Coopération Sud-Sud pour un nouveau modèle de développement*

Par Mis en ligne le 08 janvier 2014

Dans son docu­ment de conclu­sion, le sémi­naire du Forum Mondial des Alternatives (FMA) pré­pa­ra­toire au col­loque d’Alger (sep­tembre 2013) et qui eut lieu à Quito en mars 2012, partit de la consta­ta­tion qu’après la confé­rence de Bandoung, qui avait réuni les peu­ples récem­ment déco­lo­nisés d’Asie et d’Afrique, l’hégémonie du Nord, centre de l’accumulation capi­ta­liste, s’était accen­tuée.

Il notait aussi que le sys­tème éco­no­mique domi­nant était entré dans une crise struc­tu­relle pro­fonde, mais que le modèle de déve­lop­pe­ment du Sud était resté sem­blable à celui du Nord, même si cer­tains dis­cours revê­taient des accents dif­fé­rents. D’où une inter­ro­ga­tion fon­da­men­tale: com­ment orienter une col­la­bo­ra­tion Sud-Sud qui per­mette une réelle rup­ture avec un Nord guidé prin­ci­pa­le­ment par la logique du marché et fai­sant de la valeur d’échange l’unique fon­de­ment des rap­ports Nord-Sud.

Pour répondre à cette ques­tion, nous par­cour­rons d’abord l’évolution récente des pays émer­gents (les BRICS) et leur manière de réa­liser leur déve­lop­pe­ment, épin­glant aussi quel­ques exem­ples d’autres pays du Sud. Ensuite viendra la partie consa­crée aux alter­na­tives au capi­ta­lisme et à leur inci­dence sur la col­la­bo­ra­tion Sud/Sud.

I.   Les BRICS et les pays du Sud : efforts de décon­nexion, mais repro­duc­tion du modèle domi­nant

1.   Dimension des BICS et leur inté­gra­tion dans le « système-monde »

Les cinq pays com­po­sant les pays dits « émer­gents », c’est-à-dire, la Chine, l’Inde, la Russie, le Brésil et l’Afrique du Sud, for­ment un bloc impor­tant à l’échelle mon­diale. Leur poids démo­gra­phique atteint 3 mil­liards de per­sonnes, soit 42 % de la popu­la­tion mon­diale et leur PIB repré­sen­tait en 2010, quel­ques 14 milles mil­liards d’USD, ou 18,5 % du PIB mon­dial. Leur réserve de devises est estimée à 5 milles mil­liards d’USD, dont 3.200 mil­liards pour la seule Chine[1].

Cette caté­gorie d’émergents est cepen­dant très arbi­traire, même si elle se tra­duit par des contacts offi­ciels entre les diri­geants des pays cités afin de déter­miner cer­taines poli­ti­ques com­munes. Pourquoi ne pas y inclure le Mexique, l’Argentine, le Nigéria, l’Indonésie, la Corée du Sud. On obtien­drait des chif­fres encore plus impres­sion­nants sur le poids de ces nations à l’échelle mon­diale. Et, véri­ta­ble­ment, on peut parler d’un nou­veau moteur poten­tiel de l’économie, au départ du Sud.

Cependant, malgré leur poids, tous ces pays , et en par­ti­cu­lier les BRICS, sont fer­me­ment arrimés à l’économie capi­ta­liste domi­nante[2]. Il suffit de citer quel­ques faits. Leurs réserves moné­taires sont encore en majo­rité consti­tuées par le dollar, au point de détenir une part impor­tante de la dette exté­rieure des Etats-Unis et donc indi­rec­te­ment de contri­buer à main­tenir le sys­tème. La « ré-primarisation » de conti­nents tels que l’Afrique et l’Amérique latine, tou­jours plus pro­duc­teurs de matières pre­mières et de pro­duits agri­coles, place ces der­niers en posi­tion de fai­blesse dans la divi­sion inter­na­tio­nale du tra­vail, même si la conjonc­ture des prix leur a été favo­rable au cours des 15 der­nières années.

La libé­ra­li­sa­tion du com­merce a ren­forcé le phé­no­mène des avan­tages com­pa­ra­tifs, qui d’une part pro­fita aux pays du Sud qui sur­ex­ploi­tent le plus leur main d’œuvre et qui sont peu res­pec­tueux de l’environnement, mais de l’autre, elle permit aussi aux pays du Nord de délo­ca­liser leur pro­duc­tion pour répondre à la baisse des taux de profit du capital pro­ductif et à inonder les pays du Sud de leurs excé­dents agri­coles au grand dam des agri­cul­tures locales.

Sur le plan finan­cier, la dépen­dance est aussi très nette. Ainsi, la poli­tique de la Réserve fédé­rale amé­ri­caine visant à aug­menter les taux d’intérêt à long terme, entre jan­vier et août 2012,  a eu pour effet une dimi­nu­tion de la valeur de la mon­naie de plu­sieurs pays émer­gents : l’Afrique du Sud, – 20 %, Inde, – 17,2 %, Brésil, -17,4 %, Russie, – 8,4 %[3].

Seule la Chine, avec sa capa­cité pro­duc­tive énorme et l’importance de ses expor­ta­tions, a mieux résisté au phé­no­mène. Cependant, ce pays a aug­menté sa par­ti­ci­pa­tion aux bons du Trésor des Etats-Unis, c’est à dire comme déten­teur de la dette amé­ri­caine, pas­sant de 1.268 mil­liards de dol­lars en août 2013 à 1.293 mil­liards en sep­tembre de la même année, soit 27,8 % de l’ensemble de la par­ti­ci­pa­tion étran­gère[4].

Quand on parle des pays émer­gents aujourd’hui, et plus encore de l’ensemble des pays du Sud, il est impor­tant de prendre en compte leur pro­fonde inté­gra­tion dans une éco­nomie mon­diale capi­ta­liste et la faible marge de manœuvre dont ils dis­po­sent pour former un pôle auto­nome  de déve­lop­pe­ment. La crise actuelle et son carac­tère struc­turel créent cepen­dant des condi­tions nou­velles dont il faut pou­voir pro­fiter.

Les BRICS ont mis en route un méca­nisme de décon­nec­tion finan­cière. Il s’agit du « Contingent de Réserves » (CRA), constitué par 41 mil­liards de dol­lars apportés par la Chine, 18 par l’Inde, 18 par le Brésil et 5 par l’Afrique du Sud. Face aux 5000 mil­liards de devises dont ils dis­po­sent c’est évi­dem­ment déri­soire, mais le mon­tant pour­rait aug­menter. Le projet est de créer une Banque des BRICS pour admi­nis­trer ces fonds.

Les accords de Chien Mai (Thaïlande) réunis­sant le Japon, la Corée du Sud, la Chine et les 10  pays de l’ASEAN, est déjà plus ancien et ils ont permis la créa­tion d’un fonds de 240 mil­liards de dol­lars. Il faut aussi signaler le Groupe de Shanghai, dont fait partie éga­le­ment  la Russie et qui concerne les échanges moné­taires dans les mon­naies res­pec­tives.

En Amérique latine, des efforts simi­laires ont été tentés, dont le Mercosur, entre le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay et le Venezuela. Certes, des inté­rêts éco­no­mi­ques et poli­ti­ques diver­gents ont empêché un démar­rage rapide. Cependant, la Banque du Sud a été éta­blie entre ces divers pays, ouverte à d’autres dans le conti­nent. Une mon­naie d’échange a été créée, le sucre, per­met­tant aux tran­sac­tions d’échapper au dollar, mais il ne s’agit encore que des échanges annuels de quel­ques mil­liards de dol­lars.

Tout cela s’inscrit dans une logique de rela­tive auto­nomie vis-à-vis de la mon­naie amé­ri­caine, comme l’avait recom­mandé la Commission Stiglitz en 2009, prô­nant notam­ment un plus grand recours des pays du Sud aux droits de tirage spé­ciaux, dans le cadre du FMI. Mais on est loin évi­dem­ment d’une grande trans­for­ma­tion, qui per­met­trait au Sud de se dégager de l’emprise du capital de mono­pole.

2.     Un modèle de crois­sance de type capi­ta­liste

Marx avait déjà affirmé, il y a près de 150 ans, que le capi­ta­lisme était le sys­tème éco­no­mique le plus effi­cace que l’humanité ait inventé pour pro­duire des biens et des ser­vices, mais il avait aussi indiqué à quel prix: en détrui­sant les bases même de sa propre richesse, la nature et le tra­vail. A court terme, en effet, la logique du marché est la voie la plus courte pour la crois­sance éco­no­mique et c’est ce que les pays émer­gents et la plus grande majo­rité des pays du Sud, sem­blent avoir adopté comme orien­ta­tion de base. C’est ce que nous pou­vons constater, à la fois dans le modèle de crois­sance, dans l’oubli des exter­na­lités (le moyen et le long terme) et dans le rap­port des BRICS avec leurs péri­phé­ries.

1)    Le modèle de crois­sance

Avec la réforme de Deng Xiao Ping en Chine, c’est-à-dire l’ouverture au marché, la Chine a connu une crois­sance spec­ta­cu­laire. Il faut se rap­peler cepen­dant qu’elle avait été pré­parée par une éli­mi­na­tion de la misère extrême et l’établissement, non sans dif­fi­cultés, d’une « pau­vreté dans la dignité » assu­rant à la majo­rité un accès aux biens essen­tiels. Sur cette base, l’adoption de méca­nismes du marché allait rapi­de­ment créer la crois­sance.

Une contro­verse existe au sein de la société chi­noise par rap­port aux effets envi­ron­ne­men­taux et sociaux à plus long terme, mais le court terme ne fait pas de doute. L’influence de Zhou Xiaochuan, le gou­ver­neur de la Banque popu­laire de Chine (Banque cen­trale) est gran­dis­sante et il prône l’augmentation du nombre de ban­ques pri­vées et une plus grande ouver­ture aux capi­taux étran­gers[5] . Dans cette pers­pec­tive, à titre d’exemple, 70 % de la pro­duc­tion d’huile et 80 % de son trai­te­ment sont entre les mains de 5 mul­ti­na­tio­nales (Archer Dawns, Millard, Bunge, Cargill, Louis Dreyfus-Wilmas)[6]. Au Vietnam, toute pro­por­tion gardée, le Doi Moi  (Renouveau) allait avoir les mêmes effets.

Au Brésil, la poli­tique du pré­si­dent Lula, conti­nuée par celle de Dilma Roussef fut l’adoption de la logique capi­ta­liste pour accé­lérer la crois­sance et la redis­tri­bu­tion d’une partie (assez modeste) du sur­plus par le biais de poli­ti­ques sociales de carac­tère assis­tan­tiel, qui, certes,  firent sortir de la misère plu­sieurs dizaines de mil­lions de per­sonnes, mais sans affecter de manière mar­quante l’importance des dis­tances sociales mesu­rées par l’indice de Gini.

En Inde, le gou­ver­neur de la Banque cen­trale, nommé à la mi-2013, est sorti de MIT, fut chief eco­no­mist au Fonds moné­taire inter­na­tional et pro­fes­seur à la Faculté d’Economie de l’Université de Chicago. On ne peut guère s’attendre à ce qu’il rejette la logique du déve­lop­pe­ment éco­no­mique prônée par ces ins­ti­tu­tions de pensée et de pou­voir.  Il faut ajouter à ces infor­ma­tions que les BRICS ont versé une contri­bu­tion de 75 mil­liards de dol­lars au FMI, ren­for­çant ainsi leur condi­tion de réfé­rence, c’est-à-dire leur quota de votes.[7].

Par ailleurs, dans une pers­pec­tive his­to­rique un peu plus longue, il faut constater que dans le Sud, pra­ti­que­ment tous les partis poli­ti­ques d’orientation socia­liste ou mar­xiste arrivés au pou­voir au cours des der­nières années (après Bandoung) et tous les mou­ve­ments de libé­ra­tion natio­nale, sont ou bien passés au néo­li­bé­ra­lisme ou ont adopté des poli­ti­ques post-néolibérales, mais pas post-capitalistes.

C’est le cas en Afrique des gou­ver­ne­ments issus des Mouvements de libé­ra­tion d’orientation mar­xiste, comme en Angola, au Mozambique, en Afrique du Sud, en Guinée, en Guinée Bissau, au Cap Vert. En Asie, l’on peut citer l’Indonésie, le Sri Lanka, le Laos, le Cambodge, sans oublier la Chine et le Vietnam, dont nous avons déjà parlé. Au moyen Orient, ce fut le cas des pays dirigés par des partis BASS (Iraq, Syrie). En Amérique latine, l’Uruguay, le Brésil, le Nicaragua, le Salvador, l’Equateur, la Bolivie, pas­sent par des pro­cessus sem­bla­bles.

Bref, il n’y a guère d’autre vision du déve­lop­pe­ment des forces pro­duc­tives que celle du capi­ta­lisme, en vertu de son effi­ca­cité à court terme et dans la pers­pec­tive d’un pro­grès linéaire sur une pla­nète inépui­sable (vision de la moder­nité). Certes, une lutte contre la pau­vreté est engagée par la plu­part des gou­ver­ne­ments et par les Nations Unies (les objec­tifs du mil­lé­naire pour 2015), soit dans une pers­pec­tive huma­niste dans les régimes de type sociaux-démocrates, soit pour élargir la base du marché dans les pays néo­li­bé­raux.

2)    L’oubli des exter­na­lités

Une carac­té­ris­tique de la logique du capi­ta­lisme est l’oubli des exter­na­lités, c’est-à-dire en par­ti­cu­lier, des consé­quences éco­lo­gi­ques et sociales. En effet ces der­nières ne sont pas payées par le marché, mais bien par les per­sonnes et les sociétés. De tels dom­mages ne sont pris en compte que lorsqu’ils affec­tent le taux de profit et donc la capa­cité d’accumulation. C’est le cas de l’économie verte récem­ment promue face aux des­truc­tions des éco­sys­tèmes ou des mesures sociales accor­dées par crainte de ne pas dis­poser de la main d’œuvre néces­saire et vite rétro­cé­dées en cas de sur­plus de cette der­nière.

Sur le plan du rap­port à la nature, Marx avait signalé le dés­équi­libre crois­sant du méta­bo­lisme (échange de matière) entre la nature et le genre humain, qui, selon lui, allait débou­cher sur des situa­tions graves.  Il expli­quait le phé­no­mène par la dif­fé­rence entre le rythme de repro­duc­tion du capital et celui de la nature, ce der­nier étant plus lent et esti­mait que seul le socia­lisme pou­vait recons­truire cet équi­libre. Or, les sociétés socia­listes (URSS, Chine) n’ont nul­le­ment adopté cette posi­tion, détrui­sant la nature au même rythme que les sociétés capi­ta­listes. Ce n’est que récem­ment que les pen­seurs mar­xistes ont repris le concept de Marx, dans la ligne du déve­lop­pe­ment d’un éco-socialisme.

La moder­nité véhi­culée par la logique capi­ta­liste s’est imposée dans la concep­tion de la crois­sance, au point d’envahir l’ensemble de l’univers culturel col­lectif, quelque soient les pers­pec­tives sociales. C’est ainsi que les BRICS et la plu­part des pays du Sud, adop­tent le modèle de crois­sance du Nord, pré­ci­sé­ment celui qui conduit aux dégâts envi­ron­ne­men­taux aux désas­tres sociaux que nous connais­sons. D’où la néces­sité de penser et d’innover dans le cadre d’une coopé­ra­tion Sud/Sud. Avant d’entrer dans cette matière, voyons dans le concret, par quel­ques exem­ples,  ce que signifie cet oubli des exter­na­lités.

–       Dans la crois­sance interne

En Chine, selon des sources offi­cielles, 70 % des rivières et des lacs sont pol­lués. Le Ministère de l’Environnement a publié les résul­tats d’une enquête sur la conta­mi­na­tion urbaine dans 74 villes du pays : la moyenne pos­sède un taux de concen­tra­tion de par­ti­cules sept fois plus élevé que le degré recom­mandé par l’OMS[8]. En jan­vier 2013, l’état d’alerte fut décrété à Péquin pour excès de conta­mi­na­tion et des mil­liers d’enfants ont dû être hos­pi­ta­lisés. Le Ministère de l’Intérieur signale une aug­men­ta­tion de 80 % en 30 ans des « vil­lage du cancer » en péri­phérie des villes indus­trielles, leur nombre étant en 2012, de 459[9]. Selon la Lancet Medical Review, sur 3.2 mil­lions de morts pré­ma­tu­rées dues à la pol­lu­tion de l’eau, en 2010, 1,2 mil­lions étaient de Chinois. Selon la même source, en Inde, le nombre de vic­times pour la même cause, fut de 620.000[10].

Le Brésil est un des prin­ci­paux pré­da­teurs de la forêt ama­zo­nienne, conjoin­te­ment avec les autres pays qui en pos­sè­dent une partie de la super­ficie. Le nou­veau code fores­tier, pro­mulgué par Dilma Roussef, favo­rise les inté­rêts de « l’agriculture moderne », soit sur­tout  les mono­cul­tures[11]. A l’ouest, l’exploitation pétro­lière de la Colombie, de l’Equateur et du Pérou continue à pro­vo­quer les dégâts natu­rels que l’on connait. Le projet équa­to­rien de ne pas exploiter les réserves pétro­lières du parc national Yasuní est aban­donné.

L’exploitation minière pénètre du sud-ouest dans le ter­ri­toire bré­si­lien, grâce à des cen­taines de mil­liers d’hectares de conces­sion. Au sud, l’extension de la mono­cul­ture du soja, de la palme, de la canne à sucre  trace à tra­vers le Matto Grosso du Sud, d’énormes zones de  défo­res­ta­tion. Au centre l’exploitation du bois pré­cieux, laisse en friche des régions entières et la construc­tion des bar­rages hydro-électriques inonde des cen­taines de mil­liers d’hectares, sou­vent ter­ri­toires des popu­la­tions indi­gènes.

Les routes des­ti­nées au trans­port des pro­duits sillon­nent la forêt et se mul­ti­plient, comme celle du TIPNIS en Bolivie. Bref, chaque pays a de « bonnes rai­sons » pour exploiter une partie de la forêt en faveur de son déve­lop­pe­ment. Le résultat annoncé par la FAO en mars 2013, est que dans 40 ans, il n’y aura plus de forêt ama­zo­nienne, sinon une savane par­semée de quel­ques bois.

En Equateur, selon la revue équa­to­rienne de Médecine, dans les zones d’exploitation pétro­lière, on constate 30 fois plus de cancer du laryngue, 18 fois plus de cancer des voies biliaires, 15 fois plus de cancer du foie. Il y a 110 % plus de fausses cou­ches et la mal­for­ma­tion des enfants est en hausse consi­dé­rable. La revue n’hésite pas à parler de « crime de santé publique ».

Dans le même pays, la pro­duc­tion des fleurs et du bro­coli pour l’exportation (impor­tantes, selon les diri­geants poli­ti­ques, pour donner à l’Etat des moyens de se déve­lopper et de lutter contre la pau­vreté) uti­lise de fortes quan­tités d’eau au détriment des popu­la­tions locales et pro­voque des mala­dies dues à l’utilisation mas­sive de pro­duits chi­mi­ques comme fer­ti­li­sants et pes­ti­cides.

Bref, comme l’écrit Vandana Shiva, « Une obses­sion pour la crois­sance a éclipsé la pré­oc­cu­pa­tion pour la dura­bi­lité, la jus­tice et la dignité humaine ». Il faut bien constater que le carac­tère « sacri­fi­ciel » du déve­lop­pe­ment éco­no­mique, typique de la logique de l’accumulation du capital, pré­side tou­jours à l’essor des BRICS et des pays du Sud.

–       Dans les rap­ports des BRICS avec leurs péri­phé­ries

Le type de rela­tions centre-périphéries est aussi impor­tant à étu­dier. Sans doute, de sérieuses dif­fé­rences exis­tent par rap­port aux rap­ports entre Etats du Nord et du Sud, mais dès qu’il s’agit du privé (les mul­ti­na­tio­nales du Sud, comme Arcelor-Mittal et Tata, de l’Inde; Vale, Imbef, Odeberg,du Brésil; Anglo-American d’Afrique du Sud; Claro du Mexique, etc.) on se retrouve dans la même logique. Certaines entre­prises d’Etat (Petrobras) agis­sent de la même manière : maxi­miser les gains en pro­fi­tant des avan­tages com­pa­ra­tifs.  Même cer­tains Etats des BRICS repro­dui­sent tout sim­ple­ment le modèle des rap­ports Nord-Sud.

Ainsi, l’accaparement des terres en Afrique répond aux besoins de pays qui n’ont pas de terres suf­fi­santes pour déve­lopper des acti­vités pro­duc­tives agraires. C’est le cas des pays du Golfe. Mais il faut aussi y ajouter la Chine et l’Inde.  Ce der­nier pays s’est assuré le contrôle, en Ethiopie, de 600.000 hec­tares de terres pour des pro­jets agro-industriels et a investi 640 mil­lions de dol­lars dans l’Omos pour la mono­cul­ture de cannes à sucre. L’ensemble de ces poli­ti­ques exigea en Ethiopie, la relo­ca­li­sa­tion de 1,5 mil­lion de pay­sans[12] et l’on pour­rait citer de nom­breux autres exem­ples en Tanzanie, au Bénin, au Cameroun.

Le Brésil conclut, en 2010, un accord avec le Mozambique et l’Union euro­péenne pour le déve­lop­pe­ment  de 4,8 mil­lions d’hectares de canne à sucre, des­tinés à la pro­duc­tion d’éthanol pour ali­menter l’Europe. En effet, le conti­nent ne dis­pose pas de terres suf­fi­santes pour satis­faire son plan de passer à 20 % d’énergie verte en 2020.

Les capi­taux sont fournis par l’Europe, la tech­no­logie par le Brésil, tandis que les coûts éco­lo­gi­ques et sociaux sont sup­portés par le Mozambique. Des mil­liers de pay­sans devront aban­donner leurs terres pour rejoindre les villes déjà sur­peu­plées. Au centre du conti­nent, en République Démocratique du Congo, le contrat d’exploitation minière signé par la Chine, pré­voit que le gou­ver­ne­ment de Kinshasa garan­tisse l’absence de grèves, ce qui contredit le droit des tra­vailleurs.

En conclu­sion, même si des consi­dé­ra­tions sociales et de soli­da­rité sont intro­duites dans le déve­lop­pe­ment du Sud et dans les rap­ports Sud-Sud, la logique de la crois­sance reste sem­blable. Jayati Gosh n’hésite pas à conclure : « De nom­breux accord com­mer­ciaux et d’investissement SudSud (et leurs consé­quence) ont été mal­heu­reu­se­ment sem­bla­bles à ceux Nord-Sud, non seule­ment pour la pro­tec­tion des inves­tis­se­ments, mais même pour la garantie des droits de pro­priété intel­lec­tuelle »[13].

Tout cela contribue à ren­forcer le carac­tère des­truc­teur du modèle domi­nant, à un moment où de nom­breuses ins­tances, notam­ment inter­na­tio­nales, aler­tent les gou­ver­ne­ments et l’opinion publique sur l’exigence d’un chan­ge­ment radical de pers­pec­tive, sous peine de voir les éco­sys­tèmes se dété­riorer sans rémis­sion et au prix d’un coût humain consi­dé­rable. Il est donc néces­saire de poser la ques­tion d’un chan­ge­ment de matrice déve­lop­pe­men­tale et fina­le­ment de la défi­ni­tion d’un nou­veau para­digme..

II.   La place d’un model alter­natif de déve­lop­pe­ment dans les rap­ports Sud-Sud

Le sys­tème capi­ta­liste, non seule­ment est en crise, mais en déclin, de moins en moins capable de résoudre ses pro­pres contra­dic­tions. Pour para­phraser Schumpeter, son carac­tère des­truc­teur dépasse aujourd’hui son aspect construc­teur. Pour ne prendre qu’un seul domaine, l’empreinte éco­lo­gique devient chaque jour plus « insou­te­nable ». Il ne suffit plus de pro­poser des régu­la­tions (sans doute néces­saires pour une tran­si­tion) mais il est devenu indis­pen­sable de penser à des alter­na­tives.

En d’autres termes, pour que le Sud puisse contri­buer à une solu­tion, dans le cadre des rap­ports Sud-Sud, il est néces­saire d’envisager une décon­nexion vis-à-vis du Nord, non seule­ment éco­no­mique et poli­tique[14], comme le sug­gé­rait Samir Amin il y a déjà plu­sieurs décen­nies, sinon aussi de sa logique de déve­lop­pe­ment.

Or, cette der­nière ne fut pas seule­ment le résultat d’ une accu­mu­la­tion basée notam­ment sur l’expropriation et l’exploitation du Sud par le Nord, dans un rap­port de type colo­nial ou impé­rial, mais aussi le fruit de l’idée qu’un pro­grès linéaire, pro­duit de la science et des tech­ni­ques, par­viendra tou­jours à résoudre les pro­blèmes posés par la satis­fac­tion de besoins sans cesse crois­sants du genre humain, la terre étant inépui­sable et sa capa­cité de régé­né­res­cence sans limite.

C’est cette concep­tion, née et entre­tenue dans les sociétés mar­chandes en pleine expan­sion du XIII° et XIV° siècle euro­péen et dont l’apogée se mani­festa avec la Renaissance et le Siècle des lumières, qui encou­ragea le déve­lop­pe­ment d’une éco­nomie construite sur le marché et pro­gres­si­ve­ment sur l’accumulation d’un capital pro­ductif. Elle conduisit aussi à la sou­mis­sion du Sud, comme four­nis­seur de matières pre­mières et de pro­duits agri­coles et plus tard comme marché mar­ginal de la pro­duc­tion indus­trielle du Nord.

La logique qui pré­sida à ce déve­lop­pe­ment exigea l’ignorance des exter­na­lités, pro­vo­quant les désas­tres éco­lo­gi­ques et l’accroissement des dis­tances sociales que nous connais­sons aujourd’hui, réser­vant fina­le­ment à une mino­rité, les béné­fices de la crois­sance. Les sociétés socia­listes se pré­oc­cu­pè­rent de la trans­for­ma­tion des rap­ports sociaux de pro­duc­tion, mais bien peu de celle des rap­ports à la nature. Il faut donc redé­finir un nou­veau para­digme.

Les argu­ments à cet effet ne seront déve­loppés que briè­ve­ment, en fai­sant réfé­rence à d’autres écrits anté­rieurs[15]. L’essentiel consiste à définir dans le concret des situa­tions actuelles des sociétés du Sud et de ce que pour­raient devenir les rap­ports Sud-Sud, le contenu d’un chan­ge­ment de para­digme. Ce der­nier, que l’on peut appeler le Bien Commun de l’Humanité, signifie la pos­si­bi­lité de pro­duire, repro­duire et amé­liorer la vie, tant de la pla­nète terre et l’ensemble de ses espèces vivantes, que du genre humain[16]. Cela constitue l’objectif commun à tous, impres­crip­tible et fon­de­ment de tout com­por­te­ment col­lectif.

Traduit en termes d’action, cela signifie répondre aux quatre axes fon­da­men­taux de l’existence humaine sur la pla­nète, que toute société doit affronter. Aujourd’hui une telle démarche exige des options nou­velles, qui revê­tent une urgence par­ti­cu­lière face aux défis éco­lo­gi­ques et sociaux.

1. Rétablir l’équilibre du méta­bo­lisme entre la terre et les êtres humains.

A cet effet, une col­la­bo­ra­tion Sud-Sud pour­rait éta­blir, par exemple, des normes com­munes pour maî­triser l’action des entre­prises mul­ti­na­tio­nales dans le domaine de l’extraction pétro­lière ou minières et dans l’agriculture. En effet, leur puis­sance éco­no­mique et poli­tique est telle, de même que leur capa­cité de cor­rup­tion, qu’elles ne res­pec­tent que très par­tiel­le­ment les légis­la­tions des pays indi­vi­duels, quand ces der­nières exis­tent. Seul un front commun pour­rait, dans une période de tran­si­tion, exercer une force suf­fi­sante pour faire changer les pra­ti­ques.

L’établissement de cri­tères com­muns pour l’utilisation des res­sources non-renouvelables pour­rait consti­tuer un autre champ d’application, telle qu’une autre uti­li­sa­tion du pétrole que sim­ple­ment pour les trans­ports. De nom­breux dérivés, en effet, peu­vent rem­placer des maté­riaux uti­lisés pour d’autres usages. La réduc­tion des déchets, une moindre pro­duc­tion de Co2 ou de gaz méthane, la réha­bi­li­ta­tion des terres, la refo­res­ta­tion, pour­raient faire l’objet d’échange d’expertise et de finan­ce­ment col­lectif. Il en irait de même pour l’allongement de la moyenne de vie de pro­duits indus­triels et la réduc­tion des échanges irra­tion­nels (les trans­ports inter­océa­ni­ques, fruits des « avan­tages com­pa­ra­tifs ».

Bref, il s’agirait de créer les condi­tions d’un éco-socialisme, seule manière de freiner les dés­équi­li­bres du méta­bo­lisme et fina­le­ment de construire un déve­lop­pe­ment « sou­te­nable », en uti­li­sant un savoir par­tagé. La phi­lo­so­phie éco­no­mique adoptée par l’ALBA, l’Alliance boli­va­rienne de Notre Amérique, prouve que ce n’est pas impos­sible (com­plé­men­ta­rité et soli­da­rité, plutôt que com­pé­ti­ti­vité).

2. Rétablir la pré­do­mi­nance de la valeur d’usage sur la valeur d’échange dans la pro­duc­tion des bases maté­rielles de la vie

La seule valeur dans la pers­pec­tive de la logique du marché est la valeur d’échange. Sans elle, pas de profit et donc pas d’accumulation. Il n’existe fina­le­ment qu’une seule valeur, qui s’exprime notam­ment dans les bourses de valeurs. La valeur d’usage lui est sou­mise. Ainsi, par exemple, la Banque mon­diale, fin des années 1990, imposa à Sri Lanka l’abandon de la culture du riz pour importer ce der­nier de Thaïlande ou du Vietnam, où il coû­tait moins cher.

Cela devait per­mettre le déve­lop­pe­ment de mono­cul­tures pour l’exportation. Aucuns soucis, dans cette démarche, de la valeur d’usage, impli­quant, entre autres, la sou­ve­rai­neté ali­men­taire, les dif­fé­rences de saveurs du riz, plus de 3000 ans de pro­duc­tion rizi­cole, les formes de pro­duc­tion com­mu­nau­taire tra­di­tion­nelles, la valeur cultu­relle du riz dans l’histoire, la lit­té­ra­ture, la poésie, les pay­sages. Heureusement, les résis­tances locales firent avorter le projet.

Or, la pro­duc­tion de la base maté­rielle de la vie (l’économie) doit, au contraire, s’organiser sur base de la valeur d’usage, l’échange lui étant subor­donné. Afin d’assurer ce prin­cipe, la ques­tion de la pro­priété des moyens de pro­duc­tion est cen­trale. Sa concen­tra­tion est indis­pen­sable pour garantir une accu­mu­la­tion maxi­male. A part les petites ou moyennes pro­duc­tions, où le contrôle des usa­gers est presqu’automatique, les autres doi­vent être socia­li­sées, sous une forme ou une autre (pas néces­sai­re­ment l’étatisation).

Un exemple de cette phi­lo­so­phie éco­no­mique est l’ALBA, réunis­sant une dizaine de pays du sous-continent. Les bases de la coopé­ra­tion éco­no­mique déjà citées, signi­fient une rup­ture avec la loi de la valeur du capi­ta­lisme. Cela s’est tra­duit notam­ment par la four­ni­ture de pétrole aux pays non-producteurs, à un prix bien infé­rieur au marché.

Une col­la­bo­ra­tion Sud-Sud pour­rait s’établir dans de nom­breux domaines, tels que la réor­ga­ni­sa­tion de l’agriculture pay­sanne, le contrôle des paradis fis­caux, le par­tage des tech­no­lo­gies nou­velles dans la pré­ser­va­tion des éco­sys­tèmes, les com­mu­ni­ca­tions, l’espace, bref dans tous les lieux où des tran­si­tions sont néces­saires pour accom­plir le chan­ge­ment de para­digme et mettre la science et les tech­ni­ques au ser­vice de la valeur d’usage.

1)    Universaliser les pro­cessus démo­cra­ti­ques dans tous les rap­ports sociaux et toutes les ins­ti­tu­tions

Cela concerne évi­dem­ment en pre­mier lieu cha­cune des sociétés et tous les champs, non seule­ment poli­ti­ques, mais aussi éco­no­mi­ques, sociaux, cultu­rels, reli­gieux, tout comme dans les rap­ports hommes-femmes. Dans la coopé­ra­tion Sud-Sud, ce sont les dimen­sions régio­nales et inter­na­tio­nales qui consti­tuent l’objet fon­da­mental. Sur ce plan, un cer­tain nombre d’instruments exis­tent, que nous avons cité pré­cé­dem­ment, mais il s’agira de trans­former la phi­lo­so­phie de base dont ils s’inspirent, en pas­sant du para­digme de la crois­sance ou de la moder­nité capi­ta­liste à celle du Bien commun de l’Humanité.

2)     Prôner l’interculturalité et pro­mou­voir une vision holis­tique du réel

L’hégémonie cultu­relle de la moder­nité capi­ta­liste est devenue telle, que les autres cultures et savoirs sont mar­gi­na­lisés, folk­lo­risés ou éli­minés. Il en résulte un appau­vris­se­ment culturel consi­dé­rable, qui conduit à l’universalisation des habi­tudes ali­men­taires, de la musique dif­fusée popu­lai­re­ment, des pra­ti­ques ves­ti­men­taires, mais plus encore des men­ta­lités, des modèles de com­por­te­ment et de consom­ma­tion, la dif­fu­sion des valeurs du marché deve­nant le para­mètre uni­versel.

La seg­men­ta­tion du réel, qui permit à la logique mer­can­tile de se déve­lopper en igno­rant les exter­na­lités, doit aussi être rem­placée par une vison d’ensemble (holis­tique), seule capable d’analyser les situa­tions dans toute leur ampleur et de pro­poser des solu­tions adé­quates. L’éthique sociale néces­saire à les accom­plir pourra s’appuyer sur l’interculuralité des phi­lo­so­phies et des spi­ri­tua­lités, exi­geant un enga­ge­ment per­ma­nent pour la jus­tice, comme ce fut le cas, entre autres, de la Théologie de la Libération née en Amérique latine.

La coopé­ra­tion Sud-Sud pourra trouver des objec­tifs nom­breux, depuis les moyens de com­mu­ni­ca­tion sociale (TeleSur, par exemple, en Amérique latine), jusqu’aux tra­duc­tions des patri­moines lit­té­raires res­pec­tifs, en pas­sant par la pro­tec­tion des peu­ples ori­gi­naux et le par­tage des bre­vets.

En conclu­sion, la décon­nec­tion du Sud vis-à-vis du Nord ne sera com­plète que par l’abandon du para­digme capi­ta­liste et, en contre­partie, de la construc­tion com­mune d’une option alter­na­tive pour la vie de l’humanité sur la pla­nète. En fait, la crise struc­tu­relle que vit l’ensemble du globe ne laisse pas de choix et une coopé­ra­tion Sud-Sud peut contri­buer à éta­blir les nou­veaux objec­tifs et à définir les tran­si­tions. Déjà de nom­breuses ini­tia­tives popu­laires vont dans ce sens, qui dans les divers domaines esquissés plus haut, mon­trent la voie à suivre. C’est pour­quoi les alter­na­tives doi­vent se construire sur la base de l’expérience des mou­ve­ments sociaux en inter­ac­tion avec les pen­seurs et pas seule­ment  au départ « d’élites éclai­rées ».

  • Texte pré­senté au sémi­naire du Forum Mondial des Alternatives (FMA), Alger, 26.09.13

[1] Chems Eddin Chitur, Les Brics et la construc­tion d’un nou­veau monde : une utopie à notre portée,http:/www.legransoir.info, 06.04.12, cité par le site web du Forum Mondial des Alternatives, 10.12.12.

[2] Jprge Beinstein, Origen y decli­na­ción del capi­ta­lismo, Jornada inter­na­cional “Chavez Siempre”, Maracay, 23.05.13.

[3] Les éco­no­mies émer­gentes dans la tour­mente finan­cière, Le Monde, 23.08.13.

[4] Rapport sur le capital inter­na­tional du Trésor des Etats-Unis, cité par Argenpress, N° 521 (novembre 2013).

[5] Wall Street Journal, 06.11.13.

[6] China Daily, 23.08.10

[7] Understanding the BRICS, Third World Resurgence, Juin 2013.

[8] El Comercio (Quito),08.08.13.

[9] The dark side od China’s eco­nomic miracle – the rise of cancer vil­lages, The Guardian, 05.06.13.

[10] Air Pollution linked to 1.2 M dea­thts in China in 2010, The Lookout, 02.04.13.

[11] Laurent Delcourt, Le nou­veau “Code fores­tier » bré­si­lien : dec­vryp­tage d’une réforme contro­versée, http:/www.cetri.be/spip.php ?article314&lang=fr, 16.08.13.

[12] Indian land grabs in Ethiopia show dark side of south-south co-operation, The Guardian, 22.02.13.

[13] Jayati Gosh, unders­tan­ding the BRICS, Third World Resurgence, juin 2013.

[14] Rappelons que décon­nec­tion ne signifie pas autarcie ou iso­le­ment, sinon mettre fin à une dépen­dance signi­fiant la sou­mis­sion à des inté­rêts exté­rieurs qui main­tien­nent et repro­dui­sent le sous-développement.

[15] François Houtart, Des Biens Communs au Bien Commun de l’Humanité, Couleur Livres, Bruxelles, 2013.

[16] Comme le signale Samir Amin, il s’agit d’éviter de retomber dans le piège des socia­lismes uto­pi­ques du XIX° siècle, qui certes ont déve­loppé des idées géné­reuses et sou­vent justes, mais mar­quées par l’idéalisme phi­lo­so­phique et le manque de consi­dé­ra­tions pra­ti­ques.

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