La fin de la classe ouvrière ?

Par Mis en ligne le 25 février 2012

Le discours sur la « disparition de la classe ouvrière » est abusif, pour ne pas dire déformateur. Le capitalisme contemporain, en dépit de la prévalence de la technique et de l’informatique, ne fonctionne pas dans le « vide », mais s’articule aux dispositifs plus traditionnels de production matérielle et où œuvrent des milliers de travailleurs/prolétaires appartenant de facto à la classe ouvrière industrielle « traditionnelle ». C’est certainement le cas pour les collectifs ouvriers que nous avons rencontrés. Même si le travail est « émietté », dé-relocalisé, réparti entre plusieurs unités de production éparpillées dans le monde, la réalité de la production industrielle s’impose.

D’autre part, contrairement à une certaine rhétorique, ces dispositifs impliquent la perpétuation d’une division du travail assez rigide où le collectif ouvrier œuvre à l’intérieur de cadres prédéterminés, standardisés et routiniers qui ne se distinguent pas de manière significative de la tradition tayloriste. On est loin, très loin même, d’une « participation » plus ou moins « autogestionnaire » des travailleurs. Dans le cas de l’entreprise qui nous intéresse, les travailleurs ne sont ni consultés ni écoutés ni par la direction ni par les ingénieurs, même lorsqu’ils sont en mesure de proposer de meilleures techniques de production.

Certes, les éléments d’une subjectivité prolétarienne sont érodés. L’« identité » ouvrière devient de moins en moins une référence qui soude le collectif.  Le tissu associatif construit autour du syndicat n’est plus perçu comme un rempart solide, surtout pour les jeunes travailleurs. Cette évolution, nous l’avons constatée, est observée par les travailleurs plus âgés, surtout ceux qui constituent le « noyau dur » du syndicat qui cherchent à modifier les pratiques syndicales en conséquence (plus de consultations, moins de centralisation des décisions, plus d’ouverture aux nouvelles réalités du travail, etc.).

Quelles peuvent être les conséquences au niveau du syndicalisme, probablement le plus grand mouvement d’émancipation qui s’est développé sous le capitalisme ? L’action collective, autrefois articulée autour de programmes et de mots d’ordre centralisés, évolue, à des rythmes inégaux, vers des formes plurielles, déterminées par des relations de plus en plus individualisées agissant au cœur du collectif ouvrier. Cette transition sera nécessairement difficile et prolongée.

 

Extrait de l’article paru dans le numéro 7 des NCS

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