lis­tes. Certes, il y a des excep­tions : ici et là, des mou­ve­ments, des intel­lec­tuels, quel­ques partis de gauche, rechi­gnent, mais sans grand impact. Sauf en Russie.

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Recension
La puissance du commun

Après Empire et Multitude, Michael Hardt et Antonio Negri pour­sui­vent, dans Commonwealth, leur cri­ti­que radi­cale, où l’inspiration de Marx se fait plus sen­si­ble que jamais, de notre moder­nité éco­no­mi­que.

Recensé : Michael Hardt, Antonio Negri, Commonwealth, The Belknap Press of Harvard University Press, 2009, 434 p.

Les lec­teurs d’Empire et de Multitude1 retrou­ve­ront dans le der­nier ouvrage de Michael Hardt et d’Antonio Negri le style et les thèmes qui leur sont fami­liers. Alliant puis­sance spé­cu­la­tive, audace dans le diag­nos­tic socio­lo­gi­que et fer­meté révo­lu­tion­naire, les deux auteurs conti­nuent à pré­ci­ser et à enri­chir cette « vision du monde » phi­lo­so­phico- poli­ti­que si ori­gi­nale et si sédui­sante qui, ces der­niè­res années, leur a attiré tant de sym­pa­thie dans les milieux les plus divers. Il y a cepen­dant du neuf dans Commonwealth.

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