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	<title>Nouveaux Cahiers du socialisme &#187; Socialisme / Anticapitalisme</title>
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	<description>Faire de la politique autrement, ici et maintenant...</description>
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		<title>Qu’est-ce que « l’écosocialisme » ?</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Jan 2012 04:18:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Capitalisme / Néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans un livre qui vient de paraître, Michael Löwy propose de faire le point sur un courant qui se structure peu à peu depuis une dizaine d’années : l’écosocialisme. L’écosocialisme, dit-il, se fonde sur un constat : celui d’une incompatibilité entre capitalisme et écologie. Rappelant le constat de dégradation écologique de la planète, l’inaction internationale, l’attitude de [...]]]></description>
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<p align="JUSTIFY">Dans un livre qui vient de paraître, Michael Löwy propose de faire le point sur un courant qui se structure peu à peu depuis une dizaine d’années : l’écosocialisme.</p>
<p align="JUSTIFY">L’écosocialisme, dit-il, se fonde sur un constat : celui d’une incompatibilité entre capitalisme et écologie. Rappelant le constat de dégradation écologique de la planète, l’inaction internationale, l’attitude de « l’oligarchie », qui continue de vouloir gérer ses intérêts et ses parts de marché plutôt que de faciliter l’évolution des modes de vie, Michael Löwy estime qu’une certaine écologie, qui cherche à composer avec le marché, se leurre et s’illusionne sur ce qu’elle peut réellement obtenir. L’écosocialisme est la seule issue ; paraphrasant Castoriadis pour Löwy l’enjeu est : « écosocialisme ou barbarie ».<span id="more-8328"></span></p>
<p align="JUSTIFY">Une telle prise de position implique bien entendu de revisiter quelque peu le terme « socialisme », et à ce sujet les propos de l’auteur ont bien évolué. La première déclaration écosocialiste était en effet assez proche de la position anticapitaliste classique, qui consiste à ajouter l’écologie parmi les méfaits du capitalisme, sans changer le corps de l’analyse : le capital détruit la nature comme il détruit les travailleurs, la solution est toujours le socialisme. Une telle analyse ne convainc guère les écologistes, car elle fait l’économie d’une explication démontrant ce qui, chez les socialistes, a poussé au productivisme que chacun a pu constater soit en Union Soviétique soit dans les positions actuelles du Front de Gauche, ou encore du Parti dit « socialiste ».</p>
<p align="JUSTIFY">Elle fait aussi l’économie d’une réflexion sur la stratégie à adopter. Sachant que les mouvements ouvriers ne portent guère de revendications écologistes – comme le montrent encore les revendications de Lutte Ouvrière, du Front de Gauche ou des syndicats — il est à craindre avec ce raisonnement que la planète ne soit détruite, avec la contribution active des mouvements ouvriers, avant que le socialisme ne soit atteint. La seule mouvance qui soit véritablement écosocialiste, au sens où elle intègre les revendications sociales et des revendications écologistes qui ne soient pas repoussées après l’abolition du capitalisme sont les Alternatifs et dans une moindre mesure le courant Utopia. Ils sont très minoritaire dans le paysage politique socialiste, et ils portent une analyse très différente des choses – depuis longtemps. La Déclaration écosocialiste de Bélem (2008) montre que ces remarques ont été prises en compte puisque de nouveaux mouvements sociaux, notamment écologistes, ont pleinement droit de cité. Les mouvements de la décroissance, en particulier, après avoir été raillés et décriés par certains écosocialistes, sont désormais jugés dignes d’intérêt.</p>
<p align="JUSTIFY">Cela se traduit aussi dans la lecture de Marx que propose l’auteur. A John Bellamy Foster, qui cherche à démontrer que Marx était écologiste avant l’heure, Löwy reproche d’avoir une lecture excessivement bienveillante, passant sous silence les passages qui font du développement des forces productives une composante révolutionnaire. En effet chercher à réhabiliter Marx en bloc est certainement une impasse, car il faudrait non seulement se mettre d’accord sur une lecture de Marx, mais en plus expliquer pourquoi, depuis plus d’un siècle, la quasi-totalité des lecteurs de Marx et d’Engels ont négligé la dimension écologique de leurs écrits, si elle était aussi visible que le dit Foster. Cela fait quand même beaucoup de mauvais lecteurs. Il faudrait aussi expliquer pourquoi les mouvements ouvriers se sont largement reconnus chez Marx, alors qu’ils ne sont pas spontanément portés à l’écologie, pour de multiples raisons dont beaucoup sont tout-à-fait légitimes, compte-tenu de leur situation. La voie empruntée par Löwy est de très loin celle qui est préférable, car elle n’implique ni de tordre les textes ni de tordre l’histoire, évitant ainsi d’engendrer des débats intellectuels sans fin entre spécialistes. L’écologie est bien un sujet marginal chez Marx et Engels, et les socialismes réellement existants ont bien eu tendance, pendant près d’un siècle, à mettre le développement des forces productives au centre de la stratégie révolutionnaire, estimant d’une part que l’anarchie capitaliste freinait cette expansion, et d’autre part que l’objectif ultime de la révolution était de mettre ces forces au service de ceux qui les produisaient : les prolétaires, les travailleurs. Les combats n’ont pas été dénués de justification pour autant, ils répondaient et répondent encore à une nécessité et à un contexte spécifique avec lequel il faut compter si on veut construire une stratégie écosocialiste ou même écologiste. Mais ceci explique que les écologistes aient été considérés comme des « ennemis de classe », des « petits-bourgeois » ou au mieux un « front secondaire ». Et ceci explique aussi qu’on ne puisse pas attendre des écologistes, qui ont trouvé sur le chemin, depuis plus de quarante ans, les mouvements ouvriers et leurs organisations, qu’ils se rallient au « socialisme », comme si ce terme était le seul signifiant possible pour des mouvements cherchant à construire un monde meilleur.</p>
<p align="JUSTIFY">La situation n’a pas toujours été celle-là. Michaël Löwy, à faire naître « l’écosocialisme » dans les années 2000, passe sous silence le fait que les écologistes se réclamaient fréquemment du socialisme, dans les années 70, bien qu’ils n’en aient pas une connaissance théorique approfondie, et qu’ils distinguent soigneusement ce socialisme du stalinisme et du « centralisme démocratique ». Claude-Marie Vadrot expliquait en 1978 qu’après tout « le socialisme, c’est peut-être les soviets – les comités de quartier ou de village – plus l’énergie solaire » (Histoire d’une subversion, p. 233). Yves Lenoir, l’une des grandes figures de la lutte antinucléaire, n’avait aucune opposition de principe : « en économie socialiste un modus vivendi plus acceptable est théoriquement possible. Cela présuppose l’abandon de la course à la puissance, un retour progressif à l’autarcie économique… on n’en voit la trace nulle part dans les déclarations des leaders de la gauche. Cependant la qualité de vie se dégrade tant qu’il faut bien en parler et commencer à prendre des mesures » ( Technocratie française, Pauvert, 1977, p. 259). Pour lui le problème du socialisme c’était surtout de savoir qui l’instaurerait (p. 156). Pour Philippe Lebreton, le problème était l’incapacité de la gauche à construire un socialisme véritable, qui ne soit pas un capitalisme d’Etat (L’Ex-croissance, Denoël, 1978, p. 161) ; il estime dans ce contexte que « l’écologisme prend en charge les défaillances du socialisme », et en prend le relais (Ibid., p. 307). Pour Serge Moscovici l’écologisme s’inspire ouvertement du socialisme (Jean-Paul Ribes, Pourquoi les écologistes font-ils de la politique, Seuil, 1978, p. 52). Il y a une divergence sur l’analyse de la situation, pour les socialistes la crise est temporaire, ils s’opposent donc à l’austérité. Pour les écologistes, dit Moscovici, c’est une crise de la croissance, vouloir corriger les erreurs et redémarrer comme avant, même en planifiant, est une erreur fondamentale (p. 61). Au caractère petit-bourgeois du mouvement écologiste Daniel Cohn-Bendit répond en 1981 dans un débat avec Castoriadis que les représentants des ouvriers ont généralement été des bourgeois (Castoriadis &amp; Daniel Cohn-Bendit, De l’écologie à l’autonomie, Seuil, 1981, p. 67). La « société alternative » que Dominique Allan-Michaud propose comme solution est explicitement ancrée dans un socialisme non-autoritaire, associationniste<a name="sdfootnote1anc" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote1sym"></a><sup>1</sup>, estimant notamment que libéralisme et socialisme d’Etat sont coupables de mener une politique d’assistance. Pour lui il ne fait pas de doute que le réoutillage proposé par Ivan Illich et les organisations communautaires mises en avant par Ernst Schumacher (<em>Small is beautiful) ou Jacques Ellul etc. sont liés aux idéaux socialistes </em>(Dominique Allan-Michaud p. 117). Le Texte de base des Amis de la Terre comporte de nombreux appels à l’autogestion. Et l’écosocialisme était déjà choisi par le Mouvement Ecologique, cet ancêtre des Verts, en 1975 (Dominique Allan-Michaud p. 177).</p>
<p align="JUSTIFY">Löwy oublie aussi un autre courant : celui qui va du socialisme à l’écologisme, particulièrement quand, dans les années 90, les déçus du socialisme voient dans les Verts, affaiblis par la création de Génération Ecologie par Mitterrand, une ouverture pour mener de nouveaux combats, plus en cohérence avec leurs valeurs, forçant les « centristes » de Waechter à former un nouveau parti, le MEI. Ce courant « écosocialiste », d’une certaine manière, estime que le vert est l’avenir du rouge, et non l’inverse – ainsi Alain Lipietz, André Gorz ou Frieder Otto Wolf, très lié aux Verts allemands, ou encore de Jean-Paul Deléage, le directeur de la revue <em>Ecologie &amp; </em>Politique. Alain Lipietz, dans un texte célèbre, résume bien la situation<a name="sdfootnote2anc" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote2sym"></a><sup>2</sup>. Marx, comme boussole et « pour se reconnaître dans une situation concrète et comme guide pour l’action transformatrice de la société » (p. 181), doit être dépassé. L’écologisme présente certains points communs avec le marxisme, comme le matérialisme (l’explication du monde par le recours aux forces empiriques), la dialectique (l’écologisme, comme Marx à ses origines, se présente comme une critique de l’ordre existant, plus que comme l’exaltation d’une solution), l’historicisme (l’idée qu’un grand changement doit s’imposer, que les temps sont venus) et le progressisme politique. Mais il diverge sur un point essentiel : le « progrès des forces productives » (p. 183). C’est <em>la </em>différence que Lipietz met en avant entre les deux matrices de pensée, à juste titre. Vu la centralité de cette thèse dans le corpus marxiste orthodoxe, cela entraîne toute une série de conséquences : pas de prééminence de l’économique sur les autres formes de rapports sociaux et en particulier importance redonnée à l’action politique ; critique de la technologie ; abandon du primat du mouvement ouvrier et de la prééminence de la production ; conception de la révolution comme une « révolution moléculaire » procédant par microcoupures, selon le terme emprunté à Félix Guattari qui rejoint les Verts à cette époque-là, peu avant de disparaître, laissant en testament un ouvage : « Les trois écologies »<a name="sdfootnote3anc" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote3sym"></a><sup>3</sup>, qui malgré son titre est plus proche du marxisme classique que de l’écologisme. Pour Lipietz Marx doit être laissé de côté, ramené à un auteur parmi d’autres, et un nouveau corps de doctrine doit être construit. En 1995 Lipietz estimait que c’est le socialiste James O’Connor qui a, à ce jour, fourni la proposition la plus convaincante.</p>
<p align="JUSTIFY">Michael Löwy appartient en fait au troisième courant, celui qui cherche à faire le mouvement inverse de celui opéré par Lipietz : intégrer l’écologie dans le socialisme. Il conserve donc quelques traits typiquement « socialistes » qui peuvent heurter d’autres mouvements, écologistes et libertaires, notamment, et se définit en s’opposant à un écologisme non-socialiste. Le problème ici est que l’auteur procède plusieurs fois par la caricature à propos de certains courants écologistes, demandant par exemple au lecteur, pour lui démontrer l’impasse de « l’écologie profonde », si le bacille de Koch a le même droit à la vie qu’un enfant malade de la tuberculose. La réponse est très simple : une telle affirmation n’a évidemment jamais été soutenue par personne. On comprend mal, aussi, pourquoi Ernst Schumacher, l’auteur de <em>Small is Beautiful</em> est stigmatisé pour son utopie de révolution par le bas, par l’organisation de milliers de communautés en rupture avec le système, alors que la même idée, quand elle vient de Joel Kovel, est jugée digne d’intérêt (p. 169). Enfin pourquoi Latouche n’est-il cité que par un seul article, volontairement provocateur, alors qu’il a écrit plusieurs livres soutenant des thèses qui sont assez proches de celles de Löwy ? De tels dérapages sont dommageables dans un ouvrage qui est par ailleurs assez équilibré et fidèle aux positions des uns et des autres. Löwy reconnaît toutefois l’importance des courants écologistes dans l’altermondialisme, « dès Seattle » en 1999. Du côté écologiste on aura une lecture sensiblement différente, estimant que l’engagement dans ce qui sera ultérieurement appelé « altermondialisme » a commencé dès le Sommet de Stockholm. Les contre-sommets écolo existent en effet depuis 1972, et les contre-G7 depuis le début des années 80.</p>
<p align="JUSTIFY">Plus grave, cependant, ces approximations conduisent à passer trop rapidement sur le débat sur la valeur. Löwy estime qu’il s’agit pour l’essentiel d’un malentendu (p. 83). Ce n’est pas le cas, et cela explique toute l’importance de la deep ecology. Jean-Marie Harribey écrit que « la théorie dite de la valeur-travail exprime deux points fondamentaux pour une problématique écologiste : d’une part ‘c’est la loi du moindre effort pour la production d’une valeur d’usage’  dit J. Bidet (1999 p. 295), et, d’autre part, c’est la critique de la production pour le profit au détriment des besoins sociaux […] La théorie de la valeur est donc au centre d’une théorie générale intégrant l’écologie et l’organisation sociale »<a name="sdfootnote4anc" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote4sym"></a><sup>4</sup>. Löwy aussi, tout en se disant favorable au développement qualitatif, et donc en rejetant l’économisme, soutient malgré tout Gorz pour qui que seul le socialisme peut procurer « le maximum de satisfaction avec le minimum de dépense » (p. 171). Si les écologistes peuvent s’accorder avec la valeur-travail comprise comme principe critique de répartition de la production, ils ne s’accorderont pas avec cette seconde thèse, car cette « loi du moindre effort » se confond pratiquement avec l’efficacité économique classique : 5 km en voiture est moins fatiguant que 5 km à pied ; produire 100 voitures avec des machines est moins fatiguant que les produire à la main. Du côté de la production Löwy assortit cette clause de la réduction du temps de travail — et les écologistes eux-mêmes, depuis les années 70, mettent en avant cet élément<a name="sdfootnote5anc" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote5sym"></a><sup>5</sup>. Mais ça n’en revient pas moins à mettre les « gains de productivité » au cœur du processus productif, alors que l’approche écologiste radicale, issue précisément de la deep ecology, est de prendre en compte la nature dans la production, ce qui du coup revient à changer complètement de critère au profit de l’équilibre dans les échanges avec la nature. Un critère biocentrique que Löwy récuse sans vraiment le récuser puisqu’il intègre malgré tout dans son éthique le principe responsabilité de Hans Jonas, dont il semble ignorer qu’il est fondé sur le respect de la nature (éco– ou biocentrisme) et non sur les intérêts humains (anthropocentrisme). On pourrait objecter que ce que l’on a en tête est « le moindre effort compte-tenu des externalités, qu’on aurait internalisées » mais du coup nous voilà renvoyés à la même problématique puisque le critère pour justifier l’internalisation devra être écocentrique ou biocentrique.</p>
<p align="JUSTIFY">L’insistance sur la planification, bien qu’agrémentée de précautions rhétoriques sur la décentralisation et l’entrée des consommateurs, féministes etc. dans les conseils, conserve d’ailleurs un goût de « centralisme démocratique » qui ne plaira pas à tous les mouvements qui s’accorderaient pourtant sur les buts proposés par l’auteur. Même si ce dernier se défend de vouloir planifier l’activité des boulangers et des artisans, la mise en cause du capitalisme tend malgré tout à intégrer tout ce qui est marchand, sans distinction. Ce qui renforce ce sentiment est la relative faiblesse de l’analyse de la bureaucratie, et donc du « capitalisme d’Etat » — un paradoxe pour un théoricien issu du trotskisme. Illich, dont les thèses rejoignent pourtant largement celles de l’auteur (défense d’une « économie morale » à la E.P. Thompson, sensibilité au rôle possible des religions etc.) n’est pas exemple jamais cité. Löwy se défend se faire le jeu de toute forme de bureaucratie mais il ne produit pas d’analyse de cette question, à proprement parler. Le point positif, toutefois, dans ce registre, est celui-ci : l’auteur reconnaît qu’on ne peut s’approprier ni l’Etat ni le système productif sans qu’aussitôt ce soit celui-ci qui s’empare de nous. Qu’il se fonde sur le Marx qui analyse la Commune de Paris importe peu, dans ce contexte ; d’autres courants idéologiques se fonderont sur d’autres auteurs et d’autres exemples, en fonction de leur tradition propre. Ce qui compte est que l’obstacle soit enfin reconnu, et que du coup soient reconnues les raisons de l’engagement écologiste, contre les infrastructures, contre la publicité etc. et cela en général en position de contre-pouvoir plutôt que de prise de pouvoir.</p>
<p align="JUSTIFY">La critique de « l’écologie de marché » reste de son côté un peu trop sous-déterminée pour qu’on puisse réellement savoir de quoi et qui il s’agit. On pense évidemment aux célèbres permis à polluer etc. mais ces mécanismes ont toujours été critiqués par les écologistes. Il aurait fallu être plus précis. L’accusation de compromission qui est faite à certains écologistes reste floue, d’autant que l’auteur reconnaît la nécessité de compromis à court terme. Après tout les écosocialistes acceptent aussi de faire des compromis réformistes lorsqu’il s’agit de plancher sur des propositions alternatives dans les luttes sur la dette ou les retraites. C’est pourtant ici que peut se manifester le « naturalisme antihumaniste » que Löwy prête à la deep ecology : une écologie qui se soucie peu de social. Le flou sur le terme « marché » est important parce que que l’écologie « antihumaniste » peut être marchande mais aussi non-marchande, selon la cause du faible souci de l’égalité, qu’il vienne d’un appétit pour le gain ou au nom d’une urgence écologique. C’est bien là que social et écologie peuvent, sur le terrain, ne pas aller de pair. On peut fabriquer du solaire par amour de la planète tout en traitant ses salariés de manière indécente ; on peut aussi donner une place importante aux salariés dans la décision sans avoir le moindre souci de la planète. Sur ces questions on regrettera que Löwy évoque dans sa préface un « intérêt écologique de classe » qui n’est pas défini ; c’est une notion séduisante mais le risque est que cela ne soit qu’une construction théorique dénuée de fondements empiriques.</p>
<p align="JUSTIFY">La discussion sur le marché en appelle une autre. Il y a un courant écologiste se réclamant du socialisme qui est resté influencé par l’idée que le développement capitaliste des forces productives continuerait à être progressiste, intégrant la contrainte écologique. Le soutien d’André Gorz et des revues <em>Ecorev</em> et <em>Multitude</em> aux technologies de l’information peut être lu de cette manière, et c’est d’ailleurs ainsi que Cédric Biagini les interprète<a name="sdfootnote6anc" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote6sym"></a><sup>6</sup>. Ces courants sont proches d’une conception assez orthodoxe du socialisme, et ils sont tenus par d’autres comme compatibles avec le capitalisme, dont ils soutiennent le déploiement accumulatif.</p>
<p align="JUSTIFY">Malgré tout l’auteur rejoint largement les conclusions de Moishe Postone, qu’il ne cite pas (c’est dommage, on aurait aimé connaître son analyse), selon lesquelles la lutte des classes classique reste dans le capitalisme et n’en sort pas véritablement. Elle conduit au mieux à une gestion du même appareil de production, du même Etat, qui impose alors ses directions et ne se comporte pas comme un simple moyen, contrairement à ce qu’espéraient les marxistes-léninistes. La question d’une éthique alternative à l’éthique économique (qu’elle soit animée par la défense du salaire ou par le profit) se pose donc avec une acuité particulière. Löwy estime que l’éthique écosocialiste comporte quatre dimensions. Elle est sociale, au sens où elle n’est pas fondée sur la culpabilité et l’ascétisme (c’est là, soit dit en passant, que la deep ecology, avec sa conception élargie du Soi, est d’un apport indispensable) ; elle est égalitaire, solidaire (à l’échelle mondiale), démocratique et « responsable » au sens de Jonas. Löwy met en avant l’anthropocentrisme humaniste (p. 129) contre un naturalisme qui ne le serait pas mais il commet là encore la même erreur de lecture. Le débat entre Dave Foreman et Murray Bookchin, <em>Quelle écologie radicale</em> (Ateliers de Création Libertaire, Lyon, 1994) clarifie beaucoup les choses. Foreman, militant et fondateur d’<em>Earth First !</em>, se dit d’accord avec les buts de Bookchin mais diverge sur la stratégie à adopter, estimant que Bookchin fait le jeu du productivisme. On peut imaginer que ce qui sortirait d’un débat entre un salarié du nucléaire, confronté à la menace des Verts, et ce que prônait la CFDT dans les années 70, serait assez similaire. Le désaccord est peut-être moins sur le fond que sur la stratégie à suivre, sur les priorités. Sans doute faut-il reconnaître qu’il n’y a pas aujourd’hui de mouvement unique, et que le pluralisme est une force – ce que Löwy reconnaît d’ailleurs. Comprendre pourquoi, pour les écologistes, « moins » c’est « mieux » est évidemment un élément fondamental sans lequel « décroissance » est un slogan incompréhensible.</p>
<p align="JUSTIFY">On pourrait tout de même rétorquer que l’argument des priorités permet de rester dans l’ambiguïté : à défendre la nature tout en se disant socialiste, ça me permet d’avoir quelques alliés sans avoir à payer de ma personne puisqu’au nom de ma priorité je me consacre seulement à mes combats. Ce n’est pas faux mais c’est aussi vrai dans l’autre sens : que valait exactement la position de la fédération CFDT sur le nucléaire, en termes de levier d’action concret ? La question se pose de manière particulièrement aiguë depuis Fukushima.</p>
<p align="JUSTIFY">Dernier élément positif de ce livre qui en comporte décidément beaucoup : Löwy situe la crise actuelle au niveau d’une crise de civilisation et non d’une mutation du capitalisme. C’est la conséquence logique de ses positions sur le socialisme et le capitalisme, les deux idéologies qui ont dominé le 20ème siècle et qui ont toutes deux conduit à l’impasse dans laquelle nous sommes. Les auteurs du 19ème siècle, socialistes ou capitalistes, ont bien célébré la naissance de « la » civilisation, à cette époque-là. Ils ont pour la plupart condamné les démarches luddites ou les voix isolées de ceux qui, comme George Perkins Marsh (<em>Man and Nature</em>, 1864), posaient la question du caractère destructif du progrès. Situant le problème à ce niveau-là Löwy est logiquement amené à comparer notre civilisation avec d’autres, et s’il commence par les sociétés primitives c’est parce qu’il répète le tropisme moderne qui veut que les sociétés soient classées en fonction de leur degré de complexité – les sociétés « primitives » d’un côté et les sociétés « développées » de l’autre. Comme le mouvement écologiste à ses débuts Löwy aboutit à la conclusion qu’il n’y a à idéaliser ni les unes ni les autres. Et il conclut en saluant l’oeuvre de Moralès, ce socialiste venu des organisations autochtones (ou « indigènes »). C’est en effet de ce côté-là qu’il faudrait regarder car il n’y a pas d’autre « dehors » à la civilisation dans laquelle nous sommes entraînés. Les études postcoloniales démontrent à quel point marxistes et capitalistes ont pu avoir une vision réductrice des sociétés « non-modernes » ; cela ne permet pas, cependant, de conclure à leur caractère émancipateur, et l’on ne peut qu’être prudent sur ce qui se passe en Bolivie. Mais il faut bien, pour critiquer la modernité, fait l’expérience du « non-moderne », ou au moins du plus « non-moderne » qui soit.</p>
<div id="sdfootnote1">
<p><a name="sdfootnote1sym" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote1anc"></a>1 Dominique Allan-Michaud, <em>L’avenir de la société alternative</em>, 2000</p>
</div>
<div id="sdfootnote2">
<p><a name="sdfootnote2sym" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote2anc"></a>2 Alain Lipietz, « L’écologie politique et l’avenir du marxisme », <em>Actuel Marx</em>, « Congrès Marx International », 1995.</p>
</div>
<div id="sdfootnote3">
<p><a name="sdfootnote3sym" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote3anc"></a>3 Félix Guattari, <em>Les trois écologies</em>, 1989.</p>
</div>
<div id="sdfootnote4">
<p><a name="sdfootnote4sym" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote4anc"></a>4<em> Dictionnaire Marx contemporain</em>, 2001, p. 195.</p>
</div>
<div id="sdfootnote5">
<p><a name="sdfootnote5sym" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote5anc"></a>5 Collectif Adret, <em>Travailler deux heures par jour</em>, 1977.</p>
</div>
<div id="sdfootnote6">
<p><a name="sdfootnote6sym" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote6anc"></a>6 Voir son article dans <em>La Décroissance</em>, octobre 2011.<strong>Qu’est-ce que « l’écosocialisme » ?</strong></p>
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<div>date:</div>
<p>17/01/2012 — 12:10</p></div>
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</div>
<p><a href="http://www.contretemps.eu/auteurs/fabrice-flipo">Fabrice Flipo</a> [3]</div>
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<div><strong>URL source:</strong> <a href="http://www.contretemps.eu/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0">http://www.contretemps.eu/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0</a></div>
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<p><strong>Liens:</strong><br />
[1] http://www.contretemps.eu/interventions<br />
[2] http://www.contretemps.eu/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0<br />
[3] http://www.contretemps.eu/auteurs/fabrice-flipo</p>
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		<title>Le parlementarisme, maladie chronique de la social-démocratie</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Jan 2012 04:41:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire (et Page d')]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Il y a cinquante ans, Ralph Miliband publiait Parliamentary Socialism[1]. Cette étude majeure du Parti travailliste britannique dans l’après-guerre a influencé deux générations d’étudiants et de militants de gauche en Grande-Bretagne. Miliband a inspiré la « New Left » dans les années 60 et 70, c’est-à-dire une gauche de transformation sociale, libérée des pesanteurs du parlementarisme tant [...]]]></description>
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<p>Il y a cinquante ans, Ralph Miliband publiait <em>Parliamentary Socialism</em><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn1">[1]</a>. Cette étude majeure du Parti travailliste britannique dans l’après-guerre a influencé deux générations d’étudiants et de militants de gauche en Grande-Bretagne. Miliband a inspiré la « New Left » dans les années 60 et 70, c’est-à-dire une gauche de transformation sociale, libérée des pesanteurs du parlementarisme tant décrié par Miliband.</p>
<p><span id="more-8257"></span></p>
<p>Né à Bruxelles dans une famille juive d’origine polonaise, Ralph Miliband a connu l’exil de Bruxelles à Londres<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn2">[2]</a>. Fuyant la menace nazie, les Miliband père et fils quittent Bruxelles en 1940 et gagnent la Grande-Bretagne. Il a 16 ans à peine. En 1941, Ralph entreprend une licence à la London School of Economics. En 1949, il est chargé de cours en science politique à la LSE. Il y enseignera jusque 1972. En 1951, il adhère au Parti travailliste qu’il quittera ensuite. Il épouse Marion Kozak en 1961. La même année, il publie <em>Parliamentary Socialism</em>, qui sera suivi de six autres ouvrages<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn3">[3]</a>. Il était le père de deux dirigeants actuels du Parti travailliste : Ed (né en 1969), ancien ministre et présentement leader du parti et David (né en 1965), plusieurs fois ministre dans les gouvernements Blair et Brown.</p>
<p> </p>
<p><strong>Actualité de <em>Parliamentary Socialism</em></strong></p>
<p>Ralph Miliband, a été avec Edward Thompson, Eric Hobsbawm et Perry Anderson, l’une des plus grandes figures de la gauche marxiste britannique de l’après-guerre. Critique inlassable du Parti travailliste britannique, il fustigea, sa vie durant, la pratique parlementariste de ce parti. Ironie de l’histoire, ce sont ses deux fils, Ed et David, qui se sont disputés le leadership du Parti travailliste, en 2010, après un duel présenté comme « fratricide ». Un gouffre politique sépare Miliband père – marxiste – et ses deux fils – des sociaux-démocrates modérés<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn4">[4]</a>.</p>
<p>Ses lecteurs et commentateurs – y compris ceux qui ne partagèrent pas ses choix politiques – reconnaissent que Ralph Miliband a réussi à concilier « <em>ce qu’il y a de meilleur dans la tradition de la gauche académique et dans la gauche révolutionnaire</em> »<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn5">[5]</a>. C’est à ce titre que les ouvrages de Miliband méritent d’être lus aujourd’hui. Ces livres demeurent plus que jamais d’actualité au moment où nos sociétés capitalistes s’enfoncent dans des crises systémiques de plus en plus brutales et inextricables.</p>
<p>La thèse principale de <em>Parliamentary Socialism</em> est aussi claire que puissante : de tout temps, l’action du Parti travailliste a tendu à consolider le système capitaliste. Réceptacle des mécontentements populaires à l’encontre du capitalisme, le travaillisme et son bras syndical ont désamorcé toute révolte générale à son égard. En dépit de rébellions périodiques contre la direction droitière du parti, l’aile gauche travailliste a en réalité continuellement partagé la pratique réformiste de la majorité. Rédigé en 1917 par Sidney Webb et adopté par le parti en 1918, l’article 4 de la Charte du Parti travailliste (Clause IV) préconisait la « <em>socialisation des moyens de production, de distribution et d’échange</em> »<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn6">[6]</a> ; cela jusqu’à sa réécriture en 1995 à l’instigation de Tony Blair<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn7">[7]</a>. En d’autres termes, le Parti travailliste était jusqu’en 1995 officiellement engagé dans une lutte visant à renverser le capitalisme (ou, à tout le moins, à restreindre l’emprise des activités capitalistes dans nos sociétés).</p>
<p>Miliband estime que cette ambition révolutionnaire n’a jamais été mise en pratique. Selon lui, l’action du Parti travailliste a toujours reposé sur un socle idéologique qu’il nomme « <em>labourism </em>» (travaillisme). En vertu de cette idéologie, le Parti travailliste accomplit des réformes sociales à l’intérieur du système capitaliste, mais n’a aucune intention de le dépasser. Dès la première page de <em>Parliamentary Socialism</em>, Ralph Miliband diagnostique la nature de la « maladie » travailliste :</p>
<p>« <em>Of political parties claiming socialism to be their aim, the Labour Party has always been one of the most dogmatic – not about socialism, but about the parliamentary system. Empirical and flexible about all else, its leaders have always made devotion to that system, their fixed point of reference and the conditioning factor of their political behaviour. This is not simply to say that the Labour Party has never been a party of revolution : such parties have normally been quite willing to use the opportunities the parliamentary system offered as one means of furthering their aims. It is rather that the leaders of the Labour Party have always rejected any kind of political action (such as industrial action for political purposes) which fell, or which appeared to them to fall, outside the framework and conventions of the parliamentary system. The Labour Party has not only been a parliamentary party; it has been a party deeply imbued with parliamentarism.</em> »<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn8">[8]</a></p>
<p> </p>
<p><strong>Le système capitaliste légitimé</strong></p>
<p>La démonstration est, dans une certaine mesure, semblable à une étude du Parti communiste français des années 80<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn9">[9]</a>. Georges Lavau avait établi le même constat paradoxal en ce qui concerne le PCF : en canalisant la masse des mécontents dans un <em>espace légitime</em> d’opposition (la démocratie parlementaire) au sein d’une société parcourue par de profonds clivages politiques et économiques, le PCF aurait historiquement fait le jeu de l’intégration politique au sein de ce système. Par conséquent, il aurait involontairement œuvré à son renforcement. Du même coup, le PCF ne ferait que remplir le rôle de porte-parole des classes populaires – une « fonction tribunitienne » – selon l’expression de Lavau. Cette fonction de représentation-intégration des classes dominées aurait barré la route à l’objectif déclaré du PCF : renverser le système capitaliste. Loin d’en être un ennemi effectif, le PCF n’aurait été qu’un rouage dans l’organisation capitaliste de la société française. La comparaison entre le Parti travailliste britannique et le PCF s’arrête là. Nous avons deux partis avec une histoire et une trajectoire totalement différentes. Le premier est né de plein pied dans la démocratie parlementaire qu’il a totalement acceptée. Miliband le reconnaît dans son ouvrage<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn10">[10]</a>. Le second a réellement connu une genèse et un parcours révolutionnaire, condition <em>sine qua non</em> pour conquérir, en France, les bases d’une large représentation ouvrière.</p>
<p>L’ouvrage de Ralph Miliband regorge d’informations qui illustrent les tendances conservatrices au sein des bureaucraties travailliste et syndicale. L’auteur est cependant moins convaincant quand il s’agit d’expliquer ce qui a donné naissance à, et légitimé le « <em>labourism </em>». Il explique avant tout celui-ci par les errements idéologiques des dirigeants travaillistes. Miliband définit en effet le « <em>labourism </em>» comme une croyance absolue dans le parlementarisme et le réformisme ; un mode de pensée qu’il estime très profondément ancré au sein du Parti travailliste et de la classe ouvrière britannique. Selon Miliband, la gauche travailliste doit mener une lutte idéologique afin de remettre en cause cet attachement viscéral au parlementarisme. Cette explication idéelle ne convainc pas car elle ne pose, ni ne répond à la question suivante : d’où vient cette croyance ? Comment est-elle apparue, puis comment s’est-elle transformée en <em>doxa</em> au sein de l’appareil travailliste ? Une lecture matérialiste de la situation – c’est-à-dire marxiste – pourrait s’interroger sur la fonction du syndicalisme au sein des sociétés capitalistes. Dans ce type de sociétés, les syndicats remplissent un rôle de médiateur entre les forces du Capital et du Travail. Les syndicats canalisent et limitent le pouvoir du Capital, mais ils tendent également à légitimer aux yeux de la classe ouvrière les institutions et les politiques du Capital. Historiquement, le Parti travailliste est le produit de cette bureaucratie syndicale et de cette démarche de compromis avec le Capital. Autrement dit, le Parti travailliste est le bras politique du syndicalisme ; une organisation qui tente de réaliser ses objectifs politiques à travers les rouages de l’État. Le « <em>labourism </em>» a ainsi un fondement structurel. Comme l’État est pour une large part structurellement interdépendant avec le Capital, les transformations opérées au sein de l’État ne pourront jamais remettre en cause le capitalisme. C’est pour cette raison que Lénine a décrit le Parti travailliste comme un « <em>parti ouvrier capitaliste</em> ». Bien que soutenu par un électorat et des adhérents majoritairement ouvriers, le Parti travailliste, organe politique du syndicalisme, est lui-même prisonnier de ce rôle de médiateur entre les intérêts du Capital et ceux du Travail. Le Parti en vient à regarder les luttes de classe comme des conflits qui doivent être négociés et désamorcés à partir de l’action étatique. En période d’expansion du Capital, il répond à ces tensions en mettant en œuvre des réformes qui améliorent le quotidien de la classe ouvrière<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn11">[11]</a>. En période de récession économique, le Parti travailliste refuse le conflit avec le Capital. Prisonnier de son credo « labouriste », il ne fait rien ou fait peu pour le bénéfice de la classe ouvrière. Dans certaines situations, il fait même payer la crise capitaliste à la classe ouvrière comme le rappelle à plusieurs reprises Ralph Miliband. Ainsi, si le Parti travailliste a un intérêt politique évident à infléchir la domination du Capital, il n’a jamais ni l’intention, ni les moyens de renverser le capitalisme<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn12">[12]</a>. Le Parti travailliste est une institution réformiste et conservatrice dans le sens où il ne se donne jamais les moyens de combattre en profondeur l’emprise du Capital. Davantage, ce parti s’oppose sans retenue à toute force politique de gauche qui entend remettre en cause le compromis « labouriste ». Ceci explique la propension de la social-démocratie à promettre des réformes économiques radicales dans l’opposition, qui ne sont jamais réalisées quand le parti est au pouvoir. On ne peut donc comprendre les fondements du parlementarisme travailliste, si on s’abstient d’objectiver le rôle de médiateur que remplit le parti entre les intérêts du Capital et du Travail.</p>
<p> </p>
<p><strong>Légalisme et conservatisme</strong></p>
<p>Le parlementarisme, maladie chronique de la social-démocratie britannique, exclut par principe toute action en dehors du périmètre sacré de Westminster. De fait, le Parti travailliste renâcle à soutenir les activités extra-parlementaires les plus communes et légales, tel la grève. Ed Miliband, le nouveau leader du Parti travailliste, inscrit son action dans la tradition parlementariste de son parti. Il s’est opposé publiquement aux grévistes du secteur public en novembre 2011. Il s’agissait pourtant de la grève la plus suivie dans la fonction publique depuis trente ans. Les grévistes protestaient contre une réforme des retraites du gouvernement libéral-conservateur : les salariés de la fonction publique devront augmenter de 50 % leur contribution, mais toucheront en retour une retraite inférieure (basée sur la moyenne des salaires et non sur les dernières années). En outre, l’âge de la retraite va être repoussé à 65 ans pour tous en 2018, puis 66 ans en 2020, puis 68 ans d’ici une trentaine d’années. Après neuf mois de négociations infructueuses pendant lesquels le gouvernement s’est montré inflexible, les syndicats ont appelé à la grève. Dans le contexte de politiques d’austérité et de coupes budgétaires dans les services publics, la colère est à son comble dans le pays. L’Office for Budget Responsibility a annoncé que 710 000 salariés du secteur public vont perdre leur emploi d’ici 2017<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn13">[13]</a>. Dans un sondage réalisé par la BBC, 61 % des Britanniques déclarent soutenir les grévistes<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn14">[14]</a>. Pourtant, dans plusieurs entretiens à la BBC, le leader travailliste a déclaré qu’il ne soutenait pas la grève : « <em>Ce qui m’intéresse, c’est d’éviter la grève. Les grèves sont le signe d’un échec. Nous devons les éviter</em> » (« <em>I’m interested in avoiding the strikes. Strikes are a sign of failure. We’ve got to avoid them</em> »)<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn15">[15]</a>.</p>
<p>Ralph Miliband montre également que le parlementarisme conduit à une approche légaliste de l’action politique. Celle-ci respecte scrupuleusement les règles constitutionnelles et protocolaires, fussent-elles réactionnaires<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn16">[16]</a> : soutien déférent à la monarchie, à l’invasion étatsunienne au Vietnam, à l’intervention britannique aux Malouines (décidée par Margaret Thatcher), plus récemment, à la guerre en Irak aux côtés de George W. Bush ou encore suivisme atlantiste. Miliband rappelle la « scandaleuse » politique de non-intervention en Espagne pendant les dix-huit premiers mois de la Guerre civile<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn17">[17]</a>. Le Parti travailliste n’a jamais apporté son soutien à aucune forme d’action extra-parlementaire (actes de désobéissance civile, mouvements sociaux) depuis sa création.</p>
<p>Une étude consacrée au Parti socialiste en France a montré que l’adoption de ce « <em>parlementarisme atavique</em> » n’était pas une fatalité pour la social-démocratie<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn18">[18]</a>. Pour Alain Bergounioux et Gérard Grunberg (les deux auteurs longtemps proches de Michel Rocard), le socialisme français présente une double exceptionnalité : la République et le suffrage universel ont précédé l’apparition du socialisme. Le socialisme français est certes républicain, mais il est se veut l’aile critique et exigeante du régime républicain. Pour les socialistes français, cette République sera sociale ou ne sera pas. Outre le lien avec la tradition républicaine, le PS se distingue de la social-démocratie classique – tel le Parti travailliste britannique – dans le sens où il a été historiquement un parti aux faibles effectifs, sans véritable relais dans le monde syndical. Selon Bergounioux et Grunberg, cette double spécificité du PS explique la difficulté de ce parti à s’assumer en tant que « parti de gouvernement ». Contrairement au Parti travailliste, le PS a rempli à reculons et avec mauvaise conscience la « fonction parlementariste ». Jusqu’aux années 80, le PS a été davantage qu’un parti électoraliste et réformiste. Également parti de propagande et d’éducation, les questions de doctrine y ont longtemps tenu une large place.</p>
<p> </p>
<p><strong>Parlementarisme radieux et clôture du débat</strong></p>
<p>« Cassandre socialiste »<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn19">[19]</a> pour certains, critique infatigable de la social-démocratie pour d’autres, Ralph Miliband estima pourtant que le Parti travailliste pouvait, dans certaines situations, fournir un cadre d’action pour des militants socialistes sincères. Miliband fut membre du parti pendant quelques années. Dans un ouvrage posthume, il considéra qu’il convenait de renforcer le courant réformiste pour faire appliquer des politiques sociales-démocrates<a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftn20">[20]</a>. Nous étions au milieu des années 90, à la fin d’une longue période de domination conservatrice. Les idées et les politiques néolibérales étaient alors en recul, et aucune alternative de gauche radicale n’apparaissait. Ceci explique peut-être ce tardif et conditionnel soutien apporté à la social-démocratie britannique. Miliband décéda avant que le New Labour n’accède au pouvoir. Qu’aurait-il pensé d’un Parti travailliste relooké qui copina avec Rupert Murdoch et la presse europhobe ; qui fabriqua une guerre illégale aux côtés de G.W. Bush ; qui privatisa à tout crin ; qui laissa les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres atteindre des sommets inégalés ; qui théorisa la fin de la lutte des classes ; qui soutint le développement d’un capitalisme financier sans frontières ? On peut aisément le deviner.</p>
<p>Force est de constater que le révisionnisme de la « troisième voie » a mis un terme au débat portant sur le parlementarisme travailliste. Avec la réécriture de la Clause IV de la charte du parti en 1995 et avec l’adoption d’un discours agressivement pro–<em>business</em>, pro-capitaliste et anti-syndicats, le New Labour de Tony Blair et de Gordon Brown n’a fait que mettre le discours en accord avec la pratique. Dénoncer l’opportunisme ou la dérive droitière du Parti travailliste n’a donc plus grand sens aujourd’hui, car ses dirigeants revendiquent de manière décomplexée le recentrage opéré depuis quinze ans. Plus personne dans ce parti n’essaye de faire croire que le Parti travailliste est un parti réellement « socialiste » qui a pour ambition de mettre en œuvre des politiques authentiquement « socialistes ». Le débat engagé par Ralph Miliband il y a cinquante ans est donc clos. Cela n’enlève rien à la pertinence de son analyse pour les années qui ont précédé l’avènement du New Labour.</p>
<p> </p>
<p><em>Philippe Marlière est professeur de science politique à University College London.</em></p>
<p><em> Ce texte est la version remaniée d’une communication orale au colloque « Ralph Miliband et le socialisme parlementaire » à l’occasion du 50<sup>e</sup> anniversaire de la parution de </em>Parliamentary Socialism<em>, Institut Liebman, Université Libre de Bruxelles, Bruxelles, 2 décembre 2011.</em></p>
<p><em> Contact : <a href="mailto:p.marliere@ucl.ac.uk">p.marliere@ucl.ac.uk</a> [3].</em></p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref1">[1]</a> Ralph Miliband, <em>Parliamentary socialism. A study in the politics of Labour</em>, Londres, Merlin Press, 1972 (2<sup>e</sup> éd. réimprimée en 2009).</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref2">[2]</a> Pour une étude biographique de Ralph Miliband, voir Michael Newman, <em>Ralph Miliband and the politics of the New Left</em>, Merlin Press, Londres, 2002.</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref3">[3]</a> The <em>state in capitalist society</em>, Merlin Press, Londres, 1969 ; <em>Marxism and politics</em>, Merlin Press, Londres, 1977 ; <em>Capitalist democracy in Britain</em>, Oxford University Press, Oxford, 1982 ; <em>Class, power and state power</em>, Verso, Londres, 1983 et <em>Socialism for a sceptical age</em>, Polity Press, Cambridge, 1994.</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref4">[4]</a> Philippe Marlière, « Rupture générationnelle dans la famille Miliband », <em>Politique, revue de débats</em>, novembre-décembre 2010, n° 67, <a href="http://politique.eu.org/spip.php?article1245">http://politique.eu.org/spip.php?article1245</a> [4].</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref5">[5]</a> Duncan Hallas, « Partial vision », <em>Socialist Worker Review</em>, n° 127, janvier 1990 ,<a href="http://www.marxists.org/archive/hallas/works/1990/01/miliband.htm">http://www.marxists.org/archive/hallas/works/1990/01/miliband.htm</a> [5].</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref6">[6]</a> « <em>To secure for the workers by hand or by brain the full fruits of their industry and the most equitable distribution thereof that may be possible upon the basis of the common ownership of the means of production, distribution and exchange, and the best obtainable system of popular administration and control of each industry or service »</em>.</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref7">[7]</a> « <em>The Labour Party is a democratic socialist party. It believes that by the strength of our common endeavour we achieve more than we achieve alone, so as to create for each of us the means to realise our true potential and for all of us a community in which power, wealth and opportunity are in the hands of the many, not the few, where the rights we enjoy reflect the duties we owe, and where we live together, freely, in a spirit of solidarity, tolerance and respect</em> ».</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref8">[8]</a> Ralph Miliband, <em>Parliamentary socialism</em>, <em>op. cit.</em>, p. 13.</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref9">[9]</a> Georges Lavau, <em>À quoi sert le Parti communiste français ?</em>, Fayard, Paris, 1981.</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref10">[10]</a> Ralph Miliband, <em>Parliamentary socialism</em>, <em>op. cit.</em>, p. 13 : « <em>By the time the Labour Representation Committee was formed in 1900, there were not many people in the Labour movement to contest the view that Labour’s grievances and demands could only find solution through parliamentary action, and that the parliamentary method was ideally suited, not only to the achievement of immediate gains by the working-classes, but also to the socialist reconstruction of society</em> ».</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref11">[11]</a> Ralph Miliband <em>in Parliamentary Socialism</em>, <em>op. cit.</em>, p. 376 : « […] <em>The Labour Party remains, in practice, what it has always been – a party of modest social reform in a capitalist system within whose confines it is ever more firmly and by now irrevocably rooted. That system badly needs such a party, since it plays a major role in the management of discontent and helps to keep it within safe bounds</em> […] ».</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref12">[12]</a> Ralph Miliband <em>in Parliamentary Socialism</em>, <em>op. cit.</em>, p. 373 : « <em>This is not to say that reforms are no longer part of their agenda. They obviously are. But such reforms as these leaders may support do not form part of any kind of coherent strategy, designed in however long a perspective, to achieve the socialist transformation of British society. The leaders of the Labour Party have no such strategy and, except for merely rhetorical purposes, want none of it. They may occasionally prattle on about socialism, but this, on any serious view of the matter, lacks all effective meaning</em> ».</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref13">[13]</a> George Eaton, « Osborne takes an axe to the public sector », <em>New Statesman</em>, 29 novembre 2011, <a href="http://www.newstatesman.com/blogs/the-staggers/2011/11/public-sector-lost-2017-400">http://www.newstatesman.com/blogs/the-staggers/2011/11/public-sector-lost-2017–400</a> [6]</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref14">[14]</a> « Strike : BBC poll suggests strong support », BBC website, 28 novembre 2011, <a href="http://www.bbc.co.uk/news/uk-15910621">http://www.bbc.co.uk/news/uk-15910621</a> [7].</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref15">[15]</a> Ed Miliband interviewé par Andrew Marr, BBC, 25 septembre 2011, <a href="http://news.bbc.co.uk/1/hi/programmes/andrew_marr_show/9599748.stm">http://news.bbc.co.uk/1/hi/programmes/andrew_marr_show/9599748.stm</a> [8]. Ces propos tenus en septembre 2011 ont été répétés mot pour mot deux mois plus tard, la veille même de la grève.</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref16">[16]</a> John Saville, « Parliamentary Socialism revisited », <em>The Socialist Register 1995</em>, vol. 31, p. 225–238, <a href="http://socialistregister.com/index.php/srv/article/view/5659">http://socialistregister.com/index.php/srv/article/view/5659</a> [9].</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref17">[17]</a> Rappelons que la SFIO de Léon Blum, alors Premier ministre du Front populaire, prôna également la non-intervention et laissa la République tomber aux mains des troupes franquistes sans réagir.</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref18">[18]</a> Alain Bergougnoux, Gérard Grunberg, <em>Le Long Remords du pouvoir, le Parti socialiste français, 1905–2005</em>, Fayard, Paris, 2005 (1<sup>re</sup> éd. 1992).</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref19">[19]</a> Susan Watkins, « A socialist Cassandra », <em>New Left Review</em>, n° 19, janvier-février 2003, <a href="http://www.newleftreview.org/?view=2438">http://www.newleftreview.org/?view=2438</a> [10].</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/print/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi#_ftnref20">[20]</a> Ralph Miliband, <em>Socialism for a sceptical age</em>, Polity Press, Oxford, 1994, p. 148.</p>
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<p><em>Nos contenus</em><em> sont </em><em>sous licence Creative Commons, libres de diffusion, et Copyleft. Toute parution peut donc être librement reprise et partagée à des fins non commerciales, à la condition de ne pas la modifier et de mentionner auteur·e(s) et URL d’origine activée.</em></p>
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<div>date:</div>
<p>06/01/2012 — 11:34</p></div>
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<p><a href="http://www.contretemps.eu/auteurs/philippe-marliere">Philippe Marlière</a> [11]</div>
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<div><strong>URL source:</strong> <a href="http://www.contretemps.eu/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi">http://www.contretemps.eu/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi</a></div>
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<p><strong>Liens:</strong><br />
[1] http://www.contretemps.eu/lectures<br />
[2] http://www.contretemps.eu/lectures/parlementarisme-maladie-chronique-social-d%C3%A9mocratie-relire-parliamentary-socialism-ralph-mi<br />
[3] &amp;#109;&amp;#97;&amp;#105;&amp;#108;&amp;#116;&amp;#111;&amp;#58;&amp;#112;&amp;#46;&amp;#109;&amp;#97;&amp;#114;&amp;#108;&amp;#105;&amp;#101;&amp;#114;&amp;#101;&amp;#64;&amp;#117;&amp;#99;&amp;#108;&amp;#46;&amp;#97;&amp;#99;&amp;#46;&amp;#117;&amp;#107;<br />
[4] http://politique.eu.org/spip.php?article1245<br />
[5] http://www.marxists.org/archive/hallas/works/1990/01/miliband.htm<br />
[6] http://www.newstatesman.com/blogs/the-staggers/2011/11/public-sector-lost-2017–400<br />
[7] http://www.bbc.co.uk/news/uk-15910621<br />
[8] http://news.bbc.co.uk/1/hi/programmes/andrew_marr_show/9599748.stm<br />
[9] http://socialistregister.com/index.php/srv/article/view/5659<br />
[10] http://www.newleftreview.org/?view=2438<br />
[11] http://www.contretemps.eu/auteurs/philippe-marliere</p>
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		<title>Face au défi de la farce démocratique, inventer la démocratie de demain</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Dec 2011 17:53:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Capitalisme / Néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Le suffrage universel est une conquête récente, amorcée par les luttes des travailleurs au 19ème siècle dans quelques pays européens (l’Angleterre, la France, les Pays Bas, la Belgique), puis progressivement étendue au monde entier. Aujourd’hui il va s’en dire, partout sur la planète, que la revendication du pouvoir suprême délégué à une Assemblée élue, correctement, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignright" src="http://www.tlaxcala-int.org/upload/gal_4739.jpg" alt="" width="180" height="260" />Le suffrage universel est une conquête récente, amorcée par les luttes des travailleurs au 19ème siècle dans quelques pays européens (l’Angleterre, la France, les Pays Bas, la Belgique), puis progressivement étendue au monde entier. Aujourd’hui il va s’en dire, partout sur la planète, que la revendication du pouvoir suprême délégué à une Assemblée élue, correctement, sur une base pluripartite – que cette Assemblée soit législative ou constitutionnelle selon les circonstances – définit l’aspiration démocratique et, ajouterai-je, en assure la réalisation, prétend-on.</p>
<p><span id="more-8240"></span></p>
<p>Marx lui-même avait placé de grands espoirs dans ce suffrage universel, « voie pacifique possible vers le socialisme ». J’ai écrit que sur ce point les attentes de Marx ont été démenties par l’histoire (cf. Marx et la démocratie).</p>
<p>Je crois que la raison de cet échec de la démocratie électorale n’est pas difficile à découvrir : toutes les sociétés, jusqu’à ce jour sont fondées sur un système double d’exploitation du travail (quelles qu’en soient les formes) et de concentration du pouvoir d’Etat au bénéfice de la classe dirigeante. Cette réalité fondamentale produit une relative « dépolitisation/déculturation » de très larges segments de la société. Et cette production, largement conçue et mise en œuvre pour remplir la fonction systématique attendue d’elle, est simultanément la condition de reproduction du système, sans changements « autres que ceux qu’il peut contrôler et absorber, la condition de sa stabilité. Ce que l’on définit comme « le pays profond », c’est-à-dire le pays profondément endormi. L’élection au suffrage universel, dans ces conditions, est une garantie pour la victoire assurée du conservatisme (fut-il réformateur).</p>
<p>C’est pourquoi il n’y a jamais eu de changement dans l’histoire qui ait été produit par ce mode de gestion fondé sur le « consensus » (de non changement). Tous les changements ayant une portée transformatrice réelle de la société, même les réformes (radicales) ont toujours été le produit de luttes, conduites par ce qui peut apparaître en termes électoraux comme des « minorités ». Sans l’initiative de ces minorités qui constituent l’élément moteur dans la société, pas de changement possible. Les luttes en question, engagées de la sorte, finissent toujours – quand les alternatives qu’elles proposent sont clairement et correctement définies – par entraîner les « majorités » (silencieuses au départ), voire être ensuite entérinées par le suffrage universel, qui vient après – non avant – la victoire.</p>
<p>Dans notre monde contemporain, le « consensus » (dont le suffrage universel définit les frontières) est plus conservateur que jamais. Dans les centres du système mondial ce consensus est pro-impérialiste. Non pas au sens qu’il implique nécessairement la haine ou le mépris des autres peuples qui sont ses victimes, mais au sens plus banal que la permanence de la ponction de la rente impérialiste est acceptée, parce qu’elle est la condition de reproduction de la société dans son ensemble, la garantie de son « opulence » faisant contraste avec la misère des autres. Dans les périphéries, les réponses des peuples au défi (à la paupérisation produite par le déploiement de l’accumulation capitaliste/impérialiste) restent confuses, dans ce sens qu’elles véhiculent toujours une dose d’illusions passéistes fatales.</p>
<p>Dans ces conditions le recours à « l’élection » est toujours conçu par les pouvoirs dominants comme le moyen par excellence de freiner le mouvement, de mettre un terme au potentiel de radicalisation des luttes. « Elections, piège à cons » disaient quelques-uns en 1968, non sans avoir été confirmés dans les faits. Vite, une Assemblée élue, aujourd’hui en Tunisie et en Egypte, pour mettre un terme au « désordre », stabiliser. Changer tout pour ne rien changer</p>
<p>Alors ? Renoncer à l’élection ? Non. Mais comment associer des formes de démocratisation nouvelles, riches, inventives, permettant de faire de l’élection un usage autre que celui que les forces conservatrices conçoivent. Tel est le défi.</p>
<p align="justify"><strong>LE DECOR THEATRAL DE LA FARCE DEMOCRATIQUE</strong></p>
<p>Ce décor théâtral a été inventé par les pères fondateurs des Etats-Unis, dans l’intention exprimée avec une lucidité parfaite d’éviter que la démocratie électorale ne devienne un instrument utilisé par le peuple pour mettre en question l’ordre social, fondé sur la propriété privée (et l’esclavage !). Dans cet esprit, la Constitution en question est fondée sur l’élection d’un président (une sorte de « Roi élu ») qui concentre des pouvoirs essentiels. Le « bipartisme », auquel conduit naturellement la campagne électorale présidentielle, tend progressivement à devenir ce qu’il est désormais : l’expression d’un « parti unique » — bien entendu celui du capital des monopoles depuis la fin du 19ème siècle – s’adressant à des « clientèles » qui pensent se distinguer les unes des autres.</p>
<p>La farce démocratique se manifeste alors à travers une possible « alternance » (en l’occurrence aux Etats-Unis les Démocrates et les Républicains), sans que celle-ci ne puisse s’élever au niveau des exigences d’une alternative (offrant la possibilité d’options nouvelles radicalement différentes). Et sans perspective d’alternative possible, la démocratie n’existe pas. La farce est fondée sur l’idéologie du « consensus » ( !), négateur par définition du conflit sérieux des intérêts et des visons de l’avenir. L’invention des « primaires » qui invitent l’ensemble du corps électoral (ses composantes dites de droite ou de gauche !) à s’exprimer pour le choix de chacun des deux faux adversaires accentue encore la dérive annihilatrice de la portée des élections.</p>
<p>Jean Monnet, un authentique anti-démocrate (raison pour laquelle il est célébré à Bruxelles comme le fondateur de la « nouvelle démocratie européenne » !), parfaitement conscient de ce qu’il voulait (copier le modèle américain), a déployé tous ses efforts – une tradition scrupuleusement mise en œuvre dans l’Union Européenne – pour déposséder les Assemblées élues de leurs pouvoirs au bénéfice de « comités de technocrates ».</p>
<p>Sans doute la farce démocratique fonctionne-t-elle sans grand problème dans les sociétés opulentes de la triade impérialiste (Etats-Unis, Europe occidentale, Japon), parce qu’elle est soutenue par la rente impérialiste (réf, mon ouvrage, La loi de la valeur mondialisée). Mais elle est également renforcée dans sa puissance convaincante par le consensus autour de l’idéologie de « l’individu » et par le respect réel de « droits » (eux-mêmes conquis par les luttes, ce qu’on oublie de signaler), la pratique de l’indépendance du pouvoir judiciaire (encore que celle des Etats-Unis, fondée sur l’élection des juges, appelés à flatter « l’opinion », s’inscrit contre cette indépendance), et l’institutionnalisation complexe de la pyramide garante des droits.</p>
<p>L’Europe continentale n’a pas connu la même histoire de l’écoulement sans heurt des eaux du long fleuve tranquille de la farce démocratique. Au 19ème siècle (et même jusqu’en 1945), les combats pour la démocratie, à la fois ceux inspirés par la bourgeoisie capitaliste et les classes moyennes et ceux conduits par les classes ouvrières et populaires, se heurtaient aux résistances des « anciens régimes ». D’où leurs avancées et reculs chaotiques. Marx pensait que cette résistance constituait un obstacle que les Etats-Unis ignoraient, à leur avantage. Il avait tort et sous estimait que dans un mode capitaliste « pur » (comme celui des Etats-Unis en comparaison de l’Europe) la « surdétermination » des instances, c’est-à-dire la conformité des évolutions propres à la super structure idéologique et politique s’ajustant automatiquement à celles répondant aux exigences de la gestion de la société par les monopoles capitalistes, produirait fatalement ce que les sociologues conventionnels qualifient de « totalitarisme ». Lequel s’applique au monde capitaliste impérialiste plus qu’à tout autre. Je renvoie ici à ce que j’ai écrit ailleurs concernant la « sous-détermination » et les ouvertures qu’elle offre.</p>
<p>Au 19ème siècle, en Europe (mais aussi à l’époque, bien qu’à un moindre degré, aux Etats-Unis), les blocs historiques construits pour assurer le pouvoir du capital ont été par la force des choses – la diversité des classes et des segments de classes – complexes et changeants. De ce fait, les conflits électoraux pouvaient donner l’apparence d’un fonctionnement démocratique réel. Mais progressivement, avec la substitution de la domination du capital des monopoles à la diversité des blocs capitalistes, cette apparence s’est estompée. Le virus libéral (titre d’un de mes ouvrages) a fait le reste : aligner progressivement l’Europe sur le modèle des Etats-Unis.</p>
<p>Le conflit ente les puissances capitalistes majeures a contribué à cimenter les segments des blocs historiques, amenant la domination du capital par le recours au « nationalisme ». Il est même arrivé – dans les exemples de l’Allemagne et de l’Italie en particulier – que le « consensus nationaliste » ait été substitué au programme démocratique de la révolution bourgeoise.</p>
<p>La dérive est aujourd’hui presqu’achevée. Les partis communistes de la 3ème internationale avaient tenté de s’y opposer, à leur manière, même si « l’alternative » (le modèle soviétique) demeurait d’une attraction discutable. Ayant échoué à construire durablement des blocs alternatifs, ils ont fini par capituler, en se ralliant à la soumission au système de la farce démocratique électorale. Ce faisant, la gauche radicale constituée par leurs héritiers (en Europe le groupe de la gauche unie au parlement de Bruxelles) renonce à toute perspective de « victoire électorale » vraie. Elle se contente de survivre sur les strapontins octroyés aux « minorités » (5 % ou 10 % au mieux du « corps électoral »). Transformés en coteries d’élus dont la seule préoccupation est de conserver ces places misérables dans le système – et qui tient lieu de « stratégie » — la gauche radicale renonce à l’être véritablement. Que cela fasse le jeu de démagogues néo fascistes ne devrait pas, dans ces conditions, surprendre.</p>
<p>La soumission à la farce démocratique est intériorisée par un discours auto qualifié de « post moderniste » qui, tout simplement, refuse d’en reconnaître l’importance des effets destructeurs. Qu’importe les élections, l’essentiel se passe ailleurs, dit-on : dans la « société civile » (concept confus sur lequel je reviendrai) où les individus seraient devenus ce que le virus libéral prétend qu’ils sont – alors qu’ils ne le sont pas ! – les sujets de l’histoire. La « philosophie » de Negri, que j’ai critiquée ailleurs, exprime cette démission.</p>
<p>Mais la farce démocratique, qui ne fait pas l’objet de rejet dans les sociétés opulentes de la triade impérialiste, ne fonctionne pas dans les périphéries du système. Ici, dans la zone des tempêtes, l’ordre en place ne bénéficie d’aucune légitimité suffisante pour permettre la stabilisation de la société. L’alternative se dessine-t-elle alors en filigrane dans les « éveils du Sud » qui ont marqué le 20ème siècle et poursuivent leurs chemins au 21ème ?</p>
<p align="justify"><strong>THEORIES ET PRATIQUES DES AVANT-GARDES ET DES DESPOTISMES ECLAIRES</strong></p>
<p>La tempête n’est pas synonyme immédiat de la révolution, mais seulement porteuse potentielle d’avancées révolutionnaires.</p>
<p>Les réponses des peuples des périphéries, inspirées de l’idéal du socialisme radical — à l’origine tout au moins (Russie, Chine, Vietnam, Cuba) — ou de la libération nationale et du progrès social (à l’époque de Bandoung en Asie et en Afrique, en Amérique latine), ne sont pas simples. Elles associent, à des degrés variables, des composantes à vocation progressiste universaliste et d’autres de nature passéiste. Démêler les interférences conflictuelles et/ou complémentaires entre ces tendances aidera à formuler – plus loin dans ce texte – les formes possibles d’avancées démocratiques authentiques.</p>
<p>Les marxismes historiques de la 3ème internationale (le marxisme léninisme russe et le maoisme chinois) ont délibérément et intégralement rejeté le passéisme. Ils ont opté pour un regard tourné vers l’avenir, dans un esprit universaliste émancipateur au sens plein du terme. Cette option a sans doute été facilitée, en Russie, par la longue préparation qui a permis aux « occidentalistes » (bourgeois) de l’emporter sur les « slavophiles » et les « eurasiens » (alliés de l’Ancien Régime), en Chine par la révolution des Taipings (je renvoie ici à mon étude : la Commune de Paris et la Révolution des Taipings).</p>
<p>Simultanément ces marxismes historiques optaient d’emblée pour une conceptualisation du rôle des « avant-gardes » dans la transformation des sociétés. Ils donnaient une forme institutionnalisée à cette option, symbolisée par le « parti ». On ne peut pas dire que cette option ait été inefficace. Bien au contraire elle a été certainement à l’origine des victoires des révolutions en question. L’hypothèse que l’avant-garde minoritaire gagnerait le soutien de l’immense majorité s’est révélée fondée. Mais en même temps l’histoire ultérieure a démontré les limites de cette efficacité. Car le maintien de l’essentiel des pouvoirs dans les mains de ces « avant-gardes » n’est certainement pas étranger aux dérives ultérieures des systèmes « socialistes » qu’ils ont prétendu mettre en place.</p>
<p>La théorie et la pratique des marxismes historiques en question ont-elles été celles de « despotismes éclairés » ? On ne peut le dire qu’à condition de préciser ce que furent et ce que sont devenus – progressivement – les objectifs de ces despotismes éclairés. En tout cas ils ont été jusqu’au bout « anti passéistes ». Leurs comportements à l’égard de la religion – assimilée à l’obscurantisme et rien d’autre – en témoignent. Je me suis exprimé ailleurs sur les nuances qu’on pourrait apporter à ce jugement (voir L’internationale de l’obscurantisme).</p>
<p>Le concept d’avant-garde a été largement adopté ailleurs que dans les sociétés révolutionnaires considérées. Il a été à la base de ce que furent les partis communistes du monde entier, des années 1920 aux années 1980. il a trouvé sa place dans les régimes nationaux populaires du tiers monde contemporain.</p>
<p>Par ailleurs, ce concept d’avant-garde donnait à la théorie et à l’idéologie une importance décisive, laquelle impliquait à son tour la valorisation du rôle des « intellectuels » (révolutionnaires s’entend), ou mieux de l’intelligentsia. Intelligentsia n’est pas synonyme de classes moyennes éduquées, encore moins de cadres, bureaucrates, technocrates, ou universitaires (les « élites » dans le jargon anglo-saxon). Il s’agit d’un groupe social qui n’émerge comme tel que dans certaines conditions propres à certaines sociétés et devient alors un agent actif important, parfois décisif. En dehors de la Russie et de la Chine, on retrouve un phénomène analogue en France, en Italie et peut être dans d’autres pays, mais certainement ni en Grande Bretagne et aux Etats-Unis, ni en Europe du nord en général.</p>
<p>En France, pendant la majeure partie du 20ème siècle, l’intelligentsia a occupé une place importante dans l’histoire de ce pays, au demeurant reconnu par les meilleurs historiens. C’était peut être là un effet indirect de la Commune de Paris, au cours de laquelle l’idéal de la construction d’un stade plus avancé de la civilisation en sortant du capitalisme s’était exprimé comme nulle part ailleurs (cf. mon article sur la Commune)</p>
<p>En Italie, le Parti communiste de l’après fascisme a rempli des fonctions analogues. Comme l’analyse avec lucidité Luciana Castallina, les communistes – une avant-garde fortement soutenue par la classe ouvrière mais toujours minoritaire en termes électoraux – ont véritablement construit à eux seuls la démocratie italienne. Ils exerçaient « dans l’opposition » — à l’époque – un pouvoir réel dans la société bien plus considérable qu’associés au « gouvernement » par la suite ! Leur véritable suicide, inexplicable autrement que par la médiocrité des leaders qui ont succédé à Berlinguer, a fait disparaître, avec eux, l’Etat et la démocratie dans la péninsule.</p>
<p>Ce phénomène de l’intelligentsia n’a jamais existé aux Etats Unis et dans l’Europe protestante du Nord. Ce qu’on appelle ici « l’élite » — le choix du terme est significatif – n’est guère composée d’autres que de serviteurs du système, fussent-ils « réformateurs ». La philosophie empiriste / pragmatiste, qui occupe ici la scène entière de la pensée sociale, a certainement renforcé les effets conservateurs de la réforme protestante dont j’ai proposé ailleurs la critique (L’Eurocentrisme, modernité, religion, démocratie). L’anarchiste allemand – Rudolf Rocker — est l’un des rares penseurs européens à avoir exprimé un jugement voisin du mien ; mais la mode veut – depuis Weber et contre Marx – que la réforme protestante soit célébrée sans examen comme une avancée progressiste !</p>
<p>Dans les sociétés de la périphérie en général, au-delà des cas flagrants de la Russie et de la Chine, et pour les mêmes raisons, les initiatives prises par des « avant-gardes », souvent intelligentsistes, ont bénéficié du ralliement et du soutien de larges majorités populaires. La forme la plus fréquente de ces cristallisations politiques dont les interventions ont été décisives dans « l’éveil du Sud » a été celle du (ou des) « populisme ». Théorie et pratique raillées par les « élites » (à l’anglo-saxone – « pro système »), mais défendues et en sorte réhabilitées par Ernesto Laclau avec des arguments solides que je reprendrai en bonne partie à mon compte.</p>
<p>Bien entendu il y a autant de « populismes » que d’expériences historiques qualifiées de telles. Les populismes sont souvent associés à des personnages dits « charismatiques » dont l’autorité de la « pensée » est acceptée sans grand débat. Les avancées réelles (sociales et nationales) qui leur ont été associées dans certaines conditions m’ont amené à qualifier ces régimes de « nationaux populaires ». Etant entendu que ces avancées n’ont jamais été soutenues ni par une pratique démocratique conventionnelle, « bourgeoise », encore moins par l’amorce de pratiques allant au-delà, comme celles dont je dessinerai les lignes possibles plus loin dans ce texte. Ce fut le cas de la Turquie d’Ataturk, probablement l’initiatrice du modèle pour le Moyen Orient, plus tard de l’Egypte nassérienne, des régimes du Baas première époque, de l’Algérie du FLN. Des expériences analogues, dans des conditions différentes, avaient été développées dans les années 1940 et 1950 en Amérique Latine. La « formule », parce qu’elle répond à des besoins et des possibilités réelles, est loin d’avoir perdu son potentiel de renouvellement. Je qualifierai donc volontiers de « nationales populaires » certaines expériences en cours en Amérique Latine, sans omettre de signaler que sur le plan de la démocratisation celles-ci ont incontestablement amorcé des avancées inconnues dans celles qui les ont précédé.</p>
<p>J’ai proposé quelques analyses concernant les raisons des succès des avancées réalisées dans ce cadre dans quelques pays du Moyen Orient (l’Afghanistan, le Yémen du Sud, le Soudan, l’Irak) qui paraissaient plus prometteuses que d’autres, mais aussi les raisons de leurs échecs dramatiques.</p>
<p>Quoiqu’il en soit il faut se garder de généraliser et de simplifier, comme le font la majorité des commentateurs occidentaux fixés sur la seule « question démocratique », elle-même réduite à la formule de ce que j’ai décrit comme une farce démocratique. Dans les pays de la périphérie, cette farce prend le plus souvent l’allure d’une caricature extrême. Sans être des « démocrates », certains leaders de régimes nationaux populaires ont été des « grands réformateurs » (progressistes), charismatiques ou pas. Nasser en est un bel exemple. Mais d’autres n’ont guère été que des polichinelles inconsistants, comme Khadafi, ou de vulgaires despotes « non éclairés » (d’ailleurs fort peu charismatiques) comme Ben Ali, Moubarak et bien d’autres. Au demeurant ces dictateurs n’ont pas dirigé des expériences nationales populaires. Ils n’ont guère organisé que le pillage de leur pays par des mafias associées à leur personne. De ce fait ils ont simplement été comme Suharto et Marcos des agents d’exécution des puissances impérialistes qui ont d’ailleurs salué et soutenu leurs pouvoirs jusqu’au bout.</p>
<p align="justify"><strong>LE PASSEISME, ENNEMI DE LA DEMOCRATIE</strong></p>
<p>Les limites propres à chacune et à toutes les expériences nationales populaires (ou « populistes ») dignes de cette qualification trouvent leur origine dans les conditions objectives qui caractérisent les sociétés de la périphérie du monde capitaliste / impérialiste contemporain. Celles-ci sont évidemment diverses. Mais au-delà de cette diversité certaines convergences importantes permettent de projeter quelque lumière sur les raisons de leurs succès puis de leurs reculs.</p>
<p>La persistance d’aspirations « passéistes » n’est pas le produit de « l’arriération » solide des peuples concernés (le discours habituel sur le sujet) mais celui d’une mesure correcte du défi. Tous les peuples et les nations des périphéries n’ont pas seulement été soumis à l’exploitation économique féroce du capital impérialiste, ils ont été, de ce fait, soumis tout autant à l’agression culturelle. La dignité de leurs cultures, de leurs langues, de leurs coutumes, de leur histoire a été niée avec le plus grand mépris. Il n’est pas surprenant que ces victimes du colonialisme externe ou interne (les Indiens d’Amérique) associent naturellement leur libération sociale et politique à la restauration de leur dignité nationale.</p>
<p>Mais à son tour ces aspirations légitimes invitent à tourner les regards vers le passé exclusivement, en espérant y trouver la réponse aux questions d’aujourd’hui et de demain. Le risque est alors réel de voir le mouvement d’éveil et de libération des peuples concernés s’enfermer dans des impasses tragiques, dès lors que le « passéisme » est pris comme axe central du renouveau recherché.</p>
<p>L’histoire de l’Egypte contemporaine illustre à la perfection la transformation de la complémentarité nécessaire entre la perspective universaliste ouverte sur l’avenir, associée à la restauration de la dignité du passé en un conflit entre deux choix formulés en termes absolus : ou bien « s’occidentaliser » (au sens vulgaire du terme, en reniant le passé), ou bien « retourner au passé » (sans critique).</p>
<p>Le vice Roi Mohamed Ali (1804–1849) et les Khédives jusqu’aux années 1870 ont fait l’option d’une modernisation ouverte à l’adoption des formules des modèles européens. On ne peut pas dire que cette option était celle d’une « occidentalisation » de pacotille. Les chefs de l’Etat égyptien donnaient toute son importance à l’industrialisation moderne du pays et non pas à l’adoption du seul modèle de consommation des Européens. Ils intériorisaient l’assimilation des modèles européens, l’associant au renouveau de la culture nationale et contribuant à la faire évoluer dans le sens de la laïcité. Leurs efforts de soutien à la rénovation de la langue en témoignent. Certes le modèle européen en question était celui du capitalisme et sans doute n’avaient-ils pas pris la mesure exacte du caractère impérialiste de celui-ci. Mais on ne saurait le leur reprocher. Et lorsque le Khédive Ismail proclame son objectif – « faire de l’Egypte un pays européen » — il devance de 50 ans Ataturk et entend associer cette « européanisation » à la renaissance nationale et non pas au reniement de celle-ci.</p>
<p>Les insuffisances de la Nahda culturelle de l’époque (son incapacité à comprendre ce que la Renaissance européenne avait été), et le caractère « passéiste » dominant des concepts de la Nahda, sur lesquels je me suis prononcé dans d’autres écrits, ne font pas mystère.</p>
<p>Il reste que c’est précisément la vision à dominante passéiste qui va s’imposer au mouvement de renouveau national à la fin du 19ème siècle. J’en ai proposé une explication : la défaite du projet « moderniste » qui avait occupé le devant de la scène de 1800 à 1870 a entraîné le plongeon de l’Egypte dans la régression. Or l’idéologie du refus de ce déclin s’est cristallisée dans ce moment de régression, avec toutes les tares que cela risquait d’impliquer. Les fondateurs du nouveau Parti National (Al hisb al watani), à la fin du 19ème siècle, Moustapha Kamel et Mohamed Farid, choisissent le passéisme comme axe central de leur combat, comme en témoignent entre autre leurs illusions « ottomanistes » (s’appuyer sur Istanbul contre les Anglais).</p>
<p>L’histoire allait prouver l’inanité de ce choix. La révolution nationale et populaire de 1919–1920 n’a pas été dirigée par le Parti Nationaliste, mais par son adversaire « moderniste », le Wafd. Taha Hussein reprend d’ailleurs le slogan du Khédive Ismail : « européaniser » l’Egypte, soutenir à cette fin la nouvelle Université et marginaliser l’Azhar.</p>
<p>La tendance passéiste, héritée du Parti Nationaliste, glisse alors dans l’insignifiance. Son leader – Ahmad Hussein — n’est dans les années 1930 que le chef d’un parti minuscule, au demeurant attiré par le fascisme. Mais cette tendance va se retrouver fortement présente au sein des officiers libres qui renverseront le Roi en 1952.</p>
<p>Les ambiguïtés du projet nassérien sont le produit de ce recul dans le débat sur la nature du défi. Nasser tente d’associer une certaine modernisation, encore une fois pas de pacotille, fondée sur l’industrialisation, au soutien des illusions passéistes. Peu importe que le projet nassérien s’inscrive désormais – ou pense s’inscrire – dans une perspective « socialiste », évidemment inconnue au 19ème siècle. Son attirance pour le passéisme reste présente. Ses options concernant la « modernisation de l’Azhar », dont j’ai fait la critique, en témoignent.</p>
<p>Le conflit entre les visions « modernistes, universalistes » des uns et celles « passéistes intégrales » des autres occupe toujours le devant de la scène en Egypte. Les premières sont désormais défendues principalement par la gauche radicale (en Egypte la tradition communiste, puissante dans les années de l’après seconde guerre mondiale), entendues par les classes moyennes éclairées, les syndicats ouvriers et encore davantage par les nouvelles générations. Le passéisme a glissé davantage à droite avec les frères Musulmans, adopté des positions extrêmes de l’interprétation la plus archaïque de l’Islam, celle promue par l’Arabie Saoudite (le wahabisme).</p>
<p>On pourrait sans grande difficulté faire ressortir le contraste entre cette évolution enfermant l’Egypte dans l’impasse et la voie adoptée par la Chine depuis la révolution des Taipings, reprise et approfondie par le maoisme : la construction de l’avenir passe par la critique radicale du passé. « L’émergence » dans le monde moderne et, partant, le déploiement de réponses efficaces au défi, y compris l’engagement dans la voie de la démocratisation dont je proposerai les lignes directrices plus loin dans ce texte, sont conditionnés par le refus de faire du passéisme l’axe central du renouveau.</p>
<p>Ce n’est donc pas un hasard si la Chine se situe à l’avant-garde des pays « émergents » d’aujourd’hui. Ce n’est pas un hasard non plus si dans la région du Moyen Orient, c’est la Turquie et non l’Egypte, qui fait partie du peloton. La Turquie – même celle de l’AKP « islamiste » — bénéficie de la rupture que le kémalisme avait constitué en son temps. Mais la différence entre la Chine et la Turquie demeure décisive : le choix « moderniste » de la Chine s’inscrit dans une perspective qui se voudrait « socialiste » (et la Chine est en conflit avec l’hégémonisme des Etats-Unis, c’est-à-dire avec l’impérialisme collectif de la Triade), une perspective qui véhicule des chances de progrès, tandis que le choix de la « modernité » de la Turquie contemporaine, qui n’imagine pas sortir de la logique de la mondialisation contemporaine, n’a pas d’avenir. Son succès apparent n’est que provisoire.</p>
<p>L’association entre la tendance moderniste et la tendance passéiste se retrouve dans tous les pays du grand Sud (les périphéries), dans des formules évidemment diverses. La confusion produite par cette association trouve l’une de ses manifestations les plus éclatantes dans la profusion des discours ineptes concernant « les formes prétendues démocratiques du passé », portées aux nues sans critique. L’Inde indépendante fait ainsi l’éloge des « panchayat », les Musulmans de la « shura », les Africains de « l’arbre à palabre », comme si ces formes de vie sociale du passé avaient à voir avec les défis du monde moderne. L’Inde est-elle bien la plus grande démocratie (par le nombre des électeurs) de la planète ? Ou bien cette démocratie électorale reste une farce tant que le critique radicale du système des castes (bel et bien hérité du passé) n’aura pas été conduite jusqu’à son terme : l’abolition des castes. La « shura » reste le véhicule de la mise en œuvre de la Sharia, interprétée dans son sens le plus réactionnaire, ennemi de la démocratie.</p>
<p>Les peuples de l’Amérique Latine sont confrontés aujourd’hui à ce même problème. On comprend sans difficulté la légitimité des revendications « indigénistes », dès lors qu’on prend la mesure de ce que fut le colonialisme interne ibérique. Il reste que certains de ces discours indigénistes sont peu critiques des passés indiens concernés. Mais d’autres le sont et font avancer des concepts associant d’une manière radicalement progressiste les exigences universalistes et le potentiel représenté par l’évolution des héritages du passé. Les débats boliviens sont probablement sur ce plan d’une grande richesse. L’analyse critique des discours indigénistes en question, faite par François Houtart (El concepto de Sumai Kwasai) éclaire nos lanternes. L’ambiguïté est levée par cette étude remarquable qui passe en revue ce qui me semble constituer la totalité probable des discours sur le sujet.</p>
<p>La contribution – négative – du passéisme à la construction du monde moderne tel qu’il est n’est pas l’apanage des peuples des périphéries. En Europe, au-delà de son quart nord-ouest, les bourgeoisies étaient trop faibles pour s’engager dans des révolutions comme en Angleterre ou en France. L’objectif « national » — particulièrement en Allemagne et en Italie, mais plus tard ailleurs vers l’Est et le Sud du continent– a servi de moyen de mobilisation et de paravent à des compromis mi-bourgeois, mi-« anciens régimes ». Le passéisme mobilisé ici n’était pas « religieux » mais « ethnique », fondé sur une définition ethnocentriste de la nation (Allemagne) ou la lecture mythologique de l’histoire romaine (Italie). Le désastre est là – le fascisme et le nazisme – pour illustrer le caractère archi-réactionnaire, certainement anti-démocratique, du passéisme dans ces formes « nationales ».</p>
<p align="justify"><strong>L’alternative universaliste : la démocratisation authentique et entière et la perspective socialiste</strong></p>
<div>Je parlerai ici de démocratisation et non de démocratie. Cette dernière, réduite comme elle l’est dans les formules imposées par les pouvoirs dominants, est une farce, ai-je dit. La farce électorale produit un parlement « bidon » impuissant, le gouvernement n’étant responsable que devant le FMI et l’OMC, c’est-à-dire les instruments des monopoles de la triade impérialiste. La farce démocratique est alors complétée par le discours « droits-de-l’hommiste » qui insiste sur le respect du droit à la protestation, à condition que celle-ci ne puisse être en mesure de remettre en question le pouvoir suprême des monopoles. Au-delà on la criminalise, en l’associant au « terrorisme ».</div>
<div></div>
<div>La démocratisation, conçue en contrepoint comme entière, c’est-à-dire concernant tous les aspects de la vie sociale, y compris bien entendu la gestion de l’économie, ne peut être qu’un processus sans fin ni frontières, le produit des luttes et de l’imagination inventive des peuples. La démocratisation n’a de sens, d’authenticité, que si elle mobilise ces puissances inventives, dans la perspective de la construction d’un stade plus avancé de la civilisation humaine. Elle ne peut donc être enfermée dans un formulaire (« <em>blue print</em> ») prêt-à-porter. Mais il n’en demeure pas moins nécessaire de proposer les lignes directrices du mouvement dans sa direction générale et dans la définition des objectifs stratégiques d’étape possibles.</div>
<div></div>
<div>Le combat pour la démocratisation est un combat. Il exige donc mobilisation, organisation, choix des actions, vision stratégique, sens de la tactique, politisation des luttes. Sans doute ces formes ne peuvent-elles pas être décrétées à l’avance, à partir de dogmes sanctifiés. Mais leur identification reste incontournable. Car il s’agit bel et bien de faire reculer le système des pouvoirs en place, et en perspective de lui substituer un autre système de pouvoirs. Sans doute la formule de « la » révolution qui substitue d’emblée le pouvoir du peuple à celui du capital, sanctifiée, doit-elle être abandonnée. Des avancées révolutionnaires sont possibles, fondées sur celles de pouvoirs nouveaux, populaires, réels, qui font reculer ceux qui continueront à défendre les principes de reproduction de l’inégalité. Au demeurant Marx n’a jamais formulé cette théorie de « la révolution grand soir et solution définitive » ; il a toujours au contraire insisté sur la longue transition caractérisée par ce conflit des pouvoirs, les anciens en déclin et les nouveaux en essor.</div>
<div></div>
<div>Abandonner la question du pouvoir c’est jeter le bébé avec l’eau du bain. Croire que la société peut être transformée sans la destruction, fût-elle progressive du système du pouvoir en place relève de la naïveté la plus extrême. Car tant que les pouvoirs en place restent ce qu’ils sont, loin d’être « dépossédés » par le changement social, ils sont en mesure de capter celui-ci, de le soumettre, de l’intégrer dans le renforcement – et non l’affaiblissement – du pouvoir du capital.</div>
<div></div>
<div>La triste dérive de l’écologisme, devenu champ nouveau ouvert à l’expansion du capital, en témoigne. Éluder la question du pouvoir, c’est placer les mouvements dans une situation qui ne leur permet pas de passer à l’offensive, les contraindre à rester sur des positions de défensive, de résistance aux offensives de ceux qui disposent du pouvoir, et donc de l’initiative. Doit-on s’étonner que Negri, le « prophète » de cette litanie à la mode, se soit écarté de Marx pour retourner à Saint-François d’Assise, dont il était parti ? Doit-on s’étonner que ses thèses soient célébrées par le New York Times ?</div>
<div></div>
<div>Les luttes sociales et politiques (indissociables) pourraient se donner quelques grands objectifs stratégiques, que je proposerai dans ce qui suit, pour le débat théorique et politique confronté en permanence à la pratique des luttes, à leurs avancées et à leurs échecs.</div>
<div></div>
<div>D’abord renforcer les pouvoirs des travailleurs sur les lieux de leur travail, dans leurs luttes quotidiennes contre le capital. C’est, dit-on, la vocation des syndicats. Oui, mais à condition que ceux-ci soient des instruments de lutte réels. Ce qu’ils ne sont plus guère, surtout les « grands syndicats », prétendus « forts » parce qu’ils rassemblent de grandes majorités parmi les travailleurs concernés. Cette force apparente est leur faiblesse réelle parce que les syndicats concernés se croient alors contraints de « s’ajuster » aux revendications consensuelles, modestes à l’extrême. Doit-on s’étonner que les classes ouvrières en Allemagne et en Grande-Bretagne (pays de « syndicats puissants », dit-on) ont accepté les ajustements drastiques que le capital leur a imposés au cours des trente dernières années, alors que les « syndicats français » — minoritaires et considérés comme faibles – ont mieux (ou moins mal) résisté ? Cette réalité nous rappelle tout simplement que des organisations de militants, toujours minoritaires par définition (l’ensemble de la classe ne peut être constituée intégralement de militants), sont capables, plus que des syndicats de « masse » (donc de non militants), d’entraîner les majorités dans les luttes.</div>
<div></div>
<div>Un autre terrain de luttes possibles pour asseoir des pouvoirs nouveaux est celui des pouvoirs locaux. Certes dans ce domaine je me garderai de généralisations rapides, soit par l’affirmation que la décentralisation est toujours une avancée démocratique, soit, à l’opposé, que la centralisation est nécessaire pour « changer le pouvoir ». La décentralisation peut être captée par les « notabilités locales », souvent non moins réactionnaires que les agents du pouvoir central. Mais elle peut aussi, selon les stratégies mises en œuvre par les forces progressistes en lutte et les conditions locales – favorables ici, défavorables là –, compléter et remplacer des avancées dans la création de nouveaux pouvoirs populaires. La Commune de Paris l’avait compris, avec son projet de fédéralisme communal. Les communards savaient qu’ils reprenaient sur cette question la tradition montagnarde des Jacobins de 1793. Car ceux-ci, contrairement à ce qu’on dit sans réfléchir (combien de fois entendra-t-on que les « centralistes » jacobins ont parachevé l’œuvre de la Monarchie !), ont été fédéralistes (oublie-t-on la Fête de la Fédération ?). La « centralisation » a été l’œuvre ultérieure de la réaction thermidorienne, parachevée par Bonaparte.</div>
<div></div>
<div>La « décentralisation » reste un terme douteux, opposé comme un absolu à l’autre concept absolu, celui de la « centralisation ». Associer l’une et l’autre est le défi auquel les combats pour la démocratisation sont confrontés.</div>
<div></div>
<div>La question des pouvoirs multiples – locaux et centraux – est d’une importance cruciale dans les pays « hétérogènes », pour une raison historique ou une autre. Dans les pays andins et plus généralement dans l’Amérique dite latine – qui devrait être qualifiée d’Amérique indo / afro / latine – la construction de pouvoirs spécifiques (et qui dit spécifiques dit bénéficiant d’une marge d’autonomie réelle) conditionne la renaissance des nations indiennes, sans laquelle l’émancipation sociale n’a guère de sens.</div>
<div></div>
<div>Le féminisme et l’écologisme constituent tout autant des terrains de conflits entre les forces sociales engagées dans la perspective de l’émancipation globale de la société et les pouvoirs conservateurs ou réformateurs dévoués à perpétuer les conditions de la reproduction capitaliste. Il n’y a certainement pas lieu de les considérer comme des luttes « spécifiques », parce que les revendications d’apparence spécifique qu’elles promeuvent et la transformation globale de la société sont indissociables. Mais tous les mouvements qui se revendiquent du féminisme et de l’écologisme ne le voient pas ainsi.</div>
<div></div>
<div>L’articulation des luttes sur les terrains divers évoqués ici – et d’autres – appelle la construction de formes institutionnalisées de leur interdépendance. Il s’agit là encore de faire preuve d’imagination créatrice. Il n’est pas nécessaire d’attendre que la législation en vigueur le permette pour mettre en place des systèmes institutionnalisés (« informels, sinon toujours « illégaux ») par exemple de négociation sociale permanente et « obligatoire » de facto employés / patronat, par exemple de contrôle imposant la parité homme / femme, par exemple de soumission de toute décision importante d’investissement (du privé ou de l’Etat) à un examen écologique sérieux.</div>
<div></div>
<div>Des avancées réelles dans les directions proposées ici créent une dualité des pouvoirs – comme celle que Marx avait imaginée pour la longue transition socialiste au communisme, étape plus avancée de la civilisation humaine. Elles permettraient à des « élections » au suffrage universel de prendre une direction toute autre que celle que la démocratie / farce imagine. Mais ici encore les élections qui ont un sens viennent après des victoires, pas avant.</div>
<div></div>
<div> Les propositions suggérées ici – et bien d’autres possibles – ne s’inscrivent pas dans le discours dominant concernant « la société civile ». Elles en prennent plutôt le contre-pied. Ce discours, proche des délires du « post-modernisme » à la Negri, est l’héritier direct de la tradition de l’idéologie du consensus usaméricaine, qui en a été le promoteur patenté, repris sans critique par des dizaines de milliers d’ONG et par leur représentation forcée dans les Forum Sociaux. Il s’agit d’une idéologie qui accepte le régime » (c’est-à-dire le capitalisme des monopoles) dans ce qu’il a d’essentiel. Elle remplit donc une fonction utile pour le pouvoir du capital. Elle verse de l’huile dans ses rouages. Elles promeut une « opposition » dépourvue de la capacité de « changer le monde », comme elle le prétend.</div>
<p align="justify"><strong>Trois conclusions</strong></p>
<div><strong>1. Le virus libéral exerce ses effets dévastateurs.</strong> Il a produit un « ajustement idéologique » qui convient parfaitement à la poursuite de l’expansion capitaliste, à son tour appelée à toujours plus de barbarie. Il a convaincu de larges majorités – y compris dans les jeunes générations – qu’il fallait se contenter de « vivre dans le présent », saisir ce que l’immédiat offre, oublier le passé, ne pas s’occuper de l’avenir, sous prétexte que l’imagination utopique peut produire des monstres. Il a convaincu que le système en place était compatible avec « l’épanouissement de l’individu » (ce qu’il n’est pas en réalité). Des formulations académiques prétentieuses prétendues « nouvelles » — les « post », post-modernisme, post-colonialisme, les études « culturelles », les élucubrations à la Negri – décernent des brevets de légitimité à la capitulation de l’esprit critique et de l’imagination inventive.</div>
<div></div>
<div>Le désarroi que la pratique de cette soumission intériorisée implique est certainement à l’origine, entre autre, du « renouveau religieux ». J’entends par là la résurgence d’interprétations religieuses et parareligieuses conservatrices et réactionnaires, « communautaristes », ritualistes. Le « monothéisme » ici convole avec le « <em>moneytheism</em> » sans problème, comme je l’ai écrit. J’exclus évidemment de ce jugement les interprétations religieuses qui mobilisent le sens qu’elles donnent à la spiritualité pour légitimer leur prise de position aux côtés de toutes les forces sociales en lutte pour l’émancipation. Mais les premières sont dominantes, les secondes minoritaires, souvent marginalisées. D’autres formulations idéologiques non moins réactionnaires compensent de la même manière le vide créé par le virus libéral : les « nationalismes » et les communautarismes ethniques ou paraethniques en constituent de beaux exemples.</div>
<div></div>
<div><strong>2. La diversité est fort heureusement une belle réalité du monde. Mais son éloge inconsidéré est porteur de confusions dangereuses.</strong></div>
<div></div>
<div>J’ai pour ma part proposé de singulariser les « diversités héritées » (du passé), qui sont ce qu’elles sont, et ne peuvent être reconnues comme efficaces pour le projet d’émancipation qu’après examen critique. Je propose de ne pas confondre ces diversités avec celles des formulations qui tournent leur regard vers l’invention du futur et l’émancipation. Car il y a ici également diversité, à la fois des analyses et de leurs soubassements culturels et idéologiques et des propositions de stratégies de lutte.</div>
<div></div>
<div>La première Internationale comptait dans ses rangs Marx, Proudhon, Bakounine. La cinquième Internationale devra tout autant faire de la diversité son atout. J’imagine qu’elle ne peut « éliminer », mais doit rassembler : les marxistes, eux-mêmes d’écoles diverses (y compris certaines passablement « dogmatiques »), d’authentiques réformateurs radicaux qui néanmoins préfèrent mettre l’accent sur le objectifs possibles plus rapprochés que sur les perspectives lointaines, les théologiens de la libération, les penseurs et militants qui entendent inscrire les renouveaux nationaux qu’ils promeuvent dans la perspective de l’émancipation universelle, les féministes et les écologistes qui eux également s’inscrivent dans cette perspective. La condition fondamentale permettant à ce regroupement de combattants d’œuvrer réellement pour la même cause est la prise de conscience lucide du caractère impérialiste du système en place. La 5e<span style="font-size: 11px;"> </span>Internationale ne peut être que clairement anti-impérialiste. Elle ne peut se satisfaire sur ce plan des interventions « humanitaires » que les pouvoirs dominants veulent substituer à la solidarité et au soutien des luttes de libération des peuples, des nations et des Etats de la périphérie. Au-delà même de ce regroupement, des alliances larges doivent être recherchées avec toutes les forces et les mouvements démocratiques en lutte contre les dérives de la démocratie – farce.</div>
<div></div>
<div>3<strong>.  Si j’insiste sur la dimension antiimpérialiste des combats à mener, c’est parce que celle-ci est la condition de la possibilité de construire une convergence entre les luttes au Nord et au Sud de la planète.</strong> J’ai déjà dit que la faiblesse – pour le moins qu’on puisse dire – de la conscience antiimpérialiste au Nord avait constitué la raison majeure des limites des avancées que les peuples des périphéries étaient parvenus à réaliser jusqu’ici, puis de leurs reculs.</div>
<div></div>
<div>La construction de la perspective de convergence des luttes se heurte à des difficultés dont il faut se garder de sous-estimer les dangers mortels.</div>
<div></div>
<div>Au Nord elle se heurte à l’adhésion encore large à l’idéologie du consensus qui légitime la farce démocratique, acceptable grâce aux effets corrupteurs de la rente impérialiste. Néanmoins l’offensive du capital des monopoles contre les travailleurs du Nord eux-mêmes, en cours, pourrait aider à une prise de conscience que les monopoles impérialistes sont bien un ennemi commun. Les mouvements en voie de déploiement et de reconstruction organisée et politisée iront-ils ici jusqu’à comprendre et faire comprendre que les monopoles capitalistes doivent être expropriés et nationalisés dans la perspective de leur socialisation ? Tant qu’on ne se sera pas rapproché de ce point de rupture, le pouvoir en dernier ressort des monopoles du capitalisme / impérialisme demeurera intact. Les défaites que le Sud pourrait infliger à ces monopoles, faisant reculer la ponction de la rente impérialiste, ne peuvent que renforcer les chances de sortie des ornières des peuples du Nord.</div>
<div></div>
<div>Mais au Sud elle se heurte toujours au conflit des expressions de la vision du futur : universalistes ou passéistes ? Tant que ce conflit ne sera pas tranché en faveur des premières, ce que les peuples du Sud pourront arracher dans leurs combats de libération demeurera fragile, limité et vulnérable.</div>
<div></div>
<div>Seules des avancées sérieuses au Nord et au Sud dans les directions indiquées ici pourront permettre au bloc historique progressiste universaliste de prendre corps.</div>
<p> </p>
<h3 align="justify">REFERENCES</h3>
<p align="justify">Références qui pourraient aider le lecteur à retrouver les parcours de la formation des concepts utilisés dans ce texte.</p>
<p align="justify">Ouvrages récents<br />
1. Critique de l’Air du Temps (1997)<br />
– Unité et mutations dans l’idéologie de l’économie politique du capitalisme, pp. 27–46.<br />
– Sur détermination et sous détermination dans l’histoire des sociétés, pp. 47–54.<br />
– Dépérissement de la loi de la valeur et transition au communisme, pp. 63–85.<br />
– L’économie « pure » ou la sorcellerie du monde contemporain, pp. 125–136.<br />
English :<br />
Spectres of capitalism, MR 1998<br />
Unity and changes in the ideology of political economy; overdetermination or underdetermination;withering away of the law of value; pure economics, the contemporary witchcraft</p>
<p align="justify">2. Au-delà du capitalisme sénile (2002)<br />
– Le retour de la « belle époque », pp. 11–13.<br />
– Marxisme et keynésianisme historiques, pp. 27–37.…<br />
– Socialisation par le marché ou par la démocratie, pp. 37–46.<br />
– La financiarisation, phénomène conjoncturel, pp. 53–58.<br />
– Le nouvel impérialisme collectif de la triade, la militarisation de la mondialisation, l’apartheid à l’échelle mondiale, pp. 75–110.<br />
English :<br />
Obsolescent capitalism, Zed 2003<br />
Return of Belle Epoque ; Historical marxism and historical keynesianism ; Financialization, a temporary phenomenon ; The collective imperialism of the triad.</p>
<p align="justify">3. Le Virus libéral (2003)<br />
– La paupérisation et la polarisation mondiale (la nouvelle question agraire, la nouvelle question ouvrière), pp. 35–50.<br />
– L’idéologie de la modernité (la version européenne d’origine et la version nord américaine), pp. 62–106.<br />
English :<br />
The liberal Virus, Pluto 2004<br />
Pauperization, the new agrarian question, the new conditions for the working class; ideology of modernity.</p>
<p align="justify">4. Samir Amin et Ali El Kenz, Le monde arabe, enjeux sociaux (2003), pages 5–71.<br />
English :<br />
Europe and the Arab World, 2005<br />
Egalement : Samir Amin et Karim Mroué, Communistes dans le monde arabe (2006)</p>
<p align="justify">5. Pour un Monde multipolaire (2005)<br />
– Le drame des grandes révolutions, pp. 210–211<br />
– Le poids de l’impérialisme, stade permanent du capitalisme, dans l’expansion mondiale du capitalisme, pp. 211–230.<br />
English :<br />
Beyond US hegemony, Zed 2006<br />
The drama of great revolutions; Imperialism and the global expansion of capitalism.</p>
<p align="justify">6. Pour la cinquième Internationale (2006)<br />
(diversités héritées et diversité dans la création du futur, la convergence dans la diversité)<br />
English :<br />
The world we wish to see, MR 2008<br />
Convergences in diversity.</p>
<p align="justify">7. Du capitalisme à la civilisation (2008)<br />
– La contribution du maoïsme, pp. 49–53.<br />
– Logique formelle et dialectique matérialiste pp. 75–77.<br />
– La productivité du travail social, pp. 82–95.<br />
– De la loi de la valeur à la valeur mondialisée, pp. 95–98.<br />
– Économie de marché ou capitalisme des oligopoles, pp. 125–138.<br />
– La multitude expression maladroite du bloc hégémonique du capital, pp. 187–193.<br />
– Sur le front culturel, en arrière toute, pp. 203–209.<br />
– Pas de démocratie sans progrès social, pp. 210–222.<br />
English :.<br />
From Capitalism to civilisation ; Tulika 2010<br />
Contribution of Maoism; Formal logics or materialistic dialectics; Productivity of social labour; the globalized law of value; Market economy or capitalism of the oligopolies; critique of the multitude; On the cultural front, full speed backward; No democracy without social progress</p>
<p align="justify">8. L’Eurocentrisme, Modernité, Religion, Démocratie, Critique de l’eurocentrisme, critique des culturalismes (2008).<br />
– Raison et émancipation, pp. 9–19.<br />
– Flexibilité des interprétations religieuses, pp. 19–42.<br />
– Hellénisme, Christianisme, Islam, Bouddhisme, Confucianisme, pp. 101–137.<br />
English :<br />
Eurocentrism, modernity, religion and democracy ; MR 2009<br />
Reason and emancipation; the flexibility of religions; Hellenism, Christianity, Islam, Buddhism, Confucianism.</p>
<p align="justify">9. L’Éveil du Sud (2008)<br />
Réponses du Sud aux défis : le monde arabe, du nationalisme radical à l’Islam politique ; Néocolonialismes et socialismes africains ; L’Asie entre le capitalisme triomphant et l’impasse ; L’Amérique latine : fin de la doctrine Monroe ?, Le monde du socialisme réellement existant.</p>
<p align="justify">10. La crise, sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise ? (2009)<br />
D’une crise à l’autre ; la financiarisation ; l’accumulation par dépossession ; les réformes foncières nécessaires ; humanitarisme ou internationalisme<br />
English :<br />
Ending the crisis of capitalism or ending capitalism ; Pambazuka 2011<br />
From one long crisis to the other; accumulation by dispossession; Humanitarianism or internationalism of peoples?</p>
<p align="justify">11. La loi de la valeur mondialisée (2011)<br />
La rente des monopoles, la rente impérialiste, aux origines de Bandoung<br />
English :<br />
The law of value worldwide, MR 2010<br />
The monopoly rent, the imperialist rent; At the origins of Bandung (pages 121 and fol).</p>
<p align="justify">12. Délégitimer le capitalisme (2011)<br />
La financiarisation indissociable du capitalisme des monopoles</p>
<p align="justify">13. Demba Moussa Dembélé, Samir Amin, intellectuel organique au service de l’émancipation du Sud (2011)<br />
–La trajectoire historique du capitalisme (chap 12)<br />
–Pour une histoire authentiquement globale (chap 15)<br />
–Initiatives indépendantes du Sud (chap 17)</p>
<p align="justify">14. Le monde arabe dans la longue durée , le printemps arabe (2011)</p>
<p align="justify">15. English only :<br />
Global History, a view from the South ; Pambazuka 2011</p>
<p align="justify">Références plus anciennes<br />
Samir Amin, André Gunder Frank, Réflexions sur la crise économique mondiale, n’attendons pas 1984 (1978).<br />
Classes et Nations (1979)<br />
– Les formations communautaires, p. 46 et suivantes.<br />
– Les formations tributaires, p. 54 et suivantes.<br />
– Réflexions sur la transition d’un mode à l’autre : « révolution ou décadence », pp. 238–245<br />
English :<br />
Let’s not wait for 1984, in , Reflections on the world economic crisis, MR Press 1981<br />
Class and Nation ; MRPress 1980<br />
Communautarian social formations, tributary social formations ; Transitions : decadence or revolutions.</p>
<p align="justify">Articles majeurs récents<br />
Revues :<br />
Marx et la démocratie ; La Pensée, n° 328, 2001.<br />
Cinquante ans après Bandoung ; Recherches Internationales n° 73 – 04, 2004.<br />
Empire et Multitude ; La Pensée n° 343, 2005.<br />
Vers une théologie islamique de la libération ; La Pensée n°342 , 2005<br />
L’Islam, une théocratie sans projet social, La Pensée, n° 351, 2007<br />
Pour des initiatives indépendantes des pays du Sud, Utopie critique, n°50, 2010<br />
Capitalisme transnational ou impérialisme collectif ? ; Recherches Internationales, n°89, 2011<br />
L’internationale de l’obscurantisme ; Contradictions, déc 2011<br />
English :<br />
Spectres of capitalism, MR may 1998<br />
History conceived as an eternal cycle, Review, n°3, 1999<br />
Post maoist China, Review n°4, 1999<br />
Imperialism and globalization, MR june 2001<br />
Confronting the Empire, MR aug 2003<br />
US imperialism, Europe and the Middle East, MR n°6, 2004<br />
Empire and Multitude, MR nov 2005<br />
China, market socialism and US hegemony, Review n°3, 2005<br />
Samir Amin interviewed by A A Dieng, Development and Change, n°6, 2007<br />
Political Islam in the service of imperialism, MRdec 2007<br />
Market economy or oligopoly finance capital? , MR april 2008<br />
Seize the crisis, MR dec 2009<br />
Capitalism and the ecological footprint, MR oct 2009<br />
The trajectory of historical capitalism, MR feb 2011<br />
Sites web :<br />
Critique du Rapport Stiglitz, Les réponses du Nord à la crise, Doc Français et anglais, site Pambazuka, 2009 et 2010 ;</p>
<p align="justify">Autres auteurs cités<br />
Elmar Altvater, The Plagues of Capitalism, 2008.<br />
Luciana Castellina, présentations orales.<br />
Étiemble, L’Europe chinoise, 1988.<br />
Isabelle Garo, Marx, un critique de la Philosophie, 2000.<br />
Rémy Herrera, Les experiences révolutionnaires de l’Amérique latine<br />
Rémy Herrera, Un autre capitalisme n’est pas possible, Syllepse<br />
François Houtart, Délégitimer le capitalisme ; ed Colophon , Bruxelles 2005<br />
François Houtart, Les agro carburants, solution pour le climat ou sortie de crise pour le capitalisme ?<br />
Couleur Livre, Charleroi, 2009.<br />
François Houtart, El concepto de Sumak Kwasai (Buen vivir)<br />
Ernesto Laclau, On populist reason; Verso, 2007<br />
Rudolf Rocker, Nationalisme et culture ; ed Libertaires, 2008<br />
(la réforme protestante, pages 103–117)<br />
Rafael Uzcategui, Le Venezuela, révolution ou spectacle ?; Spartacus 2011<br />
Michel Winock, Le siècle des intellectuels, Seuil 1999</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>L’écosocialisme, un nouvel horizon</title>
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		<pubDate>Sat, 10 Dec 2011 00:41:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Recension / Notes de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[« Le monde souffre d’une fièvre provoquée par le changement climatique, et la maladie est le modèle capitaliste de développement  », disait Evo Morales, président de la Bolivie, en 2007 1. L’écosocialisme se veut le remède à cette maladie qui plonge l’humanité dans un avenir aussi inconnu qu’incertain. Pour les tenants de ce courant philosophique et politique [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>« Le monde souffre d’une fièvre provoquée par le changement climatique, et la maladie est le modèle capitaliste de développement </em> », disait Evo Morales, président de la Bolivie, en 2007 <sup>1</sup>. L’écosocialisme se veut le remède à cette maladie qui plonge l’humanité dans un avenir aussi inconnu qu’incertain.</p>
<p>Pour les tenants de ce courant philosophique et politique relativement peu connu (pour l’instant ?), le salut de l’humanité passe par  <em>« l’association du ‘rouge’ – la critique marxiste du capital et le projet d’une société alternative – et du ‘vert’ »</em>» propre à l’écologie politique <sup>2</sup>. Si  <em>« tout socialisme non écologique est une impasse »</em> <sup>3</sup>,<em> « une écologie non socialiste est incapable de prendre en compte les enjeux actuels »</em> <sup>3</sup>. Voilà donc pour les bases théoriques de l’écosocialisme : la conciliation du socialisme marxiste et de l’écologie politique, bien loin des coalitions gouvernementales  <em>« rouges-vertes »</em>» qui ont émergé dans plusieurs pays européens ces dernières années  <em>« autour d’un programme social-libéral de gestion du capitalisme »</em> <sup>2</sup>.<span id="more-8137"></span></p>
<p>Michael Löwy, l’un des théoriciens principaux du mouvement, compile dans ce petit ouvrage quelques articles visant à explorer différents aspects de la mouvance écosocialiste – une façon simple et directe de la présenter au grand public. Clair et accessible, cet ouvrage mérite vraiment d’être lu et diffusé: il éclaire d’un point de vue tout à fait intéressant la situation critique dans laquelle l’humanité se trouve en mobilisant des ressources philosophiques – Karl Marx, Max Weber, Walter Benjamin et bien d’autres – qu’il réactualise pour servir sa pensée. On en finit la lecture déterminé à changer le monde aux côtés de l’auteur, révolté de toutes les consciences molles qui nous entourent et qui semblent ignorer que l’humanité court à sa perte, entraînant avec elle tout un écosystème.</p>
<p>L’objet en soi – et c’est quelque chose de toujours important pour quelqu’un comme moi qui aime les livres – est modeste mais beau, petit, léger ; la couverture est attrayante et sympathique et, surtout, le nom de la collection m’a séduit : <em>Les Petits Libres</em>. Enfin bon, je vais quand même éviter de faire trop de publicité à un livre qui critique l’industrie publicitaire avec une telle virulence – et avec raison !</p>
<p>La philosophie écosocialiste naît d’une constatation simple : la crise écologique est bien réelle dans le monde du XXIème siècle, et seule une rupture radicale avec l’ordre capitaliste établi permettra à l’humanité de sortir du cercle vicieux dans lequel l’a plongé ce système fondamentalement mauvais. Les théoriciens du courant procèdent donc, comme je le disais plus tôt, à une sorte de réactualisation de la pensée marxiste à l’orée de la crise écologique. Ils critiquent en effet dans la philosophie du penseur allemand l’absence totale de considération écologique, à une époque où, il faut le dire, révolutions industrielles obligent, personne ne s’en préoccupait !</p>
<p> </p>
<p>Ainsi, Marx dénonçait la contradiction inhérente du capitalisme entre les forces productives et les rapports de production, mais lui-même n’avait pas perçu ce que James O’Connor, l’un des pionniers de l’écosocialisme nord-américain soulignait : le capitalisme contient également une contradiction irrésoluble entre les forces productives et les conditions de production <sup>6</sup>. En effet, si Marx prônait un changement de civilisation, il ne remettait pas pour autant en cause la logique expansive du capitalisme ; s’il souhaitait redistribuer les cartes de la production de richesses, il ne remettait pas en cause la nature virtuellement illimitée de la production et le productivisme subséquent. Michael Löwy évoque à cet égard la logique « continuiste » de Marx et Engels, où le socialisme est vu comme un moyen de faire « sauter les chaînes » par lesquelles le système capitaliste contenait le « développement illimité des forces productives » <sup>7</sup>.</p>
<p>Cela étant dit, la philosophie écosocialiste se démarque de celle, proposée notamment en France par Serge Latouche, de la décroissance.  <em>« La critique culturelle du consumérisme proposée par les ‘objecteurs de croissance’ est nécessaire, mais insuffisante »</em> , écrit l’agronome Daniel Tanuro, cité par Michael Löwy <sup>3</sup>. L’écosocialisme propose l’extension de la démocratie à d’autres secteurs de la vie publique que la politique, avec, en premier lieu, le pouvoir de contrôler démocratiquement les choix économiques – une incursion dans le régime de propriété privée sacralisé depuis le XVIIIème siècle que revendiquent les théoriciens du mouvement. La politique économique doit être fondée sur des considérations radicalement opposées à celles qui ont cours aujourd’hui ; au règne du profit doit être substitué celui de l’intérêt général, celui des besoin sociaux – et pour ce faire, c’est une planification démocratique de l’économie qu’il faut mettre en place.  <em>« La conception socialiste de la planification n’est rien d’autre que la démocratisation radicale de l’économie : s’il est certain que les décisions politiques ne doivent pas revenir à une petite élite de dirigeants, pourquoi ne pas appliquer le même principe aux décisions d’ordre économique ? » </em><sup>9</sup>. L’écosocialisme prend aussi parfois des accents « deuxième gauche » tels que l’on peut en trouver dans le célèbre manifeste de Michel Rocard publié en 1969 <sup>10</sup>.</p>
<p>Citant un exemple concret, l’auteur prend à parti la publicité, manifestation la plus évidente et la plus cynique d’un capitalisme fou et cible privilégiée des mouvements altermondialistes, symbole du paradigme consumériste dans lequel nous nous sommes servilement enfermés. Celle-ci, qui  <em>« bourre non seulement les boîtes aux lettres mais aussi les crânes des individus »</em> <sup>11</sup>, est un  <em>« immense gaspillage des ressources (matérielles et financières) limitées de la planète »</em> <sup>12</sup> – sans parler du gaspillage en termes de capital humain, puisque des milliers d’individus mettent leur esprit, leur intelligence et leur créativité au service de cette industrie qui soumet « les besoins des individus aux nécessités mercantiles du capital » <sup>13</sup>.</p>
<p>Enfin, pour conclure sur une note un petit peu moins déprimante – car force est de constater avec Michael Löwy et Joel Kovel que  <em>« personne ne peut lire ces prescriptions […] sans un certain découragement, tant elles semblent éloignées de l’état actuel du monde réellement existant, qu’il s’agisse des institutions ou des niveaux de conscience » </em><sup>14</sup> – l’auteur cite quelques exemples – aux Etats-Unis, au Brésil – d’expériences écosocialistes – théoriques dans le premier cas, pratiques dans le second – plutôt réussies, et en tout cas porteuses d’espoirs. Bon, d’accord, le panégyrique de Chico Mendes, militant politique socialiste et écologique brésilien qui a mis sa vie au service de ses idéaux – la défense de la forêt amazonienne et des petits paysans qui y travaillent dans une situation de servitude intolérable – se conclut abruptement par son assassinat politique. Dans la catégorie  <em>« porteur d’espoirs »</em> , on a vu mieux… Mais la beauté de son combat et son émouvant testament laissent à penser que, demain, peut-être, le Soleil se lèvera sur une société plus rouge, plus verte, plus belle, plus juste… .<br />
 </p>
<p><em>rédacteur : Jules FOURNIER, </em><br />
<em>Illustration : flickr</em></p>
<p><strong>Notes :</strong><br />
1 — Épigraphe de la Déclaration écosocialiste internationale de Belém, 2008<br />
2 — page 12<br />
3 — page 11<br />
4 — page 11<br />
5 — page 12<br />
6 — page 162<br />
7 — page 94<br />
8 — page 11<br />
9 — page 58<br />
10 — <em>Le PSU et l’avenir socialiste de la France</em>, Seuil, 1969<br />
11 — 151<br />
12 — page 152<br />
13 — page 151<br />
14 — Manifeste écosocialiste international, page 198</p>
<div> </div>
<div> </div>
<div>Titre du livre : Ecosocialisme, l’alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste<br />
Auteur : Michael Löwy<br />
Éditeur : Mille et une nuits<br />
Date de publication : 08/06/11<br />
N° ISBN : 978–2-7555–0617-4</div>
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		</item>
		<item>
		<title>La gauche radicale face au capitalisme en faillite : De l’audace, encore de l’audace</title>
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		<pubDate>Sat, 26 Nov 2011 16:14:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Inégalités / Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[La conjoncture historique produite par l’implosion du capitalisme contemporain impose à la gauche radicale, au Nord comme au Sud, d’avoir de l’audace dans la formulation de son alternative politique au système en place. L’objet de cet article de Samir Amin, publié en deux parties dans cette édition, est de montrer pourquoi cette exigence puis ce [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/63031157@N05/6167374214/"><img class="alignright" src="http://www.pambazuka.org/images/articles/558/cash_machine_tmb.jpg" alt="" width="180" height="110" /></a>La conjoncture historique produite par l’implosion du capitalisme contemporain impose à la gauche radicale, au Nord comme au Sud, d’avoir de l’audace dans la formulation de son alternative politique au système en place. L’objet de cet article de Samir Amin, publié en deux parties dans cette édition, est de montrer pourquoi cette exigence puis ce qu’il en entend.<span id="more-8034"></span></p>
<h2>Pourquoi de l’audace ?</h2>
<p>Le capitalisme contemporain est un capitalisme de monopoles généralisés. J’entends par là que les monopoles constituent désormais non plus des îles (fussent-elles importantes) dans un océan de firmes qui ne le sont pas – et qui, de ce fait, sont encore relativement autonomes –, mais un système intégré et que, de ce fait, ces monopoles contrôlent désormais étroitement l’ensemble de tous les systèmes productifs. Les petites et moyennes entreprises — et même les grandes entreprises qui ne relèvent pas elles-mêmes de la propriété formelle des ensembles oligopolistiques concernés – sont enfermées dans des réseaux de moyens de contrôle mis en place en amont et en aval par les monopoles. Leur marge d’autonomie s’est rétrécie de ce fait comme une peau de chagrin. Ces unités de production sont devenues des sous-traitants des monopoles.</p>
<p>Ce système des monopoles généralisés est le produit d’une étape nouvelle de la centralisation du capital dans les pays de la triade (les Etats Unis, l’Europe occidentale et centrale, le Japon) qui s’est déployée au cours des années 1980 et 1990.</p>
<p>Simultanément, ces monopoles généralisés dominent l’économie mondiale. La « mondialisation » est le nom qu’ils ont eux-mêmes donné à l’ensemble des exigences par lesquelles ils exercent leur contrôle sur les systèmes productifs des périphéries du capitalisme mondial (le monde entier au-delà des partenaires de la triade). Il ne s’agit de rien d’autre que d’une étape nouvelle de l’impérialisme.</p>
<p>Le capitalisme des monopoles généralisés et mondialisés constitue un système qui assure à ces monopoles la ponction d’une rente de monopole prélevée sur la masse de la plus value (transformée en profits) que le capital extrait de l’exploitation du travail. Dans la mesure où ces monopoles opèrent dans les périphéries du système mondialisé, cette rente de monopole devient une rente impérialiste. Le process d’accumulation du capital – qui définit le capitalisme dans toutes ses formes historiques successives – est, de ce fait, commandé par la maximisation de la rente monopolistique/impérialiste.</p>
<p>Ce déplacement du centre de gravité de l’accumulation du capital est à l’origine de la poursuite continue de la concentration des revenus et des fortunes, au bénéfice de la rente des monopoles, largement accaparée par les oligarchies (« plutocraties ») qui gouvernent les groupes oligopolistiques, au détriment des rémunérations du travail et même des rémunérations du capital non monopolistique.</p>
<p>Ce déséquilibre en croissance continue est lui-même, à son tour, à l’origine de la financiarisation du système économique. J’entends par là qu’une fraction croissante du surplus ne peut plus être investie dans l’élargissement et l’approfondissement des systèmes productifs et que le « placement financier » de cet excédent croissant constitue alors la seule alternative possible pour la poursuite de l’accumulation commandée par les monopoles.</p>
<p>La mise en place de systèmes permettant cette financiarisation opère par différents moyens inventés et imposés à cet effet :<br />
– la soumission de la gestion des firmes au principe de la « valeur actionnariale »,<br />
– la substitution de systèmes de retraites par capitalisation (les Fonds de pension) aux systèmes de retraites par répartition,<br />
– l’adoption du principe des « changes flexibles »,<br />
– l’abandon du principe de la détermination du taux de l’intérêt – le prix de la « liquidité » – par les banques centrales et le transfert de cette responsabilité au « marché ».</p>
<p>La financiarisation a transféré à une trentaine de banques géantes de la triade la responsabilité majeure dans la commande de la reproduction de ce système de l’accumulation. Ce qu’on appelle pudiquement « les marchés » ne sont alors rien d’autre que les lieux où se déploient les stratégies de ces agents dominant la scène économique.</p>
<p>A son tour, cette financiarisation qui accuse la croissance de l’inégalité dans la répartition des revenus (et des fortunes) génère le surplus grandissant dont elle se nourrit. Les « placements financiers » (ou encore les placements de spéculation financière) poursuivent leur croissance à des rythmes vertigineux, sans commune mesure avec ceux de la « croissance du PIB » (elle-même devenue de ce fait largement fictive) ou ceux de l’investissement dans l’appareil productif.</p>
<p>La croissance vertigineuse des placements financiers exige – et alimente – entre autre celle de la dette, dans toutes ses formes, et en particulier celle de la dette souveraine. Lorsque les gouvernements en place prétendent poursuivre l’objectif de « réduction de la dette », ils mentent délibérément. Car la stratégie des monopoles financiarisés a besoin de la croissance de la dette (qu’ils recherchent et non combattent) – un moyen financièrement intéressant d’absorber le surplus de rente des monopoles. Les politiques d’austérité imposées, « pour réduire la dette » dit-on, ont, au contraire, pour conséquence (recherchée) d’en augmenter le volume.</p>
<p>C’est ce système – qualifié vulgairement de « néolibéral », en fait le système du capitalisme des monopoles généralisés, « mondialisés » (impérialistes) et financiarisés (par nécessité imposée pour sa reproduction) – qui implose sous nos yeux. Ce système, visiblement incapable de surmonter ses contradictions internes grandissantes, est condamné à poursuivre sa course folle.</p>
<p>La « crise » du système n’est pas due à autre chose qu’à son propre « succès ». En effet jusqu’à ce jour la stratégie déployée par les monopoles a toujours donné les résultats recherchés : les plans « d’austérité », les plans dits sociaux (en fait antisociaux) de licenciement, s’imposent toujours, en dépit des résistances et des luttes. L’initiative demeure toujours, jusqu’à ce jour, dans les mains des monopoles (« les marchés ») et de leur serviteurs politiques (les gouvernements qui soumettent leurs décisions aux exigences dites du « marché »).</p>
<p>Dans ces conditions, le capital des monopoles a ouvertement déclaré la guerre aux travailleurs et aux peuples. Cette déclaration trouve sa formulation dans la sentence « le libéralisme n’est pas négociable ». Le capital des monopoles entend donc poursuivre sa course folle et non pas en ralentir le rythme. La critique que je ferai plus loin des propositions de « régulation » s’inscrit dans cette logique.</p>
<p>Nous ne sommes pas dans un moment historique où la recherche d’un « compromis social » constitue une alternative possible. Il y a eu de tels moments dans l’histoire, comme par exemple dans l’après guerre, avec les compromis sociaux capital/travail propres à l’Etat social démocrate en Occident, au socialisme réellement existant de l’Est, aux projets nationaux populaires du Sud. Mais notre moment historique n’est pas de ceux là. Le conflit oppose donc le capital des monopoles aux travailleurs et aux peuples invités à une capitulation sans condition. Les stratégies défensives de résistance sont, dans ces conditions, inefficaces, appelées à être toujours finalement vaincues. Face à la guerre déclarée par le capital des monopoles, les travailleurs et les peuples doivent développer des stratégies qui leur permettent de passer à l’offensive.</p>
<p>Cette conjoncture de guerre sociale s’accompagne nécessairement par la prolifération des conflits politiques internationaux et des interventions militaires des puissances impérialistes de la triade. La stratégie de « contrôle militaire de la planète » par les forces armées des Etats Unis et de leurs alliés subalternes de l’Otan constitue en dernier ressort le seul moyen par lequel les monopoles impérialistes de la triade peuvent espérer poursuivre leur domination sur les peuples, les nations et les Etats du Sud.</p>
<p>Face à ce défi (la guerre déclarée par les monopoles), quelles sont les réponses alternatives proposées ?</p>
<h3>PREMIERE REPONSE : LA « REGULATION DES MARCHES » (FINANCIERS ET AUTRES).</h3>
<p>Il s’agit là d’initiatives que les monopoles et les pouvoirs à leur service prétendent envisager. En fait il ne s’agit là que d’une rhétorique creuse, destinée à tromper les opinions publiques. Ces initiatives ne peuvent pas arrêter la course folle à la rentabilité financière qui est le produit de la logique de l’accumulation commandée par les monopoles. Elles ne constituent donc qu’une fausse alternative.</p>
<h3>SECONDE REPONSE : LE RETOUR AUX MODELES DE L’APRES GUERRE.</h3>
<p>Ces réponses alimentent une triple nostalgie :<br />
– la refondation d’une « sociale démocratie » véritable en Occident ;<br />
– la résurrection de « socialismes » fondés sur les principes qui ont gouverné ceux du XXe siècle ;<br />
– le retour aux formules du nationalisme populaire dans les périphéries du Sud.</p>
<p>Comme on peut le voir, ces nostalgies imaginent pouvoir « faire reculer » le capitalisme des monopoles, en l’obligeant à régresser sur les positions qui étaient les siennes en 1945. Elles ignorent que l’histoire ne permet jamais de tels retours en arrière. Il faut s’attaquer au capitalisme tel qu’il est aujourd’hui, et non à ce qu’on aurait souhaité qu’il soit, en imaginant le blocage de son évolution. Il reste que ces nostalgies continuent à hanter des segments importants des gauches à travers le monde.</p>
<h3>TROISIEME REPONSE : LA RECHERCHE D’UN CONSENSUS « HUMANISTE ».</h3>
<p>Je définis les vœux pieux de cette manière précise : l’illusion qu’un consensus qui associe les porteurs d’intérêts fondamentalement conflictuels serait possible. L’écologie naïve, entre autre, partage cette illusion.</p>
<h3>QUATRIEME REPONSE : LES ILLUSIONS PASSEISTES</h3>
<p>Ces illusions invoquent la « spécificité » et le « droit à la différence » sans se soucier d’en comprendre la portée et le sens. Le passé aurait déjà répondu aux questions d’avenir. Ces « culturalismes » peuvent revêtir des formes para religieuses ou ethniques. Les théocraties et les ethnocraties constituent alors des substituts commodes aux luttes sociales démocratiques qu’elles évacuent de leur agenda.</p>
<h2>CINQUIEME REPONSE : LA PRIORITE AUX « LIBERTES INDIVIDUELLES ».</h2>
<p>L’éventail des réponses fondées sur cette priorité, considérée comme la « valeur suprême » et même exclusive, intègre dans ses rangs les inconditionnels de la « démocratie électorale représentative », assimilée à la démocratie tout court. La formule dissocie la démocratisation des sociétés du progrès social, et tolère même de facto son association avec la régression sociale, au prix de risquer de décrédibiliser la démocratie, réduite au statut de farce tragique. Mais il existe des formes de cette posture encore plus dangereuses. Je fais référence ici à certains courants « post modernistes » (à Toni Negri en particulier) qui imaginent que l’individu est déjà devenu le sujet de l’histoire, comme si le communisme, qui permettra à l’individu réellement émancipé des aliénations marchandes de devenir effectivement le sujet de l’histoire, était déjà là !</p>
<p>On voit bien que toutes ces réponses, dont celles de droite (les « régulations » qui ne remettent pas en cause la propriété privée des monopoles), ne sont pas sans trouver d’échos puissants dans les majorités des peuples de gauche tels qu’ils sont encore.</p>
<p>La guerre déclarée par le capitalisme des monopoles généralisés de l’impérialisme contemporain n’a rien à craindre des fausses alternatives dont j’ai dessiné ici les lignes directrices.</p>
<p>Alors, que faire ?</p>
<p>Le moment nous offre l’occasion historique d’aller bien plus loin ; il impose comme seule réponse efficace une radicalisation audacieuse dans la formulation d’alternatives capables de faire passer les travailleurs et les peuples à l’offensive, de mettre en déroute la stratégie de guerre de l’adversaire. Ces formulations, fondées sur l’analyse du capitalisme contemporain réellement existant, doivent regarder en face l’avenir à construire, et tourner le dos aux nostalgies du passé et aux illusions identitaires ou consensuelles.</p>
<p>(Voir la suite de cet article dans cette édition, sous le titre : <a href="http://www.cahiersdusocialisme.org/2011/11/26/contrer-le-capital-des-monopoles-des-programmes-audacieux-pour-la-gauche-radicale/">Des programmes audacieux pour la gauche radicale</a>)</p>
<p>* <strong>Samir Amin</strong> est directeur du <em>Forum du Tiers-monde</em></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Contrer le capital des monopoles : Des programmes audacieux pour la gauche radicale</title>
		<link>http://www.cahiersdusocialisme.org/2011/11/26/contrer-le-capital-des-monopoles-des-programmes-audacieux-pour-la-gauche-radicale/</link>
		<comments>http://www.cahiersdusocialisme.org/2011/11/26/contrer-le-capital-des-monopoles-des-programmes-audacieux-pour-la-gauche-radicale/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 26 Nov 2011 16:08:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Capitalisme / Néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[Inégalités / Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans un monde marqué par les offensives du capital des monopoles (voir l’article : «  La gauche radicale face au capitalisme en faillite  », dans cette édition), Samir Amin estime que «les stratégies défensives de résistance sont inefficaces, appelées à être toujours finalement vaincues». Pour lui, «les travailleurs et les peuples doivent développer des stratégies qui leur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.flickr.com/photos/proimos/3950973346/"><img class="alignright" src="http://www.pambazuka.org/images/articles/558/begging_hand_tmb.jpg" alt="" width="180" height="124" /></a>Dans un monde marqué par les offensives du capital des monopoles (voir l’article : « <a href="http://www.cahiersdusocialisme.org/2011/11/26/la-gauche-radicale-face-au-capitalisme-en-faillite-de-l%E2%80%99audace-encore-de-l%E2%80%99audace/"> La gauche radicale face au capitalisme en faillite </a> », dans cette édition), Samir Amin estime que «les stratégies défensives de résistance sont inefficaces, appelées à être toujours finalement vaincues». Pour lui, «les travailleurs et les peuples doivent développer des stratégies qui leur permettent de passer à l’offensive». Il en indique les pistes.</p>
<p><span id="more-8032"></span></p>
<p>J’organiserai les propositions générales qui suivent dans trois rubriques :</p>
<ul>
<li>socialiser la propriété de monopoles ;</li>
<li>dé-financiariser la gestion de l’économie ;</li>
<li>dé-mondialiser les rapports internationaux.</li>
</ul>
<h2>SOCIALISER LA PROPRIETE DES MONOPOLES</h2>
<p>L’efficacité de la réponse alternative nécessaire exige la remise en cause du principe même de la propriété privée du capital des monopoles. Proposer de « réguler » les opérations financières, de restituer aux marchés leur « transparence » pour permettre aux « anticipations des agents » d’être « rationnelles », définir les termes d’un consensus sur ces réformes, sans abolir la propriété privée des monopoles, ce n’est rien d’autre que jeter de la poudre aux yeux des publics naïfs. Car on invite alors les monopoles eux-mêmes à « gérer » ces réformes, contre leur intérêt propre, en ignorant qu’ils conservent mille et un moyens d’en contourner les objectifs.</p>
<p>L’objectif du projet alternatif doit être d’inverser la direction de l’évolution sociale (du désordre social) produite par les stratégies des monopoles, d’assurer l’emploi maximal et de le stabiliser, de garantir des salaires convenables en croissance parallèle à celle de la productivité du travail social. Cet objectif est tout simplement impossible sans exproprier le pouvoir des monopoles.</p>
<p>Le « logiciel des théoriciens de l’économie » doit être reconstruit (comme l’écrit François Morin). Car l’absurde et impossible théorie économique des « anticipations » expulse la démocratie de la gestion de la décision économique. Avoir de l’audace, c’est ici reformuler dans la perspective radicale exigée les réformes de l’enseignement, non seulement pour la formation des économistes, mais également pour celle de tous ceux appelés à occuper des fonctions de cadres.</p>
<p>Les monopoles sont des ensembles institutionnels qui doivent être gérés selon les principes de la démocratie, en conflit frontal avec ceux qui sacralisent la propriété privée. Bien que l’expression de « biens communs », importé du monde anglo-saxon, soit par elle-même toujours ambigüe parce que déconnectée du débat sur le sens des conflits sociaux (le langage anglo-saxon veut ignorer délibérément la réalité des classes sociales), on pourrait à la rigueur l’invoquer ici en qualifiant les monopoles précisément de « biens communs ».</p>
<p>L’abolition de la propriété privée des monopoles passe par leur nationalisation. Cette première mesure juridique est incontournable. Mais l’audace consiste ici à proposer des plans de socialisation de la gestion des monopoles nationalisés et à promouvoir des luttes sociales démocratiques qui engagent sur cette longue route.</p>
<p>Je donnerai ici un exemple concret de ce que pourraient être ces plans de socialisation.</p>
<p>Les agriculteurs « capitalistes » (ceux des pays capitalistes développés) comme les agriculteurs « paysans » (en majorité au Sud) sont tous prisonniers en amont des monopoles qui leur fournissent les intrants et le crédit, en aval de ceux dont ils dépendent pour la transformation, le transport et la commercialisation de leurs produits. De ce fait ils ne disposent d’aucune autonomie réelle dans la prise de leurs « décisions ». De surcroit les gains de productivité qu’ils réalisent sont pompés par les monopoles qui les réduisent au statut de « sous traitants » de fait. Quelle alternative ?</p>
<p>Il faudrait, pour cela substituer aux monopoles concernés des institutions publiques dont une loi cadre fixerait le mode de constitution des directoires. Ceux-ci seraient constitués par des représentants : des paysans (les intéressés principaux), des unités d’amont (usines de fabrication des intrants, banques) et d’aval (industries agro-alimentaires, chaînes de distribution), des consommateurs, des pouvoirs locaux (intéressés par l’environnement naturel et social – écoles, hôpitaux, urbanisme et logements, transports), de l’Etat (les citoyens).</p>
<p>Les représentants des composantes énumérés ici seraient eux-mêmes choisis selon des procédures cohérentes avec leur mode propre de gestion socialisée, puisque par exemple les unités de production d’intrants seraient elles mêmes gérées par des directoires composites associant les travailleurs directement employés par les unités concernées, ceux qui sont employés par des unités de sous-traitance etc. On devrait concevoir ces constructions par des formules qui associent les cadres de gestion à chacun de ces niveaux, comme les centres de recherche scientifique et technologique indépendants et appropriés. On pourrait même concevoir une représentation des fournisseurs de capitaux (les « petits actionnaires ») hérités de la nationalisation, si on le juge utile.</p>
<p>Il s’agit donc de formules institutionnelles beaucoup plus complexes que ne le sont celles de « l’autogestion » ou de la « coopérative » telles que nous les connaissons. Il s’agit de formules à inventer qui permettraient l’exercice d’une démocratie authentique dans la gestion de l’économie, fondée sur la négociation ouverte entre les parties prenantes. Une formule qui associe donc, de façon systématique, démocratisation de la société et progrès social, en contrepoint de la réalité capitaliste qui dissocie la démocratie – réduite à la gestion formelle de la politique – des conditions sociales – abandonnées à ce que le « marché », dominé par le capital des monopoles, produit. Alors et alors seulement on pourrait parler de transparence authentique des marchés, régulés dans ces formes institutionnalisées de la gestion socialisée.</p>
<p>L’exemple choisi pourrait paraître marginal dans les pays capitalistes développés du fait que les agriculteurs n’y représentent qu’une très faible proportion des travailleurs (3 à 7 %). Par contre cette question est centrale dans les pays du Sud dont la population rurale restera importante encore longtemps. Ici l’accès à la terre, qui doit être garanti à tous (avec la moindre inégalité possible dans cet accès) s’inscrit dans les principes fondamentaux de l’option en faveur d’une agriculture paysanne (je renvoie ici à mes développements plus fournis sur la question). Mais dire « agriculture paysanne » ne doit pas être compris comme synonyme d’« agriculture stagnante » (voire « réserve folklorique »). Et le progrès nécessaire de cette agriculture paysanne exige certaines « modernisations » (même si ce terme est impropre car il suggère immédiatement à beaucoup la modernisation par le capitalisme). Des intrants plus efficaces, des crédits, un écoulement convenable des productions sont nécessaires pour donner du sens à l’amélioration de la productivité du travail paysan. Les formules proposées poursuivent l’objectif de permettre cette modernisation par des moyens et dans un esprit « non capitalistes », c’est-à-dire s’inscrivant dans une perspective socialiste.</p>
<p>Evidemment, l’exemple concret choisi ici n’est pas le seul dont il faudrait imaginer l’institutionnalisation. Les nationalisations/socialisations de la gestion des monopoles de l’industrie et des transports, celles des banques et des autres institutions financières devraient être imaginées dans le même esprit, mais en tenant compte, pour la constitution de leurs directoires, de la spécificité de leurs fonctions économiques et sociales. Encore une fois ces directoires devraient associer les travailleurs de l’entreprise et ceux des sous-traitants, les représentants des industries d’amont, les banques, les institutions de recherche, les consommateurs, les citoyens.</p>
<p>La nationalisation/socialisation des monopoles répond à une exigence fondamentale, qui constitue l’axe du défi auquel les travailleurs et les peuples sont confrontés dans le capitalisme contemporain des monopoles généralisés. Elle seule permet de mettre un terme à l’accumulation par dépossession qui commande la logique de la gestion de l’économie par les monopoles.</p>
<p>L’accumulation dominée par les monopoles ne peut en effet se reproduire qu’à la condition que l’aire soumise à la « gestion des marchés » soit en expansion continue. Celle-ci est obtenue par la privatisation à outrance des services publics (dépossession des citoyens), et de l’accès aux ressources naturelles (dépossession des peuples). La ponction que la rente des monopoles opère sur les revenus du capital des unités économiques « indépendantes » est elle-même une dépossession (de capitalistes !) par l’oligarchie financière.</p>
<h2>LA DE-FINANCIARISATION : UN MONDE SANS WALL STREET</h2>
<p>La nationalisation/socialisation des monopoles abolit déjà par elle-même le principe de la « valeur actionnariale » imposé par la stratégie de l’accumulation au service de la rente des monopoles. Cet objectif est essentiel pour tout programme audacieux de sortie des ornières dans lesquelles la gestion de l’économie contemporaine est enlisée. Sa réalisation coupe l’herbe sous les pieds de la financiarisation de cette gestion. Revient-on par là même à cette fameuse « euthanasie des rentiers » préconisée par Keynes en son temps ? Pas nécessairement et encore moins intégralement.</p>
<p>L’épargne peut être encouragée par une récompense financière, mais à condition d’en définir d’une manière précise les origines (épargne des ménages de travailleurs, des entreprises, des collectivités) et les conditions de leur rémunération. Le discours concernant l’épargne macroéconomique dans la théorie économique conventionnelle cache en réalité l’organisation de l’accès exclusif des monopoles au marché des capitaux. Sa prétendue « rémunération par les marchés » n’est alors rien d’autre que le moyen de garantir la croissance des rentes de monopoles.</p>
<p>Bien entendu la nationalisation/socialisation des monopoles implique celle des banques, au moins des majeures d’entre elles. Mais la socialisation de leur intervention (les « politiques de crédit ») comporte des spécificités qui imposent une conception adéquate dans la constitution de leurs directoires. La nationalisation au sens classique du terme impliquait seulement la substitution de l’Etat aux conseils d’administration formés par les actionnaires privés. Cela permettrait déjà, en principe, la mise en œuvre par les banques des politiques de crédit formulés par l’Etat ; et cela n’est déjà pas rien. Mais cela ne suffit certainement pas dès lors qu’on a pris conscience que la socialisation implique la participation directe dans la gestion bancaire des partenaires sociaux concernés. Bien entendu ici également « l’autogestion » – la gestion des banques par leur personnel – n’est pas la formule qui répond aux questions posées. Les personnels concernés doivent certes être associés aux décisions concernant leurs conditions de travail, mais guère plus, car ils n’ont rien à dire concernant les politiques de crédit à mettre en œuvre.</p>
<p>Si les directoires bancaires doivent associer les intérêts – conflictuels – de ceux qui fournissent les crédits (les banques) et de ceux qui les reçoivent (les « entreprises ») la formule est à penser concrètement en relation avec ce que sont ces dernières et ce qu’elles demandent. Une recomposition du système bancaire, trop centralisé surtout depuis que les régulations financières traditionnelles des deux siècles passés ont été abandonnées au cours des quatre dernières décennies, s’impose. Il y a là un argument fort pour justifier la reconstruction de spécialisations bancaires, selon les destinataires de leurs crédits et selon la fonction économique de ceux-ci (fourniture de liquidités à court terme, contribution au financement des investissements à moyen et long termes).</p>
<p>On pourrait alors par exemple concevoir une « banque de l’agriculture » (ou un ensemble coordonné de banques de l’agriculture) dont la clientèle serait constituée non pas seulement par les agriculteurs et les paysans mais également par les unités d’intervention en amont et en aval de l’agriculture décrites plus haut. Son directoire associerait alors d’une part les « banquiers » (le personnel dirigeant de la banque, eux-mêmes choisis par le directoire) et d’autre part les clients (les agriculteurs ou les paysans, les unités d’amont et d’aval). On devrait imaginer d’autres ensembles bancaires articulés sur les secteurs industriels, dont les directoires associeraient les clientèles industrielles, les centres de recherche et de technologies, des services compétents dans le domaine du contrôle des effets écologiques des modes de production mis en œuvre, garantissant de ce fait le risque minimal (sachant bien qu’aucune action humaine ne comporte de risque zéro), objet lui-même de débats démocratiques transparents.</p>
<p>La définanciarisation de la gestion économique implique également deux séries de mesures législatives. Les premières concernent la suppression pure et simple des fonds de spéculation (hedge funds), dont un Etat souverain peut toujours interdire les opérations sur le territoire national. Les secondes concernent les Fonds de pension, devenus d’ailleurs des opérateurs majeurs dans la financiarisation du système économique. Ces fonds ont été conçus – d’abord aux Etats Unis bien entendu – pour transférer aux salariés les risques qui normalement sont encourus par le capital et constituent la raison même invoquée pour légitimer sa rémunération ! Il s’agit donc d’une opération scandaleuse, en contradiction manifeste avec le discours idéologique de défense du capitalisme ! Mais cette « invention » convient parfaitement au déploiement des stratégies de l’accumulation dominée par les monopoles. Leur abolition s’impose, au bénéfice de systèmes de retraites par répartition, qui, par leur nature même, permettent et imposent le débat démocratique pour la détermination des montants et durées de cotisation et des rapports entre les montants des pensions et les rémunérations salariales. Ces systèmes ont la vocation normale, dans une démocratie respectueuse des droits sociaux, à être généralisés à tous les travailleurs. Cependant, à la rigueur, et par souci de ne rien « interdire » qui soit souhaité par un groupe d’individus, des retraites complémentaires servis par des fonds de pension pourraient être autorisées.</p>
<p>L’ensemble des mesures de définanciarisation suggérées ici conduisent à une conclusion évidente : « un monde sans Wall Street », pour reprendre le titre du livre de François Morin, est possible et souhaitable.</p>
<p>Dans ce monde la vie économique demeure largement régulée par le « marché ». Mais il s’agit alors de marchés pour la première fois réellement transparents, régulés par la négociation démocratique d’authentiques partenaires sociaux (pour la première fois également ceux-ci ne sont plus des adversaires comme ils le sont nécessairement dans le capitalisme). Ce qui est aboli, c’est le « marché » financier – opaque par nature – soumis aux exigences de sa gestion au bénéfice des monopoles. On pourrait discuter davantage pour savoir s’il est utile ou non de « fermer les bourses », les opérations de transfert éventuel des droits de propriété tant dans leurs formes privées que dans leurs formes sociales étant conduites « autrement », ou si l’on conserve des bourses refondées à cette fin. Le symbole en tout cas – « un monde sans Wall Street » – conserve toute sa force.</p>
<p>La définanciarisation n’implique certainement pas l’abolition de la politique macroéconomique et en particulier celle de la gestion macro du crédit. Tout au contraire elle en rétablit l’efficacité en la libérant de sa soumission aux stratégies de maximisation de la rente des monopoles. La restauration des pouvoirs des banques centrales nationales, non plus « indépendantes » mais dépendantes à la fois de l’Etat et des marchés régulés par la négociation démocratique des partenaires sociaux, donne à la formulation de la politique macro de crédit toute son efficacité au service d’une gestion socialisée de l’économie.</p>
<h2>Au plan international : la déconnexion</h2>
<p>Je reprendrai ici le terme de déconnexion que j’ai proposé il y a déjà un demi siècle, auquel la langue contemporaine semble substituer le synonyme de « dé-globalisation/dé-mondialisation ». Je rappelle que je n’ai jamais entendu par déconnexion un repli autarcique, mais une inversion stratégique dans la vision des rapports internes/externes, en réponse aux exigences incontournables d’un développement autocentré. La déconnexion favorise la reconstruction d’une mondialisation fondée sur la négociation, et non la soumission aux intérêts exclusifs des monopoles impérialistes. Elle favorise la réduction des inégalités internationales.</p>
<p>La déconnexion s’impose du fait que les mesures préconisées dans les deux sections qui précèdent ne pourront véritablement jamais être mises en œuvre à l’échelon mondial, ni même à celui d’ensembles régionaux (comme l’Europe). Elles ne peuvent être amorcées que dans le cadre des Etats/nations les plus avancés par l’ampleur et la radicalité des luttes sociales et politiques, s’assignant l’objectif de s’engager dans la voie de la socialisation de la gestion de leur économie.</p>
<p>L’impérialisme, dans les formes qui ont été les siennes jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale, avait construit le contraste centres impérialistes industrialisés/périphéries dominées interdites d’industries. Les victoires des mouvements de libération nationale ont amorcé l’industrialisation des périphéries, à travers les mises en œuvre de politiques de déconnexion exigées par leur option en faveur d’un développement autocentré. Associées à des réformes sociales plus ou moins radicales, ces déconnexions ont créé les conditions de « l’émergence » ultérieure de ceux de ces pays qui étaient allé le plus loin dans cette voie, la Chine en tête du peloton bien entendu. Cependant l’impérialisme de la triade, contraint de reculer et de «s’ajuster » aux conditions de cette époque révolue, s’est reconstruit sur des bases nouvelles, fondées sur des « avantages » dont il entend garder le privilège de l’exclusivité et que j’ai classés dans cinq rubriques : le contrôle des technologies de pointe, de l’accès aux ressources naturelles de la planète, du système monétaire et financier intégré à l’échelle mondiale, des systèmes de communication et d’information, des armements de destruction massive.</p>
<p>La forme principale de la déconnexion aujourd’hui se définit alors précisément par la remise en cause de ces cinq privilèges de l’impérialisme contemporain. Les pays émergents sont engagés sur cette voie, avec plus ou moins de détermination évidemment. Certes leur succès antérieur lui-même leur a permis, au cours des deux dernières décennies, d’accélérer leur développement, industriel en particulier, dans le système mondialisé « libéral » et par des moyens « capitalistes » ; et ce succès a alimenté des illusions concernant la possibilité de poursuite dans cette voie, autrement dit de se construire comme de nouveaux « partenaires capitalistes égaux ». La tentative de « coopter » les plus prestigieux de ces pays par la création du G 20 a encouragé ces illusions. Mais avec l’implosion en cours du système impérialiste (qualifié de « mondialisation ») ces illusions sont appelées à se dissiper. Le conflit entre les puissances impérialistes de la triade et les pays émergents est déjà visible, et est appelé à s’aggraver. Si elles veulent aller de l’avant les sociétés des pays émergents seront contraintes de se tourner davantage vers des modes de développement autocentrés tant aux plans nationaux que par le renforcement des coopérations Sud-Sud. L’audace consiste ici à s’engager avec fermeté et cohérence dans cette voie, en associant les mesures de déconnexion qu’elle implique à des avancées sociales progressistes.</p>
<p>L’objectif de cette radicalisation est triple et associe la démocratisation de la société, le progrès social et des postures anti-impérialistes conséquentes. Un engagement dans cette voie est possible, non pas seulement dans les sociétés des pays émergents, mais également dans les « laissés pour compte » du grand Sud. Ces pays avaient été véritablement recolonisés à travers les programmes d’ajustement structurel des années 1980. Leurs peuples sont désormais en révolte ouverte, qu’ils aient déjà marqué des points (en Amérique du Sud) ou pas encore (dans le monde arabe). L’audace consiste ici pour les gauches radicales dans les sociétés en question de prendre la mesure du défi et de soutenir la poursuite et la radicalisation nécessaire des luttes en cours.</p>
<p>La déconnexion des pays du Sud prépare la déconstruction du système impérialiste en place. La chose est particulièrement visible dans les domaines concernés par la gestion du système monétaire et financier mondialisé, comme il l’est par l’hégémonie du dollar. Mais attention : il est illusoire de penser pouvoir substituer à ce système un « autre système monétaire et financier mondial » mieux équilibré et plus favorable au développement des périphéries. Comme toujours la recherche d’un « consensus » international permettant cette reconstruction par en haut relève des vœux pieux et de l’attente du miracle. Ce qui est à l’ordre du jour c’est la déconstruction du système en place – son implosion – et la reconstruction de systèmes alternatifs nationaux (pour les pays continents) ou régionaux, comme certains projets de l’Amérique du Sud en amorcent la construction. L’audace consiste ici à aller de l’avant avec la plus grande résolution possible, sans trop s’inquiéter des ripostes de l’impérialisme aux abois.</p>
<p>Cette même problématique de la déconnexion/déconstruction concerne l’Europe, mise en place comme sous ensemble de la mondialisation dominée par les monopoles. Le projet européen a été pensé dès l’origine et construit systématiquement pour déposséder les peuples concernés des moyens d’exercer leur pouvoir démocratique. L’Union Européenne a été placée dans un régime de protectorat exercé par les monopoles. Avec l’implosion de la zone euro cette soumission qui abolit la démocratie réduite au statut de farce prend des allures extrêmes : comment les « marchés » (c’est-à-dire les monopoles) et les « agences de notation » (c’est-à-dire encore les monopoles) réagissent-ils ? Voilà la seule question désormais posée. Comment les peuples pourraient réagir ne fait plus l’objet de la moindre considération.</p>
<p>Il est alors évident qu’il n’y a pas ici non plus d’alternative à l’audace : « désobéir » aux règles imposées par la « Constitution européenne », comme par la fausse banque centrale de l’euro. Autrement dit déconstruire les institutions de l’Europe et de la zone euro. Telle est la condition incontournable pour la reconstruction ultérieure d’une « autre Europe » (des peuples et des nations).</p>
<h2>EN CONCLUSION : DE L’AUDACE, ENCORE DE L’AUDACE, TOUJOURS DE L’AUDACE</h2>
<p>Ce que j’ai entendu par audace c’est donc :</p>
<ul>
<li>Pour les gauches radicales dans les sociétés de la triade impérialiste l’engagement dans la construction d’un bloc social alternatif anti-monopoles.</li>
<li>Pour les gauches radicales dans les sociétés des périphéries l’engament dans la construction d’un bloc social alternatif anti-compradore.</li>
</ul>
<p>Des avancées dans ces constructions, qui prendront leur temps, mais pourraient fort bien s’accélérer dés lors que la gauche radicale en amorcerait avec détermination le mouvement, s’inscrivent nécessairement comme des avancées sur la longue route du socialisme. Il s’agit donc de propositions de stratégies non pas de « sortie de la crise du capitalisme », mais de « sortie du capitalisme en crise » pour reprendre le titre d’un de mes ouvrages récents.</p>
<p>Nous sommes dans une période cruciale de l’histoire. La seule légitimité du capitalisme est d’avoir créé les conditions de son dépassement socialiste, entendu comme une étape supérieure de la civilisation. Le capitalisme est désormais un système obsolète, dont la poursuite du déploiement ne produit plus que la barbarie ; et il n’y a plus d’autre capitalisme possible. L’issue de ce conflit de civilisation est incertain, comme toujours. Ou bien les gauches radicales parviendront, par l’audace de leurs initiatives, à arracher des avancées révolutionnaires, ou bien la contre révolution l’emportera. Il n’y a pas de compromis durable entre ces deux réponses au défi.</p>
<p>Toutes les stratégies des gauches non radicales ne sont en fait que des non-stratégies, c’est-à-dire des ajustements, au jour le jour, aux vicissitudes du système en implosion. Et si les pouvoirs en place veulent, comme le Guépard, « tout changer afin que rien ne change », les candidats de la gauche non radicale croient possible de « changer la vie sans toucher aux pouvoirs des monopoles » ! Les gauches non radicales n’arrêteront pas le triomphe de la barbarie capitaliste. Elles ont déjà perdu la bataille, faute de vouloir la livrer.</p>
<p>De l’audace : il faut pour faire coïncider l’automne du capitalisme, annoncé par l’implosion de son système, avec un authentique printemps des peuples, devenu possible.</p>
<h3>REFERENCES :</h3>
<ul>
<li>Samir Amin, Sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise ; Le temps des cerises, 2009.</li>
<li>Samir Amin, Du capitalisme à la civilisation ; Syllepse, 2008.</li>
<li>Aurélien Bernier, Désobéissons à l’Union Européenne ; Les mille et une nuits, 2011.</li>
<li>Jacques Nikonoff, Sortir de l’euro ; Mes mille et une nuits, 2011.</li>
<li>François Morin, Un monde sans Wall Street ; Le seuil, 2011.</li>
</ul>
<p>* <strong>Samir Amin</strong> est directeur du <em>Forum du Tiers-monde</em></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Les Indignés et la démocratie des mouvements sociaux</title>
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		<pubDate>Sat, 19 Nov 2011 11:14:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Inégalités / Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>
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		<description><![CDATA[Pourquoi les Indignés espagnols n’ont-ils pas de programme ? Selon le sociologue Eduardo Romanos, les analyses de ce mouvement social en termes de parti politique passent à côté de leur objet. Il viserait avant tout l’amplification des pratiques altermondialistes de démocratie délibérative. Cet article se propose de situer le mouvement connu comme 15M [15 mai 2011 [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Pourquoi les Indignés espagnols n’ont-ils pas de programme ? Selon le sociologue Eduardo Romanos, les analyses de ce mouvement social en termes de parti politique passent à côté de leur objet. Il viserait avant tout l’amplification des pratiques altermondialistes de démocratie délibérative.</strong><span id="more-7962"></span></p>
<div>
<p>Cet article se propose de situer le mouvement connu comme 15M [15 mai 2011 ou mouvement des Indignés] dans le débat sur le rôle des mouvements sociaux comme agents de démocratisation (dans le sens d’avancée et de perfectionnement de la démocratie). Notre propos est d’intégrer à la discussion ouverte dans ce dossier les résultats des recherches qui, depuis le champ des mouvements sociaux, ont analysé les pratiques de démocratie délibérative au sein du mouvement pour une justice globale apparu à la fin du XXe siècle. En nous concentrant sur ce qui s’est produit à Madrid, nous nous demanderons de quelle manière le mouvement 15M se relie à ces pratiques.</p>
<h3>Mouvements et partis</h3>
<p>Le mouvement du 15M a été traité sous différentes perspectives comme s’il s’agissait d’un parti politique. Depuis qu’il a fait irruption sur la scène politique espagnole, les médias ont cherché ses porte-parole pour les interviewer et les représentants politiques ont essayé d’identifier ses leaders et de les rencontrer. Une partie de l’opinion publique a demandé aux participants du 15M d’expliciter les points clés de leur programme (politique) et de les faire connaître afin qu’ils puissent être soumis au jugement de l’ensemble des citoyens. Cependant, le 15M n’a ni leaders ni programme. Il dispose certes de quelques porte-parole, mais ces derniers tournent de façon constante, dans une dynamique nouvelle à certains égards et qui a déconcerté les médias.</p>
<p>Quoi qu’il en soit, il semble nécessaire de souligner que le 15M n’est ni un parti politique, ni une organisation de quelque type que ce soit, mais un mouvement social. Les mouvements sociaux peuvent accueillir en leur sein des partis politiques (voir, par exemple, le mouvement écologiste et les partis verts). Le 15M ne le fait pas, et il ne semble pas qu’il aille le faire à l’avenir. Il intègre en revanche différentes organisations (par exemple, <em>Democracia Real Ya</em>, <em>Juventud Sin Futuro</em> et ATTAC<em>España</em>, parmi tant d’autres), à côté de nombreux autres groupes et d’activistes individuels. Cependant, aucun de ces acteurs ne revendique pour lui la représentation du mouvement, et ce dernier ne peut en aucun cas se réduire à eux. Le 15M est un phénomène plus vaste et plus complexe, construit en forme de réseau. À l’intérieur de ce dernier circulent des flux denses et informels d’interaction entre des acteurs qui partagent une identité collective (ils ont le sentiment d’appartenir a une communauté d’ « indignés ») et qui sont en rapport de conflit avec ceux qui, à leur avis, sont les responsables du problème social qu’ils dénoncent dans leurs protestations [<a id="nh1" title="Cette vision des choses se fonde sur le concept de mouvement social élaboré (...)" href="http://www.laviedesidees.fr/Les-Indignes-et-la-democratie-des.html#nb1" rel="footnote">1</a>].</p>
<p>Les mouvements sociaux et les partis politiques sont des phénomènes distincts qui évoluent sur différents niveaux d’action. Les partis politiques agissent au niveau de la représentation d’intérêts alors que les mouvements sociaux « contribuent à redéfinir les coordonnées culturelles et politiques où se produit la représentation des intérêts » [<a id="nh2" title="della Porta, Donatella y Mario Diani, Social Movements : An Introduction (...)" href="http://www.laviedesidees.fr/Les-Indignes-et-la-democratie-des.html#nb2" rel="footnote">2</a>]. En ce sens, la critique déployée par les mouvements sociaux n’est pas simplement politique mais méta-politique [<a id="nh3" title="Offe, Claus, “New Social Movements : Challenging the Boundaries of (...)" href="http://www.laviedesidees.fr/Les-Indignes-et-la-democratie-des.html#nb3" rel="footnote">3</a>]. C’est d’une certaine façon ce que rappelait Manuel Castells dans un article consacré au 15M, dans lequel il critiquait les tentatives pour canaliser l’énergie du mouvement à l’intérieur du système politique [<a id="nh4" title="Castells, Manuel, « Movimiento y política », La Vanguardia, 22/10/2011." href="http://www.laviedesidees.fr/Les-Indignes-et-la-democratie-des.html#nb4" rel="footnote">4</a>]. En ce sens, ses mots semblent répondre à ceux de Philip Pettit quand, dans <a href="http://www.laviedesidees.fr/Reflexions-d-un-republicain-sur-le.html">l’article publié dans de ce dossier</a>, il demande au 15M de faire preuve de « sérieux en matière de projet institutionnel » et de faire entendre ses propositions de changement « à l’intérieur des partis politiques, au sein du parlement et lors des élections ». La vision qu’a Pettit des mouvements sociaux semble trop limitée et, en tout cas, circonscrite à la sphère institutionnelle. Les objectifs des mouvements vont au delà de la « remise en question des politiques du gouvernement », ou du remplacement des élites chargées de mettre en œuvre ces politiques. Ils posent la question « de transformations plus amples qui touchent aux priorités sociales, aux mécanismes de base par lesquels la société agit ». Ce sont des « canaux à travers lesquels se diffusent dans la société des concepts et des perspectives qui, sans cela, continueraient à être marginaux » [<a id="nh5" title="della Porta, Donatella y Mario Diani, op. cit., p. 66 y 77." href="http://www.laviedesidees.fr/Les-Indignes-et-la-democratie-des.html#nb5" rel="footnote">5</a>]. Ils participent à l’élaboration de nouveaux « codes culturels », pour reprendre l’expression d’Alberto Melucci. Et ils le font, entre autres, par le biais de l’expérimentation.</p>
<h3>La démocratie en mouvement</h3>
<p>L’un des principaux objectifs (pour ne pas dire le principal) des mouvements sociaux a été le développement d’un nouveau concept de démocratie [<a id="nh6" title="Ibid., p. 239." href="http://www.laviedesidees.fr/Les-Indignes-et-la-democratie-des.html#nb6" rel="footnote">6</a>]. Les mouvements revendiquent la légitimité de modèles alternatifs à la démocratie parlementaire, sans avoir pour autant à défendre leur suprématie. En général, ils ne demandent pas l’abolition du système actuel des partis, mais ils cherchent à lui donner un plus ample contenu démocratique, tout en s’engageant aussi dans la création de sphères publiques alternatives et ouvertes où puissent être expérimentés d’autres modèles de démocratie. C’est sur ce terrain que semble également se situer le 15M. Une étude sur le profil des participants au mouvement — menée à Salamanque, mais qui est certainement extrapolable à d’autres villes— reflétait son caractère réformiste et non « rupturiste », même si les réformes qu’ils proposent tendent à introduire des changements généraux dans la façon d’organiser et de conduire la politique. [<a id="nh7" title="Calvo, Kerman, Teresa Gómez-Pastrana y Luis Mena, « Movimiento 15M : ¿quiénes (...)" href="http://www.laviedesidees.fr/Les-Indignes-et-la-democratie-des.html#nb7" rel="footnote">7</a>]</p>
<p>Les nouveaux mouvements sociaux qui se sont développés pour l’essentiel en Europe durant les décennies 1970 et 1980 (le mouvement écologiste et celui des femmes, principalement) ont redonné vie en l’actualisant à un concept de démocratie directe qui, dans une certaine mesure, plongeait ses racines dans la tradition anarchiste. La démocratie directe fut érigée comme alternative aux modèles alors dominants : le concept libéral de démocratie et la démocratie organisée de type socialiste ou catholique. [<a id="nh8" title="Kitschelt, Herbert, « Social Movements, Political Parties, and Democratic (...)" href="http://www.laviedesidees.fr/Les-Indignes-et-la-democratie-des.html#nb8" rel="footnote">8</a>] Si le cycle de protestation qui prit son essor à la fin des années 1960 amena l’actualisation du concept de démocratie directe, la récente mobilisation transnationale pour une globalisation menée d’en bas a mis en pratique un nouveau concept de démocratie délibérative. Alors que le développement de la première avait été l’œuvre des nouveaux mouvements sociaux, les expériences de démocratie délibérative sont associées au récent mouvement pour une justice globale (connu aussi sous le nom d’altermondialisation).</p>
<h3>Démocratie délibérative avec pouvoir décisionnaire</h3>
<p>Donatella della Porta définit la démocratie délibérative (ou démocratie délibérative avec pouvoir décisionnaire) comme celle qui se manifeste quand, « sous certaines conditions d’égalité, d’inclusion et de transparence, un processus communicationnel basé sur la raison (la force d’un bon argument) est capable de transformer les préférences individuelles et d’atteindre des décisions visant au bien public. » [<a id="nh9" title="della Porta, Donatella, « Deliberation in Movement : Why and How to Study (...)" href="http://www.laviedesidees.fr/Les-Indignes-et-la-democratie-des.html#nb9" rel="footnote">9</a>] Le mouvement pour une justice globale ne s’est pas borné à discuter les principes de ce nouveau concept, mais il les a également mis en œuvre dans ses réseaux internes et dans le développement de processus de prise de décisions. Sous ce rapport, les activistes ont construit une « culture organisationnelle » basée sur les valeurs de diversité, de subjectivité, de transparence, de confrontation ouverte, tendant à la construction du consensus et à la « contamination idéologique » au delà du dogmatisme [<a id="nh10" title="della Porta, Donatella, « Making the Polis : Social Forums and Democracy in (...)" href="http://www.laviedesidees.fr/Les-Indignes-et-la-democratie-des.html#nb10" rel="footnote">10</a>]. Cette culture repose sur un sentiment très fort de <em>préfiguration</em>, comprise comme une stratégie de changement social basée sur la continuité entre les moyens et les fins. Sa généalogie relie à nouveau les nouveaux mouvements sociaux à la tradition anarchiste puisque, même si la préfiguration ressemble à une invention de 1968, elle est aussi vieille que la théorie anarchiste moderne : Bakounine et ses partisans préconisaient l’avènement d’une société future dont l’ « embryon » devait être l’Internationale des Travailleurs. Et les projets constitutifs du mouvement anarchiste sur des terrains parallèles à l’associationnisme ouvrier, comme l’éducation, la culture et l’information, préfigurent également un modèle de société anti-autoritaire, libre et non-hiérarchisée comme celui que recherchent ses organisations, ses groupes et ses activistes [<a id="nh11" title="Romanos, Eduardo, « Anarchism », in D.A. Snow, D. Della Porta, B. Klandermans (...)" href="http://www.laviedesidees.fr/Les-Indignes-et-la-democratie-des.html#nb11" rel="footnote">11</a>].</p>
<p>Jusqu’à quel point le 15M se fait-il l’écho de la culture organisationnelle basée sur la démocratie délibérative ? Un coup d’œil sur ses pratiques et ses discours semble révéler une profonde affinité avec ce modèle. Le cadre stratégique adopté par le mouvement a été celui de l’assemblée. La première assemblée s’est tenue la nuit même du 15 mai « avec l’idée principale de créer et de maintenir un campement permanent » (<a href="http://madrid.tomalaplaza.net/2011/05/16/" rel="nofollow external" target="_blank">http://madrid.tomalaplaza.net/2011/…</a>). Depuis cette date, elles n’ont pas cessé, tant sur un plan général (dans le contexte madrilène : <em>Asamblea General Sol</em> et <em>Asamblea Popular de Madrid</em>) que dans des cadres plus concrets (quartiers et villages) et thématiques (chacune des commissions et groupes de travail). Le mécanisme de décision du mouvement se conforme à l’horizontalité de l’assemblée. Comme l’a signalé Eva Botella-Ordinas dans l’article qui ouvrait ce dossier, les assemblées sont une pratique démocratique étendue au sein des organisations et des centres sociaux autogérés qui, d’une certaine façon, ont produit le bouillon de culture du mouvement actuel. Ceux qui y participent se sentent égaux et partie prenante d’un projet partagé : « Une Assemblée est un espace de rencontre basé sur l’égalité, entre des personnes qui ont un objectif commun » [<a id="nh12" title="http://madrid.tomalaplaza.net/2011/05/31." href="http://www.laviedesidees.fr/Les-Indignes-et-la-democratie-des.html#nb12" rel="footnote">12</a>] . Dans son déroulement, on recourt généralement à un langage inclusif, dont l’une des manifestations les plus visibles est l’emploi du genre féminin (par référence aux « personnes »). De fait, l’inclusion constitue l’une des valeurs qui ont défini le mouvement dès sa naissance :</p>
<blockquote><p>« INCLUSION. La force de ce mouvement est que nous sommes nombreux et différents… Notre pluralité déborde toutes les étiquettes qu’on nous colle… Les espaces qui nous rendent forts, joyeux et actifs sont ceux que chacun peut ressentir comme propres. » [<a id="nh13" title="http://madrid.tomalaplaza.net/2011/08/12" href="http://www.laviedesidees.fr/Les-Indignes-et-la-democratie-des.html#nb13" rel="footnote">13</a>]</p></blockquote>
<p>L’inclusion (« absolue, de toute personne ») est le fondement qui préserve la subjectivité et la diversité à l’intérieur du mouvement. Il semble que cela soit aussi l’un des facteurs qui expliquent son large appui social, reçu dès son irruption sur la scène politique espagnole [<a id="nh14" title="12. Le baromètre de juin 2011 du Centro de Investigaciones Sociológicas (...)" href="http://www.laviedesidees.fr/Les-Indignes-et-la-democratie-des.html#nb14" rel="footnote">14</a>]. L’inclusion n’est pas cependant dépourvue de dangers, par exemple, en ce qu’elle génère une représentation trop vague du conflit qui peut rendre difficile la cohésion interne et le maintien de l’engagement des activistes sur le long terme. À côté de l’égalité et de l’inclusion, la transparence semble être un autre pilier fondamental du 15M. Il ne s’agit pas seulement d’une demande adressée à ses principaux adversaires (dans le système politique et économique), elle est devenue un de ses signes d’identité : il n’y a certainement pas de meilleure façon de rendre visible le processus délibératif que sur les places des quartiers, des villages et des villes. De plus, les commissions et les groupes de travail mettent en ligne l’information relative à leurs activités, accords et décisions pour qu’elle soit accessible à tous ceux qui voudraient les connaître (par exemple, pour ce qui est de Madrid, sur des pages comme <a href="http://madrid.tomalaplaza.net/" rel="external" target="_blank">http://madrid.tomalaplaza.net</a> et <a href="http://actasmadrid.tomamaplaza.net/" rel="external" target="_blank">http://actasmadrid.tomamaplaza.net</a>, en plus des pages hébergées sur le réseau n-1).</p>
<p>Quoi qu’il en soit, les principes relevés jusqu’à présent (égalité, inclusion et transparence) étaient dans une plus ou moins grande mesure au cœur du modèle de démocratie directe et participative déployé par les nouveaux mouvements sociaux des décennies 1970 et 1980. La valeur ajoutée de la démocratie délibérative associée au mouvement pour une justice globale résiderait dans l’accent mis sur la transformation des préférences. De fait, la délibération est le mode d’interaction le plus favorable pour cette transformation. [<a id="nh15" title="Landwehr, Claudia, Political Conflict and Political Preferences : (...)" href="http://www.laviedesidees.fr/Les-Indignes-et-la-democratie-des.html#nb15" rel="footnote">15</a>] Pour reprendre le raisonnement de Julien Talpin, la théorie de la démocratie délibérative répond sur ce point au paradigme du choix rationnel associé au modèle libéral de démocratie, qui conçoit cette dernière comme un mécanisme d’agrégation de préférences individuelles à travers le vote. [<a id="nh16" title="Talpin, Julien, Schools of Democracy : How Ordinary Citizens (Sometimes) (...)" href="http://www.laviedesidees.fr/Les-Indignes-et-la-democratie-des.html#nb16" rel="footnote">16</a>] Dans le modèle libéral, les préférences individuelles sont sacrées et doivent être protégées de l’intervention de l’État. La théorie de la démocratie délibérative critique cette vision pour son réductionnisme (du point de vue formel) et pour son caractère problématique (du point de vue normatif). Concrètement, elle essaie de démonter trois illusions ou préjugés associés au modèle libéral : 1) les préférences ne sont ni autonomes ni libres mais elles se produisent dans un contexte spécifique ; 2) les préférences peuvent changer en fonction du contexte ; 3) l’agrégation des préférences que l’on suppose préétablies est un obstacle à la promotion de la justice sociale et du bien commun. En quelques mots, si chacun vote selon ses préférences individuelles et que celles-ci sont déterminées par des intérêts individuels, les décisions collectives ne peuvent pas tendre vers le bien commun. En revanche, l’objectif de la délibération serait la formation ou la découverte des préférences (réflexives) de chacun, et leur éventuelle transformation en vue du bien commun, à travers l’accès à l’information et un processus conscient d’apprentissage.</p>
<h3>La transformation des préférences dans le 15M</h3>
<p>Le mouvement 15M semble se faire également l’écho du principe de la transformation des préférences. Sa réflexion autour de la « pensée collective » et de l’ « écoute active » qui doivent guider la participation dans les assemblées en témoigne. Le Guide rapide pour la dynamisation des assemblées populaires<em> </em>[<em>Guía rápida para la dinamización de asambleas populares</em>] publié par acampadasol (31/05/2011, disponible sur <a href="http://madrid.tomalaplaza.net/" rel="external" target="_blank">http://madrid.tomalaplaza.net</a>) dit à ce sujet :</p>
<blockquote><p>La pensée collective est totalement opposée au système actuel qui fonctionne sur une pensée individualiste… Normalement, face à une décision, deux personnes ayant des idées opposées auront tendance à s’affronter et à défendre violemment leurs idées en ayant pour objectif de convaincre, de l’emporter ou, tout au plus, de parvenir à un compromis. L’objectif de la pensée collective est de construire. C’est-à-dire que deux personnes avec des idées différentes mettent leur énergie à construire quelque chose. Il ne s’agit pas alors de mon idée ou de la tienne. Ce sont les deux idées ensemble qui vont produire quelque chose de nouveau qu’a priori ni toi ni moi ne connaissions. C’est pour cela que l’écoute active au cours de laquelle nous ne sommes pas seulement en train de préparer notre réplique est absolument nécessaire. La pensée collective naît quand nous comprenons que toutes les opinions, les nôtres et celles qui sont différentes, toutes, sont nécessaires pour générer l’idée de consensus. Une idée qui, une fois construite, nous transforme indirectement.</p>
<p>[La pensée collective est] quelque chose comme le résultat de la synthèse des intelligences et des idées individuelles, non pas une somme éclectique, mais la synthèse. Les intelligences individuelles mises au service du bien commun, la création à partir de la différence, comprendre la différence comme un élément qui apporte de l’enrichissement à l’idée commune.</p></blockquote>
<p>Pour que la transformation des préférences se produise, le processus délibératif doit être basé sur une communication de qualité. La formation de nouvelles préférences visant le bien commun se réalise au travers du débat et de la délibération, comprise comme une forme « dépassionnée, raisonnée et logique » de communication. [<a id="nh17" title="Dryzek, John S., Deliberative Democracy and Beyond, New York : Oxford (...)" href="http://www.laviedesidees.fr/Les-Indignes-et-la-democratie-des.html#nb17" rel="footnote">17</a>] En ce sens, le mouvement du 15M utilise le contre-exemple de la démocratie représentative pour expliquer le processus participatif de prise de décision visant à atteindre le consensus dans les assemblées :</p>
<blockquote><p>On cherche les meilleurs arguments pour prendre la décision le plus en accord avec les différentes opinions, et non pas des positionnements opposés, comme cela se produit quand on vote. Leur déroulement doit être pacifique, dans le respect de toutes les opinions, il faut laisser les préjugés et les idéologies à la maison… Il est important de garder une gestuelle calme afin de ne pas transmettre à l’assemblée des sentiments ou des affects personnels, nous rappellerons en toute circonstance la valeur d’un sourire dans des moments de tension ou de blocage [dans <em>Guía rápida</em>, cité plus haut].</p></blockquote>
<p>Pour garantir la qualité de la communication et pratiquer la démocratie délibérative, le mouvement du 15M s’est doté d’une commission spécifique dite de « dynamisation des assemblées ». Ceux qui y participent font généralement partie des équipes tournantes de modérateurs et de facilitateurs qui veillent à la concentration et à l’impartialité du modérateur. De plus, la commission a diffusé différents documents (écrits et audiovisuels) qui tentent d’ « aider à matérialiser cette nouvelle façon de faire de la politique ». Ces documents précisent les rôles à tenir pour que les assemblées se déroulent de la façon la plus efficace possible : outre les modérateurs déjà mentionnés et les facilitateurs, on y décrit, par exemple, les fonctions des équipes chargées des outils matériels (depuis la préparation de couloirs pour que les participants puissent se déplacer dans l’espace des assemblées jusqu’à la sonorisation ou aux chaises pour les personnes à mobilité réduite), les tours de parole, les interprètes en langue des signes et la rédaction des comptes rendus. Ils montrent les acteurs, les espaces, les relations et les mécanismes du « modèle de structure assemblaire et de prise de décisions ».</p>
<h3>Quoi de neuf dans le nouveau mouvement ?</h3>
<p>Comme nous l’avons déjà signalé, le développement dans le domaine des mouvements sociaux des principes de la démocratie délibérative n’est pas quelque chose de nouveau. Nous pouvons en trouver des traces dans la mobilisation internationale de la fin des années 1960 et dans les mouvements sociaux qui la suivirent (et même avant, dans les pratiques associatives de la tradition anarchiste). Son amplification et son perfectionnement ont été en grande partie l’œuvre du mouvement pour une justice globale qui s’est mis en marche avec le changement de millénaire. Parvenus à ce point, il convient de se demander : qu’y a-t-il de neuf dans le mouvement 15M ? Qu’apporte-t-il au développement du modèle de démocratie délibérative ? Dans l’attente de recherches qui répondent de manière exhaustive à ces questions, nous aimerions souligner ici un point qui nous semble significatif.</p>
<p>En Espagne, le mouvement du 15M a inauguré une vague de protestations dont l’extension, la capacité mobilisatrice et la transversalité sont sans précédent dans l’histoire récente du pays. De plus, cette mobilisation s’inscrit dans un cycle de portée transnationale dont l’origine se situe en Afrique du Nord et au Moyen-Orient et qui, depuis, n’a cessé de s’étendre. Dans le cas espagnol, la diffusion transnationale de l’indignation s’est opérée dans un contexte politique émaillé de scandales de corruption et dominé par des mesures d’ajustement adoptées pour faire face à la crise économique. De nouvelles formes d’action sont apparues, que les récepteurs ont adaptées en fonction de leurs intérêts et traditions. Nous faisons référence à la « prise » des places. L’occupation de l’espace public n’est pas une invention des manifestants égyptiens, du Bahreïn ou espagnols mais, par contre, la façon dont chacun d’entre eux l’a occupé présente des traits nouveaux. Pour ce qui est du cas espagnol, et bien que <em>acampadasol </em>et les campements d’autres villes, villages et quartiers aient été levés, les indignés y reviennent de façon récurrente et y pratiquent un nouveau modèle de démocratie qu’ils essaient de perfectionner jour après jour, non sans de considérables efforts. « Prendre la place » n’est pas une occupation parmi d’autres, mais, répétons-le, un acte qui situe au centre de l’espace public l’expérimentation par le biais d’un processus participatif et délibératif de prise de décisions. En ce sens, le 15M a favorisé le transfert des pratiques délibératives depuis des enceintes plus ou moins limitées (par exemple, les campements, forums sociaux ou centres autogérés) vers les places, et c’est là que semble résider une différence importante.</p>
<p>par <a href="http://www.laviedesidees.fr/_Romanos-Eduardo_.html">Eduardo Romanos</a> [18–11-2011]</p>
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		<title>Pouvoirs émergents</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Nov 2011 23:33:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Québec / Canada]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[À l’origine du « grand compromis » Après la grande crise de 1929 et la guerre mondiale contre le fascisme, un grand « compromis » est arraché aux classes dominantes par les résistances des peuples et la nouvelle configuration géopolitique laissée par le rapport de forces militaire. Ce compromis permet aux dominés d’améliorer leurs conditions de vie et d’accroître  [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>À l’origine du « grand compromis »</strong></p>
<p>Après la grande crise de 1929 et la guerre mondiale contre le fascisme, un grand « compromis » est arraché aux classes dominantes par les résistances des peuples et la nouvelle configuration géopolitique laissée par le rapport de forces militaire. Ce compromis permet aux dominés d’améliorer leurs conditions de vie et d’accroître  leur influence sur le terrain politique. De leur côté, les dominants sécurisent le capitalisme en évitant des ruptures le remettant en question fondamentalement. Chaque région selon des rythmes et des formes spécifiques inspirées par les conjonctures particulières assumeront ce phénomène. Ici au Québec, c’est ce qui est connu sous le nom de la « révolution tranquille ».</p>
<p><span id="more-7947"></span></p>
<p><strong>Changement de « modèle »</strong></p>
<p>Au tournant des années 1970, ce grand compromis s’épuise sous le poids de nouvelles résistances et des contradictions à l’œuvre dans le capitalisme dont la révolte de la jeunesse scolarisé qui s’exprime de façon particulièrement forte. Du côté des dominants, un nouveau projet émerge, le néolibéralisme, qui est d’abord expérimenté par la dictature au Chili, puis par des gouvernements de droite aux États-Unis et en Angleterre. Progressivement, ce « modèle » s’impose un peu partout. Les acquis arrachés par les luttes sont érodés, notamment dans la santé, l’éducation, la protection sociale (particulièrement les régimes de retraite). Des assauts répétés sont organisés contre les travailleurs et les travailleuses, via la précarisation du travail et la délocalisation des entreprises. Le travail est émietté, comme la société toute entière dans un mode de gestion dont l’insécurité est le socle. Les gouvernements québécois et canadiens, libéraux, péquistes, conservateurs, font à peu près tous dans le même sens, malgré les spécificités notamment de leurs clientèles électorales respectives.</p>
<p><strong>L’assaut</strong></p>
<p>Après la chute du Mur de Berlin, les dominants se sentent encore davantage confiants : c’est la « fin de l’histoire » et le « triomphe définitif » du capitalisme, nous dit-on. Au tournant des années 1990, l’agressivité des dominants se confronte à de nouvelles luttes, parfois visibles (Seattle, Chiapas, Québec), parfois invisibles, en sapant, lentement mais sûrement, la domination néolibérale. Plus tard, des insurrections éclatent en Amérique du Sud, d’où émergent de nouveaux pouvoirs arrimés sur les mouvements sociaux. Ailleurs, les néolibéraux se redéployent en alliance avec des sensibilités néoconservatrices revitalisé par l’action militante de forces religieuses cimentant ainsi une base de masse (classes moyennes en déperdition, couches populaires disloquées). C’est le phénomène Harper qui exprime cela le plus clairement ici.</p>
<p><strong>Nouvelles fractures</strong></p>
<p>Au sein des élites dominantes, s’élargit une couche particulière de spéculateurs qui, profitant des changements technologiques, pratiquent diverses fuites en avant via la financiarisation, l’endettement et la création de « bulles » spéculatives qui reflètent la crise de l’accumulation qui s’annonce et qui éclate finalement en 2008. Depuis dans un sens, le roi est nu ». Les pouvoirs sont discrédités, la bourgeoisie qui était hégémonique devient tout simplement dominante, par la coercition. La « guerre sans fin » déclenchée par le Président Bush en 2001 sert de plateforme globale pour ce virage vers l’autoritarisme, le militarisme, la répression. Pour les classes moyennes et populaires, on programme la descente, plus ou moins rapide, plus ou moins violente tout en suscitant un vaste mouvement d’opinion réactionnaire, contre les immigrants notamment, dans l’esprit de tout-le-monde-contre-tout-le-monde. Au Québec, comme ailleurs, on assiste à divers degré à l’explosion y compris électorale de courants populistes de droite fort habiles à capitaliser sur les inquiétudes sociales des classes populaires. Un peu partout dans les pays capitalistes du nord, de grands partis de centre et de centre-gauche semblent incapables de freiner l’érosion de leur base populaire au profit de ces courants.</p>
<p><strong>Le surgissement par en bas</strong></p>
<p>Un contre-mouvement, qui nous concerne davantage, provient des peuples et au sein de ceux-ci, de diverses couches sociales révoltées. Ces révoltes prennent plusieurs formes.</p>
<ul>
<li>Les mouvements sociaux, « traditionnels » (syndicats par exemple) ou « non-traditionnels (écologistes par exemple) se rebellent contre un ordre de plus en plus inacceptable. Ils organisent en cascades des grèves, des manifestations, des résistances à la fois locales et internationales. En dépit de ces fortes résistances, les mouvements reculent souvent, surtout les syndicats, tant est forte l’assaut des dominants contre les salaires, les avantages sociaux et les retraites.</li>
<li>À côté de ces mouvements surgit un faisceau d’initiatives citoyennes, en apparence spontanées, témoignant non seulement de la colère et de l’indignation mais d’un sentiment de puissance. Un peu partout, les indignés prennent le devant comme on l’a vu en Montérégie contre les gaz de schiste. Ces initiatives ont également leurs limites et leurs contradictions qui apparaissent du fait que les jonctions ne se font pas toujours avec les autres composantes du mouvement populaire</li>
<li>Enfin, ces mouvements interpellent les mouvements et partis de gauche. On leur demande d’être « pertinents » dans un monde qui change, ce qui implique de transformer non seulement leurs programmes mais leurs manières d’être. Ce pari est risqué, car plusieurs des partis en question ont une « culture politique » encore marquée par certains fantômes du passé, dont l’avant-gardisme et le substitutisme. Pour autant, des « laboratoires » de transformation du et de la politique apparaissent, si ce n’est que de manière un peu contradictoire, comme c’est le cas selon nous avec Québec Solidaire.</li>
</ul>
<p>À tous les niveaux, le défi est immense comme le sont les nombreux obstacles, tant ceux érigés par les dominants et leurs médias « berlusconisés », que les autres qui existent à l’intérieur des mouvements de transformation. Une lente restructuration est à l’ordre du jour, mais le temps « politique », le temps court, nous rattrape : que peut-on faire pour bloquer la « révolution de droite » qui se profile avec les néoconservateurs du genre Harper ? Peut-on coaliser un vaste arc-en-ciel social et politique, sur une plateforme minimale mais centrée sur l’essentiel ?</p>
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		<title>Cuba: lutter, inventer, résoudre</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Nov 2011 18:32:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Recension / Notes de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[La disparition de l’Union soviétique en 1989 a plongé Cuba dans une crise sans précédent. L’île a lutté au quotidien pour la survie de son régime et celle de la société tout entière. Mais, dans le même temps, il lui a fallu s’adapter aux nouvelles configurations nationale et mondiale. Adaptabilité et résistance sont devenues les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><img class="alignright size-medium wp-image-7915" title="cuba" src="http://www.cahiersdusocialisme.org/wp-content/uploads/cuba-212x300.jpg" alt="" width="180" height="255" />La disparition de l’Union soviétique en 1989 a plongé Cuba dans une crise sans précédent. L’île a lutté au quotidien pour la survie de son régime et celle de la société tout entière. Mais, dans le même temps, il lui a fallu s’adapter aux nouvelles configurations nationale et mondiale. Adaptabilité et résistance sont devenues les ressorts d’un État vieillissant face à une société nouvelle et changeante.<span id="more-7914"></span></strong></p>
<p><em>Titre du livre : Cuba. Un régime au quotidien</em><br />
<em>Auteur : Vincent Bloch (dir.), Philippe Létrilliart (dir.)</em><br />
<em>Éditeur : Choiseul</em><br />
<em>Date de publication : 27/05/11</em><br />
<em>N° ISBN : 978–2-36159–011-6</em></p>
<p>Effondrement du mur de Berlin, démantèlement du bloc de l’Ést et  » période spéciale en temps de paix « , Cuba vivait l’une des périodes les plus sombres de son histoire. A peine sortie d’une crise qui avait fait trembler le régime, l’île se voyait à nouveau fragilisée, en 2006, par la maladie de Fidel Castro. L’arrivée au pouvoir de son frère Raúl donnait lieu, alors, à maintes conjectures sur l’issue du régime.</p>
<p>Nombreux étaient ceux qui pronostiquaient déjà la fin d’un État, affaibli par une crise économique dont il peinait à se relever ; d’autres, en revanche, voyaient dans l’arrivée de Raúl le renforcement d’une politique autocratique des frères Castro.</p>
<p>Or, Cuba, tout comme le reste du monde, allait être entraînée par la mondialisation et subir, à son corps défendant, les secousses d’une société en pleine mutation, qui l’obligeraient à repenser, pour le sauvegarder, le « vieil état”, tout en s’efforçant de l’adapter aux exigences, inédites, d’acteurs nouveaux ou volontairement ignorés ou écartés par le passé.</p>
<p>L’Homme nouveau, idéal, façonné par la Révolution depuis ses débuts, prisonnier d’une idéologie marquée par une obéissance inconditionnelle à des dogmes surannés, au centre d’une Histoire circulaire, allait désormais devoir “s’ouvrir au monde”. Étape obligée à partir de laquelle le régime cubain devrait faire preuve d’adaptabilité, de pragmatisme, puiser dans ses ressources, élaborer d’autres stratégies afin de combler le décalage grandissant entre les élites et le reste de la société; être en mesure d’assurer et de perpétuer, sans tensions ni conflits, un contrôle tout aussi rigoureux sur une société, attachée, dans son ensemble, aux idéaux révolutionnaires mais au sein de laquelle de nouvelles aspirations et tendances se faisaient de plus en plus clairement sentir, à travers, notamment, le recours aux nouvelles technologies, aux blogs.</p>
<p>La rupture avec l’Union soviétique mit brusquement à jour les disfonctionnements du régime cubain, les contradictions récurrentes et croissantes entre un État autoritaire, répressif, de plus en plus archaïque et immobile, et une société dont le quotidien, depuis l’avènement de la Révolution, se résumait à un perpétuel dépassement de soi pour trouver la force et les ressources nécessaires (<em>inventer</em>) à l’amélioration du quotidien  (<em>résoudre</em>).</p>
<p><em>Lutter</em>,<em> lutter</em>, <em>lutter</em>…<em> lutter </em>devint la clé du<em> régime au quotidien</em>.<em> Lutter </em>“[…] pour le bien commun dans une parfaite symbiose avec les valeurs politiques mises en exergue par le régime”,<em> lutter </em>pour être “intégré” et vu comme un révolutionnaire “irréprochable”, <em>lutter</em> pour “l’égalité, la justice sociale et la solidarité tiers-mondiste”, <em>Lutter,</em> <em>inventer</em>, <em>résoudre</em>.</p>
<p>L’ouvrage collectif <em>Cuba: un régime au quotidien </em>dirigé par Vincent Bloch et Philippe Létrilliart apporte au lecteur un éclairage essentiel sur une nation “en lutte”, promise par son dirigeant à un “destin d’exception”. A travers la mémoire d’un passé récent, il analyse sans complaisance, mais avec honnêteté et rigueur, la façon dont la nation cubaine s’est construite à partir de différents “ressorts de domination”, jonglant avec les “normes de conformité publique”, à partir d’une stratégie de pouvoir savamment élaborée, fondée, entre autres, sur la “doctrine de la ‘guerre de tout le peuple’”, la “perversion de la loi” et “[…] de la citoyenneté” afin d’occulter tout ce que le régime renferme de répressif et de coercitif.</p>
<p>S’appuyant, en partie, sur les travaux ethnographiques d’Oscar Lewis, de Douglas Butterworth, de Juan Clarck et sur les récits de K.S. Karol et de José Llovio Menéndez, sur une période qui s’étend de 1959 à 1989, Vincent Bloch prouve, si besoin était, que les “ […] ressorts fondamentaux [du régime politique] ont continué d’assurer [son] fonctionnement social, et que la <em>période spéciale </em>ne correspond pas à un effondrement des normes mais à un effondrement des valeurs, du sens moral et de la finalité de la vie en groupe, au sein d’une société frappée par une crise économique dont l’ampleur a fait voler en éclats l’égalitarisme relatif et les hiérarchies sociales qui prévalaient jusque-là ”.</p>
<p>Julia Cojimar, pour sa part, suivant la méthodologie employée par l’anthropologue suédoise Mona Rosendhal, partage, plusieurs mois durant, le quotidien de la famille Vázquez. L’analyse du “ fonctionnement de l’économie domestique ” qu’elle réalise met en évidence l’importance des “ phénomènes de débrouille ” (<em>résoudre</em>) chez les Vázquez et, de façon générale, chez toutes les familles cubaines. Elle souligne le rôle des économies alternatives, familiales et de voisinage, et surtout “ un quotidien rythmé par l’anxiété et l’incertitude ” de l’approvisionnement, le fossé grandissant entre les familles ne subsistant qu’avec le salaire de l’État et celles disposant de ressources complémentaires (parent(s) résidant à l’étranger, location de chambre à un étranger…).</p>
<p>Condamner, punir, réprimer, éliminer toute forme de dissidence, telles ont été les méthodes adoptées par le régime cubain pour asseoir sa révolution et façonner le révolutionnaire “modèle idéal du groupe”. Au climat de crainte et de méfiance permanent, institutionnalisé et légalisé, répondra la radicalisation légalisée d’une révolution dont les techniques de répression évolueront selon les époques et les diverses manifestations de rébellion. Or les temps changent… Les Cubains évoluent et prennent conscience de l’autocensure dans laquelle on les a sciemment enfermés.</p>
<p>De nouvelles formes de contestation voient le jour, avec lesquelles le régime cubain doit désormais compter. Certes, la répression n’en a pas diminué pour autant mais, ainsi que le souligne Elisabeth Burgos, depuis l’arrivée de Raúl Castro au pouvoir, “[…] son efficacité s’est vue érodée… à cause de la possiblité pour les dissidents d’informer en temps réel sur les violations des droits de l’homme, de prendre des initiatives et de coordonner des activités de la société civile”.</p>
<p>Dans le même temps, la réhabilitation progressive du rôle de l’Église catholique dans la nation, en particulier, depuis le voyage du pape Jean-Paul II à Cuba, en 1998, “l’effort de réhabilitation d’une ‘mémoire catholique’”, les prises de position réformistes du cardinal Jaime Ortega, la volonté affichée d’un dialogue ouvert, critique et constructif avec l’État cubain, au service de “la réconciliation nationale” sont bien la preuve qu’un changement sociétal profond est en cours. Pour survivre, la révolution cubaine a besoin de la société cubaine tout entière. Catholiques, communautés ecclésiales de base, laïcs, doivent devenir, eux aussi, acteurs des mutations qui s’opèrent, de cette “citoyenneté nouvelle” qui se crée peu à peu, s’impliquer dans une nécessaire transition.</p>
<p>Empêtrés dans leur besoin inassouvi de reconnaissance par un État qui n’a pas hésité à les maltraiter, à les censurer et réprimer, pris en tenaille entre les “paramètres primaires” et les “paramètres secondaires”, qui fixent les limites de la création, de la pensée, de l’imaginaire, figés par “l’arbitraire du pouvoir et l’incertitude”, englués par le concept de la <em>Revolución</em>, les artistes et les intellectuels cubains ont dû se prêter à des “compromis, voire à des compromissions”. Toutefois, selon le politilogue Yvon Grenier, il n’est pas trop tard pour qu’ils présentent un véritable regard critique sur la société qui les entoure. Peut-être même, pourront-ils, “[…] dans une véritable transition… offrir à la nation cubaine un des rares ponts entre le passé et le futur”.</p>
<p>Ils sont relayés en cela par les rappeurs cubains. Hérités du rap étasunien, le rap et la culture hip-hop cubains offrent à la jeunesse noire cubaine la possibilité d’exister dans un contexte de lutte et de “débrouille” permanentes. Ces nouvelles formes de résistance marquent la volonté de la recréation d’une nation noire, d’une identité noire au sein de la société cubaine. L’État ne s’y trompe pas qui  se sert de leur message pour “renforcer l’image de Cuba en tant que nation métissée dotée de racines africaines”, “reconstruire l’unité nationale et regagner de la popularité”. Les rappeurs cubains, eux, y gagnent une reconnaissance officielle pour leur “genre musical”. Stratégies où l’État comme les rappeurs trouvent leur compte. Toutefois, la relation de ces derniers à des “réseaux transnationaux”, les échanges culturels et les contrats que certains d’entre eux passent à l’étranger ouvrent une brèche dans laquelle la liberté s’engouffre sans résistance pour redonner enfin à la  parole le rôle qu’elle a perdu.</p>
<p>Surprenante, l’évocation de José Martí, à la fin de l’ouvrage par l’écrivain cubain Antonio José Ponte, mais ô combien représentative de la révolution cubaine, de son leader en particulier, de ce besoin constant de s’appuyer sur une figure du passé et sur ses écrits pour conforter le présent et assurer l’avenir. Par la magie du verbe, le “Héros national”, l’“Apôtre”, est devenu doublement héros, guide et gardien indéfectibles d’une Révolution dont on lui attribue quasimment la paternité. Comme l’auteur, on se prend à espérer qu’enfin, “[…] quelle que soit la façon dont se présentera le futur pour la culture cubaine, celle-ci devra se réserver la possibilité… d’esquiver” enfin, cette “autorité indiscutable”.</p>
<p><em>Cuba, un régime au quotidien </em>est un ouvrage très complet. Tous les rouages du régime sont étudiés, décortiqués, même les plus sensibles. Les thèmes abordés aussi bien politiques qu’économiques et culturels, décrivent justement la façon dont le régime cubain s’est érigé, ses tâtonnements, ses contradictions, ses erreurs, ses fautes. Les analyses, sobres et précises, éclairent le lecteur sur les derniers moments d’un régime autoritaire qui lutte encore pour préserver son pouvoir et ruse avec ce qui lui reste d’armes pour subsister. Des pistes, inattendues, sont proposées pour assurer l’avenir de l’île et une transition pacifique. On assiste à l’émergence d’acteurs anciens et nouveaux, d’une citoyenneté nouvelle autour de laquelle se construit peu à peu l’unité nationale.</p>
<div>Titre du livre : Cuba. Un régime au quotidien<br />
Auteur : Vincent Bloch (dir.), Philippe Létrilliart (dir.)<br />
Éditeur : Choiseul<br />
Date de publication : 27/05/11<br />
N° ISBN : 978–2-36159–011-6</div>
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		<title>L’Amérique latine se consolide à gauche</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Nov 2011 17:15:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Bernard Cassen, président d’honneur d’ATTAC et secrétaire général de Mémoire des luttes, analyse les mesures progressistes prises par les gouvernements d’Amérique latine, qui s’installent entre la gauche et le centre gauche. Victime de campagnes de désinformation et de dénigrement par les grands médias, le continent le plus stable du monde selon Cassen, où « l’intégration passe [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignright" style="font-size: 13px; font-weight: normal;" src="http://www.legrandsoir.info/local/cache-vignettes/L194xH250/arton15090-cfdbd.jpg" alt="" width="175" height="225" align="left" /></p>
<p><strong>Bernard Cassen, président d’honneur d’ATTAC et secrétaire général de Mémoire des luttes, analyse les mesures progressistes prises par les gouvernements d’Amérique latine, qui s’installent entre la gauche et le centre gauche. Victime de campagnes de désinformation et de dénigrement par les grands médias, le continent le plus stable du monde selon Cassen, où « l’intégration passe moins par l’économique que par le politique », insiste-t-il, devrait servir d’exemple à l’Europe.</strong><span id="more-7900"></span></p>
<h2>L’Amérique du Sud est en train de sortir du libéralisme ?</h2>
<p>C’est un bien grand mot. Même si le socialisme du XXIème siècle est revendiqué comme objectif, il y a plutôt une convergence vers un modèle de type social-démocrate (celui de l’Europe des années d’après-guerre), sans remise en cause globale et immédiate du capitalisme et de l’économie de marché. Ce qui prime est la volonté d’éliminer la pauvreté et de réduire les inégalités, même si on est très loin d’y être arrivé complètement, de redistribuer les richesses, de récupérer les ressources naturelles, le tout s’accompagnant d’une prise de distance vis à vis du libre-échange. L’Amérique latine s’installe entre la gauche et le centre gauche.</p>
<p>A partir du début des années 2000, l’objectif prioritaire des luttes de tous les mouvements sociaux latino-américains a été de mettre un coup d’arrêt au projet de Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA ou ALCA en espagnol et en portugais), de l’Alaska à la Terre de Feu, impulsé par Washington. Ce projet aurait en effet permis aux Etats-Unis d’institutionnaliser des relations totalement asymétriques et de recoloniser ainsi le reste de l’hémisphère. Le libre-échange est en effet un outil au service des forts et au détriment des faibles. Le projet a finalement été enterré en 2005 sous la pression conjointe de Hugo Chavez, de Lula et de Nestor Kirchner.</p>
<p>De nouvelles structures d’intégration, essentiellement politiques, ont ensuite vu le jour, sans que les Etats-Unis soient conviés à en faire partie : en 2008, l’Union des nations sud-américaines (UNASUR) dotée de surcroît d’un Conseil de défense. C’est une « première » depuis le Traité de Rio de 1947, dit Traité américain d’assistance réciproque (TIAR), qui n’était ni plus ni moins qu’un instrument permanent d’intervention de Washington. D’un point de vue géopolitique, il s’agit de renforcer le mouvement vers une pluri-polarité du monde.</p>
<p>Quant à la Communauté des Etats d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) qui regroupera tous les pays de ces deux zones (dont Cuba), elle sera officiellement mise en place en décembre prochain à Caracas.</p>
<p>Par ailleurs, en décembre 2004, a été lancée par Cuba et le Venezuela une construction inter-étatique radicalement nouvelle : l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), à laquelle se sont ensuite incorporés la Bolivie, le Nicaragua, l’Equateur et trois petits Etats anglophones (La Dominique, Antigua-et-Barbuda et Saint-Vincent-et-les Grenadines). Le Honduras, qui en était également membre, en a été retiré par les putschistes qui ont renversé le président Manuel Zelaya en juin 2009.</p>
<h2><strong>Quelle est l’originalité de l’ALBA ?</strong></h2>
<p>Ce n’est pas une zone de libre-échange, mais un espace politique et économique organisé, fondé sur la solidarité, la complémentarité et la prise en compte des asymétries.</p>
<p>Sa finalité est avant tout sociale : la lutte contre la pauvreté, le chômage, l’exclusion, pour l’accès gratuit et universel à l’éducation et la santé, pour la préservation de l’environnement. En favorisant le commerce intra-zone, parfois sous forme de troc, et en réduisant au maximum l’utilisation du dollar comme monnaie d’échange. D’où la création d’une monnaie commune virtuelle des pays de l’ALBA (comme l’était, en Europe, l’ECU avant l’euro) : le SUCRE.</p>
<h2>L’Amérique latine est-elle unie idéologiquement ? N’y a-t-il pas deux pôles : d’un côté les pays de l’ALBA, justement, et, de l’autre, le Brésil ?</h2>
<p>Par ignorance ou pour tenter d’isoler les gouvernements les plus engagés dans la transformation sociale et le refus de l’ingérence de Washington (en premier lieu le Venezuela), les grands médias prétendent qu’il y aurait « deux gauches » qui s’opposent en Amérique latine : d’un côté une gauche radicale, celle de Chavez, Correa et Morales, et, de l’autre, une gauche « raisonnable », représentée par le Brésil de Lula puis de Dilma Roussef, l’Uruguay, le Pérou d’Ollanta Humala et l’Argentine de Cristina Fernandez, veuve de Nestor Kirchner, triomphalement réélue à la présidence le 23 octobre (si tant est que l’on puisse ainsi classer le péronisme).</p>
<p>En fait, on constate un continuum entre les gauches de ces pays, chacune ayant sa spécificité. Elles s’emboîtent les unes dans les autres. Leurs dirigeants se rencontrent ou se parlent en permanence et sont animés d’une volonté commune : celle de construire la Grande patrie latino-américaine pensée par Simon Bolivar, d’oeuvrer à la justice sociale et de se débarrasser de la tutelle du grand voisin du Nord.</p>
<p>Bien sûr il existe des conflits historiques, comme entre la Bolivie et le Chili, mais que nul ne songe plus à trancher par les armes. Plus prosaïquement, se présentent des contentieux économiques qui se règlent au fur et à mesure : entre le Brésil et l’Argentine sur les importations ; entre l’Argentine et l’Uruguay sur la construction d’une usine de pâte à papier qui présentait des risques de pollution du fleuve Uruguay, etc.</p>
<p>Au plan politique, on peut parler d’une véritable convergence. En Colombie, le nouveau président, Juan Manuel Santos, a pris le contrepied de son prédécesseur Alvaro Uribe en se réconciliant avec le Venezuela. Il se comporte comme un membre de la grande famille latino-américaine et non plus comme un relais régional des Etats-Unis. L’autre Etat pro-américain, le Pérou, est également passé au centre-gauche avec l’élection de Ollanta Humala. Il y a un seul gouvernement ouvertement de droite, celui du Chili, dirigé par l’homme d’affaires Sebastian Pinera, qui a annoncé qu’il voulait gérer le pays comme une entreprise : c’est un échec lamentable !</p>
<h2>Cette réussite n’est-elle pas très dépendante d’un fort protectionnisme, et de ressources énergétiques et en matières premières importantes ?</h2>
<p>Ce protectionnisme n’est pas si fort, et en tout cas pas plus que celui des Etats-Unis ! Mais il n’y a effectivement plus de course aux traités de libre-échange ! Ensuite, il faut reconnaître que la politique d’aide aux plus démunis en Argentine est financée par le boom des exportations agricoles, notamment du soja, et elle n’est tenable que si ces exportations se maintiennent à un très haut niveau. Quant à la manne pétrolière du Venezuela, évidemment, le pays en vit, mais, contrairement à ses prédécesseurs, Chavez en a fait bon usage pour le financement de programmes sociaux de très grande envergure. Il en a également fait profiter les pays d’Amérique central et de la Caraïbe, via le projet PetroCaribe. Combien de dirigeants diraient comme lui : « Le hasard a fait que le pétrole est ici, mais il appartient à l’Amérique du Sud » ?</p>
<p>Mais il ne faut pas se faire trop d’illusions. En Amérique latine, et en premier lieu au Brésil, la richesse est toujours scandaleusement mal répartie. Et pourtant Lula a quitté le pouvoir avec 80% d’opinions favorables. Que s’est-il passé ? Dans son bilan, il a évoqué les 30 millions de personnes sorties de la pauvreté et l’émergence des classes moyennes. Mais s’il a été plébiscité par les classes populaires et moyennes, il l’a aussi été par les couches les plus riches qui, sous ses deux mandats, sont devenues encore plus riches ! La forte croissance a fait grossir le gâteau, mais n’a pas modifié la répartition des tranches.</p>
<h2>Comment ont évolué les rapports entre les Etats-Unis et l’Amérique latine ?</h2>
<p>A l’orée de son premier mandat, George Bush — qui baragouine l’espagnol -, avait annoncé son intérêt pour le sous-continent, ce qui n’était pas de bon augure. Les circonstances ont fait qu’il s’est trouvé mobilisé ailleurs après le 11 septembre. Le malheur des uns.</p>
<p>Il faut cependant mettre à son « actif », l’appui au coup d’Etat avorté du 11 avril 2002 au Venezuela, comme à l’ « actif » d’Obama l’appui de fait au coup d’Etat de juin 2009 au Honduras contre le président élu Manuel Zelaya. La politique des Etats-Unis en Amérique latine est restée pratiquement identique d’un président à l’autre. Mais elle a trouvé en face d’elle un continent de plus en plus soudé pour lui résister. En témoignent, comme nous l’avons vu plus haut, l’échec de la ZLEA, la création de l’ALBA, de l’UNASUR et de la CELAC.</p>
<p>Aujourd’hui, la priorité des priorités de Washington est de déstabiliser le Venezuela dans la perspective de l’élection présidentielle d’octobre 2012 à laquelle Chavez sera à nouveau candidat. Les services américains financent les opposants au gouvernement bolivarien, organisent contre lui des campagnes de presse, parfois grotesques, mais qui trouvent des relais complaisants dans les grands médias, plus particulièrement en Espagne et en France.</p>
<p>Dans les mois qui viennent, il faut s’attendre à une intensification de la désinformation contre Chavez. A cet effet, les agents de la CIA implantés dans les ambassades américaines sont à la manoeuvre un peu partout en Europe. Un de leurs objectifs est de créer un « cordon sanitaire » autour du gouvernement vénézuélien pour l’isoler non seulement de la droite, mais aussi des forces de gauche en Europe. Sont aussi visés les mouvements de solidarité avec le Venezuela et l’Amérique latine.</p>
<h2>L’Amérique latine pourrait-elle servir d’exemple à l’Europe ?</h2>
<p>Bien sûr ! Ce qui frappe en Amérique latine, c’est que l’intégration passe moins par l’économique que par le politique. C’est la volonté politique qui prime, l’exemple de l’ALBA étant à cet égard significatif. C’est aujourd’hui le continent le plus stable du monde, on devrait donc s’y intéresser ! Or ce qui est sidérant, c’est le peu d’intérêt que la majorité de la gauche européenne lui porte, pour partie en raison du matraquage médiatique hostile. A cet égard, les agissements de la CIA et du département d’Etat ont porté leurs fruits. Le terrain est d’autant plus facile à occuper pour la propagande américaine que peu nombreux sont les dirigeants de gauche qui ont un minimum de culture « latine » et qui parlent espagnol ou portugais.</p>
<p>Ceux qui ont une bonne connaissance de l’Amérique latine et qui en tirent vraiment les enseignements sont Alain Lipietz (mais il n’a plus de responsabilités nationales chez les Verts EE) et surtout Jean-Luc Mélenchon. Le candidat présidentiel du Front de gauche y a fait plusieurs voyages d’études, il parle bien l’espagnol, et le titre de son livre Qu’ils s’en aillent tous ! est un clin d’oil au mouvement social argentin du début des années 2000 avant l’arrivée au pouvoir de Nestor Kirchner. A un degré moindre, j’ajouterai Olivier Besancenot qui se réfère souvent au Che et qui a fait des visites à Cuba et au Venezuela.</p>
<h2><strong>Et, chez les socialistes, Arnaud Montebourg ?</strong></h2>
<p>Posez-lui la question ! Je note que, dans son entourage proche, Christiane Taubira, élue de la Guyane, est très sensibilisée aux questions latino-américaines. Par ailleurs, Montebourg a cité la modalité du référendum révocatoire prévue par la Constitution vénézuélienne comme un exemple à suivre pour une VIème République.</p>
<p>Au sein de la gauche du PS, Benoît Hamon et le maire du 14ème arrondissement de Paris, Pascal Cherki, sont également très attentifs à ce qui se passe en Amérique latine. En revanche, je n’ai jamais entendu François Hollande ou Martine Aubry s’exprimer sur le sujet.</p>
<h2>Pourquoi ce manque d’intérêt ?</h2>
<p>Je crois que l’Amérique latine donne mauvaise conscience aux dirigeants sociaux-démocrates : il y a dans cette région du monde des processus de transformation sociale qu’ils n’auraient peut-être pas le courage de mettre en place en France. Au mieux, ils ne veulent pas voir ce qui se passe là-bas, ils regardent ailleurs. Au pire, ils reprennent à leur compte les campagnes de désinformation et de dénigrement des grands médias.</p>
<p>L’Amérique latine est aujourd’hui la seule région du monde où, certes de manière parfois désordonnée, des gouvernements mettent en ouvre des mesures réellement progressistes, créent les conditions de la participation populaire, rompent avec les dogmes néolibéraux, mettent le projet politique au poste de commandement et instaurent, dans le cas de l’ALBA, des formes de relations internationales fondées sur la solidarité et non pas la concurrence.</p>
<p>Ces expériences mériteraient logiquement d’être étudiées et soutenues par tous les mouvements de gauche en Europe. Ce n’est pas — ou pas encore — le cas. Sans doute parce qu’elles constituent un vivant reproche pour tous ceux qui ont renoncé à changer la société autrement qu’en paroles.</p>
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		<title>La crise du PQ ou la décomposition d’un bloc social sous hégémonie des élites nationalistes</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Nov 2011 18:08:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Nation / Nationalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Québec / Canada]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Après la démission de cinq députéEs, Pauline Marois fait maintenant face à la fronde et aux menaces de députéEs qui craignent de voir leur siège emporté par une vague qui balaierait le Parti québécois aux prochaines élections provinciales. Les sondages qui se succèdent leur amènent le même constat : le Parti québécois se retrouve au niveau [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2><span class="Apple-style-span" style="font-size: 13px; font-weight: normal;"><img class="alignright" src="http://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L250xH167/arton8555-291f9.png" alt="" width="180" height="120" /></span></h2>
<p><strong>Après la démission de cinq députéEs, Pauline Marois fait maintenant face à la fronde et aux menaces de députéEs qui craignent de voir leur siège emporté par une vague qui balaierait le Parti québécois aux prochaines élections provinciales.</strong></p>
<p>Les sondages qui se succèdent leur amènent le même constat : le Parti québécois se retrouve au niveau des intentions de vote autour de la barre des 20 %. Avec le système de scrutin uninominal que nous connaissons, cela pourrait signifier une catastrophe pour le Parti québécois. CertainEs responsables en appellent au ralliement et à la discipline.<span id="more-7830"></span></p>
<p>D’autres deviennent de plus en plus excédés face à ce qui leur apparaît comme un entêtement de Pauline Marois. Et cela d’autant plus, qu’un nouveau sondage paru le 30 octobre, signale que le PQ dirigé par Gilles Duceppe obtiendrait 37 % des voies le plaçant devant le parti de François Legault réduit à 25% des intentions de vote. Dans ce contexte, l’urgence de sauver les meubles fera rebondir la crise jusqu’à ce que la situation devienne tout à fait intenable pour Pauline Marois. Mais au-delà de ces effets de surface, comment comprendre le discrédit qui mine ce parti.</p>
<p><strong>Le ralliement des élites nationalistes au néolibéralisme et au provincialisme est le principal responsable de la déconfiture actuelle du mouvement pour la souveraineté du Québec</strong></p>
<p>Les ralliements paniquards derrière les Bouchard, Landry, Boisclair et autres Marois ont pu permettre de garder le bateau à flot, mais ils n’ont jamais construit une stratégie ni fait avancer moindrement le Québec vers son indépendance. Pourquoi ? Bouchard a poussé jusqu’au bout le PQ dans la voie du ralliement au néolibéralisme et à un associationnisme de moins en moins souverainiste. Bouchard s’est servi de la priorité qu’il a donnée au déficit zéro, pour s’attaquer aux acquis des classes populaires. Tout à son soutien au libre-échange, et au tout au marché, Landry a continué la déréglementation, a approfondi le processus de privatisation du secteur public et de défiscalisation des grandes sociétés… Tout cela au nom du développement des capacités concurrentielles des entreprises québécoises.</p>
<p>Pauline Marois a avalisé tous les politiques antipopulaires de ces différents premiers ministres péquistes. Elle a courtisé la droite au moment où l’ADQ avait réussi à renforcer sa base électorale. Elle a refusé d’apporter son soutien aux revendications du front commun du secteur public. Elle a refusé de mettre de l’avant un programme social qui aurait été marqué d’un clair refus de la privation en éducation et en santé. Elle a rejeté clairement la gratuité de l’éducation du primaire à l’université. Et toute la période des quinze derrières années après le référendum de 95, ce bloc social nationaliste a été miné par des politiques néolibérales sur le terrain social.</p>
<p>Ce bloc a également été miné par la confusion sur l’objectif et des tergiversations sans nombre sur le terrain national. Les dirigeants du PQ ont détourné le programme du parti à de multiples reprises et ont durant toute la dernière période refusée de permettre que la souveraineté populaire puisse s’exprimer. De la souveraineté-association, avec ou sans trait d’union, à la souveraineté — partenariat en aboutissant à la gouvernance souverainiste, on a assisté à leur ralliement au provincialisme autonomiste alors que la direction péquiste continuait à semer la confusion sur ses objectifs réels et à saper le bloc social national construit autour de la souveraineté du Québec. [1]</p>
<p>Pauline Marois a porté plus loin encore que les autres dirigeants péquistes un provincialisme étroit. Elle a d’abord posé comme condition de son retour à la direction du PQ, le fait que soit écarté l’article 1 du programme du PQ voté en 2005 et qui obligeait un éventuel gouvernement péquiste à tenir un référendum sur la souveraineté durant son premier mandat. Elle a ensuite fait adopter un programme autonomiste en le présentant comme de la gouvernance souverainiste. Pour nombre d’indépendantistes, qui n’avaient pas encore quitté le Parti québécois, le Rubicon venait d’être franchi. Le bloc social dirigé par les élites nationalistes se décomposait, encore une fois, débouchant sur la fragmentation de la mouvance souverainiste.… et l’usure de son pouvoir d’attraction. Les élections du 2 mai dernier ont été la première manifestation de cette réalité sur le terrain électoral. Que les forces fédéralistes aient profité de la situation pour exacerber cette crise, on ne peut en douter. Mais c’est le Parti québécois lui-même qui porte la principale responsabilité de sa déconfiture.</p>
<p><strong>Un ralliement paniquard derrière un nouveau chef ne constitue pas une stratégie véritable</strong></p>
<p>Face au désastre de leurs politiques, la direction péquiste compte sur la politique du moindre mal. Il faudrait sauver les meubles. Il faudrait se garantir des risques de la prise du pouvoir des partisans du fédéralisme aux prochaines élections québécoises. Pour ce faire, il serait nécessaire de s’unir derrière le navire amiral du mouvement souverainiste et de sa direction actuelle pour faire face à l’arrogance du gouvernement Harper et pour contrer les attaques contre la société québécoise qui tendent à se multiplier.</p>
<p>Compte tenu des sondages actuels, le couronnement d’un nouveau chef s’avérera sans doute nécessaire pour rendre crédible l’appel à un tel ralliement. Et ce ralliement, en s’appuyant sur les attachements passés et les espoirs dont on veut oublier qu’ils ont été déçus, peut mobiliser suffisamment, le temps d’une élection, pour garder ce parti à flot. C’est ainsi que le poids du passé et l’inertie institutionnelle vont permettre qu’un parti qui a épuisé toute pertinence stratégique continue à faire son bout de chemin rejouant sous de nouvelles formes les étapes d’une crise qui n’en finira plus de rebondir.</p>
<p>Et cela est d’autant plus vrai que l’éventuelle direction Duceppe, politiquement très proche des conceptions de Pauline Marois, s’inscrira essentiellement dans la perspective sans issue des élites québécoises qui veulent s’appuyer les aspirations nationales sans être capables de proposer une voie à leur accomplissement. Duceppe n’a-t-il répété avec esprit de suite qu’il soutenait la perspective mise de l’avant par Pauline Marois comme il n’avait jamais le moindrement critiqué les politiques néolibérales que le PQ a mené durant toutes ces années où il fut au pouvoir après le référendum de 95 ?</p>
<p>Ce n’est pas une coalition souverainiste bricolée à la hâte et à la remorque du Parti québécois que propose certains qui permettra de rallier sur une base durable et dans l’action les bases sociales permettant de résister à la droite et de construire une société plus égalitaire où l’oligarchie financière n’imposera plus son règne et un mouvement indépendantiste déterminé à en découdre avec les projets réactionnaires de l’impérialisme canadien (militarisation de l’économie, développement des énergies fossiles, politique sécuritaire antidémocratique, politique d’immigration restrictive, politique culturelle marquée par la défense de valeurs patriarcales, sans parler du rapetissement du Québec…).</p>
<p><strong>Prendre le temps de construire un nouveau bloc social et national basé sur les mouvements sociaux antisystémiques</strong></p>
<p>Un parti de gauche ne pourra se construire que s’il parvient à favoriser la constitution d’un nouveau bloc social et national inspiré par les luttes des mouvements sociaux antisystémiques. Ce sont autour des revendications et des initiatives des mouvements féministe, écologiste, étudiant, syndical et culturel que peut se construire un projet de transformation de la société québécoise. Les luttes de ces mouvements peuvent rester défensives, fragmentaires et discontinues. C’est le rôle d’un parti politique de gauche de montrer qu’elles peuvent porter en leur sein un nouveau projet de société avec ces diverses composantes : un autre modèle de développement, une nécessaire refondation du système démocratique de notre société, une conception de l’indépendance qui lie libération nationale, égalité sociale et démocratie citoyenne.</p>
<p>Il ne s’agit pas de rallier dans un parti la gauche et la droite pour prétendre vouloir rallier la majorité comme l’affirme la direction péquiste. Il s’agit de compter sur la mobilisation de la vaste majorité de la société composée de travailleuses, de travailleurs, des couches populaires et des couches moyennes qui seules peuvent favoriser le dégagement d’une majorité politique luttant pour une société québécoise démocratique,féministe, égalitaire et indépendante.</p>
<p>Pour concrétiser cette perspective, il est impératif de favoriser l’action organisée des membres du parti dans les luttes sociales, particulièrement ceux et celles qui sont déjà des militants actifs de ces mouvements sociaux. Ces collectifs militants doivent faire connaître les positions de Québec Solidaire sur les enjeux auxquels ils sont confrontés. C’est ainsi qu’il sera possible de gagner le soutien explicite, militant, financier du maximum d’organisations sociales partageant les objectifs de transformation sociale de Québec solidaire. Il faut que ces soutiens deviennent l’étendard de Québec solidaire dans la construction de sa crédibilité, de sa nature d’alternative véritable.</p>
<p> </p>
<h3>Notes</h3>
<p>[1] De 1982 à 1985, on avait également assisté à la décomposition du bloc social soutenant le PQ à cause de sa rupture avec la défense de la souveraineté, de la tentative de réformer le fédéralisme — le beau risque mis de l’avant par René Lévesque et des attaques contre les travailleurs et les travailleuses du secteur public. Ces politiques avaient été sanctionnées par une défaite majeure du PQ aux élections de 1985. La priorité donnée à la souveraineté par la direction Parizeau a alors donné un second souffle au PQ. Mais, les bases de ce nouveau bloc sur le terrain des revendications sociales n’avait pas la cohérence de celles développées au début des années 70. Car déjà les élites québécoises avaient déjà commencé leur grand virage vers les politiques néolibérales.</p>
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		<title>Les conditions d’un nouveau nouvel internationalisme</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Nov 2011 13:04:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[La mondialisation néolibérale a favorisé l’émergence d’un nouvel internationalisme. La violence de la crise sociale au Nord crée aujourd’hui les conditions d’un nouveau nouvel internationalisme. La mondialisation néolibérale a véritablement pris son envol au début des années 1990, immédiatement après l’implosion du bloc soviétique. Elle a été le cadre d’une offensive redoutablement puissante contre les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La mondialisation néolibérale a favorisé l’émergence d’un nouvel internationalisme. La violence de la crise sociale au Nord crée aujourd’hui les conditions d’un nouveau nouvel internationalisme.</p>
<p>La mondialisation néolibérale a véritablement pris son envol au début des années 1990, immédiatement après l’implosion du bloc soviétique. Elle a été le cadre d’une offensive redoutablement puissante contre les droits démocratiques et sociaux des peuples, mais elle s’est aussi révélée incapable de stabiliser un nouvel ordre international, débouchant dès 1997–1998 sur une première crise financière de grande ampleur, alors centrée en Asie. Depuis les crises se sont succédé, jusqu’au tournant de 2008, quand leur centre de gravité s’est déplacé au Nord – les USA d’abord (les « subprimes ») et maintenant l’Union européenne.<span id="more-7804"></span></p>
<p>Ce tournant de 2008–2011 a une portée considérable du point de vue de la dynamique (potentielle) des combats populaires à l’échelle internationale. À partir de la fin des années 1940, la bourgeoisie avait réussi à stabiliser durablement son règne au Nord, surmontant notamment la crise de 1968–1974, pourtant sérieuse aux États-Unis (conséquences de la guerre d’Indochine) et en Europe (crise des dictatures au Sud, grève générale en France). Le Sud était alors perçu comme la « zone des tempêtes » dans un monde corseté par la guerre froide, du moins jusqu’au déclin généralisé des luttes de libération dans les années 1980 (peut-on dire que la fin du régime d’apartheid en Afrique du Sud, au début des années 1990, clôt ce chapitre historique ?).</p>
<p>Dans un premier temps, par son universalité et sa brutalité, la mondialisation néolibérale a favorisé l’émergence d’un nouvel internationalisme. Nouveau en ce qu’il a redonné vigueur à une aspiration qui avait été profondément discréditée par la faute, notamment, du stalinisme. Nouveau aussi parce que pour la première fois, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, les luttes d’émancipation combattaient les mêmes institutions internationales (FMI, BM, OMC…) mettant en œuvre les mêmes politiques néolibérales dans le monde entier. Les conditions sociales restaient certes très différentes suivant les pays, mais dès 1996 (contre G7 en France, conférence zapatiste au Mexique), les mouvements progressistes ont commencé à souligner de ce qu’il y avait partout de commun aux résistances à l’ordre néolibéral.</p>
<p>Aujourd’hui, la situation sociale au Nord se dégrade qualitativement. Le tissu social se déchire très brutalement (Grèce) ou plus progressivement (France) (voir les articles publiés sur la situation en Europe dans ce numéro d’<em>Amandla !</em>). Face à l’extension de la grande pauvreté, à l’érosion ou la dislocation des services publics (y compris l’éducation et la santé), il ne s’agit plus seulement de défendre les droits obtenus grâce aux luttes d’après-guerre, mais de les reconquérir. Une situation qui entre en résonnance avec des campagnes menées au Sud (comme Reclaim people’s dignity en Asie).</p>
<p>De plus en plus, ce qui était hier propre au seul « tiers monde » resurgit avec force dans les pays capitalistes « développés ». La question de la dette est ainsi devenue centrale au Nord. Elle pose les mêmes problèmes politiques qu’au Sud. Elle est utilisée pour justifier un assaut généralisé contre les droits démocratiques et sociaux. Elle est profondément illégitime du point de vue des peuples, car elle est le produit direct des politiques néolibérales qui – à force de cadeaux aux riches et aux grands actionnaires – ont considérablement réduit les recettes des Etats. Si bien qu’au Nord comme au Sud, la problématique de la dette pose la question du moratoire, de l’audit citoyen et de son annulation.</p>
<p>La violence de la crise explique aussi le changement qui s’est opéré dans la dynamique des mobilisations. Les luttes menées sur le terrain national n’ont évidemment jamais cessé. Mais, à partir de Seattle (1999), le mouvement alter/anti-mondialisation s’est cristallisé à l’occasion des sommets internationaux de l’OMC, du G7/G8-G20… Ces contre-sommets restent des échéances politiques importantes, mais attirent moins de monde. Significativement, les Indignés en Espagne se sont d’abord tournés contre leur gouvernement. De même, dans la région arabe, la question palestinienne reste à l’arrière-plan de la crise des régimes, mais chaque soulèvement s’est mené contre sa propre dictature.</p>
<p>Nous sommes entrés dans un nouveau cycle de luttes. Il répond à une crise généralisée de la domination capitaliste, nourrie par l’instabilité chronique de la mondialisation et l’effet boomerang des destructions écologiques. On peut dire qu’une nouvelle période s’ouvre, où tout est possible – mais peut-être vaut-il mieux dire où rien n’est impossible. En effet, la situation dans laquelle se trouve la gauche radicale – gauche sociale et gauche politique – est loin, très loin d’être facile.</p>
<p>La situation en Tunisie et en Egypte illustre cette situation un peu paradoxale. A l’encontre de bien des pronostiques, le soulèvement populaire ne s’est pas fait dans ces deux pays sous le drapeau de la religion, mais sur des questions sociales (chômage…) et démocratiques (dictature…). Des ailes du mouvement ouvrier y ont joué un rôle moteur, avec une participation significative des femmes. L’extrême gauche est réapparue. Mais, une fois les dictateurs chassés du pouvoir, des forces conservatrices ont pu reprendre l’initiative, à commencer par les islamistes (Frères musulmans en Egypte, Ennahdha en Tunisie).</p>
<p>En Europe, la violence de la crise alimente une véritable rage anticapitaliste, mais ne débouche pas (encore) sur un renforcement de la gauche radicale. Les évolutions ne sont pas univoques – sévère échec électoral du Bloc de gauche au Portugal, succès éclatant le l’Alliance Rouge-Verte au Danemark –, mais dans l’ensemble, il y a plutôt un glissement politique à droite ; y compris pour des composantes du mouvement altermondialiste qui deviennent plus modérées.</p>
<p>De fait, c’est pour l’heure surtout la droite extrême qui profite du rejet du néolibéralisme, jusqu’à l’arrivée au gouvernement en Hongrie de formations fascisantes. Bien plus que dans la période précédente, les bourgeoisies européennes s’en remettent au « diviser pour régner ». Les forces de gauche éprouvent bien du mal à contrer cette politique qui favorise le renforcement de la droite xénophobe et raciste, qui explique la violence des attaques contre les musulmans ou les Roms (populations nomades chrétiennes).</p>
<p>Il y a aux difficultés de la gauche radicale des raisons très profondes. Le tournant des années 1990 est marqué par un changement de période (fin de la guerre froide et mondialisation capitaliste), par une rupture d’identité à gauche (crise de la référence socialiste) et par un renouvellement générationnel. Le tout a créé un fossé entre l’expérience militante des années 1960–1980 et celle de la « génération Seattle ». Ce fossé est probablement moindre en Asie, où l’on trouve une extrême gauche plus vivace qu’en Europe ; mais il n’en constitue pas moins un trait de la situation internationale. Il se manifeste particulièrement en ce qui concerne la question de l’organisation. Durant la période précédente, toute extension et toute radicalisation des mobilisations se traduisaient immédiatement par une vague d’adhésion aux syndicats, mouvements et partis progressistes. Ce n’est souvent plus le cas aujourd’hui. Certains voudraient voir dans « l’organisation fluide » un progrès. Le progrès me semble ailleurs : dans l’expression (inégale) d’une culture militante plus respectueuse de la diversité et de l’autonomie des mouvements, plus démocratique. En revanche, le fréquent rejet de l’organisation <em>en permanence</em>apparaît comme un dangereux talon d’Achille alors que les luttes de classes se durcissent.</p>
<p>De plus, en ce qui concerne l’Europe occidentale, depuis la fin des années 1940 le mouvement ouvrier n’avait jamais connu de situation de crise sociale généralisée. Ainsi, au début des années 1990 déjà, l’organisation des chômeurs de longue durée était une question nouvelle (comme dans certains pays d’Asie : Japon, Corée du Sud…), ce qui a provoqué bien des tâtonnements. Au-delà des clivages politiques classiques entre modérés et radicaux, c’est en fait toute la « culture » du mouvement syndical, son « savoir faire » et ses modes de fonctionnement, qui s’avèrent aujourd’hui inadéquats. L’expérience radicale de la décennie 1968–1978 pourrait être aujourd’hui utile ; mais elle est considérée comme appartenant à un passé révolu par les générations militantes présentes.</p>
<p>L’aggravation de la crise sociale ne se traduit donc pas mécaniquement dans le renforcement de la gauche radicale. Les difficultés qu’éprouve en France le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) en témoignent. Néanmoins, la critique de l’ordre existant continue à se diffuser et le caractère profondément antidémocratique des démocraties occidentales réellement existantes apparaît au grand jour : fonctionnement des institutions européennes, diktats imposés au peuple grec – d’où le mot d’ordre des Indignés : « Pour une vraie démocratie, maintenant ! ». De même, l’esprit internationaliste ne s’est pas éteint, et c’est particulièrement encourageant.</p>
<p>L’exemple de l’occupation des places est venu d’Egypte. Il s’est propagé en Espagne, en Grèce, aux Etats-Unis – puis il a donné naissance à la journée du 15 octobre, qui a trouvé écho jusqu’à Hongkong ou à Lahore, même si lesdites « occupations » ont souvent été plus symboliques que massives. Ce fut la plus grande journée d’action mondiale depuis celle du 15 mars 2003 contre la guerre annoncée en Irak (et qui fut elle bien massive). Les « indignés » se reconnaissent les uns les autres, lancent des appels internationaux ensemble. Apprennent les uns des autres.</p>
<p>Apprendre les uns des autres… C’est peut-être l’une des clés pour assurer un renforcement de la gauche radicale. Les Français ont beaucoup à apprendre des Grecs, car par plus d’un aspect la Grèce est l’avenir de l’Europe. Les mouvements au Nord ont beaucoup à apprendre de l’expérience du Sud, que ce soit en matière de formes de luttes (grèves territoriales, occupations des espaces publics…), de programme (réponse à la crise de la dette…), d’organisation sociale (là où le tissu social est réduit en lambeaux…), de lutte contre les politiques de division (voir l’expérience indienne face aux divisions combinées de classes, de castes et de communautarismes religieux !…).</p>
<p>Bien des idées viennent aujourd’hui du Sud nourrir le nouvel internationalisme !</p>
<p><strong>Pierre Rousset</strong></p>
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		<title>Occupy LSX : l’indignation gagne Londres</title>
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		<pubDate>Sun, 30 Oct 2011 19:16:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Inégalités / Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>
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		<description><![CDATA[Le mouvement Occupy the London Stock Exchange (OccupyLSX — Occuper la Bourse de Londres) s’est installé sur le parvis de la cathédrale Saint Paul, le 15 octobre. Quelques 200 tentes, plus de 2000 personnes remplissent Paternoster Square. L’espace a été vite saturé et un autre site a été ouvert à Finsbury Square. Reconstruite après le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le mouvement Occupy the London Stock Exchange (OccupyLSX — Occuper la Bourse de Londres) s’est installé sur le parvis de la cathédrale Saint Paul, le 15 octobre. Quelques 200 tentes, plus de 2000 personnes remplissent Paternoster Square. L’espace a été vite saturé et un autre site a été ouvert à Finsbury Square. Reconstruite après le Grand feu de 1666, la nouvelle cathédrale de Saint Paul n’est pas une église du peuple : c’est le symbole de la Grande-Bretagne impériale et de la famille royale (le prince Charles et Lady Diana s’y marièrent).<span id="more-7773"></span></p>
<p><strong>S’organiser pour durer</strong></p>
<p>Les mouvements d’occupation de lieux publics sont confrontés aux mêmes problèmes et aléas : comment s’organiser pour durer ? Il faut passer l’hiver, tenir jusqu’au printemps, me dit-on. Selon les procédures éprouvées sur la Puerta del Sol ou dans le parc Zuccotti, OccupyLSX a créé un espace communal, un lieu de vie pour ses habitants et de rencontre avec les visiteurs. Pendant les vacances scolaires d’automne, OccupyLSX a invité les enfants et leurs parents à venir partager leur expérience pendant un après-midi (Occupy Half Term).<sup>1</sup> Au-delà des tentes individuelles, on y trouve un espace média, une université populaire, une cantine, un poste de secours et une bibliothèque.</p>
<p>A l’ère d’internet et des tweets, cet attachement aux textes imprimés peut paraître singulier. La bibliothèque est d’ailleurs peu fournie, pâle imitation des 1200 ouvrages recensés à New York. On n’y trouve aucun écrit révolutionnaire : je recense, en vrac, Michael Moore, Stéphane Hessel, Isabel Allende, mais aucune littérature anarchiste ou anticapitaliste.</p>
<p>Une assemblée générale a lieu tous les jours à 13 heures et à 19 heures. Les propositions et textes sont débattus et agréés par consensus, avec une exception pour les motions « urgentes » : celles-ci sont acquises si elles reçoivent 75% d’approbation. Les occupants insistent sur ce point : ce sont des votes réellement démocratiques et qui ont un sens ; à l’inverse de la parodie de votation au parlement ou lors d’élections. Certains confient que le mouvement est davantage mû par des considérations d’ordre démocratique (comment créer les conditions d’une réelle participation des citoyens aux processus décisionnels), qu’économique (critique de la relation entre les banques et le gouvernement). Michael Hardt résume la question en ces termes : « L’indignation contre la cupidité des banques et les inégalités économiques est réelle et profonde. Mais la protestation contre l’absence, ou l’inadéquate représentation politique est aussi importante ».<sup>2</sup></p>
<p>Comme à Madrid ou New York aucun leader ne fend les rangs. Plusieurs personnes prennent la parole devant les marches de la cathédrale : un vieil anarchiste, une artiste, un jeune altermondialiste, un danseur irlandais. Je croise un musulman en conversation animée avec un militant du Socialist Workers Party (trotskyste) ; une chorale de chrétiens, des jeunes Espagnols, un vendeur de journaux de la Communist League, des jeunes salariés, des retraités, quelques universitaires. J’y retrouve des étudiants qui ont participé à l’occupation de mon université l’hiver dernier pour protester contre la hausse des frais d’inscription.<sup>3</sup></p>
<p><strong> dans les esprits</strong></p>
<p>Comment briser le mur du silence des médias dominants ? Pendant les premiers jours de l’occupation, l’événement n’a guère été mentionné. La BBC consacre de nombreux reportages au « sauvetage » de la Grèce par l’Union européenne, mais ne montre quasiment aucune image de la rébellion qui couve au cœur de la City.</p>
<p>Les acteurs new-yorkais ont reçu le soutien d’intellectuels et de journalistes : Slavoj <em>Žižek</em> et Frances Fox Piven sont venus à Zuccotti Park. Joseph Stiglitz a également fait une apparition remarquée. David Graeber, un anthropologue étatsunien qui enseigne à Londres, a été l’inspirateur du mouvement. Ses travaux sur les habitants de Madagascar ont servi de référence à Occupy Wall Street. A Betafo, il a découvert une population qui pratiquait la démocratie directe, sans intervention de l’Etat.<sup>4</sup> Universitaire et anarchiste, Graeber a aidé à mettre sur pied le mouvement. Dès que l’occupation a démarré, il s’en est allé pour ne pas tomber dans le rôle d’« intellectuel d’avant-garde », un modèle qu’il rejette<sup>5</sup>. Des syndicats new-yorkais ont également exprimé leur solidarité.</p>
<p>A Londres, une telle mobilisation est encore à assurer. Pas un député travailliste, pas un représentant des syndicats du TUC n’a à ce jour fait le déplacement à Paternoster Square. Seuls Julian Assange, Peter Thatchell et Polly Toynbee (journaliste pour <em>The Guardian</em>) ont été aperçus sur les lieux.</p>
<p>On peut en conclure que TINA – There IS No Alternative (au capitalisme), un jour énoncé par Margaret Thatcher — pèse encore sur les esprits de ceux soumis quotidiennement aux assauts du capitalisme : vie chère, chômage, études hors de prix, services publics défaillants, politiques d’austérité. Les Britanniques souffrent, mais peu encore osent se rebeller. Plus de trois décennies de thatchérisme et de blairisme expliquent dans une large mesure l’apathie ambiante.</p>
<p>Les participants à OccupyLSX sont ces citoyens moyens (salariés, chômeurs ou retraités) qui ont décroché de la politique traditionnelle. Ils forment des bataillons qui ont durablement tourné le dos à la social-démocratie dans toutes ses déclinaisons nationales : Labour, PS, SPD, PSOE, PASOK, etc. Ces partis sont vigoureusement rejetés par les Indignés. Ils ne sont selon eux que l’autre face du consensus néolibéral ; les exécutants de politiques d’austérité dictées par les marchés (Sócrates au Portugal, Zapatero en Espagne, Papandreou en Grèce et demain peut-être Hollande en France).</p>
<p><strong>Quel programme ?</strong></p>
<p>S’enquérir du « programme » ou des « revendications » auprès des participants à OccupyLSX, c’est susciter la surprise, voire l’incompréhension. Les occupants sont indépendants de toute structure partisane ou syndicale. Ce sont des militants – nouveaux ou aguerris – qui partagent les codes de communication et de socialisation liés aux nouvelles technologies. Que ce soit à Madrid ou à New York, leurs objectifs vont au-delà du combat en faveur d’une cause ou d’un thème précis (<em>single-issue campaign</em>). Les Indignés veulent limiter le pouvoir de la finance sur nos vies (à défaut peut-être de l’abolir) ; construire une société plus juste et démocratique, qui rejette les organisations pyramidales et les relations hiérarchiques des partis de gauche traditionnels. Pour commencer, le mouvement pose les questions les plus importantes du moment : qui paye la crise provoquée par le monde de la finance ? Quel rôle le pouvoir politique joue-t-il dans la résolution de la crise ? Pourquoi rien n’a changé depuis 2008 ?</p>
<p>Contrairement à New-York<sup>6</sup>, OccupyLSX n’a pas rédigé de manifeste. Seules quelques mesures de portée générale sont préconisées : refus de payer la crise provoquée par les banques, ou de considérer que les politiques d’austérité sont inévitables. La tonalité d’ensemble de ces mesures n’est pas proprement anticapitaliste, loin s’en faut. Les occupants londoniens expriment le souhait, par exemple, que les régulateurs des marchés soient « véritablement indépendants » des banques et des gouvernements. Une large majorité de personnes associées au système capitaliste pourrait souscrire à un tel vœu.</p>
<p>Je demande à des participants si leurs objectifs sont de nature « anticapitaliste ». Les réponses sont très variables, mais avant tout incertaines. Une grande bannière est pourtant installée au cœur de la place. Sur fond vert et en lettres roses, elle ne laisse aucun doute sur l’origine du mal : « Capitalism is crisis ». Le mot « revendication » (demand) est banni du vocabulaire usuel. On parle plutôt d’« objectifs » (goals). Ces derniers peuvent être achevés de manière plurielle et autonome, tandis que les revendications impliquent une relation d’attente et de dépendance vis-à-vis des pouvoirs constitués.</p>
<p>Le mouvement des Indignés est l’expression publique d’une colère sourde qui croît : chez les 99% qui pâtissent du système contre les 1% qui en tirent le plus grand profit. Le récit d’une mondialisation néolibérale triomphante – le lumineux TINA — est aujourd’hui discrédité. Les marchés livrés à eux-mêmes ne sont que des forces aveugles qui détruisent les économies nationales, avant de s’autodétruire ; les banques ne sont pas la solution, mais la clé du problème puisqu’elles privatisent les profits et socialisent les pertes ; les sommes argents soi-disant introuvables pour revaloriser les salaires ou sauver des services publics, ont pu être trouvées rapidement pour remettre à flot les banques. Les Indignés nous interpellent : pourquoi accepter de tels mensonges et laisser notre monde courir à sa perte ?</p>
<p><strong>Une politisation de </strong><strong>gauche</strong></p>
<p>Les Indignés poursuivent l’action du mouvement altermondialiste des années 90 et du début des années 2000. Le Forum social mondial n’a-t-il pas contribué à discréditer les politiques infligées par le FMI ou la Banque mondiale en Asie ou en Amérique latine ? Les Indignés continuent aujourd’hui le travail de désenchantement du néolibéralisme au cœur du vieux monde industrialisé.</p>
<p>La politisation en cours est clairement de gauche, mais cette manière de faire et de voir les choses ne peut être rattachée à une idéologie particulière. Aucun parti de gauche traditionnel ne pourrait se trouver spontanément à l’aise dans un tel mouvement. Toute tentative de « récupération » apparaît par conséquent vouée à l’échec. On peut trouver cela réducteur et insuffisant. Dans une logique politique court-termiste et électoraliste, ce mouvement ne peut en effet que décevoir. Mais les effets sur le long terme sont indiscutablement positifs. Pour la première fois depuis trente ans, des citoyens aux parcours différents se rassemblent pour exiger plus d’égalité économique, plus de justice sociale, plus de solidarité. Il faut le reconnaître : ces actions sont plus efficaces pour démystifier le néolibéralisme que les centaines d’ouvrages militants et savants parus sur le sujet.</p>
<p>Sur la Paternoster Square, je croise les « Anonymous ». Ces personnes portent le masque de Guy Fawkes. Cette référence renvoie à « V » (V comme Vendetta), héro d’une bande dessinée à la fin des années 80. « V » est un anarchiste qui évolue dans une Angleterre épargnée par une guerre atomique qui a détruit le monde. Le pays est sous la coupe d’un régime fasciste qui a procédé à une épuration ethnique, politique et sociale. « V », qui porte le masque du plus célèbre membre de la Conspiration des poudres, est un justicier qui entreprend de résister à ce régime totalitaire.</p>
<p>Certains ricaneront de ces manifestations carnavalesques. D’autres ne verront dans ces occupations que des mises en scène théâtrales de gens nantis et désœuvrés.<sup><a name="sdfootnote7anc" href="http://www.contretemps.eu/interventions/occupy-lsx-lindignation-gagne-londres#sdfootnote7sym"></a></sup><sup>7</sup> On leur accordera que les Indignés de Londres ne sont pas ceux de la place Tahrir ou de la place Syntagma. Les enjeux et les situations nationales sont en effet très différents. Il y a incontestablement un fond dadaïste dans ce mouvement ; une dimension intellectuelle qui s’adresse avant tout aux « esprits » et non aux « ventres ».<sup><a name="sdfootnote8anc" href="http://www.contretemps.eu/interventions/occupy-lsx-lindignation-gagne-londres#sdfootnote8sym"></a></sup><sup>8</sup> Soit. Mais avec les Indignés, la question des inégalités économiques – si longtemps négligée par la « gauche gouvernementale » — est revenue sur le devant de la scène. La gauche ne peut plus être réduite à la promotion des questions post-matérielles, aussi importantes soient-elles.</p>
<p><strong>La d</strong><strong>émocratie horizontale et ses limites</strong></p>
<p>Des observateurs l’ont déjà souligné : la démocratie en jeu à OccupyLSX et ailleurs est de type horizontal, par opposition à une démocratie de type vertical. La démocratie horizontale encourage l’action directe et la participation de tous les membres. Les participants doivent être respectueux des opinions diverses, et cette pluralité est perçue comme un enrichissement pour le groupe, et non comme une menace ou une déviance. La démocratie verticale renvoie à la forme partisane et syndicale classique, c’est-à-dire une structuration pyramidale : au sommet, une oligarchie qui décide et à la base des militants chargés de répandre la parole autorisée.</p>
<p>Les désavantages de la démocratie directe sont connus : lourdeur décisionnelle et, <em>in fine</em>, inertie sur le plan de l’action. Le débat et le dilemme ne sont pas nouveaux. Lénine avait critiqué le travail « artisanal » de révolutionnaires qui s’écartaient du militantisme politique de longue durée et misaient sur le soulèvement spontané des masses. Le père de la Révolution d’Octobre qualifiait cette stratégie d’« opportuniste », car ces révolutionnaires renonçaient à développer au sein du peuple une conscience de classe.<sup>9</sup></p>
<p>Dans quelle mesure les peuples occidentaux ont-ils conscience que le système capitaliste dessert leurs intérêts particuliers ? Deux sondages réalisés aux Etats-Unis par Rasmussen nous apportent un début de réponse. En décembre 2008, 15% des sondés déclaraient que les Etats-Unis seraient un meilleur pays s’ils adoptaient un système « socialiste ». En 2011, la même question a enregistré 20% de réponses favorables au socialisme. Plus intéressants encore sont les résultats par classe d’âge : chez les 15–25 ans, une courte majorité déclarent préférer le capitalisme au socialisme (37% vs. 33%). Comme 30% des jeunes ne se prononcent pas, on peut en déduire qu’une majorité par défaut serait prête à envisager un système autre que le capitalisme. Ce résultat est d’autant plus étonnant dans un pays où le terme « socialisme » n’est employé dans la bouche des politiciens et des journalistes dominants que de manière péjorative ou condescendante.<sup>10</sup></p>
<p>Cette tendance, qui devra se consolider, est encourageante et permet d’entretenir un certain optimisme. Loin d’aller à contre-courant de ce que pensent les peuples, les opinions des Indignés sont maintenant majoritaires dans la population. Il ne faut pas en déduire que le capitalisme est à l’agonie. Mais c’est assurément un coup dur porté au cœur du système.</p>
<p>Philippe Marlière<br />
Professeur de sciences politiques à University College London</p>
<h3>Notes</h3>
<p>1. http://occupylsx.org/?occupyhalfterm</p>
<p>2. http://chronicle.com/article/Intellectual-Roots-of-Wall/129428/</p>
<p>3. http://blogs.rue89.com/philippe-marliere/2010/12/02/luttes-etudiantes-a-londres-un-moment-de-bonheur-collectif-178858</p>
<p>4. D. Graeber, <em>Lost people. Magic and the legacy of slavery in Madagascar</em>, Indiana Unversity Press, 2007.</p>
<p>5. http://chronicle.com/article/Intellectual-Roots-of-Wall/129428/</p>
<p>6. https://sites.google.com/site/the99percentdeclaration/</p>
<p>7. http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2011/oct/20/occupy-wall-street-tahrir-scenery</p>
<p>8. http://www.nybooks.com/articles/archives/2011/nov/10/zuccotti-park/</p>
<p>9. Lénine, <em>Que faire ?</em>, Pékin, Editions en Langues Etrangères, 1975.</p>
<p>10. http://www.opendemocracy.net/ourkingdom/david-graeber/on-playing-by-rules-%E2%80%93-strange-success-of-occupywallstreet</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Le troisième âge de la démocratie</title>
		<link>http://www.cahiersdusocialisme.org/2011/10/22/le-troisieme-age-de-la-democratie/</link>
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		<pubDate>Sun, 23 Oct 2011 01:32:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Inégalités / Classes sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Le mouvement des indignés n’est pas un feu de paille. Son extension rapide sur le planisphère  – entre la révolution tunisienne de décembre-janvier et l’occupation de Wall Street il se passe moins d’un an – atteste qu’il touche des ressorts profonds dans la conscience des citoyens du monde entier ; les pouvoirs iraniens ou chinois craignent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le mouvement des indignés n’est pas un feu de paille. Son extension rapide sur le planisphère  – entre la révolution tunisienne de décembre-janvier et l’occupation de Wall Street il se passe moins d’un an – atteste qu’il touche des ressorts profonds dans la conscience des citoyens du monde entier ; les pouvoirs iraniens ou chinois craignent eux aussi comme la peste une révolution Twitter.</p>
<p><span id="more-7710"></span></p>
<p>Ce mouvement passera par des hauts et des bas. Il connaîtra des tentatives de récupération – M. Trichet qui « interprète le message » des indignés et Mme Merkel qui les « comprend »… Il aura des points forts et des points faibles (comme la France en ce moment). Mais il est appelé à durer et à marquer profondément le climat politique mondial des années à venir.</p>
<p>La raison en est simple : la crise actuelle met à nu les mécanismes de confiscation du pouvoir et des richesses construits depuis trente ans par le néolibéralisme sous couvert de formes politiques démocratiques. La fusion des élites financières et étatiques – nulle part aussi institutionnalisée qu’aux USA avec l’achat en toute transparence des hommes politiques par les lobbyistes des multinationales – éclate au grand jour avec les plans faramineux de sauvetage de la finance et leurs corollaires, les plans d’hyperaustérité imposés aux peuples.</p>
<p>Ces plans suscitent bien sûr des résistances sociales. Grèves, émeutes, manifestations syndicales se succèdent dans les pays les plus touchés. Mais le mouvement des indignés n’est pas un simple mouvement social. Il n’exprime pas seulement le point de vue de catégories spécifiques de la population – jeunes, retraités, salariés, femmes… touchées par des politiques régressives. Il n’agrège pas des individus appartenant à des groupes sociaux aux intérêts communs et qui chercheraient à faire pression sur les décideurs politiques pour infléchir leurs décisions en leur faveur. C’est avant tout un mouvement citoyen radicalement démocratique, dont le sens profond est clair :  le compromis entre capitalisme et démocratie permis depuis deux siècles par le système représentatif est aujourd’hui épuisé.</p>
<p>Reprenons les trois principales critiques adressées au mouvement, pour montrer les incompréhensions qu’il suscite et en creux, son caractère radicalement novateur.</p>
<p>« Ils n’ont pas de revendications » ! Même si des assemblées populaires ont pu élaborer des listes de revendications très variées, le mouvement en lui-même ne porte aucune exigence positive fédératrice. Sa critique de la domination des banques et des politiciens ne s’accompagne pas de mots d’ordre simples qui définiraient des buts à atteindre. L’important n’est pas là : il est dans le refus par les simples citoyens que des représentants élus prennent des décisions contraires à la volonté populaire. Il est dans l’exigence que chacun-e puisse peser, contrôler, participer aux décisions. Il est dans l’exigence de la démocratie réelle.</p>
<p>« Ils n’ont pas de porte-paroles » ! Justement… Les indignés expriment une critique radicale de la confiscation « démocratique » du pouvoir par des élites autoproclamées et (en général) confirmées par le vote. Ils ont compris le caractère antidémocratique de toute représentation, où les représentants, aristocratie légitimée par l’élection, s’érigent en pouvoir sur le peuple (ou, dans les syndicats ou associations, sur les adhérents…). Le refus de tout porte-parole permanent, le souci obsessionnel d’éviter qu’un ou plusieurs individus s’élèvent au-dessus du mouvement en prétendant – avec malheureusement son assentiment — le représenter, reflètent une compréhension très profonde des mécanismes de la domination politique dans tout système représentatif.</p>
<p>« Ils rejettent la politique ». Aberration suprême que cette accusation, qui revient souvent chez des militants d’extrême-gauche déçus de voir qu’ils sont l’objet de la même méfiance que les politiciens sociaux-démocrates ou de droite. Ces militants sont indignés… que leurs tentatives de faire prévaloir la juste ligne dans les assemblées populaires se heurtent à la volonté farouche des citoyens de ne pas abdiquer leur libre-arbitre au bénéfice d’un groupe politique constitué qui les instrumentaliserait dans sa conquête de places ou dans la compétition politique institutionnelle. Comme si le fait que des citoyens s’emparent des places publiques et y mettent en débat les affaires communes n’était pas une manifestation éclatante de leur passion de la politique au sens noble du terme !</p>
<p>C’est ainsi du moins que les Anciens voyaient la démocratie, et ce jusqu’aux révolutions bourgeoises du XVIIIè siècle. Les historiens de la démocratie (Manent, Sintomer, et même Rosanvallon…) ont montré comment les révolutionnaires avaient pour la plupart une peur bleue de la démocratie. Celle-ci signifiait pour eux le pouvoir de la populace, le rejet des hiérarchies sociales fussent-elles basées sur la propriété ou le talent, exigence de participation directe de chacun aux affaires de tous. Ils ont montré le lent processus par lequel la bourgeoisie a fini par accepter le suffrage universel, après l’avoir dépouillé de presque tout caractère subversif.  La participation directe des citoyens, le tirage au sort des titulaires de charges politiques pour éviter la confiscation du pouvoir par sa professionnalisation, qui étaient jusqu’en 1789 unanimement associés à l’idée originelle de démocratie (Montesquieu écrivait « le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par le choix est de celle de l’oligarchie »), sont devenus des aberrations incompréhensibles pour des « Modernes » tout occupés à accumuler le capital et les jouissances matérielles. Le capitalisme parlementaire, ce deuxième âge de la démocratie, a largement dépouillé celle-ci de son contenu égalitaire et subversif.</p>
<p>Mais les indignés rejettent les ersatz de démocratie. La crise sociale, la crise écologique, l’affaissement des imaginaires consumériste et productiviste intimement liés au capitalisme ne permettent plus la légitimation des notables, possédants ou experts, fussent-ils choisis par des électeurs formatés par des systèmes éducatif, productif et médiatique générateurs de résignation et de passivité sociales. Face à l’effondrement de ce monde confisqué par des élites qui montrent chaque jour davantage leur irresponsabilité, l’exigence qui monte chez les citoyens est celle d’imposer une démocratie réelle, c’est-à-dire le pouvoir du peuple et pas des oligarchies.</p>
<p>Ce cadre d’interprétation définit alors des tâches assez précises pour les amis de l’émancipation. Les aspirations des indignés ne peuvent se concrétiser que par l’introduction de réformes politiques fondamentales qui abolissent la privatisation de l’État non seulement par la finance mais par la classe politique elle-même. L’impulsion pour imposer ces réformes ne peut naître que de la rue, mais leur concrétisation suppose une révolution institutionnelle. Les places publiques sont aujourd’hui les laboratoires où les citoyens-chercheurs construisent des pratiques radicalement démocratiques pour éviter la confiscation représentative : tirage au sort des animateurs d’AG ou des orateurs parmi des volontaires, rotation systématique des charges fonctionnelles, construction d’une pensée collective par l’écoute active et le refus de  la dictature de l’urgence, préservation d’une structure horizontale d’organisation… Ces pratiques s’ancrent dans des expériences historiques nombreuses quoique souvent refoulées, en particulier dans la tradition libertaire et autogestionnaire du socialisme. Elles prolongent bien des innovations portées par le mouvement altermondialiste depuis dix ans. Elles ne visent pas la tâche, impossible dans des sociétés vastes et complexes comme les nôtres, d’éliminer toute représentation, de généraliser la démocratie directe pour toutes les décisions. Ces innovations doivent et peuvent déboucher, dans les années qui viennent, sur des innovations institutionnelles radicales qui arracheront l’État des mains des oligarchies. Sur l’invention d’un troisième âge de la démocratie, où la représentation serait enserrée dans l’étau du contrôle populaire.</p>
<p>Le paradoxe qu’il faut lever est alors le suivant : comment introduire des innovations institutionnelles sans passer par des mécanismes représentatifs, comme par exemple une Assemblée Constituante élue au suffrage universel ? C’est le paradoxe de toute révolution : abolir illégalement mais légitimement l’ancienne légalité. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il faudra nécessairement mais de façon aujourd’hui imprévisible en passer par de tels paradoxes. En attendant, la tâche qui se présente à nous aujourd’hui est favoriser la maturation au sein du mouvement social et citoyen, mais aussi dans les partis politiques progressistes et dans l’opinion publique en général, d’un ensemble de pratiques sociales et de propositions institutionnelles aptes à refonder la démocratie. Qu’on pense par exemple au travail idéologique colossal qui consisterait à réhabiliter l’idée selon laquelle le tirage au sort constitue un mécanisme institutionnel décisif de la lutte contre la professionnalisation du pouvoir et la confiscation représentative !</p>
<p>Ce projet représenterait un élargissement substantiel du projet d’Attac. Notre légitimité repose aujourd’hui essentiellement sur notre capacité à décrypter les mécanismes de la domination de la finance et à lui opposer, par la théorie et par l’action citoyenne, des alternatives démocratiques, sociales et écologiques. Il faudrait alors ajouter à cela une capacité à décrypter les mécanismes de la confiscation représentative et à lui opposer des alternatives théoriques et pratiques (en commençant par notre fonctionnement interne !). Pour résumer par une formule : faire d’Attac un « Greenpeace de la démocratie ». Nos statuts nous donnent pour objet de « reconquérir les espaces perdus par la démocratie ». Pour faire image, il s’agirait simplement de prendre acte du fait que cette perte remonte non pas aux débuts du néolibéralisme, mais à la destruction de la démocratie athénienne…</p>
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		<title>La gauche et le NPD</title>
		<link>http://www.cahiersdusocialisme.org/2011/10/12/la-gauche-et-le-npd/</link>
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		<pubDate>Wed, 12 Oct 2011 15:51:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Nation / Nationalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Québec / Canada]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Depuis l’élection fédérale de mai dernier, un débat traverse la gauche québécoise sur le NPD. Certes, ce débat ne date pas d’hier. Mais pendant longtemps, la marginalité de ce parti faisait en sorte que la question demeurait un peu théorique. Aujourd’hui cependant, on constate que le débat se réanime. Pour certains, il faut travailler avec [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong>Depuis l’élection fédérale de mai dernier, un débat traverse la gauche québécoise sur le NPD. Certes, ce débat ne date pas d’hier. Mais pendant longtemps, la marginalité de ce parti faisait en sorte que la question demeurait un peu théorique. Aujourd’hui cependant, on constate que le débat se réanime. Pour certains, il faut travailler <span style="text-decoration: underline;">avec</span> sinon <span style="text-decoration: underline;">dans</span> le NPD qui demeure un parti « progressiste », si ce n’est que pour ralentir ou arrêter les assauts que prépare le gouvernement Harper pour éradiquer l’héritage du keynésianisme. Pour d’autres, le NPD demeure essentiellement imperméable aux aspirations nationales du peuple québécois et pour cette raison ne représente pas un partenaire potentiel. Il faut débattre de tout cela car c’est important et urgent.</strong></em><span id="more-7611"></span></p>
<h2>La « révolution » de droite qui s’en vient</h2>
<p>Il nous semble inévitable que le gouvernement Harper, avec l’appui des principales classes dominantes dans l’ensemble du Canada (y compris au Québec), s’apprête à mettre en place une sorte de « révolution » de droite, un peu comme ce qu’on fait les gouvernements de Reagan et de Thatcher dans les années 1980. Ce n’est donc pas seulement une question de nuance et d’alternance, mais d’une véritable rupture dont il est question. Sont dans la mire les domaines sociaux notamment la santé et l’éducation (dont le gouvernement fédéral détient une grande partie du financement), les programmes fédéraux comme l’assurance-emploi, la fiscalité, la protection de l’environnement, les droits des femmes, ceux des syndicats, la question de la justice (où Harper veut instaurer un régime de punition et de criminalisation), les relations internationales, bref, la panoplie des grands domaines qui relèvent de l’État. Ce n’est pas rien, et non seulement Harper dirige un gouvernement majoritaire, mais il se retrouve avec une opposition passablement disloquée. En effet dans le passé, c’est le Parti Libéral du Canada (PLC) et le Bloc Québécois qui ont été surtout dans son chemin. Or ces deux formations sont présentement désarticulées et dans le meilleur des cas, il faudra des années pour qu’elles redeviennent aptes à malmener Harper.</p>
<h2>Le NPD peut-il résister ?</h2>
<p>Reste donc le NPD. D’emblée, il nous semble important de dire que ce parti n’est plus le même parti de tradition social-démocrate qu’il a été dans le passé. Comme le Labour Party en Angleterre, il a été remodelé par un « recentrage » en dehors des sentiers balisés de la social-démocratie traditionnelle. Ce n’est pas pour le dénigrer, mais le NPD n’est plus un parti de la transformation, même réformiste. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne sera pas utile pour résister à Harper, comme on l’a vu récemment, dans le conflit des Postes. On pourrait s’attendre donc à ce que le NPD résiste au démantèlement du système d’assurance-maladie, qu’il rappelle le Canada à ses obligations environnementales, etc. Les députés du NPD seront également portés à contester les volontés de Harper de diminuer les impôts des riches et de laisser la « main invisible du marché » gérer la crise. Ces résistances seront importantes pas tellement parce qu’elles pourront réellement bloquer Harper, mais parce qu’elles susciteront des débats dans la société.</p>
<h2>Ambigüités</h2>
<p>Sur d’autres questions cependant, il est prévisible que le NPD ne pourra pas aller très loin. Il faut comprendre qu’une partie importante de sa base électorale au Canada (en dehors du Québec) est plutôt conservatrice sur diverses questions. Par exemple, Jack Layton à l’époque avait été forcé d’appuyer Harper dans un projet de loi pour mettre les enfants en prison. L’ambigüité du parti s’est également manifestée sur le registre des armes à feux, une question somme toute secondaire mais importante car reflétant la volonté de la droite (Harper) de s’aligner sur les « standards » états-uniens. L’autre domaine qui risque de mettre le NPD mal à l’aise est celui des relations internationales. Traditionnellement « nationaliste canadien », le NPD s’est opposé aux politiques d’alignement sur les États-Unis (dont les accords de libre-échange) et cela va probablement continuer. Par contre, on a senti un glissement face à la polarisation du monde (depuis 2001) où les États-Unis ont mis leurs « alliés » (ou subordonnés) devant l’obligation d’appuyer la « guerre sans fin » dans ce vaste « arc des crises » qui traverse l’Asie et l’Afrique via le Moyen-Orient. Sur cela, le NPD est resté ambigu. Certes, il s’est opposé à l’invasion de l’Irak (le PLC aussi), et il a demandé le retrait des troupes de l’Afghanistan, mais il ne s’est pas démarqué de la guerre sans fin comme telle. Le discours du NPD a à maintes reprises dérapé sur la Palestine (en partie de par les affinités de plusieurs de ses dirigeants avec l’État israélien). Récemment, les députés ont voté pour la continuation de la guerre de Harper en Libye, prétextant l’« urgence humanitaire ». Ce n’est pas que ces dossiers sont simples, mais fondamentalement, le NPD n’est pas en mesure de résister à cette logique de la guerre sans fin  et il préfère s’appuyer sur des concepts aussi flous que mensongers comme le « droit » d’ingérence humanitaire.</p>
<h2>Briser le Québec ?</h2>
<p>Nous ne reviendrons pas sur l’historique du non-dialogue entre le NPD et la gauche québécoise sur la question québécoise. Devant nous cependant, il y a des confrontations qui s’annoncent. Il est certain qu’Harper veut profiter du moment actuel pour « éradiquer » le nationalisme québécois. Les conditions lui semblent propices, avec l’interminable dislocation des principaux partis nationalistes, c’est-à-dire le PQ et le Bloc. L’enjeu n’est pas seulement conjoncturel, mais fondamental. Ce nationalisme, sous toutes ses formes (y compris modérées) doit être détruit pour que le Canada se « restructure » comme le veut Harper et les dominants, autour de la suprématie du secteur financier (Toronto) et de l’exploitation des ressources (dans l’ouest et le nord). Le gouvernement provincial du Québec doit redevenir simplement ce qu’il était et ce que permet la constitution canadienne, justement un gouvernement provincial. Les élites québécoises sont invitées à jouer un rôle subalterne comme une « bourgeoisie régionale » sous la coupe des élites canadiennes. Plus encore, le projet est de briser le bloc social et national qui a été au cœur des mouvements d’émancipation des 50 dernières années, et qui explique pourquoi le Québec reste une terre accueillante, comparativement parlant, pour les syndicats et pour les mouvements communautaire ; qu’il s’est lancé à plusieurs reprises (surtout sous l’égide du PQ) à des réformes sociales structurantes (l’érection des CPE); qu’il est demeuré hostile au militarisme. C’est ce Québec qu’il faut briser. Bien sûr pour faire cela, Harper ne va pas crier sous les toits, « je veux briser le Québec ». Mais il va tout faire pour le miner. Ce qui veut dire notamment rapatrier les pouvoirs régulatoires sur la gestion financière ; discriminer contre les entreprises québécoises notamment dans le domaine de l’énergie ; maintenir l’interventionnisme fédéral dans les domaines de juridiction provinciale comme la culture, la langue, l’éducation. Que fera le NPD ?</p>
<h2>La réalité au-delà de la fiction</h2>
<p>Sous Jack Layton, le NPD s’est affiché pour la « défense du Québec », sans cependant trop définir ce que cela voulait dire en pratique. Comme son électorat canadien, le NPD reste attaché au principe d’un État fédéral fort. Il reste réticent à l’idée d’un fédéralisme « asymétrique » dont parle Mulcair comme si ce concept était autre chose qu’un vague principe. Le NPD y pensera deux fois avant de contrer Harper qui veut favoriser la province de Terre-Neuve dans l’exploitation des ressources hydro-électriques et pétrolières, de peur de perdre son ancrage dans les provinces maritimes. Il serait surprenant, par ailleurs, que le NPD mène des batailles réelles pour empêcher l’État fédéral de réellement miner la loi 101 et nier la réalité nationale du Québec au-delà de déclarations gentilles, y compris en occultant le droit à l’autodétermination, comme le fait la loi dite « sur la clarté » imposée par le PLC avec l’appui du NPD il y a quelques années. Il faut dire sur cela que les positions du NPD sont semblables à ceux de la majorité des gens de gauche au Canada. Pour les syndicats à l’exception honorable du SCFP, on préfère ne pas aborder cette question. Le Conseil des Canadiens qui regroupe plusieurs progressistes  n’a pas été en mesure de dire un seul mot sur les revendications québécoises depuis sa création en 1985. Il faut le faire ! En fin de compte, ce n’est pas ce que le NPD fera face à la question québécoise mais c’est plutôt ce qu’il ne fera pas.</p>
<h2>Ne pas avoir d’illusions</h2>
<p>Le pire en politique, c’est de se fermer les yeux. Il faut donc regarder la réalité en pleine face.</p>
<ul>
<li>Le NPD pourra s’opposer à certaines dimensions de la « révolution » de droite qui s’en vient, mais pas à toutes. Qu’il fusionne ou non avec le PLC, le NPD restera une formation politique «  de centre », et ni de près ni de loin, un parti de gauche.</li>
<li>Le NPD maintiendra ses ambigüités fondamentales par rapport au mouvement d’émancipation au Québec. Il tentera d’éviter la chicane, d’esquiver les questions et de continuer dans le cadre de son projet historiquement et fondamentalement fédéraliste.</li>
</ul>
<p>Dans ce contexte, cela serait une erreur de s’investir dans ce parti. La même erreur en fait que des générations et des générations de militants et de militantes de gauche ont fait au Québec jusque dans les années 1960. Appuyer ce projet conjoncturellement et de manière ad-hoc, cependant, n’est pas impensable, dans l’espoir d’entraver Harper. C’est dans cette optique que nous devons envisager des interventions ponctuelles. Avec le mouvement social canadien, il faut être davantage proactif, bref faire en sorte que le tabou soit levé sur le Québec et que soit reconnu, sans entourloupettes, le droit à l’autodétermination. Des engagements clairs, explicites et liés à des actions, sont nécessaires pour empêcher le projet de « briser le Québec ». On ne fera pas cela en en parlant pas, ou en parlant d’autre chose (s’opposer au libre-échange, ou lutter contre les changements climatiques).</p>
<h2>Les moyens de son ambition et l’ambition de ses moyens</h2>
<p>Au Québec, la gauche dispose d’un espace unique (en Amérique du Nord) et pourrait prendre une grande place sur l’échiquier politique, au moment où les partis de droite vacillent, qu’ils soient fédéralistes ou souverainistes. D’autre part, cette gauche est bien accrochée au mouvement social ce qui a permis à notre société, à plusieurs reprises, de résister durement aux assauts du conservatisme et du néolibéralisme. Avec un peu de chance, un projet de gauche pourrait émerger comme alternative, en autant qu’un parti comme Québec Solidaire puisse éviter les pièges dans lesquels la gauche tombe souvent. Un grand front social et politique anti-néolibéral, axé sur les besoins de développement social, de protection des ressources, de gouvernance démocratique peut lever autour d’impératifs immédiats comme d’aspirations à long terme pour une société progressiste, démocratique et indépendante. Des alliances avec le mouvement social du Canada-anglais et éventuellement, avec des forces politiques assez courageuses pour s’opposer au cadre d’oppression qu’a été et est encore l’État canadien, seront des atouts dans un tel projet.</p>
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		<title>Quelle attitude face aux néodémocrates</title>
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		<pubDate>Tue, 04 Oct 2011 15:24:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Québec / Canada]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Le site Web de nos amis de Presse toi à gauche ! a publié une lettre de Richard Fidler adressée à André Frappier au sujet de son article Le Québec et la question du NPD, mais également en lien avec les réflexions de Pierre Beaudet et François Cyr : Le NPD et la question québécoise [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div align="left"><img class="alignright" src="http://pressegauche.org/local/cache-vignettes/L250xH248/arton8242-31fe7.png" alt="" width="180" height="180" /></div>
<p><em>Le site Web de nos amis de <a href="http://pressegauche.org/">Presse toi à gauche !</a> a publié une <a href="http://pressegauche.org/spip.php?article8242">lettre de Richard Fidler</a> adressée à André Frappier au sujet de son article <a href="http://www.cahiersdusocialisme.org/2011/09/24/le-quebec-et-la-question-du-npd/">Le Québec et la question du NPD</a>, mais également en lien avec les réflexions de Pierre Beaudet et François Cyr : <a href="http://www.cahiersdusocialisme.org/2011/09/14/le-npd-et-la-question-quebecoise-continuites-et-ruptures/">Le NPD et la question québécoise : continuités et ruptures</a>. </em></p>
<p><em>En publiant cette réponse, l’auteur souhaite poursuivre un débat concernant les perspectives des progressistes du Québec et du Reste du Canada au niveau fédéral.</em> [NDLR]<span id="more-7542"></span></p>
<hr />
<p>Bonjour Richard,</p>
<p>J’ai lu avec intérêt ta réponse à mon article. Je crois qu’il y a deux aspects importants à souligner. Le rôle de la lutte de libération nationale au Québec et les perspectives progressistes dans l’État canadien. Dans ta lettre tu retiens avec justesse l’importance de la question nationale, et tu expliques les faiblesses du mouvement progressiste dans le ROC à cet égard. Tu rejettes également le Bloc québécois et le NPD sur la base de leur programme mais tu ne sembles malheureusement pas entrevoir de perspectives. C’est sur ces questions que j’aimerais m’attarder.</p>
<p>Je suis parfaitement d’accord avec le fait qu’historiquement la montée des luttes au Québec a eu un impact sur le niveau de lutte dans le ROC et sur la compréhension du rôle de la lutte de libération nationale au Québec. Je crois en effet qu’il y a un rapport dynamique entre les luttes du mouvement ouvrier et populaire au Canada et au Québec. Les progressistes au Québec doivent avoir comme priorité la construction de Québec Solidaire et son implication dans les luttes sociales pour en faire un véritable parti des urnes et de la rue. En même temps la lutte de libération nationale et pour l’émancipation sociale au Québec possède un caractère explosif. Elle ne peut que remettre en question l’État canadien comme fondement d’un système d’oppression et d’exploitation. La lutte pour l’indépendance du Québec, pour être victorieuse, ne pourra se réaliser sans une forte mobilisation de la population du Québec et par conséquent devra correspondre à ses aspirations de changement pour une justice sociale.</p>
<p>Objectivement cela remettra également en question les rapports sociaux dans l’ensemble de l’État canadien et nous permettra de redéfinir la société sur de nouvelles bases. Dans ce sens oui, le développement d’une alternative politique progressiste au Québec pourra avoir un effet dynamique.</p>
<p>C’est pour cette raison qu’il est absolument essentiel que les progressistes au Québec posent l’horizon politique en termes de liens avec les progressistes du ROC mais également en termes de développement d’une alternative politique progressiste au niveau fédéral.</p>
<p>Pour des raisons pragmatiques immédiates d’abord, on doit aussi combattre la droite montante au Canada parce qu’elle aura nécessairement des impacts au Québec, les décisions politiques au niveau fédéral ont des implications qui nous concernent tous et toutes, que ce soit la guerre, les coupures à l’assurance-emploi, le resserrement des lois sur la criminalité, les législations antisyndicales et j’en passe.</p>
<p>Mais également pour des questions stratégiques, la lutte pour l’émancipation et pour la justice sociale au Québec ne pourra se faire en vase clos. La situation au niveau international et les répercussions en Amérique du nord et plus particulièrement aux États-Unis ont des impacts directs sur notre propre situation. La question écologique étant la plus évidente.</p>
<p>Nous assistons à un appauvrissement grandissant de la population à l’échelle planétaire. Les entreprises magasinent les pays où ils recevront le plus de subventions et où les salaires seront les plus bas. Elles procèdent à des délocalisations de plus en plus sauvages comme cela a été le cas avec Électrolux. La situation économique aux États-Unis, qui a dépensé des centaines de milliards de dollars dans la Guerre en Iraq et en Afghanistan pour le contrôle stratégique du moyen orient et pour le contrôle des ressources pétrolières, est dans une situation plus que précaire. Je ne ferai pas ici l’analyse du gouvernement Obama qui décide de renflouer les banques, lesquelles avaient procédé à de la spéculation honteuse, mais qui n’investit rien dans le système public. Le fait est qu’une récession généralisée est à la porte des États-Unis et qu’une telle situation ne pourra être sans conséquences pour le Canada et le Québec.</p>
<p>D’autre part, l’establishment canadien a démontré à de nombreuses reprises qu’il n’assisterait pas les bras croisés à un changement social et constitutionnel au Québec. À plus forte raison dans le cas d’une lutte de libération nationale qui remettrait en question les institutions canadiennes et leur primauté envers les droits populaires. La question de la solidarité des progressistes du reste du Canada risque donc de devenir un enjeu important.</p>
<p>Comment alors construire une telle alternative ? Est-ce qu’on peut y arriver à côté du NPD ? Si oui il faut définir comment et avec qui. Je partage ton opinion sur la caractérisation du NPD et je sais que tu connais mieux que moi la situation politique dans le ROC, mais tu conviendras qu’on ne peut laisser ces questions sans réponse. Le NPD est un parti réformiste mais qui s’est construit à partir des organisations syndicales. Les résultats électoraux nous indiquent cependant que la majorité des travailleurs et travailleuses votent pour les conservateurs ou encore les libéraux ‚à tout le moins dans le ROC lors du dernier scrutin. Au Québec la situation a été différente, entre autres pour des raisons exprimées dans mon dernier article (Le Québec et la question du NPD). La question pour moi n’est pas d’appuyer le NPD comme une fin en soi, mais de construire un réflexe de classe afin que le mouvement ouvrier et populaire s’approprie le terrain politique. C’est dans ce sens que j’ai parlé de construire le NPD mais j’ai indiqué « jusqu’à preuve du contraire, auquel cas d’autres tâches attendront les progressistes ». Si ma pensée n’était pas bien formulée, alors j’en profite pour faire le point. Pour l’instant le NPD est l’instrument dont nous disposons. Cela n’empêche en rien la construction d’une alliance pan-canadienne sur une base programmatique progressiste voire anticapitaliste et pour la reconnaissance de l’autodétermination du Québec. Cela demeure plus que jamais une tâche essentielle. Mais il faut également s’adresser à l’ensemble de la population ouvrière, chômeuse ou étudiante afin de dire non on ne votera pas Conservateur, non on ne votera pas Libéral.</p>
<p>Je ne t’apprends rien en te disant que la motivation d’un tel appui se trouve dans la volonté d’arracher les suffrages ouvriers et populaires aux partis capitalistes pour les concentrer sur le ou les partis du mouvement ouvrier, même si ces derniers sont réformistes, sociaux-démocrates et bureaucratisés, souvent à l’image du mouvement syndical lui-même. Les travailleurs et travailleuses ne doivent pas apporter un seul vote aux partis des banquiers et des Chambres de commerce, mais uniquement aux partis qui s’appuient sur leurs organisations de classe, et en dépit de leur programme, comme dans ce cas-ci pour le NPD.</p>
<p><em><strong>André Frappier</strong>, 4 octobre 2011</em></p>
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		<title>L’avenir du socialisme</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Oct 2011 12:02:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Philo / Socio / Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Recension / Notes de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[SCIENCE POLITIQUE L’AVENIR D’UNE IDÉE : UNE HISTOIRE DU SOCIALISME Gaëtan Gorce Éditeur : FAYARD 368 pages /20,90 € sur Résumé : Échappant aux œillères que nous impose l’agenda électoral et refusant les discours triomphants de ceux qui proclament la mort du socialisme, Gaétan Gorce nous propose de retracer l’histoire de cette idée. Au travers de ses [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignright" title="L'avenir du socialisme" src="http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/4/8/3/9782213661384.jpg" alt="L'avenir du socialisme" width="180" height="280" />SCIENCE POLITIQUE</p>
<p>L’AVENIR D’UNE IDÉE : UNE HISTOIRE DU SOCIALISME<br />
Gaëtan Gorce<br />
Éditeur : FAYARD<br />
368 pages /<a href="http://livre.fnac.com/a3622158/Gaetan-Gorce-L-avenir-d-une-idee-histoire-du-socialisme&amp;Origin=NONFICTION&amp;OriginClick=yes" target="blank">20,90 € sur</a></p>
<p><strong>Résumé :</strong> Échappant aux œillères que nous impose l’agenda électoral et refusant les discours triomphants de ceux qui proclament la mort du socialisme, Gaétan Gorce nous propose de retracer l’histoire de cette idée. Au travers de ses évolutions, mais aussi de sa permanence, il en livre l’essence, le principe, comme une base sur laquelle bâtir le futur de la gauche. <span id="more-7520"></span></p>
<p>Pour un membre de la société politique, retracer l’histoire d’un pays ou d’une idée est un exercice toujours intéressant. A l’heure où se multiplient les livres-programmes, il devient judicieux et peut sembler nécessaire, lorsque l’on prétend participer à l’élaboration des décisions qui pèseront sur l’avenir, de faire un pas de côté et de contempler le chemin tracé par les anciens, duquel notre présent découle et dans lequel il s’inscrit, depuis nos pensées jusqu’à nos actes.</p>
<p>Avec L’A<em>venir d’une Idée, une histoire du socialisme</em>, c’est à ce pas de côté, à ce détour par le passé que nous convie Gaëtan Gorce. Bien sûr, comme son titre le laisse entendre, l’histoire n’est pas le seul enjeu de cet ouvrage; sous bien des aspects, il tient du manifeste, d’une défense et illustration du socialisme en tant qu’idée, philosophie et principe d’action politique. Le sénateur-maire de La Charité sur Loire ne cache pas, ce faisant, qu’il réagit à un contexte. L’<em>Avenir d’une Idée</em> répond au <em>Passé d’une Illusion</em> de François Furet, comme ce retour à la question: « Qu’est-ce que le socialisme? » s’oppose à celles et à ceux qui proclament trop vite son décès, pour lui substituer la social-démocratie ou s’enorgueillir de la victoire d’un libéralisme mal défini dans la « bataille des idées ».</p>
<p>L’histoire, cependant, n’est pas plus un prétexte qu’elle n’est cantonnée au rôle d’ornement. A la base de ce livre, il y a un cours que Gaëtan Gorce a donné à Sciences Po. Dans ce cadre, l’auteur a lu ou relu nombre d’essais et études consacrés au socialisme, soit, mais plus généralement à l’histoire contemporaine depuis la Révolution française. A ces travaux universitaires, il a ajouté un retour aux textes originaux, si bien qu’aux côtés de Michel Wieviorka, Marcel Gauchet ou Claude Lefort resurgissent des noms connus et moins connus, Jaurès et Marx, bien sûr, Blum, Mendès-France, mais aussi Fourier, Owen, Saint-Simon ou Proudhon. Le liste est longue, de ces auteurs français et étrangers, socialistes ou non, mais Gaëtan Gorce ne se contente pas d’en citer les noms, il les fait dialoguer page après page, chapitre après chapitre. C’est ainsi que nous suivons l’évolution de l’idée socialiste depuis ses premiers frémissements à l’enthousiasme romantique, cette réaction aux bouleversements politiques et économiques qui ont abattu les cadres de l’Ancien régime sans parvenir à en produire de nouveaux, aptes à garantir les libertés tout juste acquises. Nous voyons comment ils débouchent sur l’invention de la société et des disciplines s’y attachant, en premier lieu la sociologie, mais aussi, avec Marx, l’élaboration d’une critique des théories libérales de l’économie. Enfin, nous assistons aux adaptations de l’idée socialiste à la démocratie représentative, à ses exigences comme à l’exercice du pouvoir et aux instruments du pouvoir, parmi lesquels le plus marquant reste l’État, dont l’essor depuis le dix-neuvième siècle fut au moins aussi spectaculaire que celui du capitalisme avant de stagner aujourd’hui.</p>
<p>De ce retour à l’histoire, il ressort que le socialisme n’est pas une idée figée, un dogme se résumant à quelques formules et solutions intangibles, mais une succession de pensées qui se critiquent et se commentent, le plus souvent en réaction aux désordres qu’engendre l’élan capitaliste. De ce point de vue, l’exigence radicale de la collectivisation ou le recours à l’État pour répartir dans la société des richesses qui, sans lui, seraient accaparées par quelques individus, ne peuvent être perçues comme appartenant à l’essence du socialisme. Il ne s’agit que de réponses, manifestations momentanées d’une idée dans un contexte précis. L’unité de l’idée est ailleurs et se dégage dans ce qu’il y a de commun entre toutes ces propositions, si bien que Gaëtan Gorce peut fournir à sa question liminaire, « Qu’est-ce que le socialisme ? » une définition nécessairement générale, mais toujours vérifiable: si le socialisme est une idée, un philosophie qui s’élabore d’époque en époque et prend la couleur de sa génération, il naît toujours d’un sentiment, « de la révolte de tous les sentiments blessés par la vie, méconnus par la société », comme le rappelle l’auteur en citant Léon Blum.</p>
<p>L’idée naît du sentiment de justice que produit le spectacle de l’injustice, mais le sentiment primaire ne devient socialisme qu’à partir du moment où il quitte le constat, même élaboré, des inégalités dont souffrent les hommes, pour proposer un projet alternatif, une réforme de la société au sens le plus fort du terme, à la fois structurel et moral, où l’individu pourrait s’épanouir dans les libertés que lui a reconnues la Révolution sans subir les contraintes attachées à ses origines ou à sa fortune, une société où, pour paraphraser La Boétie, il n’aurait plus à confondre l’état de sa nature avec l’état de sa naissance.</p>
<p>Dans cette unité qui se dessine par le retour à l’histoire du socialisme, Gaëtan Gorce fonde sa certitude qu’il a un avenir et que ce serait une perte immense de renoncer à lui en donner un, car oublier l’idée reviendrait à étouffer le sentiment qui l’anime, la révolte contre l’injustice.</p>
<p>Ainsi, la greffe du manifeste sur la réflexion historique prend. Il la prolonge, et les lumières du passé éclairent l’avenir de nouvelles perspectives. L’auteur a conscience, cependant, qu’en se réclamant d’un héritage aussi exigeant, il va contre deux tendances, substituer la social-démocratie ou le concept de « gauche » au socialisme, ou s’arcbouter sur un dogme qui appelle les mêmes réflexes et s’appuie sur les mêmes outils sans tenir compte des évolutions du monde dans lequel ils se développent. En effet, avance l’auteur, le socialisme n’est pas réductible à la « gauche » ou à la démocratie, il n’est pas la simple adhésion aux libertés civiles et politiques nées avec 1789, il est le besoin et la volonté de permettre à chacun d’y rentrer malgré les désordres apparues avec la révolution industrielle.</p>
<p>En somme, et comme il l’écrit, Gaëtan Gorce veut rétablir du socialisme où notre temps ne veut voir que des socialistes, il veut interroger le substantif pour redonner son sens à l’adjectif.</p>
<p>La démarche est noble, elle le conduit à revendiquer l’actualité de l’idée « socialisme ». Née en opposition aux désordres suscités par le capitalisme, elle durera autant que lui, à condition de se renouveler comme ces désordres le font. C’est donc vers un écosocialisme que Gaëtan Gorce nous invite à œuvrer, mais aussi vers une société plus active, plus citoyenne, où l’État ne serait pas le promoteur unique d’une solidarité entre individus isolés, mais le partenaire d’une action où les entraides immédiates et toutes les manifestations d’une conscience des injustices pourraient se manifester.</p>
<p>Aussi, sans rien bouleverser de l’histoire du socialisme – et telle n’était pas son ambition – l’ouvrage de Gaëtan Gorce se démarque par sa fermeté et son exigence. Il rappelle à chacun d’entre nous que penser est difficile quand s’enfermer dans un dogme ou abdiquer est facile. Pour être et demeurer, une idée doit toujours se renouveler, souple dans son expression, dans les moyens comme dans les réponses qu’elle oppose aux questions du moment, sans que jamais, toutefois, même au plus fort des compromis avec le réel que la politique implique, n’étouffe le sentiment qui est l’origine et le fondement de cette idée, sentiment où l’on puise comme à une source pour la régénérer.</p>
<p>On pourrait, bien sûr, interroger de cette manière toute idée politique. Gaëtan Gorce s’intéresse à l’idée à laquelle il adhère, le socialisme. Son ouvrage parvient à ce retour au passé pour donner au socialisme un présent et lui promettre un avenir. Il nous rappelle, comme Jaurès avant lui, que « c’est en allant vers la mer, qu’un fleuve est fidèle à sa source ». Ce n’est pas là le moindre de ses mérites.</p>
<div>Titre du livre : <strong>L’avenir d’une idée : une histoire du socialisme</strong><br />
Auteur : <strong><em>Gaëtan Gorce</em></strong><br />
Éditeur : Fayard<br />
Collection : Divers histoire<br />
Date de publication : 24/08/11<br />
N° ISBN : 2213661383</div>
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		<title>Crises écologiques, inégalités sociales et écosocialisme</title>
		<link>http://www.cahiersdusocialisme.org/2011/09/18/crises-ecologiques-inegalites-sociales-et-ecosocialisme/</link>
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		<pubDate>Sun, 18 Sep 2011 17:40:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cahiers du socialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Capitalisme / Néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[État / Services publics / Bien commun]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Des partis politiques bourgeois se parent de valeurs environnementalistes vertueuses. Or, par leurs activités et leur idéologie de la croissance capitaliste, ces partis ont promu pendant des décennies des politiques qui ont concouru à la dégradation de l’environnement. Simple démagogie de leur part ? Non, sans doute pas, même si cela s’avère souvent le cas, particulièrement [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.cahiersdusocialisme.org/numeros/numero-6-automne-2011/"><img class="alignright  wp-image-7433" title="couverture" src="http://www.cahiersdusocialisme.org/wp-content/uploads/couverture-200x300.png" alt="" width="144" height="216" /></a>Des partis politiques bourgeois se parent de valeurs environnementalistes vertueuses. Or, par leurs activités et leur idéologie de la croissance capitaliste, ces partis ont promu pendant des décennies des politiques qui ont concouru à la dégradation de l’environnement. Simple démagogie de leur part ? Non, sans doute pas, même si cela s’avère souvent le cas, particulièrement lorsqu’il est question de l’exploitation extrêmement polluante des sables bitumineux<a title="" href="#_ftn1"><sup>[1]</sup></a>, des gaz de schiste<a title="" href="#_ftn2"><sup>[2]</sup></a> ou du nucléaire<a title="" href="#_ftn3"><sup>[3]</sup></a>.</p>
<p><span id="more-7432"></span></p>
<p>Ainsi, le Premier ministre du Québec, Jean Charest, adore se pavaner dans les grandes conférences climatiques pour faire l’éloge de ses politiques en matière de réduction des émissions à effet de serre et montrer qu’on peut lui faire confiance comme dirigeant responsable et éclairé. Pourtant, son gouvernement considère que l’exploitation des gaz de schiste est importante pour le « développement » du Québec afin d’assurer sa prétendue indépendance énergétique<a title="" href="#_ftn4"><sup>[4]</sup></a>, bien que cela va diminuer et contaminer, notamment avec des produits potentiellement cancérigènes, les réserves d’eau souterraine (nappe phréatique), affecter les habitats naturels, l’air et la santé de la population ainsi qu’induire une augmentation des émissions de gaz à effet de serre – selon un rapport réalisé par l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis, l’activité du gisement de Barnett Shale, dans le nord du Texas, pollue plus que tout le trafic automobile de cette ville de 725 000 habitants<a title="" href="#_ftn5"><sup>[5]</sup></a>.</p>
<p>Ce même gouvernement a offert une garantie de prêt de 58 millions de dollars pour permettre la relance des activités de la mine Jeffrey à Asbestos (en échange d’une mise de fonds de 25 millions de dollars de la part de la compagnie), sous prétexte que l’amiante chrysotile serait plus « sécuritaire » que l’amiante crocidolite. Le consensus est pourtant bien établi : l’amiante, quel que soit son type, est dangereux pour la santé. Selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) « l’état des connaissances à ce jour permet de conclure que l’amiante chrysotile est un cancérigène pour l’humain<a title="" href="#_ftn6"><sup>[6]</sup></a> ». Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 100 000 décès dans le monde par année sont causés par l’amiante<a title="" href="#_ftn7"><sup>[7]</sup></a>.</p>
<p>Dans le dossier de l’uranium, 20 médecins de la Côte-Nord ont menacé de démissionner en bloc afin de protester contre les impacts de l’exploitation éventuelle d’une mine d’uranium sur la santé de la population… et la leur. Les citoyenNEs se sont organiséEs pour exiger un moratoire.</p>
<p>Des citoyenNEs, des médecins et des scientifiques réagissent, s’organisent et luttent, exigeant ici un moratoire, là l’abandon de projets de « développement » qui s’avèrent en fait du mal développement. Ces luttes sont toutefois secto­rielles, dispersées et largement défensives. Comment ces batailles peuvent-elles se transformer et déboucher sur une lutte globale et offensive ? Ces questions sont au cœur de nos préoccupations… et de nos inquiétudes, car il y a urgence.</p>
<h2>L’humanité menacée !</h2>
<p>L’urgence des problèmes environnementaux est telle que plusieurs, dont une majorité de scientifiques, prétendent avec force et conviction – et nous parta­geons ce point de vue – que l’avenir des sociétés humaines est en jeu. Aux menaces de pollutions multiples, à l’épuisement des ressources, y compris halieutiques, s’ajoutent trois autres périls : la biodiversité précarisée et diminuée tant par la marchandisation que par des destructions, l’amincissement de la couche d’ozone<a title="" href="#_ftn8"><sup>[8]</sup></a> qui nous protège des rayons ultraviolets (la conséquence immé­diate est une augmentation sensible des cancers de la peau) et le réchauf­fement global du climat qui provoque aussi bien des sécheresses que des inon­dations, tout en occasionnant la fonte des glaces des pôles, dont l’une des consé­quences est la montée du niveau des mers, ce qui rend fort probable des catastrophes majeures pour les villes du littoral océanique et la disparition sous les eaux d’îles habitées<a title="" href="#_ftn9"><sup>[9]</sup></a>.</p>
<p>Sans compter la salinisation des sols que l’élévation du niveau des mers produit<a title="" href="#_ftn10"><sup>[10]</sup></a>. En 2010, l’élévation du niveau moyen des mers est estimée à 3,28 mm par an depuis l’année de référence, soit 1993<a title="" href="#_ftn11"><sup>[11]</sup></a>.</p>
<p>La question écologique concerne tout le monde. Il s’agit à la fois de l’existence de l’espèce humaine et, plus prosaïquement et immédiatement, de la qualité comme de l’espérance de vie de populations entières soumises tant à la lente dégradation de l’environnement qu’à la menace, déjà réalisée dans certains cas, de catastrophes écologiques majeures.</p>
<p>Il n’est plus possible d’ignorer cette évidence : l’humain n’exploite pas impunément la nature, car il en est une partie<a title="" href="#_ftn12"><sup>[12]</sup></a>. Toute atteinte létale à la nature finit par devenir une atteinte mortelle à l’humain.</p>
<h2>L’urgence des problèmes</h2>
<p>Les catastrophes écologiques d’origine industrielle se multiplient. En Hongrie, en 2010, un million de mètres cubes de boue rouge toxique s’est échappé d’un bassin de rétention sur le site d’une usine d’aluminium, détruisant l’écosystème environnant et causant la mort. Toujours en 2010, dans le Golfe du Mexique, l’explosion d’une plate-forme pétrolière a causé la pire marée noire des États-Unis. Pendant des mois, de deux à trois millions de litres de pétrole se sont écoulés dans la mer chaque jour. Plus de 1 000 km de côtes ont été souillés. Les bayous (marécages) sont toujours englués dans le brut et leur nettoyage devrait prendre des années.</p>
<p>Il y a eu la maladie de Minamata au Japon, une intoxication aux composés de mercure due au déversement par les usines chimiques de la société Shin Nippon Chisso de nombreux résidus de métaux lourds dans la mer. Or, cette mala­die affecte particulièrement les Autochtones québécois ; c’est l’un des effets de la construction de barrages hydro-électriques. Il y a eu de graves accidents nucléaires à Windscale/Sellafield (Angleterre) en 1957 et en 2000, à Three Mile Island (États-Unis) en 1979, à Tchernobyl (Ukraine) en 1986<a title="" href="#_ftn13"><sup>[13]</sup></a>, à Tokaï-mura en 2000 et à Fukushima Daichi (Japon) en 2011. Il y a eu la catastrophe de Seveso en 1976, où un nuage contenant de la dioxine s’est échappé d’un réacteur de l’usine chimique Icmesa se répandant sur la plaine lombarde en Italie, l’explosion d’une usine de pesticides Union Carbide a dégagé 40 tonnes d’isocyanate de méthyle dans l’atmosphère de la ville de Bhopal (Inde) en 1984, etc. Les graves accidents létaux, qui se multiplient, ne sont pourtant que la pointe de l’iceberg.</p>
<p>Environ sept milliards de tonnes par an de gaz à effet de serre (CO<sub>2</sub>, CH<sub>4</sub>, N<sub>2</sub>O, CFC) sont rejetés dans l’atmosphère, dont la moitié n’est pas recyclée par les océans ou les forêts. L’effet de serre, responsable du maintien de tempéra­tures propices à la vie à la surface de la planète, s’en trouve déséquilibré, ce qui induit de graves perturbations du système climatique complexe de la planète, dont le réchauffement global n’est qu’un aspect. Un autre aspect concerne la qualité dégradée de l’air et ses conséquences, entre autres les maladies respira­toires et cardiovasculaires plus fréquentes. Selon l’OMS, les maladies respiratoires représentent une cause de surmortalité dans les pays de la périphérie capitaliste et font partie des maladies les plus courantes chez les enfants des pays capita­listes du centre.</p>
<p>L’année 2010 a été marquée par deux épisodes météorologiques exceptionnels. La Russie a connu une canicule meurtrière et le Pakistan a été frappé par des inondations catastrophiques qui ont submergé 160 000 km<sup>2</sup>.</p>
<p>Les catastrophes dites naturelles ont fait plus de 295 000 morts en 2010. La mortalité due à ces catastrophes a augmenté de 60 % entre les années 1980 et 2000 et le nombre de catastrophes a été multiplié par trois en 50 ans. Au total, 950 catastrophes naturelles ont frappé la planète en 2010. Un chiffre bien supérieur à la moyenne annuelle de ces 30 dernières années avec 615 catastrophes.</p>
<p>Le climat qui change provoque des conditions météorologiques extrêmes comme des sécheresses, des inondations, des ouragans plus forts qu’auparavant, des vagues de chaleur ou de froid. Les catastrophes venant du tréfonds de la Terre – les tremblements de terre, les éruptions volcaniques, les tsunamis – sont plus fréquentes.</p>
<p>Les chercheurs ont calculé que sans le réchauffement du climat, la canicule de l’été 2010 en Russie ne se produirait qu’une fois tous les 100 000 ans.</p>
<p>Des données préliminaires montrent que 2010 a été l’année la plus chaude jamais recensée dans 18 pays. Et elle pourrait être l’année la plus chaude jamais répertoriée sur la planète ou au moins, selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), l’une des trois plus chaudes. Entre 1995 et 2006, 11 des 12 années figurent parmi les 12 années les plus chaudes depuis 1850<a title="" href="#_ftn14"><sup>[14]</sup></a>. Depuis 1850, la température moyenne de la surface de la terre a augmenté de 0,8 °C et elle augmente de plus en plus vite. Sur la décennie 2001–2010, les tempéra­tures mondiales ont été en moyenne de 0,43 °C supérieures à la normale calculée pour la période 1961–1990, soit le chiffre le plus haut jamais constaté pour une période de 10 ans<a title="" href="#_ftn15"><sup>[15]</sup></a>.</p>
<p>Selon l’OMM, les principaux gaz à effet de serre ont atteint leurs plus hauts niveaux jamais observés depuis l’époque préindustrielle. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), une hausse de 1 °C du climat intensifiera la sécheresse dans les régions subtropicales et dans les régions semi-arides. Une hausse de 2 °C soumettra, chaque année, des millions de personnes supplémentaires à des inondations côtières. À partir de 3,5 °C, « la baisse de la productivité agricole sera probablement généralisée pour toutes les céréales, à toutes les latitudes<a title="" href="#_ftn16"><sup>[16]</sup></a> ». Déjà en 1999, le nombre de réfugiéEs climatiques dépassait celui des réfugiéEs de guerre. Les causes les plus importantes sont la perte de fertilité des sols, la sécheresse, les inondations et la déforestation ; ces causes sont souvent interconnectées. À partir de +2,5 °C, une partie des éco­systèmes commencera à émettre plus de CO<sub>2</sub> qu’ils ne peuvent en absorber.</p>
<p>Selon le GIEC, un accroissement de température de 2 °C de la planète, par rapport au niveau préindustriel, constitue un seuil fatidique au-delà duquel la capacité des sociétés et des écosystèmes à s’adapter est menacée. D’où cet objectif – ne pas dépasser un réchauffement de 2 °C – pour les gouvernements qui négocient un accord pour réduire les gaz à effet de serre. Pour y arriver, les pays capitalistes dominants, qui sont les pays les plus polluants, devraient réduire leurs émissions de 80 à 95 % d’ici 2050 (par rapport à 1990) et les autres pays de 15 à 30 %. Pour atteindre cet objectif, il faut que les premiers réduisent, d’ici 2020, de 25 à 40 % leurs émissions. Ces réductions permettraient de maintenir la hausse de température de +2 à +2,4 °C par rapport à 1780 <a title="" href="#_ftn17"><sup>[17]</sup></a>.</p>
<p>Près de 20 % de la surface des récifs coralliens – la forêt tropicale des océans – a disparu et un autre 25 % est menacé. L’acidification des océans y est sans doute pour beaucoup<a title="" href="#_ftn18"><sup>[18]</sup></a>. À partir d’un réchauffement de 1 °C, 30 % des espèces ani­males et végétales courent un risque aigu d’extinction. Si 21 espèces de vertébrés ont disparu au xvii<sup>e</sup> siècle, 38 au xviii<sup>e</sup>, 84 au xix<sup>e</sup>, 270 au xx<sup>e</sup>, 8 500 sont menacées à court terme aujourd’hui<a title="" href="#_ftn19"><sup>[19]</sup></a>. Selon le GIEC, si la température s’élevait de plus de 3,5 °C, de 40 à 70 % des espèces recensées pourraient disparaître de la surface du globe.</p>
<p>La diversité biologique a reculé. Cela représente un péril pour l’humain, pas seulement pour la nature. Sur les 400 000 variétés de riz naguère cultivées, il n’en reste que 50 seulement. De nombreuses variétés de fruits, de légumes et de céréales ont disparu au profit de quelques variétés limitées, souvent sans goût, mais faciles à commercialiser. Quelque 70 % des stocks mondiaux de poissons sont surexploités par la pêche industrielle et sont incapables de se renouveler. Environ 90 % de la forêt tropicale a déjà disparu<a title="" href="#_ftn20"><sup>[20]</sup></a>. On a donc assisté à un extraordinaire appauvrissement du patrimoine génétique. Plus un milieu est divers, plus il est équilibré. Plus il procède de la monoculture, plus il est fragile et plus il appau­vrit les sols. L’agrobusiness compense cet appauvrissement par l’utilisation massive d’engrais et de pesticides lesquels, avec leurs nitrates et leurs phos­phores, eutro­phisent les rivières et les lacs, polluent gravement la nappe phréatique et dégra­dent la couche d’ozone ; à terme, l’utilisation d’engrais industriels et de pesti­cides désertifie les sols. Aujourd’hui, un autre pas en avant a été fait dans l’indus­tria­lisation de l’agriculture avec les OGM (organismes génétiquement modi­fiés), qui soumettent davantage les agriculteurs aux multinationales<a title="" href="#_ftn21"><sup>[21]</sup></a>.</p>
<p>Le réchauffement de l’Arctique constitue une bombe à retardement, car la fonte des glaces risque de provoquer un relargage de gaz à effet de serre – tout comme le dégel du pergélisol (sous-sol gelé en permanence).</p>
<p>Le système capitaliste de production pollue à grande échelle et en profon­deur. Les écosystèmes sont fragilisés, certains sont définitivement morts. La déforestation se poursuit pour produire notamment des agrocarburants « verts », largement subventionnés, qui ont des effets sociaux tout aussi destructeurs que leurs conséquences sur les écosystèmes<a title="" href="#_ftn22"><sup>[22]</sup></a>. Surtout, toutes ces activités se conjuguent dans un processus cumulatif d’effet de serre que l’humanité ne peut empêcher, <em>mais seulement espérer amoindrir</em>. À la condition toutefois de remettre rapidement en cause la logique même de l’accumulation du capital et de transformer radicalement notre monde.</p>
<p>Bref, les dégâts causés à l’environnement ont souvent des effets irréversibles, et la crise écologique met en danger la vie de millions de gens et peut-être même la vie sur terre, du moins dans plusieurs régions.</p>
<p>Les écologistes ont été les premiers à nous avertir de ces graves problèmes, à nous faire prendre conscience de la fragilité des écosystèmes, à proposer de lutter contre les différentes pollutions et à protéger la biodiversité.</p>
<h2 align="left">L’écologisme, critique du procès de production industriel</h2>
<p>Pour les écologistes, les sociétés industrielles induisent de telles destructions des écosystèmes qu’elles semblent insurmontables et pour plusieurs définitives. Cette thèse fondamentale s’appuie sur plusieurs facteurs synergiques, c’est-à-dire met en lumière différentes chaînes causales que l’on peut, schématiquement, résumer ainsi :</p>
<p>1) L’industrialisation s’est jusqu’à présent nourrie de sources d’énergie qui, dans l’ensemble, sont non renouvelables, notamment les combustibles fos­siles et les matières fissiles ; elles sont extrêmement polluantes. Éventuellement, ces ressources s’épuiseront. La crise énergétique appréhendée amène les puissances industrielles à donner une priorité à la production de sources d’énergie alternatives, dont les agrocarburants et les gaz de schiste. Ces énergies sont elles-mêmes très polluantes. Certains pays, en particulier les États-Unis, veulent relancer l’in­dustrie du charbon et de la houille, rebaptisée pour l’occasion « propre et verte », grâce au possible captage et au stockage du carbone (puits de CO<sub>2</sub>), un « remède » qui pourrait s’avérer pire que le mal.</p>
<p>2) Le processus industriel actuel dépend aussi de l’exploitation de matières premières minérales, notamment des métaux, qui sont non renouvelables. Là aussi, on peut entrevoir l’épuisement des gisements. Aujourd’hui, il y a une ruée aux « terres rares », un groupe de 17 métaux aux propriétés électromagné­tiques très recherchées dans les technologies de pointe, les énergies renouve­lables, l’électronique, etc. Leur processus d’extraction et de traitement est long et très polluant.</p>
<p>3) Les besoins en eau du procès industriel ont atteint un tel niveau que le cycle naturel ne peut plus y suffire. Cela ne manque pas de produire des perturbations dans le cycle d’évaporation et de précipitation, et donc de provoquer des changements climatiques. On exploite à outrance les réserves d’eau du sous-sol (pour les pays bien munis en eau, on pense à la détourner pour la vendre à d’autres pays moins bien pourvus, bref à aliéner un bien commun – ce qui est déjà le cas pour l’eau de source mise en bouteille et vendue dans le commerce). Théoriquement, l’issue concevable est le dessalement des eaux de mer, ce qui nécessite une telle consommation d’énergie que le processus décrit au premier point sera accéléré de façon importante.</p>
<p>4) La production des denrées alimentaires est dominée par l’agrobusiness. Ses tentatives d’augmenter le rendement agricole conduisent à de nouveaux déséquilibres écologiques, tels que l’érosion, la désertification, la pollution par des substances toxiques (engrais, pesticides, etc.) et la réduction de la variabilité génétique. Par ailleurs, la terre est limitée en terme de surfaces cultivables. L’exploitation de la mer se heurte à d’autres limites, dont la reproduction des espèces, lesquelles sont d’ores et déjà surexploitées.</p>
<p>5) La pollution induit des déséquilibres et des dysfonctionnements de toutes sortes d’une complexité inimaginable. L’empoisonnement par des substances toxiques, les dommages physiologiques causés par les pesticides, les iso­topes radio­actifs, les détergents, les produits pharmaceutiques, les engrais indus­triels, le plomb et le mercure, les substances carcinogènes et mutagènes, et par beau­coup d’autres encore, ne constitue qu’un aspect du problème. La question des déchets non recyclables en est un autre aspect. Il faut également prendre en compte les transformations dans la composition de l’atmosphère, du sol et de l’eau : formation de smogs, modifications climatiques, transformation des rivières, des lacs et des océans, etc. Sans compter, bien sûr, l’ensemble des mala­dies industrielles.</p>
<p>6) La pollution psychique, c’est-à-dire l’exposition croissante à des bruits excessifs et d’autres nuisances, est cause de stress difficiles à analyser.</p>
<p>7) La pollution thermique constitue une ultime limite critique. Les lois de la thermodynamique montrent que, en théorie, cette limite ne peut pas être franchie. Tout processus de conversion énergétique libère de la chaleur. Les conséquences de cette production générale de chaleur à l’échelle planétaire commencent à être comprises et élucidées. Toutes ces causes évoquées ici – et pour les néomalthusiens, il faut ajouter celle de la croissance « incontrôlée » de la population mondiale, en particulier dans le tiers-monde<a title="" href="#_ftn23"><sup>[23]</sup></a> – interfèrent les unes avec les autres, étant mutuellement dépendantes.</p>
<h2>Écologisme et « capitalisme vert »</h2>
<p>Les problèmes écologiques sont multiples et variés, même si, fondamentale­ment, ils sont étroitement imbriqués les uns aux autres. Toutefois, cela explique la diversité des mouvements écologistes, leurs sphères d’action particulières et leurs revendications sectorielles. Ces mouvements procèdent de pensées qui peuvent varier de l’adaptation au capitalisme, qu’il s’agit de « verdir », à la remise en cause radicale de ce mode de production. Il y a plusieurs grands courants en écologie politique qui vont d’une écologie institutionnelle, laquelle situe son action au sein de l’ordre capitaliste, à une écologie « profonde », qui peut s’avérer antihumaniste, en passant par l’écosocialisme<a title="" href="#_ftn24"><sup>[24]</sup></a>. Les écologistes constituent à la fois un mouvement social et des partis politiques. Ils ne défendent pas tous le même programme. Plusieurs écologistes, et non les moindres, adhèrent à des partis anticapitalistes plutôt que de militer dans des partis verts. Entre autres, parce que plusieurs partis verts ont adopté une politique gradualiste et réfor­miste qui découle, comme celle des sociaux-démocrates, d’une participation à la gestion quotidienne de l’État et de l’économie capitalistes. Conséquemment, ils sont moins fidèles à leur crédo écologiste initial (en fonction des « nécessaires » compromis politiques) et, tout comme la social-démocratie, leur perspective est social-libérale ou plus exactement éco-libérale. De nombreux partis verts ont participé à des gouvernements sociaux-libéraux de gauche ou de centre-gauche (Allemagne, France, Italie) ainsi que de centre-droit ou de droite (Belgique, Finlande, Lettonie, République Tchèque).</p>
<p>Par ailleurs, la protection de l’environnement est devenue une nouvelle branche de la croissance économique capitaliste, dont le coût est reporté soit sur les prix, soit directement transformé en charge sociale dans les budgets gouverne­mentaux sous forme de subventions<a title="" href="#_ftn25"><sup>[25]</sup></a>, de taxes et de mesures directes des autorités publiques, lesquelles pour financer le tout sabreront dans d’autres dépenses, notamment celles jugées non profitables, ce qui concerne généralement les services aux citoyenNEs.</p>
<p>Le complexe industriel capitaliste tend donc à réaliser des profits de deux manières : sur le marché traditionnel, où les produits de consommation sont fabriqués avec des effets polluants importants, et sur un autre où la pollution sera en partie maîtrisée par des moyens techniques financés par les deniers publics. Rien n’est à l’abri : l’agriculture biologique a été investie par l’agrobusiness : des poulets élevés en batterie, des tomates ou des fraises produites hors saison, avec des fertilisants et en monoculture, sont certifiées « bio ».<a title="" href="#_ftn26"><sup>[26]</sup></a></p>
<p>Le capitalisme se caractérise par un productivisme qui génère de constantes révolutions technologiques et une rotation de plus en plus rapide tant du capital que des marchandises, ce qui engendre des gaspillages fantastiques.</p>
<p>Lorsqu’il s’agit de dépolluer, l’État prend généralement en charge les coûts, en donnant des contrats très rentables à des firmes qui se sont spécialisées dans ce secteur d’activité. Les industriels ont engrangé d’énormes profits en utilisant et en polluant ce qui relève du bien commun, puis c’est la collectivité qui a la charge de dépolluer. Socialisation des coûts, privatisation des profits, c’est là l’une des dynamiques intrinsèques du système capitaliste qui, depuis ses ori­gines, surexploite la nature, l’autre source de sa richesse avec son exploitation de la force de travail humaine.</p>
<p>Les grandes firmes capitalistes ont acquis une influence sur d’importants mouvements écologistes. Elles sont représentées dans toutes les commissions gou­vernementales ou privées qui s’occupent de la protection de l’environne­ment. Leur ascendance sur les législations est indubitable. De nombreux indices attestent que des campagnes écologiques ont été lancées par ces grandes firmes ou par des officines gouvernementales influencées par elles. Dès 1971, James Ridgway dans son livre <em>The Politics of Ecology</em> analysait le « complexe éco-industriel », c’est-à-dire le rôle du monde des affaires dans la promotion de campagnes écologiques et la liaison entre les affaires, les politicienNEs, le gouvernement local et des « initiatives citoyennes<a title="" href="#_ftn27"><sup>[27]</sup></a> ».</p>
<p>Le mouvement écologiste peut donc être vampirisé par le capitalisme. Il n’en reste pas moins que, dans sa grande majorité, il n’est pas au service des intérêts du Capital. S’il peut être vampirisé, c’est parce qu’il y a confusion, au niveau de l’analyse, des buts poursuivis, des moyens à utiliser et des objectifs à atteindre.</p>
<p>La thèse centrale de l’écologisme, selon laquelle, si le <em>processus</em> d’industrialisation présent se poursuit, il y aura des conséquences catastrophiques pour la vie est totalement fondée. Toutefois, cette thèse fait l’économie de l’analyse du <em>mode de production</em> qui sous-tend cette industrialisation et, par là même, induit dans la justesse de la thèse centrale un biais potentiellement rétrograde.</p>
<p>L’industrialisation capitaliste s’est réalisée, sur un mode particulier qui n’a pas d’équivalent historique. Karl Marx soulignait que « dans l’histoire des modes de production, aucune classe n’a exploité, n’a détruit le cadre de vie de la majorité de l’humanité aussi brutalement que la bourgeoisie<a title="" href="#_ftn28"><sup>[28]</sup></a> ». Voici un siècle et demi environ, l’industrialisation a rendu quasi inhabitables des villes et des régions rurales entières. La situation de l’environnement sur les lieux de travail – usines et mines – était dangereuse pour la vie (ce qu’elle est encore aujourd’hui, mais moins grâce aux luttes syndicales). Le bruit était infernal, les gens respiraient un air pollué par des gaz explosifs et empoisonnés, aussi bien que par des parti­cules et des matières fortement contaminées. La puanteur était inimaginable. On utilisait des produits toxiques de toutes sortes dans la production. La nourriture était mauvaise et corrompue. Les mesures de sécurité n’existaient pas. La sur­population des quartiers ouvriers était notoire. Le problème de l’eau potable et du drainage était terrifiant. Aucune méthode organisée de destruction des ordures n’existait.</p>
<p>De telles conditions auraient dû nourrir la réflexion écologique. Serait-ce parce que le problème écologique n’apparaissait pas comme vital lorsque la pollution industrielle semblait se circonscrire dans ses effets aux seulEs salariéEs et à la paysannerie ? Aujourd’hui, il est de plus en plus improbable de bénéficier d’un environnement privé permettant d’échapper aux conséquences de la pollu­tion. On a beau posséder sa propre plage et vivre dans des quartiers loin des usines polluantes, il n’en reste pas moins que la pollution de l’eau et de l’air ne s’occupe guère des frontières créées par la propriété privée.</p>
<p>L’analyse socialiste, qui met en lumière la division de la société en classes sociales et ses effets, permet de penser les questions écologiques d’une façon différenciée, ce qui a évidemment des conséquences sur le programme ainsi que sur les stratégies politiques.</p>
<h2>Effets différenciés sur les classes sociales</h2>
<p>L’image du vaisseau-Terre dont nous serions tous passagers, donc interdépendants et coresponsables, partageant une communauté d’intérêts face à notre avenir commun, masque la réalité des antagonismes sociaux. Les effets de la pollution ont des impacts diversifiés sur les communautés humaines, poussant à leur paroxysme les conflits sociaux. Le naufrage d’un vaisseau engendre nécessairement des formes particulièrement aigües de lutte de classes pour l’appropriation des canots de sauvetage. Lors du naufrage du Titanic, 75 % des premières classes ont survécu, tandis que 75 % des troisièmes classes sont décédées<a title="" href="#_ftn29"><sup>[29]</sup></a>.</p>
<p>Depuis le tout début du capitalisme, la bourgeoisie est consciente des effets de la pollution et s’est organisée pour ne pas trop en subir les conséquences. Ainsi, à l’origine, les villes ont été organisées pour que les classes dominées subissent le gros de la pollution de l’air. Les vents dominants vont d’ouest en est, les quartiers ouvriers se retrouvent dans l’est des villes, recevant les parti­cules polluantes, tandis que, généralement, les quartiers bourgeois se situent dans l’ouest, sauf dans le cas où il y a une colline ou une montagne. Au Canada, cela se combine à un autre facteur : celui des nations dominées. Dans l’est du pays, les quartiers francophones sont dans la partie est des villes, dans l’ouest du pays, on retrouve les Autochtones dans l’est des villes.</p>
<p>La société bourgeoise a parqué les salariéEs dans les cités qui se sont dévelop­pées autour des usines naissantes. Cela est encore particulièrement évident dans l’Est de Montréal, autour des grandes raffineries. La caractéristique principale de la ville capitaliste réside dans le contraste entre les beaux quartiers et les quartiers de salariéEs et d’immigrantEs ; cette polarisation sociale est directement liée au caractère privé de la propriété du sol. Les conditions d’existence favorisent une surmortalité des classes dominées, dont l’espérance de vie est moindre que celle des dominants. Ainsi, un enfant né dans une banlieue industrielle de Glasgow, en Écosse, aura une espérance de vie inférieure de 28 ans à un autre né à peine 13 kilomètres plus loin et 886 202 décès auraient pu être évités entre 1991 et 2000 aux États-Unis si le taux de mortalité avait été le même chez les Afro-Américains que chez les Blancs<a title="" href="#_ftn30"><sup>[30]</sup></a>.</p>
<p>Au xx<sup>e</sup> siècle, le développement systématiquement encouragé de l’automobile et du camion comme moyens de transport des personnes et des marchandises, conjugué à l’essor des banlieues, qui sont de véritables déserts culturels obligeant les gens à prendre leur automobile pour accéder aux produits culturels, créent des difficultés insolubles. Les problèmes de pollution – dont la circulation motorisée est la première responsable – représentent un coût écologique et humain de plus en plus difficile à supporter.</p>
<p>En ce qui concerne les effets sur les sociétés du réchauffement climatique, le scénario du Titanic risque de se répéter, mais à une échelle incommensurable­ment plus vaste. Ce sont clairement les populations les plus pauvres de la planète qui en subiront les effets les plus négatifs. Selon Nicholas Stern, il y aura sans doute plus de 200 millions de réfugiéEs climatiques d’ici quelques années<a title="" href="#_ftn31"><sup>[31]</sup></a>. La faim et la maladie seront le lot de millions de personnes, d’abord dans les régions les plus vulnérables, d’autant que la situation s’est passablement dégradée depuis 50 ans. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimen­tation et l’agriculture (FAO), 925 millions de personnes sont victimes de faim chronique dans le monde en 2010, dont 15 millions dans les pays riches<a title="" href="#_ftn32"><sup>[32]</sup></a>. Selon la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement « le nombre de pays très pauvres a doublé en quarante ans passant de 25 en 1971 à 49 en 2010 et il en fut de même pour le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté depuis les années 1980<a title="" href="#_ftn33"><sup>[33]</sup></a> ».</p>
<h2>CitoyenNEs (ir)responsables !</h2>
<p>Le changement climatique représente une grave menace globale qui exige une réponse globale urgente. Une question-clé est de savoir comment nous pou­vons réduire les gaz à effet de serre. Vraisemblablement, malgré l’urgence, les gouvernements bourgeois demeurent empêtrés dans leurs contradictions, d’où l’échec de la conférence de Copenhague, celle de Cancún par ailleurs n’ayant accouché que d’une souris. Une des solutions trouvées avec l’accord de Kyōto, bien dans la ligne de la logique mercantile, est l’émission de droits de polluer (monétarisation de la pollution via une bourse du carbone, objet déjà de spé­cu­lations impor­tantes). Dans la logique capitaliste, ce qui n’a pas de valeur marchande ne compte pas. Pour résoudre la crise écologique, il s’agit pour ses idéologues de réussir à aliéner (marchandiser) l’environnement, à lui donner une valeur d’échange<a title="" href="#_ftn34"><sup>[34]</sup></a>. Alors, puisque cela aura une valeur marchande, le capitaliste aura peut-être intérêt à protéger l’environnement plutôt que de l’exploiter. Ce n’est certainement pas ce qui se passe dans le cas des gaz de schiste, ni d’ailleurs dans les autres cas.</p>
<p>Une autre réponse est de responsabiliser et, par le fait même, de culpabiliser les individus en faisant appel à leur conscience tout en ignorant ou plutôt en feignant d’ignorer les <em>causes structurelles</em> de la crise écologique. On en profite pour augmenter de façon importante les prix à la consommation, donc les profits, sous prétexte qu’ainsi la consommation sera moindre, donc la pollution baissera. Ce n’est pas totalement faux, mais ainsi on évite de poser la question décisive de l’accumulation du capital et sa logique de la croissance continue. C’est un système qu’il faut remettre en question, pas seulement le comportement des individus.</p>
<p>Aussi, on a pu accuser la ménagère, qui utilise des détergents, d’être respon­sable de la pollution de l’eau. Tout comme on accuse l’automobiliste d’être responsable de la pollution de l’air. Évidemment, cela sert à dédouaner l’industrie <em>qui a imposé ses choix de production à la population</em>. Ses lobbies ont pu faire déman­teler, dans la plupart des villes, le tramway électrique au profit de l’autobus et de la voiture beaucoup plus polluants.</p>
<p>L’exemple des détergents est, à ce sujet, éclairant. Le marché des détergents industriels et ménagers est une véritable mine d’or pour les capitalistes. Depuis le début des années 1950, ce secteur de production est l’enjeu d’une lutte féroce entre les compagnies qui ont vu leur nombre diminuer alors que leur taille crois­sait. La lutte se mène, comme d’habitude, à coups d’innovations technologiques qu’une publicité monstre impose aux consommatrices et aux consommateurs. Au début des années 1960, les détergents remplacent totalement le savon et ses dérivés. Ils sont composés de deux éléments : le premier (la majeure partie du détergent), à base de phosphates, sert à adoucir l’eau, le deuxième, dit agent de surface, a la même action que le savon, mais en plus fort. Conséquence : la mousse dans les égouts, les rivières, les lacs et jusque dans l’eau du robinet. Cette pollution est due au fait que les agents de surface ne sont pas biodégradables. Grâce à la contrainte de la loi, à partir de 1964, l’industrie des détergents remplace, en traînant les pieds, les agents de surface par d’autres biodégra­dables. À la fin des années 1960, les compagnies font des agents de surface biodégradables un argument publicitaire. Toutefois, la principale pollution par les détergents reste à découvrir : l’eutrophication croissante des lacs. Les lacs connaissent une croissance effrénée des algues (cyanobactéries) qui épuisent leur oxygène. Les animaux meurent ou fuient. L’oxygène manque pour la décomposition des organismes morts : l’eau est impropre à la consommation et aux baignades. Cette surfertilisation des lacs provient des phosphates et des phosphores. Le lac Érié est l’exemple, à l’époque, du cas le plus catastrophique d’eutrophication<a title="" href="#_ftn35"><sup>[35]</sup></a>. Les années 1970 voient les stations d’épuration des eaux utiliser de nouveaux produits chimiques destinés à éliminer ces produits toxiques, mais cela se fait aux frais des contribuables et non de l’industrie responsable de cette pollution. Puis, on découvre jusqu’à 70 ppm d’arsenic dans les substances des détergents. L’arsenic est un poison cumulatif. Les chimistes des compagnies de détergents le savaient, mais les formules chimiques sont tenues secrètes, concurrence et propriété privée obligent ! Les pouvoirs publics réagissent après coup lorsque les effets nocifs deviennent évidents. C’est toujours après un certain temps… trop souvent quand les conséquences sur l’environnement sont graves, sinon irréversibles. Actuellement, environ 90 % de la dégradation du littoral méditer­ranéen marin et forestier serait dû aux seuls tensioactifs, c’est-à-dire au pouvoir dégraissant des détergents<a title="" href="#_ftn36"><sup>[36]</sup></a>.</p>
<p>La ménagère est responsable ? Pourquoi pas glosent certainEs, puisqu’on lui offre sur le marché des détergents « verts » qui coûtent certes plus cher, mais qui ne sont pas aussi nocifs. Si elle ne fait pas le bon choix, c’est qu’elle est irresponsable ! Mais comment peut-elle distinguer les « vrais » produits écologiques des « faux » produits verts ? Dans les rayons des supermarchés, les nettoyants ménagers s’affichent de plus en plus « verts ». Face à cette offensive de marketing, peu peuvent se targuer de pouvoir faire le bon choix, à moins d’être unE chimiste chevronnéE et de savoir, en lisant l’étiquette des ingrédients utilisés – lorsqu’il y a une telle étiquette –, quels en sont les effets sur l’environnement (y compris par leur combinaison).</p>
<p>Cela ne veut pas dire qu’il faut cesser de conscientiser et de responsabiliser la population, bien au contraire. Toutefois, il s’agit de mettre davantage l’accent sur les causes structurelles de la pollution, qui sont liées à l’appropriation privée des moyens de production génératrice de profits et d’accumulation de capital.</p>
<p>Dans le cas des détergents, on a là le cycle ordinaire du cours des choses dans le système : la course au profit engendre une pollution importante et les classes populaires en supportent les effets (eau moins potable, maladies induites par les produits toxiques, interdiction des baignades, etc.), pour lesquels ils seraient en fin de compte responsables par leurs choix de consommation. Puis, les capitalistes leur font payer les coûts de la dépollution sous formes de taxes, d’impôts et d’augmentation de prix, sans compter les subventions et les dégrèvements fiscaux qui sont accordés aux industriels pour qu’ils investissent dans des tech­niques réduisant leur pollution et dans les énergies dites vertes, dont un certain nombre ne le sont pas…</p>
<h2>Valeur d’usage contre valeur d’échange</h2>
<p>Dans le système actuel, une marchandise quelconque, comme une paire de souliers, vendue sur un marché local, a été produite via le travail de diffé­rentes personnes dans différents pays. Si l’assemblage a été réalisé en Chine, le cuir produit en Argentine, la colle en Inde, le fil en Afrique du Sud, la modélisation et le patronage ont été réalisées en Italie, la coupe et le piquage au Maroc, etc. La machinerie, elle, provient du Canada, du moins ses pièces les plus impor­tantes, mais elle a été assemblée en Slovaquie. Les métaux utilisés pour la fabriquer proviennent eux aussi de différents pays : ils ont été exportés pour une première transformation, puis exportés à nouveau vers une usine productrice de machines. Le pétrole nécessaire à la production des plastiques de la machine provient du Venezuela ou de l’Arabie saoudite, a été exporté, puis raffiné en Allemagne, transformé en feuilles de plastique en Turquie, lesquelles ont été réexportées et transformées à nouveau aux États-Unis, tout comme les fils de laiton, les puces informatiques, qui proviennent d’une <em>maquidalora</em> mexicaine, etc. Tout ce processus pollue énormément et laisse une lourde empreinte écologique.</p>
<p>La division sociale capitaliste du travail, qui est internationale, représente non seulement « l’expression économique du caractère social du travail dans le cadre de l’aliénation<a title="" href="#_ftn37"><sup>[37]</sup></a> », mais également l’une des grandes causes de la pollution. La division sociale du travail, qui a été engendrée par la production marchande et qui est son socle, soumet la campagne à la ville, les femmes aux hommes, le manuel à l’intellectuel, le salariat à la bourgeoisie, les pays de la périphérie aux pays capitalistes du centre. Autrement dit, par sa dynamique intrinsèque, la production marchande généralisée est non seulement génératrice d’aliénation et de soumission de la majorité des humains à une minorité, mais de pollution et de destruction de l’écosystème terrestre. En ce sens, le capitalisme vert s’avère une utopie rétrograde, car il ne s’attaque pas à l’une des principales causes de la pollution : la division internationale capitaliste du travail.</p>
<p>Pour remettre en cause cette division du travail, il s’agit de briser avec la logique de la production marchande généralisée pour privilégier une société basée sur la valeur d’usage, ce qu’est le socialisme<a title="" href="#_ftn38"><sup>[38]</sup></a>. Pour accélérer la rotation du capital et permettre l’accumulation, la vie utile des marchandises a été réduite et la consommation accélérée, via notamment les incitatifs publicitaires et le crédit à la consommation. Produire selon une autre logique, en fonction de la valeur d’usage, allongerait la vie des produits, permettrait d’utiliser moins de matières premières, conséquemment moins d’énergie, et générerait moins de déchets. Cela aurait pour conséquence, entre autres, de valoriser l’agriculture paysanne biologique. Cela entraînerait une révolution dans l’éducation – elle ne serait plus soumise aux besoins de formation des entreprises, donc du marché de la force de travail –, dans la fabrication des médicaments, qui tiendrait compte des maladies existantes et non de la rentabilité des produits, etc. Bref, l’humain, dont la force de travail elle-même ne serait plus une marchandise, et l’écosphère seraient au centre des préoccupations.</p>
<p>L’appel de certains courants écologistes à l’intérêt commun, qui exige sacri­­fices et discipline, a déjà été repris par des gouvernements bourgeois, ceci s’intégrant parfaitement dans leurs politiques d’austérité. Là réside un danger très réel.  Tout comme leur critique des syndicats parce qu’ils luttent pour augmenter le niveau de vie qui stagne depuis 30 ans, ce qui n’a en rien changé le productivisme du capitalisme ni la surconsommation, laquelle a été rendue possible grâce à l’endet­tement (crédit), l’une des causes de la récession internationale de 2008.</p>
<p>Les appels moralisateurs aux peuples des pays riches pour qu’ils abaissent leur niveau de vie risquent fort peu de réussir, même si cela est crucial pour amoindrir le réchauffement climatique. Plusieurs proposent la décroissance et se prononcent pour une « civilisation de sobriété choisie et d’autolimitation alternative à l’impasse de la société de croissance<a title="" href="#_ftn39"><sup>[39]</sup></a> » et en faveur de « la construc­tion, au Nord comme au Sud, de sociétés conviviales autonomes et économes<a title="" href="#_ftn40"><sup>[40]</sup></a> ». Pourtant, tous conviennent qu’on ne peut mettre de côté les 925 millions de personnes qui sont victimes de faim chronique dans le monde en 2010, dont la majorité est constituée de femmes et de leurs enfants (70 % des pauvres sont des femmes).</p>
<p>Il s’agit donc :</p>
<ul>
<li>de substituer à la croissance quantitative du capitalisme et à sa logique d’accumulation une autre logique que l’on pourrait nommer croissance qualitative, laquelle implique une importante décroissance quantitative avant tout dans les pays capitalistes dominants ;</li>
<li>de changer radicalement la répartition de la richesse. L’écart est gigan­tesque en ce qui concerne la répartition de la richesse mondiale, puisque 2 % de l’humanité détient 50 % du patrimoine des ménages tandis que 50 % de l’humanité n’en détient que 1 %. Les trois personnes les plus fortunées au monde possèdent une valeur nette supérieure au total du produit intérieur brut (PIB) des 50 nations les plus pauvres et les sept individus les plus riches possèdent 28 % de la richesse mondiale, tandis que 25 000 personnes meurent de faim chaque jour. Au Canada, les dirigeants des 100 plus grandes entreprises canadiennes inscrites à la Bourse touchent une rémunération totale 174 fois plus élevée que le revenu total d’unE salariéE moyenNE à temps plein. À la fin des années 1980, cette rémunération était 40 fois plus élevée. L’écart entre les grands bourgeois, les salariéEs et les pauvres n’a pas cessé de se creuser depuis 30 ans.</li>
</ul>
<p>Il ne s’agit certes pas de diminuer le bien-être (qui, par ailleurs, n’est pas que matériel), mais de favoriser une meilleure qualité de vie en répartissant la richesse autrement, en produisant différemment et moins, ainsi qu’en réduisant le temps de travail. Or, s’il y a une inégalité quant aux effets de la pollution sur l’humanité, il existe également une inégalité dans l’émission de la pollution, non seulement entre le Nord et le Sud, mais au sein des sociétés elles-mêmes. Ainsi, en France, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), 20 % des ménages les plus aisés émettent 9,7 tonnes de CO<sub>2</sub> par personne et par année, contre 3,6 tonnes pour les 20 % les plus pauvres. En Inde, le niveau est de 5 tonnes pour le 1 % de la population la plus riche, soit 10 millions de personnes, contre 1,1 tonne pour les plus pauvres, soit 38 % de la population<a title="" href="#_ftn41"><sup>[41]</sup></a>. S’il faut un rééquilibrage entre le Nord et le Sud (les dominants en France polluent deux fois plus que les dominants indiens et les dominéEs trois fois plus), une lutte écologiste conséquente doit s’attaquer au déséquilibre de la richesse et donc à l’émission différenciée de la pollution selon les classes sociales au sein même des sociétés. Elle doit donc être socialiste.</p>
<p>La faim de consommation qui caractérise les sociétés capitalistes, si aveugle soit-elle, <em>est un résultat de la production de marchandises, qui ne pourra être supprimée qu’avec la marchandise elle-même</em>, à moins que la crise écologique capitaliste ne soit fatale non seulement pour la nature, mais également pour les sociétés humaines.</p>
<p>L’acharnement actuel à compromettre l’avenir de l’humanité en dégradant l’écosphère ne peut se comprendre qu’à partir d’une analyse d’ensemble d’un système pour lequel la nature comme l’être humain sont d’abord l’objet d’une exploitation profitable. Le mode de production capitaliste valorise le bénéfice privé sous forme de profits. Le maximum des coûts est reporté sur la nature au prix de gaspillages et de destructions. De plus, la course aux profits engendre des crises de surproduction de marchandises et de suraccumulation de capital qui se résolvent périodiquement par une destruction massive de marchandises et de capitaux, donc par des gaspillages éhontés<a title="" href="#_ftn42"><sup>[42]</sup></a>. Il y a là privatisation de la nature et de ses ressources pour une socialisation des coûts écologistes et humains. Ce qui est donc en jeu, c’est l’orientation et la gestion des sociétés, c’est-à-dire la démocratie, notamment la planification démocratique de l’économie pour une production écologiste en fonction des besoins humains et non des profits (socialisme).</p>
<p>La dégradation écologique est causée fondamentalement par <em>le mode </em><em>et</em><em> le procès de production</em>. Marx le faisait déjà remarquer : « Chaque progrès de l’agri­culture capitaliste est un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travail­leur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité. Plus un pays, les États-Unis du Nord de l’Amérique par exemple, se développe sur la base de la grande industrie, plus ce procès de destruc­­tion s’accomplit rapidement. La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épui­­sant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : <em>la terre et le travailleur</em><em> </em><a title="" href="#_ftn43"><sup>[43]</sup></a>. »</p>
<p>Cloisonner les luttes écologistes et les luttes sociales risque de ne pas permettre l’élaboration de solutions adéquates, ou risque de faire payer aux pauvres et aux exploitéEs les dommages causés par les riches exploiteurs.</p>
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<hr align="left" size="1" width="33%" />
<h3>NOTES</h3>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[1]</sup></a>. Sur ce problème, voir Andrew Nikiforuk, <em>Les sables bitumineux : la honte du Canada. Comment le pétrole sale détruit la planète</em>, Montréal, Écosociété, 2010.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[2]</sup></a>. Voir à ce propos le documentaire <em>Gasland</em> du réalisateur Josh Fox, produit par Trish Adlesic, Molly Gandour, Josh Fox, coproduit par David Roma, &lt; www.pressegauche.org/spip.php?article6460 &gt;.</p>
<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[3]</sup></a>. Environ 200 000 m3 de déchets faiblement radioactifs et 10 000 m3 de déchets hautement radioactifs sont produits à l’échelle mondiale chaque année. La radioactivité de ces déchets subsiste pendant des centaines de milliers, voire des millions d’années. Par exemple, le plutonium-239 reste radioactif pendant au moins 240 000 ans. Penser que l’industrie nucléaire peut stocker ces déchets de manière sécuritaire durant un si long laps de temps est absurde.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[4]</sup></a>. Selon le commissaire au développement durable du Québec, Jean Cinq-Mars, le gouvernement aurait contourné ses propres lois pour permettre le développement rapide de l’industrie du gaz de schiste. Heureusement, les mobilisations populaires ont réussi à freiner les plans du gouvernement Charest qui, néanmoins, maintient la porte ouverte à des forages pour des « fins d’évaluation » et refuse toujours un moratoire. Pourtant, il y a déjà 29 puits en opération sur le territoire québécois, c’est largement suffisant pour faire une évaluation. En mars 2011, après de multiples avis d’infraction, deux puits de la compagnie Canbriam, près de Saint-Hyacinthe, ont été obligés de fermer pour cause d’une fuite importante au méthane.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[5]</sup></a>. Al Armendariz, <em>Emissions from Natural Gas Production in the Barnett Shale Area and Opportunities for Cost-Effective Improvements</em>, 26 janvier 2009, &lt; www.edf.org/documents/9235_Barnett_Shale_Report.pdf &gt;</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[6]</sup></a>. INSP, <em>Dossier amiante</em>, &lt; www.inspq.qc.ca/dossiers/amiante/default.asp?e=cp &gt;.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[7]</sup></a>. OMS,<em> </em><em>Élimination des maladies reliées à l’amiante</em>, Genève, 2006, &lt; http://whqlibdoc.who.int/hq/2006/WHO_SDE_OEH_06.03_fre.pdf &gt;.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[8]</sup></a>. L’amenuisement de la couche d’ozone au-dessus de l’Arctique n’a jamais été aussi prononcé indiquent des scientifiques qui font état d’une perte de 40 % survenue entre le début de l’hiver et la fin mars 2011. Selon les chercheurs de l’administration états-unienne de l’océan et de l’atmosphère, le protoxyde d’azote est le gaz qui endommage le plus fortement la couche d’ozone. Il est lié à l’utilisation d’engrais industriels dans l’agriculture. Les émissions de ce gaz ne sont pas encadrées par le protocole de Montréal sur l’ozone. Ce protocole a toutefois permis de réduire considérablement certaines substances nocives pour la couche d’ozone comme les chlorofluorocarbones (CFC).</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[9]</sup></a>. Les habitants de l’atoll de Carteret (Tulun ou Kilinailau) dans le Sud Pacifique sont considérés comme les « premiers écoréfugiés officiels ». L’archipel de Tuvalu, dans le Pacifique, composé de neuf îles peuplées de 11 000 habitants sera entièrement recouvert par les eaux d’ici 2050. À cause de la salinisation des sols, la terre y est déjà incultivable. En Asie, en 2005, la moitié de l’île de Bhola, au Bangladesh, a été engloutie par les eaux, catastrophe à la suite de laquelle 500 000 personnes se sont retrouvées sans abri.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[10]</sup></a>. Au Bangladesh, la salinisation des sols et la pression exercée sur la mangrove des Sundarbans, au sud-ouest du pays, précipitent la migration de milliers de familles qui, généralement, se retrouvent dans les bidonvilles de Dacca.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[11]</sup></a>. CNES et CLS, <em>Évolution du niveau moyen des mers vu par les altimètres</em>, Aviso, 2011, &lt; www.aviso.oceanobs.com/fr/actualites/indicateurs-des-oceans/niveau-moyen-des-mers/index.html &gt;.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[12]</sup></a>. Ce que notait déjà Karl Marx dans ses <em>Manuscrits de 1844</em>, Paris, Éditions sociales, 1972 [1844], p. 62.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[13]</sup></a>. Poussé par le vent, le nuage nocif a recouvert en quelques jours 40 % de l’Europe et contaminé par ses retombées de vastes zones. Plus de 20 ans après cette catastrophe nucléaire civile, cinq millions de personnes sont toujours exposées à des radiations supérieures à la normale dans les ex-Républiques soviétiques.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[14]</sup></a>. GIEC, <em>Changements climatiques 2007. Rapport de synthèse</em>, Genève, OMM et PNUE, 2008, &lt; www.ipcc.ch/pdf/assessment-report/ar4/syr/ar4_syr_fr.pdf &gt;.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[15]</sup></a>. La température moyenne combinée de l’air à la surface des terres et de la mer, en 2010 (janvier-octobre), présente actuellement une anomalie positive estimée à 0,55 °C ± 0,11 °C (0,99 °F ± 0,20 °F) par rapport à la normale calculée pour la période 1961–1990 (14 °C/57,2 °F). Source : OMM, 15 décembre 2010, &lt; www.wmo.int/pages/mediacentre/news/index_fr.html &gt;.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[16]</sup></a>. Daniel Tanuro, <em>L’impossible capitalisme vert</em>, Paris, La Découverte, 2010, p. 47.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[17]</sup></a>. <em>Ibid</em>., p. 104–108.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[18]</sup></a>. Selon le GIEC, <em>op. cit.</em>, « la fixation du carbone anthropique émis depuis 1750 a abaissé le pH des océans de 0,1 unité en moyenne. La hausse de la concentration atmosphérique de CO<sub>2</sub> a accentué encore l’acidité du milieu marin ».</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[19]</sup></a>. Armand Farrachi, « La biodiversité : un combat prioritaire », <em>Pistes pour un anticapitalisme vert</em>, Paris, Syllepse, 2010, p. 64.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[20]</sup></a>. <em>Ibid.</em>, p. 63.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[21]</sup></a>. Selon l’International Service for Acquisition of Agri-biotech Applications (ISAAA), en 2009–2010, environ 10 % des terres agricoles sur la surface du globe ont été ensemencées avec des plantes génétiquement modifiées, soit 148 millions d’hectares.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[22]</sup></a>. Voir à ce propos François Houtart, <em>L’agroénergie. Solution pour le climat ou sortie de crise pour le capital</em><em> </em><em>?</em> Bruxelles, Couleur livres, 2009.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[23]</sup></a>. Les crises écologiques ont favorisé le développement de toute une série de courants idéologiques qui, sous couvert d’écologie radicale ou « profonde », tentent de réhabiliter les thèses de Malthus. Ces courants trouvent un écho au plus haut niveau dans certains secteurs des classes dominantes, où la disparition de quelques centaines de millions d’êtres humains est plus facile à imaginer que celle du capitalisme. En général, cette menace pèse sur les pauvres, tout particulièrement sur les femmes et leurs enfants.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[24]</sup></a>. C’est notamment le cas au Danemark, où il y a eu une unité politique des écologistes et des anticapitalistes dans le parti <em>Enhedslisten – de rød-grønne</em>, c’est-à-dire La liste de l’unité – les rouges et verts.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[25]</sup></a>. Par exemple, le montant des aides publiques s’élève à 326 000 dollars par emploi créé dans une centrale photovoltaïque. Aurélien Bernier, Michel Marchand et le M’PEP, <em>Ne soyons pas des écologistes benêts. Pour un protectionnisme écologique et social</em>, Paris, Mille et une nuits, 2010, p. 87. Au Québec, le gouvernement Charest a donné une subvention de 16 millions de dollars à Bathium Canada, filiale du Groupe diversifié Bolloré, pour développer et fabriquer une pile au lithium dans le dessein, nous explique-t-on, de consolider 67 emplois et peut-être d’en créer, d’ici 2014, 245, ce qui revient cher l’emploi.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[26]</sup></a>. Voir Philippe Baqué, « Florissante industrie de l’agriculture biologique », <em>Le Monde diplomatique</em>, février 2011, p. 20–21.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[27]</sup></a>. James Ridgway, <em>The Politics of Ecology,</em> New York, Dutton, 1971.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[28]</sup></a>. Karl Marx cité par Jean-Paul Deléage, « La nature : un paradigme introuvable », <em>Critique communiste</em>, n° 7, mai-juin 1976, p. 67.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[29]</sup></a>. <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Ballard">Robert Ballard</a> et Rick Archbold, <em>Les grands paquebots disparus</em>, Paris, Glénat, 1998.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[30]</sup></a>. OMS, <em>Les inégalités « tuent à grande échelle »</em>, 28 août 2008, &lt; www.who.int/mediacentre/news/releases/2008/pr29/fr/index.html &gt;.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[31]</sup></a>. Nicholas Stern, <em>Report on the Economy of Climatic Change</em>, Londres, Financial Ministery, 2006.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[32]</sup></a>. &lt; www.fao.org/news/story/fr/item/45232/icode/ &gt;.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[33]</sup></a>. &lt; www.suissehebdo.com/__n1695443__Le_nombre_de_pays_les_plus_pauvres_a_double_en_quarante_ ans__salarme_lONU.html &gt;.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[34]</sup></a>. C’est notamment le sens du rapport Stern, <em>op. cit.</em></p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[35]</sup></a>. William McGucken, <em>Lake Erie Rehabilitated: Controlling Cultural Eutrophication 1960s-1990s</em>, Akron, University of Akron Press, 2000.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[36]</sup></a>. Voir à ce sujet &lt; www.jne-asso.org/dossiers_detergents.html &gt;.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[37]</sup></a>. Marx, <em>Manuscrits de 1844, op. cit.</em>, p. 111</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[38]</sup></a>. Karl Marx a mis en évidence cet aspect dans <em>La critique du programme de Gotha</em>, Paris, LDES, 2008. Le socialisme implique non seulement la fin de la force de travail comme marchandise (abolition du salariat et du marché du travail) et l’étatisation moyens de production, mais la fin du marché proprement dit, de la marchandise et de l’argent (valeur d’échange). En outre, il exige l’auto-organisation des producteurs associés qui décident collectivement, donc démocratiquement, ce qui sera produit, comment cela sera produit, etc., ce qui est l’une des bases du dépérissement de l’État.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[39]</sup></a>. Serge Latouche, <em>Sortir de la société de consommation</em>, Paris, Les Liens qui libèrent, 2010.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[40]</sup></a>. Arnaud Berthoud, <em>Une philosophie de la consommation. Agent économique et sujet moral</em>, Paris, PUF, 2005. Voir également les écrits de Serge Mongeau, dont <em>La simplicité volontaire, plus que jamais,</em> Montréal, Écosociété, 1998.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[41]</sup></a>. Hervé Kempf, <em>L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie</em>, Paris, Seuil, 2011, p. 140–141.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[42]</sup></a>. Voir, entre autres, Karl Marx, <em>Les crises du capitalisme</em>, Paris, Demopolis, 2009.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref"><sup>[43]</sup></a>. Karl Marx, <em>Le Capital,</em> Livre premier, Tome II, Paris, Éditions sociales, 1973 [1867], p. 181–182. Souligné par Marx.</p>
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]]></content:encoded>
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		<title>Écosocialisme, par Michaël Lowy</title>
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		<pubDate>Sun, 18 Sep 2011 15:52:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Recension / Notes de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Qu’est-ce que l’écosocialisme ? Il s’agit d’un courant de pensée et d’action écologique qui fait siens les acquis fondamentaux du marxisme, tout en le débarrassant de ses scories productivistes. La logique capitaliste du marché et du profit, de même que celle de l’autoritarisme bureaucratique de feu le « socialisme réel », est incompatible avec les exigences de sauvegarde [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignright" src="http://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L250xH356/arton8049-b22e8.jpg" alt="" width="180" height="254" /> <em>Qu’est-ce que l’écosocialisme ? Il s’agit d’un courant de pensée et d’action écologique qui fait siens les acquis fondamentaux du marxisme, tout en le débarrassant de ses scories productivistes.</em></p>
<p><em>La logique capitaliste du marché et du profit, de même que celle de l’autoritarisme bureaucratique de feu le « socialisme réel », est incompatible avec les exigences de sauvegarde de l’environnement. Les écosocialistes critiquent les impasses actuelles de l’écologie politique, qui ne met pas en question le pouvoir du capital.</em><span id="more-7423"></span></p>
<p><strong>Préface : Qu’est-ce que l’écosocialisme ?</strong></p>
<p>L’écosocialisme est un courant politique fondé sur une constatation essentielle : la sauvegarde des équilibres écologiques de la planète, la préservation d’un environnement favorable aux espèces vivantes – y compris la nôtre – est incompatible avec la logique expansive et destructrice du système capitaliste. La poursuite de la « <em>croissance </em>» sous l’égide du capital nous conduit, à brève échéance – les prochaines décennies – à une catastrophe sans précédent dans l’histoire de l’humanité : le réchauffement global.</p>
<p>James Hansen, le climatologue de la NASA aux États-Unis, un des plus grands spécialistes mondiaux sur la question du changement climatique – l’administration Bush avait essayé, en vain, de l’empêcher de rendre public ses diagnostics – écrit ceci dans le premier paragraphe de son livre publié en 2009 : « <em>La planète Terre, la création, le monde dans lequel la civilisation s’est développée, le monde avec les normes climatiques que nous connaissons et avec des plages océaniques stables, est en imminent danger. L’urgence de la situation s’est cristallisée seulement dans les dernières années. Nous avons maintenant des preuves évidentes de la crise</em> […]. <em>La surprenante conclusion c’est que la poursuite de l’exploitation de tous les combustibles fossiles de la Terre menace non seulement les millions d’espèces de la planète mais aussi la survivance de l’humanité elle-même – et les délais sont plus courts que ce que nous pensions.</em> »<a title="" href="http://www.contretemps.eu/lectures/bonnes-feuilles-%C3%A9cosocialisme-michael-l%C3%B6wy#_ftn1">[1]</a></p>
<p>Ce constat est largement partagé. Dans son livre incisif et bien informé <em>Comment les riches détruisent la planète</em> (2007), Hervé Kempf présente, sans euphémismes et faux-semblants, les scénarios du désastre qui se prépare : au-delà d’un certain seuil, qu’on risque d’atteindre bien plus vite que prévu, le système climatique pourrait s’emballer de façon irréversible ; on ne peut plus exclure un changement soudain et brutal, qui ferait basculer la température de plusieurs degrés, atteignant des niveaux insupportables. Devant ce constat, confirmé par les scientifiques, et partagé par des millions de citoyens du monde entier conscients du drame, que font les puissants, l’oligarchie de milliardaires qui domine l’économie mondiale ? « <em>Le système social qui régit actuellement la société humaine, le capitalisme, s’arc-boute de manière aveugle contre les changements qu’il est indispensable d’espérer si l’on veut conserver à l’existence humaine sa dignité et sa promesse.</em> » Une classe dirigeante prédatrice et cupide fait obstacle à toute velléité de transformation effective ; presque toutes les sphères de pouvoir et d’influence sont soumises à son pseudo-réalisme qui prétend que toute alternative est impossible et que la seule voie imaginable est celle de la « <em>croissance </em>». Cette oligarchie, obsédée par la compétition somptuaire – comme le montrait déjà Thorstein Veblen – est indifférente à la dégradation des conditions de vie de la majorité des êtres humains et aveugle devant la gravité de l’empoisonnement de la biosphère<a title="" href="http://www.contretemps.eu/lectures/bonnes-feuilles-%C3%A9cosocialisme-michael-l%C3%B6wy#_ftn2">[2]</a>.</p>
<p>Les « <em>décideurs </em>» de la planète – milliardaires, managers, banquiers, investisseurs, ministres, parlementaires et autres « <em>experts </em>» – motivés par la rationalité bornée et myope du système, obsédés par les impératifs de croissance et d’expansion, la lutte pour les parts de marché, la compétitivité, les marges de profit et la rentabilité, semblent obéir au principe proclamé par Louis XV : « <em>Après moi le déluge</em> ». Le déluge du XXI<sup>e</sup> siècle risque de prendre la forme, comme celui de la mythologie biblique, d’une montée inexorable des eaux, noyant sous les vagues les villes de la civilisation humaine.</p>
<p>Le spectaculaire échec des conférences internationales sur le changement climatique de Copenhague (2009) et Cancun (2010) illustre cet aveuglement : les puissants de ce monde, à commencer par les USA et la Chine, ont refusé tout engagement chiffré et concret, même minimal, de réduction des émissions de CO2. Les mesures jusqu’ici prises par les pouvoirs capitalistes les plus « <em>éclairés </em>» – accords de Kyoto, paquet action-climat européen, avec leurs « <em>mécanismes de flexibilité</em> » et leurs marchés de droits à polluer – relèvent, comme le montre l’écologiste belge Daniel Tanuro, d’une « <em>politique de Gribouille</em> » incapable d’affronter le défi du changement climatique ; le même vaut, <em>a fortiori, </em>pour les solutions « <em>technologique</em>s » qui ont la préférence du président Obama et des gouvernements européens : la « <em>voiture électrique</em> », les agro-carburants, le « <em>clean carbon</em> » et cette énergie merveilleuse, propre et sûre : le nucléaire (c’était avant Fukushima)… Comme l’avait prévu Marx dans <em>L’Idéologie allemande</em>, les forces productives sont en train de devenir des forces destructives, créant un risque de destruction physique pour des dizaines de millions d’être humain – un scénario pire que les « <em>holocaustes tropicaux</em> » du XIX<sup>e</sup> siècle, étudiés par Mike Davis.</p>
<p>Quelle est donc la solution alternative ? La pénitence et l’ascèse individuelle, comme semblent le proposer tant d’écologistes ? La réduction drastique de la consommation ? Daniel Tanuro constate avec lucidité que la critique culturelle du consumérisme proposée par les objecteurs de croissance est nécessaire, mais pas suffisante. Il faut s’attaquer au mode de production lui-même. Seule une prise en charge collective démocratique permettrait à la fois de répondre aux besoins sociaux réels, réduire le temps de travail, supprimer les productions inutiles et nuisibles, remplacer les énergies fossiles par le solaire. Ce qui implique des incursions profondes dans la propriété capitaliste, une extension radicale du secteur public et de la gratuité, bref un plan écosocialiste cohérent.<a title="" href="http://www.contretemps.eu/lectures/bonnes-feuilles-%C3%A9cosocialisme-michael-l%C3%B6wy#_ftn3">[3]</a></p>
<p> </p>
<p>La prémisse centrale de l’écosocialisme, implicite dans le choix même de ce terme, est qu’un socialisme non écologique est une impasse, et une écologie non-socialiste est incapable de confronter les enjeux actuels. Son projet d’associer le « <em>rouge </em>» – la critique marxiste du capital et le projet d’une société alternative – et le « <em>vert </em>», la critique écologique du productivisme, n’a rien à voir avec les combinaisons gouvernementales dites « <em>rouges-vertes</em> », entre la social-démocratie et certains partis verts, autour d’un programme social-libéral de gestion du capitalisme. L’écosocialisme est donc une proposition<em>radicale </em>– c’est-à-dire s’attaquant à la racine de la crise écologique – qui se distingue aussi bien des variantes productivistes du socialisme du XX<sup>e</sup> siècle – que ce soit la social-démocratie ou le « <em>communisme </em>» de facture stalinienne – que des courants écologiques qui s’accommodent, d’une façon ou de l’autre, du système capitaliste. Une proposition radicale qui vise non seulement à une transformation des rapports de production, de l’appareil productif et des modèles de consommation dominants, mais aussi à créer un nouveau paradigme de civilisation, en rupture avec les fondements de la civilisation capitaliste/industrielle occidentale moderne.</p>
<p>Ce n’est pas le lieu ici de développer une histoire de l’écosocialisme. Rappelons cependant quelques jalons. Il sera question ici essentiellement du courant éco-marxiste, mais on trouve dans l’écologie sociale d’inspiration anarchiste d’un Murray Bookchin, dans la version gauche de l’écologie profonde de Arne Naess, et dans certains écrits des « <em>objecteurs de croissance</em> » (Paul Ariès), des analyses radicalement anti-capitalistes et des propositions alternatives qui sont proches de l’écosocialisme.</p>
<p>L’idée d’un socialisme écologique – ou d’une écologie socialiste – ne commence vraiment à se développer qu’à partir des années 1970, sous des formes très diverses, dans les écrits de certains pionniers d’une réflexion « <em>rouge et verte</em> » : Manuel Sacristan (Espagne), Raymond Williams (Angleterre), André Gorz (France) et Barry Commoner (USA). Le terme « <em>écosocialisme </em>» apparemment ne commence à être utilisé qu’à partir des années 1980 quand apparaît, dans le Parti Vert allemand, un courant de gauche qui se désigne comme « <em>écosocialiste </em>» ; ses principaux porte-paroles sont Rainer Trampert et Thomas Ebermann. Vers cette époque apparaît le livre <em>L’Alternative</em>d’un dissident socialiste de l’Allemagne de l’Est, Rudolf Bahro qui développe une critique radicale du modèle soviétique et est-allemand, au nom d’un socialisme écologique. Au cours des années 1980, le chercheur nord-américain James O’Connor va développer ses travaux en vue d’un marxisme écologique, et fonder la revue <em>Capitalism, Nature and Socialism, </em>tandis que Frieder Otto Wolf, un député européen et dirigeant de la gauche du Parti Vert allemand, et Pierre Juquin, un ex-dirigeant communiste converti aux perspectives rouges/vertes, vont rédiger ensemble le livre <em>Europe’s Green Alternative,</em>(Black Rose, Montréal, 1992), une sorte de tentative de manifeste écosocialiste européen. Parallèlement, en Espagne, autour de la revue de Barcelone, <em>Mientras Tanto, </em>des disciples de Manuel Sacristan comme Francisco Fernandez Buey vont eux-aussi développer une réflexion écologique socialiste. En 2001, un courant marxiste/révolutionnaire présent dans des nombreux pays, la Quatrième Internationale, adopte un document, <em>Écologie et Révolution socialiste</em>, d’inspiration clairement écosocialiste. En cette même année,<em> </em>Joel Kovel et l’auteur du présent ouvrage publient un <em>Manifeste écosocialiste</em>, qui servira de référence pour la fondation, à Paris en 2007, du Réseau Écosocialiste International – qui distribuera, lors du Forum Social Mondial de Belem (Brésil) la <em>Déclaration de Belem</em>, un nouveau manifeste écosocialiste au sujet du réchauffement global. Ajoutons à cela les travaux de John Bellamy Foster et ses amis de la revue de gauche américaine bien connue <em>Monthly Review</em>, qui se réclament d’une révolution écologique avec un programme socialiste ; les écrits des écosocialistes féministes Ariel Salleh et Terisa Turner ; la revue <em>Canadian Dimension</em>, animée par les écosocialistes Ian Angus et Cy Gornik ; les réflexions du révolutionnaire péruvien Hugo Blanco sur les rapports entre indigénisme et écosocialisme ; les travaux du chercheur belge Daniel Tanuro sur le changement climatique et les impasses du « <em>capitalisme vert</em> » ; les recherches d’auteurs français proches du courant altermondialiste comme Jean-Marie Harribey et Jean-Paul Déléage ; les réseaux écosocialistes du Brésil et de la Turquie ; les conférences écosocialistes qui commencent à s’organiser en Chine, etc.</p>
<p>Quelles sont les convergences et les désaccords entre l’écosocialisme et le courant de la décroissance, dont l’influence en France n’est pas négligeable ? Rappelons tout d’abord que ce courant, inspiré par les critiques de la société de consommation – Henri Lefebvre, Guy Debord, Jean Baudrillard – et du « <em>système technicien</em> » (Jacques Ellul) est loin d’être homogène ; il s’agit d’une mouvance plurielle, polarisée par deux pôles assez distants : d’une part des anti-occidentalistes tentés par le relativisme culturel (Serge Latouche), d’autre part des écologistes républicains/universalistes (Vincent Cheynet, Paul Ariès).</p>
<p>Serge Latouche est sans doute le plus controversé des « <em>décroissants </em>». Certes, une partie de ces arguments est légitime : démystification du « <em>développement durable</em> », critique de la religion de la croissance et du progrès, appel à un changement culturel. Mais son refus en bloc de l’humanisme occidental, de la pensée des Lumières et de la démocratie représentative ; son relativisme culturel et son éloge immodéré de l’âge de pierre sont très discutables. Quant à sa dénonciation des propositions d’ATTAC (Jean-Marie Harribey) pour les pays du Sud – développer les réseaux d’abduction de l’eau, les écoles et les centres de soin – comme « <em>ethnocentriques</em> », « <em>occidentalistes </em>» et « <em>destructrices des modes de vie locaux</em> », elle est difficilement supportable. Enfin, son argument pour ne pas parler du capitalisme – c’est enfoncer une porte ouverte puisque cette critique « <em>a déjà été faite et bien faite par Marx</em> » – n’est pas sérieux : c’est comme si l’on n’avait pas besoin de dénoncer la destruction productiviste de la planète puisque Gorz l’avait déjà faite, « <em>et bien faite</em> »…</p>
<p>Plus intéressant est le courant universaliste, représenté notamment par la revue <em>La Décroissance,</em>même si l’on peut critiquer les illusions « <em>républicaines</em> » de Cheynet et Ariès. Contrairement au premier, ce deuxième pôle a des nombreux points de convergence – malgré les polémiques – avec les altermondialistes d’ATTAC, les écosocialistes et la gauche de la gauche (PG et NPA) : extension de la gratuité, prédominance de la valeur d’usage sur la valeur d’échange, réduction du temps de travail et des inégalités sociales, élargissement du « <em>non-marchand</em> », réorganisation de la production selon les besoins sociaux et la protection de l’environnement.</p>
<p>Dans un ouvrage récent, Stéphane Lavignotte esquisse un bilan du débat entre les « <em>objecteurs de croissance</em> » et les écosocialistes. Faut-il privilégier la critique des rapports sociaux de classe et le combat contre les inégalités, ou la dénonciation de la croissance illimitée des forces productives ? L’effort doit-il porter sur les initiatives individuelles, les expérimentations locales, la simplicité volontaire, ou sur le changement de l’appareil productif et de la « <em>méga-machine</em> » capitaliste ? L’auteur refuse de choisir, et propose plutôt d’associer ces deux démarches complémentaires. Le défi, à son avis, c’est de combiner le combat pour l’intérêt écologique de classe de la majorité, c’est à dire des non-propriétaires de capital, et la politique des minorités actives pour un changement culturel radical. En d’autres termes, réussir – sans cacher les divergences et les désaccords inévitables – une « <em>composition politique</em> » de tous ceux qui savent qu’une planète et une humanité vivables sont contradictoires avec le capitalisme et le productivisme, et qui cherchent le chemin pour sortir de ce système inhumain<a title="" href="http://www.contretemps.eu/lectures/bonnes-feuilles-%C3%A9cosocialisme-michael-l%C3%B6wy#_ftn4">[4]</a>.</p>
<p>Rappelons, pour conclure cette brève préface, que l’écosocialisme est un projet d’avenir, une utopie radicale, un horizon du possible, mais aussi, et inséparablement, une action <em>hic et hunc</em>, ici et maintenant, autour d’objectifs et de propositions concrètes et immédiates. Le seul espoir pour le futur sont des mobilisations comme celle de Seattle en 1999, qui a vu la convergence de écologistes et syndicalistes, ainsi que la naissance du mouvement altermondialiste ; les protestations de cent mille personnes à Copenhague en 2009, autour du mot d’ordre « <em>Changeons le système, pas le climat</em> » ; ou la Conférence des Peuples sur le Changement Climatique et la Défense de la Mère Terre, à Cochabamba en avril 2010, rassemblant plus de trente mille délégués de mouvements indigènes, paysans et écologistes du monde.</p>
<p align="center">________________</p>
<p> </p>
<p>Le présent recueil d’articles n’est pas une mise en forme systématique des idées ou pratiques écosocialistes, mais plus modestement la tentative d’en explorer certains aspects, certains terrains et certaines expériences. Il ne représente, bien entendu, que l’opinion de leur auteur, qui ne coïncide pas nécessairement avec celle d’autres penseurs ou réseaux se réclamant de ce courant. Il ne vise pas à codifier une doctrine nouvelle, ni une quelconque orthodoxie. Une des vertus de l’écosocialisme c’est précisément sa diversité, sa pluralité, la multiplicité des perspectives et des approches, souvent convergents ou complémentaires – comme le montrent les documents publiés en annexe, qui émanent de différents réseaux écosocialistes – mais aussi, parfois, divergentes ou même contradictoires.</p>
<p>Paris, avril 2011.</p>
<p>Michael Löwy, <em>Écosocialisme</em>, « Les Petits Libres », Mille et une nuits, 2011.</p>
<p> </p>
<div>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/lectures/bonnes-feuilles-%C3%A9cosocialisme-michael-l%C3%B6wy#_ftnref1">[1]</a> James Hansen, <em>Storms of my Grandchildren. The Truth about the coming climate catastrophe and our last chance to save humanity</em>, Bloomsbury, New York, 2009, p. IX.</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/lectures/bonnes-feuilles-%C3%A9cosocialisme-michael-l%C3%B6wy#_ftnref2">[2]</a> Hervé Kempf, <em>Comment les riches détruisent la planète, </em>Le Seuil, 2007. Voir aussi son autre ouvrage tout aussi intéressant, <em>Pour sauver la planète, sortez du capitalisme</em>, Le Seuil, 2009.</p>
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<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/lectures/bonnes-feuilles-%C3%A9cosocialisme-michael-l%C3%B6wy#_ftnref3">[3]</a> Daniel Tanuro, <em>L’impossible capitalisme vert, </em>« Les Empêcheurs de penser en rond », La Découverte, 2010. <em>Cf</em>. le recueil collectif, organisé par Vincent Gay, <em>Pistes pour un anticapitalisme vert,</em>Syllepse, 2010, avec des collaborations de Daniel Tanuro, François Chesnais, Laurent Garrouste, et autres. On trouve aussi une critique argumentée et précise du capitalisme vert dans les travaux des éco-marxistes nord-américains : Richard Smith, « Green capitalism : the god that failed », <em>Real-world Economic Review, </em>n° 56, 2011 et John Bellamy Foster, Brett Clark and Richard York, <em>The Ecological Rift, </em>Monthly Review Press, New York, 2010.</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="http://www.contretemps.eu/lectures/bonnes-feuilles-%C3%A9cosocialisme-michael-l%C3%B6wy#_ftnref4">[4]</a> Stéphane Lavignotte, <em>La décroissance est-elle souhaitable ?</em>, Textuel, 2010.</p>
</div>
</div>
<p><a href="http://www.contretemps.eu/auteurs/michael-loewy">Michael Löwy<br />
</a>13/09/2011 — 18:43</p>
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<p> </p>
<hr />
<p><em>Michael Löwy est né au Brésil (1938) et vit à Paris depuis 1969. Il est directeur de recherche émérite au CNRS. Parmi ses ouvrages : La Guerre des dieux, religion et politique en Amérique latine (Éditions du Félin, 2000) et Walter Benjamin. Avertissement d’incendie(PUF, 2001). Il a coécrit Che Guevara, une braise qui brûle encore avec Olivier Besancenot (Mille et une nuits, 2007).</em></p>
<p><em><strong>L’Écosocialisme</strong></em>, par Michaël Lowy<br />
Éditions Fayard, Collection : Les Petits Libres<br />
Prix : 8,95$<br />
Code ISBN / EAN : 9782755506174 /<br />
Hachette : 4206587<br />
Format (105 x 150)<br />
Nombre de pages : 240</p>
<p> </p>
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		<title>La deuxième université des NCS</title>
		<link>http://www.cahiersdusocialisme.org/2011/09/04/la-deuxieme-universite-des-ncs/</link>
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		<pubDate>Sun, 04 Sep 2011 23:09:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Capitalisme / Néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[Communiqués / Événements]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Elle s’est donc déroulée tel que prévu du 25 au 27 août à l’UQÀM. L’ouverture des débats par Susan George a attiré environ 250 personnes, plus même si on considère le grand nombre de personnes qui n’ont pu pénétrer dans la salle AM050 ! Susan comme toujours a été décapante, sans pitié contre les pleutres [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Elle s’est donc déroulée tel que prévu du 25 au 27 août à l’UQÀM.</h3>
<p>L’ouverture des débats par Susan George a attiré environ 250 personnes, plus même si on considère le grand nombre de personnes qui n’ont pu pénétrer dans la salle AM050 ! Susan comme toujours a été décapante, sans pitié contre les pleutres et les sans-courage qui n’osent pas, même aujourd’hui, appeler un chat un chat et dénoncer le néolibéralisme. Elle s’en est prise effectivement aux atermoiements d’une certaine « gauche » associée à des forces qui s’intitulent encore « sociale-démocrates », mais qui aspirent surtout à « gérer » le système disloqué qui précipite le monde de crise en crise. Le Devoir d’ailleurs a fait un excellent résumé de sa présentation, ce qui a permis à quelques milliers de personnes d’apprendre la (grande) nouvelle que les NCS existent !<span id="more-7359"></span></p>
<p>Les deux jours pleins de travaux qui ont suivi, et où se sont inscrits 155 personnes ont été studieux et attentifs. L’analyse du capitalisme « réellement existant », à la base du néolibéralisme, a permis de comprendre davantage le « code génétique » du système dominant, en plus de ses articulations principales dans l’économie, la politique, l’État. Un autre module s’est penché sur l’histoire trop peu connue des mouvements sociaux au Québec, ainsi que sur la rupture de 1917 en Union soviétique. Aujourd’hui, cette histoire (les autres histoires aussi) n’est plus enseignée.</p>
<p>Dans les universités, la domination quasi-totale des études dites « postmodernistes » et culturelles dans les sciences sociales occultent non seulement les analyses structurelles mais aussi l’histoire des résistances. Dans l’optique qui prévaut actuellement, ce sont des micro identités, voire des individus qui deviennent le noyau dur de la réalité sociale. Il faut dire à leur décharge que les universitaires, dans leur majorité, sont maintenant soumis à un régime quasi despotique où les carrières sont déterminés par des critères imposés qui les dirige, plus qu’avant en tout cas, à servir les intérêts des dominants. Il y a bien sûr des exceptions, y compris parmi ceux et celles qui ont contribué aux travaux des NCS. Il faut ajouter cependant que la plupart des prestations ne sont pas venues d’universitaires, mais d’intellectuels issus des mouvements sociaux.</p>
<p>Les participan-tes à l’université des NCS ont également beaucoup planché sur les défis actuels du mouvement populaire, en particulier de la nécessaire lutte pour l’autonomie, non seulement contre l’État capitaliste, mais également dans le sens d’une refondation du politique conçu comme une lutte de masse. À travers l’écosocialisme et l’internationalisme, ce sont les masses qui font « irruption dans l’histoire », dans leur élan d’émancipation auto-organisé. Lors de la table-ronde à la fin à laquelle ont participé des militantEs de partis et de mouvements, cette centralité de la lutte et du mouvement social a été réaffirmée.</p>
<p>Plusieurs des textes ayant servi de support aux interventions sont déjà sur le site des NCS, de même que les interventions comme telles, représentant les efforts collectifs et individuels de près de 50 personnes. En effet, l’université des NCS devient un intense processus de production, avant, pendant et après la prestation comme telle. Une discussion aura bientôt lieu au sein du collectif sur les suites à donner, notamment en regard aux attentes et demandes venant de plusieurs mouvements sociaux.</p>
<p><em><strong>Pierre Beaudet</strong></em><br />
<em>Pour le comité d’organisation de l’Université d’été des NCS 2011</em></p>
<p> </p>
<p> </p>
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