Thème

Cahiers du socialisme

Nouveaux Cahiers du socialisme - No. 6, Automne 2011
Crises écologiques, inégalités sociales et écosocialisme
Texte intégral d'introduction au dossier principal du numéro 6 des Nouveaux Cahiers du socialisme

Des partis po­li­tiques bour­geois se pa­rent de va­leurs en­vi­ron­ne­men­ta­listes ver­tueuses. Or, par leurs ac­ti­vités et leur idéo­logie de la crois­sance ca­pi­ta­liste, ces partis ont promu pen­dant des dé­cen­nies des po­li­tiques qui ont concouru à la dé­gra­da­tion de l’environnement. Simple dé­ma­gogie de leur part ? Non, sans doute pas, même si cela s’avère sou­vent le cas, par­ti­cu­liè­re­ment lorsqu’il est ques­tion de l’exploitation ex­trê­me­ment pol­luante des sables bi­tu­mi­neux[1], des gaz de schiste[2] ou du nu­cléaire[3].

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Le gouvernement canadien et la crise
La faillite d’un modèle de croissance inégalitaire
Des salaires qui stagnent depuis 25 ans… sauf pour une minorité

L’analyse des don­nées du der­nier re­cen­se­ment (2006) in­dique que les gains mé­dians des tra­vailleurs ca­na­diens à temps plein ont fait du sur­place au cours des 25 der­nières an­nées. Un rap­port du Centre d’étude des ni­veaux de vie (CSLS) montre que du­rant cette pé­riode (1980 à 2005) la pro­duc­ti­vité du tra­vail au Ca­nada a crû de 37 %. Ainsi, contrai­re­ment aux pré­dic­tions des mo­dèles éco­no­miques, l’augmentation de la pro­duc­ti­vité n’a pas en­traîné une hausse pro­por­tion­nelle et au­to­ma­tique des sa­laires réels. Le par­tage de la ri­chesse s’est dé­placé en fa­veur du ca­pital, au dé­tri­ment du travail.

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Les travailleuses domestiques, prolétariat à domicile

Parmi les tra­vailleuses et tra­vailleurs mi­grants, les tra­vailleuses do­mes­tiques sont parmi les plus ex­ploi­tées et les plus vul­né­rables. Elles consti­tuent une force de tra­vail glo­ba­lisée et fé­mi­nine qu’on peut qua­li­fier de pro­lé­ta­riat à do­mi­cile. Elles viennent du monde rural ou en­core des pays pauvres. Elles le font pour amé­liorer leurs condi­tions éco­no­miques, quelques fois pour fuir la dis­cri­mi­na­tion et la vio­lence ba­sées sur le genre.

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Les transformations de l’État fédéral sous le gouvernement Harper

De­puis plu­sieurs an­nées main­te­nant, les ré­formes ad­mi­nis­tra­tives mettent l’accent sur l’abandon par­tiel des contraintes nor­ma­tives et ré­gle­men­taires pour ac­croître l’autonomie des ges­tion­naires pu­blics et autres fonc­tion­naires et, par-delà, ac­croître la per­for­mance or­ga­ni­sa­tion­nelle (ef­fi­ca­cité, ef­fi­cience et éco­nomie) des bu­reau­cra­ties pu­bliques. Sous le joug du ma­na­ge­ria­lisme, ces ré­formes mettent l’accent sur les va­leurs et l’éthique pour cir­cons­crire et ap­puyer les dé­ci­sions et les ac­tions de l’administration pu­blique, en lieu et place des règles co­di­fiées à partir des­quelles s’articulent tra­di­tion­nel­le­ment cette der­nière. Bien en­tendu, la mise en œuvre de cette ins­tru­men­ta­li­sa­tion des va­leurs et de l’éthique fait l’objet, au même titre que les autres com­po­santes du ma­na­ge­ria­lisme, de tra­jec­toires dif­fé­ren­ciées dans le temps et l’espace. Un constante, tou­te­fois, de­meure : les ten­sions, com­plé­men­taires pour cer­tains, ir­ré­con­ci­liables pour d’autres, entre, d’un côté, le res­pect des pro­cessus et l’idéal dé­mo­cra­tique de l’administration pu­blique tra­di­tion­nelle et, de l’autre côté, l’accent sur l’atteinte des ré­sul­tats et l’impératif d’efficience du nou­veau ma­na­ge­ment public.

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Le trafic des migrantEs

La pau­pé­ri­sa­tion de ré­gions en­tières du globe ainsi que la crois­sance des in­éga­lités so­ciales dans les pays et entre les pays ont créé les condi­tions pro­pices à toutes les formes de trafic et de traite des êtres hu­mains. Les plus tou­chéEs pro­viennent prin­ci­pa­le­ment des pays du Sud et de l’Est. À l’échelle de ces ré­gions, le bou­le­ver­se­ment des struc­tures so­ciales dû au triomphe de l’économie ca­pi­ta­liste néo­li­bé­rale fa­vo­rise l’économie in­for­melle et les dé­struc­tu­ra­tions so­ciales. De même, l’extension de l’économie de marché et la crois­sance des in­éga­lités so­ciales, ren­for­cées par les plans d’ajustement struc­turel, les en­det­te­ments des États ainsi que la fi­nan­cia­ri­sa­tion de l’économie sont loin d’exclure ou de mar­gi­na­liser ses victimes.

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Violence et résistance sociale à Montréal-Nord

Deux ans après l’émeute de Montréal-Nord, la même si­tua­tion d’exclusion et de pau­vreté se per­pétue à Montréal-Nord. Les pra­tiques po­li­cières sont plus so­phis­ti­quées, mais ré­pondent aux mêmes im­pé­ra­tifs de contrôle des « po­pu­la­tions dan­ge­reuses ». De l’autre côté, les jeunes su­bissent plus fré­quem­ment les stig­ma­ti­sa­tions, le ra­cisme, le pro­fi­lage ra­cial, la cri­mi­na­li­sa­tion de leurs mou­ve­ments, ce qui ren­force leur ap­par­te­nance au quar­tier, à une com­mu­nauté im­mi­grante et pauvre.

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Montréal-Nord Républik : vers un mouvement de la périphérie

Le sa­medi 9 août 2008, l’agent Jean-Loup La­pointe du SPVM, ma­tri­cule 3776, s’amène dans un sta­tion­ne­ment ad­ja­cent au parc Henri-Bourassa, à Montréal-Nord. Il aper­çoit Dany Vil­la­nueva, son frère Fredy et des amis à eux dont cer­tains jouent aux dés. En moins d’une mi­nute, La­pointe des­cend de son vé­hi­cule, in­ter­pelle Dany Vil­la­nueva, le saisi, lutte puis chute avec lui, sort son pis­tolet et tire quatre coups de feu qui at­teignent trois des jeunes pré­sents. Le len­de­main, des ci­toyens se ras­semblent sur la place Pascal. Une pan­carte at­ta­chée sur un pan­neau d’arrêt dit « SPVM, le vrai gang de rue ». La taille du ras­sem­ble­ment aug­mente peu à peu et la ten­sion monte. Des ma­ni­fes­tants mettent le feu à des pou­belles. Un ca­mion de pom­pier ar­rive pour éteindre le feu. Il est re­poussé à coup de pierres et de bou­teilles. Les pom­piers battent en re­traite et les ma­ni­fes­tants, comme exaltés par cette dé­mons­tra­tion de force, passent à la ré­volte. Les images de cette nuit fe­ront le tour du monde ; voi­tures brû­lées, au­tobus at­ta­qués, com­merces pillés.

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Le gouvernement canadien et la crise
La faillite d’un modèle de croissance inégalitaire

L’analyse des don­nées du der­nier re­cen­se­ment (2006) in­dique que les gains mé­dians des tra­vailleurs ca­na­diens à temps plein ont fait du sur­place au cours des 25 der­nières an­nées. Un rap­port du Centre d’étude des ni­veaux de vie (CSLS) montre que du­rant cette pé­riode (1980 à 2005) la pro­duc­ti­vité du tra­vail au Ca­nada a crû de 37 %. Ainsi, contrai­re­ment aux pré­dic­tions des mo­dèles éco­no­miques, l’augmentation de la pro­duc­ti­vité n’a pas en­traîné une hausse pro­por­tion­nelle et au­to­ma­tique des sa­laires réels. Le par­tage de la ri­chesse s’est dé­placé en fa­veur du ca­pital, au dé­tri­ment du tra­vail. En 1981, la part du re­venu après impôt dé­tenue par les 20 % les plus riches était de 39,8 %.

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Les migrations africaines clandestines

Les chiffres montrent de­puis 2000 une nette aug­men­ta­tion des ar­res­ta­tions de mi­grants sub­sa­ha­riens, sup­plan­tant en quelque sorte leurs ho­mo­logues nord afri­cains. Ainsi, en 1996, les Afri­cains sub­sa­ha­riens qui ont tra­versé la Mé­di­ter­ranée vers l’Espagne ne re­pré­sen­taient que 1,8 % du nombre total de mi­grants. Mais cette pro­por­tion a aug­menté de 2 % en 1999 à 50,6 % en 2004. Selon l’Office des Nations-Unies contre la drogue et le crime (rap­port de 2006), de 200 à 300 000 Afri­cains entrent clan­des­ti­ne­ment en Eu­rope chaque année. De ce nombre, 100 000 sont in­ter­ceptés en ten­tant leur chance sans compter ceux qui meurent en chemin. Fi­na­le­ment, l’invasion est elle vrai­ment un mythe ou la mi­gra­tion ir­ré­gu­lière afri­caine vers l’Europe a-t-elle si­gni­fi­ca­ti­ve­ment aug­menté ces der­nières an­nées ? Sur la base de di­verses études, entre 65 000 et 120 000 Afri­cains sub­sa­ha­riens ar­rivent au Maghreb chaque année, dont en­viron 20 – 40 % fi­nissent par tra­verser pour aller en Eu­rope. Ceci va à l’encontre de l’idée ré­pandue selon la­quelle l’Afrique du nord n’est qu’une simple zone de transit mais sou­ligne éga­le­ment le côté ap­proxi­matif des in­for­ma­tions dis­po­nibles. En fin de compte, les en­trées ir­ré­gu­lières se chiffrent à quelques di­zaines plutôt qu’à des cen­taines de milliers.

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Migrants et citoyens

Les mi­grants font partie in­té­grante de la cité : aussi devraient-ils en être re­connus ci­toyens. Ils se­raient des ci­toyens avec un petit « c » puisqu’ils n’ont pas la na­tio­na­lité; mais, lo­ca­le­ment, ils se­raient consi­dérés sur un pied d’égalité avec tous ceux et celles qui vivent et tra­vaillent dans la cité. Les mi­grants ir­ré­gu­liers tra­vaillent tous (ils ne peuvent pas se per­mettre de ne pas le faire) et leur ex­ploi­ta­tion contribue sou­vent à la com­pé­ti­ti­vité de sec­teurs éco­no­miques spé­ci­fiques. Ils paient des taxes sur tout ce qu’ils achètent ou louent, et uti­lisent peu les ser­vices pu­blics. L’absence de statut ad­mi­nis­tratif leur re­con­nais­sant des droits les vul­né­ra­bi­lisent. Donner à ces per­sonnes un statut si­gni­fi­catif, même lo­ca­le­ment, contri­bue­rait gran­de­ment à com­battre l’exploitation et la dis­cri­mi­na­tion. Pour ré­pondre aux si­tua­tions d’abus aux­quels font face les mi­grants en si­tua­tion ir­ré­gu­lière, quelques com­mu­nautés lo­cales ont adopté une at­ti­tude dif­fé­rente: leurs dé­ci­sions mé­ritent d’être men­tion­nées afin d’inspirer d’autres collectivités.

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