Le déclin états-unien en perspective – 2ère partie

Par Mis en ligne le 14 mars 2012
Illustration : Matt Sesow

Illustration : Matt Sesow

Pendant les années du déclin délibéré et auto-infligé chez nous, les « pertes » ont continué ailleurs. Ces dix dernières années, pour la première fois en 500 ans, l’Amérique du Sud a commencé à se libérer de la domination occidentale, une autre perte significative. La région a initié son intégration et a commencé à régler quelques uns des terribles problèmes de ces sociétés dirigées par des élites européanisées, de minuscules îlots de richesse extrême dans une mer de misère. Ils se sont aussi libérés de toutes les bases états-uniennes et du contrôle du FMI. Une nouvelle organisation, la Communauté des États latino-américains et caribéens (CELAC), réunit tous les pays de l’hémisphère, exceptés les États-Unis et le Canada. Si la CELAC arrive à s’imposer, ce sera un nouveau signe du déclin états-unien, cette fois dans la région qui a toujours été considérée comme l’« arrière-cour ».

La perte des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord serait un signe encore plus inquiétant, ils ont toujours été considérés par les planificateurs comme « une extraordinaire source de pouvoir stratégique, et l’une des plus grandes réserves de richesses matérielles de l’histoire de l’humanité ». Le contrôle des ressources énergétiques de ces pays implique « un substantiel contrôle du monde », selon les termes du conseiller de Roosevelt, Adolf A. Berle.

Au demeurant si se réalisaient les prévisions d’un siècle d’indépendance énergétique pour les États-Unis grâce aux ressources énergétiques d’Amérique du Nord, le contrôle du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord serait moins important, mais c’est relatif : l’objectif principal a toujours été le contrôle et non l’accès direct. Cependant les conséquences probables pour l’équilibre de la planète sont si désastreuses que tout débat relève de l’exercice académique.

Le Printemps arabe, autre événement historiquement important, peut représenter au moins une « perte » partielle dans la région. Les États-Unis et leurs alliés ont tout fait pour empêcher que cela ne se produise – jusque là avec une réussite remarquable. Leur réaction vis-à-vis des soulèvements populaires était conforme au scénario habituel : soutenir les forces les plus favorables à l’influence et au contrôle états-unien.

Les dictateurs préférés sont soutenus tant qu’ils peuvent maintenir le contrôle (comme dans les grands pays pétroliers). Lorsque cela n’est plus possible, écartez-les et essayez de restaurer l’ancien régime autant que possible (comme en Tunisie et en Égypte). Le schéma général est familier : Somoza, Marcos, Duvalier, Mobutu, Suharto, et tant d’autres. Dans un cas, la Libye, les trois pouvoirs impériaux traditionnels sont intervenus par la force pour participer à une rébellion pour renverser un dictateur imprévisible et insoumis. Ils espèrent ainsi obtenir un contrôle plus direct des richesses de la Libye (prioritairement le pétrole, mais aussi l’eau, très importante pour les grandes entreprises françaises), envisager l’installation d’une base pour l’Africa Command de l’armée états-unienne (aujourd’hui contraint d’agir depuis l’Allemagne) et contrecarrer la croissante pénétration chinoise. Ainsi vont les choses, guère de surprises.

Ce qui est décisif c’est de réduire la menace d’une démocratie fonctionnelle, qui verrait l’opinion publique peser de façon significative sur la politique. Cela encore une fois relève de la routine, et c’est bien compréhensible. Si on regarde les études de l’opinion publique faites par des instituts de sondages états-uniens dans les pays arabes on comprend pourquoi l’Occident redoute une démocratie authentique, dans laquelle l’opinion pèserait de façon significative sur la politique.

Israël et le parti républicain

Des considérations similaires mènent directement à la deuxième grande inquiétude abordée par le numéro de Foreign Affairs que je cite dans la première partie de cet essai : le conflit israélo-palestinien. La peur de la démocratie pourrait difficilement être plus visible que dans ce cas. En janvier 2006, une élection a eu lieu en Palestine, considérée honnête et équilibrée par les observateurs internationaux. La réaction instantanée des États-Unis (et d’Israël bien sûr), et l’Europe suivant poliment, a été de punir sévèrement les Palestiniens parce qu’ils avaient voté de la mauvaise façon.

Ce n’est pas nouveau. C’est assez conforme au principe général et habituel, admis par la recherche universitaire : les États-Unis soutiennent la démocratie si, et seulement si, les résultats sont en accord avec leurs objectifs stratégiques et économiques, la triste conclusion du néo-reaganien Thomas Carothers, l’universtaire le plus respecté et le plus prudent, spécialisé dans l’analyse des initiatives de « promotion de la démocratie ».

De façon plus générale, sur la question israélo-palestinienne les États-Unis se trouvent depuis 35 ans à la tête du camp du refus, faisant obstacle au dégagement d’un consensus international qui permettrait un accord politique sur des bases trop bien connues pour qu’on les rappelle. L’antienne occidentale c’est qu’Israël veut des négociations sans condition, alors que les Palestiniens refusent. C’est plutôt le contraire qui est vrai. Les États-Unis et Israël demandent des conditions très strictes, qui sont en plus destinées à garantir que les négociations conduiront soit à la capitulation des Palestiniens sur les questions clés soit nulle part.

La première précondition c’est que les négociations soient supervisées par Washington, ce qui a autant de sens que de demander que l’Iran supervise la négociation pour le conflit entre les sunnites et les chiites en Irak. Des négociations sérieuses devraient se dérouler sous les auspices d’un parti neutre, de préférence disposant d’un certain respect international, le Brésil peut-être. Les négociateurs devraient chercher à régler les conflits entre les deux antagonistes : les États-Unis et Israël d’un côté, le reste du monde ou presque de l’autre côté.

La deuxième précondition c’est qu’Israël doit être libre d’étendre ses colonies en Cisjordanie. En théorie les États-Unis s’opposent à ces actions, mais ils le font avec une légère tape sur l’épaule, tout en continuant de fournir un soutien économique, diplomatique et militaire. Lorsque les États-Unis ont quelques objections limitées, ils peuvent très facilement faire prévaloir leur point de vue, comme dans le cas du projet E1 qui relie le Grand Jérusalem à la ville de Ma’aleh Adumim, divisant littéralement la Cisjordanie, une grande priorité, consensuelle parmi les planificateurs israéliens, mais qui provoque quelques objections à Washington. Donc Israël a dû recourir à des moyens obscurs pour faire avancer partiellement le projet.

La prétendue opposition états-unienne s’est transformée en véritable farce en février passé lorsque Obama a opposé son veto à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui demandait que soit défendu ce qui correspond pourtant à la position officielle des États-Unis (ajoutant en plus que les colonies sont illégales, en dehors de toute expansion, observation indiscutable). Depuis lors on a peu parlé de mettre un terme à l’expansion des colonies, laquelle se poursuit donc, avec des provocations bien calculées.

Ainsi, alors que les représentants palestiniens et israéliens se préparaient à se rencontrer en Jordanie en janvier 2011, Israël a annoncé de nouvelles constructions à Pisgat Ze’ev et à Har Homa, des parties de la Cisjordanie qui ont été déclarées comme appartenant à l’immense région de Jérusalem, annexée, colonisée, et construite en tant que capitale d’Israël, tout cela en violation d’ordres directs du Conseil de sécurité. D’autres constructions font avancer le plan visant à séparer d’une part le centre politique, culturel et commercial des Palestiniens dans l’ancienne Jérusalem et d’autre part la partie de la Cisjordanie qui sera laissée à l’administration palestinienne.

Il est compréhensible que les droits des Palestiniens soient marginalisés dans le discours et dans la politique des États-Unis. Les Palestiniens n’ont ni pouvoir ni richesse. Ils n’offrent quasiment rien d’intéressant pour les plans des États-Unis ; en fait ils ont une valeur négative, ils représentent une nuisance qui fait bouger « la rue arabe ».

Israël par contre est un allié de valeur. C’est une société riche avec une industrie high-tech sophistiquée et largement militarisée. Pendant des décennies Israël a été un important allié militaire et stratégique, particulièrement depuis 1967, quand ce pays a rendu un grand service aux États-Unis et à leur allié saoudien en détruisant le « virus » nassérien, établissant une « relation spéciale » avec Washington sur des bases qui ont duré jusqu’à nos jours. Israël est aussi devenu un haut lieu de l’investissement états-unien dans l’industrie de pointe. En fait les industries de pointe dans les deux pays sont complètement entremêlées, notamment dans les industries militaires.

En dehors de ces considération élémentaires sur ces grands pouvoirs politiques, il existe des facteurs culturels qui ne devraient pas être ignorés. Le sionisme chrétien en Grande-Bretagne et aux États-Unis a précédé de loin le sionisme juif, et c’était un phénomène assez important dans les élites, qui a eu de claires implications politiques (comme la Déclaration Balfour, qui en est le résultat). Lorsque le général Allenby a conquis Jérusalem lors de la Première Guerre mondiale, il a été salué dans la presse états-unienne comme un Richard Cœur de Lion qui avait enfin remporté sa croisade et chassé les païens de la Terre sainte.

L’étape suivante a été pour le Peuple élu de retourner à la Terre qui lui a été promise par le Seigneur. Exprimant un point de vue assez commun dans l’élite, le secrétaire à l’intérieur du Président Franklin Roosevelt Harold Ickes décrivait la colonisation juive de la Palestine comme une réussite « sans comparaison dans l’histoire de l’humanité ». Ces points de vue sont facilement compréhensibles dans le cadre des doctrines providentialistes qui ont marqué la culture populaire et la culture de l’élite depuis les origines du pays : la croyance selon laquelle Dieu a un projet pour le monde et ce sont les États-Unis qui en conduisent la réalisation, sous orientation divine, cela a été exprimé par de nombreux dirigeants.

De plus, le christianisme évangéliste est une grande force populaire aux États-Unis. À l’extrême le christianisme évangéliste de la fin des temps est également très populaire, revivifié par l’établissement d’Israël en 1948, revivifié encore davantage lors de la conquête du reste de la Palestine en 1967 – autant de signes que la fin des temps et la seconde venue de Jésus Christ sont proches.

Ces forces ont pris une importance significative depuis les années Reagan, lorsque les républicains ont cessé de prétendre être un parti politique au sens traditionnel, se murant dans une inflexible uniformité pour se consacrer à la défense des super-riches et des grandes entreprises. Cependant cette petite partie de la société qui est si choyée par le parti reconstruit ne peut pas fournir de suffrages, il faut donc s’adresser ailleurs.

Le seul choix est de mobiliser des tendances qui ont toujours été présentes, bien que rarement comme force politique organisée : d’abord les nativistes qui tremblent de peur et de haine, et les éléments religieux, qui sont des extrémistes selon les critères internationaux, mais non aux États-Unis. L’un des résultats c’est la croyance aveugle aux supposées prophéties bibliques, et donc non seulement le soutien à Israël, à ses conquêtes et à son expansion, mais un amour passionné pour Israël, un autre point important du catéchisme qui doit être récité par les candidats républicains – et les démocrates ne sont pas si différents.

Cela mis à part, on ne devrait pas oublier que l’ « Anglosphère » – la Grande-Bretagne et ses colonies – est constituée de sociétés de peuplement colonial, qui se sont élevées sur les cendres de populations indigènes, vaincues ou presque exterminées. Les pratiques du passé devaient être correctes, dans le cas des États-Unis il s’agissait d’un ordre de la divine Providence. Logiquement il y a donc souvent une sympathie intuitive pour les enfants d’Israël lorsqu’ils suivent une voie similaire. Mais ce sont les intérêts géostratégiques et économiques qui prévalent, et la politique n’est pas gravée dans le marbre.

La « menace » iranienne et la question nucléaire

Tournons-nous finalement vers le troisième sujet abordé par les périodiques cités plus haut, la « menace iranienne ». Parmi les élites et dans la classe politique on considère généralement que c’est la principale menace pour l’ordre mondial – mais ce n’est pas ce que pense le reste de la population. En Europe, les sondages montrent qu’Israël est considérée comme la principale menace pour la paix. Dans les pays arabes, ce statut est partagée avec les États-Unis, à tel point qu’en Égypte, à la veille du soulèvement de la place Tahrir, 80% de la population pensaient que la région serait plus sûre si l’Iran avait des armes nucléaires. Le même sondage indiquait que 10% à peine de la population considéraient l’Iran comme une menace – à la différence des dictateurs au pouvoir qui ont des préoccupations bien à eux.

Aux États-Unis avant la massive campagne de propagande de ces dernières années la majorité de la population était d’accord avec le reste du monde pour dire que, en tant que signataire du Traité de non-prolifération nucléaire, l’Iran a le droit d’enrichir de l’uranium. Et y compris encore aujourd’hui une grande majorité est favorable à l’emploi de moyens pacifiques dans la relation avec l’Iran. Il existe même une forte opposition à l’implication des États-Unis au cas ou l’Iran et Israël entreraient en guerre. Un quart seulement de la population considère que l’Iran est un sujet d’inquiétude pour les États-Unis. Mais il n’est pas rare qu’il existe une différence, souvent un abîme, entre l’opinion publique et les décisions politiques.

Pourquoi l’Iran est-il considéré comme une si terrible menace ? La question est rarement discutée, mais il est facile de trouver une réponse sérieuse – mais pas dans les déclarations exaltées, comme toujours. La réponse qui ferait le plus autorité est donnée par le pentagone et par les services d’intelligence dans leurs réguliers rapports au Congrès sur le thème de la sécurité mondiale. Ils disent que l’Iran ne représente pas une menace militaire. Ses dépenses militaires sont très faibles si on les compare à celles des pays de la région, et bien sûr minuscules comparées à celles des États-Unis.

L’Iran n’a guère la capacité de déployer ses forces. Ses doctrines stratégiques sont défensives, conçues pour contenir une invasion assez longtemps pour que la diplomatie entre en action. Si l’Iran devient capable de fabriquer des armes nucléaires, disent-ils, cela ferait partie de sa stratégie défensive. Aucun analyste sérieux ne croit que les membres du clergé au pouvoir en Iran souhaitent voir leur pays et leurs biens anéantis, la conséquence immédiate s’il s’avisait d’initier une guerre nucléaire. Et il n’est pas nécessaire d’énoncer les raisons pour lesquelles tout gouvernement iranien devrait avoir une politique de dissuasion, dans les circonstances actuelles.

Le régime représente sans aucun doute une grave menace pour une bonne partie de sa propre population – et ce n’est hélas pas le seul dans ce cas. Mais la principale menace pour les États-Unis et pour Israël c’est que l’Iran pourrait freiner leur libre usage de la violence. Une autre menace est représentée par le fait que les Iraniens cherchent à étendre leur influence dans les pays voisins, l’Irak et l’Afghanistan, voire au-delà. Ces actes « illégitimes » sont appelés « déstabilisation » (ou pis). Par contre l’imposition par la force de l’influence états-unienne sur la moitié du monde contribue à la « stabilité » et à l’ordre, selon les traditionnelles doctrines sur la question de savoir à qui le monde appartient.

Il est logique d’essayer d’empêcher l’Iran de rejoindre les États nucléaires, dont les trois qui ont refusé de signer le Traité de non-prolifération nucléaire – Israël, l’Inde et le Pakistan, tous les trois ont bénéficié de l’assistance états-unienne pour développer les armes nucléaires, assistance qui dure jusqu’à aujourd’hui. Il n’est pas impossible d’atteindre cet objectif par des moyens pacifiques. Une approche qui jouit d’un soutien international très majoritaire, c’est de prendre des initiatives qui transformeraient peu à peu le Moyen-Orient en zone libre d’armes nucléaires, ce qui inclurait l’Iran et Israël (et s’appliquerait également aux forces états-uniennes déployées dans la région), et ce qui pourrait s’étendre à l’Asie du sud.

Le soutien pour de telles initiatives est si fort que le gouvernement Obama a été contraint de donner son accord formel, mais avec des réserves. La plus importante c’est que le programme nucléaire iranien ne soit pas placé sous les auspices de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ; de plus aucun État (c’est-à-dire les État-Unis) ne devrait être sollicité pour offrir des informations au sujet des « installations nucléaires israéliennes et de leurs activités, incluant les informations relevant de transferts antérieurs vers Israël ». Obama accepte aussi la position israélienne selon laquelle toute proposition sur ce point doit être conditionnée à un accord de paix global, que les État-Unis et Israël peuvent retarder indéfiniment.

Ce sondage est loin d’être exhaustif, inutile de dire. Il y a de nombreux points qui ne sont même pas abordés, comme les changements dans la région Asie-Pacifique. À l’énorme dispositif militaire états-unien seront ajoutées de nouvelles bases, notamment dans l’île coréenne de Jeju et dans le nord-ouest de l’Australie, il s’agit de la politique d’« endiguement de la Chine ». Il y a aussi la question de la base états-unienne d’Okinawa. La population de l’île s’oppose depuis des années à la présence de la base et cela provoque régulièrement des crises dans les relations États-Unis-Japon-Okinawa.

Montrant à quel point les options fondamentales sont restées inchangées, les analystes stratégiques états-uniens décrivent le résultat du programme militaire de la Chine comme « un classique ’dilemme sécuritaire’, lorsque les stratégies nationales et les programmes militaires, considérés défensifs par leurs concepteurs, sont perçus comme menaçants par d’autres », écrit Paul Godwin du Foreign Policy Research Institute. Le dilemme sécuritaire se pose sur la question du contrôle des mers qui bordent la Chine. Les États-Unis considèrent leur programme de contrôle de ces eaux comme « défensif », alors que la Chine le juge menaçant ; ainsi la Chine considère ses actions dans les régions voisines comme « défensives » alors que les États-Unis les considèrent menaçantes. Un tel débat n’est même pas imaginable à propos des eaux qui bordent les États-Unis. Ce « classique dilemme sécuritaire » est logique, une fois encore, si on part du principe que les États-Unis ont le droit de contrôler presque le monde entier et si on considère que la sécurité des États-Unis requiert un contrôle quasi-absolu.

Alors que les principes de la domination impériale n’ont guère changé, la capacité à les mettre en application à nettement baissé ; le pouvoir a été distribué plus largement dans un monde qui se diversifie. Il y a de nombreuses conséquences. Il est cependant très important d’avoir présent à l’esprit que – malheureusement – aucune n’élimine les deux nuages noirs qui couvrent toutes les considérations à propos de l’ordre mondial : la guerre nucléaire et la catastrophe environnementale, les deux menaçant littéralement la survie de l’espèce.

Ces deux terribles menaces sont bien présentes et elles s’aggravent.

Noam Chomsky
Le mercredi 15 février 2012

Titre original : American decline in perspective, part 2

Traduction : Numancia Martinez Poggi

Voir aussi : Le déclin états-unien en perspective – 1ère partie

 

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