Thème

Inégalités / Classes sociales

Les nouveaux prolétaires, de Sarah Abdelnour

Sarah Ab­del­nour, Les nou­veaux pro­lé­taires, « Pe­tite En­cy­clo­pédie cri­tique », Tex­tuel, 2011.

Cha­pitre 3 : Les nou­veaux pro­lé­taires, une nou­velle classe sociale ?

Comme l’indique Louis Chauvel, « dans les dé­mo­cra­ties dé­ve­lop­pées, la dis­pa­ri­tion de classes so­ciales sem­ble­rait un ac­quis et une évi­dence sur la­quelle il est in­congru de re­venir » (2001, p. 79). Se sont en effet mul­ti­pliés, à partir des an­nées 1980, les dis­cours po­li­tiques, mé­dia­tiques mais aussi so­cio­lo­giques qui pré­di­saient, voire re­la­taient, la dis­pa­ri­tion des classes so­ciales et l’avènement d’une « so­ciété des in­di­vidus ». Chauvel et un cer­tain nombre de cher­cheurs s’accordent tou­te­fois pour nuancer ce pos­tulat, en raison de « la per­sis­tance d’inégalités struc­tu­rées, liées à des po­si­tions hié­rar­chi­que­ment consti­tuées et por­teuses de conflits d’intérêts dans le sys­tème pro­ductif » (ibid., p. 316). Il semble en effet que des classes se main­tiennent sur le pa­pier, mais forment-elles pour au­tant des col­lec­tifs ca­pables de se mo­bi­liser pour dé­fendre leur cause ? Les classes en soi, re­pé­rables ob­jec­ti­ve­ment, forment-elles des classes pour soi ?

Lire la suite…
Un parti des « urnes et de la rue » pour sortir de l’impasse stratégique

« Cultiver tous les ter­rains ! Se tenir prêt au brusque chan­ge­ment des formes ! Sa­voir prendre toutes les armes ! Telles sont bien les maximes d’une po­li­tique conçue comme l’art du contre­temps et des pos­si­bi­lités ef­fec­tives d’une conjonc­ture dé­ter­minée. »
 – Da­niel Ben­saïd (La po­li­tique comme art stratégique)

Ce texte s’inscrit dans un débat avec des membres de l’Union Com­mu­niste Li­ber­taire qui porte sur le projet po­li­tique et stra­té­gique que re­pré­sente Québec So­li­daire (QS)[1]. Au cœur du débat, il s’agit de sa­voir si QS peut de­venir un « parti des urnes et de la rue » et une force vi­sant la trans­for­ma­tion ra­di­cale de la so­cié­téou si, comme le sou­tient l’UCL, cette or­ga­ni­sa­tion po­li­tique est condamnée à l’électoralisme et à la bu­reau­cra­ti­sa­tion. C’est un débat cru­cial, que nous sommes heu­reux de pour­suivre. Nous ten­te­rons ici de pré­senter plus en dé­tails les fon­de­ments de notre ré­flexion et cer­taines des rai­sons pro­fondes de notre en­ga­ge­ment dans ce parti-processus.

Lire la suite…
Classes en lutte

De­puis la fin des trente glo­rieuses, la chute de l’URSS et le triomphe du ca­pi­ta­lisme fi­nan­cier mon­dia­lisé, la lutte des classes passe à la trappe. Elle a qua­si­ment dis­paru des dis­cours po­li­tiques et mé­dia­tiques, au profit des thèses sur la « moyen­ni­sa­tion » et l’émiettement de la so­ciété. Pour­tant, la guerre des classes se pour­suit jour après jour… tous les coups sont permis et les riches sont en train de la remporter.

Lire la suite…
Le mouvement « Occupy » aux Etats-Unis :
Alors, quelles sont les revendications ? Et où allons-nous à partir d’ici ?
Nous vous pro­po­sons ici la tra­duc­tion en fran­çais d’un ar­ticle* éclai­rant sur la stra­tégie et l’importance des mou­ve­ments Oc­cupy, écrit par la phi­lo­sophe et fé­mi­niste Ju­dith Butler. [Ré­dac­tion de la Gauche an­ti­ca­pi­ta­liste (Suisse)]

De­puis que le mou­ve­ment Oc­cupy a fait son ap­pa­ri­tion dans le pay­sage po­li­tique, cri­tiques et scep­tiques se sont tous em­pressés de poser la ques­tion : « et alors, quelles sont ses re­ven­di­ca­tions ? » Au cours des der­niers mois, les scep­tiques ont en plus de­mandé si le mou­ve­ment avait perdu de son am­pleur de­puis que de nom­breux sites oc­cupés ont été dis­persés par la po­lice sur ordres de l’Etat. Exa­mi­nons d’abord la ques­tion des re­ven­di­ca­tions, et tournons-nous en­suite vers la ques­tion de l’endroit où Oc­cupy se passe aujourd’hui.

Lire la suite…
Terreurs et violences

Dans ce texte écrit au sujet de l’essai de Mike Davis, Les Héros de l’Enfer, Da­niel Ben­saïd re­trace les dé­bats sur la vio­lence ré­vo­lu­tion­naire et sur le « ter­ro­risme » dans l’histoire du mou­ve­ment ouvrier.

«Al­chi­mistes de la ré­vo­lu­tion, ils ont en par­tage avec les al­chi­mistes d’antan la confu­sion des idées et l’esprit borné rempli d’idées fixes. Ils se pré­ci­pitent sur des in­ven­tions cen­sées ac­com­plir des pro­diges ré­vo­lu­tion­naires : bombes in­cen­diaires, ma­chines in­fer­nales aux ef­fets ma­giques, émeutes qui, espèrent-ils, se­ront d’autant plus mi­ra­cu­leuses et sur­pre­nantes qu’elles au­ront moins de fon­de­ments ra­tion­nels. »
 – Karl Marx, « Re­cen­sion des Conspi­ra­teurs d’A. Chenu », Oeuvres po­li­tiques, tome I, Paris, Pleiade Gal­li­mard, p. 361.

Lire la suite…
Violence invisible

1821 ma­ni­fes­tants ont été ar­rêtés par la po­lice lors du Congrès ré­pu­bli­cain qui s’est tenu à New York à la fin du mois d’août et au début du mois de sep­tembre (selon la po­lice, source : New York Times, 4 sep­tembre). C’est presque quatre fois plus que lors des ma­ni­fes­ta­tions contre l’Organisation mon­diale du com­merce (OMC) à Seattle en 1999. Et pour­tant… À New York, il n’y a pas eu de Black Blocs, ni de vi­trines de McDonald’s ou de banques fra­cas­sées, ni de clô­ture ren­versée. Bref, les ma­ni­fes­tants étaient « pa­ci­fiques » et « non-violents », comme les po­li­ti­ciens et po­li­ciers les aiment. Ré­sultat, les mé­dias of­fi­ciels — pu­blics ou privés — ont à peine parlé du grand dé­filé de plu­sieurs cen­taines de mil­liers de ma­ni­fes­tants, et peu ou pas du tout des di­zaines d’actions dé­cen­tra­li­sées qui se sont suc­cé­dées pen­dant plu­sieurs jours. Il semble que pour les mé­dias of­fi­ciels, c’est sur­tout la « vio­lence » qui jus­tifie qu’on parle des manifestants.

Lire la suite…
Slavoj Zizek
La violence n’est pas un accident de nos systèmes, elle en est la fondation
  • Vio­lence. Six ré­flexions trans­ver­sales, par Slavoj Zizek, Au diable vau­vert, 2012.
  • Sur le site de l’éditeur : http://www.audiable.com, on peut lire ceci :
Par
Lire la suite…
La violence symbolique, qu’est-ce que c’est ?

La vio­lence sym­bo­lique est une do­mi­na­tion sociale

C’est un pro­cessus de sou­mis­sion par le­quel les do­minés per­çoivent la hié­rar­chie so­ciale comme lé­gi­time et na­tu­relle. Les do­minés in­tègrent la vi­sion que les do­mi­nants ont du monde. Ce qui les conduit à se faire d’eux-mêmes une re­pré­sen­ta­tion né­ga­tive. La vio­lence sym­bo­lique est source chez les do­minés d’un sen­ti­ment d’infériorité ou d’insignifiance.

Lire la suite…
La dérive

On se de­mande tous com­ment dans les an­nées 1930, au­tant de dé­mo­cra­ties eu­ro­péennes ont pu sou­dai­ne­ment de­venir des ré­gimes au­to­ri­taires, ba­fouant les droits et les li­bertés des in­di­vidus, em­pri­son­nant des syn­di­ca­listes, en­le­vant des op­po­sants, as­sas­si­nant des in­tel­lec­tuels, mas­sa­crant des manifestants.

La ré­ponse, nous la vi­vons aujourd’hui.

Lire la suite…
Reprendre du pouvoir sur la production

1. Le constat : sou­mis­sion et in­ten­si­fi­ca­tion du travail

Le constat que l’on peut faire de la dé­gra­da­tion du rap­port de force des tra­vailleurs, et en par­ti­cu­lier de leurs condi­tions de tra­vail, est très sombre. Si pen­dant les « Trente glo­rieuses », l’assujettissement dans le tra­vail sa­larié (par la tay­lo­ri­sa­tion et la sou­mis­sion au rythme de la ma­chine, par l’omniprésence des chefs, par l’absence de toute au­to­nomie dans le tra­vail) s’était ac­com­pagné, et avait en quelque sorte été « com­pensé », par des aug­men­ta­tions de sa­laires, des ac­quis so­ciaux en terme de men­sua­li­sa­tion, de pro­tec­tion so­ciale et de congés payés, ce com­promis est fini.

Lire la suite…