Au delà de l’orthodoxie

Par , Mis en ligne le 29 février 2012

L’auteur de « Des mou­tons dans la ta­nière » semble très mal connaître les forces et les fai­blesses de Québec so­li­daire. Avant toute chose, nous ai­me­rions sa­voir en quoi QS fait preuve de dé­mo­cratie de sur­face, est social-démocrate et est élec­to­ra­liste ? Au­cune dé­mons­tra­tion n’est faite dans les textes pro­posés à moins de vou­loir faire preuve d’orthodoxie ré­vo­lu­tion­naire et po­lé­mi­quer dans le vent !

Une ré­ponse à l’article paru dans Cause Com­mune « des mou­tons dans la ta­nière » http://www.causecommune.net/sites/w…

Si le simple fait de se pré­senter aux élec­tions c’est d’être élec­to­ra­liste… y’a un manque de connais­sance de ce qu’on en­tend par le parti des « urnes et de la rue » … Si nous avons dé­ve­loppé — de­puis l’UFP — cette concep­tion, c’est jus­te­ment pour l’opposer à une pers­pec­tive élec­to­ra­liste avancée par la sociale-démocratie clas­sique. Être élec­to­ra­liste c’est croire pou­voir changer la so­ciété, la trans­former et ren­verser les rap­ports de force entre classe uni­que­ment par les voies par­le­men­taires. Notre concep­tion — qui est lar­ge­ment par­tagé dans QS — s’oppose à cela et dé­montre le réel mo­teur et dé­ter­mi­nant des mou­ve­ments de masse pour im­poser leur agenda. QS est un parti de la rue en ce qu’il sou­haite sin­cè­re­ment le succès des mo­bi­li­sa­tions so­ciales et voit les mou­ve­ments comme des al­liés ob­jec­tifs. Nous pen­sons ce­pen­dant qu’un parti — comme d’autre forme d’organisation po­li­tique — est un lieu pri­vi­légié pour dé­ve­lopper une stra­tégie glo­bale de trans­for­ma­tion. Comme di­sait l’autre, une forme de pen­seur et d’acteur collectif.

Mal­heu­reu­se­ment, ce texte dé­montre une in­ca­pa­cité à ca­rac­té­riser cor­rec­te­ment QS et au lieu de nous mettre en débat avec vous, nous donne plutôt envie de nous éloi­gner de son ca­rac­tère sectaire.

Il met en lu­mière qu’en trame de fond l’UCL (comme au­teur col­lectif de ce texte) — tout comme l’ensemble de la gauche toute ten­dance confondue (nous in­cluant)- est or­phe­line d’une stra­tégie de trans­for­ma­tion sociale…

De notre côté, le chemin que nous avons choisi c’est d’hypothétiser sur la construc­tion d’une force po­li­tique qui in­ter­vient sur tous les champs y com­pris le champs po­li­tique et le champs élec­toral où — selon nous– se joue en­core pour une large partie de la po­pu­la­tion la confron­ta­tion gauche –droite et ul­ti­me­ment les rap­ports de force entre classes, donc qui doit di­riger la so­ciété (ceux et celles d’en bas ou ceux d’en haut ?). Quand nous par­lons du parti des « urnes et de la rue » c’est que nous sa­vons que les élec­tions ne ré­solvent pas les contra­dic­tions entre les classes, mais qu’elles les posent.

Pour ce qui est de son ca­rac­tère social-démocrate, l’accusation a de quoi étonner ! Com­ment à la lec­ture de son pro­gramme peut-on ar­river à cette conclusion.

Plu­sieurs des me­sures avan­cées confrontent di­rec­te­ment le ca­pital, et né­ces­si­te­raient à l’heure ac­tuelle des mo­bi­li­sa­tions d’envergures nous fai­sant passer d’un mode dé­fensif à un mode of­fensif afin d’arracher des gains que les do­mi­nants ne concé­de­ront pas sans ré­agir… En re­gard de la si­tua­tion po­li­tique réelle, QS pro­pose une po­li­tique de ré­formes en rup­ture avec le ca­pi­ta­lisme, très loin d’une po­li­tique pu­re­ment ré­for­miste. Il est sim­pliste d’assimiler QS à la sociale-démocratie tra­di­tion­nelle, ça donne raison à un discours…

Un dis­cours — mal­heu­reu­se­ment– mé­ca­ni­que­ment anti-électoraliste et hors sol, comme si c’était ce qui fait obs­tacle aux pro­chaines vic­toires étu­diantes. Bien ca­rac­té­riser QSs c’est être ca­pable de saisir que la conjonc­ture ac­tuelle s’inscrit dans un chan­ge­ment de pé­riode, pire d’époque… en sa­chant bien que rien n’est joué pour lui, que le projet Qs ne s’est pas en­core cris­tal­lisé et qu’il peut évo­luer dans tous les sens… et aussi vers l’électoralisme social-démocrate. Mais soyons clair, aujourd’hui l’évolution de QS se pro­file clai­re­ment à contre-courant du projet des dominants.

Par ailleurs, la cri­tique sur la ten­ta­tive de ma­ni­pu­la­tion des mou­ve­ments so­ciaux par QS s’applique éga­le­ment à l’UCL, comme à toutes les for­ma­tions po­li­tiques. Après ça, faut s’entendre sur ce qu’est l’indépendance des mouvements.

Pour nous, c’est de res­pecter les ins­tances dé­mo­cra­tiques des or­ga­ni­sa­tions so­ciales de façon ra­di­cale et sans conces­sion au­cune. Mais dire cela, ne veut pas dire que les anars, les so­cia­listes, les so­li­daires ou même les pé­quistes et les li­bé­raux ne doivent pas dé­fendre leurs orien­ta­tions… au contraire si une or­ga­ni­sa­tion est dé­mo­cra­tique elle tran­chera… il n’en tient qu’à la gauche de réussir à convaincre.

En dé­fi­ni­tive, l’indépendance des mou­ve­ments so­ciaux c’est sur­tout l’élaboration d’une pers­pec­tive d’indépendance de classe, même si nous avons des désac­cords po­li­tiques im­por­tants (QS et l’UCL), notre en­nemi est commun. Les luttes so­ciales de­vraient nous souder — et comme le rend bien la for­mule — nous per­mettre de frapper en­semble même si nous mar­chons sé­pa­ré­ment. Ce texte in­siste sur le contraire…

En notre propre nom, en solidarité.

Xa­vier La­france et Jean Pierre Roy

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