Droits de scolarité — le mouvement étudiant a raison

Par Mis en ligne le 28 février 2012

Les étu­diantes et les étu­diants du Québec re­lancent, par une grève que le gou­ver­ne­ment fait tout pour casser, le débat sur la hausse des droits de sco­la­rité. Ils ont raison, et cette ques­tion ne concerne pas uni­que­ment les étu­diantes et les étu­diants uni­ver­si­taires, ac­tuels ou fu­turs. Il s’agit en fait d’un au­then­tique choix de so­ciété, qui dans d’autres pays a conduit à la gra­tuité com­plète des études su­pé­rieures : ces der­nières ne doivent pas être consi­dé­rées comme un luxe ré­servé à une élite, mais bien comme un par­cours normal, et de plus en plus fré­quenté, vers le marché du tra­vail. Dans ce contexte, l’accès aux études su­pé­rieures de­vrait être un droit pur et simple.

On au­rait tort de ré­duire la ques­tion des droits de sco­la­rité à un bras de fer va­gue­ment cor­po­ra­tiste entre le mou­ve­ment étu­diant et le gou­ver­ne­ment. La place de l’enseignement su­pé­rieur dans les so­ciétés mo­dernes est ap­pelée à grandir. Évo­lu­tion tech­no­lo­gique oblige : la durée moyenne des études s’allonge avant que l’être hu­main ne de­vienne « pro­ductif ». Né­ces­sité est ainsi faite à da­van­tage de jeunes d’étudier de plus en plus long­temps avant d’entrer sur le marché du travail.

Comme so­ciété, ne devrions-nous pas avoir le ré­flexe de les sou­tenir ? Une pro­por­tion crois­sante de la po­pu­la­tion jeune est aux études et le phé­no­mène va s’amplifier. On parle ici d’un vé­ri­table bou­le­ver­se­ment, qui de­vrait nous conduire à re­voir le statut so­cial des étu­diantes et des étu­diants, ainsi que l’ensemble de leur condi­tion fi­nan­cière. Il fau­drait da­van­tage de ré­si­dences, de vé­ri­tables ta­rifs ré­duits en ma­tière de trans­ports en commun ou d’accès à la culture. Et, pour­quoi pas, un sa­laire étudiant ?

Au lieu de brasser ce genre idées, le gou­ver­ne­ment nous pro­pose le ré­flexe mer­can­tile. Les jeunes doivent étu­dier plus long­temps ? Par­fait ! Il y a là une clien­tèle cap­tive dont il fau­drait mieux pro­fiter. Qu’ils s’endettent ! Peu im­porte que cela écorche au pas­sage la mixité socio-économique des fa­cultés contin­gen­tées, une ca­rac­té­ris­tique de l’université qué­bé­coise dont nous de­vrions pour­tant être fiers. La lo­gique mar­chande der­rière cette ap­proche ne fait aucun doute. Une page de pu­bli­cité payée dans les jour­naux à l’appui d’une hausse des droits par… la Chambre de com­merce de Mont­réal (!) en té­moi­gnait il y a quelques mois.

Un vé­ri­table débat de société

C’est pour­tant un vé­ri­table débat de so­ciété qui de­vrait être re­fait au­tour de cette ques­tion. Le forum or­ga­nisé par la mi­nistre Beau­champ, il y a un an, po­sait comme in­con­tour­nable la hausse des droits de sco­la­rité. L’exercice te­nait da­van­tage de la pa­rade po­li­tique que d’un au­then­tique forum so­cial, où cir­culent des ar­gu­ments fondés de­vant des dé­ci­deurs ou­verts à la réflexion.

Quand on parle de droits de sco­la­rité, les échanges sont sou­vent pol­lués par des ar­gu­ments sim­plistes, voire men­son­gers. On com­pare la fré­quen­ta­tion à l’enseignement su­pé­rieur au Québec à celle des autres pro­vinces ca­na­diennes… en ou­bliant les cé­geps, qui nous per­mettent de faire mieux de 9 % que nos voi­sins à cet égard ! On ou­blie soi­gneu­se­ment de men­tionner l’étendue ac­tuelle du re­gistre socio-économique des ef­fec­tifs étu­diants, beau­coup plus étendue chez nous à cause des frais de sco­la­rité bas. On parle de ra­mener les droits à la hau­teur de ceux des an­nées soixante, en ou­bliant que les frais af­fé­rents n’existaient pra­ti­que­ment pas à cette époque, en omet­tant de dire que la contri­bu­tion à l’assiette fis­cale par les en­tre­prises pri­vées (qui pro­fitent di­rec­te­ment de la qua­lité de notre sys­tème d’éducation en em­bau­chant des di­plômés fins prêts pour le tra­vail) était à l’époque consi­dé­ra­ble­ment plus élevée qu’aujourd’hui.

Mais sur­tout, les te­nants d’une hausse des droits re­viennent sys­té­ma­ti­que­ment sur l’obligation « na­tu­relle », pour les étu­diantes et les étu­diants, de contri­buer fi­nan­ciè­re­ment à une for­ma­tion dont ils se­ront après tout les prin­ci­paux bénéficiaires.

Ce rai­son­ne­ment est per­ni­cieux, parce que le vé­ri­table débat n’est pas seule­ment celui du « qui », il est aussi celui du « quand » et du « com­ment ». Qu’on fasse payer celles et ceux qui choi­sissent d’étudier plus long­temps, soit. Mais en ins­tau­rant une fis­ca­lité plus équi­table : mé­de­cins, avo­cats et autres in­gé­nieurs paie­ront pour leurs études par la voie des im­pôts, lorsqu’ils se­ront ac­tifs sur le marché du travail.

On n’aura pas, de cette ma­nière, fermé la porte des uni­ver­sités à celles et à ceux qui n’ont pas les moyens… de s’endetter tout de suite par-dessus la tête.

L’auteur est pré­sident de la Fé­dé­ra­tion na­tio­nale des en­sei­gnantes et des en­sei­gnants du Québec (FNEEQ-CSN)

La FNEEQ a pu­blié une édi­tion spé­ciale de sa revue men­suelle, Car­nets, por­tant ex­clu­si­ve­ment sur la Lutte contre la hausse des droits de sco­la­rité (PDF).

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