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	<title>Nouveaux Cahiers du socialisme &#187; Écologie</title>
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	<description>Faire de la politique autrement, ici et maintenant...</description>
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		<title>L’écologie politique est un humanisme !</title>
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		<pubDate>Tue, 31 Jan 2012 17:58:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Philo / Socio / Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Recension / Notes de lecture]]></category>

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		<description><![CDATA[Résumé : Un livre dense et ambitieux, qui relie, de manière nécessaire, les exigences portées par la question écologique à divers champs de l’éthique appliquée (agriculture, rapport de l’homme à l’animal, organisation sociale du travail, éducation, handicap). Titre du livre : Eléments pour une éthique de la vulnérabilité : Les hommes, les animaux, la nature Auteur : Corine [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Résumé : Un livre dense et ambitieux, qui relie, de manière nécessaire, les exigences portées par la question écologique à divers champs de l’éthique appliquée (agriculture, rapport de l’homme à l’animal, organisation sociale du travail, éducation, handicap).</strong></p>
<p>Titre du livre : Eléments pour une éthique de la vulnérabilité : Les hommes, les animaux, la nature<br />
Auteur : Corine Pelluchon<br />
Éditeur : Cerf<br />
Date de publication : 31/01/12<br />
N° ISBN : 2204088242<span id="more-8436"></span></p>
<p>Que faire pour que la prise en compte des problèmes écologiques ne se réduise pas à de simples déclarations d’intention ? Que faire pour que l’écologie, au-delà d’une simple éthique du quotidien, devienne une véritable écologie politique ? Comment sortir des impasses, des déceptions qui se renouvellent lors de chaque sommet interétatique ou  de prises de position gouvernementales, consacrés aux questions écologiques ?</p>
<p>C’est à ce type de questions que répond le livre dense et ambitieux de Corine Pelluchon <em>Eléments pour une éthique de la vulnérabilité</em>. Nourri des réflexions de ses précédents travaux (notamment <em>L’autonomie brisée</em>, Paris, PUF, 2009), l’ouvrage montre que la réponse à ces questionnements est exigeante, en ce qu’elle implique de « soumettre à la critique le modèle d’organisation sociale et politique qui s’est imposé en Occident  »<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank">  </a>. Cette critique est au cœur même de la réflexion écologique qui pointe non seulement la « défaillance de nos institutions  »<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank">  </a>, comme instances décisionnelles et de mise en œuvre, mais aussi la « naïveté de nos présupposés anthropocentriques  ». Ces présupposés ont des conséquences qui touchent à la fois la manière dont l’homme pense son rapport à la nature, à la terre, mais aussi la manière dont il pense son rapport aux autres hommes, particulièrement à ceux  dont le mode de vie, ou d’être, ne répond pas aux normes dominantes, valorisées dans l’espace social : l’autonomie conquérante et la performance.</p>
<p>C’est en ce sens que Corine Pelluchon  met en avant les exigences portées par la question écologique. Prise dans sa radicalité, elle n’exige rien de moins qu’une refondation complète de la pensée politique, c’est-à-dire de son soubassement ontologique. L’ontologie qui soutient une philosophie politique rénovée par la prise en compte sérieuse de la question écologique nécessite de repenser l’homme dans son rapport à cet autre qu’est la nature et dans son rapport aux autres hommes. Une pensée conséquente qui a pour centre l’homme suppose de l’appréhender de manière décentrée, à travers son autre, ses autres. Cette inscription de l’altérité au cœur d’une pensée de l’homme, qui invite à le penser non pas à partir de ce qui lui est propre, mais à partir de ses autres, est, de manière stricte, l’objet de l’éthique de la vulnérabilité.</p>
<p>Cette éthique a des implications politiques immédiates : l’efficacité de l’action politique (institutionnelle ou citoyenne) ne peut s’effectuer qu’au prix d’une telle refondation de la pensée de l’homme, qui sous-tend l’agir. Refondation qui loin de faire de l’écologie une option politique et philosophique périphérique, l’inscrit pleinement au cœur d’un projet progressiste de civilisation, qui engage une critique profonde des modes de vie et d’organisation socio-économiques humains et des modèles de développements  qu’ils défendent.</p>
<p>Les perspectives offertes par <em> Eléments pour une éthique de la vulnérabilité </em>sont ainsi surprenantes, en ce qu’elles nous invitent, sans détour, à nous défaire de certaines thèses, qui sonnent comme de lourdes évidences.</p>
<p>D’abord, ce n’est pas en partant d’une pensée de la nature  mais bien en partant d’une pensée de l’<em>homme </em>qu’on peut prendre la mesure de ce qu’exige l’écologie, d’un point de vue ontologique et politique<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank"> </a>. L’écologie, en ce sens, est un humanisme, mais un humanisme de l’altérité, c’est-à-dire un humanisme non anthropocentrique, qui, intègre une critique de la philosophie classique du sujet et de sa traduction politique comme théorie contractualiste. Humanisme qui se fonde sur la manière dont l’individu se pense lui-même « dans son rapport aux autres et à la terre qu’il habite  »<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank">  </a>.</p>
<p>Ensuite, loin d’une incrimination de la justice et de la pensée des Droits de l’Homme et des institutions libérales, l’écologie, bien pensée – c’est-à-dire prise au cœur du renouvellement conceptuel et ontologique qu’elle appelle – suppose leur enrichissement. L’écologie politique ne suppose ni un appareil compliqué de réglementations, ni même, de la part de l’Etat, une forme de tyrannie bienveillante – limitant les libertés négatives de l’homme pour le bien de ce dernier – elle engage une véritable rénovation de l’exercice démocratique. L’écologie invite à repenser la démocratie en l’épaississant d’une certaine compréhension de l’homme. Loin de les rejeter, elle renforce les normes de l’Etat et de la vie démocratique, comprise comme espace public d’expérimentations citoyennes (associations, pratiques sociales etc.) et de débat : le renforcement de ces normes est le seul moyen d’intégrer, de manière sérieuse et efficace, l’écologie à la politique, ou mieux encore, de constituer quelque chose comme une véritable écologie politique.<br />
Ainsi, l’écologie,  en ce qu’elle appelle une philosophie à la hauteur des révolutions qu’elle doit engager sur le plan de nos modes de vie et de l’appréhension de notre être, renoue avec l’idéal de civilisation des Lumières en le rénovant.</p>
<p>Les Lumières, et même avant elles Descartes ou la Bible (!) ne sont pas coupables ! Coupables d’avoir promu une certaine compréhension de l’homme, « empire dans un empire  », faisant de la nature un simple réservoir. Cependant, l’idéal civilisationnel porté par les Lumières, doit être revu, pour mieux servir l’entreprise de déconstruction, à la fois théorique et pratique, du mythe de l’individualisme néo-libéral, où l’individu humain conçoit  sa relation à la terre, ou aux autres hommes,   à l’aune des catégories de « performance  » et d’  « utilité  » - se rapportant ainsi à ce qui n’est pas lui « comme à un moyen au service de sa vie  »<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank">  </a>. Cette déconstruction invite à  « repenser un idéal d’humanité qui n’est pas lié à la possession de certaines capacités, ou à l’appartenance à une espèce, mais qui dépend de certaines valeurs  »<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank">  </a>.</p>
<p>Par conséquent, toute philosophie prenant pour objet la question écologique et ayant même pour fin de la fonder, doit se déployer au sein d’approches multiples qui interrogent les différents modes d’être de l’homme dans son rapport à ses autres (cet autre qu’est la nature comprise comme « plurivers  » (Latour), cet autre de l’autre qu’est l’animal, ou encore cet autre, dans une société qui valorise l’autonomie conquérante et la performance, qu’est la personne en situation de polyhandicap etc.). Ces différentes approches, qui constituent autant de terrains pour l’éthique appliquée, sont convoquées par l’auteur pour procéder à une réforme du sujet.  Cette réforme constitue l’objet de l’éthique de la vulnérabilité.</p>
<p>Dans cette éthique, qui sous-tend le projet d’une écologie politique rénovée par une ontologie, le sujet humain n’est plus conçu comme un agent moral autonome, défini par la raison ou l’autodétermination. Il se conçoit comme responsabilité.</p>
<p>Ce concept de responsabilité, que Corine Pelluchon façonne en prolongeant l’héritage lévinassien, ne se confond pas avec l’obligation ; il redéfinit la subjectivité, en rompant avec l’idée d’un sujet autosuffisant. Ce concept, au cœur de l’éthique de la vulnérabilité, redessine notre compréhension de  la liberté, en ce qu’elle est infléchie par une triple expérience de l’altérité :  1/ altération du soi et de notre corps, 2/ passivité du vivant (« qui vit de, se nourrit, a froid ou gèle…  »<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank">  </a>), qui invite à une réhabilitation de la sensibilité comme susceptibilité à la douleur, 3/ responsabilité pour l’autre liée à la reconnaissance de l’altérité en moi.</p>
<p>Le sujet que je suis, en acceptant que sa volonté puisse être mise en échec<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank"> </a>, qu’il est un vivant passif, et qu’il peut être confronté à un autre qui « échappe à son pouvoir et à sa connaissance  »<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank">  </a>, reconnaît sa propre vulnérabilité et se rend ainsi capable d’accompagner d’autres êtres qui incarnent une « vulnérabilité extrême  »<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank">  </a>. La vulnérabilité, qui ne se confond pas avec la fragilité (« état de celui dont le bien-être et l’estime de soi dépendent complètement de l’autre  »<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank">  </a>), fait ainsi référence « à notre susceptibilité au plaisir, à la douleur et au temps, à l’incomplétude du psychisme et souligne à la fois notre besoin de l’autre et notre ouverture à l’autre  »<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank">  </a>. Le sujet que je suis n’est pas ce sujet  de l’individualisme triomphant, maître de lui-même, en pleine possession de ses moyens, affirmant, volontaire et conquérant, que tout est possible. Le sujet que reconnaît l’éthique de la vulnérabilité est un « sujet brisé  », dont le mode d’être est, à ce titre, la responsabilité.</p>
<p>C’est cette refondation de la philosophie du sujet, qui intègre l’altérité au cœur de la subjectivité et conçoit le rapport de l’homme à l’autre sous deux modalités, celle de la responsabilité pour l’autre et celle du besoin de l’autre, qui doit porter une pensée des Droits de l’Homme et de la démocratie, capables de tenir toutes leurs promesses. Les Droits de l’Homme, enrichis par l’éthique de la vulnérabilité, ne visent pas la simple conservation de l’homme mais impliquent la question du droit à être et l’étendent à l’autre de l’homme. La promotion d’un humanisme de l’altérité, fondée sur l’éthique de la vulnérabilité,  inscrit donc, de manière nécessaire, la question animale et celle de la terre, ces autres de l’homme, au cœur des droits de l’homme. Si les Droits de l’Homme incarnent proprement un idéal de justice,  qui combat cette violence qui « [installe] une séparation entre les êtres qui sont dignes de considération et ceux qui ne le sont pas  »<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank">  </a>, alors ils peuvent se faire instrument d’une écologie politique, dont le champ d’action ne se limite pas à la simple protection de l’environnement, mais questionne la manière dont l’homme habite le monde. L’écologie politique, en tant qu’elle est un humanisme, ne peut faire l’économie d’une réflexion sur les modes de production et d’organisation sociopolitique des hommes, et doit s’inquiéter des formes d’exclusion générées par eux.</p>
<p>L’éthique de la vulnérabilité se présente ainsi comme une « éthique minimale  » dont l’ambition est « maximale  »<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank">  </a>. Ethique minimale, en ce qu’elle se concentre sur un concept unique<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank"> </a>, celui de responsabilité, hérité de la philosophie lévinassienne, mais dont le champ opératoire est étendu à la question de la terre et de l’animal. Ambition maximale, en ce qu’elle invite, contre l’idéologie du sujet autosuffisant, à repenser notre mode d’organisation humain et notre relation à la nature.</p>
<p>Prendre véritablement la mesure de ce qu’exige l’écologie, explique ainsi qu’on ne puisse pas s’en tenir à la seule question de la « nature  », et qu’il faille embrasser divers champs de l’éthique appliquée (problème de l’animal, de la culture, de l’agriculture, de l’éducation, de l’organisation du travail, de la prise en compte de l’handicap etc.).</p>
<p>Ce geste d’envergure, qui traverse la réflexion, est la condition d’une philosophie politique cohérente et conséquente, c’est-à-dire soutenue par un humanisme de l’altérité, comme le montre l’auteur.  Il structure le développement même de l’ouvrage, dont chacune des trois parties correspond à la prise en charge d’un questionnement éthique précis.</p>
<p>La première partie, qui part d’une analyse critique des accusations « fausses et naïves  » qui pèsent sur les conceptions de la relation de l’homme à la nature produites par la Bible, Descartes et les Lumières, questionne le projet de l’écologie profonde. Si l’écologie profonde a pu effectivement remettre en cause une « vision du monde où l’homme est considéré comme la mesure de toute chose  »<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank">  </a> , il lui manque encore une philosophie, qui pourrait lui donner toute son assise ontologique (déterminer les catégories de notre être à la nature) et politique. Partant de l’éthique de la terre de Léopold, qui développe un concept non instrumental de la terre, de la théorie de la valeur de Rolston, qui implique la nécessité de se décentrer « pour penser ce qui est bon pour un écosystème  »<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank">  </a> et de l’idée que « le politique ne concerne pas que les hommes mais un « plurivers  » (Latour)  »<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank">  </a>, l’auteur montre que les impératifs écologiques supposent une certaine compréhension de l’altérité, qui, pour être prise concrètement et efficacement en compte, exige plus de démocratie.</p>
<p>Repenser la question de la représentation en démocratie devient un problème crucial quand il s’agit de poser la question  du droit à être des animaux confrontés à la brutalité de l’élevage intensif. Cette confrontation constitue une épreuve pour la justice humaine : « Aussi la réflexion sur la justice envers les bêtes est-elle l’épreuve de la justice. Elle implique l’élaboration de catégories juridiques dépassant la dichotomie entre les choses et les personnes et conduisant à penser le sujet autrement, c’est-à-dire à fonder le droit, y compris les droits de l’homme, sur une conception du sujet nous permettant de penser  nos responsabilités à l’égard de tous les autrui appréhendés selon les normes spécifiques à leur espèce et même en référence à leur histoire<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank"> </a>.  » L’animal, en tant qu’il est un être sensible – ce que nous invite à considérer pleinement l’éthique de la vulnérabilité – « limite notre droit et l’usage que nous pouvons faire de [lui]<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank"> </a>.  » La prise en compte de la question animale, qui fait l’objet de la deuxième partie, inscrit la question du droit de l’animal au cœur d’une théorie des capabilités prenant en compte les besoins de base des bêtes et les normes d’épanouissement propres à leurs espèces. La question du droit de l’animal modifie les catégories majeures de la philosophie morale et politique, en promouvant un humanisme de la diversité qui ne se construit plus sur la distinction de l’homme et de l’animal, mais sur leur inséparabilité – ce dont témoignent les résultats de l’évolutionnisme biologique.</p>
<p>On comprendra ainsi les effets de la prise en compte de la question animale et de la terre, sur notre manière d’appréhender les modes de vie humains, le fonctionnement démocratique et la participation des citoyens au sein de l’espace public. Dans la troisième et dernière partie de son livre, Corine Pelluchon s’attache aux formes de déni du réel et de distorsion communicationnelle qui accompagnent les discours sur le travail. De la même manière que l’élevage des animaux et l’exploitation de la terre, l’espace humain du travail est soumis à des impératifs utilitaires de performances qui séparent et détruisent les hommes. Ces processus violents d’exclusion, qui créent de l’insécurité, s’accompagnent d’un détournement de vocabulaire où « valorisation désigne réification, où qualité signifie quantité, où l’évaluation individuelle est l’outil de l’homogénéisation et le terreau de l’individualisme <a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank">  </a> ». Ces détournements de la langue permettent une forme de contamination du mal, où le malheur infligé (aux autres hommes, aux bêtes, à la terre) est interprété  comme une forme de courage, ou  comme une capacité à s’adapter à la réalité. La résistance à ce mal et à sa contamination passe par plus de démocratie, au sens où il faudrait créer un espace de discussion, permettant l’élaboration d’une parole juste, qui n’est plus le véhicule de cette idéologie – projet dans lequel la philosophie trouve toute sa place.</p>
<p>Très concrètement, l’entreprise de récupération de la langue, du langage, socle de la liberté de penser, passe par une juste compréhension de ce qu’est la culture et de que ce qu’on doit attendre de l’éducation. Sur ce deuxième point, on saura gré à Corine Pelluchon de ne  laisser  place ni aux discours tristes et réactionnaires sur la crise de l’école en France, ni aux discours démagogiques l’accusant d’être inadaptée à la réalité<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank"> </a> : c’est le discours du marketing qui est déconnecté de la réalité du travail des hommes, pas l’enseignement en tant qu’il porte des valeurs, notamment celles d’une culture comprise comme « amour du monde  ». La question de l’éducation est ainsi au cœur de l’éthique de la vulnérabilité, en tant qu’elle participe aussi à la construction d’une raison publique, qui garantit le juste exercice démocratique, en prenant en considération tous les autres.</p>
<p>Le cœur de l’éthique de la vulnérabilité consiste ainsi à véritablement considérer l’autre et non pas à l’appréhender à partir de ses déficiences, ce qui se traduit, politiquement et socialement, par le vocabulaire de l’assistanat ou du parasitisme social, ou écologiquement, par l’idée d’une nature-ressource, ou réservoir. Cette éthique réalise ainsi ses ambitions maximales quand on appréhende à travers elle la question du polyhandicap. Pointant les limites de l’éthique du care, qui ne permet pas de « modifier l’image du lien social de telle sorte que nous puissions nous orienter vers un autre modèle de société »<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank">  </a>, l’éthique de la vulnérabilité reconnaît le nécessaire besoin de participation au monde de toute personne, qu’elle soit en situation de handicap (ou polyhandicap) ou non — reconnaissance qui doit se traduire matériellement par la construction d’institutions adaptées permettant aux individus d’enrichir leur vie sociale.</p>
<p>On l’aura ainsi compris, <em>Eléments pour une éthique de la vulnérabilité </em>promeut, d’un point de vue moral et politique, une certaine compréhension de la justice, fondée sur la considération de l’autre, de tout autre. Cette éthique doit « dégager des éléments permettant  de construire une société plus juste – fidèle à l’humanisme de l’altérité  »<a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank">  </a>. Si ce livre, très riche, pose les jalons d’une philosophie véritable de l’écologie, on pourra peut-être attendre encore  de plus amples développements sur la tension qui existe entre la vie démocratique et ses institutions,  ainsi que sur la nature des engagements citoyens  seuls capables de sortir de cette triste alternative, décriée par l’auteur, qui constitue une impasse pour la démocratie, celle d’un balancement entre la technocratie ou le recours à un chef charismatique.</p>
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		<title>En route vers Rio+20 et au-delà</title>
		<link>http://www.cahiersdusocialisme.org/2012/01/29/en-route-vers-rio20-et-au-dela/</link>
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		<pubDate>Mon, 30 Jan 2012 04:08:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Communiqués / Événements]]></category>
		<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>

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		<description><![CDATA[Mouvements Sociaux au Sommet des Peuples pour la justice environnementale et sociale, contre la marchandisation de la vie et de la nature, et pour la défense des biens communs NOUS NOUS MOBILISONS ENSEMBLE EN ROUTE VERS RIO+20 ET AU-DELA Pour Nos Droits et les Droits de la Nature, contre la Marchandisation de la Vie et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div>
<p>Mouvements Sociaux au Sommet des Peuples pour la justice environnementale et sociale, contre la marchandisation de la vie et de la nature, et pour la défense des biens communs</p>
<p>NOUS NOUS MOBILISONS ENSEMBLE EN ROUTE VERS RIO+20 ET AU-DELA</p>
<p>Pour Nos Droits et les Droits de la Nature, contre la Marchandisation de la Vie et le Reverdissement du Capitalisme<span id="more-8420"></span></p>
<p>Nous, organisations, réseaux et mouvements sociaux, qui sommes impliqués dans la construction du Sommet des Peuples pour la justice sociale et environnementale, contre la marchandisation de la vie et de la nature, et pour la défense des biens communs qui se tiendra à Río de Janeiro, Brésil, du 18 au 23 juin 2012, face au déroulement simultané dans cette même ville de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable (Río+20) , lançons un appel à la mobilisation et à la coordination des luttes en tous points de la planète. Pour garantir que tous les peuples, en particulier les plus vulnérables, auront le droit d’accéder à l’eau, aux aliments, à l’énergie, à la terre, aux semences et aux territoires et à des moyens de vie dignes, et pour revendiquer les droits de la Terre Mère, nous sommes en train d’édifier ensemble, comme activité de ce processus d’articulation, l’Assemblée permanente des Peuples , qui se tiendra à Rio .</p>
<p>Cette assemblée aura pour défi de faire entendre la voix des femmes et des hommes, jeunes et âgés, qui résistent jour après jour à l’avancée d’un modèle de développement par définition non durable, dont le caractère déprédateur et inhumain cherche à soumettre chaque aspect de la vie à l’action du marché, faisant toujours passer les bénéfices de quelques-uns avant le bien-vivre de tous, alors qu’il essaie de présenter un visage toujours plus « vert » derrière lequel il peut se dissimuler.</p>
<p>Ce fut pendant la Conférence sur l’environnement et le développement de Río en 1992– dénommée Sommet de la Terre, ou Río 92 –, qu’une mobilisation sociale presque sans précédent face à un rendez-vous des États vit naître, entre autres choses, la Convention sur la diversité biologique et la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique.</p>
<p>Or, les principes fondateurs de cette Convention sur le changement climatique – la responsabilité historique des pays industrialisés dans le changement climatique, la dette écologique et climatique, et par conséquent les responsabilités communes mais au traitement différencié – souffrent aujourd’hui les attaques du capital le plus concentré, dans sa tentative de transformer la vie en une marchandise asservie à ses buts lucratifs. Après les reculs observés lors des négociations de Copenhague (2009) et de Cancún (2010), rien ne laisse espérer des résultats moins décevants de la CdP 17 à Durban (du 28 novembre au 9 décembre 2011). De même, à partir de la CdP 10 de la Convention sur la diversité biologique qui eut lieu à Nagoya en 2010, la marchandisation de la nature prit le devant de la scène grâce à la proposition de « mécanismes financiers innovant », qui reprennent la même logique erronée des marchés du carbone.</p>
<p>Mais ce fut aussi à Río 92 déjà, que le monde des grandes entreprises commença à brandir le drapeau du « développement durable », car il était possible d’en faire une bonne affaire. Ce même concept, complété lors de Río+10 par celui de « responsabilité sociale des entreprises » et pourri jusqu’à la moelle par l’ouverture et la déréglementation néolibérale, et par la mondialisation de l’économie capitaliste hégémonique, cause aujourd’hui des ravages dans la vie des peuples et de la planète, et menace d’en produire encore davantage. Et cette tendance s’amplifie par le biais des mécanismes et des politiques d’ajustement structurel de ce qu’on appelle l’« économie verte ». Tout comme le calendrier néolibéral de privatisations des services publics dans les années 90, elle libéralise la Nature et la met à la disposition des marchés, en la divisant en composants – comme le carbone, la biodiversité ou les services environnementaux – pour faciliter en même temps la spéculation financière, la mainmise des entreprises, la perte de la souveraineté alimentaire et le dépeuplement des territoires.</p>
<p>Face à cette réalité, il faut que nous fassions de Río+20 un processus mondial de forte mobilisation, afin de lutter contre un système meurtrier qui cherche à se perpétuer à tout prix, et pour renforcer les luttes et les résistances nécessaires à notre survie grâce à l’élaboration d’alternatives non capitalistes comme la souveraineté alimentaire. La continuité et la profondeur des crises actuelles, leur caractère systémique et chaque fois plus militarisé et violent, le manque de réponses adéquates de la part de la majorité des gouvernements, et le détournement des instances de négociation multilatérales au profit des intérêts géopolitiques et commerciaux, mettent en évidence la nécessité urgente de construire un espace propre, pluriel, démocratique et autonome, porteur d’un message fort et avec des réussites concrètes, capable de s’instituer non seulement en caisse de résonance de nos dénonciations et de nos revendications, mais aussi en multiplicateur de notre créativité et de nos points forts, de notre solidarité et de notre espoir.</p>
<p>Face à l’énorme kermesse des fausses solutions que préparent pour Río+20 les grandes entreprises, les banques et institutions financières internationales et les gouvernements complices, dans le but de consolider un capitalisme reverdi comme unique réponse aux multiples crises déclenchées par eux – crises économique, écologique, alimentaire, énergétique, démocratique, climatique, de droits, de genre, crise de civilisation pour tout dire -, le Sommet des Peuples devra répondre au défi de tisser et de rendre visibles les vraies solutions qui sont en voie d’élaboration par les peuples, à la campagne, dans les forêts, dans les usines, dans les communautés, les quartiers, les écoles et autres lieux de travail et de rencontre.</p>
<p>Nous invitons donc à nous impliquer dans ce processus et à nous mobiliser partout en vue de Río+20, en lançant des campagnes et des initiatives de débat et de formation, d’élargissement de plates-formes de stratégie et d’action conjointe, de coordination et d’appui solidaire entre les luttes concrètes et les revendications rassembleuses.</p>
<p>Nous appelons les peuples et les mouvements qui luttent contre toutes les formes de déprédation et de domination, à s’unir à nous en une Assemblée permanente des Peuples où, face à la marchandisation de la vie et au « reverdissement » du capitalisme, nous affirmerons nos droits et ceux de la Nature par-dessus la rhétorique de « l’ économie verte ».</p>
<p>Au moyen de témoignages et d’analyses, d’échanges et de solidarité, de mobilisation et d’actions concrètes, cette Assemblée devra relever le défi de renforcer les luttes présentes et de convoquer à de nouvelles actions et à de nouvelles initiatives, qui créeront de nouvelles plates-formes d’unité. En ce sens, dans l’Assemblée permanente des Peuples, les lésés hommes et femmes, les vrais créanciers des dettes sociales et financières, écologiques et climatiques, démocratiques et de genre – que le capitalisme, le patriarcat, l’impérialisme, le racisme et l’anthropocentrisme accumulent – auront pour gageure de contribuer de façon significative à la coordination de nos efforts divers pour construire des économies et des socié ;tés non capitalistes, justes et équitables, en harmonie avec toutes et tous et avec la Nature , pour surmonter la faim, la paupérisation, l’exploitation et l’oppression, en prenant appui sur les nombreuses luttes en cours, et en nous aidant à nous préparer pour affronter les défis stratégiques des temps prochains.</p>
<p>Nous réaliserons en outre des activités d’autogestion autour des aspects vitaux du processus de transformation systémique et civilisatrice, nous chercherons à connaître et à appuyer directement les luttes des habitants de Río de Janeiro et de toutes parts, dans leurs efforts de survie face à la poussée du capitalisme et de son visage reverdi, en incluant les méga-événements, l’accaparement des terres, les mégaprojets, les mécanismes dits de développement propre et tout le fatras de sigles et de noms trompeurs comme REDD, REDD+ ou biocombustibles. Nous dénoncerons les responsables, nous organiserons des actions directes et aussi, comme il convient, nous célèbrerons la vie et l’espoir qui naissent et se nourrissent de nos combats et de nos conquêtes.</p>
<p>Nous appelons à nous mobiliser pour construire le Sommet des Peuples pour la justice sociale et environnementale contre la marchandisation de la vie et pour la défense des biens communs, et l’ Assemblée permanente des Peuples , sur la base des multiples luttes en cours, pour défendre la vie, la souveraineté – alimentaire, énergétique, financière, territoriale, politique -, l’autodétermination, l’égalité et les droits de l’homme et de la nature, en analysant les origines de la crise actuelle et les nouvelles modalités d’accumulation capitaliste, de colonisation et d’esclavage. Unissons-nous en tant que mouvements, organisations et réseaux sociaux pour que Rio+20 devienne une grande mobilisation populaire qui affermisse les bases locales, régionales et mondiales nécessaires pour rep ousser la charge du capitalisme « vert ». Rio+20 devrait être un point de départ pour un monde plus juste et plus solidaire.</p>
<p>4 décembre 2011.</p>
<p>Nous vous attendons pour construire ensemble !</p>
<p>On ne vend pas la vie, on la défend !</p>
<p>C’est nous, les peuples, qui sommes les créanciers !</p>
<p>Mondialisons la lutte, mondialisons l’espoir !</p>
<p>Nous marcherons jusqu’à ce que nous soyons tous libres !</p>
<p>Alianza de Pueblos del Sur Acreedores de la Deuda Ecológica, Amis de la Terre d’Amérique Latine et des Caraïbes, Convergencia de Movimientos de los Pueblos de las Américas, Coordinadora Andina de Organizaciones Indígenas, Grassroots Global Justice, Grito Continental de los Excluid@s, Jubileo Sur/Américas, Marche Mondiale des Femmes, Mouvement Mondial pour les Forêts Tropicales, Oilwatch, Via Campesina, Centre tricontinental</p>
</div>
<div>Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l’entière responsabilité de l’auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.</div>
<div>Autorisation de reproduction ou traduction à demander à <a href="http://www.cetri.be/spip.php?page=contact&amp;id_auteur=191&amp;lang=fr">cetri (at)cetri.be</a></div>
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		<title>Contre le diktat du carbone</title>
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		<pubDate>Sat, 28 Jan 2012 20:18:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Recension / Notes de lecture]]></category>

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		<description><![CDATA[Résumé : L’écologie d’abord considérée comme une question politique qui ne se réglera pas à coups de marché carbone et d’affichage environnemental sur les produits. Titre du livre : La dictature du carbone Auteur : Frédéric Denhez Éditeur : Fayard Collection : Documents Date de publication : 28/09/11 N° ISBN : 2213662053 Frédéric Denhez ne remet pas en cause dans La dictature du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignright" src="http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/3/5/0/9782213662053.jpg" alt="" width="180" height="300" /></p>
<p><strong>Résumé : L’écologie d’abord considérée comme une question politique qui ne se réglera pas à coups de marché carbone et d’affichage environnemental sur les produits.</strong></p>
<p>Titre du livre : La dictature du carbone<br />
Auteur : Frédéric Denhez<br />
Éditeur : Fayard<br />
Collection : Documents<br />
Date de publication : 28/09/11<br />
N° ISBN : 2213662053<span id="more-8412"></span></p>
<p>Frédéric Denhez ne remet pas en cause dans <em>La dictature du carbone</em> la pertinence à évaluer nos émissions de carbone. Du moins, dès que l’on s’intéresse de près ou de loin à l’avenir de la planète et de l’humanité. Au contraire, il démonte dans son premier paragraphe les arguments des « climato-septiques » qui nous « montrent la petite fleur de la lisière pour que nous ne regardions plus la forêt touffue ». Pour Frédéric Denhez, c’est entendu, parmi les multiples facteurs explicatifs d’un réchauffement climatique, en l’état des connaissances, seules les émissions de carbone dues aux activités humaines peuvent expliquer la hausse des températures moyennes (environ +1°C en un siècle) actuellement constatée partout dans le monde, y compris sous les tropiques.<br />
<strong>Voitures : le vrai-faux bilan de la prime à la casse</strong></p>
<p>Car bien sûr, le carbone est à la base de toute vie sur terre, il circule entre la terre, le ciel, la mer et les êtres vivants et son accumulation excessive dans l’atmosphère sera déterminante pour l’avenir écologique de la planète. Mais sa mesure seule ne doit pas présider à nos destinées. Ce que conteste Frédéric Denhez, c’est la réduction actuelle de la société et de l’écologie à des flux et équations simplifiés, de plus en plus contrôlés par une élite technocratique. Le Bilan Carbone de l’Ademe <a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank"> </a> est certes intéressant et pédagogique. Comme l’écrit l’auteur, « sa traque permet de radiographier un système mais n’aboutit pas à sa déconstruction » voire parfois à des aberrations ou des paradoxes. C’est le cas de la prime à la casse où on encourage, aux dépens du marché de l’occasion, l’achat de voitures neuves, qui certes émettent moins que les anciennes au kilomètre parcouru. Mais leur production émet du carbone de même que le recyclage de celles qui sont mises hors-circuit. C’est l’un des exemples de ce que Frédéric Denhez appelle « l’effet rebond » : on consomme moins par unité apparemment, mais plus au global, finalement.<br />
<strong>Viande et carbone : « <em> feedlots </em> » ou prairie ?</strong></p>
<p>Autre paradoxe minutieusement décrit : celui de la viande, dénoncée pour ses émissions de gaz à effet de serre <a title="Cliquez pour en savoir plus..." target="_blank"> </a>, notamment au travers du méthane naturellement émis par les vaches quand elles ruminent. Il faudrait, pour faire baisser la facture carbone de l’élevage, intensifier la production. C’est-à-dire délaisser l’herbe dans l’alimentation de nos bovins alors que les prairies – on ne le sait pas forcément — stockent du carbone dans leur sol. Ne considérer que le carbone, ça revient à décerner le label « environnement » à un système industriel de production de viande type américain (les « <em> feedlots </em> ») avec des animaux qui sont engraissés « hors-sol » en lots de plusieurs milliers de têtes. Le but étant de faire grossir les animaux le plus rapidement possible sur de la terre battue avec une alimentation presque exclusivement céréalière et à l’aide d’hormones de croissance. Ainsi quand on divise les impacts environnementaux par les kilos de viande produits, c’est vrai, on obtient de meilleurs résultats carbone que pour une viande produite avec de l’herbe. Mais <em>quid</em> du bilan environnemental global de ces élevages industriels ? Sans parler des impacts sociaux (emplois induits, conditions de travail…), sur le territoire (économie locale, paysages…) ou sur la biodiversité, la faune et la flore ?<br />
<strong>Des indicateurs à replacer dans un système de valeurs </strong></p>
<p>« Tout est carbone donc tout se vaudrait ? » s’interroge Frédéric Denhez. Avec cet indicateur, on s’enlise dans une technicité, choisie par quelques experts, qui empêche de voir la réalité des choses : les autres aspects environnementaux mais aussi, plus globalement les facteurs sociaux et humains. De plus, il décrit aussi les limites du marché du carbone, à la fois complexe et effrayant. Un marché très spéculatif, voire frauduleux, où s’échangent des crédits carbone selon les mêmes règles que la finance. Et là encore, on est obligé de s’interroger : pour réduire le problème carbone, fallait-il confier l’affaire au marché… ?</p>
<p>Pour l’auteur, l’indicateur carbone est un cache-misère court-termiste qui ne remet pas en question le fonctionnement global de nos économies et modes de consommation car au fond, selon lui, « il est difficile d’être écologiquement correct dans une économie qui s’effondrerait si tout le monde l’était ». C’est encore l’exemple de la voiture : il est plus facile d’imposer aux fabricants de mettre sur le marché des voitures moins émettrices de CO2 que de repenser en profondeur l’aménagement du territoire et limiter l’étalement urbain. Mais ça comble le besoin d’afficher des résultats, car les émissions de CO2 semblent baisser… Et Frédéric Denhez établit un parallèle intéressant avec le PIB (produit Intérieur brut) en économie, largement développé et argumenté dans le livre. « Le tout-carbone, comme le tout-PIB réduit le monde à un système d’engrenages, d’échangeurs de stocks, de flux ». Une vision mécaniste de la vie qui convient bien aux ingénieurs mais qui ne reflète pas la réalité ni la complexité du monde et peut conduire à des choix contreproductifs pour l’environnement. Il s’agit de redonner une juste place à ces indicateurs : « pour que ceux-ci changent vraiment la donne, il faut qu’ils s’inscrivent d’abord dans un système de valeurs, incluant les biens communs, la morale et l’éthique ».</p>
<p><strong>Quelle démocratie pour l’écologie ?</strong></p>
<p>Frédéric Denhez enfonce le clou. En bombardant de « gestes verts pour la terre », d’affichage environnemental, on s’adresse au consommateur individualiste et on oublie de se concentrer sur les grands choix de société : le réaménagement des territoires, la décentralisation. Frédéric Denhez prend de la hauteur pour pointer ce qu’il lui semble important : une écologie sociale. Pour lui, il est urgent d’avoir plusieurs indicateurs environnementaux localisés, associés à des indicateurs de développement durable et de bien-être, et donc la société civile participerait à l’élaboration. »</p>
<p>Au travers de son livre, Frédéric Denhez fait ainsi émerger de vraies questions, même si parfois la démonstration est un peu elliptique pour des non-initiés. Le lecteur peut rester sur sa faim quant aux pistes concrètes proposées. Notamment sur les modalités d’organisation politique et en particulier sur la thématique agricole et alimentaire. <a href="http://www.nonfiction.fr/article-5417-dialogue_sur_lagriculture__interview_de_frederic_denhez.htm" target="_blank">C’est pour creuser cette question que nous sommes allés l’interroger</a>. Mais soyons indulgents, reconnaissons que la question cruciale de la gouvernance « environnementale » est complexe. Elle était déjà au centre de la réflexion d’André Gorz dans les années soixante-dix (<em>Ecologie et politique</em> en 1975 et <em>Ecologie et liberté</em> en 1977). Elle était toujours un fil rouge du Grenelle de l’Environnement en 2007 et peine à être mise en œuvre de façon concrète aujourd’hui. L’enjeu n’est rien moins que de trouver la voie de « la démocratie du carbone » et même au-delà de celle de l’écologie.</p>
<p> </p>
<p><strong>A lire aussi : </strong></p>
<p><a href="http://www.nonfiction.fr/article-5417-dialogue_sur_lagriculture__interview_de_frederic_denhez.htm" target="_blank">Dialogue sur l’agriculture : interview de Frédéric Denhez</a>, par Caroline Guinot et Jean-Marc Beche.</p>
<div></div>
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		<title>Qu’est-ce que « l’écosocialisme » ?</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Jan 2012 04:18:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Capitalisme / Néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans un livre qui vient de paraître, Michael Löwy propose de faire le point sur un courant qui se structure peu à peu depuis une dizaine d’années : l’écosocialisme. L’écosocialisme, dit-il, se fonde sur un constat : celui d’une incompatibilité entre capitalisme et écologie. Rappelant le constat de dégradation écologique de la planète, l’inaction internationale, l’attitude de [...]]]></description>
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<div id="node-1242">
<div>
<p align="JUSTIFY">Dans un livre qui vient de paraître, Michael Löwy propose de faire le point sur un courant qui se structure peu à peu depuis une dizaine d’années : l’écosocialisme.</p>
<p align="JUSTIFY">L’écosocialisme, dit-il, se fonde sur un constat : celui d’une incompatibilité entre capitalisme et écologie. Rappelant le constat de dégradation écologique de la planète, l’inaction internationale, l’attitude de « l’oligarchie », qui continue de vouloir gérer ses intérêts et ses parts de marché plutôt que de faciliter l’évolution des modes de vie, Michael Löwy estime qu’une certaine écologie, qui cherche à composer avec le marché, se leurre et s’illusionne sur ce qu’elle peut réellement obtenir. L’écosocialisme est la seule issue ; paraphrasant Castoriadis pour Löwy l’enjeu est : « écosocialisme ou barbarie ».<span id="more-8328"></span></p>
<p align="JUSTIFY">Une telle prise de position implique bien entendu de revisiter quelque peu le terme « socialisme », et à ce sujet les propos de l’auteur ont bien évolué. La première déclaration écosocialiste était en effet assez proche de la position anticapitaliste classique, qui consiste à ajouter l’écologie parmi les méfaits du capitalisme, sans changer le corps de l’analyse : le capital détruit la nature comme il détruit les travailleurs, la solution est toujours le socialisme. Une telle analyse ne convainc guère les écologistes, car elle fait l’économie d’une explication démontrant ce qui, chez les socialistes, a poussé au productivisme que chacun a pu constater soit en Union Soviétique soit dans les positions actuelles du Front de Gauche, ou encore du Parti dit « socialiste ».</p>
<p align="JUSTIFY">Elle fait aussi l’économie d’une réflexion sur la stratégie à adopter. Sachant que les mouvements ouvriers ne portent guère de revendications écologistes – comme le montrent encore les revendications de Lutte Ouvrière, du Front de Gauche ou des syndicats — il est à craindre avec ce raisonnement que la planète ne soit détruite, avec la contribution active des mouvements ouvriers, avant que le socialisme ne soit atteint. La seule mouvance qui soit véritablement écosocialiste, au sens où elle intègre les revendications sociales et des revendications écologistes qui ne soient pas repoussées après l’abolition du capitalisme sont les Alternatifs et dans une moindre mesure le courant Utopia. Ils sont très minoritaire dans le paysage politique socialiste, et ils portent une analyse très différente des choses – depuis longtemps. La Déclaration écosocialiste de Bélem (2008) montre que ces remarques ont été prises en compte puisque de nouveaux mouvements sociaux, notamment écologistes, ont pleinement droit de cité. Les mouvements de la décroissance, en particulier, après avoir été raillés et décriés par certains écosocialistes, sont désormais jugés dignes d’intérêt.</p>
<p align="JUSTIFY">Cela se traduit aussi dans la lecture de Marx que propose l’auteur. A John Bellamy Foster, qui cherche à démontrer que Marx était écologiste avant l’heure, Löwy reproche d’avoir une lecture excessivement bienveillante, passant sous silence les passages qui font du développement des forces productives une composante révolutionnaire. En effet chercher à réhabiliter Marx en bloc est certainement une impasse, car il faudrait non seulement se mettre d’accord sur une lecture de Marx, mais en plus expliquer pourquoi, depuis plus d’un siècle, la quasi-totalité des lecteurs de Marx et d’Engels ont négligé la dimension écologique de leurs écrits, si elle était aussi visible que le dit Foster. Cela fait quand même beaucoup de mauvais lecteurs. Il faudrait aussi expliquer pourquoi les mouvements ouvriers se sont largement reconnus chez Marx, alors qu’ils ne sont pas spontanément portés à l’écologie, pour de multiples raisons dont beaucoup sont tout-à-fait légitimes, compte-tenu de leur situation. La voie empruntée par Löwy est de très loin celle qui est préférable, car elle n’implique ni de tordre les textes ni de tordre l’histoire, évitant ainsi d’engendrer des débats intellectuels sans fin entre spécialistes. L’écologie est bien un sujet marginal chez Marx et Engels, et les socialismes réellement existants ont bien eu tendance, pendant près d’un siècle, à mettre le développement des forces productives au centre de la stratégie révolutionnaire, estimant d’une part que l’anarchie capitaliste freinait cette expansion, et d’autre part que l’objectif ultime de la révolution était de mettre ces forces au service de ceux qui les produisaient : les prolétaires, les travailleurs. Les combats n’ont pas été dénués de justification pour autant, ils répondaient et répondent encore à une nécessité et à un contexte spécifique avec lequel il faut compter si on veut construire une stratégie écosocialiste ou même écologiste. Mais ceci explique que les écologistes aient été considérés comme des « ennemis de classe », des « petits-bourgeois » ou au mieux un « front secondaire ». Et ceci explique aussi qu’on ne puisse pas attendre des écologistes, qui ont trouvé sur le chemin, depuis plus de quarante ans, les mouvements ouvriers et leurs organisations, qu’ils se rallient au « socialisme », comme si ce terme était le seul signifiant possible pour des mouvements cherchant à construire un monde meilleur.</p>
<p align="JUSTIFY">La situation n’a pas toujours été celle-là. Michaël Löwy, à faire naître « l’écosocialisme » dans les années 2000, passe sous silence le fait que les écologistes se réclamaient fréquemment du socialisme, dans les années 70, bien qu’ils n’en aient pas une connaissance théorique approfondie, et qu’ils distinguent soigneusement ce socialisme du stalinisme et du « centralisme démocratique ». Claude-Marie Vadrot expliquait en 1978 qu’après tout « le socialisme, c’est peut-être les soviets – les comités de quartier ou de village – plus l’énergie solaire » (Histoire d’une subversion, p. 233). Yves Lenoir, l’une des grandes figures de la lutte antinucléaire, n’avait aucune opposition de principe : « en économie socialiste un modus vivendi plus acceptable est théoriquement possible. Cela présuppose l’abandon de la course à la puissance, un retour progressif à l’autarcie économique… on n’en voit la trace nulle part dans les déclarations des leaders de la gauche. Cependant la qualité de vie se dégrade tant qu’il faut bien en parler et commencer à prendre des mesures » ( Technocratie française, Pauvert, 1977, p. 259). Pour lui le problème du socialisme c’était surtout de savoir qui l’instaurerait (p. 156). Pour Philippe Lebreton, le problème était l’incapacité de la gauche à construire un socialisme véritable, qui ne soit pas un capitalisme d’Etat (L’Ex-croissance, Denoël, 1978, p. 161) ; il estime dans ce contexte que « l’écologisme prend en charge les défaillances du socialisme », et en prend le relais (Ibid., p. 307). Pour Serge Moscovici l’écologisme s’inspire ouvertement du socialisme (Jean-Paul Ribes, Pourquoi les écologistes font-ils de la politique, Seuil, 1978, p. 52). Il y a une divergence sur l’analyse de la situation, pour les socialistes la crise est temporaire, ils s’opposent donc à l’austérité. Pour les écologistes, dit Moscovici, c’est une crise de la croissance, vouloir corriger les erreurs et redémarrer comme avant, même en planifiant, est une erreur fondamentale (p. 61). Au caractère petit-bourgeois du mouvement écologiste Daniel Cohn-Bendit répond en 1981 dans un débat avec Castoriadis que les représentants des ouvriers ont généralement été des bourgeois (Castoriadis &amp; Daniel Cohn-Bendit, De l’écologie à l’autonomie, Seuil, 1981, p. 67). La « société alternative » que Dominique Allan-Michaud propose comme solution est explicitement ancrée dans un socialisme non-autoritaire, associationniste<a name="sdfootnote1anc" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote1sym"></a><sup>1</sup>, estimant notamment que libéralisme et socialisme d’Etat sont coupables de mener une politique d’assistance. Pour lui il ne fait pas de doute que le réoutillage proposé par Ivan Illich et les organisations communautaires mises en avant par Ernst Schumacher (<em>Small is beautiful) ou Jacques Ellul etc. sont liés aux idéaux socialistes </em>(Dominique Allan-Michaud p. 117). Le Texte de base des Amis de la Terre comporte de nombreux appels à l’autogestion. Et l’écosocialisme était déjà choisi par le Mouvement Ecologique, cet ancêtre des Verts, en 1975 (Dominique Allan-Michaud p. 177).</p>
<p align="JUSTIFY">Löwy oublie aussi un autre courant : celui qui va du socialisme à l’écologisme, particulièrement quand, dans les années 90, les déçus du socialisme voient dans les Verts, affaiblis par la création de Génération Ecologie par Mitterrand, une ouverture pour mener de nouveaux combats, plus en cohérence avec leurs valeurs, forçant les « centristes » de Waechter à former un nouveau parti, le MEI. Ce courant « écosocialiste », d’une certaine manière, estime que le vert est l’avenir du rouge, et non l’inverse – ainsi Alain Lipietz, André Gorz ou Frieder Otto Wolf, très lié aux Verts allemands, ou encore de Jean-Paul Deléage, le directeur de la revue <em>Ecologie &amp; </em>Politique. Alain Lipietz, dans un texte célèbre, résume bien la situation<a name="sdfootnote2anc" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote2sym"></a><sup>2</sup>. Marx, comme boussole et « pour se reconnaître dans une situation concrète et comme guide pour l’action transformatrice de la société » (p. 181), doit être dépassé. L’écologisme présente certains points communs avec le marxisme, comme le matérialisme (l’explication du monde par le recours aux forces empiriques), la dialectique (l’écologisme, comme Marx à ses origines, se présente comme une critique de l’ordre existant, plus que comme l’exaltation d’une solution), l’historicisme (l’idée qu’un grand changement doit s’imposer, que les temps sont venus) et le progressisme politique. Mais il diverge sur un point essentiel : le « progrès des forces productives » (p. 183). C’est <em>la </em>différence que Lipietz met en avant entre les deux matrices de pensée, à juste titre. Vu la centralité de cette thèse dans le corpus marxiste orthodoxe, cela entraîne toute une série de conséquences : pas de prééminence de l’économique sur les autres formes de rapports sociaux et en particulier importance redonnée à l’action politique ; critique de la technologie ; abandon du primat du mouvement ouvrier et de la prééminence de la production ; conception de la révolution comme une « révolution moléculaire » procédant par microcoupures, selon le terme emprunté à Félix Guattari qui rejoint les Verts à cette époque-là, peu avant de disparaître, laissant en testament un ouvage : « Les trois écologies »<a name="sdfootnote3anc" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote3sym"></a><sup>3</sup>, qui malgré son titre est plus proche du marxisme classique que de l’écologisme. Pour Lipietz Marx doit être laissé de côté, ramené à un auteur parmi d’autres, et un nouveau corps de doctrine doit être construit. En 1995 Lipietz estimait que c’est le socialiste James O’Connor qui a, à ce jour, fourni la proposition la plus convaincante.</p>
<p align="JUSTIFY">Michael Löwy appartient en fait au troisième courant, celui qui cherche à faire le mouvement inverse de celui opéré par Lipietz : intégrer l’écologie dans le socialisme. Il conserve donc quelques traits typiquement « socialistes » qui peuvent heurter d’autres mouvements, écologistes et libertaires, notamment, et se définit en s’opposant à un écologisme non-socialiste. Le problème ici est que l’auteur procède plusieurs fois par la caricature à propos de certains courants écologistes, demandant par exemple au lecteur, pour lui démontrer l’impasse de « l’écologie profonde », si le bacille de Koch a le même droit à la vie qu’un enfant malade de la tuberculose. La réponse est très simple : une telle affirmation n’a évidemment jamais été soutenue par personne. On comprend mal, aussi, pourquoi Ernst Schumacher, l’auteur de <em>Small is Beautiful</em> est stigmatisé pour son utopie de révolution par le bas, par l’organisation de milliers de communautés en rupture avec le système, alors que la même idée, quand elle vient de Joel Kovel, est jugée digne d’intérêt (p. 169). Enfin pourquoi Latouche n’est-il cité que par un seul article, volontairement provocateur, alors qu’il a écrit plusieurs livres soutenant des thèses qui sont assez proches de celles de Löwy ? De tels dérapages sont dommageables dans un ouvrage qui est par ailleurs assez équilibré et fidèle aux positions des uns et des autres. Löwy reconnaît toutefois l’importance des courants écologistes dans l’altermondialisme, « dès Seattle » en 1999. Du côté écologiste on aura une lecture sensiblement différente, estimant que l’engagement dans ce qui sera ultérieurement appelé « altermondialisme » a commencé dès le Sommet de Stockholm. Les contre-sommets écolo existent en effet depuis 1972, et les contre-G7 depuis le début des années 80.</p>
<p align="JUSTIFY">Plus grave, cependant, ces approximations conduisent à passer trop rapidement sur le débat sur la valeur. Löwy estime qu’il s’agit pour l’essentiel d’un malentendu (p. 83). Ce n’est pas le cas, et cela explique toute l’importance de la deep ecology. Jean-Marie Harribey écrit que « la théorie dite de la valeur-travail exprime deux points fondamentaux pour une problématique écologiste : d’une part ‘c’est la loi du moindre effort pour la production d’une valeur d’usage’  dit J. Bidet (1999 p. 295), et, d’autre part, c’est la critique de la production pour le profit au détriment des besoins sociaux […] La théorie de la valeur est donc au centre d’une théorie générale intégrant l’écologie et l’organisation sociale »<a name="sdfootnote4anc" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote4sym"></a><sup>4</sup>. Löwy aussi, tout en se disant favorable au développement qualitatif, et donc en rejetant l’économisme, soutient malgré tout Gorz pour qui que seul le socialisme peut procurer « le maximum de satisfaction avec le minimum de dépense » (p. 171). Si les écologistes peuvent s’accorder avec la valeur-travail comprise comme principe critique de répartition de la production, ils ne s’accorderont pas avec cette seconde thèse, car cette « loi du moindre effort » se confond pratiquement avec l’efficacité économique classique : 5 km en voiture est moins fatiguant que 5 km à pied ; produire 100 voitures avec des machines est moins fatiguant que les produire à la main. Du côté de la production Löwy assortit cette clause de la réduction du temps de travail — et les écologistes eux-mêmes, depuis les années 70, mettent en avant cet élément<a name="sdfootnote5anc" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote5sym"></a><sup>5</sup>. Mais ça n’en revient pas moins à mettre les « gains de productivité » au cœur du processus productif, alors que l’approche écologiste radicale, issue précisément de la deep ecology, est de prendre en compte la nature dans la production, ce qui du coup revient à changer complètement de critère au profit de l’équilibre dans les échanges avec la nature. Un critère biocentrique que Löwy récuse sans vraiment le récuser puisqu’il intègre malgré tout dans son éthique le principe responsabilité de Hans Jonas, dont il semble ignorer qu’il est fondé sur le respect de la nature (éco– ou biocentrisme) et non sur les intérêts humains (anthropocentrisme). On pourrait objecter que ce que l’on a en tête est « le moindre effort compte-tenu des externalités, qu’on aurait internalisées » mais du coup nous voilà renvoyés à la même problématique puisque le critère pour justifier l’internalisation devra être écocentrique ou biocentrique.</p>
<p align="JUSTIFY">L’insistance sur la planification, bien qu’agrémentée de précautions rhétoriques sur la décentralisation et l’entrée des consommateurs, féministes etc. dans les conseils, conserve d’ailleurs un goût de « centralisme démocratique » qui ne plaira pas à tous les mouvements qui s’accorderaient pourtant sur les buts proposés par l’auteur. Même si ce dernier se défend de vouloir planifier l’activité des boulangers et des artisans, la mise en cause du capitalisme tend malgré tout à intégrer tout ce qui est marchand, sans distinction. Ce qui renforce ce sentiment est la relative faiblesse de l’analyse de la bureaucratie, et donc du « capitalisme d’Etat » — un paradoxe pour un théoricien issu du trotskisme. Illich, dont les thèses rejoignent pourtant largement celles de l’auteur (défense d’une « économie morale » à la E.P. Thompson, sensibilité au rôle possible des religions etc.) n’est pas exemple jamais cité. Löwy se défend se faire le jeu de toute forme de bureaucratie mais il ne produit pas d’analyse de cette question, à proprement parler. Le point positif, toutefois, dans ce registre, est celui-ci : l’auteur reconnaît qu’on ne peut s’approprier ni l’Etat ni le système productif sans qu’aussitôt ce soit celui-ci qui s’empare de nous. Qu’il se fonde sur le Marx qui analyse la Commune de Paris importe peu, dans ce contexte ; d’autres courants idéologiques se fonderont sur d’autres auteurs et d’autres exemples, en fonction de leur tradition propre. Ce qui compte est que l’obstacle soit enfin reconnu, et que du coup soient reconnues les raisons de l’engagement écologiste, contre les infrastructures, contre la publicité etc. et cela en général en position de contre-pouvoir plutôt que de prise de pouvoir.</p>
<p align="JUSTIFY">La critique de « l’écologie de marché » reste de son côté un peu trop sous-déterminée pour qu’on puisse réellement savoir de quoi et qui il s’agit. On pense évidemment aux célèbres permis à polluer etc. mais ces mécanismes ont toujours été critiqués par les écologistes. Il aurait fallu être plus précis. L’accusation de compromission qui est faite à certains écologistes reste floue, d’autant que l’auteur reconnaît la nécessité de compromis à court terme. Après tout les écosocialistes acceptent aussi de faire des compromis réformistes lorsqu’il s’agit de plancher sur des propositions alternatives dans les luttes sur la dette ou les retraites. C’est pourtant ici que peut se manifester le « naturalisme antihumaniste » que Löwy prête à la deep ecology : une écologie qui se soucie peu de social. Le flou sur le terme « marché » est important parce que que l’écologie « antihumaniste » peut être marchande mais aussi non-marchande, selon la cause du faible souci de l’égalité, qu’il vienne d’un appétit pour le gain ou au nom d’une urgence écologique. C’est bien là que social et écologie peuvent, sur le terrain, ne pas aller de pair. On peut fabriquer du solaire par amour de la planète tout en traitant ses salariés de manière indécente ; on peut aussi donner une place importante aux salariés dans la décision sans avoir le moindre souci de la planète. Sur ces questions on regrettera que Löwy évoque dans sa préface un « intérêt écologique de classe » qui n’est pas défini ; c’est une notion séduisante mais le risque est que cela ne soit qu’une construction théorique dénuée de fondements empiriques.</p>
<p align="JUSTIFY">La discussion sur le marché en appelle une autre. Il y a un courant écologiste se réclamant du socialisme qui est resté influencé par l’idée que le développement capitaliste des forces productives continuerait à être progressiste, intégrant la contrainte écologique. Le soutien d’André Gorz et des revues <em>Ecorev</em> et <em>Multitude</em> aux technologies de l’information peut être lu de cette manière, et c’est d’ailleurs ainsi que Cédric Biagini les interprète<a name="sdfootnote6anc" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote6sym"></a><sup>6</sup>. Ces courants sont proches d’une conception assez orthodoxe du socialisme, et ils sont tenus par d’autres comme compatibles avec le capitalisme, dont ils soutiennent le déploiement accumulatif.</p>
<p align="JUSTIFY">Malgré tout l’auteur rejoint largement les conclusions de Moishe Postone, qu’il ne cite pas (c’est dommage, on aurait aimé connaître son analyse), selon lesquelles la lutte des classes classique reste dans le capitalisme et n’en sort pas véritablement. Elle conduit au mieux à une gestion du même appareil de production, du même Etat, qui impose alors ses directions et ne se comporte pas comme un simple moyen, contrairement à ce qu’espéraient les marxistes-léninistes. La question d’une éthique alternative à l’éthique économique (qu’elle soit animée par la défense du salaire ou par le profit) se pose donc avec une acuité particulière. Löwy estime que l’éthique écosocialiste comporte quatre dimensions. Elle est sociale, au sens où elle n’est pas fondée sur la culpabilité et l’ascétisme (c’est là, soit dit en passant, que la deep ecology, avec sa conception élargie du Soi, est d’un apport indispensable) ; elle est égalitaire, solidaire (à l’échelle mondiale), démocratique et « responsable » au sens de Jonas. Löwy met en avant l’anthropocentrisme humaniste (p. 129) contre un naturalisme qui ne le serait pas mais il commet là encore la même erreur de lecture. Le débat entre Dave Foreman et Murray Bookchin, <em>Quelle écologie radicale</em> (Ateliers de Création Libertaire, Lyon, 1994) clarifie beaucoup les choses. Foreman, militant et fondateur d’<em>Earth First !</em>, se dit d’accord avec les buts de Bookchin mais diverge sur la stratégie à adopter, estimant que Bookchin fait le jeu du productivisme. On peut imaginer que ce qui sortirait d’un débat entre un salarié du nucléaire, confronté à la menace des Verts, et ce que prônait la CFDT dans les années 70, serait assez similaire. Le désaccord est peut-être moins sur le fond que sur la stratégie à suivre, sur les priorités. Sans doute faut-il reconnaître qu’il n’y a pas aujourd’hui de mouvement unique, et que le pluralisme est une force – ce que Löwy reconnaît d’ailleurs. Comprendre pourquoi, pour les écologistes, « moins » c’est « mieux » est évidemment un élément fondamental sans lequel « décroissance » est un slogan incompréhensible.</p>
<p align="JUSTIFY">On pourrait tout de même rétorquer que l’argument des priorités permet de rester dans l’ambiguïté : à défendre la nature tout en se disant socialiste, ça me permet d’avoir quelques alliés sans avoir à payer de ma personne puisqu’au nom de ma priorité je me consacre seulement à mes combats. Ce n’est pas faux mais c’est aussi vrai dans l’autre sens : que valait exactement la position de la fédération CFDT sur le nucléaire, en termes de levier d’action concret ? La question se pose de manière particulièrement aiguë depuis Fukushima.</p>
<p align="JUSTIFY">Dernier élément positif de ce livre qui en comporte décidément beaucoup : Löwy situe la crise actuelle au niveau d’une crise de civilisation et non d’une mutation du capitalisme. C’est la conséquence logique de ses positions sur le socialisme et le capitalisme, les deux idéologies qui ont dominé le 20ème siècle et qui ont toutes deux conduit à l’impasse dans laquelle nous sommes. Les auteurs du 19ème siècle, socialistes ou capitalistes, ont bien célébré la naissance de « la » civilisation, à cette époque-là. Ils ont pour la plupart condamné les démarches luddites ou les voix isolées de ceux qui, comme George Perkins Marsh (<em>Man and Nature</em>, 1864), posaient la question du caractère destructif du progrès. Situant le problème à ce niveau-là Löwy est logiquement amené à comparer notre civilisation avec d’autres, et s’il commence par les sociétés primitives c’est parce qu’il répète le tropisme moderne qui veut que les sociétés soient classées en fonction de leur degré de complexité – les sociétés « primitives » d’un côté et les sociétés « développées » de l’autre. Comme le mouvement écologiste à ses débuts Löwy aboutit à la conclusion qu’il n’y a à idéaliser ni les unes ni les autres. Et il conclut en saluant l’oeuvre de Moralès, ce socialiste venu des organisations autochtones (ou « indigènes »). C’est en effet de ce côté-là qu’il faudrait regarder car il n’y a pas d’autre « dehors » à la civilisation dans laquelle nous sommes entraînés. Les études postcoloniales démontrent à quel point marxistes et capitalistes ont pu avoir une vision réductrice des sociétés « non-modernes » ; cela ne permet pas, cependant, de conclure à leur caractère émancipateur, et l’on ne peut qu’être prudent sur ce qui se passe en Bolivie. Mais il faut bien, pour critiquer la modernité, fait l’expérience du « non-moderne », ou au moins du plus « non-moderne » qui soit.</p>
<div id="sdfootnote1">
<p><a name="sdfootnote1sym" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote1anc"></a>1 Dominique Allan-Michaud, <em>L’avenir de la société alternative</em>, 2000</p>
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<div id="sdfootnote2">
<p><a name="sdfootnote2sym" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote2anc"></a>2 Alain Lipietz, « L’écologie politique et l’avenir du marxisme », <em>Actuel Marx</em>, « Congrès Marx International », 1995.</p>
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<div id="sdfootnote3">
<p><a name="sdfootnote3sym" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote3anc"></a>3 Félix Guattari, <em>Les trois écologies</em>, 1989.</p>
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<div id="sdfootnote4">
<p><a name="sdfootnote4sym" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote4anc"></a>4<em> Dictionnaire Marx contemporain</em>, 2001, p. 195.</p>
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<div id="sdfootnote5">
<p><a name="sdfootnote5sym" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote5anc"></a>5 Collectif Adret, <em>Travailler deux heures par jour</em>, 1977.</p>
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<div id="sdfootnote6">
<p><a name="sdfootnote6sym" href="http://www.contretemps.eu/print/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0#sdfootnote6anc"></a>6 Voir son article dans <em>La Décroissance</em>, octobre 2011.<strong>Qu’est-ce que « l’écosocialisme » ?</strong></p>
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<div>date:</div>
<p>17/01/2012 — 12:10</p></div>
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<p><a href="http://www.contretemps.eu/auteurs/fabrice-flipo">Fabrice Flipo</a> [3]</div>
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<hr />
<div><strong>URL source:</strong> <a href="http://www.contretemps.eu/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0">http://www.contretemps.eu/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0</a></div>
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<p><strong>Liens:</strong><br />
[1] http://www.contretemps.eu/interventions<br />
[2] http://www.contretemps.eu/interventions/quest-ce-que-%C2%AB%C2%A0l%C3%A9cosocialisme%C2%A0%C2%BB%C2%A0<br />
[3] http://www.contretemps.eu/auteurs/fabrice-flipo</p>
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		<title>Ces milliardaires qui spéculent sur l’avenir de la planète</title>
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		<pubDate>Sun, 15 Jan 2012 13:49:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Capitalisme / Néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[Écologie]]></category>
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		<description><![CDATA[Ils possèdent des compagnies pétrolières, des gazoducs, des mines, des aciéries et même des médias. Ils influencent gouvernements et institutions pour empêcher toute réglementation trop contraignante. Et figurent parmi les plus grandes fortunes mondiales. Un rapport d’un centre de recherche aux États-Unis les considèrent, du fait de leur puissance et des pollutions que leurs activités génèrent, comme [...]]]></description>
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<p><a href="http://www.cahiersdusocialisme.org/wp-content/uploads/arton1039-32b352.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-8316" title="arton1039-32b35" src="http://www.cahiersdusocialisme.org/wp-content/uploads/arton1039-32b352-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a>Ils possèdent des compagnies pétrolières, des gazoducs, des mines, des aciéries et même des médias. Ils influencent gouvernements et institutions pour empêcher toute réglementation trop contraignante. Et figurent parmi les plus grandes fortunes mondiales. Un rapport d’un centre de recherche aux États-Unis les considèrent, du fait de leur puissance et des pollutions que leurs activités génèrent, comme la plus grande menace qui pèse sur l’environnement et le climat. Qui sont ces multimilliardaires qui bâtissent leur fortune en hypothéquant l’avenir de la planète ?</p>
<p><span id="more-8313"></span></p>
<p>Article publié sur le site <a href="http://www.bastamag.net/article1988.html"><em>Basta !</em></a></p>
<p>Ils sont 50. Cinquante milliardaires à être pointés du doigt pour leur responsabilité individuelle dans la dégradation du climat. Ils tirent leurs richesses d’activités très polluantes, et n’hésitent pas à dépenser des millions pour influencer gouvernements et opinions. Leurs fortunes cumulées représentent 613 milliards d’euros. À 50, ils pèsent financièrement davantage que le Fonds européen de stabilité, censé défendre la zone euro – 17 pays – contre la spéculation. C’est dire la puissance qu’ils possèdent. C’est cette aberrante concentration de pouvoir que dénonce un rapport du Forum international de la globalisation (IFG), un institut indépendant installé à San Francisco, qui regroupe économistes et chercheurs, dont l’Indienne Vandana Shiva ou le Canadien Tony Clarke, connus pour leurs combats face aux abus des multinationales.</p>
<p>Leur volumineux rapport, <em>Outing The Oligarchy</em>  [<a id="nh1" title="Outing The Oligarchy, billionaires who benefit from today’s climate (...)" href="http://www.medelu.org/spip.php?page=imprimir_articulo&amp;id_article=1039#nb1" rel="footnote">1</a>], a pour objectif <em>« d’attirer l’attention du public sur les individus ultrariches qui profitent le plus – et sont les plus responsables – de l’aggravation de la crise climatique »</em>. Du fait des pollutions qu’ils génèrent et de leur lobbying pour défendre les combustibles fossiles, ce groupe de milliardaires constitue, selon l’IFG, <em>« la plus importante menace qui pèse sur notre climat »</em>. L’institut a donc décidé de mettre des visages et des noms sur cette menace. Pour que les « 99 % » qui subissent les conséquences de leur enrichissement démesuré – pour reprendre la formule du mouvement Occupy Wall Street – sachent de qui on parle. Une sorte « d’outing » forcé.</p>
<p><strong>L’homme qui valait 63,3 milliards</strong></p>
<p>Ces 50 milliardaires sont états-uniens, russes, indiens ou mexicains. Mais aussi brésiliens, chinois (de Hong-Kong) ou israéliens. Certains sont bien connus en Europe : Lakshmi Mittal, PDG du géant de la métallurgie ArcelorMittal, Rupert Murdoch, le magnat des médias anglo-saxons, Silvio Berlusconi, l’ancien Premier ministre italien aux 6 milliards de dollars, Roman Abramovich, propriétaire du club de foot de Chelsea… D’autres sont anonymes pour qui n’est pas un lecteur assidu du classement des grandes fortunes édité par le magazine <em>Forbes</em>. Des anonymes pas comme les autres. Ils possèdent des compagnies pétrolières, des mines, des médias, une armée de gardes du corps.</p>
<p>Prenez le Mexicain Carlos Slim, l’homme le plus riche du monde (63,3 milliards de dollars), qui a pleinement profité de la privatisation de la compagnie publique des télécoms, Telmex. Il détient 222 entreprises à travers le monde, aussi bien dans les télécommunications, la banque, l’industrie minière, l’énergie, la restauration ou la santé, employant 250 000 personnes et générant un chiffre d’affaires annuel de 386 milliards de dollars. Si bien qu’il est <em>« presque impossible de passer une journée au Mexique sans contribuer à enrichir Carlos Slim, que ce soit en téléphonant, en mangeant dans un de ses restaurants ou en déposant de l’argent à la banque »</em>. Comme si chaque Mexicain lui versait 1,5 dollar par jour.</p>
<p><em>« Une large part de la richesse de Carlos Slim vient de ses holdings industrielles très destructrices en matière d’environnement »</em>, dénonce le rapport. Déplacement forcé de population pour ériger des barrages, contamination de sols à l’arsenic, destruction de villages, conditions de travail exécrables… Il semble que les industries de Carlos Slim ne reculent devant rien. <em>« Ses partenariats, comme son initiative en faveur de la santé avec le gouvernement espagnol et l’influent Bill Gates, lui permettent de construire et de soigner une image positive, derrière laquelle il peut dissimuler l’étendue des dégâts environnementaux et humains de ses projets miniers ou pétroliers »</em>, regrettent les chercheurs de l’IFG.</p>
<p><strong>Les nouvelles oligarchies émergentes</strong></p>
<p>Pourquoi ces cinquante-là et pas Bill Gates (2e fortune mondiale) ou Bernard Arnault (1re fortune française, 4e mondiale) ? Les milliardaires correspondant à trois critères ont retenu l’attention des analystes : la richesse totale (mesurée par le magazine <em>Forbes</em>) ; les dommages écologiques et les émissions de carbone générées par leurs activités économiques  [<a id="nh2" title="Grâce, notamment, à des indicateurs de développement durable comme le Dow (...)" href="http://www.medelu.org/spip.php?page=imprimir_articulo&amp;id_article=1039#nb2" rel="footnote">2</a>] ; et leur soutien, affiché ou discret, aux politiques favorisant les activités fortement émettrices de CO2, comme l’industrie pétrolière. Résultat : les milliardaires des pays émergents sont les plus représentés. On ne compte que 2 Européens (hors Russie) – Silvio Berlusconi et le Chypriote (ex-Norvégien) John Fredriksen, un armateur qui a bâti sa fortune grâce à sa flotte de pétroliers – parmi, entre autres, 13 Russes, 9 Indiens, 3 Mexicains et 2 Brésiliens.</p>
<p>Les grandes fortunes européennes seraient-elles plus vertueuses que leurs homologues des pays émergents ? Pas forcément. La désindustrialisation et la financiarisation des économies du Nord les ont rendues moins polluantes. Et les nouveaux mégariches des anciennes puissances industrielles bâtissent aujourd’hui leur fortune sur la spéculation financière ou les nouvelles technologies de l’information (Internet). Cela ne rend pas leur accumulation de richesses moins obscène, juste un peu moins dévastatrice. Les auteurs du rapport n’exonèrent pas pour autant les anciennes dynasties industrielles européennes de leur responsabilité en matière d’environnement. Mais, en dehors de quelques magnats du pétrole états-uniens, celles-ci ne font plus partie de cette nouvelle <em>« oligarchie des combustibles fossiles »</em> qui tente de dicter sa loi en matière de production énergétique, d’extraction minière et de pollutions. Certains milliardaires de la vieille école, comme Warren Buffet, adoptent même des positions plutôt progressistes comparées au cynisme ambiant qui règne au sein de leur caste.</p>
<p><strong>De Goldman Sachs à ArcelorMittal</strong></p>
<p>Profil type de ces nouveaux milliardaires sans scrupules : Lakshmi Mittal. Malgré une fortune estimée à 19,2 milliards de dollars, le patron d’Arcelor continue de vider les hauts-fourneaux français et européens de leurs ouvriers métallos. Non par souci de polluer moins, mais pour « rationaliser » les coûts et profiter des pays où la réglementation publique est faible, ou inexistante. Son réseau d’influence est tentaculaire, y compris en dehors de la sidérurgie : de Wall Street – où il siège au conseil d’administration de Goldman Sachs, l’une des banques les plus puissantes du monde – à l’Europe (conseil d’administration d’EADS) en passant par l’Afrique du Sud, le Kazakhstan ou l’Ukraine.</p>
<p>Comment s’exercent concrètement les influences et le lobbying de ces 50 mégapollueurs ? Des États-Unis à la conférence sur le climat de Durban, les frères Koch sont devenus des maîtres en la matière. Avec une fortune estimée à 50 milliards de dollars, David et Charles Koch sont à la tête d’un vaste conglomérat d’entreprises opérant principalement dans le secteur de la pétrochimie. Leurs dollars s’accumulent par millions grâce à leurs participations dans des pipelines transportant du pétrole brut, des gazoducs, des produits pétroliers raffinés ou encore des engrais chimiques. La plupart des activités de Koch Industries, dont le siège est au Kansas, sont méconnues du grand public, à l’exception de quelques produits tels que les cotons DemakUP® ou encore le papier-toilette Lotus®. Charles et David Koch ont derrière eux une longue histoire d’engagement politique conservateur et libertarien. Leur père, Fred Koch, fut l’un des membres fondateurs de la John Birch Society, qui soupçonnait le président Eisenhower d’être un agent communiste. En 1980, les deux frères ont financé la campagne du candidat Ed Clark, qui se présentait à la droite de Reagan. Son programme préconisait l’abolition du FBI, de la Sécurité sociale ou du contrôle des armes…</p>
<p><strong>Des millions pour les climatosceptiques</strong></p>
<p>Considéré comme l’un des « dix premiers pollueurs atmosphériques aux États-Unis » par l’université du Massachusetts, Koch Industries a été poursuivi sous l’administration Clinton pour plus de 300 marées noires dans six États fédérés, avant de régler une amende de 30 millions de dollars en janvier 2000. Les frères Koch demeurent des soutiens inconditionnels du cercle des climatosceptiques, qui nient le changement climatique. Entre 2005 et 2008, ils ont dépensé plus d’argent que la compagnie pétrolière américaine Exxon Mobil (18,4 millions d’euros) pour financer des organisations qui, selon Greenpeace,<em>« répandent des informations erronées et mensongères à propos de la science du climat et des politiques d’énergies propres »</em>.</p>
<p>À l’occasion du sommet à Durban, Greenpeace a classé les frères Koch au <a href="http://www.greenpeace.org/dirtydozen" rel="external" target="_blank">top douze</a> des dirigeants d’entreprises polluantes œuvrant en coulisse pour miner un accord international sur le climat. Ils accordent ainsi d’énormes subventions à des associations industrielles comme l’American Petroleum Institute – un organisme représentant les compagnies pétrolières américaines. Si leur rôle dans les négociations climat est important, les frères Koch veulent rester discrets. Charles Koch a déclaré qu’il faudrait <em>« lui passer sur le corps »</em> pour que sa société soit cotée en Bourse. Sans cotation, la société n’a pas l’obligation de publier les subventions accordées aux diverses organisations. Une situation idéale pour pratiquer dans l’ombre un lobbying intensif. La compagnie a ainsi versé plus d’un million de dollars à la Heritage Foundation, <em>« pilier de la désinformation sur les problématiques climatiques et environnementales »</em>, selon Greenpeace.</p>
<p>Les frères Koch auraient également largement participé à l’amplification du « Climate Gate » en novembre 2009. Ce scandale avait été déclenché par le piratage et la diffusion d’une partie de la correspondance des climatologues de l’université britannique d’East Anglia. Les Koch ont financé des organismes, comme le think tank de la droite radicale Cato Institute, dont ils sont cofondateurs, pour monter en épingle cette affaire, mettant ainsi en doute l’existence du réchauffement. Autre fait marquant : en réponse au documentaire du vice-président Al Gore sur le changement climatique, les deux milliardaires ont versé 360 000 dollars au <em>Pacific Research Institute for Public Policy</em> pour le film <em>An Inconvenient Truth… or Convenient Fiction</em> (Une vérité qui dérange… Ou une fiction qui accommode). Un pamphlet totalement climatosceptique.</p>
<p><strong>Du pétrole dans le Tea Party</strong></p>
<p>Koch Industries a également initié, il y a un an, une campagne référendaire visant à empêcher l’entrée en application de la loi californienne de lutte contre le changement climatique (dite « AB32 »). Leur argument : le développement des énergies propres en Californie coûterait beaucoup d’emplois à l’État… Aux côtés d’autres groupes pétroliers, les frères Koch y ont investi un million de dollars. Leur proposition a finalement été rejetée, et la loi impose aujourd’hui à la Californie une réduction de 25 % de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020 (afin de revenir au niveau de 1990). Malgré ce revers, le comité d’action politique de Koch Industries, KochPac, continue de pratiquer un lobbying intensif à Washington, en vue d’empêcher toute législation contraignante en matière d’émissions de gaz à effet de serre. D’après le rapport de Greenpeace, le comité a dépensé plus de 2,6 millions de dollars en 2009–2010 pour suivre le vote de la loi Dodd-Frank, qui vise une plus grande régulation financière.</p>
<p>Les frères Koch financent aussi le très conservateur Tea Party et participent au groupe Americans for Prosperity (AFP). Créé en 2004, l’AFP est à l’origine de nombreuses manifestations contre l’administration Obama, notamment contre son projet de taxe sur le carbone. La Cour suprême ayant levé depuis janvier 2010 les limites au financement des campagnes électorales nationales par les entreprises, il semblerait que les Koch soient prêts à investir encore plus d’argent dans le Tea Party en vue des élections de 2012. Leur lobbying est si tentaculaire qu’ils sont surnommés « Kochtopus », un jeu de mots mêlant leur nom de famille à celui de la pieuvre (octopus en anglais).</p>
<p><strong>Les 99 % sacrifiés par les 1 % ?</strong></p>
<p>Pour restreindre le pouvoir de ces nouvelles ploutocraties et de ces fortunes démesurées, le rapport de l’IFG préconise une série de mesures fiscales pour assurer une véritable distribution des richesse : indexer les hauts salaires sur les plus bas, par exemple, imposer davantage et plus lourdement les très hauts revenus, ou taxer les transactions financières. De nouvelles réglementations pour empêcher ces énormes concentrations de sociétés et sanctionner les dégradations environnementales qu’elles provoquent sont également nécessaires.</p>
<p>Il y a urgence : <em>« Une augmentation de 4 °C de la température mondiale (…) est une condamnation à mort pour l’Afrique, les petits États insulaires, les pauvres et les personnes vulnérables de l’ensemble de la planète</em>, alerte <a href="http://climatjustice.org/" rel="external" target="_blank">Nnimmo Bassey</a>, président des Amis de la Terre International, à Durban. <em>Ce sommet a amplifié l’apartheid climatique, les 1 % les plus riches de la planète ayant décidé qu’il était acceptable d’en sacrifier les 99 %. »</em> Cela signifie que les États, les gouvernements et les citoyens doivent reprendre la main. D’autant qu’ils sont sous la pression de plus en plus forte des <a href="http://www.bastamag.net/article1719.html">« marchés financiers »</a>, dont ces 50 multimilliardaires sont des acteurs incontournables…</p>
<p> </p>
<p>En photo : Action du « Sauvons les riches » anglo-saxon (Billionaires for Bush) /<a href="http://www.flickr.com/photos/jarra/1350027722/" rel="external" target="_blank">source</a></p>
<p><a href="http://www.bastamag.net/article1988.html" rel="nofollow external">http://www.bastamag.net/article1988.html</a></p>
<p>[<a id="nb1" title="Notes 1" href="http://www.medelu.org/spip.php?page=imprimir_articulo&amp;id_article=1039#nh1" rev="footnote">1</a>] Outing The Oligarchy, billionaires who benefit from today’s climate crisis,<a href="http://www.ifg.org/" rel="external">International Forum on Globalization</a></p>
<p>[<a id="nb2" title="Notes 2" href="http://www.medelu.org/spip.php?page=imprimir_articulo&amp;id_article=1039#nh2" rev="footnote">2</a>] Grâce, notamment, à des indicateurs de développement durable comme le Dow Jones Sustainability Index, ou le CSR Hub Rating, mesurant la responsabilité sociétale des entreprises</p>
</div>
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		<title>La nature sujet de droit : une fiction, un mythe fondateur pour changer la réalité ?</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Jan 2012 01:50:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>
		<category><![CDATA[Philo / Socio / Politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Jean-Marie Harribey réagit ici à l’article suivant : E. Gudynas, « Développement, droits de la nature et bien-vivre : l’expérience équatorienne », Mouvements, 2011/4 n° 68, p. 15–37, également accessible sur notre site : http://www.mouvements.info/Developp… Le texte d’Eduardo Gudynas « Développement, droits de la nature et bien-vivre : l’expérience équatorienne », publié par Mouvements est très intéressant en ceci qu’il exprime clairement une problématique désormais [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div>
<p>Jean-Marie Harribey réagit ici à l’article suivant :<br />
E. Gudynas, « Développement, droits de la nature et bien-vivre : l’expérience équatorienne », Mouvements, 2011/4 n° 68, p. 15–37,<br />
également accessible sur notre site : <a href="http://www.mouvements.info/Developpement-droits-de-la-Nature.html">http://www.mouvements.info/Developp…</a></p>
<p>Le texte d’Eduardo Gudynas « Développement, droits de la nature et bien-vivre : l’expérience équatorienne », publié par Mouvements est très intéressant en ceci qu’il exprime clairement une problématique désormais en discussion dans les mouvements sociaux de par le monde et en ceci aussi qu’il contient nombre d’éléments qui sont sujets de controverses.<span id="more-8303"></span></p>
<p>Le point de départ théorique de ce texte est de distinguer trois niveaux de durabilité (on dit aussi soutenabilité) : faible, forte et très forte. Or cette classification introduit un troisième niveau par rapport à la classification habituelle (faible/forte) sans qu’on sache vraiment au départ quel est le critère démarquant le niveau très forte des deux autres et surtout du niveau forte. En réalité, l’auteur modifie la définition de la soutenabilité forte habituelle (définition fondée sur la non-substitution des facteurs productifs entre eux, dont la nature) pour lui attribuer justement le critère de substitution et lui accoler la notion de capital naturel. Autrement dit, Gudynas donne à la durabilité très forte le critère de non-substitution qui est d’ordinaire réservé à la forte et donne à cette dernière les caractères de la durabilité faible, faisant ainsi disparaître à son tour la différence entre la faible et « sa » forte.<br />
Chaque auteur a le droit bien sûr de faire ce qu’il veut à condition de ne pas introduire de la confusion là où il y a un peu de clarté. Toute la littérature théorique internationale, orthodoxe comme hétérodoxe, est d’accord pour reconnaître que l’un des critères décisifs séparant l’alternative au sein de la soutenabilité porte sur la substitution ou non des facteurs productifs manufacturés à la nature. Gudynas introduit donc une confusion en rattachant la durabilité faible et la durabilité forte à la substitution.</p>
<p>À partir de là, plusieurs conséquences théoriques et politiques apparaissent. Évoquons-en trois.</p>
<p>1) La notion de capital naturel est introduite dans la problématique forte et dans la problématique très forte, alors qu’elle relevait jusqu’ici exclusivement du corpus théorique de l’économie néoclassique de l’environnement et donc de la conception faible de la soutenabilité puisqu’elle est indispensable à la notion de substitution entre les diverses sortes de capitaux. Parmi les contributions les plus récentes inscrites dans ce corpus théorique figure le rapport de la Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi [<a id="nh1" title="[1] Voir J.M. Harribey, « Richesse : de la mesure à la démesure, examen (...)" name="nh1" href="http://www.mouvements.info/La-nature-sujet-de-droit-une.html#nb1"></a>1] .<br />
La réduction de la nature à un capital parmi d’autres n’est pas simplement d’ordre sémantique car elle se réalise via la « valorisation ». Mais comme il est impossible de tirer la valeur de la nature d’un prix de marché inexistant, un subterfuge a été initié par les théoriciens néoclassiques qui ont proposé d’ajouter, à côté de la valeur de l’exploitation d’une ressource tirée du marché, d’autres « valeurs » (usage, option, legs, existence, écologique) rangées souvent sous le label de « valeurs intrinsèques ». Gudynas reprend à son compte cette notion de valeurs intrinsèques de la nature qu’il appelle aussi « valeurs propres », sans voir que cette catégorie de valeur intrinsèque de la nature susceptible d’être ajoutée à une valeur strictement économique établit une commensurabilité entre des éléments qui appartiennent à des registres différents et qui ne peuvent tous relever de la même mesure monétaire. C’est l’impasse de la théorie néoclassique de l’environnement dans laquelle se fourvoient également nombre de théoriciens se voulant critiques. De la même façon, la notion de patrimoine naturel renvoie classiquement à une vision des capitaux dont il faut assurer la valorisation.<br />
Si on adopte ce type de démarche, on aura beau jurer ses grands dieux que la « valeur » de la nature relève d’un choix strictement politique (ce qui est vrai), le ver de la marchandisation aura été introduit dans le fruit de la nature. Le refus de la marchandisation n’a plus de base conceptuelle dès lors qu’on a admis, au moins implicitement, que les différentes « valeurs » se situaient sur le même plan et qu’on pouvait promouvoir « une valorisation multiple de l’environnement » ou bien « l’incorporation de la valeur ajoutée avec la plus grande efficacité [dans le cadre des limites biophysiques de la Nature, et du au respect dû à la vie et aux cultures ». On ne sort pas de cette difficulté sans reconnaître que la « valeur » de la nature se situe hors du champ de l’économie et que parler de « valeur économique intrinsèque de la nature » n’aurait aucun sens [<a id="nh2" title="[2] Je précise que Gudynas ne parle pas de « valeur économique intrinsèque » (...)" name="nh2" href="http://www.mouvements.info/La-nature-sujet-de-droit-une.html#nb2"></a>2]. Et la prétention à dépasser le savoir européen risquerait alors de déboucher sur l’un des aspects les critiquables de ce prétendu savoir, c’est-à-dire la mise sur un même plan de registres incommensurables [<a id="nh3" title="[3] Voir J.M. Harribey, « La nature hors de prix », Ecorev, n° 38, janvier (...)" name="nh3" href="http://www.mouvements.info/La-nature-sujet-de-droit-une.html#nb3"></a>3].</p>
<p>2) L’auteur de cet article s’inscrit semble-t-il dans la lignée des théoriciens qui ont fait le choix de rejeter le concept de développement et par conséquent celui d’un développement alternatif. Pourtant, à regarder de près les propositions, on ne voit pas de différence majeure avec celles que l’on trouve généralement dans la démarche d’un développement alternatif de qualité. Le tableau récapitulatif sur la durabilité proposé par Gudynas signale la « recherche de modes de développement » comme caractère de la durabilité qu’il appelle très forte. Il précise encore que le Bien Vivre « représente une rupture avec les approches conventionnelles du développement » mais que la Constitution de Montecristi « indique que le régime de développement doit être au service du Bien Vivre ». De même, on peut considérer que « « restaurer et conserver la Nature et maintenir un environnement sain » (art. 276), garantir l’accès à l’eau, un air et un sol de qualité, ainsi qu’aux produits des ressources naturelles » représente une vision d’un certain développement et non pas un rejet de tout développement.<br />
On pourrait même ajouter que la rupture avec la pensée traditionnelle du développement ne va pas jusqu’à rejeter l’idée occidentale de posséder et maîtriser la nature, puisque cette Constitution « indique clairement que les êtres humains doivent s’approprier les ressources et richesses de l’environnement, mais elle précise un contexte nouveau, à savoir que cette appropriation doit être mise au service du Bien Vivre ». Ce que Gudynas loue, bien qu’il s’en défende, ce serait donc une approche plutôt anthropocentrique qu’écocentrique de la nature, ou biocentrique comme dit l’auteur, même si elle n’est pas à proprement parler une démarche utilitariste.<br />
Le paradoxe est que le refus du développement se conclut par un ralliement au développement durable : « Tous les courants de la durabilité ont trait, d’une manière ou d’une autre, à la recherche d’un certain équilibre entre les différentes composantes sociales, économiques, écologiques, etc. Cette perspective apparaît dans la Constitution, par exemple lorsqu’elle stipule le respect de la diversité culturelle et la satisfaction des besoins des générations actuelles et futures (art. 395). Dans le même ordre d’idées, elle affirme que l’appropriation des ressources naturelles, doit être faite selon « un mode rationnel, durable et soutenable » (art. 83). Elle établit également qu’il est nécessaire d’assurer la « conservation et l’utilisation durable de la biodiversité » dans les territoires des nations et peuples indigènes (art. 57). »<br />
L’auteur établit une ligne de démarcation entre un développement alternatif et des développements autres ? Mais alors pourquoi revendiquer l’abandon du concept de développement et comment théoriser une « alternative au développement » qui soit des « développements autres » ou bien qui débouche sur « des transitions vers un développement autre » ? Ici, toutes les confusions sont possibles, au point de se référer en tant qu’ « alternative au développement » à la thèse de Tim Jackson, alors que celui-ci ne sort guère, malgré les apparences, des approches assez conventionnelles [<a id="nh4" title="[4] Voir J.M. Harribey, « Prospérité sans croissance et croissance sans (...)" name="nh4" href="http://www.mouvements.info/La-nature-sujet-de-droit-une.html#nb4"></a>4] .</p>
<p>3) La véritable rupture établie par Gudynas et par la Constitution équatorienne qu’il commente se situe donc ailleurs. Elle est dans la proclamation et la défense des « droits de la Nature » ou dans l’affirmation que la Nature avec un grand N devient « sujet de droits ».<br />
Mais, sitôt cette proclamation effectuée, l’ambivalence, sinon l’ambiguïté, apparaît. D’un côté, le texte refuse la conception traditionnelle où « l’environnement n’est pas protégé pour ses valeurs propres, mais parce qu’il est nécessaire pour garantir la qualité de vie et la santé des individus, leurs biens ou encore leurs bénéfices, et où « les droits partent de et reviennent vers l’être humain ». De l’autre, il est dit que le développement doit être au service du bien vivre humain.<br />
La contradiction se résout-elle dans « la juxtaposition de deux systèmes de droits : l’ensemble des droits des citoyens, qui inclut la qualité de l’environnement, et l’innovation que représentent les droits de la Nature » ? Ce pourrait être le cas si le concept de droit de la Nature était clairement établi. Or, cela ne semble pas le cas. Au contraire, Gudynas se range derrière l’idée que le rapport à la nature doit être gouverné par un principe inverse : « Ces objectifs [du Bien Vivre] assignent des devoirs, tant à l’État qu’aux personnes et aux collectivités (art. 277 et 278) ». On en revient donc à un principe typiquement kantien selon lequel s’impose un nouvel impératif catégorique des êtres humains à l’égard de la nature, et non pas à l’érection d’un nouveau sujet de droits.<br />
La nature doit donc être l’objet de devoirs et non pas un sujet de droits : ce n’est que parce que les humains se feraient un devoir de respecter la nature qu’ils auraient le droit d’en faire un usage raisonnable. Autrement dit, l’idée que « la vie, humaine comme non humaine, est une valeur en soi » n’est jamais exprimée par la nature mais l’est par l’humanité qui, selon moi, se fixe à elle-même un « mandat écologique » selon le propre terme de l’auteur. La meilleure preuve en est apportée par lui-même qui explique que « la formulation des droits de la Nature ou du Bien Vivre dans la Constitution équatorienne actuelle est potentiellement l’un des meilleurs exemples d’articulation entre la société civile et la société politique ». Donc, on a bien affaire à une relation des humains entre eux (société civile et société politique, dit-il) nouée à propos de la nature. D’ailleurs Nicolas Haeringer, qui introduit le texte de Gudynas, indique bien que ce sont « des citoyens qui ont saisi un juge, au nom d’une rivière souillée par des rejets industriels. Le juge a accepté d’instruire le dossier, en reconnaissant comme fondé le principe d’inversion de la charge de la preuve : ce n’est pas à la rivière (ou aux citoyens qui la représentent) d’apporter la preuve des dommages, mais aux industries polluantes de démontrer qu’elles n’ont eu aucun rejet toxique. »<br />
Ainsi, le refus de l’extractivisme se définit comme une obligation puissante mais qui est le produit d’un choix politique conscient, « rationnel » dit la Constitution équatorienne, et pas du tout comme la mise au jour d’un droit sous-jacent, immanent, intrinsèque, propre au monde physique et biologique, fût-il vivant. Le concept de droit de la Nature disparaît donc au profit de celui d’obligation, de devoir : « En effet, les droits de la Nature, les droits à un environnement sain, ainsi que d’autres obligations présentées plus haut, ont une importance telle qu’ils formulent une obligation évidente pour l’État : la zone doit être préservée. » Et l’auteur conclut, cette fois-ci très logiquement, qu’une compensation financière à une dégradation de la nature « n’est pas une mesure environnementale ». C’est évident puisque la nature n’a pas de valeur économique intrinsèque. Mais reconnaître cette évidence obligerait à s’écarter des conceptions de l’écologie profonde. Or, on voit, aux deux tiers du texte, apparaître ce qui, selon l’auteur, différencie les durabilités forte et très forte qu’il a redéfinies au début : « c’est la reconnaissance des droits de la Nature et de la Pachamama, ainsi que le droit à sa restauration, qui font rentrer la proposition équatorienne dans la durabilité très forte ».<br />
Car la référence explicite de la thèse de Gudynas est bien celle de l’écologie profonde (deep ecology) théorisée par Arne Naess, même s’il précise que « la formulation équatorienne s’est créée en bonne partie de manière indépendante, et l’apport des traditions et sensibilités des groupes indigènes, ainsi que le travail antérieur de nombreuses organisations environnementales n’y ont pas été négligeables ». La reconnaissance et l’intégration des savoirs indigènes ou traditionnels impliquent-elles nécessairement une adhésion à cette forme de fondamentalisme écologique représentée par la deep ecology ? On pourrait objecter à mon observation que les multiples rappels que fait l’auteur de l’importance du respect des droits humain à côté de ceux de la nature suffisent à écarter le risque de fondamentalisme. Cependant, il se pourrait que la « juxtaposition » des deux types de droits invoquée par Gudynas ne soit par une véritable imbrication et ne soit qu’une simple juxtaposition au sens propre. En effet il est symptomatique que pas une fois le mot de capitalisme ne soit mentionné dans son texte. Le rapport des humains à la nature se nouerait-il hors de tout contexte social, hors de tous rapports sociaux ? Ou bien encore, les sociétés d’Amérique du sud, dont les expériences sont ici analysées, ne seraient-elles pas intégrées et soumises à la logique du capital et de la propriété privée, contre laquelle se mènent nombre de luttes populaires ?</p>
<p>En conclusion, je dirais mon accord complet avec la démarche de travailler à instaurer le bien vivre à la place de l’american way of life, mais aussi mon opposition à certaines justifications théoriques, d’une part non nécessaires pour poser des choix éthiques et politiques, d’autre part le plus souvent incohérentes. Au mieux, la thèse avancée par Eduardo Gudynas et beaucoup d’autres aujourd’hui est-elle une fiction, un nouveau mythe fondateur pour transformer la réalité. Gare à ce que cela ne soit pas une pure idéologie.</p>
</div>
<div>Publié par Mouvements, le 6 janvier 2012. http://www.mouvements.info/La-nature-sujet-de-droit-une.html</div>
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		<title>Toujours plus de « capitalisme vert » !</title>
		<link>http://www.cahiersdusocialisme.org/2011/12/21/toujours-plus-de-capitalisme-vert/</link>
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		<pubDate>Thu, 22 Dec 2011 00:44:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Capitalisme / Néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>

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		<description><![CDATA[On va sauver les marchés et non le climat. C’est ainsi que nous pourrions résumer les constats sur la 17e Conférence des Parties (COP17) de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (UNFCCC) qui s’est déroulée à Durban, en Afrique du Sud, du 28 novembre au 10 décembre. Il y a un contraste saisissant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="texte">
<p>On va sauver les marchés et non le climat. C’est ainsi que nous pourrions résumer les constats sur la 17<sup>e</sup> Conférence des Parties (COP17) de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (UNFCCC) qui s’est déroulée à Durban, en Afrique du Sud, du 28 novembre au 10 décembre. Il y a un contraste saisissant entre la réponse rapide que les gouvernements et les institutions internationales ont donné lors de l’éclatement de la crise économique et financière de 2007-08 en renflouant des banques privées avec de l’argent public et l’immobilisme dont ils font preuve face au changement climatique. Cela ne devrait pourtant pas nous surprendre, car dans un cas comme dans l’autre ce sont les mêmes marchés et leurs gouvernements complices qui sortent gagnants.<span id="more-8235"></span></p>
<p>Au sommet de Durban, il y avait deux thèmes centraux : d’une part, l’avenir du Protocole de Kyoto qui prend fin en 2012 ainsi que la capacité de mettre en place des mécanismes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, et, d’autre part, le lancement du Fonds vert pour le climat approuvé lors du précédent sommet de Cancun (Mexique) avec l’objectif théorique de soutenir les pays les plus pauvres face aux conséquences du changement climatique, cela au moyen de projets dits d’atténuation et d’adaptation.</p>
<p>Après Durban nous pouvons affirmer qu’une deuxième phase du Protocole de Kyoto est restée vide de contenu : on a reporté toute action réelle jusqu’en 2020 et on a refusé tout instrument contraignant de réduction des émissions de gaz à effet de serre. C’est ainsi que l’ont voulu les représentants des pays les plus polluants, à la tête desquels se trouvent les Etats-Unis, qui plaidaient en faveur d’un accord de réductions volontaires et qui se sont opposés à tout mécanisme contraignant. Le Protocole de Kyoto était déjà insuffisant et son application stricte n’aurait conduit qu’à un ralentissement infime du réchauffement global. Mais maintenant, nous sommes engagés sur une voie qui ne peut que péjorer la situation.</p>
<p>En ce qui concerne le Fonds vert pour le climat, dans un premier temps, les pays riches se sont engagés à contribuer à hauteur de 30 milliards de dollars en 2012 et 100 milliards par année jusqu’en 2020. De toute manière, ces sommes sont considérées comme insuffisantes. Mais la provenance de ces fonds publics n’a pas été déterminée. Dès lors, les portes sont grandes ouvertes aux investissements privés et à une gestion par la Banque mondiale. Comme l’ont déjà fait remarquer les organisations sociales, il s’agit là d’une stratégie pour « transformer le Fonds vert pour le climat en un Fonds patronal vorace ». Une fois de plus on prétend faire des profits avec le climat et avec la pollution environnementale [les banques d’investissement ont déjà mis au point toute une série d’instruments financiers pour intervenir sur ce qui est nommé le marché du carbone, des émissions, etc.].</p>
<p>Un autre exemple de cette marchandisation du climat a été l’aval donné par l’ONU au captage-stockage du CO<sub>2</sub> en tant que mécanisme pour un développement dit propre, alors que cette procédure ne vise pas à réduire les émissions et contribuera à approfondir la crise environnementale, surtout dans des pays du Sud qui sont les candidats à devenir des futurs cimetières de CO<sub>2</sub>.</p>
<p>Les résultats du Sommet entraînent par conséquent un accroissement du capitalisme vert. Comme le dénonçait le militant et intellectuel sud-africain Patrick Bond : <em>« La tendance à la marchandisation de la nature est devenue le point de vue philosophique dominant dans la gouvernance mondiale environnementale. »</em> A Durban, on a répété le scénario des sommets précédents, comme ceux de Cancun en 2010 et de Copenhague en 2009, où les intérêts des grandes transnationales, des institutions financières internationales et des élites du monde financier, aussi bien du Nord que du Sud, ont la priorité sur les nécessités collectives des peuples et sur l’avenir de la planète.</p>
<p>A Durban, notre avenir était en jeu, mais aussi notre présent. Les ravages du changement climatique font déjà sentir leurs effets, dont la libération de millions de tonnes de méthane de l’Arctique, un gaz 20 fois plus puissant que le CO<sub>2</sub> du point de vue du réchauffement atmosphérique, et la fonte des glaciers ainsi que des calottes glaciaires qui élève le niveau de la mer. Ces effets augmentent déjà l’ampleur des migrations forcées. Si en 1995 il y avait environ 25 millions de migrants climatiques, ce chiffre a doublé aujourd’hui, avec 50 millions. En 2050, ce nombre pourrait se situer entre 200 millions et 1 milliard de personnes déplacées.</p>
<p>Tous les indicateurs montrent que nous allons vers un réchauffement global incontrôlé supérieur à 2°, et qui pourrait atteindre environ 4° à la fin du siècle, ce qui déclenchera très probablement, selon les scientifiques, des impacts ingérables, comme une montée très importante du niveau de la mer. Nous ne pouvons pas attendre l’année 2020 pour commencer à prendre des mesures concrètes.</p>
<p>Mais face au manque de volonté politique pour juguler le changement climatique, les résistances ne tarissent pourtant pas. Parallèlement au mouvement Occupy Wall Street et à la vague d’indignation qui parcourt l’Europe et le monde, nombre d’activistes et de mouvements sociaux se sont rencontrés quotidiennement dans un forum à quelques mètres du centre où se tenait la conférence officielle. Ils ont placé leur initiative sous le titre « Occupy COP17 ». Ce point de rencontre a rassemblé nombre de participants allant des paysannes qui luttent pour leurs droits jusqu’aux représentants de petits Etats insulaires comme les Seychelles, Grenade ou la République de Nauru (Océanie-Micronésie) qui sont menacés par une montée imminente du niveau de la mer, en passant par des militant·e·s contre la dette extérieure qui réclament la reconnaissance ainsi que la restitution par le Nord d’une dette écologique au Sud.</p>
<p>Le mouvement pour la Justice climatique montre la nécessité de privilégier nos vies et la planète par rapport à la marchandisation de la nature et des biens communs. Le capitalisme et ses élites se montrent incapables de fournir une réponse d’ensemble à la crise socio-climatique à laquelle nous a conduit la logique productiviste et prédatrice du système. Si nous ne voulons pas l’exacerbation de cette crise climatique, avec toutes ses conséquences, il faut changer ce système à la racine. Le militant écologiste reconnu Nnimmo Bassey l’a dit très clairement : <em>« Le sommet a amplifié l’apartheid climatique, où le 1% le plus riche du monde a décidé qu’il était acceptable de sacrifier le 99% restant. »</em></p>
<p><strong>Josep Maria Antentas et Esther Vivas</strong></p>
<hr />
</div>
<div id="ps">
<p>* Article publié par Público le 13/12/2011 et reproduit dans sa version originale en espagnol sur le site de Viento Sur :<br />
<a href="http://www.vientosur.info/articulosweb/noticia/index.php?x=4662" rel="nofollow external">http://www.vientosur.info/articulos…</a></p>
<p>* Traduction A l’Encontre.</p>
<p>* Josep Maria Antentas, professeur de sociologie de l’Université Autonome de Barcelona, et Esther Vivas est membre du Centre d’Etudes sur les Mouvements sociaux de l’Université Pompeu Fabra.</p>
<p>+ +info : <a href="http://esthervivas.wordpress.com/" rel="nofollow external">http://esthervivas.wordpress.com</a></p>
</div>
]]></content:encoded>
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		<title>Pas d’accord avant 2015</title>
		<link>http://www.cahiersdusocialisme.org/2011/12/16/pas-daccord-avant-2015/</link>
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		<pubDate>Fri, 16 Dec 2011 12:23:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>

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		<description><![CDATA[Les 194 pays présents à la Conférence de Durban, dont le Canada et les États-Unis, ont accepté de poursuivre les discussions pour parvenir à un accord de lutte au réchauffement climatique en 2015. Il a été convenu que cet accord entre en vigueur en 2020. Les pays se sont aussi entendus pour négocier, lors de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="      alignright" src="http://www.csn.qc.ca/image/image_gallery?uuid=4156105e-1bb7-4d53-9dfa-8f664d8ec308&amp;groupId=13943&amp;t=1323654817958" alt="" width="180" height="140" /></p>
<p>Les 194 pays présents à la Conférence de Durban, dont le Canada et les États-Unis, ont accepté de poursuivre les discussions pour parvenir à un accord de lutte au réchauffement climatique en 2015. Il a été convenu que cet accord entre en vigueur en 2020.</p>
<p>Les pays se sont aussi entendus pour négocier, lors de la prochaine conférence, à Qatar l’an prochain, la prolongation du protocole de Kyoto. Signé par plus de 80 pays en 1997 et mis en vigueur en 2005, ce protocole contraignant vient à échéance en 2012. Plusieurs pays, dont le Canada, ne veulent pas prolonger leur adhésion à celui-ci.<span id="more-8214"></span></p>
<p>Quant au Fonds vert destiné à aider les pays en voie de développement, aucune formule de financement n’a été négociée. Le Fonds demeure une coquille vide. « Rien n’est réglé », constate Hugo Séguin d’Équiterre qui a suivi le déroulement de cette rencontre.</p>
<p>De leur côté, les organisations syndicales et civiles, dont la Confédération syndicale internationale (CSI) à laquelle est affilié la CSN, ont donné publiquement leur appui à la France, à l’Afrique du Sud, à la Norvège et aux pays en voie de développement. Ceux-ci proposent la mise en place de la TTF, une taxe sur les transactions financières. Une proposition qui jusqu’à ce jour n’a pas été retenue.  En outre, comme le souligne Isabelle Ménard de la CSN, présente à Durban, les syndicat veulent négocier et s’impliquer dans la lutte au changement climatique.  Voici le troisième qu’elle nous a envoyé.</p>
<h1><img class="alignright" src="http://www.csn.qc.ca/image/image_gallery?uuid=bdcfe35b-2d04-42a1-a09d-9bb69f797603&amp;groupId=13943&amp;t=1323655387831" alt="" width="180" height="240" />Face aux changements climatiques<br />
Des syndicats veulent négocier et s’impliquer</h1>
<p>« Tout long de la semaine, au pavillon du Monde du Travail à l’Université de KwaZulu Natal, des syndicats ont fait part de leurs préoccupations face aux changements climatiques dans leur milieu de travail. Un consensus syndical se dégage avec force : les syndicats veulent être impliqués dans la mise en place des mesures qui sont nécessaires. Il y a même une organisation syndicale africaine, le COSATU, qui a décidé de négocier avec les employeurs leur politique énergétique syndical. Cela peut se concrétiser par la négociation de mesures d’économie d’énergie. Le COSATU veut en effet assurer une participation des travailleurs aux efforts de réduction des gaz à effet de serre dans les milieux de travail.</p>
<p>Quelque soit leur pays d’origine, les syndicats font état de mêmes constats et préoccupations. Ils dénoncent l’absence de politiques industrielles et énergétiques cohérentes, y compris dans les pays développés tels que les États-Unis et le Canada, le Québec inclus. Ils sont favorables à une amélioration des infrastructures des usines afin qu’elles soient moins polluantes et moins émettrices de gaz à effet de serre. Plusieurs délégués ont tenu à préciser que, dans le secteur manufacturier, les économies d’énergie doivent être obtenues non seulement dans les bâtiments mais aussi dans la chaîne d’approvisionnement et dans celle de la production. Pour les syndicats africains, l’exploitation des ressources naturelles est en outre une préoccupation très importante. Ils veulent intégrer des pratiques responsables d’utilisation des ressources et en discutent actuellement avec leurs vis-à-vis patronaux.</p>
<p>Selon un bon nombre de participants, un des facteurs de réussite des changements qui devront être opérés dans les prochaines années nécessite un dialogue social entre les parties, entre autres, entre les gouvernements, les syndicats et les employeurs. Un tel dialogue permettrait d’aller dans la même direction et de développer une vision commune de réduction des gaz à effet de serre, y compris pour diminuer l’empreinte des milieux de travail.</p>
<p>Durant cette semaine, les discussions ont aussi porté sur la mise en place d’un système de protection sociale pour faire face aux catastrophes liés aux changements climatiques. Des milliers de travailleurs ont déjà été sévèrement touchés par ceux-ci : perte de leur maison et de leur emploi, problèmes de santé, migration vers d’autres régions, etc. Deux présentations syndicales ont porté sur la capacité des services publics à répondre aux problèmes causés par ces changements climatiques. Or, ceux-ci ne sont pas en mesure d’y faire face. Beaucoup de travail et de sensibilisation doivent encore être faits car un fossé d’incompréhension existe entre les problèmes causés par les changements climatiques et ceux liés à la pollution en général. En outre, l’implication des travailleurs pour trouver des solutions à ce chapitre est souvent perçu comme une difficulté alors que leur participation pourrait au contraire être un atout dans la recherche de mesures efficaces. »</p>
<p> </p>
<div style="margin: 1em 0; padding: .5em; background-color: #eee; border: 1px solid #666;">
<h3>La Conférence de Durban, c’est quoi ?</h3>
<p>Du 28 novembre au 9 décembre, en Afrique du Sud, la ville de Durban accueille la 17e conférence des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Des délégations de 195 pays participent à ces négociatiions. Cette conférence sur le climat doit préparer la suite à donner protocole de Kyoto, qui vient à échéance le 31 décembre 2012.<br />
Le protocole de Kyoto, ratifié par 193 pays, a été le seul texte contraignant jamais signé sur le climat. C’était en 1997. Il est entré en vigueur en 2005. La Conférence de Copenhague, en 2009, à laquelle 193 pays ont aussi participé, a été un fiasco. Celle de Cancún en 2010 a débouché sur un accord signé qui fixe des objectifs à atteindre mais pas les moyens d’y parvenir.</p>
<p><strong><a href="http://www.csn.qc.ca/web/csn//hausse-inquietante-de-la-temperature" target="_blank">Hausse inquiétante de la température terrestre »</a></strong></p>
<h3>Des négociations difficiles</h3>
<p><strong>Positions au début de la conférence</strong></p>
<ul>
<li>la <strong>Chine</strong>, premier émetteur mondial de CO2, refuse de signer tout accord pour préserver son « droit au développement ». Mais au cours de cette conférence à Durban, elle manifeste une certaine ouverture et a tendance à se rallier avec le G77, le regroupement des pays en voie de développement et émergents ;</li>
<li>les <strong>États-Unis</strong>, deuxième pays émetteur de la planète et qui n’a pas ratifié Kyoto, n’avanceront pas d’un pouce si la Chine ne fait rien ;</li>
<li>la <strong>Russie</strong> et le <strong>Japon</strong> – qui ont paraphé Kyoto – sont du même avis ;</li>
<li>l’<strong>Union européenne</strong> affirme ne rien vouloir signer sans engagement de réduction des États-Unis;</li>
<li>quant au <strong>Canada</strong>, il devrait annoncer son retrait du protocole de Kyoto avant la fin de l’année.</li>
</ul>
</div>
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		<title>Développement, droits de la Nature et Bien Vivre : l’expérience Équatorienne</title>
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		<pubDate>Fri, 16 Dec 2011 11:58:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans le marasme de l’après-Copenhague (décembre 2009), l’espoir de parvenir à construire des politiques réellement durables est principalement venu d’Amérique La-tine ; plus précisément de la Bolivie et de l’Équateur. Les deux pays andins n’ont plus seulement attiré l’attention des militants soucieux d’observer et de s’inspirer de l’expérience de présidents et de gouvernements progressistes, issus (directement [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Dans le marasme de l’après-Copenhague (décembre 2009), l’espoir de parvenir à construire des politiques réellement durables est principalement venu d’Amérique La-tine ; plus précisément de la Bolivie et de l’Équateur. Les deux pays andins n’ont plus seulement attiré l’attention des militants soucieux d’observer et de s’inspirer de l’expérience de présidents et de gouvernements progressistes, issus (directement dans le cas d’Evo Morales) du mouvement social, mais ont également largement intéressé les écologistes. Evo Morales a convoqué une rencontre autour des Droits de la Terre-Mère, tandis que l’Équateur a initié le projet (en voie d’abandon) de gel des forages pétroliers dans le parc national de Yasuni. L’Équateur est par ailleurs le premier État au monde à avoir reconnu, dans sa constitution, les droits de la Nature. Le chercheur uruguayen Eduardo Gudynas revient dans cet article sur les fondements et la portée de l’expérience équatorienne.</strong><span id="more-8207"></span></p>
<p>Il est aujourd’hui admis qu’existent des liens étroits entre les stratégies de développement et le contexte écologique. Ces derniers sont particulièrement visibles en Amérique latine, où les économies nationales continuent à reposer sur une intense exploitation des ressources naturelles et où les matières premières figurent au premier rang des exportations.</p>
<p>Après plus de quatre décennies de débats, d’avancées et de reculs en matière d’environnement et de développement, des innovations substantielles se sont concrétisées ces dernières années. Dans la perspective d’un changement de cap, elles portent un énorme espoir, qui ouvre la voie à la protection du patrimoine écologique latino-américain. Parmi ces changements, la nouvelle Constitution équatorienne se distingue sans aucun doute, qui reconnaît légalement pour la première fois les droits de la Nature, en même temps qu’elle les articule avec la proposition originale du « Bien Vivre » comme alternative au développement actuel.</p>
<p>Dans cet article, nous examinerons quelques points saillants des relations entre environnement et développement dans le nouveau cadre établi par la Constitution rédigée à Montecristi. Nous commencerons par un bref résumé des différents courants du développement durable, et montrerons que le nouveau texte constitutionnel permet d’avancer jusqu’à ce que nous appelons la « durabilité très forte ». Celle-ci se caractérise notamment par la reconnaissance de valeurs intrinsèques à la Nature, ce qui en fait un sujet de droits. Nous analyserons ensuite les implications de ces propositions, autour de quelques éléments précis, comme les propositions de transition vers des alternatives qui rompent avec l’extractivisme. Pour finir, nous commenterons quelques enseignements, plus particulièrement ceux qui sont pertinents pour les organisations de la société civile.</p>
<p>Ce texte présente les résultats d’une recherche en cours de l’auteur, ainsi que des éléments qui reprennent, avec des modifications et des actualisations, des articles antérieurs, notamment des éléments issus d’une étude sur l’écologie politique de la nouvelle constitution équatorienne.</p>
<h3>Le développement durable comme concept pluriel</h3>
<p>Le développement durable est un concept qui a maintenant une longue histoire. À partir des premières discussions sur l’environnement et le développement des années 1970, les premières références à la durabilité se sont formalisées au début des années 1980. En 1980, par exemple, la première Stratégie mondiale de la Conservation souligne que, pour que le développement soit durable, il est nécessaire de tenir compte de facteurs économiques et sociaux, liés à l’ensemble des ressources vivantes et inanimées offertes par les écosystèmes.</p>
<p>À l’origine, la durabilité part de préoccupations environnementales, qui invoquent la nécessité d’utiliser les ressources naturelles au rythme auquel la Nature les reproduit, et d’accorder les impacts à leurs capacités d’adaptation. Les formulations les plus reprises se retrouvent dans le rapport « Notre avenir à tous », rédigé par la Commission mondial sur l’Environnement et le Développement des Nations unies. Dans sa définition, il établit que le développement durable doit « répondre aux besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les générations futures de satisfaire les leurs », et reconnaît l’existence de limites, même si ces dernières ne sont pas absolues. Dans cette perspective, la définition progresse dans la reconnaissance que les limites proviennent de « l’état actuel de la technique et de l’organisation sociale, ainsi que de la capacité de la biosphère de supporter les effets des activités humaines ». Pour autant, la « technologie comme l’organisation sociale peuvent se gérer et s’améliorer afin d’inaugurer une nouvelle ère de croissance économique ».</p>
<p>Comme il s’agit d’une définition large, elle reconnaît d’une part les limites écologiques à l’expansion économique, et soutient, d’autre part, que celles-ci peuvent être gérées socialement et technologiquement. Par conséquent, elle tente une réconciliation avec l’objectif classique de la croissance économique. Dès lors, le concept de développement durable s’est diversifié en différents courants, certains mettant l’accent sur les besoins humains, d’autres sur les générations futures, certains sur les impératifs de conservation de la biodiversité, et, pour finir, quelques-uns sur la croissance économique. La durabilité s’est convertie en un champ hétérogène, où se rencontrent diverses conceptions.</p>
<p>Cette diversité est tellement importante qu’il n’y a guère de sens à tenter d’imposer une définition. Il est bien plus important de caractériser et définir les différents courants, pour comprendre que ce qui se cache derrière l’appellation développement durable dans chaque cas. Ces différents courants peuvent être distingués en fonction de leur distanciation et de leurs critiques des stratégies de développement conventionnelles. Cette classification se centre sur les différentes formes selon lesquelles les différentes visions de la durabilité conçoivent la Nature (par exemple : s’agit-il d’un capital naturel ou non ?), le rôle de la science et de la technique, ou encore les compromis éthiques (comme ceux qui émergent en Équateur avec les droits de la Nature).</p>
<p>Le premier ensemble de positions correspond à ce que nous appelons la durabilité faible, qui inclut des positions de type réformiste qui proposent des solutions techniques aux problèmes environnementaux, par exemple, via des filtres pour les cheminées ou des dispositifs de traitements des émissions dans les usines. Face aux limites de la Nature, que ce soit dans la disponibilité des ressources naturelles comme dans la capacité de l’environnement à amortir les impacts écologiques, ceux qui appuient cette vision défendent la possibilité de les gérer. Ses promoteurs font un usage intensif de la valorisation économique, qui leur permet d’introduire les questions environnementales dans les analyses économiques classiques.</p>
<p>Le deuxième ensemble, la durabilité forte, reconnaît l’importance des solutions techniques et de la valorisation économique, tout en constatant que d’autres comportements sont nécessaires pour garantir la durabilité. Dans cette perspective, la reconnaissance de la notion de Capital naturel s’accompagne de la conscience qu’au moins une partie doit être nécessairement préservée. Cette dernière repose sur le fait qu’il est impossible d’assurer une substitution parfaite entre le Capital naturel et les autres formes de Capital d’origine humaine. Pour finir, la durabilité très forte, promeut des changements majeurs à tous points de vue. Elle défend une valorisation plurielle de la Nature, dont le Capital naturel n’est qu’une forme. En effet, les valorisations peuvent s’exprimer sur plusieurs registres, telles que les valeurs écologiques, esthétiques, religieuses, culturelles, etc. Partant de là, elle recourt au concept de Patrimoine Naturel, compatible avec cette valorisation pluridimensionnelle. En outre, elle défend ce qui est appelé les valeurs propres, ou intrinsèques, de la Nature. Il s’agit des valeurs propres aux espèces vivantes et aux écosystèmes, indépendamment de leur utilité ou de leur appréciation par l’espèce humaine. Cette perspective est habituellement qualifiée de biocentrique. Dans ce courant, les solutions techniques jouent un rôle important, mais ne suffisent pas à faire face à ces valorisations multiples. Il est donc essentiel de s’appuyer sur les espaces politiques. Alors que la durabilité faible peut se résoudre de manière technocratique, la durabilité très forte est toujours une discussion politique. Il est important de rappeler que ces approches ne s’opposent pas les unes aux autres. Au contraire, l’une se prolonge dans la suivante (comme on peut le voir sur le schéma 1). Ainsi la durabilité très forte ne rejette-t-elle pas la notion de Capital naturel. Elle affirme cependant qu’elle est insuffisante. Son approche, fondée sur le Patrimoine naturel, inclut les valorisations économiques dont rend compte la notion de Capital naturel, mais elle la place aux côtés d’autres types de valorisations. Par conséquent, le processus de décision est nécessairement politique, et non technocratique.</p>
<p>La physionomie de ces divers courants maintenant rappelée, il est possible d’analyser la présentation de la question environnementale et du développement dans la nouvelle Constitution équatorienne. Il est intéressant d’étudier le type de durabilité auquel correspond le texte de Montecristi, et, plus particulièrement, ses potentiels quant à l’approfondissement d’une stratégie de développement alternative.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 510px"><img title="Schéma 1" src="http://www.mouvements.info/local/cache-vignettes/L500xH426/schemagudynas1-df561.jpg" alt="Schéma 1" width="500" height="426" /><p class="wp-caption-text">Schéma 1</p></div>
<h3>Environnement et Bien Vivre dans la constitution de Montecristi</h3>
<p>La nouvelle Constitution équatorienne suscite une importante attention internationale, parce qu’elle présente deux innovations marquantes. Elle reconnaît, d’une part, les droits de la Nature, et défend, d’autre part, l’idée d’une alternative au développement : le Bien Vivre (Sumak Kawsay). Cette approche permet de trouver de nombreux liens avec le développement durable. Ce cadre établi, nous commencerons par rappeler que la nouvelle Constitution octroie une importance substantielle aux droits de la Nature. Elle est appréhendée de manière originale, puisque la catégorie de la Nature est placée au même niveau que la Pachamama. Partant de là, elle dispose que la Nature/Pachamama « a droit à ce que soient pleinement respectés son existence, ainsi que le maintien et la régénération de ses cycles vitaux, sa structure, ses fonctions et ses processus évolutifs » (art. 72). Elle va même plus loin sur ce point, et ajoute qu’elle a également droit à une restauration intégrale (art. 73). Cette approche originale est à son tour articulée avec la reconnaissance des droits classiques des citoyens, à la qualité de vie et à un environnement sain, comme nous le verrons plus bas.</p>
<p>On retrouve de nombreuses innovations dans cette formulation. Elle complète la vision occidentale classique de la Nature par les savoirs traditionnels des peuples indigènes tels qu’exprimés dans la Pachamama. Cette approche multiculturelle, qui reconnaît les droits de la Nature, établit implicitement qu’elle possède des valeurs intrinsèques (autrement nommées valeurs propres). La Nature cesse ainsi d’être un objet géré en fonction de son utilité ou des bénéfices humains que l’on espère en retirer, et devient sujet de droits. Cette vision est renforcée par la reconnaissance d’un droit de la Nature non seulement à être protégé, mais à être restaurée.</p>
<p>Même s’il est courant de trouver des articles de journaux qui font référence à la nouvelle Constitution bolivienne, il est nécessaire de souligner l’existence de différences substantielles. En effet, le texte constitutionnel bolivien ne reconnaît pas de droits propres à la Nature, et évoque les thématiques environnementales restreintes aux droits civils classiques. Ces droits classiques, comme, par exemple, le droit à un environnement sain, sont également présents dans la constitution équatorienne : les droits à un environnement sain sont notamment mentionnés dans son article 14. Ils correspondent à ce que l’on appelle les droits de troisième génération, qui incluent des éléments sociaux, économiques et environnementaux. Leur cadre conceptuel s’explique lui-même à partir des exigences des citoyens vis-à-vis de l’État. L’approche théorique diverge donc de celle qui fonde les droits de la Nature. Dans ce cadre, l’environnement n’est pas protégé pour ses valeurs propres, mais parce qu’il est nécessaire pour garantir la qualité de vie et la santé des individus, leurs biens ou encore leurs bénéfices. Ce sont donc des droits qui partent de et reviennent vers l’être humain. L’un des intérêts du texte de Montecristi, c’est qu’il juxtapose les deux systèmes de droits : l’ensemble des droits des citoyens, qui inclut la qualité de l’environnement, et l’innovation que représentent les droits de la Nature.</p>
<p>Ce système de droits trouve son articulation dans le Bien Vivre. La Constitution dispose que le Bien Vivre n’est possible sans un environnement sain, écologiquement équilibré, qui garantisse la durabilité. Tous ces éléments s’influencent mutuellement. Elle indique également que le Bien Vivre requiert que « les personnes, les communautés, les peuples et les nationalités jouissent effectivement de leurs droits, et agissent dans le cadre de l’interculturalité, du respect de leurs diversités et de la coexistence harmonieuse avec la Nature » (art. 275).</p>
<p>Le Bien Vivre est un concept encore en construction, même s’il existe un consensus autour du fait qu’il représente une rupture avec les approches conventionnelles du développement. Cet objectif apparaît clairement dans la Constitution de Montecristi, qui inclut dans cette perspective plusieurs liens avec la question environnementale. Elle indique que le régime de développement doit être au service du Bien Vivre, et, entre autres objectifs, on peut lire qu’il vise à « restaurer et conserver la Nature et maintenir un environnement sain et soutenable » (art. 276), garantir l’accès à une eau, un air et un sol de qualité, ainsi qu’aux produits des ressources naturelles. Ces objectifs assignent des devoirs, tant à l’État qu’aux personnes et aux collectivités (art. 277 et 278). L’importance de la planification étatique est également soulignée (par exemple dans les articles 275 et 277), dans un cadre participatif et décentralisé (art. 279). Les éléments de ce type inscrivent le Bien Vivre dans le champ du développement durable.</p>
<p>La Constitution aborde deux autres aspects clefs de tous les courants de la durabilité. Elle indique clairement que les êtres humains doivent s’approprier les ressources et richesses de l’environnement, mais elle précise un contexte nouveau, à savoir que cette appropriation doit être mise au service du Bien Vivre. Par exemple, l’article 75 indique que les « personnes, communautés, peuples et nationalités ont droit à bénéficier de l’environnement et des richesses naturelles que leur offrent le Bien Vivre ». La reconnaissance des droits de la Nature impose des conditions drastiques concernant les voies acceptables pour interagir avec l’environnement.</p>
<p>L’approche équatorienne se distingue largement de celle en vigueur en Bolivie, dont le nouveau texte constitutionnel établit qu’une des finalités de l’État est l’industrialisation des ressources naturelles. Il est par exemple indiqué que « l’industrialisation et la commercialisation des ressources naturelles seront une priorité de l’État » (art. 355). Cette formulation crée donc des contradictions potentielles entre les aspirations à la préservation de la Nature et l’objectif d’industrialiser les ressources naturelles.</p>
<p>Alors que le Bien Vivre équatorien débouche sur un vaste ensemble de droits, incluant ceux de la Nature, la position bolivienne laisse réapparaître les approches utilitaristes de l’environnement, en particulier celles liées à l’extractivisme. Ces tensions doivent être analysées avec attention, parce qu’elles concernent tous les États (y compris l’Équateur), qui manifestent un désir d’approfondir une veine extractiviste permettant de financer l’État et de promouvoir la croissance économique. En réalité, les prix élevés des matières premières, sont à l’origine de pressions énormes pour étendre les infrastructures minières et pétrolières ainsi que les nouvelles monocultures d’exportation. Dans le cadre du néo-extractivisme des pays dont les gouvernements sont progressistes, ces infrastructures sont justifiées parce qu’elles servent à financer l’État et nombre de ses programmes sociaux de lutte contre la pauvreté. Malgré ces intentions louables, c’est un régime de développement insoutenable, de haut impact social et environnemental, qui produit des conflits citoyens continus.</p>
<p>Derrière ces approches utilitaristes, on retrouve les perspectives classiques, qui sont anthropocentriques, puisque la détermination des valeurs et de l’utilité se fait toujours en fonction de l’être humain, tandis que la Nature est quand à elle perçue comme un ensemble d’objets qui doivent être appropriés. Ces approches engendrent des attentes en termes de rentabilité, où la valorisation économique prime, et presque toutes les stratégies (de développement, NDT) sont insoutenables : on ne retient alors du développement durable que la version faible.</p>
<p>À l’inverse, la voie Équatorienne propose un éventail majeur d’options, dont certaines conçoivent la Nature comme un sujet de droit et lui reconnaissent des valeurs intrinsèques. Il s’agit des valeurs propres à l’environnement, tant aux êtres vivants qu’à leurs supports physiques, qui ne dépendent pas de l’utilité ou de l’appropriation par l’être humain. Cette approche, dans laquelle la vie, humaine comme non-humaine, est une valeur en soi, est appelée biocentrique. On peut par conséquent distinguer le biocentrisme, qui reconnaît des valeurs propres à l’environnement, de l’anthropocentrisme, pour lequel la Nature est valorisée par son utilité ou le bénéfice qu’elle représente pour l’Homme (généralement comme valeur d’usage ou valeur d’échange).</p>
<h3>Les choix en faveur du développement durable</h3>
<p>Une fois ces éléments établis, il apparaît clairement que le texte constitutionnel actuel est un terrain fertile pour la perspective du développement durable. On y trouve des références claires à la durabilité : depuis le postulat selon lequel un droit à l’environnement sain et écologiquement équilibré doit être au service de la durabilité (art. 14), jusqu’au devoir qu’a l’État de garantir un modèle durable de développement, équilibré environnementalement, protégeant la biodiversité, et assurant la reproduction naturelle des écosystèmes (art. 395).</p>
<p>Tous les courants de la durabilité ont trait, d’une manière ou d’une autre, à la recherche d’un certain équilibre entre les différentes composantes sociales, économiques, écologiques, etc. Cette perspective apparaît dans la Constitution, par exemple lorsqu’elle stipule le respect de la diversité culturelle et la satisfaction des besoins des générations actuelles et futures (art. 395). Dans le même ordre d’idées, elle affirme que l’appropriation des ressources naturelles, doit être faite selon « un mode rationnel, durable et soutenable » (art. 83). Elle établit également qu’il est nécessaire d’assurer la « conservation et l’utilisation durable de la biodiversité » dans les territoires des nations et peuples indigènes (art. 57). Elle précise également qu’il est, dans le cas de l’Amazonie, nécessaire d’adopter des politiques de développement durable qui protègent la biodiversité, et doivent, dans le même temps, compenser les « inégalités de son développement et consolide® sa souveraineté » (art. 259). Elle inclut des références à une « ville durable » (art. 31).</p>
<p>Un examen plus rigoureux des contenus permet de mettre en évidence qu’entre les trois courants de la durabilité, le mandat de Montecristi est clairement orienté vers la durabilité très forte. Rappelons que le régime de développement se définit comme « l’ensemble organisé, durable et dynamique des systèmes économiques, politiques, socioculturels et environnementaux, qui garantissent la réalisation du Bien Vivre ou Sumak Kawsay » (art. 275). Par conséquent, dès l’origine, la Constitution part d’une conception multidimensionnelle, qui intègre des éléments sociaux et environnementaux, et les oriente vers le Bien Vivre. Elle hiérarchise divers éléments environnementaux, tels que restaurer et conserver la Nature, assurer un environnement sain et offrir un accès juste et de qualité aux ressources naturelles (art. 276).</p>
<p>Mais c’est la reconnaissance des droits de la Nature et de la Pachamama, et le droit à sa restauration, qui font rentrer la proposition équatorienne dans la durabilité très forte. Ici s’exprime indubitablement une approche biocentrique, dans laquelle la Nature a une valeur intrinsèque, à côté des valorisations humaines, qui sont elles-mêmes multiples, écologiques, esthétiques, religieuses, économiques, etc.</p>
<p>L’équilibre avec la dimension économique est l’un des aspects les plus controversés dans les débats sur la durabilité. Sur ce point, la Constitution indique qu’il est nécessaire de promouvoir « l’incorporation de la valeur ajoutée avec la plus grande efficacité », mais elle précise aussitôt que cela doit être fait « dans le cadre des limites biophysiques de la Nature, et du respect dû à la vie et aux cultures » (art. 284). C’est une formulation défendue ces dernières années tant dans le courant de durabilité forte que dans celui de la durabilité très forte. Les contenus qui concernent la souveraineté économique s’inscrivent dans ce cadre.</p>
<p>De fait, les divers articles traitant de l’environnement comme patrimoine, ou dans lesquels l’approche multiculturelle est défendue, correspondent également au courant de la durabilité très forte, qui promeut une valorisation multiple de l’environnement. L’approche biocentrique affirme que la valorisation de l’environnement restreinte au Capital naturel est insuffisante – au contraire, la durabilité très forte défend l’idée d’un Patrimoine naturel. Il s’agit d’une Nature qui, sous certaines conditions, peut receler des éléments qui relèvent du marché, mais qui forme un ensemble bien plus vaste irréductible aux seules relations marchandes.</p>
<p>Les articles de la Constitution qui concernent la gestion environnementale montrent qu’une approche technocratique peut avoir de l’intérêt, mais qu’elle est, quoiqu’il arrive, insuffisante pour garantir le Bien Vivre. En effet, la durabilité ne saurait être réduite à une discussion sur les techniques les meilleures pour faire face à l’impact environnemental : elle est au contraire une question essentiellement politique. Ce postulat trouve un écho dans plusieurs mandats constitutionnels, qui ont trait aux recommandations sur la planification et sur l’élaboration des stratégies de développement ou à l’ensemble des composantes de la participation citoyenne. On peut par conséquent en déduire que la Constitution tend à aller vers une stratégie alternative de développement de type très forte.</p>
<p>La reconnaissance des droits de la Nature elle-même se fait dans un cadre spécifique à l’intérieur même de la durabilité très forte, connu sous le nom « d’écologie profonde ». Ce courant, promu par le philosophe Arne Naess, a connu son apogée dans la décennie 1980. Mais, au-delà, la formulation équatorienne s’est créée en bonne partie de manière indépendante, et l’apport des traditions et sensibilités des groupes indigènes, ainsi que le travail antérieur de nombreuses organisations environnementales n’y ont pas été négligeables.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 510px"><img title="Schéma 2" src="http://www.mouvements.info/local/cache-vignettes/L500xH426/schemagudynas1-2-574f9.jpg" alt="Schéma 2" width="500" height="426" /><p class="wp-caption-text">Schéma 2</p></div>
<h3>La remise en question du développementalisme</h3>
<p>La durabilité très forte et le Bien Vivre, constituent, aux côtés d’autres courants contemporains, diverses manières de remettre en question le développement conventionnel, de mettre en évidence ses limites importantes et ses promesses rompues de bien-être, du fait même que, dans de nombreux cas, ses apports concrets sont assombris par ses effets négatifs.</p>
<p>Le développementalisme classique, en particulier dans le cadre de sa traduction néolibérale, alimente des idées simplistes. Partant du principe que la croissance économique engendre des effets de débordement bénéfiques à la société, la croissance économique recouvre tous les objectifs. Le moteur de cette croissance a par exemple été l’exportation des ressources naturelles, et le passage au tout marché des échanges sociaux. Ces idées ont fini par être durement remises en cause au cours des dernières années, et l’alternance politique vers le progressisme qu’ont connu beaucoup de pays latino-américains est l’expression d’un changement d’attitude substantiel. Parmi ces nouveaux gouvernements, nombreux sont ceux qui ont obtenu d’importants succès en prônant un retour de l’État, un plus grand engagement au service de larges secteurs délaissés de la population, plus particulièrement à travers une lutte plus déterminée contre la pauvreté. Néanmoins, concernant l’environnement, de nombreuses questions restent en suspens – les tensions les plus vives concernent l’émergence d’un neo-extractivisme.</p>
<p>Il est clair que, par-delà les tendances politiques, les croyances basiques sur le développement se reproduisent. Il est encore et toujours compris comme un processus linéaire, qui présuppose un progrès, allant de stades de sous-développement à d’autres stades développés, qui s’expriment pour l’essentiel sur le plan matériel et dans le cadre de dynamiques économiques. Dans cette vision classique, l’appropriation de la Nature était un élément central, et comme il est connu que l’Amérique Latine recèle une richesse naturelle énorme, peu acceptèrent l’idée de limites écologiques à la croissance économique. Même dans le cadre du néo-extractivisme progressiste, perdure l’idée que l’État est le moyen d’assurer une appropriation plus intense et plus efficace des ressources naturelles, et que cette dernière doit être réalisée aussi tôt que possible pour répondre aux besoins sociaux.</p>
<p>Ces positions, ainsi que d’autres, sont critiquées tant pour leurs bases théoriques, que pour leurs projets, stratégies et instruments. Les remises en question ne sont toujours uniquement ponctuelles, comme ce fut le cas au sujet de certaines centrales hydroélectriques jugées néfastes ou de réformes commerciales de l’agriculture ; elles se sont attaquées à l’idée même de développement. Ces tentatives ont cherché à souligner que le terme même de développement n’est pas neutre, mais qu’il a une signification précise quant au rôle que doivent exercer nos États, quant à la manière dont est comprise la qualité de vie, la défense du progrès économique et l’espace dévolu à la Nature. Quand on parle de développement, on évoque des exemples d’origines européenne ou états-unienne, on pense à des usines aux cheminées fumantes et à des armées de tracteurs labourant les champs.</p>
<p>« Le développement est aujourd’hui un mythe à l’agonie, un slogan pour vendre des produits toxiques », affirme le chercheur mexicain Gustavo Esteva. Il ajoute que le concept de développement est devenu un terme labile qui traite d’une grande variété de questions, et qui a sous-tendu, dans les pays du Sud, l’illusion qu’ils pourraient sortir de la pauvreté. Mais, concrètement, ces plans de développement ont servi à ce que les pays riches deviennent plus riches, tandis que les pays du Sud continuèrent à faire face à leurs problèmes de pauvreté. Le développementalisme, encouragé tant par la droite que par la gauche conventionnelle, n’est pas parvenu à tenir ses promesses, et la rupture est devenue inévitable. Ce même Esteva affirme que, pour aller au-delà de ces visions conventionnelles, le post-développement a pour tâche de « célébrer les innombrables définitions du Bien Vivre de ceux qui sont parvenus à résister aux tentatives de le remplacer par l’American Way Of Life ».</p>
<p>Par ce biais, de nombreuses et diverses approches ont émergé, qui tentent de reformuler l’essence même du développement, tant sur le plan des idées que dans ses applications concrètes, certaines ayant un objectif général, d’autres partant des urgences et éléments de contextes propres à l’Amérique latine. Il s’agit d’une rénovation, qui cherche des alternatives au concept de développement lui-même, et qui génère par conséquent des développements autres. Explorer des développements alternatifs ne suffit pas, en revanche, une alternative au développement est nécessaire, qui implique dans de nombreux cas d’abandonner le terme même de développement pour en utiliser d’autres, comme le Bien Vivre.</p>
<p>Il est important de souligner que ces tentatives ne sont pas nécessairement anciennes ou modernes, totalement indigènes ou européennes, pas plus qu’il est possible de dire qu’elles sont de gauche ou de droite en suivant les vieilles perspectives politiques conventionnelles, mais qu’elles doivent dépasser ces catégories pour engendrer un nouveau regard sur la société, sur ses interactions productives et sur le rôle de l’environnement. Des liens existent entre des idées qui ont une longue histoire, comme le Sumak Kawsay, et d’autres plus récentes, telles que le biocentrisme défendu par l’écologie profonde. Il n’est par conséquent pas question d’opposer des savoirs ou des traditions entre eux, mais de chercher les formes de leur articulation.</p>
<h3>Alternatives au développement</h3>
<p>Différentes composantes des alternatives au développement sont en train de s’agréger, et bon nombre d’entre elles s’expriment dans les discussions actuelles sur le Bien Vivre. La part de la durabilité très forte y est fondamentale, nous explorerons donc certaines de ces composantes dans les paragraphes et sections qui suivent.</p>
<p>Nous commencerons par mettre en évidence l’importance de la diversité culturelle et écologique de la région. Plusieurs cultures se déploient dans le large espace latino-américain, chacune avec ses savoirs propres, toutes étant adaptées à leurs contextes écologiques locaux, eux-mêmes divers. Ces éléments imposent de respecter cet ensemble de savoirs divers, et de protéger cette richesse écologique.</p>
<p>Nous devons ensuite insister sur la nécessité d’un changement radical avec l’approche qui appréhende le développement comme devant systématiquement être alimenté par l’extraction des ressources naturelles, destinées aux marchés globaux. Il est particulièrement important d’organiser la transition vers des stratégies post-extractivistes, qui rompent avec la dépendance aux exportations de matières premières classiques.</p>
<p>Un autre élément fondamental de la durabilité forte est le fait que la croissance économique cesse d’être l’objectif de base : l’accent est mis sur la qualité de vie des personnes. Il s’agit d’une des préoccupations centrales dans les débats sur le développement durable depuis la fin des années 1970 (il existait alors plusieurs courant en la matière, notamment la proposition d’un « autre développement » de la Fondation Dag Hammarksjold de 1975).</p>
<p>Le mandat qui émerge de la constitution de Montecristi, ou que l’on retrouve dans les discussions actuelles sur le Bien Vivre implique donc un découplage entre le développement et la croissance économique. Il peut y avoir des augmentations dans certains secteurs des économies nationales, comme dans le domaine de la santé ou du logement, elles ne se réaliseront cependant pas parce qu’elles sont des fins en soi, mais en tant que médiations permettant de garantir la qualité de vie. Ce découplage est l’un des thèmes centraux des alternatives au développement.</p>
<p>La durabilité très forte impose implique à son tour des clauses écologiques substantielles. La conservation des espèces doit être garantie, et, par voie de fait, les systèmes de zones protégées doivent être amplifiés et renforcés, et la gestion environnementale de l’environnement sur de vastes zones de territoire doivent cesser d’être une exception pour devenir la règle. Les excès actuels de l’extractivisme ne seront plus possible, seul pourront perdurer ses formes qui remplissent des conditions de base dans les domaines sociaux et environnementaux. Pour le dire autrement, le Bien Vivre implique une voie post-extractiviste. Cet objectif se retrouve actuellement dans le Plan national pour le Bien Vivre, élaboré par la Senplades. Il s’agit d’une contribution d’extrême importance qui implique de passer à une nouvelle étape pour doter de contenus concrets les transitions possibles vers cet objectif.</p>
<p>Ce changement de perspective rend nécessaire la réduction de l’appétence pour les ressources naturelles et énergétiques des sociétés contemporaines. Évidemment, cet objectif remet en cause les modes de consommation. Il est indispensable de réduire l’opulence et la consommation ostentatoire de matières premières et d’énergie, en s’assurant que ceux qui vivent dans la pauvreté aient accès à de nouveaux biens et services essentiels. Il s’agira indubitablement d’une consommation plus austère, mais aussi plus solidaire, et la qualité de vie ne dépendra plus seulement de la consommation matérielle, mais devra également englober les autres dimensions du bien-être.</p>
<p>Les débats de ce genre, à peine résumés ici, sont en cours dans plusieurs pays de l’Amérique latine, et peuvent être considérés comme des transitions vers un développement autre. Les transitions post-extractivistes retiennent particulièrement l’attention, dans lesquelles les économies nationales ne dépendent plus des minerais ou des hydrocarbures et impliquent une profonde réforme du rôle de l’État, des changements substantiels dans les processus productifs et dans la consommation.</p>
<h3>Durabilité et développement post-pétrolier</h3>
<p>Il est possible d’illustrer ce qu’implique la durabilité très forte, comme élément du Bien Vivre, à partir du cas des secteurs extractivistes. Comme nous l’avons dit plus haut, dans les pays andins, il y a énormément d’infrastructures minières, pétrolières, et, désormais, de monocultures intensives d’exportation. Ensemble, ils constituent ce que l’on nomme les secteurs extractifs, connus pour leurs hauts impacts sociaux et économiques.</p>
<p>Le mandat du Bien Vivre implique donc d’explorer des transitions vers des contextes post-extractivistes. On retrouve la même approche dans le Plan national pour le Bien Vivre élaboré récemment par la Senplades. Ce futur post-extractiviste ne signifie pas que toutes les infrastructures minières ou pétrolières seront interdites, mais que ne seront autorisées uniquement celles qui sont réellement indispensables. Ces dernières seront soumises à un contrôle environnemental et social réel. Dans certains cas, les dommages rendent infondé le développement de nouvelles activités extractives, y compris d’un point de vue économique. En outre, à l’heure actuelle, les dommages environnementaux et sociaux ne sont pas comptabilisés : ils sont externalisés vers le reste de la société – ce à quoi la perspective de la durabilité implique de renoncer. Il apparaît alors clairement que de nombreuses infrastructures n’entraînent pas de véritables revenus, mais que leurs coûts sont plus élevés que leurs recettes potentielles. Les droits de la Nature vont dans le même sens, et imposent des compromis avec la protection de l’environnement.</p>
<p>Cette problématique apparaît dans toute son évidence dans le cas de propositions visant à développer l’exploitation pétrolière dans le Parc national Yasuni, et les réserves voisines connues sous le sigle ITT (Ishpingo – Tambococha – Tiputini). Ce cas, observé avec beaucoup d’attention par la communauté environnementaliste internationale, est le reflet des tensions propres aux plans de développement habituels. Il est ici intéressant d’analyser ce cas à la lumière des mandats environnementaux qui émergent de la Constitution de Montecristi. La valeur croissante des hydrocarbures sur les marchés mondiaux représente la principale motivation à rechercher du pétrole dans cette zone, pour ainsi obtenir des ressources pour l’État, et, éventuellement, pour quelques entreprises spécifiques. Mais, appréhendées du point de vue du développement durable, ces infrastructures font face à diverses contraintes, qui émanent de la nouvelle Constitution de Montecristi.</p>
<p>Nous commencerons par l’approche de la durabilité faible. Elle définit des devoirs en termes de protection de la biodiversité, en particulier dans le cas de l’Amazonie, et l’adoption de politiques de développement durable (art. 259). Comme il s’agit d’une zone protégée, ces obligations doivent permettre la préservation de la biodiversité et le maintien des fonctions biologiques, tout en garantissant sont intangibilité (art. 397).</p>
<p>La nécessité de préserver un stock de Capital naturel critique, propre à la durabilité forte, qui est constitué par la biodiversité qui ne peut être remplacée ou substituée, impose des contraintes supplémentaires aux infrastructures pétrolières dans le parc de Yasuni. En effet, quels que soient les bénéfices que pourraient rapporter ces activités, il n’est pas certain qu’il soit possible de restaurer les écosystèmes dégradés ou détruits. L’exploitation pétrolière en tant que telle implique des coûts et des risques importants dans les domaines écologiques et sociaux, par rapport auxquels les bénéfices économiques restent au second plan. Ainsi, dans le cadre de la durabilité faible comme de la durabilité forte, il est incertain que les bénéfices économiques soient supérieurs aux coûts une fois que les impacts sociaux et environnementaux auront été internalisés. Pour finir, du point de vue de la durabilité très forte, l’État est obligé de préserver cette zone en raison de ses droits spécifiques, indépendants de l’utilité économique potentielle des ressources naturelles. Yasuni est désormais une zone protégée (dans laquelle il n’est pas possible de mener des activités de ce type). En outre, l’État est contraint de préserver et de restaurer les cycles naturels (art. 57), au-delà des possibles retombées économiques d’une libéralisation de l’exploitation pétrolière.</p>
<p>Ce genre de raisonnement est à l’origine de la décision d’imposer un moratoire pétrolier dans les zones écologiques-clefs telles que le Parc de Yasuni. Il s’agit d’un pas concret dans la transition post-extractiviste, en accord avec le mandat écologique de la constitution de Montecristi.</p>
<p>On a tenté de dépasser toutes ces interrogations en expliquant qu’il ne faudrait appliquer le moratoire qu’à la condition qu’il s’accompagne d’une compensation financière. Le problème, c’est qu’il est possible de l’analyser comme une approche utilitariste classique : l’objectif est d’obtenir un certain montant parce que la zone a une valeur économique directement liée aux revenus issus du pétrole. Si l’objectif premier est d’obtenir ces revenus, la protection écologique de la zone risque alors d’être comprise comme un sacrifice de la croissance économique. On en vient donc à demander une compensation financière aux revenus qui seraient perdus à cause de la non-exploitation du pétrole. On peut constater que, dans ce raisonnement, le compromis environnemental se réduit en réalité, et qu’il peut être supplanté par une compensation et une réparation économique.</p>
<p>Lorsqu’on explique qu’il faudra compenser la non-exploitation du pétrole, le premier problème est de déterminer qui seraient les sujets de cette compensation, et quel serait le dommage concerné. Même s’il est évident de le souligner, la principale victime, dans le cas de la zone du Yasuni, est l’écosystème. Mais celui-ci ne peut se présenter comme ayant subi des dommages et réclamer une compensation. Seuls le peuvent les groupes indigènes de la région, en raison d’un dommage spécifique. Une fois ceci établi, le paradoxe est le suivant : l’État équatorien réclame une compensation, mais les sommes concernées lui reviendraient directement. Pour le dire autrement, il demande une compensation pour qu’il cesse lui-même de faire subir des dommages à ce qui n’est qu’une partie de lui, puisque la zone de Yasuni appartient à son patrimoine national. En outre, la compensation que réclame le gouvernement équatorien ne trouve pas sa source dans les impacts environnementaux : elle est calculée en fonction des revenus qu’il perdrait s’il cessait d’exploiter le pétrole dans cette région. Aussi sort-on de la dimension environnementale pour mettre l’accent sur un problème économique et commercial, qui est lié à un revenu potentiellement perdu. Il s’agit d’une compensation qui cesse d’être issue d’un dommage environnemental, mais se centrer sur la rentabilité des firmes pétrolières. Ces revendications ressortissent de la perte d’une certaine rente ou d’un certain profit. Poursuivons l’analyse : une compensation implique deux acteurs qui sont reconnus comme étant réciproquement liés (par exemple, l’un est identifié comme la victime, et l’autre comme l’auteur). Il y a là un autre problème : « l’auteur » serait ici l’État, qui autorise l’exploitation pétrolière à l’intérieur du Parc de Yasuni, alors que la « victime » serait également l’État, qui endommagerait son propre patrimoine écologique. Ceci soulève une série d’autres problèmes autour de l’utilisation du concept de compensation.</p>
<p>Supposons maintenant qu’on soit parvenu à un accord sur une compensation financière, qui devra être perçue en échange du renoncement à exploiter la zone de Yasuni. Une fois la compensation payée, les relations qui s’imposent aux parties se dissipent et finissent par disparaître. L’État reçoit le tiers cet argent, par lequel se résout le problème. Mais cette transaction n’implique rien, en elle-même, pour la faune et la flore du Yasuni. En effet, la protection de cette zone requiert des mesures qui sont environnementales, telles que des plans de gestion et de contrôle de l’intérieur de la zone protégée. Ces mesures environnementales ont une spécificité propre, et ne peuvent être limitées à l’octroi d’une compensation financière, qui suffirait seule à garantir leur effectivité.</p>
<p>La compensation n’est pas une mesure environnementale. On pourrait dire qu’elle représente tout juste une indemnisation que recevraient certaines institutions humaines et qu’il faudrait voir comment ces fonds seraient utilisés pour la préservation efficace de l’Amazonie. Un autre problème apparaît ici, à savoir que des mécanismes de ce type peuvent se transformer en éléments justifiant les dommages environnementaux. Il serait possible de dire « tu me paies et, en retour, je t’autorise à exploiter le minerai ou le pétrole ». On court alors le risque que l’État accepte les infrastructures à haut risque environnemental dès lors qu’il parvient à un accord sur le paiement d’une certaine compensation financière. Ceci inclut ensuite le risque qu’une part des revenus issus de ces compensations soit utilisée au niveau local, engendrant des formes de cooptation.</p>
<p>Enfin, et il s’agit peut-être ici d’une des principales objections, l’Équateur ne peut réclamer une compensation pour quelque chose que son propre cadre normatif le contraint à faire. En effet, les droits de la Nature, les droits à un environnement sain, ainsi que d’autres obligations présentées plus haut, ont une importance telle qu’ils formulent une obligation évidente pour l’État : la zone doit être préservée. Cela ne signifie pas qu’on ne puisse comprendre que, dans un cadre bien précis, il n’y ait pas d’autres options viables que celles qui permettent de parvenir à un mécanisme financier. Mais il est nécessaire de mettre en évidence que ce genre de mécanisme n’est pas un objectif en soi, ne représente pas une mesure environnementale et que sa finalité peut être comprise seulement comme un élément contribuant aux mesures environnementales ou appuyant ces dernières. Ce bref résumé des discussions à propos du moratoire pétrolier dans le parc de Yasuni reflète les tensions et la problématique qui sont liées à l’approche du développement durable et du compromis avec le Bien Vivre. L’élément principal, c’est que le texte constitutionnel de Montecristi lui-même permet qu’une discussion de ce type se déroule en Équateur, alors qu’elle n’est pas possible dans les pays voisins. En effet, les initiatives post-extractivistes visant à imposer des conditions environnementales et sociales drastiques à l’extractivisme ont un espace politique restreint, par exemple en Bolivie, dont la nouvelle Constitution s’abstient de reconnaître les droits de la Nature. Les discussions sont moins importantes encore dans des pays comme le Brésil ou l’Argentine, dans lesquels la pression extractiviste est extrêmement forte et où les organisations de la société civile disposent de moins d’instrument pour faire entendre leurs voix.</p>
<h3>La politique de la durabilité</h3>
<p>Les approches classiques des questions environnementales tendent à appréhender ces dernières comme relevant d’un problème essentiellement technique, largement dépendant des applications technologiques. La participation citoyenne est réduite à des consultations occasionnelles, comme, par exemple, des sessions publiques d’évaluation des atteintes à l’environnement. À l’inverse, la durabilité très forte et les discussions sur le Bien Vivre portent sur des scénarios essentiellement politiques, entendus comme des débats pluriels dans l’espace public, desquels débouchent, dans certains cas, des instruments techniques.</p>
<p>Les approches « faibles » pèchent par leur croyance que la préservation se finance par l’intermédiaire de la marchandisation de la Nature. Elles appellent en effet à payer pour les services environnementaux, par exemple via la vente de crédits carbone, via l’écotourisme, qui renforcent la marchandisation de la Nature. La durabilité très forte transcende l’idée de valorisation économique, et postule que la Nature doit être pensée comme un patrimoine. Il faut donc protéger l’environnement en raison de ses valeurs propres, indépendamment de savoir s’il peut dégager des revenus économiques. La défense des droits de la Nature rend cette obligation explicite.</p>
<p>La principale conséquence de cette approche est que les questions environnementales doivent être pensées comme des politiques publiques. Elles se rapprochent ainsi par exemple des politiques de santé ou d’éducation, qui doivent être assurées par l’État, indépendamment du fait qu’elles soient rentables ou financées par elles-mêmes. L’État doit fournir ces services, et garantir ces droits, il ne peut donc attendre qu’elles se financent d’elles-mêmes. Pour prendre une comparaison extrême, supposer que les zones protégées doivent s’autofinancer au moyen de la vente de services environnementaux revient à affirmer que les malades d’un hôpital travailleront pendant leur séjour pour pouvoir payer leur traitement.</p>
<p>Aucune hiérarchie implicite n’existe dans cet ensemble de politiques publiques. Il n’est par exemple pas envisageable de sacrifier les mesures de santé au profit de celles en faveur de l’éducation. De la même manière, les politiques environnementales ne peuvent être mises en retrait. Encore une fois, les droits de la Nature y contraignent, et sont exprimés dans le même ordre hiérarchique que les autres droits reconnus dans le texte de Montecristi. La Constitution indique clairement que les politiques publiques doivent tendre vers le Bien Vivre des personnes et le bien de la Nature.</p>
<p>Pour finir, et sans pour autant commenter tous les contenus qui traitent de la politique du Bien Vivre et de la durabilité, il est opportun de présenter quelques éléments qui ont trait aux régulations de l’État et du marché. Une régulation sociale du marché est indispensable – le marché doit ici être entendu dans un sens large, qui inclut tant les marchés formels capitalistes que d’autres formes présentes sur notre continent, tels que les marchés paysans, les marchés urbains informels, etc. Mais il est également primordial de penser la régulation sociale de l’État. De même que le marché ne pourra être le seul support de la vie sociale et politique, il n’est pas possible de tomber dans l’extrême inverse, et d’attendre de l’État qu’il solutionne tous les problèmes.</p>
<p>Il ne s’agit pas d’une question secondaire, tant l’absence de durabilité des modes de développement contemporains est due à différents facteurs, parmi lesquels on retrouve plusieurs mesures promues par l’État (par exemple : la promotion de l’extractivisme), ou encore l’absence d’autres mesures (comme dans le cas des mesures de surveillance environnementale incomplètes). L’État doit donc se convertir en un agent proactif de la promotion du développement durable, ce qui ne sera possible que via des régulations sociales adaptées, et par la participation et le contrôle citoyen.</p>
<h3>Les développements autres et la société civile</h3>
<p>Le bref aperçu présenté dans les sections antérieures montre que les Droits de la Nature, aux côtés des approches actuellement en construction du Bien Vivre débouchent sur des remises en cause radicales des modes contemporains de développement. L’intégration de la dimension environnementale n’est pas seulement l’ajout d’une composante qui se surimpose aux autres pour rectifier ou améliorer le développement actuel. Elle met au contraire en échec les bases conceptuelles même de ce dernier.</p>
<p>Ces remises en question de concepts tels que le développement ou le progrès répondent à un désaccord sur les conceptions classiques de la modernité héritée de l’Europe. Dans cette perspective, l’émergence de l’idée du Bien Vivre profite des savoirs alternatifs issus des traditions indigènes, qui sont étrangères à des croyances comme la foi dans le progrès matériel perpétuel.</p>
<p>Même en tenant compte de la diversité des visions du Bien Vivre, celui-ci implique toujours une rupture fondamentale avec le savoir européen, qui permet de dépasser sa prétention à une validité universelle excluante. Une fois ceci accompli, il est possible d’exprimer les savoirs et sensibilités propres à l’Amérique Latine, et, ainsi, de sauver celles qui défendent une autre relation à l’environnement.</p>
<p>Mais il faut également reconnaître que le Bien Vivre ne se réduit pas à la substitution du savoir indigène à la modernité. Ce n’est pas possible pour diverses raisons : comment privilégier une tradition culturelle par rapport à une autre ? Que faire des hybridations créoles de ces derniers siècles ? Et surtout : c’est impossible parce que le Bien Vivre et la durabilité très forte sont multiculturels dans leur essence même. Le défi est donc de parvenir à se détacher de la modernité, pour permettre une rencontre, un dialogue et un enrichissement entre différents savoirs, chacun ayant la même importance et la même pertinence. Ces réflexions ne surgissent pas de nulle part, et il est évident que la société civile a joué un rôle fondamental. Le mouvement environnementaliste questionne depuis plusieurs décennies le développement actuel, et a cherché à repenser ses dimensions sociales, économiques et politiques, sans renoncer à ses préoccupations écologiques. Pour cela, les organisations citoyennes utilisent autant les meilleures expressions de la science contemporaine que les savoirs traditionnels les plus adéquats. Elles n’opposent pas l’une à l’autre, mais utilisent les éléments les plus adaptés à leurs objectifs de préservation de l’environnement et de bien-être humain. Ces exemples, ainsi que d’autres, montrent que le débat sur le développement en général, et plus particulièrement sur la durabilité, n’auraient pas été possible sans cette société civile active.</p>
<p>La recherche du Bien Vivre va dans la même direction, et élargit encore plus l’ensemble des acteurs citoyens qui interviennent dans sa construction. En effet, les organisations des peuples autochtones, les intellectuels indigènes y prennent part, aux côtés d’autres acteurs de leurs luttes et de leurs revendications. Aussi, la formalisation des droits de la Nature ou du Bien Vivre dans la Constitution équatorienne actuelle est potentiellement l’un des meilleurs exemples d’articulation entre la société civile et la société politique. Et, dans ce cas précis, les résultats en furent excellents : la composante politique partidaire fut indispensable pour intégrer bon nombre des innovations issues des organisations citoyennes exprimées dans le nouveau texte constitutionnel. Ces journées de Montecristi, et l’approbation citoyenne d’un texte constitutionnel qui reconnaît les droits de la Nature, représentent sans aucun doute la première étape d’une orientation qui deviendra une référence fondamentale dans les prochaines décennies du XXIe siècle.</p>
<p>Depuis Montecristi, d’énormes défis se sont ouverts, tels que : commencer à appliquer sérieusement, et de manière effective, les droits de la Nature, ou encore commencer l’exploration de transitions lentes, réelles et justifiées, vers une société post-extractiviste. Les défis pour la société politique, en particulier pour les acteurs des organes étatiques et des partis politiques, sont énormes. Ils le sont également pour la société civile, qui doit maintenir son implication active dans la recherche d’alternatives au développement.</p>
<p><em>Article traduit de l’espagnol par Nicolas Haeringer.</em></p>
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		<title>Conférence de Durban sur le climat : l’agonie d’un mandat</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Dec 2011 02:51:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>

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		<description><![CDATA[La conférence de Durban sur le changement climatique est terminée. Elle s’achève sur un accord sans engagement, condamnant à une augmentation de la température globale de plus de 4°C, dont l’objectif est de diluer les responsabilités à travers la négociation d’un nouveau mandat pour 2015 qui ne serait applicable qu’en 2020. Le traité de Kyoto [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La conférence de Durban sur le changement climatique est terminée. Elle s’achève sur un accord sans engagement, condamnant à une augmentation de la température globale de plus de 4°C, dont l’objectif est de diluer les responsabilités à travers la négociation d’un nouveau mandat pour 2015 qui ne serait applicable qu’en 2020.<span id="more-8167"></span></p>
<p>Le traité de Kyoto reconnaissait la responsabilité historique des pays industrialisés et leur assignait des objectifs obligatoires de réduction des émissions jusqu’en 2012 – avec un engagement à définir une deuxième période de 2012 à 2017 (article 3). Le texte de Durban n’applique pas le traité. Pour cela il aurait fallu un amendement et un processus de ratification des États. Il a été seulement « pris note » de la nécessité d’examiner une nouvelle période d’engagements lors de la prochaine conférence, la « COP18 » qui se tiendra à Doha (Qatar) fin 2012. Pendant ce temps, le Japon, la Russie, le Canada et d’autres pourront ne pas respecter les obligations qu’ils avaient ratifiées. Plus encore, ce pourrait même être une aubaine pour justifier la négociation d’un nouveau traité.</p>
<p>La position des États-Unis a gagné du terrain et s’est finalement imposée : un nouveau processus de négociations devrait s’ouvrir, chargé de définir un nouveau « cadre juridique » à compter de 2020. Appliqué à tous les pays, sans distinction et sans être légalement contraignant, ce nouveau cadre enterrerait définitivement ce qui a constitué le fondement de la Convention climat de l’ONU en 1992 : la reconnaissance d’une responsabilité historique des pays industriels. Il établirait dans un texte commun les engagements et promesses des différents pays, ce qui, en l’état actuel des choses, conduirait à un réchauffement de plus de 4°C en 2050.</p>
<p>Des engagements financiers avaient été annoncés à Copenhague par les pays industrialisés (10 milliards par an jusqu’à 2012, 70 milliards par an jusqu’à 2020 et 100 milliards par an à partir de cette date). La mise en place de ce « fonds vert » a été l’appât et le moyen de pression à Copenhague et à Cancún. Mais, sur les milliards promis à Copenhague, les pays du Sud ne voient toujours rien venir. Aujourd’hui les seuls moyens de financement concrètement envisagés pour financer la lutte contre le changement climatique sont des fonds privés attirés par les marchés du carbone. C’est la raison essentielle de la défense du protocole de Kyoto par l’Union européenne, soucieuse de l’effondrement du marché européen.</p>
<p>La gestion de ce fonds sera confiée, pour l’essentiel, à la Banque mondiale, et les entreprises pourraient y avoir directement accès. La Banque mondiale s’est également posée comme acteur central et contrôleur des transferts de technologies, avec notamment les expérimentations en matière de géo-engénierie, pour lesquelles il existe un moratoire de l’ONU qui pourrait être détourné par la Banque. Dans la même logique, même si cela n’a pas été retenu cette fois dans le texte, l’agriculture deviendrait un pourvoyeur de ces marchés, en ce qu’elle permettrait en premier de séquestrer le carbone émis ailleurs. La Banque mondiale a entamé le processus en dehors des textes onusiens, comme elle l’a fait pour la déforestation. Elle est à ce titre l’expérimentatrice desdits financements innovants. Dans le même esprit, la séquestration et le stockage du carbone ont été reconnus à Durban comme étant des « Mécanismes de développement propre » pour le plus grand bonheur des entreprises qui pourront ainsi gagner des crédits d’émission en continuant à extraire les énergies fossiles.</p>
<p>Au moment où les rapports scientifiques convergent pour dire l’urgence des changements à mettre en œuvre, ce sommet des Nations unies restera celui du grand renoncement. Aujourd’hui, c’est clairement le rôle des populations d’imposer d’autres choix à une diplomatie climatique soumise, plus que jamais, aux intérêts géopolitiques et aux lobbies économiques et financiers. Crise climatique, crise économique et sociale, crise démocratique ne sont pas disjointes. Tout en affirmant notre solidarité concrète avec ceux qui vivent déjà les conséquences du changement climatique, c’est à nous tous de lier et articuler nos propositions de transition, et de poursuivre la construction de rapports de force pouvant déboucher sur les traités internationaux dont nous avons besoin pour répondre au terrible défi du changement climatique.</p>
<p><strong>AITEC/Attac France</strong>,<br />
Paris, le 12 décembre</p>
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		<title>La COP17 succombe dans l’apartheid climatique</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Dec 2011 15:00:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Capitalisme / Néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>

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		<description><![CDATA[Les décisions issues du sommet des Nations-Unies sur le climat à Durban – COP17 – constituent un crime contre l’humanité, selon Climate Justice Now ! coalition de mouvements sociaux et de la société civile. Ici en Afrique du Sud, qui a inspiré le monde entier par les luttes de libération menée par la majorité noire du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les décisions issues du sommet des Nations-Unies sur le climat à Durban – COP17 – constituent un crime contre l’humanité, selon Climate Justice Now ! coalition de mouvements sociaux et de la société civile. Ici en Afrique du Sud, qui a inspiré le monde entier par les luttes de libération menée par la majorité noire du pays, les nations les plus riches ont créé avec cynisme un nouveau régime d’apartheid climatique.</p>
<p><span id="more-8140"></span></p>
<p>« <em>Retarder toute action réelle après 2020 est un crime aux proportions mondiales</em> », selon Nnimmo Bassey, président des Amis de la Terre International. « <em>Une augmentation de 4°C de la température mondiale, permise par ce plan, est une condamnation à mort pour l’Afrique, les petits États insulaires, et les pauvres et les personnes vulnérables de l’ensemble de la planète. Ce sommet a amplifié l’apartheid climatique, les 1% les plus riches de la planète ayant décidé qu’il était acceptable d’en sacrifier les 99%</em> ».</p>
<p>Selon Pablo Solon, ancien négociateur en chef de l’Etat plurinational de Bolivie, « <em> il est faux d’affirmer qu’une deuxième période d’engagements du protocole de Kyoto a été adoptée à Durban. La décision actuelle a seulement été reportée à la prochaine COP, sans engagement de réduction d’émissions de la part des pays riches. Cela signifie que le protocole de Kyoto restera en vie jusqu’à ce qu’il soit remplacé par un nouvel accord encore plus faible</em> ».</p>
<p>Les pollueurs de la planète ont bloqué toute réelle action et ont une fois de plus choisi de renflouer les banques et les investisseurs en décidant d’étendre les marchés du carbone pourtant en train de s’effondrer, ce qui comme toutes les activités des marchés financiers de nos jours permettent surtout d’enrichir quelques privilégiés.</p>
<p>« <em>Ce que certains considèrent comme de l’inaction est en fait une démonstration de l’échec, palpable, de notre système économique actuel pour répondre aux crises économiques, sociales et environnementales</em> » selon Janet Redman, de l’Institute for Policy Studies, basé à Washington. « <em>Les banques qui ont provoqué la crise financière sont en train de faire d’importants profits en spéculant sur le futur de notre planète. Le secteur financier, acculé, cherche un moyen de s’en sortir à nouveau en développant de nouveaux produits pour soutenir un système défaillant</em> ».</p>
<p>Bien que l’on parle d’une « feuille de route » proposée par l’Union Européenne, l’échec de Durban montre que c’est un cul-de-sac, une route pour nulle part. Les porte-paroles de Climate Justice Now ! appellent la communauté internationale à se rappeler qu’un véritable plan pour le climat, basé sur les besoins planétaires identifiés par les scientifiques et issu du mandat de mouvements populaires, a vu le jour lors du Sommet des Peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre-Mère en Bolivie en 2010. L’accord des peuples de Cochabamba, porté devant les Nations-Unies, a été supprimé des textes de négociations, alors qu’il proposait un moyen juste et efficace pour avancer, ce qui est terriblement nécessaire.</p>
<p>Voir en ligne : <a href="http://www.climate-justice-now.org/fr/la-cop17-succombe-dans-lapartheid-climatique/">http://www.climate-justice-now.org/…</a></p>
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		<title>L’écosocialisme, un nouvel horizon</title>
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		<pubDate>Sat, 10 Dec 2011 00:41:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Recension / Notes de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme / Anticapitalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[« Le monde souffre d’une fièvre provoquée par le changement climatique, et la maladie est le modèle capitaliste de développement  », disait Evo Morales, président de la Bolivie, en 2007 1. L’écosocialisme se veut le remède à cette maladie qui plonge l’humanité dans un avenir aussi inconnu qu’incertain. Pour les tenants de ce courant philosophique et politique [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>« Le monde souffre d’une fièvre provoquée par le changement climatique, et la maladie est le modèle capitaliste de développement </em> », disait Evo Morales, président de la Bolivie, en 2007 <sup>1</sup>. L’écosocialisme se veut le remède à cette maladie qui plonge l’humanité dans un avenir aussi inconnu qu’incertain.</p>
<p>Pour les tenants de ce courant philosophique et politique relativement peu connu (pour l’instant ?), le salut de l’humanité passe par  <em>« l’association du ‘rouge’ – la critique marxiste du capital et le projet d’une société alternative – et du ‘vert’ »</em>» propre à l’écologie politique <sup>2</sup>. Si  <em>« tout socialisme non écologique est une impasse »</em> <sup>3</sup>,<em> « une écologie non socialiste est incapable de prendre en compte les enjeux actuels »</em> <sup>3</sup>. Voilà donc pour les bases théoriques de l’écosocialisme : la conciliation du socialisme marxiste et de l’écologie politique, bien loin des coalitions gouvernementales  <em>« rouges-vertes »</em>» qui ont émergé dans plusieurs pays européens ces dernières années  <em>« autour d’un programme social-libéral de gestion du capitalisme »</em> <sup>2</sup>.<span id="more-8137"></span></p>
<p>Michael Löwy, l’un des théoriciens principaux du mouvement, compile dans ce petit ouvrage quelques articles visant à explorer différents aspects de la mouvance écosocialiste – une façon simple et directe de la présenter au grand public. Clair et accessible, cet ouvrage mérite vraiment d’être lu et diffusé: il éclaire d’un point de vue tout à fait intéressant la situation critique dans laquelle l’humanité se trouve en mobilisant des ressources philosophiques – Karl Marx, Max Weber, Walter Benjamin et bien d’autres – qu’il réactualise pour servir sa pensée. On en finit la lecture déterminé à changer le monde aux côtés de l’auteur, révolté de toutes les consciences molles qui nous entourent et qui semblent ignorer que l’humanité court à sa perte, entraînant avec elle tout un écosystème.</p>
<p>L’objet en soi – et c’est quelque chose de toujours important pour quelqu’un comme moi qui aime les livres – est modeste mais beau, petit, léger ; la couverture est attrayante et sympathique et, surtout, le nom de la collection m’a séduit : <em>Les Petits Libres</em>. Enfin bon, je vais quand même éviter de faire trop de publicité à un livre qui critique l’industrie publicitaire avec une telle virulence – et avec raison !</p>
<p>La philosophie écosocialiste naît d’une constatation simple : la crise écologique est bien réelle dans le monde du XXIème siècle, et seule une rupture radicale avec l’ordre capitaliste établi permettra à l’humanité de sortir du cercle vicieux dans lequel l’a plongé ce système fondamentalement mauvais. Les théoriciens du courant procèdent donc, comme je le disais plus tôt, à une sorte de réactualisation de la pensée marxiste à l’orée de la crise écologique. Ils critiquent en effet dans la philosophie du penseur allemand l’absence totale de considération écologique, à une époque où, il faut le dire, révolutions industrielles obligent, personne ne s’en préoccupait !</p>
<p> </p>
<p>Ainsi, Marx dénonçait la contradiction inhérente du capitalisme entre les forces productives et les rapports de production, mais lui-même n’avait pas perçu ce que James O’Connor, l’un des pionniers de l’écosocialisme nord-américain soulignait : le capitalisme contient également une contradiction irrésoluble entre les forces productives et les conditions de production <sup>6</sup>. En effet, si Marx prônait un changement de civilisation, il ne remettait pas pour autant en cause la logique expansive du capitalisme ; s’il souhaitait redistribuer les cartes de la production de richesses, il ne remettait pas en cause la nature virtuellement illimitée de la production et le productivisme subséquent. Michael Löwy évoque à cet égard la logique « continuiste » de Marx et Engels, où le socialisme est vu comme un moyen de faire « sauter les chaînes » par lesquelles le système capitaliste contenait le « développement illimité des forces productives » <sup>7</sup>.</p>
<p>Cela étant dit, la philosophie écosocialiste se démarque de celle, proposée notamment en France par Serge Latouche, de la décroissance.  <em>« La critique culturelle du consumérisme proposée par les ‘objecteurs de croissance’ est nécessaire, mais insuffisante »</em> , écrit l’agronome Daniel Tanuro, cité par Michael Löwy <sup>3</sup>. L’écosocialisme propose l’extension de la démocratie à d’autres secteurs de la vie publique que la politique, avec, en premier lieu, le pouvoir de contrôler démocratiquement les choix économiques – une incursion dans le régime de propriété privée sacralisé depuis le XVIIIème siècle que revendiquent les théoriciens du mouvement. La politique économique doit être fondée sur des considérations radicalement opposées à celles qui ont cours aujourd’hui ; au règne du profit doit être substitué celui de l’intérêt général, celui des besoin sociaux – et pour ce faire, c’est une planification démocratique de l’économie qu’il faut mettre en place.  <em>« La conception socialiste de la planification n’est rien d’autre que la démocratisation radicale de l’économie : s’il est certain que les décisions politiques ne doivent pas revenir à une petite élite de dirigeants, pourquoi ne pas appliquer le même principe aux décisions d’ordre économique ? » </em><sup>9</sup>. L’écosocialisme prend aussi parfois des accents « deuxième gauche » tels que l’on peut en trouver dans le célèbre manifeste de Michel Rocard publié en 1969 <sup>10</sup>.</p>
<p>Citant un exemple concret, l’auteur prend à parti la publicité, manifestation la plus évidente et la plus cynique d’un capitalisme fou et cible privilégiée des mouvements altermondialistes, symbole du paradigme consumériste dans lequel nous nous sommes servilement enfermés. Celle-ci, qui  <em>« bourre non seulement les boîtes aux lettres mais aussi les crânes des individus »</em> <sup>11</sup>, est un  <em>« immense gaspillage des ressources (matérielles et financières) limitées de la planète »</em> <sup>12</sup> – sans parler du gaspillage en termes de capital humain, puisque des milliers d’individus mettent leur esprit, leur intelligence et leur créativité au service de cette industrie qui soumet « les besoins des individus aux nécessités mercantiles du capital » <sup>13</sup>.</p>
<p>Enfin, pour conclure sur une note un petit peu moins déprimante – car force est de constater avec Michael Löwy et Joel Kovel que  <em>« personne ne peut lire ces prescriptions […] sans un certain découragement, tant elles semblent éloignées de l’état actuel du monde réellement existant, qu’il s’agisse des institutions ou des niveaux de conscience » </em><sup>14</sup> – l’auteur cite quelques exemples – aux Etats-Unis, au Brésil – d’expériences écosocialistes – théoriques dans le premier cas, pratiques dans le second – plutôt réussies, et en tout cas porteuses d’espoirs. Bon, d’accord, le panégyrique de Chico Mendes, militant politique socialiste et écologique brésilien qui a mis sa vie au service de ses idéaux – la défense de la forêt amazonienne et des petits paysans qui y travaillent dans une situation de servitude intolérable – se conclut abruptement par son assassinat politique. Dans la catégorie  <em>« porteur d’espoirs »</em> , on a vu mieux… Mais la beauté de son combat et son émouvant testament laissent à penser que, demain, peut-être, le Soleil se lèvera sur une société plus rouge, plus verte, plus belle, plus juste… .<br />
 </p>
<p><em>rédacteur : Jules FOURNIER, </em><br />
<em>Illustration : flickr</em></p>
<p><strong>Notes :</strong><br />
1 — Épigraphe de la Déclaration écosocialiste internationale de Belém, 2008<br />
2 — page 12<br />
3 — page 11<br />
4 — page 11<br />
5 — page 12<br />
6 — page 162<br />
7 — page 94<br />
8 — page 11<br />
9 — page 58<br />
10 — <em>Le PSU et l’avenir socialiste de la France</em>, Seuil, 1969<br />
11 — 151<br />
12 — page 152<br />
13 — page 151<br />
14 — Manifeste écosocialiste international, page 198</p>
<div> </div>
<div> </div>
<div>Titre du livre : Ecosocialisme, l’alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste<br />
Auteur : Michael Löwy<br />
Éditeur : Mille et une nuits<br />
Date de publication : 08/06/11<br />
N° ISBN : 978–2-7555–0617-4</div>
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		<title>Durban, une «  conférence des pollueurs  »</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Dec 2011 03:14:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>

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		<description><![CDATA[Du 28 novembre au 9 décembre se tiendra à Durban (Afrique du Sud) la 17e conférence des parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (COP-17). Il est de plus en plus évident que la limite de 2° de hausse de la température à la fin du siècle ne sera pas tenue et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="chapo">
<p>Du 28 novembre au 9 décembre se tiendra à Durban (Afrique du Sud) la 17<sup>e</sup> conférence des parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (COP-17). Il est de plus en plus évident que la limite de 2° de hausse de la température à la fin du siècle ne sera pas tenue et qu’il s’agit plus probablement d’éviter de dépasser les 4°. Ce n’est pourtant pas de cela qu’il sera vraiment question à Durban, comme l’explique Patrick Bond dans l’interview ci-dessous.<span id="more-8127"></span></p>
</div>
<div id="texte">
<hr />
<p><strong>Pour vous, quels sont les principaux enjeux de la prochaine conférence internationale sur le climat à Durban  ?</strong></p>
<p><strong></strong><strong>Patrick Bond –</strong> La COP-17 a une tâche impossible  : faire semblant que le processus de négociation de l’ONU puisse mener à une véritable solution face à la crise climatique. C’est pourtant impossible. L’équilibre des forces en présence est défavorable et il ne va pas s’améliorer. Les Etats-Unis, avec leurs alliés comme le Canada, vont même saboter les objectifs limités de réduction des émissions [de gaz à effet de serre, réd], en particulier en empêchant une nouvelle période d’engagements contraignants dans le cadre du protocole de Kyoto. Avec d’autres pays riches, les Etats-Unis vont faire obstacle à ce que le Fonds vert pour le Climat soit suffisamment pourvu. Des fonds qui, dans un monde plus juste, permettraient au Nord de payer la dette climatique contractée auprès du Sud. Au lieu de cela, le deal qui devrait se faire à Durban aura pour objectif de stimuler les marchés du carbone, pourtant en crise, afin qu’ils servent de source de revenus, et de jeter les bases du financement des fausses solutions, sans qu’aucun des maigres financements existants ne parvienne aux populations les plus durement touchées par les dérèglements climatiques. C’est pourquoi nous décrivons la COP comme une «  conférence des pollueurs  ».</p>
<p><strong>En quoi les luttes actuelles menées en Afrique du Sud par les mouvements pour la justice climatique s’articulent-elles avec celles menées dans les négociations internationales  ?</strong></p>
<p>En plus d’exiger un million d’emplois verts et une transition juste pour sortir d’une économie dépendante des combustibles fossiles, la principale question liée au climat portée par les militants sud-africains est l’accès à l’électricité et l’approvisionnement en eau. Ces trois dernières années, le prix de l’électricité a augmenté de 130 % en raison de la décision prise par la société sud-africaine Eskom de construire les troisième et quatrième plus importantes centrales au charbon de la planète. Les systèmes d’approvisionnement en eau sont déjà en train de s’effondrer, même à Durban, réputé pour avoir le meilleur système d’Afrique. Bientôt, nous verrons également le renforcement des événements météorologiques extrêmes, une montée du niveau des mers, des famines et des réfugiés climatiques qui vont mettre à l’épreuve les capacités de réaction des populations. C’est par ces indicateurs, révélateurs de contraintes nouvelles, que les personnes vont se rendre compte que lutter pour un climat stabilisé relève d’un processus unificateur permettant d’améliorer leur vie immédiate, si nous relions tous ces enjeux de manière adéquate. […]</p>
<p><strong>Les dérèglements climatiques actuels sont principalement dus aux émissions de gaz à effet de serre (GES) des pays du Nord. Qu’attendez-vous des mouvements pour la justice climatique de ces pays, et, plus globalement, des populations, afin d’agir contre les dérèglements climatiques  ?</strong></p>
<p>Le Nord doit payer sa dette climatique, complètement. De sorte que celles et ceux qui sont touchés dans le Sud perçoivent une compensation directe, et pas par l’intermédiaire des tyrans locaux. Je pense que les élites des pays comme l’Afrique du Sud qui se trouvent parmi les 1 % plus gros émetteurs de carbone, moi y compris, devraient supporter un fardeau plus lourd. Les pays du Nord doivent également s’engager à des réductions d’émissions de GES spectaculaires et s’engager dans un urgent projet de transformation, semblable en portée, mais pas en direction, que celui entrepris sous Roosevelt lorsque les Américains sont entrés dans la Seconde Guerre mondiale. Pour ceux qui ne s’impliqueraient pas, comme les politiciens et les agences à Washington, New York, Ottawa, Londres, Bruxelles, Moscou, Pékin et ailleurs, le mandat de la Cour pénale internationale devrait alors être élargi pour y inclure un tribunal climatique. Nous aurons aussi besoin d’une stratégie à long terme pour imposer des sanctions sur les marchandises provenant de pays comme les États-Unis. En attendant, il fait sens pour les activistes de protester contre leurs délégués, soit ici à Durban lors de la COP, ou même avant qu’ils ne quittent leur pays. Pourquoi ne pas bloquer leur route fin novembre afin de marquer le coup et affirmer clairement que le monde en a marre de la conférence des pollueurs  ? Il est temps pour la mouvance s’activant pour la justice climatique de reprendre la main et de montrer la voie possible pour de véritables réductions d’émissions, la reconnaissance de la dette climatique, une transition juste et toutes les autres exigences si bien définies à Cochabamba en avril 2010.</p>
<hr />
</div>
<div id="ps">
<p>* Paru en français en Suisse dans « solidaritéS » n°199 (02/12/2011).</p>
<p>* Patrick Bond, économiste, est professeur à l’Université du KwaZulu-Natal. Auteur de Durban’s Climate Gamble, playing the carbon markets, betting the earth, il est aussi contributeur régulier de la revue Amandla  ! L’entretien ci-dessus a été publié par le site de l’association Alter-Echos (<a href="http://www.alter-echos.org/" rel="nofollow external">www.alter-echos.org</a>)</p>
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		<title>Les syndicats prennent la parole à Durban</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Dec 2011 03:12:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Communiqués / Événements]]></category>
		<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>

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		<description><![CDATA[Membre de la Confédération syndicale internationale (CSI), la CSN est actuellement à Durban pour la Conférence des Parties de la dix-septième rencontre des pays signataires de la Convention des Nations-Unies sur les changements climatiques, communément appelé, la COP 17. Pour une troisième année consécutive, une délégation de la CSN participe à l’événement « Pavillon World [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Membre de la <a href="http://www.ituc-csi.org/">Confédération syndicale internationale (CSI)</a>, la CSN est actuellement à Durban pour la Conférence des Parties de la dix-septième rencontre des pays signataires de la Convention des Nations-Unies sur les changements climatiques, communément appelé, la COP 17.</p>
<p>Pour une troisième année consécutive, une délégation de la CSN participe à l’événement « Pavillon World of Work (WoW) ». Cette année, cela a lieu à l’Université Kwazulu Natal, campus Howard College, à Durban, en Afrique du Sud. Le pavillon WoW reçoit des syndicats de plusieurs pays qui présenteront des conférences au sujet de l’implication des travailleurs dans la lutte aux changements climatiques.<span id="more-8125"></span></p>
<p>Ces conférences concernent tant les mesures d’atténuation pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre du secteur de la sidérurgie, des mines que celui des mesures d’adaptation que les gouvernements devront prendre pour minimiser les impacts des changements climatiques sur nos conditions de vie.</p>
<p>La CSI s’intéresse à la lutte aux changements climatiques depuis une dizaine d’année et continue de clamer haut et fort que cette lutte ne pourra se faire sans les travailleurs.</p>
<p>Nos économies modernes utilisent les hydrocarbures (pétrole, diesel, gaz, etc) pour leur fonctionnement. Réduire cette dépendance et développer des emplois verts nécessite une transition que les syndicats veulent juste et équitable. Lors de la Conférence de Cancún, les États se sont engagés à introduire cette revendication de transition juste et équitable dans leurs négociations d’une nouvelle convention pour réduire la hausse de la température terrestre.</p>
<p>Il existe bel et bien des liens importants entre les changements climatiques et les injustices sociales. Ce sont en effet les pays les plus pauvres qui paient durement ces changements climatiques. Les pires sécheresses et inondations, ce sont eux qui les ont subies. Notre inaction face à la hausse des températures terrestres a un prix.</p>
<p>En 2006, dans son rapport sur l’économie du changement climatique, Sir Nicholas Stern, l’ancien économiste en chef de la Banque Mondiale, évaluait qu’un investissement de 1% du PIB mondial par an dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre permettrait d’éviter une perte économique comprise entre 5% et 20% du PIB mondial chaque année.</p>
<p>Dans un contexte de transformation en vue d’une économie plus verte et moins dépendante des hydrocarbures et en vue de favoriser une transition juste et équitable, la CSI demande à ce qu’une décision soit prise à la Conférence de Durban.</p>
<p>Pendant que les syndicats discuteront au pavillon WoW, les négociations entre les différents pays ayant signés la Convention Cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques se dérouleront du 28 novembre au 9 décembre 2011.</p>
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		<title>Quand un enjeu environnemental brasse les cartes du jeu politique</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Dec 2011 03:05:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Québec / Canada]]></category>

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		<description><![CDATA[La thématique de l’exploitation des gaz de schistes a surgi assez brutalement dans la vie politique québécoise, par le biais médiatique, à l’été 2010. Depuis, les tentatives d’exploration des sous-sols en vue du repérage de cette ressource naturelle, de même que son exploitation à des fins commerciales sont devenues de véritables enjeux politiques. Le gaz [...]]]></description>
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<p>La thématique de l’exploitation des gaz de schistes a surgi assez brutalement dans la vie politique québécoise, par le biais médiatique, à l’été 2010. Depuis, les tentatives d’exploration des sous-sols en vue du repérage de cette ressource naturelle, de même que son exploitation à des fins commerciales sont devenues de véritables enjeux politiques.<span id="more-8117"></span></p>
<p>Le gaz de schiste est un gaz emprisonné dans des formations rocheuses denses appelées « schistes » (shales). Au Québec, on retrouve ce gaz dans la formation de l’Utica qui date de 450 millions d’années et qui est présente tout le long de la vallée du Saint-Laurent, entre Québec et Montréal. Un forage à environ 2 000 mètres de profondeur est requis pour avoir accès à ce gaz. En raison de la densité de la roche, elle doit être fracturée afin de libérer son contenu en gaz. Deux technologies sont alors utilisées : le forage horizontal et la fracturation hydraulique. La formation de l’Utica, en évaluation, pourrait contenir plusieurs billions de pieds cubes de gaz naturel, de quoi combler les besoins en gaz du Québec pendant plusieurs décennies. L’envergure potentielle de ce nouveau marché énergétique représente une aubaine pour les compagnies gazières et pétrolières qui y voient une occasion d’affaires fructueuses. Le gouvernement du Québec y voit également une source de revenus, par le biais des redevances, et un vecteur du développement économique régional dans les régions du Québec situées aux abords du fleuve Saint-Laurent.</p>
<p>Toutefois, les opposants à l’exploration et l’exploitation de ce gaz sont nombreux au Québec : acteurs collectifs agissant dans le domaine de l’environnement ou spécialement créés à l’occasion de ce conflit, maires, comités de citoyens, scientifiques. Pour certains, ce sont les techniques d’exploitation utilisées qui sont la cible des revendications. Elles sont notamment critiquées pour leurs conséquences dommageables pour l’environnement et la santé des populations. Certaines municipalités sont également contre la venue des entreprises pétrolières et gazières par crainte de l’expropriation de propriétés situées stratégiquement. Pour d’autres, les nuisances attachées au développement de cette nouvelle industrie menace leur milieu de vie, rappelant la présence des arguments du type « pas dans ma cour [<a id="nh1" title="[1] L'argument du type « pas dans ma cour » met l'accent sur les inconvénients (...)" name="nh1" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb1"></a>1] » . Dans tous les cas, les mobilisations contre le gaz de schiste au Québec, s’inscrivent dans une histoire des luttes dans le champ de l’environnement (pour une grande partie de compétences provinciales, mais pas exclusivement), qui ont connu un regain de popularité depuis les années 2000. Mentionnons également que les questions reliées à la production énergétique sont au cœur de la construction du Québec comme société nationale, avec notamment les débats et conflits autour de l’énergie hydraulique et l’indépendance énergétique.</p>
<p>Par plusieurs aspects, les mobilisations et les contextes des mobilisations contre le gaz de schiste au Québec se comparent à la situation française. Ainsi, les mouvements de résistance dans les deux sociétés font face à des gouvernements pro-schiste et généralement plutôt favorables dans leur action publique à l’industrie. C’est d’ailleurs alors que les activités d’exploration avaient été entamées et certains permis délivrés, selon des processus relativement peu transparents, à l’industrie que les mobilisations ont surgi dans les deux sociétés. Cependant, plusieurs éléments les distinguent fortement. Notamment, les dynamiques politiques qui sous-tendent la construction de cet enjeu [<a id="nh2" title="[2] Schön, Donald A., et Martin Rein, Frame Reflection. Toward the (...)" name="nh2" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb2"></a>2] et le débat public révèlent un fonctionnement différent des mécanismes de représentation politique et de construction des intérêts dans le champ de l’environnement. Alors qu’en France les partis politiques se sont rapidement approprié l’enjeu gaz de schiste, faisant de l’arène parlementaire un des principaux lieux de gestion du conflit, au Québec c’est une instance de participation publique qui a joué le rôle principal de médiation des intérêts. D’autre part, dans le cas français, des mobilisations massives et incluant tous les acteurs politiques ou presque (certains députés de la majorité gouvernementale se sont aussi opposés au projet, même s’ils n’ont pas pris part aux manifestations) ont abouti, très rapidement, à un revirement du gouvernement français qui a proposé l’adoption d’une loi imposant une interdiction de l’exploration et de l’exploitation des gaz de schiste qui reposeraient sur la technique d’extraction par fracturation. Au Québec, deux années de mobilisation soutenue n’ont pas réglé la question, même si le gouvernement a accepté d’ouvrir un débat public et de se plier à un processus d’évaluation des impacts environnementaux avant de poursuivre le développement de l’industrie. Il faut dire que la contestation sur les gaz de schiste a ouvert une discussion plus large sur les enjeux environnementaux et l’exploitation des ressources naturelles.</p>
<p>Dans cet article, nous revenons sur le cas du Québec [<a id="nh3" title="[3] La rédaction de cet article est soutenue par une recherche plus large (...)" name="nh3" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb3"></a>3] . Pour comprendre sa trajectoire spécifique, nous développons un argument en deux temps. Nous verrons, premièrement, que la force actuelle des opposants au gaz de schiste est le résultat d’une double articulation : articulation progressive des discours entre des acteurs locaux et des coalitions nationales par le biais d’un travail constant d’éducation populaire et articulation du conflit sur le gaz de schiste à d’autres luttes environnementales. Deuxièmement, malgré un contexte politique difficile pour les opposants, et des partis politiques peu actifs sur le terrain du conflit, l’enjeu « gaz de schiste » a été relayé dans la sphère institutionnelle par le biais du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, politisant la question par le biais du débat public. En 2011, rien n’est encore joué au Québec, malgré deux années de mobilisations, mais toutes les options demeurent ouvertes.</p>
<h3>La construction de l’enjeu et de la revendication d’un moratoire</h3>
<p>La question des gaz de schistes a littéralement fait irruption dans le débat public. Si en France, on ne parle pas réellement du sujet avant 2010 [<a id="nh4" title="[4] À titre indicatif, une rapide recherche dans le quotidien Libération (...)" name="nh4" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb4"></a>4] , au Québec, le débat apparaît une année plus tôt (2010) et se poursuit [<a id="nh5" title="[5] Toujours à titre indicatif, on dénombre en 2010, 449 articles et 473 en (...)" name="nh5" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb5"></a>5] . Comme en France, le gaz de schiste représente un enjeu économique de taille : certains évoquent des réserves récupérables de 10 000 à 25 000 milliards de pieds cubes soit de 283 à 708 milliards de mètres cubes [<a id="nh6" title="[6] Shields, Alexandre, 2010. « Gaz : prospection aux portes de Montréal. Des (...)" name="nh6" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb6"></a>6] . Le gaz de schiste se retrouve principalement sur la rive sud du Saint-Laurent, entre Montréal et Lévis, soit la partie la plus densément peuplée du Québec. Il y aurait un potentiel de 20 000 puits de gaz de schiste [<a id="nh7" title="[7] MÉPACQ. 2011. « Des mots pour des maux. L'ABC des gaz de schistes », (...)" name="nh7" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb7"></a>7]] au total. Au moment où les mobilisations atteignaient leur premier pic, soit au printemps 2011, on dénombrait 31 puits creusés dont 18 qui avaient déjà été fracturés. L’industrie du gaz de schiste avait dépensé 200 millions de dollars pour divers travaux. Elle envisageait de mettre en action de 150 à 600 puits par année à compter de 2015 [<a id="nh8" title="[8] Bergeron Patrice, 2011. « Selon le grand patron d'une entreprise (...)" name="nh8" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb8"></a>8] .</p>
<p>Les mobilisations au Québec ont connu deux grandes phases. Dans un premier temps, les luttes développées à l’échelle locale s’articulent avec les réseaux nationaux. De ces échanges résultent le développement d’un argumentaire qui concerne l’ensemble du Québec et de ses habitants. Les acteurs locaux, directement aux prises avec la question de l’exploration, vont joindre leurs voies aux groupes et réseaux nationaux qui luttent pour la préservation de la qualité de l’environnement. On note, dans un deuxième temps, un élargissement de la contestation à d’autres enjeux environnementaux qui se traduit par la construction de méga-coalitions d’acteurs et la convergence des argumentaires. Ainsi, les débats au Québec n’ont pas uniquement concerné les méthodes d’extraction du gaz de schistes, mais également la propriété du sous-sol, le niveau des redevances et la nature du développement futur du pays.</p>
<p><em>Articulation des luttes locales et nationales</em></p>
<p>Dès 2008, avec le prix du gaz oscillant entre 6$ et 8$ le millier de pieds cubes, les compagnies gazières présentes au Québec commencent à envisager l’essai de la fracturation hydraulique et des forages horizontaux dans le shale d’Utica. Le géant Forest Oil s’associe aux compagnies Junex et Gastem pour un essai à Bécancour. En avril 2008, Forest Oil annonce qu’il y a bien un gisement gazier dans le shale d’Utica. Il y aurait assez de gaz pour combler toute la demande locale annuelle, et même plus. Une frénésie boursière s’empare des titres de Gastem, Junex et Questerre. Le prix du gaz atteint un autre pic de plus de 13$ le millier de pieds cubes. Il vaut aujourd’hui moins de 4$ [<a id="nh9" title="[9] Shields, Alexandre, 2010. « Les gaz de schiste - Et dire qu'on voulait (...)" name="nh9" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb9"></a>9] . Ainsi en 2010, les droits d’exploitation de cette ressource ont déjà été accordés à une trentaine de compagnie, pour la plupart étrangère, via des permis [<a id="nh10" title="[10] Carte des permis distribués : http://www.mrn.gouv.qc.ca/publicati...." name="nh10" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb10"></a>10] alors que le gouvernement du Québec ne possédait aucune étude d’impacts ou d’analyses sérieuses indépendantes quant à la pertinence du développement d’une filière de gaz de schiste.</p>
<p>Progressivement, les acteurs sociaux opposés au gaz de schiste vont développer une position commune autour de la revendication d’un moratoire. D’abord isolées et non liées, ces demandes issues d’acteurs locaux et nationaux vont converger et culminer au printemps et à l’été 2011. En septembre 2009, l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) demande, pour la première fois, un moratoire sur l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste. Au courant de l’hiver 2010, plusieurs municipalités exigent un moratoire à leur tour. Au printemps, un groupe de citoyens se mobilise à Saint-Marc-sur-Richelieu, après l’annonce d’un forage gazier. Plusieurs autres groupes se formeront ailleurs dans la région. La ministre Nathalie Normandeau, ministre des Ressources naturelles et de la Faune, refuse pour sa part tout moratoire. « Les entreprises ont des décisions d’affaires à prendre, dit-elle. C’est un rendez-vous que le Québec ne peut pas manquer [<a id="nh11" title="[11] Shields, Alexandre, « Un rendez-vous à ne pas manquer », Le Devoir, 5 (...)" name="nh11" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb11"></a>11] » .</p>
<p>C’est en juin 2010 que les premiers grands dossiers sur le gaz de schiste sont publiés dans les quotidiens nationaux (<em>La Presse</em> et <em>Le Devoir</em>), accélérant le processus de convergence entre les acteurs sociaux, dans un contexte où le processus d’exploration est déjà bien entamé. Des coalitions de groupes se forment, mais aussi des comités de citoyens des municipalités et régions concernées. Les dangers pour les nappes phréatiques, la qualité de l’air, la pollution sonore, le camionnage sont au cœur des préoccupations. Chez les citoyens s’ajoute la peur de l’expropriation et de la diminution du prix des terrains et des propriétés à proximité des lieux d’exploration.</p>
<p>Le moratoire devient une option pour un nombre croissant d’acteurs. Un des premiers signes de cet élargissement apparaît avec le lancement d’une pétition pour la demande d’un moratoire sur les gaz de schiste. Pour être considérée à l’Assemblée nationale, la pétition, déposée fin 2010, devait atteindre 100 000 signataires au 5 janvier 2011. En date du 17 décembre 2010, elle en comptait plus de 112 000. C’est aussi en 2011 qu’un autre regroupement d’importance émerge pour demander un moratoire sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste. Ce regroupement, hétérogène, inclut des groupes environnementaux nationaux (Eau secours !, Nature Québec, Greenpeace, Équiterre, etc.), plusieurs municipalités et regroupement de municipalités, des conseils régionaux et leur regroupement, l’Union Paysanne, l’Union des consommateurs, des comités citoyens, et des partis politiques (Québec Solidaire, le Parti québécois, le Parti Vert du Canada) [<a id="nh12" title="[12] Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (...)" name="nh12" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb12"></a>12] . Également plusieurs personnalités publiques et artistiques prennent position face aux gaz de schiste en appuyant la demande d’un moratoire. Les objectifs de moyen-terme des acteurs ne sont pas tous identiques : certains militent pour attendre que des technologies plus « douces » soient mises au point alors que d’autres refusent que le Québec s’engage dans la production d’énergie fossile, préférant mettre de l’avant l’exploitation des énergies renouvelables. Cependant tous s’entendent sur la demande de moratoire.</p>
<p>En 2011, le regroupement a été très actif, menant des campagnes de sensibilisation à travers le Québec, multipliant les interventions médiatiques, les rencontres avec les comités de citoyens et les groupes régionaux. Un travail énorme de sensibilisation, conscientisation et éducation populaire s’est accompli, suivant en cela la tradition d’intervention du Québec dans le milieu associatif [<a id="nh13" title="[13] White, Deena. « Contradictory Participation : Reflections on Community (...)" name="nh13" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb13"></a>13] .</p>
<p>Cette année d’actions a culminé le 18 juin 2011 ou des milliers de personnes (entre 10 000 et 15 000 selon les acteurs, de 2 000 à 5 000 selon les médias) ont manifesté à Montréal afin de dénoncer la complicité du gouvernement Charest avec les industries des énergies fossiles et réclamer un moratoire complet sur l’exploration et l’exploitation de ces énergies, gaz de schiste en tête. La plupart des groupes écologistes étaient présents, certains partis politiques, des syndicats, des groupes citoyens opposés aux travaux de fracturation. Ce grand rassemblement, nommé pour l’occasion « Un vrai moratoire, on va l’avoir ! », réclame un moratoire de 20 ans sur les gaz de schiste et les autres énergies dites « sales ». Parallèlement, une marche de plusieurs semaines entre Rimouski et Montréal a été lancée par un réseau citoyen (Marche moratoire d’une génération), qui s’est clôt le 18 juin à Montréal.</p>
<p>Parallèlement à cette cristallisation des revendications autour du moratoire, la lutte contre les gaz de schiste est progressivement liée à celle contre l’exploitation des ressources naturelles, élargissant d’autant les acteurs mobilisés et mobilisables.</p>
<p><em>Articulations des luttes en environnement</em></p>
<p>À partir de 2010, les mobilisations contre l’exploitation du gaz de schistes prennent de l’ampleur et font le pont entre la lutte contre les gaz de schistes et d’autres luttes environnementales. Par exemple, quatre-vingt-un groupes provenant des quatre coins du Québec se réunissent à Trois-Rivières (janvier) pour jeter les bases d’un plan d’action coordonné contre les politiques gouvernementales qui ont mobilisé en 2010 les citoyens dans plusieurs régions et sur plusieurs dossiers. Cette vaste coalition regroupe des écologistes, des comités de citoyens, des scientifiques, des artistes, des représentants syndicaux (deux centrales syndicales, soit la Confédération des syndicats nationaux du Québec, une des deux plus grandes centrales syndicales, et la Centrale des syndicats du Québec, une centrale des syndicats enseignants, ainsi que le Syndicat canadien de la fonction publique [SCFP-FTQ]), de même que plusieurs scientifiques et même quelques élus inquiets des politiques gouvernementales qui font passer les intérêts collectifs des régions derrière les intérêts miniers et industriels. On retrouvait ainsi à cette rencontre, à côté de groupes écologistes comme Nature Québec et l’AQLPA, des groupes plutôt axés sur les politiques énergétiques, comme le mouvement Maîtres chez nous au 21e siècle (MCN-21), le Comité interrégional sur les gaz de schiste de la vallée du Saint-Laurent, ainsi que des citoyens qui se battent contre les projets de mines d’uranium sur la Côte-Nord, ceux des Iles de la Madeleine qui s’opposent à l’exploitation du pétrole dans le secteur Old Harry du golfe et ceux qui s’opposent à la relance du nucléaire par la restauration de la centrale de Gentilly-2 [<a id="nh14" title="[14] Francoeur Louis-Gilles, « Exploitation des richesses naturelles - Une (...)" name="nh14" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb14"></a>14] .</p>
<p>Un objectif commun rassemble la plupart de ces groupes : la lutte contre la législation garantissant la préséance en faveur du secteur minier dans tout projet de développement. L’exploration et l’exploitation des gaz de schiste sont, en effet, encadrées par la Loi sur les mines. Cette loi déclare que les propriétaires de terrains ont le contrôle du sol, mais pas du sous-sol de leur terrain. Les permis d’exploration donnent aux compagnies le droit de possession du sous-sol. Par conséquent, une entreprise qui possède un tel permis pourrait creuser des puits sur un terrain appartenant à un citoyen, contre sa volonté. En effet, selon l’article 235 de la Loi sur les mines, les compagnies minières peuvent « […] acquérir, à l’amiable ou par expropriation, tout bien nécessaire à l’accès au terrain ou à l’exécution des travaux d’exploration ou d’exploitation ». Même les municipalités qui s’opposent à l’exploitation ne peuvent empêcher une compagnie de s’installer. En effet le projet de loi n°79 de la première session de la 39e législature – Loi modifiant la Loi sur les mines, VII vient privatiser l’industrie minière : « Partant du principe de la propriété publique des ressources naturelles du sous-sol, la législation québécoise a créé un régime d’exception sur trois aspects : premièrement, en accordant à l’État québécois le privilège d’explorer et exploiter ces ressources malgré les droits des propriétaires du dessus du terrain ; deuxièmement, en soustrayant ces droits miniers aux pouvoirs de zonage et d’urbanisme des municipalités et Municipalités régionales de comté (des entités administratives regroupant les villes et les municipalités d’un territoire) et troisièmement, en soustrayant également ces droits miniers à de nombreuses règles gouvernementales de supervision environnementale. L’État québécois, en matière minière s’est ainsi placé au-dessus de lois et règlements régissant le droit de propriété, l’aménagement et l’urbanisme et la supervision environnementale » [<a id="nh15" title="[15] AQLPA. Association québécoise de lutte contre la pollution (...)" name="nh15" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb15"></a>15] . Ainsi, actuellement, le gouvernement n’exige pas de garantie des compagnies d’exploitation en cas d’imprévus, de fuites, de dommages environnementaux, de décontamination, de gestion des eaux usées, etc. La vallée du St-Laurent est couverte de nombreux cours d’eau (sans compter les nappes souterraines), les risques sont grands et pourraient avoir des impacts désastreux, notamment sur les terres cultivables et la qualité de l’eau et ce, même loin des puits. Suite aux critiques faites au projet de loi 79, le gouvernement du Québec, dirigé par Jean Charest (chef du Parti libéral du Québec) a fait une nouvelle proposition législative au printemps 2011. Le projet de loi 14 [<a id="nh16" title="[16] Projet de loi 14 : Loi sur la mise en valeur des ressources minérales (...)" name="nh16" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb16"></a>16] reconduit cette même disposition controversée en donnant toutefois un droit de regard aux municipalités. Cette orientation risque également de se retrouver dans la future loi sur les hydrocarbures, promise par le gouvernement. Cette loi régira l’exploitation des gaz de schiste et du pétrole dans le golfe du Saint-Laurent.</p>
<p>Autrement dit, l’enjeu « gaz de schiste » est directement lié à la question de l’exploitation des ressources naturelles en général et à la législation concernant cette exploitation. L’élargissement à ces autres enjeux a permis la construction de méga-coalitions du côté des acteurs sociaux et la participation de nombreux acteurs et experts aux mobilisations. Mentionnons notamment le rôle de la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine, née au printemps 2008, qui a connu un élargissement important de l’éventail de ses membres. Composée de quinze membres, elle lie des groupes intervenant dans différent secteurs environnementaux (forestier, uranium/nucléaire, parcs et airs protégés) ; des groupes environnementaux qui ont des implantations régionales ; des organisations syndicales régionales ; des organisations actives dans le domaine de l’environnement à l’échelle canadienne (comme Écojustice ou Mines Alerte Canada) ; un institut de recherche ; des coalitions québécoises comme Nature Québec ou le Réseau québécois des groupes écologistes. Cette coalition a joué un rôle de premier plan dans le travail d’élargissement des enjeux liés à l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste en les mettant directement en relation avec les enjeux liés à l’exploitation des mines de diamants, d’or, et d’autres ressources naturelles.</p>
<p>En septembre 2010, la question du gaz de schiste est de notoriété publique, elle fait régulièrement la une des médias et constitue un élément incontournable de l’agenda gouvernemental et du débat public. Néanmoins, à côté des acteurs sociaux, c’est une instance de participation publique qui a assuré le passage de l’enjeu dans la sphère institutionnelle. À la différence de la France, le débat politique ne se fera pas tant dans l’arène parlementaire ou législative – où le parti de l’opposition officiel, le Parti québécois, peine à faire valoir sa position vis-à-vis cet enjeu – que dans des espaces de participation publique.</p>
<h3>La participation publique et la médiation des intérêts</h3>
<p>Les fortes inquiétudes suscitées par l’exploitation des gaz de schistes au courant de l’été 2010 et les demandes répétées pour l’adoption d’un moratoire ont amené le gouvernement à faire une concession : à la fin du mois d’août, le ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP), Pierre Arcand, demande au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) de lui faire des recommandations sur le cadre de développement de la filière du gaz de schiste. Le BAPE est un peu l’ancêtre de la Commission nationale du débat publique (CNDP) en France : créé en 1978, c’est un organisme indépendant qui a comme mandat de faire l’examen de l’impact environnemental de projets de développement selon une procédure d’enquête publique qui prévoit la participation des citoyens. Contrairement à la CNDP qui a plus de liberté dans l’organisation de chacun des débats publics, le BAPE doit suivre une procédure précise. Après avoir rendu publiques les études pertinentes, le BAPE organise deux séries de séances publiques : une première dont l’objectif est de donner de l’information en permettant échanges et questions entre les citoyens et le promoteur du projet, une deuxième où les citoyens sont invités à présenter oralement leur avis sur le projet, le plus souvent précédé par la remise de mémoires avant le début des audiences. Un délai d’au moins vingt-et-un jours est prévu entre les deux types de séance pour permettre aux citoyens de formuler leur opinion sur la base de l’information disponible. Une équipe de commissaires du BAPE dirige l’ensemble du processus et remettent à la fin du processus un rapport volumineux contenant en conclusion une série de recommandations que le gouvernement est libre ou non d’adopter.</p>
<p>Le BAPE a tenu ses audiences sur le gaz de schiste en octobre et novembre 2010. Au total, 85 personnes-ressources issues des milieux gouvernementaux, universitaires et privés ont participé à l’exercice d’enquête et de consultation, 199 mémoires ont été déposés, dont 123 lors des séances publiques en plus de huit prestations orales. Les mémoires déposés proviennent d’une large palette d’acteurs : simples citoyens, experts scientifiques, représentants de l’industrie, municipalités, groupes écologistes et comités de citoyens, entre autres.</p>
<p>Même si la tenue d’audiences par le BAPE ne signifie pas la fin des débats sur le développement de la filière du gaz de schiste, cet événement représente une double victoire du point de vue de la mobilisation populaire. Premièrement, la tenue même du débat public est un gain important. Il faut savoir que l’examen public résulte le plus souvent d’une saisine quasi-automatique prévue par la loi en fonction de la nature du projet sous étude. Dans le cas du gaz de schiste, comme il n’y avait pas de projet précis mais un débat général, le gouvernement n’était pas obligé d’avoir recours au BAPE. Toutefois, la nature technique des enjeux et les doutes quant à l’impartialité du gouvernement face aux promoteurs du gaz de schiste, ont forcé la main au gouvernement qui a ainsi trouvé dans la formule du BAPE les éléments nécessaires pour restaurer la légitimité de son action.</p>
<p>La deuxième victoire réside dans la principale recommandation du BAPE qui lors de la remise de son rapport en février 2011 a proposé la tenue d’une évaluation environnementale stratégique (ÉES). De plus, le rapport suggère que « […] tant que l’évaluation serait en cours, la fracturation hydraulique ne serait autorisée que pour les travaux requis par l’évaluation. Les travaux d’exploration pourraient continuer, mais sans l’utilisation de la fracturation hydraulique » [<a id="nh17" title="[17] BAPE. 2011. Développement durable de l'industrie des gaz de schiste au (...)" name="nh17" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb17"></a>17] . Le BAPE justifie cette recommandation en soulignant l’absence d’informations fiables et suffisantes pour conclure que l’exploitation des gaz de schiste est bénéfique d’un point de vue social, environnemental et économique. Plusieurs voient dans cette recommandation une forme de moratoire cachée. Il s’agit en tout cas d’une sortie très honorable du BAPE dont la capacité à créer un espace impartial de discussion avait été contestée dès le début du processus. La nature du mandat confié faisait en effet craindre le pire aux opposants : il portait non pas sur l’opportunité ou non de développer la filière du gaz de schiste mais il demandait de façon inusitée au BAPE de « […] proposer un cadre de développement pour favoriser une cohabitation harmonieuse et de proposer des orientations pour un encadrement légal assurant un développement sécuritaire de l’industrie du gaz de shale » [<a id="nh18" title="[18] Ibid., p. 5." name="nh18" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb18"></a>18] , laissant ainsi entendre que la filière serait de toute façon exploitée. Par ailleurs, le gouvernement n’a pas soumis au début du processus une étude d’impact sérieuse, comme c’est habituellement la pratique. Le MDDEP et le Ministère des Ressources naturelles et de la Faune ont bien publié certains documents mais ils ne répondaient pas aux normes d’une étude d’impact. Dans un tel contexte, plusieurs se demandaient comment le BAPE pourrait faire un examen public rigoureux et crédible sans ce document fondamental et en ayant seulement un délai de quatre mois pour formuler des recommandations. Au final, seulement les recommandations du BAPE sur la tenue d’une EES confirment la nécessité d’accumuler plus de données et d’information, un argument souvent invoqué par les opposants au gaz de schiste. De plus, elles permettent à l’organisme de redorer son blason, discrédité depuis le début des années 2000 suite à des critiques d’ordre méthodologique et éthique sur l’accessibilité des audiences publiques et de l’information sur les projets étudiées, la complaisance des commissaires du BAPE dans la formulation de leurs recommandations et l’à-propos de la tenue de certaines audiences publiques alors que le gouvernement avait déjà pris une décision.</p>
<p>Le gouvernement a adhéré à l’idée de tenir une EES. Il n’y a donc pas de véritable moratoire sur l’exploration gazière, mais aucune fracturation ne sera autorisée si elle ne vise pas à approfondir les connaissances scientifiques [<a id="nh19" title="[19] Radio-Canada. 2011. Rapport du BAPE : Pas de moratoire sur le gaz de (...)" name="nh19" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb19"></a>19]] . Notons toutefois que plusieurs ont critiqué cette position, jugée inefficace (sous couvert de recherche scientifique, des forages d’exploration multiples pourraient avoir lieu), ou inutile compte tenu des données déjà existantes, en particulier aux États-Unis (rapport de l’Environnemental Protection Agency) et peu respectueuse de la démarche scientifique. Par ailleurs, la suite des événements, en ce qui concerne le processus d’évaluation scientifique, demeure incertaine. Au Québec, l’ESS n’est pas une pratique encadrée par la loi, comme dans d’autres pays [<a id="nh20" title="[20] Jean Baril, « Évaluation environnementale stratégique et Loi sur la (...)" name="nh20" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb20"></a>20] : le gouvernement peut donc définir la méthodologie de l’ESS comme il l’entend. Par exemple, il n’est pas obligé de recourir au service du BAPE [<a id="nh21" title="[21] Dans des contextes similaires de protestation, le BAPE a déjà tenu des (...)" name="nh21" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb21"></a>21] . Le gouvernement a d’ailleurs déjà l’habitude d’appliquer ses propres standards d’ESS, comme dans l’évaluation menée présentement sur un thème très proche des gaz de schistes, celui sur la mise en valeur des hydrocarbures en milieu marin. Or, pour les spécialistes de telles procédures, le principe de précaution qui prévaut autour des examens publics exige une méthodologie rigoureuse. Une ESS est généralement un processus ouvert, dont une des étapes fondamentales est de soumettre au public le devis comprenant les critères d’évaluation. Une fois l’évaluation réalisée et l’information diffusée, une deuxième période d’audiences publiques est prévue. C’est d’ailleurs ce que recommande le rapport du BAPE sur les gaz de schiste. Bref, le MDDEP n’a pas fait connaître les modalités de l’ESS ni les ressources qu’ils comptent engager. Le gouvernement a pour l’instant respecté la première recommandation du BAPE qui est de nommer un comité formé de représentants de divers secteurs chargé de préparer le devis de l’ESS et de superviser sa réalisation. Des débats ont d’ailleurs eu lieu au moment de la nomination du comité sur la partialité des membres et le déséquilibre des secteurs représentés, notamment le peu de place fait aux représentants des groupes environnementaux.</p>
<p>On peut aussi se demander si la recommandation d’un ESS n’équivaut pas un retour à la case de départ. Le BAPE en arrive en effet au même constat déjà souligné par les opposants dès l’été 2010, c’est-à-dire l’absence d’informations fiables qui permettraient d’envisager avec sérénité le développement de la filière. Toutefois, il ne faut pas sous-estimer l’impact qu’a eu la procédure du BAPE sur le débat. L’influence d’un tel organisme réside dans la visibilité qu’il donne à l’enjeu débattu et dans l’information qu’il fait circuler. Suite aux séances publiques où les citoyens et les groupes ont fait part de leur avis, l’enjeu de la lutte contre les gaz de schiste a pris une forme relativement « mature » : c’est un enjeu global, qui concerne autant la qualité de l’environnement, sa préservation, qu’un questionnement sur l’utilité d’investir de l’argent public dans le développement des énergies fossiles, perçues comme peu porteuses (et plutôt néfastes) pour l’avenir. Les sondages démontrent d’ailleurs que la contestation ne se retrouve pas seulement du côté des groupes mobilisés : juste avant la remise du rapport du BAPE en février 2011, 55 % des Québécois se disent défavorables à l’exploitation du gaz de schiste (sondage Senergis–<em>Le Devoir</em>) [<a id="nh22" title="[22] Alexandre Shields, « Sondage Senergis-Le Devoir : l'opposition au gaz de (...)" name="nh22" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb22"></a>22] alors qu’un mois plus tard, 81 % jugent cette activité peu sécuritaire (42 %) ou pas sécuritaire du tout (39 %) (sondage CROP-La Presse) [<a id="nh23" title="[23] Catherine Handfield, « Gaz de schiste et nucléaire, même danger ? », La (...)" name="nh23" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb23"></a>23] . Le débat public a aussi donnée une raison supplémentaire pour les opposants de remettre en question la Loi sur les mines et demander une mise à jour radicale de ses dispositions. D’ailleurs, au même moment où le BAPE débutait ses audiences, un espace de dialogue intitulé « Les rendez-vous de l’énergie » a été lancé par le Regroupement national des Conseils régionaux de l’environnement, qui réunit les acteurs environnementaux dans des coalitions régionales. Bref, le débat public tenu par le BAPE correspond à une période de convergence d’un ensemble d’enjeux liés à l’énergie et à l’environnement.</p>
<p>Au final, la tenue des audiences du BAPE a révélé le besoin d’espace de dialogue, besoin qui a été amplifié suite à des séances publiques d’information organisées par l’Association pétrolière et gazière du Québec en septembre 2010 (avant les débuts des travaux du BAPE) et qui ont été jugées comme un échec autant par les médias que par l’Association elle-même. Les séances de forme plutôt traditionnelle ont consacré en effet la rupture de confiance du public envers les promoteurs du gaz de schiste. C’est d’ailleurs dans l’idée de reconstruire cette confiance mais aussi de donner une place aux points de vue modérés [<a id="nh24" title="[24] Patrice Bergeron, « Gaz de schiste : l'industrie veut redorer son blason (...)" name="nh24" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb24"></a>24] que l’industrie a lancé au courant de l’été 2011 un forum de discussion sur Internet [<a id="nh25" title="[25] www.Forumschiste.com." name="nh25" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb25"></a>25] .</p>
<h3>Conclusion</h3>
<p>Comme on le voit, et à la différence du cas français, l’investissement des partis politiques dans le processus de construction de l’enjeu « gaz de schiste » est resté relativement modeste. Même si les mobilisations contre l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste ont trouvé un certain relais dans le jeu parlementaire, ce sont surtout les mécanismes de la participation publique qui ont permis, in fine, la politisation du débat. Plusieurs éléments expliquent cette situation.</p>
<p>Conjoncturellement, le principal parti d’opposition à l’Assemblée nationale, le Parti québécois (PQ), traverse probablement l’une des pires crises internes depuis sa fondation à la fin des années 1960. Au cours du printemps 2011, plusieurs députés – centraux pour le parti – ont démissionné en cascade, remettant en question le leadership de la chef, Pauline Marois. La force de frappe du PQ dans le jeu politique s’en trouve d’autant diminuée. D’autre part, depuis le milieu des années 1990, le PQ a progressivement perdu la faveur des acteurs sociaux, traditionnellement ses alliés [<a id="nh26" title="[26] Pascale Dufour, « From Protest to Partisan Politics. When and How (...)" name="nh26" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb26"></a>26] . Ainsi, les acteurs du mouvement contre les gaz de schiste mettent en doute la sincérité du parti. Pour beaucoup d’acteurs sociaux, le fait que le PQ ait soutenu la mobilisation du 18 juin 2011 et ait fait sienne la revendication d’un moratoire relève davantage d’une manœuvre de récupération politique dans un contexte où le parti est fortement fragilisé. Pour ces acteurs, le PQ a traditionnellement été bienveillant vis-à-vis l’industrie minière. Ils rappellent qu’au pouvoir dans les années 1990, il a offert une série de crédits d’impôt et d’incitatifs à l’industrie des énergies fossiles afin de dynamiser l’exploration du pétrole et du gaz. Ils soulignent également que c’est un gouvernement péquiste qui a sabordé la Société québécoise d’initiative pétrolière (SOQUIP), un organisme paragouvernemental qui avait le mandat d’explorer et d’exploiter le pétrole et le gaz au profit de la collectivité. Finalement, le fait que ce soit un ancien premier ministre péquiste, Lucien Bouchard, qui soit aujourd’hui le porte-parole de l’industrie des énergies fossiles, constitue un autre élément renforçant la suspicion des groupes [<a id="nh27" title="[27] Presse-toi à gauche. « Remobilisation du mouvement contre les gaz de (...)" name="nh27" href="http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html#nb27"></a>27].</p>
<p>Au Québec, le jeu politique partisan, traditionnellement organisé entre un parti de gouvernement et un parti d’opposition, se trouve donc enrayé quant un des deux joueurs principaux n’est plus en position de jouer son rôle de relais des acteurs sociaux. Il est néanmoins nécessaire de nuancer cette conclusion. En effet, la naissance d’un nouveau parti politique en 2008, Québec solidaire (QS), tend à recréer, en partie, la médiation qui existait auparavant entre le PQ et les acteurs collectifs progressistes. Québec solidaire compte environ 5 000 membres et à faire élire un député sur l’île de Montréal aux dernières élections provinciales de 2009. Proche des milieux militants et très sensible à la cause environnementale, QS est très impliqué dans les mobilisations contre le gaz de schiste et le travail d’information et de sensibilisation de la population. Présent au sein de plusieurs coalitions, il a multiplié les actions médiatiques, participer massivement aux mobilisations et accomplit un travail colossal de recherche sur les enjeux liés au gaz de schiste au regard des faibles ressources dont il dispose. Mais malgré toutes ces énergies militantes et le mordant de son unique député en chambre, QS a plus de poids dans l’arène des conflits sociaux que dans l’arène parlementaire.</p>
<p>Au final, ce sont bien les mobilisations sociales soutenues et larges ainsi que l’intervention du BAPE qui ont porté le conflit autour des gaz de schiste dans le jeu politique. Mais comme nous le soulignions en introduction, le dossier n’est pas clôt, au contraire, toutes les options demeurent ouvertes. En France, la situation apparaît par comparaison diamétralement opposée : l’intervention très rapide du gouvernement, pour répondre aux mobilisations des acteurs sociaux et de tous les acteurs politiques partisans, par la proposition et le vote d’une loi interdisant tout forme d’exploration ou d’exploitation utilisant la technique de la fracturation, semble plutôt avoir fermé le débat public. Mais l’histoire, bien sûr, demeure entre les mains des acteurs…</p>
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<div>Publié par Mouvements, le 6 décembre 2011. http://www.mouvements.info/Luttes-contre-l-exploitation-des.html</div>
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		<title>Crise systémique du capitalisme des marchés financiers : scénarios, conflits, projets concurrents</title>
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		<pubDate>Sun, 04 Dec 2011 21:56:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Capitalisme / Néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<h3>Observation préliminaire</h3>
<p>Alors que l’on vient à peine d’annoncer la présence d’une « relance de grande envergure », les élites dominantes doivent déjà renoncer à leurs vacances bien méritées ! Toute « solution », à peine élaborée et annoncée, destinée à résoudre la récente crise, tombe en désuétude quelques jours ou quelques semaines plus tard. On ne constate pas d’accalmie, ni sur les marchés, ni chez les citoyens frappés par la crise. La déstabilisation émerge simultanément de l’économie et de la société. La simultanéité entre les évènements que constituent les tentatives fébriles d’imposer de nouveaux programmes d’économies en Italie et en France, les protestations contre les mesures d’austérité en Angleterre, la famine en Afrique de l’Est et la controverse interminable au sujet de Stuttgart 21, n’est pas le fruit du hasard. Après le désaveu généralisé du néolibéralisme en 2008, la suspicion envers le capitalisme qui s’étend jusqu’aux rubriques littéraires de la bourgeoisie, le traitement actuel de la crise n’a pas affaibli les fractions néolibérales, mais les a plutôt renforcées. En effet, le traitement appliqué jusqu’alors à la crise a eu pour effet de stabiliser le néolibéralisme, de le placer d’autorité sur un nouveau socle, lequel est instable et conflictuel. D’autres solutions plus réformatrices en matière sociale et écologique ont été tout d’abord exclues. Cet état des choses place les différents groupes de la gauche devant des défis totalement nouveaux. Au cours de l’été, l’Institut d’analyse des sociétés de la Fondation Rosa Luxemburg a élaboré une analyse approfondie de ces évolutions. Le présent article est une version très abrégée de ce document.</p>
<p><span id="more-8090"></span></p>
<p><strong>Thèse 1 : La crise actuelle est une crise du régime d’accumulation et du mode de régulation du capitalisme néolibéral basé sur les marchés financiers.</strong></p>
<p>Toutes les tentatives de continuer sans rien changer échouent actuellement, malgré l’art consommé des élites dominantes à traiter les crises – dont elles ont fait preuve en 2008 et 2009. La cause de cela réside dans les propres limites du capitalisme financier. Son accumulation est largement tributaire de la finance. La recherche de nouvelles possibilités de valorisations et l’affinement constant des instruments financiers n’ont pas pu empêcher que, sous l’effet propulsif d’une redistribution vers le haut, des sommes de plus en plus importantes s’accumulent en l’absence de toutes possibilités de valorisation. Les investissements financiers paraissaient plus porteurs de profits et, de ce fait, ont stimulé la spéculation – laquelle a entraîné la formation de bulles dans l’immobilier, le crédit, les actions boursières et les produits technologiques.</p>
<p>La situation stratégique à long terme est marquée par le fait que, placée à l’intérieur d’une crise systémique du capitalisme financier néolibéral, la gauche doit agir. Il en résulte qu’à nouveau, et pour la première fois depuis longtemps, des décisions sur l’orientation – venant d’en haut et aussi d’en bas sont à l’ordre du jour.</p>
<p><strong>Thèse 2 : La période la plus récente de la crise systémique est caractérisée par la contradiction non résolue entre d’une part les limites du capitalisme néolibéral financier et d’autre part les tentatives acharnées faites pour le stabiliser.</strong></p>
<p>L’hypothèse de base de l’Institut d’analyse des sociétés, à savoir que la crise économique et financière de 2007/2009 fait partie de la crise systémique du capitalisme néolibéral financier, s’est confirmée. Une telle crise est marquée par le fait que le régime d’accumulation en vigueur jusqu’alors a atteint ses limites et qu’une sécurisation stable n’est pas possible sans la restructuration fondamentale du mode de régulation. À cause des difficultés inhérentes à une telle restructuration une crise systémique se met en place, sous la forme d’un cycle composé d’une chaîne de crises économiques, sociales et politiques, plus ou moins importantes. Dans chacune de ces crises partielles des stratégies contradictoires s’entrechoquent. Des solutions ad hoc et des approches à long terme sont expérimentées et combinées. Au cours de la première vague de la crise en 2008/2009 se sont accumulés les éléments d’une deuxième crise plus grave.</p>
<p><strong>Thèse 3 : La première vague du traitement de la crise a stabilisé et aggravé les déséquilibres.</strong></p>
<p>La première vague du traitement de la crise a été marquée par des éléments fortement (néo) corporatistes, une coopération internationale relativement étroite et un interventionnisme d’État. L’objectif était d’obtenir à tout prix une stabilisation à court terme. En Allemagne et dans beaucoup d’autres pays, la phase brève, corporatiste, a été marquée par la combinaison entre l’incitation de la demande (prime à la casse), la sécurisation de certains emplois (régulation du travail de courte durée) et le renforcement du secteur financier et productif. La position déterminante des marchés financiers n’a pas été affectée ; les agences de notation et le FMI ont repris le pouvoir. Dans le même temps, le gouvernement allemand est devenu le plus important centre et agent de la « consolidation » néolibérale au sein de l’UE. Dans toute l’Europe des politiques d’austérité sont imposées – un néolibéralisme autoritaire. Dans la crise, les rapports de force se sont à nouveau déplacés nettement en faveur des supports du capitalisme financier. En outre, c’est précisément dans l’Union européenne que sont renforcées les contraintes institutionnelles inhérentes à une politique néolibérale.</p>
<p><strong>Thèse 4 : Les « gagnants et les perdants » régionaux de la crise font partie d’un même ensemble.</strong></p>
<p>La première crise dans la crise et la première vague de traitement de la crise ont des conséquences très différentes selon les pays. Les pays qui doivent leur croissance des années passées en grande partie à l’endettement et à la spéculation sont particulièrement touchés. En font partie les États-Unis et, dans l’Union européenne, surtout l’Espagne, l’Irlande, la Grèce, etc. En revanche et à l’inverse, les pays et régions qui, par l’expansion de leurs capacités exportatrices, sont devenus les créanciers au plan mondial et européen du capitalisme de dettes (la Chine, l’Allemagne, le Japon, la Suisse, une série de pays émergents) sont les « gagnants » relatifs ; mais leurs gains se maintiennent ou chutent en fonction de la stabilité des « perdants ». Ainsi la relance de l’Allemagne dépend de toute évidence de la sécurisation de la demande dans la zone Euro, aux États-Unis et en Chine. Parallèlement, ces « gains » actuels permettent de faire baisser le taux de chômage (officiel).</p>
<p>On a vu apparaître de fortes contradictions intra-européennes que, jusqu’à présent, la gauche n’est pas en mesure de traiter de manière solidaire.</p>
<p><strong>Thèse 5 : La deuxième vague de traitement de la crise conduit à la restauration du néolibéralisme par des moyens autoritaires et à une intégration néolibérale plus poussée de l’Union européenne.</strong></p>
<p>En Europe, les marchés financiers, le FMI et le gouvernement Merkel (en commun et en accord avec les gouvernements scandinaves, néerlandais et autrichien) misent sur une radicalisation des mesures politiques d’austérité, donc sur des coupes drastiques et, surtout, des privations très étendues. Lorsque des mesures tendant à améliorer les recettes y sont contenues, il s’agit surtout d’augmentations de la TVA. Elles ont eu pour effet de susciter de nombreuses protestations, allant de la Grèce à l’Espagne et jusqu’en Grande-Bretagne, qui toutefois sont restées sans résultats concrets jusqu’à présent.</p>
<p>Ceci étant, pour le Gouvernement fédéral, l’implication de l’UE n’est même plus une valeur en soi : elle est la condition préalable à une nouvelle stature mondiale de l’Allemagne s’appuyant sur sa forte position dans le commerce planétaire ou, en d’autres termes, la domination de l’Allemagne au sein de l’UE est la base de son expansion dans le commerce mondial. Lorsque les principes néolibéraux sont en crise, le champion de l’export devient leur protecteur.</p>
<p>La gauche est confrontée à la puissance renforcée et à la dangerosité du néolibéralisme et a besoin de son propre projet autonome pour une intégration européenne alternative.</p>
<p><strong>Thèse 6 : L’insécurité va grandir – y compris pour le modèle allemand, exportateur. Différents scénarios de la crise systémique sont possibles : assez probablement ils prendront la forme d’une suite de crises partielles, mais peut-être aussi celle d’effondrements de parties du système.</strong></p>
<p>Le succès immédiat des politiques néolibérales de crise a tissé la nasse de la nouvelle crise actuelle.</p>
<p>Dans cette situation on doit s’attendre à l’un des trois scénarios économiques suivants :</p>
<p>a. Il est possible que la demande mondiale, malgré un recul, ne souffre pas d’un effondrement profond. Dans ce cas, les succès allemands à l’exportation pourront continuer, à une échelle plus réduite, d’assurer la croissance en Allemagne sans nécessiter un changement de modèle. Si besoin est, des évolutions modestes et graduelles en vue d’un tournant énergétique et d’une modernisation écologique seront engagées.</p>
<p>b. On peut aussi imaginer que la conjoncture stagne (allant jusqu’à la stagflation) et que se stabilise une tendance à long terme vers une croissance nulle. Cela entraînerait, pour sécuriser les systèmes sociaux et les budgets étatiques, d’une part des conflits très durs affectant la redistribution (sur les impôts, les prestations sociales, les salaires et les conditions de travail) et d’autre part l’application de mesures écologiques.</p>
<p>c. Nous estimons qu’il est relativement probable, vu les déséquilibres multiples et la suraccumulation financière en cours de rétablissement, qu’il se produise un autre crash économique et financier de grande ampleur. Les grandes crises et les transformations respectives, à l’intérieur du capitalisme, connaissent une succession de ruptures et s’étendent sur des années.</p>
<p>La gauche doit s’adapter à une situation de grande insécurité, à des attaques sévères et à la répression et se préparer à des changements rapides de posture tactique.</p>
<p><strong>Thèse 7 : La crise actuelle présente quatre dimensions fondamentales ; elle concerne la cohésion sociale, la reproduction des bases sociales et naturelles de la vie, l’exercice du pouvoir et la garantie de la sécurité.</strong></p>
<p>Une crise de l’intégration : Premièrement, le pouvoir d’intégration des pays, des régions et aussi de la société mondiale a diminué de manière drastique. L’inégalité et l’injustice, ainsi que la division et l’exclusion submergent les sociétés. Au lieu d’appliquer les principes les plus élémentaires de coopération solidaire, on accorde la primauté à la concurrence entre les lieux de production et d’extraction des ressources, ainsi qu’à la polarisation culturelle et sociale. Les groupes situés aux échelons les plus bas de la société mondiale et des sociétés nationales se voient largués, sans espoir.</p>
<p>Crise de la reproduction : Deuxièmement, l’accumulation des fortunes explose, mais l’investissement dans les fondements sociaux, culturels et naturels n’a pas suivi. Il s’agit d’une crise qui affecte la société et aussi la nature. La raréfaction des ressources et la pollution de l’atmosphère par des gaz nocifs pour le climat présentent désormais un caractère irréversible. Le cycle croissance / exploitation des ressources / maximisation de la consommation reste indemne de toute rupture.</p>
<p>Crise de la légitimité et de la démocratie : La brèche entre la société et les institutions établies s’élargit constamment. Il devient visible que ces dernières sont corrompues, au service d’intérêts minoritaires des privilégiés et des dominants, dysfonctionnelles, nocives ou simplement inaptes à satisfaire les besoins réels de grandes parties de la population. Cela concerne aussi la gauche institutionnalisée. Au-delà de certains objectifs très limités, les syndicats et les partis de gauche ne sont guère perçus comme détenteurs d’un pouvoir social et acteurs d’une restructuration solidaire. C’est la raison pour laquelle surgissent des mouvements protestataires qui sont à peine, voire pas du tout, liés à la gauche institutionnalisée et qu’une nouvelle droite, ancrée dans la société, est en nette progression.</p>
<p>Crise de la sécurité : Dans ce contexte, ce qui décline est en partie la capacité et en partie l’intérêt à choisir des formes citoyennes pour résoudre les conflits. D’une part ces formes sont jugées inefficaces, d’autre part la nature antagoniste des conflits est jugée relever du fondamentalisme (au plan international et de plus en plus à l’intérieur même des sociétés), comme étant une « lutte entre les cultures ». Une politique extérieure interventionniste, des stratégies mondiales pour sécuriser des sphères d’influence et un armement massif de certains mouvements (anti-)terroristes et de certains gangs régionaux, telle est la première face de la médaille. L’autre face est constituée par la surveillance interne de la société (d’ordre étatique et aussi privé), par le développement de formes répressives du contrôle des citoyens et la (contre-)violence.</p>
<p><strong>Thèse 8 : On va assister à une multiplication des conflits.</strong></p>
<p>On doit s’attendre à ce que la crise continue d’enfler et que d’autres paquets de sauvetage pesant des milliards et des coupes sociales viennent marquer le climat politique en Europe (et aux États-Unis). En cas de nouvelle crise économique et financière, on peut se demander si les États impliqués réussiront un fois encore à mobiliser plusieurs milliards de dollars ou d’euros pour empêcher une dépression. Une réactivation des conflits autour d’une nouvelle régulation des marchés financiers et des coûts de la crise semble inévitable.</p>
<p><strong>Thèse 9 : Les dominants tenteront de traiter la crise de manière stratégique. Pour ce faire, quatre concepts différents sont en concurrence : celui du néolibéralisme autoritaire renforcé, celui du capitalisme vert, celui de la nouvelle droite et celui du New Deal vert.</strong></p>
<p>Ceux qui exercent le véritable « management » de la crise agissent, à l’intérieur du cadre néolibéral, en fonction de chaque situation, des pouvoirs en présence et de la rapidité des solutions envisagées. Etant donné que les causes de la crise persistent, mais que la capacité à lui appliquer un traitement corporatiste, financé par l’endettement des États, se trouve nettement affaiblie, il faut supposer que, à moyen terme, la stratégie du néolibéralisme autoritaire sera mise en question à l’intérieur du bloc dominant, ainsi qu’à l’extérieur (par la société civile, les syndicats, les mouvements sociaux). Dans la mesure où les tripatouillages habituels ne seraient pas couronnés de succès, l’option la plus probable sera ou bien de combiner plus étroitement le néolibéralisme autoritaire et la nouvelle droite ou bien de moderniser le capitalisme vert. Les deux voies peuvent s’appuyer alternativement l’une sur l’autre.</p>
<h2>Stratégie du néolibéralisme autoritaire (poursuite de l’orientation sur une base inchangée)</h2>
<p>Les cercles dominants tentent actuellement de réduire les menaces d’instabilité à l’intérieur des structures existantes. Il s’agit d’une restauration d’un néolibéralisme autoritaire qui, pour s’opposer à la crise (comme lors des grandes crises antérieures), a recours à une intensification des anciens mécanismes de régulation : financiarisation, mesures autoritaires de restriction, privatisation, flexibilisation, précarisation, dé-démocratisation. Il est vrai qu’en Allemagne certaines prestations sociales essentielles sont maintenues ; toutefois elles sont accordées de manière encore plus sélective et répressive. Combinées à des améliorations sociales, partielles et marginales et à des déclarations symboliques de reconnaissance, la contrainte apparaît plus ouvertement derrière le consensus défaillant. Au plan international, c’est une politique de classe qui est mise en œuvre en faveur des fortunés et des groupes transnationaux orientés vers l’exportation. Le modèle à suivre est celui du marché libre mondial et de l’individu agissant en entrepreneur de sa propre force de travail et de sa propre subsistance. Pour autant que la conjoncture le permet, dans certains pays des concessions sont faites, même au plan social, tandis que dans d’autres la population est confrontée à des réductions des avantages sociaux d’une ampleur inconnue jusqu’alors.</p>
<p>Le point fort de cette stratégie de poursuite de l’orientation sur une base inchangée est son profond ancrage dans les élites politiques et économiques au pouvoir et dans les appareils idéologiques et les institutions. Aussi longtemps que le pouvoir régnant lui-même n’est pas directement menacé, cette position ne fera l’objet d’aucune attaque sérieuse issue du bloc au pouvoir lui-même. C’est la raison pour laquelle domine un tripatouillage qui doit faire de plus en plus appel à des moyens autoritaires et répressifs.</p>
<p>Le point faible de cette stratégie est, premièrement, le fait qu’elle est obligée de modérer de manière très précise – au moins partiellement – la force de propulsion du régime d’accumulation activé par les marchés financiers. Elle est incapable de faire sérieusement appel à d’autres ressources, ni au moyen d’une augmentation importante de l’endettement des États, ni au moyen d’un endettement des classes inférieures de la société. Et deuxièmement, le fait qu’elle n’a pas de base de masse stable, car elle a de moins en moins à offrir à des cercles de plus en plus larges de la population. C’est pourquoi beaucoup de gens se tournent vers la nouvelle droite.</p>
<h2>La nouvelle droite (poursuite de l’orientation sur une base rétrécie)</h2>
<p>Aux États-Unis et dans beaucoup de pays de l’Union européenne se constitue une nouvelle droite qui se saisit des intérêts et des valeurs (performance, ordre, reconnaissance) des couches moyennes menacées, composées de salariés et travailleurs indépendants. Elle les intègre dans un projet de défense de leurs avantages individuels, de leur propre territoire, de leur propre culture, sur la base du néolibéralisme. La participation à ce projet est proposée aux groupes dominés. Dans le même temps, les droits civiques et les droits de l’Homme sont restreints et totalement refusés à certains membres de la société (aux « illégaux », « criminels », « terroristes, « islamistes », etc.) ; la décivilisation se développe. On parvient à la construction de « sociétés forteresses » présentant des éléments totalitaires. Ségrégations et exclusions à l’intérieur de la société et, à l’égard de l’extérieur, concentration sur des « intérêts nationaux » à court terme – une combinaison sélective entre protectionnisme et libre circulation des capitaux sont les éléments de ce projet.</p>
<p>Dans l’UE, la poursuite de cette stratégie diviserait l’Europe en deux, un centre et une périphérie. L’étanchéité des frontières extérieures deviendrait encore plus drastique. Cette stratégie assure la présence d’une base de masse dans les centres des élites du capitalisme financier et, surtout, permet de renforcer leurs propres positions de pouvoir régional. Mais cela s’effectuerait sur une base limitée, voire même rétrécie, et n’ouvrirait pas de nouveaux terrains à l’accumulation. En revanche, cela pourrait ouvrir la voie de transition vers un « capitalisme vert ».</p>
<h2>Le « capitalisme vert » (changement d’orientation sur une base modifiée)</h2>
<p>Depuis longtemps déjà, la modernisation écologique et le développement des énergies renouvelables font partie des options en faveur du renouvellement des bases technologiques et de l’accès à de nouvelles sources d’accumulation. La révolution informationnelle et communicationnelle, ainsi que celle des transports au cours des trente dernières années, doit être accompagnée d’une révolution de la production énergétique et des bases matérielles. Les bases capitalistes et bourgeoises de la société continuent d’évoluer (« se révolutionner ») et en même temps les structures de domination sont maintenues. Les dominés restent dans une large mesure des objets passifs de cette évolution. Certains intérêts prédéterminés sont intégrés dans le bloc dominant. Certaines parties des groupes qui dirigent les mouvements protestataires y sont incorporées.</p>
<p>Une telle stratégie exige une modification du mode de régulation. L’élargissement massif de l’accumulation dans les domaines concernés par une modernisation écologique n’est possible que si cela implique des projets politiques contraignants et réalisables, si des programmes promotionnels et d’investissement créent des incitations et offrent de la sécurité, et si, dans ces domaines, on suscite une demande ciblée. Des éléments de la théorie keynésienne de la régulation des marchés seraient alors accompagnés d’une régulation néolibérale, d’un élargissement des domaines de valorisation. Le capitalisme vert signifie simultanément poursuite du néolibéralisme et rupture. La poursuite et l’intensification d’une « accumulation par expropriation » (Harvey) dans le domaine des ressources naturelles — allant jusqu’à l’appropriation de terrains ou à l’individualisation de problèmes environnementaux (le « consommateur éclairé ») — tout comme le commerce des émissions de CO2 et son extension témoignent de la continuation de la logique des marchés en matière de lutte contre les pollutions environnementales. Le but recherché n’est pas seulement de parvenir à une régulation limitée des marchés financiers, mais aussi et surtout de créer des instruments nouveaux.</p>
<p>Le point fort de cette stratégie se situe dans les domaines d’une nouvelle politique industrielle. Elle peut être capitalisée surtout par des pays orientés vers l’exportation, ayant une proportion élevée de biens d’investissements (l’Allemagne, le Japon et de plus en plus aussi la Chine), mais, en revanche, elle place d’autres pays sous une pression accrue. Elle crée de nouveaux terrains d’activité pour les parties des couches moyennes orientées vers les marchés et, en même temps, menace les industries traditionnelles, sans offrir d’alternatives suffisantes. Elle est apte à s’accorder avec le néolibéralisme et n’exige que quelques modifications des institutions existantes, une adaptation des acteurs dominants (comme par exemple des grandes entreprises énergétiques), ainsi que l’intégration de nouveaux groupes.</p>
<p>Le capitalisme vert est un « capitalisme bâtard » qui combine des traits fortement contradictoires dans son mode de régulation et d’accumulation. Ce point faible du projet du capitalisme vert ouvre sur un « New Deal Vert » socio-libertaire.</p>
<h2>Le New Deal Vert socio-libertaire (Changement d’orientation sur une base nouvelle)</h2>
<p>Cette stratégie visant à modérer et à freiner le capital, défendue par des fractions de la classe moyenne de sensibilité écologique, contient une transformation socio-écologique qui s’accompagne d’une destruction massive du capital. Celle-ci concerne les secteurs les plus puissants du capital : les industries liées aux énergies fossiles, allant de l’extraction du pétrole à l’automobile. Or, ces secteurs ne sont pas homogènes, puisque les grandes industries énergétiques, chimiques ou de l’automobile, font elles-mêmes partie des plus importants investisseurs dans les technologies vertes. Une dévalorisation « contrôlée » et une destruction de l’ancien capital fixe deviendraient donc extrêmement difficiles.</p>
<p>Actuellement, les conditions politiques nécessaires à la mise en œuvre d’un tel mode de régulation et d’accumulation ne sont pas encore réunies, même si certaines bases conceptuelles importantes ont été créées et si cette option est promue par certains groupes d’experts influents. Pour cela, il serait nécessaire de former certaines parties des élites dominantes, ainsi que de disposer de puissantes forces antagonistes aptes à agir et ayant des objectifs clairs. À l’intérieur du bloc dominant, les élites des marchés financiers subiraient une importante perte d’influence, tandis que d’autres forces devraient choisir des orientations nouvelles. Cela exigerait des syndicats et des forces de gauche qu’ils combinent la défense claire et nette des intérêts immédiats à des stratégies de conversion.</p>
<p>Contrairement à l’après 1945, il est actuellement impossible de déclencher une spirale durable sur la base de la croissance du PIB et d’une élévation de la consommation privée. Ce qui doit augmenter très nettement, c’est la part des dépenses publiques consacrées aux services publics. La transformation structurelle recherchée exige des interventions profondes dans les droits de propriété privés. Une réelle écologisation est impossible sans dépasser la domination du profit et l’obligation de croissance, ainsi que la centralité accordée à la consommation et aux revenus. Un New Deal Vert ne peut pas être un New Deal ancien simplement décoré d’un signal vert, mais il doit mettre en question les structures fondamentales du capitalisme lui-même sous peine d’entrer en contradiction profonde avec le tournant écologique requis.</p>
<p>Quel que soit le camp politique qui réussira, sous sa direction, à intégrer d’autres groupes dans une réorganisation du bloc au pouvoir, l’évolution vers un capitalisme vert est d’ores et déjà en cours. Or, en République fédérale, il est à noter que ceux qui se préparent à jouer un rôle dirigeant sont ceux qui, jusqu’alors, ont puissamment bloqué tout tournant énergétique : les oligopoles de la distribution d’électricité. On y favorise les solutions techniques et marchandes notamment à des projets de haute technologie comme DESERTEC, des parcs d’éoliennes off-shore géants, des réseaux monopolisés et – en dépit de tout – l’énergie nucléaire, sinon dans le pays mais comme produit d’exportation. Les industriels de l’automobile, promoteurs des énergies fossiles, misent sur des voitures électriques et de nouveaux comportements citadins de voiturage partagé. Entreprises de transport, distributeurs d’électricité, sociétés de chemins de fer et entreprises municipales se font concurrence dans la construction des infrastructures requises. Dans le contexte des rapports de force dans la société actuelle et de l’approfondissement institutionnel de la politique fiscale et budgétaire néolibérale, la mise en place d’un New Deal Vert socio-libertaire est plutôt improbable – les chances plutôt du côté d’une évolution plus poussée du capitalisme vert, qui pourrait toutefois, sous la pression de forces sociales, de processus pédagogiques et de réussites expérimentales et du nouveau choc provoqué par la crise, aller vers un New Deal Vert.</p>
<p><strong>Thèse 10 : Une politique réaliste radicale de transformation socio-écologique exige, en temps de crise, la double stratégie de développer des approches autonomes vers une société solidaire et vers un socialisme démocratique vert, ainsi que d’introduire de telles approches dans les combats actuels</strong>.</p>
<p>Avant toute chose, la gauche est appelée à apporter sa propre approche transformatrice pour résoudre la crise actuelle, sous la forme concrète de projets de départ.</p>
<p>Les projets centraux de restructuration devraient, avant tout, avoir pour but :</p>
<p>1. des conditions de travail solidaires,</p>
<p>2. le transfert vers des systèmes solidaires et antipauvreté de protection de base et de sécurisation du niveau de vie,</p>
<p>3. un tournant énergétique (dans la production et l’utilisation),</p>
<p>4. la démocratie participative dans l’économie, sur le plan local et dans toute la société,</p>
<p>5. un tournant vers le renouvellement démocratique, écologique et social de l’Union européenne et un ordre économique mondial solidaire.</p>
<p><strong>Thèse 11 : La gauche doit se préparer à de durs combats défensifs, à des efforts pour maintenir et développer sa base institutionnelle et sociale et pour constituer une mosaïque de gauche renouvelée solidaire (en Allemagne, dans l’UE et au niveau mondial).</strong></p>
<p>Le parti <em><strong>die Linke</strong></em> n’a pas réussi à tirer un avantage politique de la plus grande honte que le capitalisme financier ait subie depuis 80 ans. Au lieu de cela, sa position s’est rapidement détériorée autant dans son « camp » social – celui des pauvres et des exclus – que dans celui des couches moyennes. Dans le même temps, le mécontentement s’accroît. En Europe et aux États-Unis les luttes sont de retour, même si souvent elles sont peu organisées et qu’il existe toujours le danger que sans représentation elles ne puissent se faire entendre, ou qu’elles soient « récupérées » par des représentants douteux.</p>
<p><em>La gauche est placée devant la tâche d’articuler la vision d’une nouvelle civilisation porteuse d’un développement libre et solidaire à des projets immédiats concrets susceptibles de s’insérer dans les combats concrets.</em></p>
<hr />
<p><em><strong>Institut d’analyse des sociétés (Fondation Rosa Luxemburg, Allemagne)</strong></em></p>
<dl>
<dt><a title="PDF - 312.6 ko" type="application/pdf" href="http://www.espaces-marx.net/IMG/pdf/T_N9_Inst_An_Soc.pdf"><img class="alignright" src="http://www.espaces-marx.net/local/cache-vignettes/L52xH52/pdf-eb697.png" alt="PDF - 312.6 ko" width="52" height="52" /></a></dt>
</dl>
<p>Avec la collaboration de Lutz Brangsch, Michael Brie, Mario Candeias, Erhard Crome, Judith Dellheim, Ralf Ehlert, Markus Euskirchen, Conny Hildebrandt, Christina Kaindl, Dieter Klein, Tadzio Müller, Rainer Rilling, Florian Wilde et Fanny Zeise.</p>
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		<title>Occupons Durban et la COP-17 !</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Dec 2011 01:39:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>

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		<description><![CDATA[Il y a tout juste deux ans se tenait le sommet de « la dernière chance ». Copenhague a donné Flopenhague (1). Depuis, un nouveau record d’émissions de gaz à effets de serre est battu quasiment chaque année : + 6 % en 2010 (2). Les niveaux d’émissions sont aujourd’hui plus hauts que le pire des scénarios publiés par [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div>Il y a tout juste deux ans se tenait le sommet de « la dernière chance ». Copenhague a donné Flopenhague (1). Depuis, un nouveau record d’émissions de gaz à effets de serre est battu quasiment chaque année : + 6 % en 2010 (2). Les niveaux d’émissions sont aujourd’hui plus hauts que le pire des scénarios publiés par les scientifiques il y a à peine 4 ans. Nous allons vers 3 à 4°C de réchauffement climatique global et la consommation d’énergie carbonée s’accroît. <span id="more-8075"></span>Les conséquences à travers le monde sont désastreuses (3) : sécheresses en Australie et en Afrique, inondations au Pakistan et en Thaïlande, feux de forêts en Russie, montée des eaux qui menacent les îles du Pacifique, changement des saisons des pluies dans les Andes ou en Asie du Sud-Est, etc.<br />
Alors que les dérèglements climatiques menacent la vie de millions de personnes sur la planète (4), le sujet a quasiment disparu de l’agenda politique. Après avoir été omniprésent, le climat semble avoir été totalement oublié. C’est particulièrement vrai en Europe, où la crise financière et économique l’a totalement évincé, comme si les deux questions n’avaient absolument rien à voir l’une avec l’autre. La dernière déclaration du G20 y consacre seulement cinq lignes absolument creuses, sans aucune annonce (5). C’est dans cette indifférence quasi-générale que va se tenir une nouvelle conférence de l’ONU sur le climat du 28 novembre au 9 décembre à Durban en Afrique du Sud.</div>
<div>
<h3>Durban risque d’enterrer le protocole de Kyoto</h3>
<p>Si le sommet de Cancun avait entériné (6) le pseudo-accord de Copenhague, Durban risque d’enterrer le protocole de Kyoto (7). Signé en 1997, il contraint les pays dits « développés » (8), à l’exception des Etats-Unis qui ne l’ont pas ratifié, à respecter des objectifs chiffrés de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Ces objectifs sont limités mais officiellement contraignants. La première phase d’engagement prend fin en 2012. Les pays en développement exigent une seconde période d’engagements. La Russie, le Canada et le Japon, 10 % des émissions mondiales à eux trois, ont déjà déclaré qu’ils n’en voulaient pas. De son côté, l’Union Européenne affirme vouloir conserver le protocole de Kyoto. Présidée par la Pologne (9), l’UE dit en même temps vouloir un dispositif intégrant tous les pays. « Il est temps de transformer les paroles en action » (10) leur a dit en Octobre Jorge Arguello qui préside le groupe G77 et Chine pour le compte de l’Argentine, leur rappelant que l’UE se pare de vertu mais ne fait guère bouger les lignes. Quant aux Etats– Unis, ils multiplient les exigences envers la Chine et les grands pays émergents alors que dans le même temps, ils ne sont toujours pas signataires du protocole de Kyoto, ils n’ont toujours pas engagé de véritable politique de réduction contraignante de leurs émissions et ils rechignent à débloquer des financements.</p>
<p>De leur côté, les pays « en développement » s’inquiètent de remplacer un protocole juridiquement contraignant par un régime basé sur des engagements volontaires non contraignants remettant en cause le principe de « responsabilité commune mais différenciée » qui fonde le protocole de Kyoto. Ils ont rappelé que le mandat de ces négociations est de transformer en actions concrètes les principes de la Convention climat, non de les renégocier. Comme l’analyse Pablo Solon (11), le plus vraisemblable est que le protocole soitconservé pour ne pas trop braquer les « opinions publiques » mais qu’il soit en même temps complètement vidé de sa substance, ie sans nouvelle période d’engagements. Sur le modèle du pseudo-accord de Copenhague, une liste des engagements de réduction d’émissions « que chacun souhaite » pourraient être consignés dans texte « décidé » lors de cette COP 17.</p>
<p>Par ailleurs, le Guardian (12) a récemment annoncé que « les pays riches abandonnaient toute idée d’un nouveau traité avant 2020 ». Les négociateurs de ces pays admettent en privé qu’aucun accord mondial sur le climat ne pourra être obtenu avant 2016, et que dans ce cas, il n’entrerait pas en vigueur avant 2020. Connie Hedegaard, commissaire européenne du climat a ainsi affirmé que la feuille de route de l’Union Européenne prévoyait qu’un accord puisse être établi en décembre 2016 et qu’il devienne effectif en 2020. L’alliance des petits Etats insulaires considèrent que cette proposition est « imprudente et irresponsable ». D’une manière générale, les pays du G77 + Chine s’agacent de ces annonces et refusent que « Durban devienne la tombe du protocole de Kyoto ». L’exaspération grimpe. Au point que l’ancien président Costaricain, Jose Maria Figueres (13), qui n’est autre que le frère de Christiana Figueres, actuelle secrétaire exécutive des négociations climat, propose « d’occuper Durban ». Il annonce même que cela pourrait se matérialiser par « un sit-in des délégations des pays les plus touchés par les dérèglements climatiques ». Un blocage des négociations qui seraient du jamais vu depuis le boycott des négociations par les pays africains pendant une journée en octobre 2009 à Barcelone.</p>
<h3>Des financements inexistants, ou très insuffisants !</h3>
<p>L’issue des discussions sur l’avenir du protocole de Kyoto et d’un éventuel nouveau dispositif à brève, moyenne ou longue échéance, dépend également de ce qui sera mis sur la table en termes de financements. Des 30 milliards de dollars promis à Copenhague par les pays développés pour la période 2010–2012, les pays pauvres n’ont encore pas vu grand chose. Quand ils existent, ce sont bien souvent de l’aide au développement rebaptisé « climat ». Quant à l’objectif visant à mobiliser 100 milliards par an d’ici 2020, il ne se concrétise pas rapidement.</p>
<p>Lors de la dernière réunion du Cap (Afrique du Sud), aucun accord (14) n’est intervenu sur la mise en place du Fonds Vert pour le Climat. Présenté comme un véritable succès lors de la conférence de Cancun (15), ce fond n’aura toujours pas vu le jour à l’ouverture de la conférence de Durban, un an plus tard. Sans regles de fonctionnement, sans représentants et sans financements, ce fonds verts est à ce jour un mirage. Néanmoins, les discussions laissent poindre une primauté donnée aux financements privés issus des marchés, notamment du carbone. Donnant par ailleurs un rôle majeur à la Banque Mondiale, ce fonds ne permettrait pas de garantir des financement prévisibles, additionnels et publics à la hauteur des enjeux (16).</p>
<h3>L’emballement climatique n’est pas stoppé</h3>
<p>Pendant que ça bataille sur les formes institutionnelles d’un post-Kyoto et du Fonds Vert, plus aucun débat n’a véritablement lieu pour savoir comment augmenter les engagements de réduction d’émissions des uns et des autres. L’essentiel est passé à la trappe. A l’échelle mondiale, les émissions de CO2 ont pourtant atteint 30,6 gigatonnes (Gt) en 2010 (17), croissance dont la moitié est due aux Etats-Unis et à la Chine. Par habitant, si les émissions de la Chine – dont une bonne part est destinée à la production de biens exportés – s’élèvent à 5,8 tonnes, 1,5 tonnes pour l’Inde, les pays de l’OCDE en sont à 10 tonnes par habitant et par an. Ces derniers représentent toujours 25 % de la croissance des émissions mondiales depuis 2009, et 40 % des émissions totales. Et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) s’attend, dans son rapport annuel (18), à une hausse de 20 % des émissions de dioxyde de carbone d’ici 2035, au lieu d’une réduction importante.</p>
<p>Sans seconde période d’engagements réellement contraignants et à la hauteur des enjeux, la possibilité de ne pas dépasser les 2°C de réchauffement global d’ici la fin du siècle va s’amenuiser sévèrement. Cet objectif nécessite une division par deux des émissions globales d’ici 2050, soit au minimum par quatre dans les pays dits « développés ». D’autant plus que les pays européens, par exemple, entendent bien faire perdurer les mécanismes de flexibilité, tels que les marchés carbone et les mécanismes de développement propre (MDP), que le protocole de Kyoto survive ou pas. Et ce quand bien même ces mécanismes de flexibilité dévoient la lutte contre les dérèglements climatiques. Permettant de ne pas réduire fortement ses propres émissions domestiques, les MDP ont fonctionné comme un effet d’aubaine pour des industriels tout heureux d’être financés pour implanter leurs investissements dans des pays comme la Chine, l’Inde ou le Brésil qui concentrent plus des 2/3 des projets réalisés, au détriment de l’Afrique par exemple (19).</p>
<h3>MDP, REDD, géo-ingénierie : des expérimentations injustes, inefficaces et dangereuses !</h3>
<p>Les MDP ne sont qu’une longue série de dispositifs inadaptés à la lutte contre les changements climatiques. Si les COP ne jouent plus leur rôle d’espaces de négociations sur les réductions d’émissions de gaz à effets de serre, elles sont devenues de véritables foires aux propositions inadaptées, injustes et dangereuses. Après avoir suscité les marchés et la compensation carbone, qui permettent surtout aux pays du Nord d’éviter de réduire leurs émissions domestiques, les négociations climat prévoient d’étendre ces mécanismes aux forêts, à l’usage des sols et à l’activité agricole. Il n’y a pas de limite à l’imaginaire financier et néolibéral.</p>
<p>Transformant les forêts et les sols en stocks de carbone, les mécanismes REDD et assimilés participent d’une double logique de marchandisation et de financiarisation de la nature. On en oublierait presque que les forêts sont des lieux d’habitat et de vie pour de nombreuses communautés, dont les droits sont bafoués par de tels dispositifs, et qu’elles sont une source d’eau et de biodiversité sans égal. A Durban, grand est le risque de voir ce type de mécanismes étendus à l’usage des sols. Confrontés à l’absence de financements, les pays pauvres sont vivement invités par la Banque Mondiale à soutenir son projet « d’agriculture intelligente face au climat » (climate smart agriculture (20)). Les sols et pratiques agricoles, sous peu qu’elles soient favorables à la capture et au stockage du CO2, deviendraient éligibles aux dispositifs MDP et donc source potentielles de financements. Derrière, Monsanto et autre multinationales, ayant breveté des techniques de semis sans labours avec des OGM appropriés, se frottent les mains. Ce sont autant de techniques qui pourraient devenir éligibles aux financements MDP. Les petits paysans peuvent eux s’inquiéter d’un dispositif qui immanquablement aggravera la désappropriation de leur travail tout en favorisant un nouvel accaparement des terres, minant tout possibilité de souveraineté alimentaire. Alors que les pratiques d’agriculture vivrière, agroécologiques, traditionnelles ou pas, sont pour la plupart satisfaisantes au regard des exigences climatiques.</p>
<p>Autre versant des propositions inadaptées, injustes et dangereuses : la géo-ingénierie (21). Plutôt que de réduire les émissions de CO2, pourquoi ne pas accroître la capacité d’absorption en CO2 des océans ? Ou d’augmenter la capacité réfléchissante de la stratosphère pour réduire l’effet de serre ? Comment ? En fertilisant les océans avec des nanoparticules de fer dans le but d’y faire proliférer le phytoplancton, capteur théorique de CO2, ou bien en y déversant de la chaux afin d’en réduire l’acidité et d’accroître leur capacité d’absorption du CO2. Pour la stratosphère, il s’agit également d’y disséminer des éléments chimiques capables de réfléchir une partie du rayonnement solaire comme l’avait fait l’éruption du volcan Pinatubo en 1991. Celle-ci avait projeté 20 millions de tonnes de dioxyde de soufre dans la stratosphère, entraînant un refroidissement moyen de la planète de 0,5 °C pendant deux ans (22).</p>
<h3>La COP, une Conférence des Pollueurs ?</h3>
<p>A ce petit jeu, certains se demandent si les COP ne sont pas devenues seulement des Conférences de Pollueurs (23). Se réunissant pour la 17ème fois sans avoir le début du commencement d’une solution sérieuse aux défis de l’humanité confrontée aux dérèglements climatiques, les chefs d’Etats et de gouvernements, ou leurs représentants, peuvent-ils encore prétendre détenir la légitimité pour mener à bien ces négociations ? Depuis Copenhague, ils disent préférer la stratégie des petits pas. Pourtant, cette stratégie des petits pas ne fonctionne pas et les dispositifs mis en place ne font qu’aggraver la situation globale. Face à l’emballement climatique, aucune solution de type « capitalisme vert » n’est opératoire.</p>
<p>Quelle est donc aujourd’hui la crédibilité et la sincérité de négociateurs et ministres qui vont de sommet en sommet sans aucun résultat tout en portant en notre nom des propositions ou des mandats qui ne sont pas à la hauteur des enjeux ? Pourquoi ne pas étendre le mot d’ordre des indignés « ils ne nous représentent pas » en affirmant qu’ils ne sont « plus légitimes » pour s’occuper d’enjeux aussi sérieux ? Pourquoi ne serions– nous pas plus légitimes qu’eux pour élaborer des solutions aux dérèglements climatiques, sur la base des déclarations de Cochabamba (24) ou de Lézan (25) ?</p>
<h3>Occupy COP17 : Tout réinventer pour construire l’alternative !</h3>
<p>Il n’y a donc pas d’autres solutions que de tout réinventer. Nous ne partons pas de rien. Nous partons de milliers d’expériences de relocalisations d’activités socialement utiles et écologiquement soutenables. Nous partons de très nombreuses luttes contre les grands projets inutiles (26) (aéroports (27), autoroutes, etc…), contre le toujours plus loin / profond / dangereux des entreprises minières et énergétiques (28), ou contre les aberrations néolibérales visant à mettre les peuples en compétition autour d’un moins disant social injuste et inacceptable. Nous partons de nombreuses expériences et réflexions pour faire de l’eau, l’air, l’énergie, la biodiversité, etc. des biens communs de l’humanité qui doivent être gérés directement par les populations, sans l’entremise d’intérêts privés et capitalistes. Nous partons enfin d’une conscience et d’une compréhension toujours plus vives et précises, bien que pas toujours exprimées, selon lesquelles « ça ne peut plus durer comme ça ».</p>
<p>Voilà quatre des piliers sur lesquels construire l’alternative. Bien-entendu, cela peut paraître peu par rapport aux pouvoirs des Etats et aux projets fous et aberrants des lobbies et multinationales. Mais espérer de ces derniers qu’ils soient touchés par la grâce et finissent par agir « bien » est tout simplement illusoire. Nous n’avons pas d’autres solutions que de s’appuyer sur nos forces, à tous les niveaux, pour construire à la fois le monde de demain et le rapport de force nécessaire pour que nos solutions, celles qui existent et celles que nous devrons inventer en route, s’imposent d’elles-mêmes.</p>
<p>A quoi bon aller à Durban alors ? Pour déconstruire les discours officiels et construire avec les mouvements et organisations de la planète entière cette histoire, notre histoire, selon laquelle nous avons les solutions pour une véritable transition écologique et sociale de nos sociétés. A la veille de cette conférence, fleurissent les appels « Occupy COP17 », occuper Durban, voire même à occuper la Terre (29). Occuper l’espace, occuper les consciences, ne pas les laisser à nos adversaires, voilà de quoi il est question à Durban. Construire l’alternative passe toujours par cette exigence d’obtenir un accord juste, contraignant et à la hauteur des enjeux. Nous n’avons pas d’autres solutions que de l’imposer à celles et ceux qui n’en veulent pas. Seule une mobilisation citoyenne sans précédant pourra inverser le rapport de force et débloquer la situation. Construisons l’alternative. Reprenons le pouvoir sur nos existences et notre avenir.</p>
</div>
<div>Publié par Mouvements, le 29 novembre 2011. http://www.mouvements.info/Occupons-Durban-et-la-COP-17.html</div>
<div>
<h2>P.-S.</h2>
<div>1 <a href="http://copenhague.blogs.liberation.fr/climat/2009/12/trois-le%C3%A7ons-rapides-de-flopenhague.html">http://copenhague.blogs.liberation.…</a><br />
2 <a href="http://www.guardian.co.uk/environment/2011/nov/04/greenhouse-gases-rise-record-levels">http://www.guardian.co.uk/environme…</a><br />
3 Voir le denier document du GIEC :<br />
<a href="http://www.ipcc.ch/news_and_events/docs/srex/SREX_press_release_fr.pdf">http://www.ipcc.ch/news_and_events/…</a><br />
4 D’après les données du Forum humanitaire mondial, présidé par l’ancien Secrétaire des Nations Unies, Kofi Annan, on a estimé le nombre de décès dû aux dérèglements climatiques en 2009 à près de 350 000.<br />
5 <a href="http://www.g20-g8.com/g8-g20/g20/francais/pour-la-presse/communiques-de-presse/sommet-de-cannes-communique-">http://www.g20-g8.com/g8-g20/g20/fr…</a> final.1555.html<br />
6 <a href="http://climatjustice.org/2010/12/07/cancun-enterine-copenhague/">http://climatjustice.org/2010/12/07…</a><br />
7 Voir cet article pour une présentation plus complète :<br />
<a href="http://www.mouvements.info/Copenhague-les-pays-riches-">http://www.mouvements.info/Copenhag…</a> menent.html<br />
8 Les pays développés sont les pays dits de l’Annexe B, selon le protocole de Kyoto, qui regroupe les pays auxquels le protocole assignait un objectif de réduction des émissions de GES de 5,2 % d’ici 2012 par rapport à 1990 et un objectif de renégociation d’engagements contraignants pour la période post-2012.<br />
9 Fortement consommatrice de charbon et rétive à tout engagement important en faveur du climat, la Pologne vient de se lancer dans une exploitation tout azimut des gaz de schiste dont le bilan-carbone pourrait être catastrophique.<br />
10 <a href="http://www.afriquejet.com/un-climate-talks-g77-urges-us-to-be-honest-at-un-climate-talks-2011100524029.html">http://www.afriquejet.com/un-climat…</a><br />
11 <a href="http://alter-echos.org/justice-climatique/a-la-veille-de-durban-bilan-et-perspectives-des-negociations-climat-par-pablo-solon/">http://alter-echos.org/justice-clim…</a><br />
12 <a href="http://www.guardian.co.uk/environment/2011/nov/20/rich-nations-give-up-climate-treaty">http://www.guardian.co.uk/environme…</a><br />
13 <a href="http://www.guardian.co.uk/environment/2011/nov/24/climate-change-occupy-durban-talks">http://www.guardian.co.uk/environme…</a><br />
14 <a href="http://thestar.com.my/columnists/story.asp?file=/2011/10/24/columnists/globaltrends/9758337&amp;sec=globaltrends">http://thestar.com.my/columnists/st…</a><br />
15 <a href="http://www.bastamag.net/article1354.html">http://www.bastamag.net/article1354.html</a><br />
16 <a href="http://climatjustice.org/2011/09/10/banque-mondiale-hors-des-financements-pour-le-climat%c2%a0/">http://climatjustice.org/2011/09/10…</a><br />
17 D’après les dernières données de l’Agence internationale de l’énergie :<a href="http://www.iea.org/index_info.asp?id=1959">http://www.iea.org/index_info.asp?i…</a><br />
18 <a href="http://www.worldenergyoutlook.org/">http://www.worldenergyoutlook.org/</a><br />
19 <a href="http://www.romandie.com/news/n/_Le_Mecanisme_de_developpement_propre_suspendu_a_l_avenir_de_Kyoto071020111">http://www.romandie.com/news/n/_Le_…</a> 910.asp<br />
20 <a href="http://climatechange.worldbank.org/content/climate-smart-agriculture">http://climatechange.worldbank.org/…</a><br />
21 <a href="http://www.etcgroup.org/upload/publication/pdf_file/ETC_geopiracy_fr.pdf">http://www.etcgroup.org/upload/publ…</a><br />
22 <a href="http://www.bastamag.net/article1765.html">http://www.bastamag.net/article1765.html</a><br />
23 <a href="http://alter-echos.org/justice-climatique/climat-durban-une-nouvelle-%C2%AB%C2%A0conference-des-pollueurs">http://alter-echos.org/justice-clim…</a> ￼￼￼￼￼￼￼%C2%A0%C2%BB/<br />
24 <a href="http://climatjustice.org/2010/04/22/cochabamba-presque-en-direct/">http://climatjustice.org/2010/04/22…</a><br />
25 <a href="http://climatjustice.org/2011/08/30/transition-energetique-une-feuille-de-route/">http://climatjustice.org/2011/08/30…</a><br />
26 <a href="http://www.11-12-2010.eu/FRA/">http://www.11–12-2010.eu/FRA/</a><br />
27 <a href="http://blogs.mediapart.fr/blog/maxime-combes/101111/aeroport-de-notre-dame-des-landes-entre-capitalisme-vert-et-">http://blogs.mediapart.fr/blog/maxi…</a> changemen<br />
28 <a href="http://alter-echos.org/extractivisme-ressources-naturelles/aux-etats-unis-bras-de-fer-autour-du-pipeline-de-la-discorde/">http://alter-echos.org/extractivism…</a> et<br />
<a href="http://alter-echos.org/extractivisme-ressources-naturelles/gaz-de-schiste-des-etats-unis-a-l%e2%80%99afrique-du-sud-la-">http://alter-echos.org/extractivism…</a> contestation-prend-de-l%e2%80%99ampleur/<br />
29 <a href="http://www.grist.org/pollution/2011-10-27-from-occupy-wall-street-to-occupy-earth">http://www.grist.org/pollution/2011…</a></div>
</div>
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		<title>Les luttes pour l’écologie et le féminisme contiennent les clés de la dignité humaine et de la soutenabilité dans l’égalité</title>
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		<pubDate>Wed, 30 Nov 2011 01:18:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Féminisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans les pays francophones il y a peu de littérature sur l’écoféminisme et le peu qui existe est l’écoféminisme spiritualiste. D’autre part, l’écofémisme est vu avec beaucoup de méfiance, y compris dans les milieux écologistes radicaux. D’un côté, ils voient ce mouvement naissant comme un retour mystique à la terre et de l’autre ils ne [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Dans les pays francophones il y a peu de littérature sur l’écoféminisme et le peu qui existe est l’écoféminisme spiritualiste. D’autre part, l’écofémisme est vu avec beaucoup de méfiance, y compris dans les milieux écologistes radicaux. D’un côté, ils voient ce mouvement naissant comme un retour mystique à la terre et de l’autre ils ne partagent pas l’idée que par le simple fait d’être femme il y a une relation plus directe et différente à la nature. Pour nous éclairer un peu, nous [<em>solidaritéS</em>, Suisse] avons interviewé Yayo Herrero, professeur à l’Université Nationale d’Education à distance de Madrid et co-coordinatrice des Ecologistes en Action (Espagne).</strong><br />
<span id="more-8052"></span></p>
<p><strong>Juan Tortosa – Qu’est-ce que l’écoféminisme et quelle est son histoire ?</strong></p>
<p><strong></strong><strong>Yayo Herrero –</strong> L’écoféminisme est un vaste mouvement de femmes né de la conscience de cette double problématique et de la conviction que les luttes, pour à la fois l’écologie et le féminisme, contiennent les clés de la dignité humaine et de la soutenabilité dans l’égalité.</p>
<p>Dans les mouvements de défense de la terre il y a eu et il y a beaucoup de femmes. On connaît le rôle des femmes dans le mouvement Chipko de défense des forêts, dans le mouvement contre les barrages du fleuve Narmada en Inde, dans la lutte contre les résidus toxiques du Love Canal, à l’origine du mouvement pour la justice de l’environnement aux Etats-Unis, comme celui de leur présence dans les mouvements locaux de défense des terres communales, dans la lutte pour l’espace public urbain ou pour des aliments sains. L’écologisme de beaucoup de femmes pauvres est un écologisme de qui dépend directement d’un environnement protégé pour pouvoir vivre.</p>
<p>Au milieu du siècle passé le premier écoféminisme a débattu des hiérarchies établies par la pensée occidentale et a revalorisé les termes de la dichotomie auparavant dépréciés : femme et nature. La culture masculine a déclenché des guerres génocidaires, la dévastation et l’empoisonnement de territoires, l’installation de gouvernements despotiques. Les premières écoféministes dénoncèrent les effets de la technoscience sur la santé des femmes et s’affrontèrent au militarisme et à la dégradation environnementale. Elles comprenaient ceux-ci comme des manifestations de la culture sexiste. Petra Kelly est une de leurs représentantes.</p>
<p>Après ce premier écoféminisme, critique de la masculinité, ont suivi d’autres propositions principalement venues du Sud. Celles-ci considèrent les femmes comme porteuses du respect de la vie. Elles accusent le « mal-développement » occidental de provoquer la pauvreté des femmes et des populations indigènes, premières victimes de la destruction de la nature. C’est peut-être l’écoféminisme le plus connu. Dans ce vaste mouvement nous trouvons : Vandana Shiva, Maria Mies et Ivone Guevara.</p>
<p>Dépassant l’essentialisme de ces positions, d’autres écoféministes constructivistes (Bina Agarwal, Val Plumwood) voient dans l’interaction avec l’environnement l’origine de cette conscience écologiste particulière des femmes. C’est la division sexuelle du travail, la distribution du pouvoir et la propriété qui ont soumis les femmes et la nature à laquelle nous appartenons toutes et tous. Les dichotomies réductionnistes de notre culture occidentale doivent être rompues pour construire une convivialité plus respectueuse et plus libre.</p>
<p>Le mouvement féministe a vu dans l’écoféminisme un danger possible, étant donné le mauvais usage historique que le patriarcat a fait des liens entre femmes et nature. Puisque le danger existe, il convient de le délimiter. Il ne s’agit pas de glorifier la vie intérieure comme féminine, d’enfermer à nouveau les femmes dans un espace reproductif, en leur refusant l’accès à la culture, ni de les rendre responsables, s’il leur manque des occupations, de l’énorme tâche de sauver la planète et la vie. Il s’agit de dévoiler la soumission, de signaler les responsabilités et de co-responsabiliser les hommes et les femmes dans le travail de la survie.</p>
<p><strong>Existe-t-il un écoféminisme anticapitaliste et cherche-t-il la convergence avec d’autres secteurs sociaux antisystème ? Tout projet émancipateur doit-il intégrer ce concept ? Quels sont les éléments principaux de cet écoféminisme ?</strong></p>
<p>La notion de travail qui avait cours dans les sociétés pré-industrielles correspondait à l’idée d’une activité qui se déroulait de manière continue et qui était partie intégrante de la nature humaine. Cependant, il y a approximativement deux siècles, surgit une nouvelle conception forgée à partir du mythe de la production et de la croissance, qui réduit l’ample vision antérieure au domaine de la production industrielle salariée.</p>
<p>Cette réduction du large concept du travail à la seule sphère de l’emploi rémunéré occulte le fait que pour que la société et le système socio-économique se maintiennent, la réalisation d’une longue liste de tâches associées à la reproduction humaine est indispensable : la prise en charge des enfants, l’attention aux personnes âgées, la satisfaction des besoins de base, la promotion de la santé, le soutien émotionnel, l’encouragement à la participation sociale…Il s’agit en définitive d’ une quantité énorme de temps de travail dont la finalité est d’assurer la satisfaction des besoins humains et le bien-être des personnes et qui du fait de la division sexuelle du travail imposée par l’idéologie patriarcale retombe majoritairement sur les femmes au sein du foyer.</p>
<p>Les économistes classiques, même s’ils ne concèdent aucune valeur économique à cet effort, ont au moins reconnu l’importance du travail domestique familial, et ont défini le salaire comme coût de reproduction historique de la classe travailleuse. Ils tendaient à reconnaître la valeur du travail domestique sans pour autant l’incorporer dans les cadres analytiques de la science économique.</p>
<p>Cette contradiction disparaît presque complètement avec l’économie néo-classique qui institutionnalise définitivement la séparation entre l’espace public et privé, entre la production marchande et la production domestique, marginalisant et occultant cette dernière. C’est cette ségrégation des rôles qui permit aux hommes de s’occuper à temps plein du travail marchand sans les contraintes que constituent les tâches liées aux soins des personnes et de la famille ou à l’entretien des conditions d’hygiène du foyer. Ainsi s’est imposé une définition de l’économique qui ne s’occupe pas de la division sexuelle du travail et ne reconnaît pas le rôle crucial du travail domestique dans la reproduction du système capitaliste.</p>
<p>Cependant, bien que les travaux de soins soient fréquemment considérés comme des travaux séparés de l’environnement productif, ils assurent la production d’une « matière première » essentielle pour le processus économique conventionnel : la force de travail.</p>
<p>Le système capitaliste est dans l’impossibilité, dans le cadre de ses propres rapports de production, de reproduire la force de travail dont il a besoin. La reproduction quotidienne, mais surtout générationnelle, demande une quantité énorme de temps et d’énergie que le système serait dans l’impossibilité de rémunérer. Les processus d’éducation, de socialisation et d’attention aux personnes âgées sont complexes et impliquent des affects et des émotions qui permettent à chacune et chacun de se développer dans une certaine sécurité.</p>
<p>La pensée écoféministe anticapitaliste défend l’idée que le système socio-économique a la forme d’un iceberg. Le marché en est la partie flottante et visible. Sous la surface, avec une masse bien plus importante, se trouve le travail de maintien de la vie. Ces deux parties de l’iceberg sont bien différenciées. La principale est dissimulée à la vue mais les deux forment une unité indivisible. Sur la glace immergée du travail domestique et de la régénération des systèmes naturels, s’appuie et repose le bloc de l’emploi salarié de l’économie conventionnelle. L’invisibilité de la sphère centrée sur la satisfaction des besoins de base et du bien-être et qui absorbe les tensions, est indispensable au maintien à flot du système.</p>
<p>On peut dire qu’il existe une contradiction profonde entre le processus de reproduction naturelle et sociale et le processus d’accumulation du capital.</p>
<p>Si dans l’économie la reproduction sociale et de maintien de la vie primaient, l’activité serait dirigée vers la production directe de biens d’usage et non d’échange, et le bien-être serait une fin en soi.</p>
<p>Prioriser les deux logiques en même temps est impossible. Il faut donc en choisir une des deux. Etant donné que les marchés n’ont pas pour objectif principal de satisfaire les besoins humains, il n’y a aucun sens à ce que ceux-ci se convertissent en centre privilégié de l’organisation sociale.</p>
<p>L’obtention de bénéfices et la croissance économique ne doivent plus conditionner la distribution du temps, l’organisation de l’espace et les différentes activités humaines. Pour construire des sociétés basées sur le bien-être, il est nécessaire de les articuler autour de la reproduction sociale et de la satisfaction des besoins sans amoindrir l’importance de la base biophysique qui permet à notre espèce d’être en vie.</p>
<p>Les visions hétérodoxes de l’économie ont beaucoup à apporter au moment de reconfigurer la science économique. L’économie écologique nous démontre qu’une bonne partie de l’activité économique est nocive pour la vie, qu’elle consomme des quantités importantes de ressources sans générer de bien-être, et qu’elle crée même du mal-être. L’économie féministe renverse la catégorie du travail et remet au centre l’activité historiquement méprisée et sous-évaluée des femmes, activité qui est pourtant le socle de la vie quotidienne. Avec d’autres secteurs de l’économie critique, ces différentes visions et approches sont indispensables pour construire un nouveau modèle.</p>
<p>Nous reconnaître comme des êtres vulnérables ayant besoin de l’attention d’autres personnes au cours de notre cycle de vie permet de redéfinir et de compléter la notion de conflit capital-travail et d’affirmer que ce conflit va au-delà de la seule tension capital-travail salarié et reflète une tension entre le capital et l’ensemble des travaux, ceux qui sont payés et ceux qui sont effectués gratuitement.</p>
<p>Rappelons-nous également que, dans une perspective écologique, la contradiction fondamentale qui existe entre le métabolisme économique actuel et la durabilité de la biosphère fait ressortir une importante synergie entre les visions écologistes et féministes. La perspective écologique démontre l’impossibilité physique de la société de croissance. Le féminisme rend palpable ce conflit dans le quotidien de nos vies et dénonce la logique de l’accumulation et de la croissance comme étant une logique patriarcale et androcentrique. La tension insoluble et radicale (à la racine) qui existe entre le système économique capitaliste et la soutenabilité de la vie humaine démontre, en réalité, une opposition essentielle entre le capital et la vie.</p>
<p>Placer la satisfaction des besoins de base et le bien-être dans des conditions d’égalité, comme objectif de la société et du processus économique, représente un important changement de perspectives. Cela situe la satisfaction des besoins qui permettent aux individus de grandir, de se développer et de vivre dignement, tout comme le travail et les productions socialement nécessaires à cela, comme un axe structurant de la société et par conséquent des analyses. Dans cette nouvelle perspective, les femmes ne sont pas des personnes secondaires, ni dépendantes, mais des personnes actives, actrices de leur propre histoire, créatrices de cultures et de valeurs du travail différentes de celles du modèle capitaliste et patriarcal.</p>
<p><strong>Propos recueille par Juan Tortosa</strong></p>
<hr />
<div id="ps">
<p>* Interview à paraître en Suisse dans le prochain numéro de « solidaritéS ».</p>
<p>* Traduction de l’interview de Yayo Herrero</p>
</div>
<p><!--more--></p>
]]></content:encoded>
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		<title>A la veille de Durban : pas d’accord climatique avant 2020 !</title>
		<link>http://www.cahiersdusocialisme.org/2011/11/23/a-la-veille-de-durban-pas-d%e2%80%99accord-climatique-avant-2020/</link>
		<comments>http://www.cahiersdusocialisme.org/2011/11/23/a-la-veille-de-durban-pas-d%e2%80%99accord-climatique-avant-2020/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 24 Nov 2011 01:56:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>

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		<description><![CDATA[Au risque de lasser le lecteur, rappelons les conditions à remplir pour que la hausse de la température de la Terre ne dépasse pas trop 2°C (entre 2 et 2,4°C) : 1°) Réduction absolue de 50 à 85% des émissions globales d’ici 2050, à entamer dès 2015 au plus tard ; 2°) Réduction absolue de 80 à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Au risque de lasser le lecteur, rappelons les conditions à remplir pour que la hausse de la température de la Terre ne dépasse pas trop 2°C (entre 2 et 2,4°C) :</p>
<p>1°) Réduction absolue de 50 à 85% des émissions globales d’ici 2050, à entamer dès 2015 au plus tard ;</p>
<p>2°) Réduction absolue de 80 à 95% des émissions des pays développés d’ici 2050, et de 25 à 40% d’ici 2020, par rapport à 1990 ;</p>
<p>3°) Réduction des émissions des pays en développement de 15 à 30% par rapport aux projections.</p>
<p>Si ces objectifs étaient adoptés, la dilatation thermique des masses d’eau océaniques provoquerait néanmoins, à elle seule, une élévation moyenne du niveau des mers comprise entre 40 cm et 1,4 m. « A elle seule » parce que cette projection n’inclut pas la dislocation des calottes glaciaires.<span id="more-8002"></span></p>
<h3 id="outil_sommaire_0"><a title="Sommaire" href="http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article23507#outil_sommaire"> </a>Durban</h3>
<p>Or, ces objectifs ne seront pas adoptés. A la veille du sommet de Durban, les pays développés admettent tous que le Protocole de Kyoto, qui ne va pas au-delà de 2012, n’aura pas de successeur avant 2016, au plus tôt. Compte tenu du temps nécessaire à la ratification, cela signifie qu’un éventuel accord international ne sera pas d’application avant 2020. Trop tard pour rester entre 2 et 2,4°C de hausse, pour ne pas parler de rester sous les 2°C.</p>
<p>Sans un accord mondial contraignant pour organiser le transfert de technologies propres et distribuer les efforts de réduction en fonction de la responsabilité historique de chaque pays, la concurrence capitaliste conduira inévitablement à une poursuite de la croissance des émissions, donc du réchauffement. Selon l’Agence Internationale de l’Energie, les émissions de CO<sub>2</sub> provenant de la combustion des combustibles fossiles ont augmenté de 5% en 2010, en dépit de la récession la plus grave depuis les années trente.</p>
<p>Les gouvernements cachent l’extrême gravité de la situation. Ils continuent à faire comme si leur objectif était de maintenir le réchauffement au-dessous de 2°C, feignant d’ignorer que, par leur faute, cette limite ne peut déjà plus être respectée.</p>
<p>L’Union européenne mériterait le premier prix de la poudre aux yeux. Avec son « paquet énergie-climat », elle se présente comme le champion de la lutte pour la planète. Or, non seulement les 20% de réduction des émissions en 2020 sont totalement insuffisants, non seulement ils seront réalisés sans effort (en 2009 les émissions de l’UE étaient inférieures de 17,6% au niveau de 1990), non seulement les chiffres ne tiennent pas compte des émissions « grises » (découlant de la production dans les pays émergents des marchandises consommées en Europe), mais en plus l’UE n’a plus aucune réticence face aux achats de « droits de polluer » dans les pays du Sud.</p>
<h3 id="outil_sommaire_1"><a title="Sommaire" href="http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article23507#outil_sommaire"> </a>En route pour +4°C</h3>
<p>Vers quoi tout cela nous entraîne-t-il ? Vers une hausse de la température de 4°C environ d’ici la fin du siècle, qui ferait probablement monter le niveau des mers de plusieurs mètres d’ici la fin du siècle, par suite notamment de la dislocation des calottes glaciaires. C’est ce que répète depuis 20 ans J. Hansen, le climatologue en chef de la NASA.</p>
<p>Le GIEC vient de consacrer un rapport aux événements météo extrêmes. Peu suspect de communisme, un directeur de la London School of Economics, Bob Ward, l’a résumé en disant que, faute d’une réduction immédiate des émissions, les canicules, sécheresse et inondations <em>« dépasseront probablement toute tentative que les populations humaines pourraient prendre pour s’adapter à leurs impacts »</em>.</p>
<p>Toutes ces données sont connues des décideurs politiques. Ils les ignorent allègrement parce que, sinon, ils devraient envisager d’arracher le secteur de l’énergie des mains du patronat et de prendre l’argent là où il est pour financer une transition planifiée vers une économie économe et non productiviste, sans fossiles ni nucléaire.</p>
<h3 id="outil_sommaire_2"><a title="Sommaire" href="http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article23507#outil_sommaire"> </a>Mobilisation écosocialiste</h3>
<p>Au début de son histoire, le capitalisme a parfois pris des décisions défavorables à l’intérêt immédiat des capitalistes individuels, parce qu’elles étaient nécessaires à la stabilité à long terme du Capital dans son ensemble. Aujourd’hui, il n’en est plus capable. Même face à la menace de catastrophes terribles, irréparables, les décideurs restent les bras ballants.<br />
Pire : les plus cyniques misent sur les catastrophes comme des armes géostratégiques. La montée en puissance des capitalismes chinois ou indiens devient gênante ? Rira bien qui rira le dernier : on verra comment ils gèreront la montée des océans, la fonte des glaciers de l’Himalaya et leurs millions de réfugiés climatiques…</p>
<p>On ne peut mieux illustrer la profondeur de la crise de ce système pourri. Face à cette barbarie climatique qui menace, il est totalement illusoire de miser sur le lobbying auprès des gouvernements. Seule la mobilisation la plus large pour des objectifs à la fois sociaux et écologiques –écosocialistes — offre une alternative.</p>
<p><strong>Daniel Tanuro</strong></p>
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		<title>Un an après Cancún et à quelques jours de Durban : Plus 4 ° C.</title>
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		<pubDate>Tue, 22 Nov 2011 16:41:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>CAP-NCS</dc:creator>
				<category><![CDATA[Écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche / Mouvements sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Internationale / Mondialisation / Rapports Nord-Sud]]></category>

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		<description><![CDATA[A la veille de la prochaine Conférence des Nations-Unies sur le climat (COP-17) qui se tiendra du 28 novembre au 9 décembre 2011 à Durban (Afrique du Sud), l’association Alter-Echos (www.alter-echos.org) poursuit son travail d’information sur les enjeux climatiques. Après l’interview de Patrick Bond,Durban, une nouvelle « conférence des pollueurs » ?, voici la traduction d’un article de Pablo [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://alter-echos.org/wp-content/uploads/2011/11/climate-justice-now.jpg"><img class="alignright" title="climate justice now" src="http://alter-echos.org/wp-content/uploads/2011/11/climate-justice-now-300x199.jpg" alt="" width="180" height="120" /></a>A la veille de la prochaine Conférence des Nations-Unies sur le climat (COP-17) qui se tiendra du 28 novembre au 9 décembre 2011 à Durban (Afrique du Sud), l’association <strong><a href="http://www.alter-echos.org/">Alter-Echos</a></strong> (<strong><a href="http://www.alter-echos.org/">www.alter-echos.org</a></strong>) poursuit son travail d’information sur les enjeux climatiques. Après l’interview de Patrick Bond,<a href="http://alter-echos.org/justice-climatique/climat-durban-une-nouvelle-%c2%ab%c2%a0conference-des-pollueurs%c2%a0%c2%bb/"><em>Durban, une nouvelle « conférence des pollueurs » ?</em></a>, voici la traduction d’un article de Pablo Solon, ancien négociateur en chef sur le changement climatique et Ambassadeur aux Nations-Unies de la Bolivie.<span id="more-7997"></span></p>
<p>Cela fait presque un an que les résultats des négociations sur le climat à Cancún ont été imposés malgré les objections de la Bolivie. Il est temps de faire le point et de voir où nous en sommes.</p>
<p>A Cancún, les pays développés ont fait la liste de leurs engagements de réduction d’émissions de gaz à effets de serre pour la période 2012–2020. Les États-Unis et Canada ont annoncé qu’ils réduiraient leurs émissions de 3 % par rapport à 1990. L’Union européenne entre 20 % et 30 %. Le Japon 25 %. La Russie entre 15 % et 25 %<sup>1</sup>. En ajoutant toutes les promesses de réduction des pays développés à l’horizon 2020, on obtient 13 % à 17 % de réductions d’émissions<sup>2</sup> par rapport à 1990.</p>
<h4>Les engagements actuels conduisent à une augmentation de 4°C</h4>
<p>Selon le <a href="http://www.unep.org/publications/ebooks/emissionsgapreport/">Programme des Nations Unies pour l’environnement</a>, l’<a href="http://www.oxfam.org/sites/www.oxfam.org/files/sei-comparison-of-pledges-jun2011.pdf">Institut d’Environnement de Stockholm</a> et le propre secrétariat exécutif de la <a href="http://xn--cancn-bva.unfccc.int/Canc%C3%BAn-agreements/significance-of-the-key-agreements-reached-at-Canc%C3%BAn/">Convention sur le changement climatique</a>, ces engagements de réduction d’émissions conduisent à une augmentation de la température globale d’environ 4°C, ou plus<sup>3</sup>. C’est deux fois plus que le but qu’ils ont pourtant établis à Cancún qui est de limiter la hausse des températures à 2°C.</p>
<p>Avec un accroissement de la température globale de 2ºC, le nombre de décès annuel dû aux dérèglements climatiques se comptera en millions alors qu’il était déjà de 350 000 en 2009<sup>4</sup>. Entre 20 % et 30 % des différentes espèces de plantes et d’animaux disparaîtront. De nombreuses zones côtières, y compris les pays insulaires, seront recouverts par les eaux. Les glaciers des Andes – qui ont déjà diminué d’un tiers avec l’actuelle augmentation de la température de 0,8°C – risquent de disparaître complètement.</p>
<h4>Cancún a ouvert la voie à une augmentation de cette ampleur</h4>
<p>Maintenant, imaginez ce que signifie une augmentation de la température moyenne mondiale de <a href="http://www.ipcc.ch/publications_and_data/ar4/syr/en/contents.html">4 °C ou plus</a>?</p>
<p lang="fr-FR">Personne dans les négociations sur le changement climatiques ne défend ou ne justifie une augmentation de cette ampleur. Toutefois, Cancún a ouvert la voie pour cela.</p>
<p>Quand la Bolivie s’est opposée à ce résultat, les négociateurs nous ont dit que l’important était de sauver le processus de négociation diplomatique et qu’à Durban, on sauverait le climat. Quelques jours avant que la conférence de Durban ne commence, les données n’ont pourtant pas bougé d’un pouce. Pire, certains annoncent qu’ils pourraient en rester au minimum de la fourchette de leurs engagements de réduction.</p>
<p lang="fr-FR">Malheureusement, durant l’année 2011, les négociations sur le climat qui se sont tenues en Thaïlande, en Allemagne et au Panama ont porté sur la forme plutôt que sur le contenu. Ce qui est en cours de négociation n’est pas de savoir comment augmenter les promesses de réduction d’émissions, mais quelles formes elles peuvent prendre.</p>
<h4 lang="fr-FR">On est passés à un régime volontaire du laisser faire, laisser passer<em></em></h4>
<p>«<em> L’accord </em>» de Cancún nous a fait passer d’un régime obligatoire avec des objectifs globaux de réductions d’émissions à un régime volontaire sans objectifs globaux. C’est comme si vous disiez aux habitants d’un petit village qui peut être détruit par une inondation : « <em>apporter les pierres que vous pouvez et nous verrons si le barrage sera suffisamment haut </em>». Quand en réalité, il est opportun de définir d’abord la hauteur du barrage pour contenir la rivière, et en fonction de cela, attribuer à chaque famille le nombre de pierres qu’elle doit ramener pour que le barrage puisse sauver toute la population.</p>
<p>A Durban, ce «<em> régime volontaire du laisser faire, laisser passer </em>» va se discuter de deux façons : l’une est de mettre un terme au Protocole de Kyoto et établir une liste des engagements de réduction d’émissions « <em>que chacun souhaite</em> » dans une décision de la COP 17. L’autre est de faire la même chose en vidant de contenu le protocole de Kyoto. Dans les deux cas, l’accord vise à éliminer le Protocole de Kyoto avant 2020.</p>
<p>Pour mieux comprendre cette seconde voie, il faut rappeler que le protocole de Kyoto fixe un objectif global de réduction des émissions mondiales de 5,2 % pour la période 2007–2012. Pour limiter la hausse des températures à 2°C, il faudrait les réduire entre 25 % et 40 % pour la période 2013–2020 <a href="http://www.ipcc.ch/publications_and_data/ar4/syr/en/contents.html">selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat des Nations Unies</a>. Ce qu’ils veulent faire revient simplement à énumérer les «<em> engagements de réduction volontaire</em>» sans établir aucune référence à un objectif global qui soit lui-même relié à une limite d’augmentation de la température globale.</p>
<h4><em>« </em>Faire disparaître le Protocole de Kyoto à Durban est un suicide <em>»</em></h4>
<p lang="fr-FR">Les partisans du maintien d’un protocole de Kyoto vidé de sa substance sont les pays qui ont peur de la réaction de leur opinion publique : <em>« A minimum, il faut donner l’illusion que le Protocole de Kyoto se poursuit pour rassurer nos électeurs »</em>. Mais la raison supplémentaire qui les amène à poursuivre avec un Protocole de Kyoto vidé d’objectifs de réduction sont ses mécanismes de marché qui sont en train de s’effondrer.</p>
<p lang="fr-FR">Le Protocole de Kyoto a beaucoup de faiblesses, mais le transformer en une coquille vide ou le faire disparaître à Durban est un suicide. La seule alternative responsable est de préserver le protocole de Kyoto avec un objectif de réduction d’émissions qui ne revient pas à incendier la planète.</p>
<p lang="fr-FR"><strong>Pablo Solon</strong>, analyste international et activiste social. Il a été négociateur en chef pour le changement climatique et Ambassadeur aux Nations-Unies de l’Etat plurinational de Bolivie (2009-Juin 2011).</p>
<p><a href="http://www.facebook.com/solonpablo">http://www.facebook.com/solonpablo</a></p>
<p><a href="http://pablosolon.wordpress.com/">http://pablosolon.wordpress.com/</a></p>
<p>Traduit de l’espagnol par Maxime Combes dans le cadre du projet Echo des Alternatives (<a href="http://www.alter-echos.org/">www.alter-echos.org</a>) – 21 novembre 2011. Publié initialement le 17 novembre 2011 <a href="http://pablosolon.wordpress.com/2011/11/17/a-un-ano-de-cancun-y-dias-de-durban-mas-de-4o-c/">ici</a>.</p>
<div id="sdfootnote1">
<p lang="fr-FR"><a name="sdfootnote1sym" href="http://alter-echos.org/justice-climatique/a-la-veille-de-durban-bilan-et-perspectives-des-negociations-climat-par-pablo-solon/#sdfootnote1anc"></a>1 Documents de la CCNUCC : FCCC/SB/2011/INF.1</p>
</div>
<div id="sdfootnote2">
<p lang="fr-FR"><a name="sdfootnote2sym" href="http://alter-echos.org/justice-climatique/a-la-veille-de-durban-bilan-et-perspectives-des-negociations-climat-par-pablo-solon/#sdfootnote2anc"></a>2 13% dans le cadre de la réduction des émissions au minimum et 17% pour le pic promet la période 2013–2020.</p>
</div>
<div id="sdfootnote6">
<p lang="fr-FR"><a name="sdfootnote6sym" href="http://alter-echos.org/justice-climatique/a-la-veille-de-durban-bilan-et-perspectives-des-negociations-climat-par-pablo-solon/#sdfootnote6anc"></a>3 4°C est la moyenne mondiale, ce qui implique que, pour certains continents comme l’Afrique, ce sera 8 °C.</p>
</div>
<div id="sdfootnote7">
<p lang="fr-FR"><a name="sdfootnote7sym" href="http://alter-echos.org/justice-climatique/a-la-veille-de-durban-bilan-et-perspectives-des-negociations-climat-par-pablo-solon/#sdfootnote7anc"></a>4 Données du Forum humanitaire mondial, présidé par l’ancien Secrétaire des Nations Unies, Kofi Annan.</p>
</div>
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